uers poins, fè raflerablent à peu prés en autant d^u- trçs diuers points fur le cors blanc R S T. Et en fin de ce que tant les petits filets EN, que le dedans de la peau EF, eftant de couleur noire, & la chambre . P, toute fermée & obfcure, il ne vient d’ailleurs que des .obiets VXY, aucune lumière qui trouble l’a&ion de ces rayons. Car fi la prunelle eftoit fi e droite, qu’il * ne paffaft qu’vn fèul rayon de chafque point de l’ob- •. * iet, vers chafque point du cors RS T, il n’auroit pas • aflcs de force pour fe reflefchir de là, daus la chambre P, vers vos yeux. Et prunelle eftant vn peu grande, s’il ne fe fàifoic dans l’œil aucune refra<ftion, les rayons ^ • qui viendraient de chafque point des obiets, s’efpan- droyent ça& là en tout l’efpacè R S T, en forte que, par exemple, les trois points VXY, enuoyeroient trois rayous vers R, qui fe reflefchifTans de là tous enfemble vers vos yeux, vous feroieut paroiftre ce point R, d’vne couleur moyenne entre le rouge, le iaune, & le bleu, &' tout femblable aux points* S & T, vers lefquels les mef- mes points VXY, enuoyeroient aufîi chacun vn de leurs rayons. Et il arriueroit auffi quafi le mefme, fila refraélion qui fe fait en l’œil, eftoit plus ou moins grande qu’elle ne doit, à raifon de la grandeur de cet œil, car eftant trop grande, les rayons qui viendroi- ent, par exemple du point X, s’afïembleroienDauant que d’eftre paruenus iufques à S, comme vers M. & au contraire eftant trop petite, ils ne s’aflemblcroicnt qu’au delà, comme vers P; fi bien qn’ils toucheraient le cors blanc R ST, en plufieurs points, vers lefquels il viendrait auffi d’autres rayons des autres parties, de . F. l’obiet.
Discours Cinquiesme. 43 l'obiet. Enfin j fi les cors E N, E F, n’eftoyent noirs, c'eftà.dircjdifpofes à faire que la lumière qui donne de contre,.s’y amortifle, les rayons qui viendraient vers eux: du cors blanc R S T, pourraient de là retourner ceux de T vers S, &versR; ceux de R, vers T, &vers S; & ceux de S, vers R, & vers T: au moyen de quoy, ils troubleraient l’a&ion les vns des autres, & le mefrae feraient aufly les rayonsqui viendraient.de la chambre P, vers R S T, s’il y auoit quelque autre lumière en cet- te chambre, que celle qu'y enuoyent les obiers V X Y.
Mais apres vous auoir parlé des perfections de cette' peinture, il faut aüfli que ie vous faceconfidererfesde- fauts. dont le premier & le principal eft, que quel- ques figures que puiflcnt auoir les parties de l’œil, il eft impoffibile, quelles fanent qbe les rayons qui vienent de diuers poins, s’aflemblent tous en autant d’autres di- uers points, & que tout le mieux quelles puiflent faire* c’cft feulement que tous ceux qui vienent de quelque point, comme d’ X, s’aflerablent en vn autre point, comme S, dans le milieu du fonds de l’œil j en quel cas il n’y en peut auoir que- quelques vnsdeceux du point V, qui s’aflemblent iuftement au point R, ou du point Y, qui s’aflèmblent iuftement au point T • & les autres s’en doiuent efearter quelque peu, tout a l’entour, ainfi