lieu qué le inatin, s’il ne pleut point auant midy, elfe ne peut rien faire iuger dé cè qui arriuera vers le foir. le ne diray rîfen de plufieurs autres (ignés de pluie qu’on obferue, a caufe qu’ils font pour la plus part fort incertains. & fi vous confiderés quelamef- me chaleur qui ëft ordinairement requife pour côif- tfenfèr les nues & en tirer de la pluie, lés peut au£ {y tout au contraire dilater & changer en vapeurs, qüi quelquefois fè perdent en l’air infenfiblemfcnt, & quel- quefois y caufent des vens, félon que les parties db ces nues (e troütient vn peu plus pre(Tees, ou efcàp- tées, & que cete chaleur eft vn peu plus, ou moins accompagnée d'humidité”, & que l’air qui eft aux en- uirons fe dilate plus ou moins, ou fe condenfe; vous connoiftrës bien qufe toutes ces chofes font trop va- riables & incertaines, pour eftre afieurement preveii- es par les hommes.: } DES TEMPESTES j DE LA Foudre, ôc de tous les autres feux qui s’allument en l’air.
* • Difcours Septiefmr.
A U refte ce n’eft pas (èutemënt quand les nues fe xjLdiflbluerit en vapeurs quelles caufent des vens, mais elles peuuent aufïy quelquefois s’abaifTer fi a coup,qu’el- fes chafîentauec grande violence tout l'air qui eft fous •V fclie*.
< -Jm Discours Septiësme. ifr fcflcs, & en compofent vn vent très fort, mais peu dura- ble, dontl’itaitationfe peütvôir en eftendant vn voile vn pfen hauteû l’air, puis de là le Jaiflant defcendre tout plât vers la terre. Les fortes pluies font prcfque tou- jours précédâtes par vn tel vent, qui agift manifeftement de haut en bas, & dont la froideur inonftre afles qu-fl Vient des nues, où l’air eft communément plus froid 'qu’autourdfcnotos. Et c'q/t ce vent qui eft caufe que lorfque les hirondelles voient fort bas * elles nous auer- tiflent de hrplure. car il fait defcendre certains mou- feheronsdont elles viuent, qui ont couftume de prqpdre l'effort, & de s'efgaÿer au haut del’air quand il fait beau. C*eft luy anfly qui quelquefois, lors mefînè que la nnë teftant fort petite, ou ne s’abaftTant que fortpOu, îl eft fi fbible qu’on ne le fentqtiafipâs en l’air libre, s’enton- nant dans les tuyans des cheiiiinees, fait iouer les cen- dres & les fëftus qui ïè trouuent au coin du feu,& y exci- te comme de petits tourbillons affës admirables pou* ceux qüi en ignorentla caafé, & qui font ordinairement fûiuis de quelqué pluie. Mais li la nue qui defetnd eft fbrt pefante & fort eftenduë, (comme elle peut eftre plus ayfementfur les'grand'esmersqur’aux autres Tieüx> à caufo que les vapeurs y eftant fort efgalement diluer* fcés,fi toft qu’il s’y forme la moindre nue en quelque eü- droit,elle s’eftènd incontinent en tous les autres circon- voyfins) ceTâ cauïè înfalliblemént Vne tempeftej laqneJ- Iéèftd’ahtant plus forte, que la nuë eft plus grande & plus pelante j & dure d'autant plus longtêms, que lanue âefcen'd de plus haut. Et c*eft aînfi que ie m’imagine O-g i «a aj8 Les Meteores.
