De La Méthode. • * y» me referuoiide teins en tems quelques heures que i’em- ployois particulieremct a la prattiquer en des difficultez de Mathématique, ou mefme aufly en quelques autres que iepouuois rendre quafi femblablesacelles des Ma- thématiques, en les détachant de tous les principes des autres fciences que ie ne trouuois pas aflèz fermes, com- me vous verres que iay fait en plufieurs qui font expli- quées en ce volume. Et ainfi fans viure d’autre façon en apparence, que ceux qui n'ayant aucun employ qu’a pa£ fer vne vie douce 6c innocente, s’eftudient a feparcr les plaifirs des vicesj& qui pour iouir de leur loyfir fans s’en- nuyer, vfent de tous les diuertifiemens qui font honne- ftes, le ne laiflois pas de pourlûiure en mon deflein, 8c de profiter en la connoifiance de la vérité, peuteftre plus, que fi ie n’eulfe fait que lire desliurcs, ou fréquen- ter des gens de lettres.
Toutefois ces neuf ans s’efcoulérent anant que i*eufie encore pris aucun parti touchant les difficultés qui ont couftume d’eftre™ifputces entre les do<ftes,*ny com*. mencéa chercher les fondemens d’aucune Philofophie ^>lus certaine que la vulgaire. Et l’exemple dé plufieurs excelensefpris, quien ayant eu cy deuant le defieinme fembloienr nyauoirpas reuffi, m’y faifoit imaginer tant de difficulté^ que ie n’eulTe peuteftre pas encore fitofi: ofé renyeprendre, fi ie n’eufle vû que quelques vns fai- foient défia courre le bruit que i’en eftois venu a bout. le ne fçaurois pas dire fur quoy ils fondoient cete opinion; & fi i’y ay contribué quelque chofe par mes difeours, ce doitauoir efte' en confefTant plus ingenuëmentçe que fignorois que n’ont couftume de faire ceux qui ont vn peu » - > Quatri / elcne partie.
• Discours.
peu eftudié, &peuteftreauflÿen faifant voiries rations que i’auois de douter de beaucoup de chofcs que les au- tres eftiment certaines; plutofi qu’eu me vantant d'au- cune do&rine. Mais ayant le cœur aflfez bon pour ne vouloir point qu'on me prift pour autre que ie n’eftois, ie penfay qu'il faloit que ie tafchafle par tous moyens à me rendre digne de la réputation qu'on me donnoit: Et il y aiuftement huit ans que ce defir me fit' refoudre à m'efloigner de tous les lieux ou ie pouuois auoir des con- noiffances, & à me retirer icy en vn pais où la longue du- rée de la guerre a fait eftablir de tels ordres, que les ar- mées qu’on y entretient ne femblent feruir qu'a faite qu'on y iouïfle des fruits de la paix auec d’autant plus de feuretc; & où parmi la foule d’vn grand peujtle fort aéfcif, & plusfoigncux de fes propres affaires, que curi- eux de celles d’autruy, fans manquer d’aucune des com- moditez qui font dans les villes les plus fréquentées, i'ay pû viureauflyfolitaire & retire’ que dans les defers les plus elcartez.