que i’expliqueray cy apres# Et cecyeftcaufc que ccttp peinture n’eft iamais fi diftinétè vers fes extrémités qu’au milieu, comme il a efté afTés remarque” par ceux qui ont êferit de l’Optique. Car c’eft pour cela qu’ils ont dit, quelavifion fe fait principalement fuiuantlali- gnedroite, quipafleparles centres de l’humeur cri fta- F 2 line *- •• 44 Là Dioptriqjie line & de la prunelle, telle qu’eft icy la ligne XKLS, qu'ils nomment l’aiffieu de la vifion. Et notés, que les rayons, par exemple, ceux qui vienent du.ppint V, s’efeartent autour du point R, d'autant plus que l’ou-' uerture delapmnelleeft plus grande: & ainfique fi fa grandeur fert à rendre les couleurs de cette peinture plus viues & plus fortes, elle empefçhe en reuanche que fes figures ne foyent fi didiuâes, d’où vient qu’ellè ne doit eftre que médiocre. Notes aufli que les rayons s’efearteroient encores plus autour du point R, qu’ils ne font, fi le point V, d’où ils vienent, eftoit beaucoup plus proche dé l’œil, comme vers*io, ou beaucoup plus efloigne', comme vers n, que n’eft X, a la diftance du- quel ie fuppofe, que la figure de l’œil eft proportionnée; de forte qu’ils rendroyent la partie R, de cette peintu- re encores moins diftin&c qu’ils ne font. Et vous enten- drés facilement les demonftrations de tout cecy, lors que vous aurés vû cy après, quelles figures doiuent auoir les cors tranfparents, pour faire que les rayons qui vienent d’vn point, s'aflfemblenten quelqu'autre point, après les auôis trauerfés. Pour les autres defauts de cette peinture, ils confident en ce que fes parties font renuer- fées, c'ed à dire, en pofition toute contraire à celle des obietS; &ence qu’elles font apetilTées.& raccourcies, les yncs plus, les autres moins, àraifon de la diuerfediftau- ce, &fituationdes chofos quelles. reprefentent, qua- fi en mefme façon que dan? vn tableau de perfpe&i- ue. Comme vous voyés icy clairement, que T, quieft vers le codé gauche, reprefente Y, qui ed vers le droit, & que R, qui ed vers le droit, reprefente V, qui ed vers I 4 6 La DioptrioIie le gauche. Et de plus que la figure de l’obiet V, ne doit pas occuper plus d’efpace vers R, que celle de l’obiet io, qui eft plus petit, mais pins proche; ny moins que celle de l’obiet ii, quieft plus grand, mais à pfopor-- •tion plus efloignd, fi non en tant qu’elle eftvn peu plus diftintfte. Et en fin que la ligne droite VXY, eft re- prefentde par la courbe R S T.
Orayantainfivûcefte peinture dans l’œil d'vn ani- mal mort, & eu ayant confidere' les raifons, on ne peut douter qu’il ne s’en forme vne toute femblable en ce- luy d’vn homme vif, fur la peau intérieure, en la place de laquetlè, nous auions fubftitutflecors blanc RSVT, &me(me qu’elle ne s’y forme beaucoup mieux, àcauiè que (es humeurs eftant plaines d’cfprits font plus tranfpa- rentes, & ont plus exactement la figure qui eft requife àceteffedh Et, peut-eftre aufiS, qu’en l’œil d’vn bœuf, la figure de la prunelle,<jui n’eftpas ronde, empefcfce que cette peinture n’yfoit fi parfaite.