en leur$ gran& voyafges, particulièrement vn peu aude- la du cap de bonne çfperance, ou les vapeurs qui s’eûe- ucnt delà mer Ethiopique, qui eft fort large & fort e- fchaufféeparlefoleil,peuuentayfementcaulèr vn vent d’abas,qui areftantle cours naturel de celles qui vieneqt delà mer deslndes les aflemble en vne nue, laquelle pro- cédant de rinelgalitd qui eft entre ces deux grandes mers & cete terre, doit dei^nir incontinent beaucoup plus grande, que celles qui fe forment en ces quartiers, où elles dépendent de plufieurs moindres inégalités, qui font entre nos pleines, & nos lacs, & nos monraignes. Et pourcequ'ilneievoitquafi jamais d'autres nues en ces lieux là, fi toft que les mariniers y en apperçoiuent quel» qu’vne qui commence a fe former, bienqu’ elle paroifle quelquefois fi petite que les Flamens l'ont comparée a l'oeil d vn beuf, duquel ils luy ont donné le nom f & que le refte de l'air femble fort calme & fort ferein, ils fe liai- tent d’abatre leurs voiles, & fe préparent a reçeuoir vne tempefte, quinemanque pas de fuiure tout aufly toft. Et mefme ie iuge qyelle doit eftre d'autant plus grande, que cete nue a paru au commencement plus petite, car nepouuant deuenirafles efpaifle pour obfcurcir l’air & eftre vifiblc, fans deuenir aufly aflcÿ grande, elle ne peut paroiftre ainfi petite qu’acaufedefon extremediftance; & vous feau^s que plus vn cors pelant defeend de haut, plus fa cheuteeftimpetueufc. Ainfi cete nue eftant forç haute, &deuenant fubitemcnt fort grande & fort pefan- te, defeend toute entière, en chaflant auec grande vio- lence tout l’air qui cft fous elle, & caufaDt par ce moyen lèvent d'vue tempefte. Mefme il eft a remarquer que Distonkfc Septiisme* ayj lfcs vàpienMjmeflé'es parmi cctaïr, font dilatée* parfon agitation, & qu’il en fort aofly pour lors plufieurs autre!* de la mer,a caufe de l’agitation de fes vaguas, te qui au- gmente beaucoup la force du vent, & retardant la des- cente de la nûe, fait durer l'orage d’autant plus long tems. Puis aufly qu’il y a d’ordinaire des exhalai fons menées parmi ces vapeurs, qui ne pouuant eftre chaflces fi loin quelles par la nuë, a caufeqùe leurs parties font moins foIide^St ont des figures plus irregulieres, en font fèparées par l’agitation de l’air, en mefme façon que.
comme il a efte' dit cy deflus, en battant la creme on fepare le beurre du petit lait- & que par ce moyen elles s aflemblentparcy par la en diuers tas, qui florans fou- ir. t- *i fiours le plus haut qu*il fe pe lit ‘contre la nue, vierient en- fin s’attacher aux chordes & aux Mats des naüires, lorsqu’elle acheue de defeendre. Et la éftant embraies par cete violente agitation, ils corapofent ces feux pomm<& de faintHelme, qui confolent les matelots, &leur font eiperér le beau tems. Il eft vraÿ que fouuent ces tempe- iles font enlenr plus grande force vers la fin, & qu’il peut y auoirplufieurs nues Tvne fur Iautfe, fous chafcune def- quelles il fe trouue de tels feux, ce qui a peuteftre efté la càu& pourquoy lejs anciens n’en voyant qu’vn, qu’ils nommoiènt Tartre d'Helene,iIsPeftimoient de mauuais angnre, comme s’ils enflent encore attendu alors le plus fort de latempéfte. Au lieu que loifcju'ils en voyoient deux,. qu’ils nômmoient Caftor&Pollux, ils les prenoi- &]es eftimoient aufly acaufede ceja de mauuais augu- jre. Toutefois iay ouy dire.a nos mariniers qu’il$ e# vor yent quelquefois iufqucs au nombre de quatre ou de cinq, peuteftre a caufe que leurs vai fléaux font plus grâ$, & ont plus de mats que ceux des anciens, ou qu'ils yoy- afgent en des lieux ou les exhalaifons font plus fxequen,- . tes. Car enfin ie ne puis rien dire que par conieûurc de ce qui fc fait daus les grandes mers que ie n’ay iaraais veues. & dont ie n’ay que des relations fort imparfaites.