le ne fçay fi ie doy vous entretenir des premières me- ditatiôs que i'yay faites, car elles font fiMetaphyfiques &• fi peu communes, qu’elles ne feront peuteftre pas au gouft de tout le monde; Et toutefois affin quon puifie iuger fi les fondemens que i’ay pris font aifez fermes, ie me trouue en quelq; façon contraint d en parler. 1 auois des long tems remarqué que pour les meurs il eft befoin quelquefois de fuiure des opinions qu on fçait eftre fort incertaines, tout de mefmequefi elles eftoient indubi- tables,ainfi qu'il a elfe' dit cy deflus: mais pourcequ’alors ie defirois vacquer feulement a la recherche de la ven- te, ie De La Methodi. j$ té, ic pénfây qu’ilgfàloit que ie fi4Te tout le contraire, & que ie reiettafle comme ablblument faux tout ce en quoy ie pourrois imaginer le moindre doute, affin de f „ voir s'il ne refteroit point apros cela quelque chofe en ma creance qui fuft entièrement indubitable. Ainfi a caufe que nos fens nous trompent quelquefois, ie voulu fuppofer qu’il n’y auoit aucune chofe qui fuft telle qu’ils nous là font imaginer: Et poureequ’il y a des hommes qui fc méprenenten raifonnant, mefme touchant les plus fimplcs matières de Geometrie, & y font des Para- logifmes, iugeqnt que ieftois fuiet a faillir autant qu'au- cun autre, ie reiettay comme faufles toutes les raifons que i’auois prifes auparauant pour Demonftratio^: Et enfin confiderant que toutes les mefraes penfees que nous aùons eftant efueillez, nous pcuuent aufTy venir quand nous dormons fans qu’il y en ait aucune pour lors qui foit vraye,ie merefolu de feindre que toutes les cho- fes qui m’eftoient iamais entrées en l’efprit n’eftoient no plus vrayes que les illufions le mes fohges- Mais anfTy- toft apres ie pris garde, que pendant que ic voulois ainfi penfer que tout eftoit faux, il falloit necefTairement que moy qui le penfois fuffe quelque chofe: Et remarquant que cetc v entête p enfe t donc icfuu, eftoitfi ferme & fi al%ée que toutes les plus extrauagantes fuppofitions * des Sceptiques n'eftoieut pascapables del’esbranfler, io iugayqiie ie pouuois la.receuoir fans fcrupule pour le premier principe de laPhilofophie que ie cherchois.
Puis examinant auec attention ce que i’eftois, & voy- ant que ie pouuois feindre que ie n’auois aucun pors & qu’il n’y auoit aucun monde ny aucun lieu ou ie fuflej 1 ’ e mais $4 Disc au r*.
mais que ie ne pouuois pas feindre pour cela que ie n’eftois point; & qu’aucontraire decelamefme que ie penlois a douter ide la veritc'des autres chofes, il fuiuoit très cuidenment & très certainement que i’eftois: au lieu que fi i’eufle feulement cefie de penfèr, encore que que tout le refte’dé ce quei'auois iamais imagine euft cftévray, ie n'auois aucune raifon de croire que ieufle efte": le connû de là que i’eftois vne fubftance dont toutel’eflenceoula nature n’eft que de penfèr, & qui* pour eftre n'abefoin d'aucun lieu nyne dépend d'aucu- ne choie materielle, En forte que ce Moy, ceft a dire, l’Ame par laquelle ie fuis ce que ie fuis, eft entièrement diftin&e du cors, &mefme quelle elt plus aifoe a con- noiftre que luy, & qu'encore qu'il ne fuit point elle ne lairroi t pas d’eftre tout ce qu’elle elt..