•. On ne peut douter non plus que les images qu’on fait paroiftre furvn linge blanc dans vne chambre obfcure, ‘ ne s’y forment tout de mefme, &pour Iamefme raifon qu’au fonds de l’œil, mefmes à caufè qu'elles y font ordinairement beaucoup plus grandes, & s’y forment en plus de façons,on y peut plus commodément remar- quer diuerfès particularités, dont ie defire icy voos auertir, afin que vous en facids l’experience, fi vous bc l’aue's encores jamais faite. Voye's donc premièrement, que fi on ne met aucun verre audeuaut du trou qu’on aura fait en cette chambre, il paroiftra bien quelques images fur le linge, pouruû que le trou (oit fort eftroit, mais Discours Cinquiesme. 47 mais qui feront fort confufes & imparfaites, & qui le fe- ront d'autant plus, que ce trou fera moins eftroit. Et qu’elles feront auffi d’autant plus grandes, qu’il y aura plus de diftance entre luy & le linge, en forte que leur grandeur doit auoir à peu pre's, mefme proportion auec ccttediftance, que la grandeur des obiets, qui lescau- fent, auec la diftance qui eft entre eux & ce meftne trou. Comme il eft euident que fi A C B eft l’obietj 1) le trou, & E G F l’image; EGeftàFD, comme AB eft à CD,. Puis ayant mis vn verre en forme de lentille. au deuant de ce trou, confî- dercs qu'il y a certaine di- ftancc deter- minee a la- quelle tenant le linge, les images paroiflent fort drftin- <ftes, & que pour peu qu’on l’elloigne, ou qu’on l’apro- che d’auantage du verre, elles commencent à lettre moins; Et que cette diftance doit eftre tnefurée par • l'efpace qui eft, non pas entre le linge & le trou, mais entre le linge & le verre:* en forte que fi Ion met le verre vn peu au delà du trou de part ou d’autre, le linge en doit auili eftre doutant aproché ou recule'j Etqu'el- lc dépend en partie de la figure de ce verre, & en partie auffy de l'efloignement des obiets: Car en laif- faut l’obiet en mefme lieu, moins les fuperficies du verre font courbe'es, plus lé linge en doit eftre efloig^e, & en fc feruant du mefme verre, fi les obiets en font fort . proches.
48 La Dioptriclue proches, il en faut tenir le linge vn plus loin, que s’ils en font plus efloignés; Et que de ceftc diftan-. ce dépend la grandeur des images, quafi en mcfme façon que lors qu'il n'y a point de verre au deuant du . trou. Et que ce trou peut eftre beaucoup plus grand, lors qu’on y met vn verre, que lors qu’on le laifle tout vuide, fans que les images en foyent pour cela ' de beaucoup moins diftindtes. Et que plus il eft grand, plus elles parodient claires & illuminées:^en forte que fi on couure vne partie de ce verre, elles paroif- • tront bien plus’obfcures qu'auparauant, mais qu’elles ûe lairront pas pour cela d'occuper autant d’elpace. fur le linge. Et que plus ces images font grandes & clai- res, plus elles fe voyent parfaitement: en forte quefî on pouuoit auflî faire vn œil,' dont la profondeur fnft fort grande, &la prunelle fort large, &que les figu- res de celles de fes fuperficies qui caufent quelque refrà&ion, fuflent proportione'es à cette grandeur,. les imagés s’y formeroient d’autant plus vifibles. Et que fi ayant deux ou plufîeurs verres en forme de lentilles, niais afTcs plats, on les iointl’vn contre l’au- tre, ils auront»à peu prés le mefme effed:, qu’auroit vn foui, qui foroit autant voûte' ou conuexe qu’eux deux enfemble carie nombre des fuperficies où feforit les refra&ions n’y fait pas grand chofe. Mais que fî on efloigne ces verres à certaines diftances les vns des autres, le fécond pourra redreffor l'image, que le premier aura renuejfe'e, & le troifiefme la renuerfer ckrechef,' & ainfi de fuite. Qui font toutes chofes * dont les râifons font fort ayftfes à déduire de ce que i’ay Discours Cinodiesme. 4j> i’ay dit, & elles feront bien plus voftres,s’il vous faut vler d’vn peu de reflexion pour les conceuoir, que fi vous les trouuiés icy mieux expliquées.