Mais pour les orages qui font accompaiguds de ton- nerre, d’efclairs, de tourbillons, &de foudre, defqueïs iay pû voir quelques exemples fur terre, ie ne doute point qu'fis ne foient caufés dp ce qu’y ayant plufieurs nuesl'vnc furlautre, il arriue quelquefois que les plus hautes defeendent fort a coup fur les plus bafTes. Com- me fi. les.deux nues A B n'eftaqt compofees que de ' neige fort rare & fort .,eftendue, il fe trouue ..vn air plus chaud au- tour de la fuperieure A, qu’autour de l'infé- rieure B, il eft euident que la chaleur de cet air la peut condenfer & appesantir peu a peu, en...m tpllc fprte que les plu* hautes de. fes parties, commenceant les premières a defeendre, en abbatront pu êntraifnéront àoec fo y quantité d'autres, qui tomberont aufly toft toutes en- ïembic àuec vn grand bruit fur l’inferieure. En mefme 1 ° 1 • jj^çpn ft*j£:.XLÎïi V -eî'èfo Wl \ mmmmmm c km; lODtJC Discours Septiesme. ’a^r façon que ie me fouuien d'auoir vu autrefois dans les Alpes, enuiron le mois de -May -, que les neiges eftant «fchauffees & appefantiés ppr le îoleil, la moindre efmo- tion d’air elloit fuflifante pour en faire#tomber fùbite- ment de gros tas, qu'on nommoit ce me femblc des ana- ■ lanches,& qui retentiflaht dans les valees imitoient afl*cs bien le bruit dutonnerre. Enfuite dequoyon peut en- tendre pourquoy il tonne plus rarement en ces quartiers l’hyuerque l’eftd. car il ne paraient pas alors fi ayfement aflesde chaleur iufques aux plus hautes nuès, pour lés difloudre. Ét pourquoy, lorfque pendant les grandes •chaleurs, apres vn vent Septentrional qui dure fort peu, on font derechef vnc chaleufmoite & eftouffante, c'eft ligne qu*il fuiura bientoft du tonnerre. Car cela tefmoi- gne que cè vent foptentrional, ayant paflTé contrôla ter- re, en a chaflVla chaleur vers l’endroit de l’air ou fe for- ment les plus haqtes nues, de qu'en eftant après chafld luymefme, vers celuy où fo forment les.plus>bafles, par la dilatation de l'air inferieur que caufènt les vapeurs chaudes qu’il contient, non feulement les plus hautes en fe condenlânt doiuent defoendre, mais aufly les plus bafles demeurant fort rares, & mefme eftant comme foufleuées&repoufteespar cetedilatation de l’air inférieur, leur doiuent refifter en telle forte, que fouuent el- « les peuuent empefoher qu’il n'eq tombe aucune partie iufques a terre. Etnotc'sque lebruit, qnife faitainfiau deflus de nous, fe doit mieux entendre, a caufo de la re- Ibnnancedel’air, &eftrc plus grand a raifon de la neige qui tombe, que n'eft celuy des aualanches. Puis notes aufly que de cela foui, que les parties des nues fuperieures H h tom- 14.1 Les Meteokis.
tom bent toutes çnfemble, ou l'vne apres l'autre, ou plus vifte, ou plus lentement • & que les inferieures font plus ou moins grandes, & efpaifles, 3c refiftent plus ou moins fort, tous les differens.bruits d u tonnerre peuuent ayfe- ment eftre cau/Vs. Pour les différences des efclairs, des tourbillons, & de la foudre, elles ne dépendent que de la nature des exhalaifbns qui fe trouuent en i'efpace qui eft entre deux nuës, 8c de la façon que la fuperieure tom- be fur l’autre. Car s'il a précédé de grandes chaleurs & feichercffes, en forte que cet efpace contiene quantité d'exhalaifons fort fubtiles, & fort difpofdes a s’enflamer, la nuë fuperieure ne peut quafi eftre fî petite, ny defeen- dre fi lentement, que chaffant l'air qui eft entre elle 3c l’inferieure, elle n'en facefortir vnefclair, c'eft a dire, vne flame legere qui fe di/îîpe a l'heure mefme. lin forte qu'on peut voir alors de tels efclairs (ans ouir aucune- ment le bruit du tonnerre; Et mefme aufly quelquefois fans que lesmuesfbient affés efpaifles pour eftre vifibles. Comme au contraire s’il ny a point en l'air d'exhalaifons qui foient propres a s’enflamer, on peut ouïr le bruit du tonnerfe fans qu'il paroiffe pour cela aucun efclair. Et lorfque la plus haute nuë ne tombe que par pièces qui s'entrefuiuent, elle ne caufe gueres que des efclairs & du , tonnerre,- mais lorfqu’elle tombe toute entière & affés vifte, elle peut cauferauec cela des tourbillons 8c de la foudre. Car il faut remarquer, quefes extrémités, com- me C & D, fe doiuent abaiffer vn peu plus vifte que le ' milieu, d'autant que l'air qui eft deffous, ayant moins de chemin a foire pour en fortir, leur cede plus ayfement, 3t ainfi que venant a toucher la nue inferieure, plutoft que ne.