Apres cela ie confideray en general ce qui elt requis a vne propofitioupour eftre vraye 8c certainei car puifque- ievenois d'en trouuer vnc que ie fçauois eftre telle, ie penfay que ie deuois aufly fçauoir en quoy confifte cete certirude. Et ayant remarqué' qu’il n’y a rien du tout en cecy,ie penfe donc ie fuis, qui m'afiure que ie dis la vérité, finon que ie voy très clairement que pour penfor il faut eftre: le iugay que ie pouuois prendre pour reiglc gene- rale, que les chofes que nous conceuons fort clairement & fort diftin<ftement font toutes vrayes j Mais qu’il- y a feulement quelque difficulté à bien, remarquer quelles font cellesque nous conceuons diftindtemenr. • En fuite de quoy faifant réflexion fur ce que ie dou- tois, 8c que par conlequent mon eftre n’eftoit pas tout parfait -t car ie voyois clairement que c eftoit vne plus gran- De La Méthode. 3j grande perfection de connoiftre que de douter: le m'auïfay de chercher d’où i’auois appris à penfer à quel- que choie de plus parfait que ie n’eftoisj & ie connu cui- denraent que ce deuoit eftre de quelque nature qui fuft en effeCt plus parfaite. Pour ce qui eft des penfc'es que i’auois de plufieurs autres choies hors de moy, comme du ciel, de la terre, delà lumière, de4a chaleur, & de milles autres, ie n’eftois point tant en peine de fçauoir d’où elles verîoient à caulê que ne remarquant rien en elles qui me femblaft les rendre fuperieures à moy, ie pouuois croyre que fi elles eftoient vrayes, c’eftoient des dépendances de ma nature, entant qu’elle auoit quelque perfection; & fi elles ne l’eftoient pas, que ie les tenois du néant, c'eft a dire, qu'elles eftoient en moy poureeque i’auois du defaut. M^is ce ne pouuoit eftre le mefme de l’idee d'vn eftre plus parlait que le mien: Carde la tenir du néant t'eftoit choie manifèftement impolfible; Et poureequ’il n’y a pas moins de répugnan- ce que le plus parfait foit vne fuite & vne dépendance du moins parfait, qu’jl y en a que de rien procède quelque chofe, ie ne la pouuois tenir noi) plus de moymefine; De façon qu’il reftoit qu’elle euftefte' mife en moy par vne nature qui fuft veritablemët plus parfaite que ie n'eftois, & mefme qui euft en foy toutes les perfections dont ie pouuois auoir quelque idée, c’eft a dire, pour m expli- quer eh vn inot, qui fuft Dieu. A quoy i’adiouftay que puifq; ie connoiflois quelques perfections que ie n'auois point* ie n’eftois pas le feul eftre qui exiftaft (i'vferay s’il vour.plaift icy librement des mots de rElchole’) Mais qu’il falloir de neceffite qu’il yen euft quelque autre plus e z. par- + Discours. * parfait, duquel ic dependifle, & duquel i’eufle acquis toutceque i’auois: Car fi i'eufle eftéfeul & indépen- dant de tout autre, en forte que i'eufle eu de rnoymef* me touf ce peu que ie participois de l’eftre parfait* i’eufle pû auoir de moy par mefme raifon rout le furplus que ie connoiflois me manquer, & ainfi eftre moymefme infi- ni, etcrne!, immuable, tout connoiflant, tout puiflant, & enfin auoir toutes les perfections que ie pouuois re- marquer eftre en Dieu. Car fuiuant les raifonnemens que ie viens, de faire, pourconnoiftrela nature de Dieu autant que la miene en eftoit capable, ie n'auois qu'à confiderer de toutes les chofes dont ie trouuois en moy quelqj idée, fi c’eftoit perfection ou non de les pofleder, & i'efrois afluré qu'aucune de celles qui marquoient quelque imperfection n’eftoit en luy, mais que toutes les autres y eftoient. Comme ie voyois que le douref l’inconftance, la triftefle, & chofes forablables, n’ypou- uoient eftre, vûque i’eufle eftc'moymefme bien ayfe d'en eftre exempt. Puis outre cela i’auois des idées de plu- fienrschofosfeDfibles & corporelles: car quoy que ie fuppo/âfle que ie refuois, & que tout ce que ie voyois ou imaginois eftoit faux, iene pouuois nier toutefois que les ide'es n’en fuflent veritablementen ma penfe'e: Mais poureeque i’auois défia connu eu moy très clairement que la nature intelligente eftdiftinCte de la corporelle, conliderant que toute compofition tclmoignc de la dé- pendance, & que la dépendance eft manifeftement vnv. defaut, ie iugeois de là, que ce ne pouuoit eftre vne per- fection en Dieu d’eftrecompofédcces deux natures, & queparconfequcntilnci’eftoitpas* Mais qnes’ily auoit . y De La Méthode.