Au refte les images des obiets ne fe forment pas feu- lement ainfi au fonds de l'ocil, mais elles paflent encores au delà iufques au cerueau, comme vous entendras faci- lement, fi vous penfés, que par exemple, les rayous qui vitnent f fO La DlOPTRIQilE vienent dans l’œil de l’obiet V, touchent au point R l'extremité de l’vn des petits filets du nerf optique, qui prend fon origine de l'endroit 7 delà fuperficie in- térieure du cerueau 789; & ceux de l’obiet X, touchent au point S l'extremité d’vn autre de ces filets, dont le commencement eft au point 8; & ceux de l’obiet Y, en touchent vn autre au point T, qui refpond a l’endroit du cerueau marqué 9. &ainfi des autres. Et que la lu- mière n’eftant autre choie qu'vn mouuement, ou vne a&ionqui tend à caufer quelque mouuement, ceux de fes rayons, qui vienent d' V vers R, ont la force de mou • uoirtoutle filet R 7, & par confequent l’endroit du cer- ueau marqué' 7j & ceux qui vienent d’ X vers S, de mouuoir tout le nerf S 8, & mefine de le mouuoir d’au- tre façon que n'eft meu R 7, à caufe que lesobiets X & V fout de deux diuerfes couleurs, & ainfi que ceux qui vienéntd’Y, meuueut le point 9. D’où il elt manifefte qu’il fe forme derechef vne peinture 789,alfesfemblable auxobietsVX Y, en la fuperficie intérieure du cerueau qui regarde les concauités. Et de là ic pourois encores latranlporteriulques à vne certaine petite glande, qui fe trouue enuironle milieu de ces çoncauite's, & éft pro- prement le fiege du fens commun. Mefme ie pourois encores plus outre vous mouttrer cornent quelquefois, elle peut pafler de là par les arteres d'vaie fëme enceinte, iufqucs à quelq; membre déterminé' de l’enfant qu elle porte en fes entrailles, & y former ces marques d’enuie, qui caufcnt tant d’admiration à tous les Doétes.
DE Discours Sixiesme.
DELA VISION.
*D if cours Sixiefme.
ORencoresque cette peinture en paflfant ainfi iuf- qucs au dedans de noftre telle, reticue toufiours quelque chofe de la rçfemblance des obiets dont elle procédé; il ne fe faut point toutesfbis perfuader, ainfi queie vous ay défia tantoft afles fait entendre, que ce foit par le moyen de cette refemblance qu elle face que nous les Tentons, comme s’il y auoit derechef d’autres yeux en noftre cerueau, auec lefquels nous la puffions aperceuoir. Mais pluftoft que ce font les mouuemens par lefquels elle eft compofce, qui agilTans immédiate- ment contre noftre ame tant quelle eft vnie à noftre cors, fontinftitue's de la nature pour luy faire auoir de telsfentimens. Ce que ievous veux icy expliquer plus en detail. Toutes les qualités que nous aperceuons dans les obiets de la veuë, peuuenteftre réduites à fix princi- pales, qui font, la lumière, la couleur, la fituation, la di- ftance, la grandeur, & la figure. Et premièrement touchant la lumière & la couleur, qui feules apartie- nent proprement au fons de la veuë, il faut penfer que noftre ame eft de telle nature, que la force des mouue- mens, qui fe trouuent dans les endroits du cerueau,d’où vienêt les petits filets des nerfs optiques, luy fait auoir le fèntiment d^ lumière; & la façon de ces mouuemens, celuy de la couleur, ainfi que les mouuemens des nerfs qui refpondent aux oreilles, luy font oüir les fons; & ceux G 2 des La Di O PT RI QUE des nerfs de la langue, luy font goufter les faueurs; ôc generalement, ceux des nerfs de tout le cors, luy font feqtir quclquochatoiiillement, quand ils font modere's, & quand ils font trop violents j, quelque douleur i fims qu’il doiue, en tout cela, y auoir aucune refemblance entre les idées qu’elle conçoit, & les monuemens qui caufontces idees. Ce que vous croirc's facilement, fi vous remarque's, qu'il femble à ceux qui reçoiuent quel- que bleflîire daus Poftl, qu’ils voyent vne infinite'de feux & d’efolairs deuanteux, nonobftant qu’ils ferment les yeux, ou bien qu’ils foyent en lieu fort obfour; en forte que ce fentiment ne peut eftre attribue' qu’a la feule for- ce du coup, laquelle meut les petits filets du nerf opti- que,ainfi que ferait vne violente lumière. & cette mefi- me force touchant les oreilles, pourrait faire ouir quel- que fon; & touchant le cors en d’autres parties, y faire fentir de la douleur. Et cedy fe confirme aufly, de ce que fi quelquefois on force fes yeux à regarder le foleil, ou quelqu’autrc lumière fort viue, ils en retienent apre's vn peu de temps l’impreffion, en telle forte, que nonob- ftant mefme qu’on les tiene fermés, il fomble qu’on voyediuerfes couleurs, qui fe changent & paflent de l’vne a l’autre,à mefure qu’elles s’affoibhflent: car cela ne peut procéder que de ce que le$ petits filets du nerf optique, ayant efté meus extrordinairement fort, ne fe peuueutarrefterfitoftque de couftume. Mais l’agita- tion, qui eft encores en eux apres que les yeux font fer- més, n’eftant plus afles grande, pour rej^fenter cette forte lumière, qui l'a caufée, reprefontc des couleurs moins viues. Et ces couleurs fe changent en s’affoiblif- * faut.