-• Discours Septiesme. - 243 lit* rt'fàa ae fait le milieu, il s'enferme beaucoup d'air entre deux; comme on voit icy vers Ej.puis cetaireftant prefTd & chafTéauec grande force par ce milieu de la nue fupe- rieure qui continue encore a delcendre, il doit necefc faire ment rompre l'inferieure pour en fortir, comme on voit vers F; ou entrouurir quelqu’vne de fes extrémi- tés, comme on voit vers G. Et lorfqu’il a rompu ainfi cete nue il defcend auec grande force vers la terre, puis delà remonte en tournoyant, à caufe qu’il trouue delà. refiftencedetouscoftcs, qui l’empefche de continuer fonmouuementen liguedroite, aufly vifteque fon agi- tation le requer t. Et ainfi il compolevn tourbillon; qui peut u’eftre point accompaignd de foudre nyd’efclairs, s'il n’y a point en cet air d'exhalaifons qui foient propres s’enflamer;Mais lorfqu’il y en a, elles s’affemblent tou- tes en vn tas, & eftant chaffées fort impetueufement auec cet air vers la terre, elles corapofènt la fcrndre.
Et cete foudre peut bruller les habits & razer le poil ^ {âne nuire au cors, fi ces exhalai Ions, qui ontordinaire- Hh.i ment *44 Ees MeteortEs.
ment l'odeur du fouffre, ne font que greffes & hnilenfos, en forte qu’elles compofent vne flame legere qui ne s'attache qu'aux corsayfésa brufler. Comme au con- traire elle peut rôpre les *os fans endommager les chairs ou fondre l'efpée fans gaffer le fourreau, fi ces exhalai- fonseftarff fort fubti les & pénétrantes, ne participent que delà nature des fels volatiles ou des eaux fortes a» moyendequoyne fâifant aucun effort contre les cor* qui leur cedent, elles brifent & diffoluent tous ceux qui leur font beaucoup de rcfiftence. Ainfi qu'on voit l’eau forte difloudre les métaux les plus durs, & n'agir point contrôla cire. Enfinlafoudrefopeut quelquefois cou- uertir en vne pierre fort dure, qui romp & fracaffe tout c&qu elle rencontre, li parmi ces exhalaifons fort péné- trantes il y en a quantité de ces antres qui font greffes & enfouffrees. principalement s'il y en a aufly de pins groiîieres, fomblables a cete terre qu'on trouue au fonds de l’eau de pluie lors qu'on la laifle rafleoir en quelque vaze. Ainfi qu on peut voirpar expérience, qu'ayant meflé certaines portions de cete terre, de falpetre, & de fouffre, fi on met le feu en cete compofition, il s 'en for- me fubitement vne pierre. Quefilanuës’ouure par le cofte, comme vers G, la foudre eftant eflauede de treuers, rencontre plutoft les pointes des tours ou des rochers que les lieux bas, comme on voit vers H. Mais lors mefme que la nue fe romp par le’deffous, H y a reifoq pourquoy la foudre tombe plutoft: fur les lieux hauts & eminens que fur les autres. Car fi par exemple la nue B n’cft point d’ailleurs plus difpofée a fe rompre en vn en- droit qu eu vnautre,il eft certain qu elle fo deura rompre cri celuy qui démarque! F, à caufe de la refiftenceda clocher qui eft au deflous. Il yaauffy raifon pourquoy chafquecoup.de tonnerreeft d'ordinaire fuiui d’vne on- dée de pluie, & pourquoy lorfque cete pluie vient fort abondante, il ne tonne gueres plus d’auantage. car fi la force, dont la nue fuperieure esbranfle l’inferieure en tombant deflus, eft a(T<& grande pour la faire toute des- cendre, ileft euidentquelc tonnerre doit celTerj & fi elle eft moindre, elle ne laide pas d'cnpouuoir fouuent fiiirefortir plufieurs floccons de neige, quife fondanten l’air font de la pluie. Enfin ce n’eft pas fans raifon qu’on tient que le grand bruit, comme des cloches, ou des ca- nons, peut diminuer l‘effe<ft de la foudre, car.il ayde a diffiper & faire tomber la nue inferieure, en esbranflant la neige dont elle eft compofoe. Ainfiquefçaueût a(Tés ceux quiontcouftume de voyafger dans les valdes-ou les * aualanches font a craindre, car ils s'abftienent mefme .de parler & de toufler en y paflant, de peur que lebrpit deleur voixn'efmeuuela neigç. m.; • • Hh j. ' Mai» 24 6 Les Meteores.