. y De La Méthode.
quelques cors dans le monde, oubien quelques intelli- gences ou autres natures qui ne fuflent point routes par- faites, leur cftredeuoit de pendre de fapuiflanceêntel- % le forte, quelles ne pouuoient fubfifter fans luy vti feul moment.
le voulu chercher après cela d’autres yeritez, & m'eftantpropoférobietdcsGeomctres, que ieconce- uois comme vu cors continu, ou vn efpace indéfiniment • eftendu en lôgueur largeur & hauteur ou profondeur, di- uifible en diuerfes parties,. qui pouuoient auoir diuerfes • figures, & grandeurs, & eftre meuësou tranfpofées en toutesfortes, car les Geometres fuppofent tout cela eu leur obiet, ie parcouru quelques vnes de leurs plus fini- /, pies demonftrations; Er ayant pris garde que cete gran- de certitude, que tour le monde leur attribue, n’eft fon- dée que fur ce qu’on les conçoit euidenment, fuiuant la reiglequeiay tantoft dite; le pris garde aufly qu’il ny auoitriendutouten elles qui m’afluraft de lexiftence de leur obiet: Car par exemple ie voyois bien* que fup- pofantvn triangle il falloir que les trois angles fuflent efgaux à deux droits,maisie ne voyois rien pour cela qui m’aflurâft qu'il y euft au monde aucun triangle: Au heu que reuenant à examiner l’idee que i’auois d’vn Eftreparfaic,ietrouuois que lexiftence y eftoit com- prife, en mefme façon qu'il eft compris en celle d'vn triangle que ces trois angles font efgaux à deux droits» « ou en celle d’vne Sphere que toutes fes parties font cfga- iement diftantes de fon centre, ou mefme encore plus euidenment. Et que par confèquent il eft pour le moins aufly certain, que Dieu, qui eft cet Eftre parfait, eft ou r; exifte, • ,f * ' * •.
cxifte, qu'aucune dcmonllration de Géométrie le fçauroiceftre.
# Mais co qrit fait qu’il y en a plufieurs qui fe perfuadent.
qu'ily'adeladifficultcàlcconnoiftrc, & mefmcauflyà connoiftrcccqucc'cft que leur amc, c’eft qu’ils n’efle- tient iamais Içurcfprit au delà des choies fenfibles, & qu’ils font tellement accouftumez à ne rien confiderer qu’en l'imaginant, qui eft vne façon de penfer particulie- repour les choies materielles, que tout ce qui n'eft pas imaginable leur femblen ’eftr» pas intelligible. Ce qui eft aflfcz manifefte de ce que mefmc les Philofophcs ticnent pour maxime dans les Efcholes, qu'il n’y arien dans l’en- tendement qui n’ait prcmicremcntcftc' dans le fens, où toutefois il eft certain que les Idées de Dieu & de l’amc n’ont iamais efte", Et il me fcmblc que ceux qui veulent vfer de leur imagination pour les comprendre, font tout de raefmequefi pour ouïr les Ions, ou fentir les odeurs, ils le vouloientferuir de leurs yeux: Sinon qu’il y a enco- re cete différence, que le fens de la veuë ne nous allure pas moins de fa vérité de fesobiets, que font ceux de l’odorat ou de l’ouye^ au lieu que ny noftre imagination • ny nos fens ne nous fçauroient iamais alTurer d aucune choie, fi nüftrc entendement n’y interuient.