D r scours Si xi esme. • f 3 fant, cc qui monftre que leur nature ne confifte qu’en la diuerfité'du mouuement, &n'eft point autre que ie l’ay cy dellus fuppofee. Et en fin cecy le manifefte de ce que les couleurs paroiflent louuenten des cors tranfparens, où il eft certain, qu’il n’y a rien qui les puifie caufer, que les diuerfes façons, dont les rayons de la lumière y font receus. comme lors que l’arc-en-ciel paroift dans les nues, & encores plus clairement, lors qu’on en voit la refemblancc dans vn verre, qui eft taillef' à plu- fieurs faces.
Mais il faut icy particulièrement confiderer, en quoy confifte la quantité" de la lumière, qui fe voit, c’eft à dire, de la force dont eft meu chacun des petits filets du nerf optique, car elle n’eft pas toufiours efgale a la lumière, qui eft dans les obiets, mais elle varie à raifon de leur di- > ftance, & de la grandeur de la prunelle, & aufly à raifon de l’cfpace que les rayons, qui vienent de chafque point de l’obiet, peuucnt occuper au fonds de l’oeil. Comme parexemple,iteftmanifefteque lepoint X enuoyeroit voyésh plus de rayon's dans l’ocil B, qu’il ne fait, fi la prunelle figutc cn * _ -. ■*...la pacc * _ -. ■*...la pacc FF eftoit ouuertciufques à G; & quilenenuoye tout fuiua„tc. autant en cet œil B, qui eft proche de luy, & dont la prunelle eft fort eftroitte, qu’il fait en l’œil A, dont la prnnclle eft beaucoup plus grande, mais qui eft à pro- portion plus efioigne". Et encores qu’il n'entre pas plus de-rayons des diuers points de l’obiet V X Y, confiderds tous enfemble, dans le fonds de l’œil A, que dans celuy de l'œil B, toutes fois pource que ces rayons ne s’y eften- * dent qu’en l’eîpace T R, qui eft plus petit que n’eft HI, dans lequel ils s’eftendent au fonds de l’œil B, ils y doi- G 3 uent f4 I*A DIOPTRIQ..UE ucnt agir auec plus de force, contre chacune des extre- mite's du nerfoptique qu’ils y touchent, ce qui eft fort aife" à calculer. Car fi paj exemple, l’efpace HI eft quadruple de T R, & qu’il contiene les extrémités de quatre rpille des petits filets du nerf optique, T R, ne con- tiendra que celles de mille, &. par confequent chacun de ces petits filets fera meu dans le fonds de l’œil A, par la milliefme partie des forces, qu’ont tous les rayons qui y entrent, iointesenfemblej 8c dans le fonds de l’œil B, par le quart de la millieftne par- tie feulement. 11 faut aufly confiderer, qu’on ne peut difeerner les paîtiesdes cors qu’on regarde, qu’entanc quelles different en quelque façon de couleur: & que la vilion diftin&e de ces couleurs, ne dépend pas feule- ment de ce que tous les rayons, qui vienent de chalque point de l’obiet, fe raffemblent à peu près en autant d’au- tres diuers points j au fonds de l’œil; & de ce qu’il n’en . vient aucuns autres d’ailleurs, vers ces mefmes poins, ainfi qu’il a efte' tantoft amplement expliqué: mais au fy de la multitudq des petits filets du nerf optique, qui font Ti'R DiscoursSixiesme. Jf' font en l'elpace qu’occupe l'image au fonds de l'œil* Car fi par exemple l’obiet VX Y, eftcompofc de dix mille parties, qui (byent difpofées à enuoyer des ra- yons, vers le fonds de l’œil R S T, eu dix mille fa- çons differentes, &c par confequent à faire voir en mefme temps dix mille couleurs, elles n'en pourront neantmoins faire diftinguer a lame que mille tout au plus, fi nous fuppolôns qu'il n’y ait que mille, des fi- lets du nerf optique, en l’efpace R S T, d'autant que dix des