Mais comme nous auons défia remarqué, qu’il efclaire quelquefois fans qu’il tonne, ainfiaux endroits de l'air ■ouil fe rencontre beaucoup d'exhalaifons & peu de va- peurs, il fe peut former des nues fi peu efpaififes, & fi lé- gères, que tombant dalfés haut l’vne fur l’autre elles ne font ouir aucun tonnerre, ny n'excitent en l’air aucun orage, nonobftant quelles enueloppent &ioigncnten- fembleplnfieursexhalaifonsj dont elles compofent non feulement de ces moindres fiâmes qu'on diroit eftre des èftoiles qui.tombent du ciel, ou d’autres qui le trauer- fent, mais auiïy des boules de feu afles greffes, & qui par- uenant iufqucs a nous font comme dej diminutifs de la foudre. Mefme d’autant qu’il y a des exhalaifons de plufieurs diuerfes natures, ie ne iuge pas qu’il foit impof- fible,que lesnues, en les prefTant, n’en compofent quel- quefois vne matière, qui félon la couleur, & la confiden- ce quelle aura, femble du lait, ou du fang, ou de la chair; oubien qui en fe bradant deuiene telle qu'on la prene pour du fer, ou des pierres; ou enfin qui en fe corfom- pant engendre quelques petits animaux en peu de tems. Ainfi qu’on lift fouuent entre les prodiges qu’il a phi du fer, on du fimg, ou des làuterelies, ou chofes femblables. De plus fans qu’il y ait en l’air aucune nue, les ex- halaifons peuuent eftre cntafTées & embrafees par le feul fouffle des vens, principalement lorfqu’il y en a deux ou plufieufs contraires qui fe rencontrent.Et enfin fans vens & (ans nues, par cela feul qu’vneexhalaifon fubtile & pé- nétrante, qui tient de la nature desfels, s’infinne dans les pores d’vne autre, qui eft graffe & enfouffrce, il fe peut. former desflamcs legeresxant au haut qu’au bas de l'air, comme Discours Siptiesme. 147 comme on y voit au haut ces cftoiles qui le trauerfènt; & au bas tant ces ardans ou feux folets qui s'y iouenr, que ces autres qui s'areftent a certains cors, comme aux cheueux des enfans,ou au criu des cheuaux,ou aux poin- tes des picques qu'on a frotées d'huile pour les nettoyer, ou achofesfemblables. Car il eft certain, que non feu- lement vne violente agitation, mais (buuent aufly le fènl meflange de deux diuers cors eft fuffifant pour les em- brafer. comme on voit en verfant de l’eaü fur de la chaux, ou renfermant du foin auant qu’il fait fec, ou en vne infinité" d'autres exempl.es qui fe rencontrent tous les ionrsenla Chymie. Mais tous ces feux ont fort peu de force a comparâifon de la foudre, dont la raifon eft qu'ils ne font compofés que des plus molles 8c plus gluantes parties des huiles; nonobftant que les plus viues 8c plus pénétrantes des fels concourent ordinairement aufly a les produire. Car celles cy ne s’areftent pas pour cela parmi les autres, mais s’efcartent promptement en l'air libre après quelles les ont embrafees. Au lieu que la foudre eft principalement compofée de ees plus viues & pénétrantes, qui eftant fort violemment preflces 8c chafleespar les nues, emportent les autres auec foy iu£- qu’a terre. Et ceux qui fçauent combien le feu du fal- petre &dufou£Fremefle/senfemblé a de force & de vi- tefle, au lieu que la partie grafle du fouffre eftant fépa- rèe de les efprits en auroit fort peu,- ne trouueront en ce- cy rien de douteux. Pour la durée des feux qui s'are- ftent ou voltigent autour de nous, elle peut eftre plus ou moins longue, félon que leur flamc eft plus ou moins lente, & le ut matière plus ou moins efpaifie 8c ferrée: Mais «48’ LES METEORES.'
Mais pourcelledes feux qui ne fe voyent qu’au haut de l’air, elle ne fçauroit eftre que fort courte, à caufe que fi leur matière n’eftoit fort rare,leur pefantf ur les feroit delcendre. Etietrouue que les Philofophes ont eu rai- fon, de les comparer a cete flame, qu'on voit courir tout du long de la fumée, qui fort d’vn flambeau qu’on vient d*efteindre,lorfqu’cftant approchée d’vn autre flambeau elle s’allume. Mais ie m’eftonne fort,qu'aprés cela ils ayent pu s'imaginer, que les Cometes, &les colomnes ou cheurons de feu, qu'on voit quelquefois dans de ciel fuflent composes d'exhalaifons,car elles durent incom- parablement plus long tems.