Enfin s’il y a encore des hommes, qui ne foient pas af- fezperfuadezdel’cxiftenccdeDieu & delcur ame, par les raifons quci’ay apportées, le veux bien qu’ils fçaehent que toutes les autres chofcs, dont ils le penlent peuteftre plusaflurez, comme d’auoir vn cors, & qu’il yades aftrcs, & vne terre, & chofcs fcmblablcs, font moins cer- taines: Car encore qu’on ait vne affurance morale de * • „ - CCS N Db La Méthode. 39 ces chofês, qui eft telle, qu’il femble qu’à moins que d’eftreextrauagant ou tien peut douter -, "foutefois au£, fy a moins que d’eftre déraisonnable, lorfqu’il eft quef- tion d’vne certitude metaphyfique, on ne peut nier,que ce ne foit aflcs de fuiet pour n en «lire pas entièrement allure", que d auoir pris garde quon peut en mefine fa- çon, s imaginer eftantpndormi qu'on a vu autre- cors, & qu on voit d autres aftres, & vne autre terre, fans qu’il en foit rien. Card oùlçait on que les penfées qui vie- ncnt en fonge font plutoft fauffes que les autres, vuque fouuent elles ne font pas moins viues & expreffes? Et que les meilleurs Efprits y eftudient tant qu’il leur plaira, ie necroy pas qu'ils puiflent donner aucune raifon qui (bit fijffifantcpourofter ce doute,- s’ils ne prefuppofent l e*- rftencç de Dieu. Car premièrement cela mefmc que i'ay tantoft pri> pour vne rcigle, à fçauoir que les chofcs que nous conceuons très elairemeut & très diftinâement font toutes vrayes, n*eft aflliré qu'a caufè que Dieu eft ou exifte’, & qu’il eft vn eftre parfait, •& que font ce qui eft en nous vient de luy: D’où il fuit que nos idées ou no- , tions, eftant des chofes reelles, & qui vienët de Dieu,en tout ce en quoy elles font claires & diftin&es, ne peuuent en cek eftre que vrayes. En forte que û nous en . auons aflez fouuent qui contienent de la fàufletc', ce ne peut eftre que de celles, qui ont quelque chofe deconfus & obfcur, à caufe qu'en cela elles participent duneant: c'eft a dire,qu 'elles ne font en nous ainfi confufes qu'a caufe que nous ne fommes pas tousparfaits. Ét il eft eui- dent qu’il n’y a pas moins de répugnance que la faufletef ®u l’iinperfe&ion procédé de Dieu entant que telle,qu'il yen 4© Discours.
y en a que la vérité ou la perfe&ion procédé du néant. Mais fi nonsne fçauions point que tout ce qui eft en nous de reel, & de vray, vient d’vn eftre parfait & iufini, pour claires &diftin<ftes quefuflent nos idees, nous n'au- rions aucune raifori qui nous afturaft, qu elles eufient la pèrfe<ftion d’eftre vray es.
Or après que la cdnnoiflançp de Dieu & de l’ame nous a aiufi rendu certains de cete réglé, il eft bien ayfé à connoiftre que les refueries que nous imaginons eftanc endormis, ne doiuent aucunement nous faire douter de la veritèdes penfées que nous auons eftant efcieillcz. Car s’il arriuoitmefine en dormant qu’on euft quelque idee fort diftinde, comme par exemple qu’vn Geometre inuentaft quelque nouuelle demonftration, fon fommeil nel’empefcheroit pas d’eftre vraye: Et pour l’erreur la plus ordinaire de nos fonges, qui confifte en ce qu ils # nous reprefentent diuers obiets en mefme façon que font nosfens extérieurs, n'importe pas qu’elle nous don- ne occafion de nous deffier de la vérité de telles idées, à caufe quelles peuuent aufly nous tromper aflez fouuenc fans que nous dormions: comme lorfque ceux qui ont la # iaunifle voyenttoutde couleur iaune; ou que les aftres ou autres cors fort efloignez nous paroiffent beaucoup plus petits qu’ils 11e font. Carenfin, foit que nous vciU. lions, foit que nous dormions, nons ne nous deuomia- . mais laifler perfuadèr qu’a l'euidence de noftre radon. Et il eft a remarquer que ie dis, de noftre radon, & non point, de noftre imagination ny de nos fens. Comme en- core que nous voyons le foleil très clairement, nous ne ■deuons^>as inger pour cela qo’il ne (oit que de lagran- J > De La Méthode. 41 deur que nousle voyons; Et nous pouuons bien imagi- ner diftinètemêt vne tefte de lion entée fur le cors d’vne c heure, fans qu’il faille conclure pour kcela qu'il y ait au monde vneChimere: Car la raifon ne nous diète point que ce que nous voyons ou imaginons ainfi Toit vérita- ble. Mais elle nous diète bien que toutes nos idées ou notions doiuent auoir quelque fondement de vérité, car ilneferoitpas poffible que Dieu quilelt tout parfait & tout véritable les euft mifes en nous fans cela; Et pour- cequenosraifonnemensne font iamais fi euidens ny H entiers pendant le lommeil que pendant la veille, bien- que quelquefois nos imaginations foient alors autant ou plus viucs ôrtxprefTes, elle nous diète aufly que nos pen- sées ne pouuant eftre toutes vrayes, à caufe quenous ne fommespastous-parfaits, ce quelles ont de -vérité doit infalliblement fc rencontrer en celles que nous auons eftantefueillez,plutoft qu'en nos fonges.