parties de l’obiet, agiffant enfemble contre chacun de ces filets, ne lepeuuent mouuoirque d’vnc feule façon, compofée de toutes celles dont elles a- giffent, en forte que l’efpacc qu'occupe chacun de ces filets ne doit eftre confidere' que comme vn point. Et c’eft ce qui fait que fouucnt vne prairie qui fera peinte d’vne infinité' de couleurs toutes diuerfes, ne paroiftra de loin que toute blanche, ou toute bleue. Et generalement que tous les cors fe voyent moins diftindfcement de loin, que de près. Et enfin que plus on peut faire que l'image d’vn mefme obiet occu- pe d’efpace au fonds de l’œil, plus il peut efire vû diflin&ement. Ce qui fera cy apres fort à remar- queo Pour la fituation, c'eft à dire, le cofte',vers lequel eft pofde chafque partie de l’obiet au refpedt de no- ftre cors, nous ne l'aperceuons pas autrement par l’en- tremife de nos yeux, que par celle de nos mains; & fa cognoiflance ne dépend d’aucune image, ny d’au- cune adtion qui viene de l’obiet; mais feulement de la. fituation des petites parties du cerueau d’où les nerfs prenent j-* La Dioptrioue prenant leur origine. Car cette fituation Ce changeant tant foie peu, àchafque fois que fe change celle des membres, où ces nerfs fqnt inlère's, eft inftituée de la nature, pour faire, non feulement que l'aine cognoif- fe, en quel endroit eft chafque partie du cors quelle anime, au refpeft de toutes les autres; mais aufly qu'cl- le puifle transférer de là fon attention, à tous les lieux contenus dans les lignes droites, qu’on peut imagi- ner eftre tirées de l’extremite de chacune de ces par- ties, & prolongées a l’infini. Comme lors que l’A- ueugle, dont nous auons défia tant parlé cy deflus, tourne fa main A, vers E, ou C,auflTyvers E,Ies nerfs inférés en cette main > caulênt vn certain changement en fon cer- uçau, qui donne moyen à fon ame de coniioiftrc, non feulement le ’ieu A, ou C, mais aufty tous les au- qui font en la ligne droite AE, ou CE, en forte quelle peut porter fon attention iufques au x obiets B &D,& déter- miner les lieux où ils font, fans connoiftre pour cela ny penfer aucunement à ceux où lont les deux mains. Et ainfi lors que noftre œil» ou noftre- telle, Ce tournent vers quelque coftc', noftre ame en eft auertie par le changement, que les nerfs inférés dans les mufcles, qui feruentàces mouuemens, caufent en noftre cerueau. Comme icy en l’œil RST,ilfaut penfer que la fitua- tion, du petit filet du nerf optique, quieftau pîoint R, ou S, ou Tj eîlfuiuie d’vne autre certaine fituation, de la partie du cerueau 7, ou 8, ou 9, qui fait que lame peut • connoiftre A Discours Sixiesme* jj coonoiftre tous les lieux, qui font en la ligne RV, ou S X, ou T Y. De façon que vous ne devcfs pas trouuer cftrange, que les obiets puiflent eftre veus en leur vrayc fituation, non-obftant que la peinture, qu’ils impri- ment dans l’œil, en ait vne toute contraire. Ainfi que noftre aueugle peut fentir en mefme temps l'obiet B, qui eft à droite, par l’entremife de là main gauche; & D, H " qui 58 H " qui 58 La Dioptrique qui efl: à gauche, par l’entremife de fa main droite. Et comme cet a- ueuglene iuge point qu'vn corsfoic double, encore qu’il le touche de Tes deux mains, ainfi lorsque nos yeux font tous deux difpofbs en la façon qui cft rcquife pour porter noftre attention vers vu mefinclieu, ils ne nous y doi- uent faire voir qu’vn feul obiet, non-obftant qu’il s’en forme en chafcun d’eux vue peinture.