Et poureeque iay tafehé d’expliquer curieufement leur production & leur nature dans vn autre traité, & que ie ne croy point quelles gppartienent aux meteores, non plus que les tremblemens de terre, & les minéraux* que plufieurs efcriuains y entaffent, ie ne parleray plus icy que de certaines lumières, qui paroiffant la nuit peu. dant vn tems calme & lèrein, donnent fuiet aux peuples oyfifs d'imaginer des efquadrons de fantofmes qui com- battent en l’air, & aufquels ils font prefager la perte ou la victoire du parti qu'ils affectionnent, félon que la crainte ou Pefperançe prédominé en leur fantaifie. Me£ me a caufe que ie n’ay iamais vû de tels lpe<Stacles,& que ie fçay combien les relations qu’on en fait ont couftunie d’eftre falfîficés & augmentées par la fuperftition l’ignorance, ie me contenteray de toucher en peu de mots toutes les caufes, qui me femblent capables de les produire. La première eft qu’il y ait en l’air plufieurs nues, allés petites pour eftre prilès pour autant de foldats.
O*.
A ■ m « « Discours Sëptiesme. 2.49 dats,& qui tombant l’vne fur l’autre, enueloppent afles d’exhalailbns, pour caufer quantité' de péris efclairs, & ietter de petits feux & peuteftre aufly faire ouïr de petits bruits, au moyen dequoy ces foldats femblent coraba- tre. La fécondé, qu*il y ait aufly en l’air de telles nues, mais qu’au lieu de tomber i’vnc fur l’antre, elles reçoi- uent leur lumière des feux & des efclaits de quelque grande tempefte, qui fe face ailleurs fi loin de là, qu’elle n’y puifle eftre apperceue. Et la troifiefnie, que ces nues, ou quelques autres plus fèptentrionales de qui elles rc- çoiuent leur lumière, foient fi hautes que les rayons du foleil paruienent iufques a elles, car fi on prend garde aux Refraéhons & Reflexions que deux outrais telles nue's peuuent caufer, on trouuera qu’elles n’ont point befbin d'eftre fort hautes, pour fairo paroiftre vers le Septen- trion de telles lumières, après que l'heure du crepufcule eftpaflfée; & quelquefois aufly le foleil mefme, au teras qu’il doit eftre couché. Mais cecy ne femble pas tant, appartenir a ce difeonrs qu’aux fiiiuans,où iay deflein de ■parler de toutes les choies qu>'on peut voir dans l’air fans qu'elles y foient; après auoir icy acheué l'explication de toutes celles qui s’y voyent. en mefme façon qu’eUes y font. • « • ',k', •• f J « ■ J..* i U JkS 1.
2fé Lis Metiorbs.
\ *. * *■ « K L'A r c-bn-c i e l cft vne merucille de la nature fi re- marquable, & fa caufe a eftd de tout tems fi curieufc- meut recherchée par les bons efprits, & fi peu connue, que ic ne fçau rois choifir de matière plus propre a faire voir comment par la méthode dont ie me fers on peut venir a des connoifiances, que ceux dont nous auonsles efcrits nont point eues. Premièrement ayant confide- rcque effet arc ne peut pas feulement paroiftre dans je ciel y mais aufiy en l'air proche de nous toutefois Sc quantes qu'il s y trouüe plufieurs gouttes d'eau efclai- rées par le foled,ainfi que l’experience fait voir en quel- ■ ques fontaines: ilm’aefté' ayffe<ieinga\* qu’il ne procé- dé que de lafâçon que les rayons de la lumière agifTent contre ces gouttes & de la tendent vers nos yeux. Pu» fçaehant que ces gouttes font rondes, ainfi qu’il aefté prou u e cy deflus, & voyant que pour eftre plus grades qu plus petites elles ne font point paroiftre cçt arc d'au-: tre façon; ie me fuis auiffe d’en faire vnefort grofle, afSn delà pouuoir mieux examiner. £t ayant remplit ’eau,a cet effeét, vne grande fiole de verre toute ronde & fort tranfparcnte, iay trouué'que le foieil venant, parexem- ple.de la partie du ciel marquée A F Z, & mon œil e fiant