Icferoisbienayfede pourfuiure, & défaire voiriéy Cinqui- toutelachaifnedes autres veritez que iay déduites de efme ces premières: Mais a caufe que pour cet effeèt, il ferait Part*e* maintenant befoin que ie parlafle de plufieurs queftions, qui font en controuerfo entre les doètes, auec lefquels ie ne defire point me brouiller, ie croy qu'il feraroieux que ie m’en abftiene; & que ie die feulement en general quelleselles font, affin de laifler iuger aux plus fages, s'il ferait vtile que le public en fuit plus particulièrement informé. le fuis toujours demeuré ferme en la refolu- tion que i’auois prifè, de ne fuppofer aucun autre princi- pe, queceluy dont ie vien de me feruir pour demonhrerl’exiftence de Dieu & de l’ame, &de ne receuoîr f aucune 4» Discours aucune chofe pour vraye, qui ne me fcmblaft plus claire & plus certaine que n'auoient fait auparauant les de- monftrationsdesGeometresrEtneantmoins i’ofe dire,, que non feulement iay trouue' moyen de me fatisfaire en peu de tems, touchant toutes les principales didicul- tez dont on a couftume de traiter en la Philofophiej. Mais aufTy que i’ay remarque" certaines loix, que Dieu a tellement eltablies en la nature, & dont il a imprime de telles notions en nos âmes, qu’aprés y auoir fait afTez de réflexion* nous ne fçaurions douter quelles ne foient exactement obferuées, en tout ce qui eft ou qui fe fait dans le monde. Puis en conflderant la fuite de ces loix, il me fèmble auoir defcouuert plulieurs verltez plus vti- les & plus importantes, que tout ceque i’auois appris au- parauant, ou mefme efperdd’apprendre.