La vifion de la diftance, ne dépend non plus, que cel- le de la fituation d’aucunes images enuoyces des obiets. Mais premièrement de la figure du cors de l’œil; car* comme nous auons dit, cefte figure doit eftre vn peu autre, pour nous faire voir ce qui efl: proche de nos yeux, que pour nous faire voir ce qui eu efl plus efloigne'. & à mefure que nous la -changeons pour la proportion- ner a la diftance des obiets, nous changeons aufly cer- taine partie denoftre cerueau, d’vne façon qui eft in- ftituee de la nature pour faire aperceuoir à noftre ame cette diftance. Et cecy nous arriue ordinairement fans quenousyfacionsdc réflexion; tout de mefme que lors que nous ferrons quelque cors, de noftre main, nous la conformons a la groffeur 8c ala figure de ce cors,&l& fentons par fbn moyen, fans qu’il foit befoin pour cela que nous penfions à fès rrrouucmcns. Nous cognoiflons en fécondlieuladiftanccparlerapport qu’ont les deux yeuxl vn a 1 autre. Car comme noftre aueugle tenant les deux baftons A E, CE, dont ie fuppofe qu’il ignoré la longueur, & fçaehant feulement l'intervale qui efl en- ,, ' j* ■ ‘ Discours Sixiesme.
tre Tes deux mains A & C, & la grandeur des angles À C E, C A E, peut de là, comme par vne Gcometri c naturelle cognoiftre où eftle point E. Ainfi, quand nos deux yeux R ST & rst, font tourne^ vers X,Iâ gran- deur de la ligne S /, & celle des deux angles X S s & \ X s S nous font fçangir où eft le point X. Nouspou- uons aufly le mefmc par l’aide d’vn œilfeulen luy fai- H z ■ fant go La Dioptrique fant changer de place, comme fi le tenant tourné vers X, nous le mettons premièrement au point S & in- continent apres au point s, cela fuffira pour faire que la grandeur de la ligne S s te des deux angles X S / & X s S fe trouucnt cnfemble en noftre fantaifie, te nousfacent aperceuoirladiftance du point X. &ce par vne action de la penfde, qui n’eftant qu’vne imagination toute fimple, nelaifle point d’enueloper en foy vn rai- fonnemeî^out femblable à celuy que font les Arpen- teurs, lors^ie par le moyen de deux differentes Hâtions ils mefurent les lieux inacce/fibles. Nous auons en- cores vne autre façon d'apcrceuoir la diftancc, à fça- uoir, parladiftin<tionouconfufiondelafigure, te en- femble parla force ou débilité" de la lumière. Comme pendant que nous regardons fixement vers X, les rayons qui vienent des obiets io te 12, ne s’aflèmblent pas fi exactement vers R, & vers T, au fonds de noftre œil, que fi ces obiets eftoyent aux points V, & Y; d’où nous voyons, qu’ils font plus efioignés, ou plus proches de nous, que n’eft X. Puis de ce que la lumière, qui vient de Tobiet 1 o vers noftre œil, eft plus forfe, que fi cet ob- iet eftoit vers V, nous le ingeons eftre plus proche: & de ce qu celle qui vient de l’obiet 12, eft plus foible, que s’il eftoit vers Y, nous le iugeons plus efloigné. Enfin quand nous imaginons défia d’ailleurs la grandeur d’vn obiet, oufàfituation, ouladiftindtiondefafigure & de fes couleurs, ou feulement la force de la lumière qui vient de luy, cela nous peut feruir, non pas proprement à voir, mais à imaginer fa diftance. Comme regardant de loin quelque cors, que nous auons accouftumé de