Mais poureeque iay tafehe d’en expliquer les princi- pales dans vn traite, que quelquesconfiderationsm’em- pefehent de publier,ie ne les fçaurois mieux faire con- noiflre, qu’en difant icy fommairement ce qu'il con- tient. Iay eu deflein d’y comprendre tout ce que ie peu- fois fçauoirauant quedc l’efcrire, touchant la nature des chofes materielles: Mais tout de mefme que les peintres, ne pouuant efgalement bien reprefenter dansvn tableur plat toutes les diuerfes faces d’vn cors folide, en choifif- jfent vne des principales qu’ils mettent feule vers le iour, & ombrageant les autres, ne les font paroiftre, qu'antant qu’on les peut voir en laregardant: Aiufi craignant de ne pouuoir mettre en mon difeours tout ceque i’auois eu la penfee, i’entrepris feulement d’y expofer bien ample- ment ce que ie conccuois de la lumière -y Puis a fon occa- De La Méthode. 43 lion d'y adioufter quelque chofe du foleil & des Eftoiles fixes, à caufe qu'elle eu procédé prefq; toute., des deux, a caufe qu'ils la tranfraettent, des Pianetes>des Comètes, & de la terre, à caufe qu’elles la font reflefchir,& en par- ticulier de tous les cors qui font fur la terre,à caufe qu'ils font ou colorez, ou tranfparens, ou lumineux, & enfin de l’homme, à caufe qu'il en ef$ le fpeétateur. Mefme pour ombrager vn peu toutes ces choies, &pouuoirdire plus librement ce que i’eniugeois, fans eftre obligé de future ny de réfuter les opinions qui font receucs entre lesdodtes, ieme refolu de laifler tout ce monde icy a leurs difputes, & de parler feulement de ce qui arriue- roit dans vn nouueau, fi Dieu creoit maintenant quelquè part dans les efpaces imaginaires affez de matière pour ' le compofer, & qu’il agitait diuerfement & fans ordre les diuerfes parties de cete matière, en forte qu'il en com- pofàft vn Chaos auffy confus que les Poètes en puiflent feindre. Et que par apres il ne fift autre çhofe que pre- fter fon concours ordinaire a la Nature, & la laifTer agir fuiuant les loix qu’il a eftablies. Âinfi premièrement ie deferiuis cete matière, & tafehay de la reprefenter telle qu’il ny a rien au monde, ce me fcmble, de plus clair ny plus intelligible, excepté cequi a tantoft efté dit de Dieu & de l’ame: Car mefme ie fuppofay exprelfement, qu’il n'y auoit en elle aucune de ce s formes ou qualitez dont on difputedans les Efcholes, ny generalement aucune - chofe, dont la connoifTance ne fuit fi naturelle a nos âmes, qu’on ne puft pas mefme feindre de l’ignorer. De plus ie fis voir quelles eftoient les loix de la Nature; Et.
fans appuier mes raifons fur aucun autre principe que for /a les 44 Discours les perfeâionsinfinies de Dieu, ie tafchay à demouftrer toutes celles dont on euft pu auoir quelque doute, Et à faire voir quelles font telles, qu'encore que Dieu auroit créé plufîeurs mondes, il n’y enfçauroit auoir aucun où elles, manquaient d’eftre obferuees. Apres cela ie moa^ ftray comment la plus grand part de la matière de ce Chaos deuoic,en fuite de ces loix, fe difpofer & s’arren- gerd'vne certaine façon qui larendoit femblable a nos cicux: Comment cependant quelques vnes de Tes parties deuoient compofer vne Terre, & quelques vnes des Planètes, & des Cometes, & quelques autres vn Soleil, & des Eftoilcs fixes: Et icy m'efteudant fur le fuiet de la lumière, i’expliquay bien au long quelle eftoit celle qui fe deuoit trouuer dans le Solçil 6c les Eftoiles, Et com- ment de là elle trauerfoit en vn inftant les imraeufes ' efpaces des deux. Et comment elle fe rcflefchiflbitdes Planètes & des Cometes vers la Terre, l’y adiouftay auffy plufîeurs chofes touchant la fubftauce, la fituation, lesmouuemens, & toutes les diuerfesqualitezde ces cicux & de ces aftres } 'En forte que ie penfbis en dire af- fez pourfàire connoiftre, qu’il ne fe remarque rien co ceux de ce monde, qui nedcuft, ou du moins qui ne pûft, paroiftre toutfemblable en ceux du monde que ie deferiuois. De là ie vins à parler particulièrement de la Terre: Comment, encore que i ’eufTe exprefTementfup- pofe', que Dieu n’auoit mis aucune peûnteur en la ma- tière dont elle eftoit compofee, toutes fes parties ne laif. foient pas de tendre exactement vers fon centre: Corn- , ment y ayant de l’eau & de l’air fur fa fuperficie,la difpo- fition des cicux & des aftres, principalement delà Lune, r...y dev De La Méthode..* 4f