« voir de près, nous- en iugeons bien mieux l’efloigne- ment, que nous ne ferions fi fa grandeur nous eftoit moins connue. Et regardant vne montaigne expofe'e au folcil, au delà d’vne foreft couucrte d’ombre, ce n’cft que la fituation de cette foreft, qui nous la fait iuger la plus proche. Et regardant fur mer deux vaifleaux,dont Tenfoit plus petit que l’autre, mais plus proche à pro- portion, en forte qu'ils paroiflentefgaux, nouspourrons par la différence de leurs figures, «Sc de leurs couleurs, & de la lumière qu'ils enuoyent vers nous, iuger lequel fera Icplusloin.
Au refte pour la façon dont nous voyons la grandeur, & la figure des obiers, ic n’ay pas befoin d’en rien d ire de particulier, d’autant quelle elj toute comprifè, en celle dont nous voyons la diftance, & la fituation de leurs par- ties. A fçauoir leur grandeur s’eftime, par IaconnoifTan- ce, ou l’opinion, qu’on a de leur diftance, comparée auec la grandeur des images qu’ils impriment au fonds de l’œil; 6c non pas abfolument par la grandeur de ces , images, ainfi qu’il eft afles manifefte de ce que encore qu’elles fôyent, par exemple, cent fois plus grandes, lors que les obiets fout fort proches de uous, que lors qu’ils en font dix fois plus efloignds,elles ne nous les font point voir pour cela ccut fois plus grâds, mais prefque efgaux, au moins fi leur diftance ne nous trompe. Et il eft mani- fefte aufly, quelafigurefeiugeparlacognoiffance, ou * opinion, qu’jj^n a de la fituation des diuerfes parties des obiétS; & non par la refemblancedes peintures qui font dans l’œil. Car ces peintures ne contienent ordi- nairement que des ouales & des lozanges, lors qu’ci- . les >i Discours Sixiesme.,.<rj - les nous font voir des cercles & des quarrd?.
Mais afin que vous ne puifïiés aucunement douter, quelavifioone fefaceainfi que ie l'ay expliquée, ie vous veux faire encore icy confiderer les raifons, pourquoy il arriue quelquefois quelle nous trompe. Première- ment à caufe que c’eft lame qui voit, & non pasfœil, & qu’elle ne void immédiatement que par l’entrcmifë ducerueau,delàvient que les frénétiques, & ceux qui dorment, voy-ent fouuent, ou penfent voir, diuersobiets •. qui ne font point pour cela deuant leurs yeux: à fçauoir quand quelques vapeurs remuant Ieurcerueau.dilpofept celles de fes parties, qui ont couftume deferuira lavi- fion/en mefme façon queferoyent ccsobiets s’ils efto- yentprefens. Puis à caufe que les impreffions, qui vie- nent de dehors pafTent vers le fens commun par l’entre- niife des nerfs, fi la fituation de ces nerfs eft contrainte par quelque caufe extrordinaire, elle peut faire voir les obiets en d'autres lieux qu’ils ne font. Comme fi l'œil r s t, eftant difpofd de foy à regarder vers X,cft côtraint par le doigt N, à fe tourner vers M, les parties du cer- ueaud’où vienent fes nerfs, ne fe difpofèront pas tout à fait en mefme forte, que fi c’eftoÿent fes mufcles qui le voyés la tournaient vers M j ny aufTyen mefme forte, que s’il re- ff^cc,t gardoit véritablement vers Xt mais d’vnc façon moyen- fs. ° ne entre ces deux, à fçauoir, comme s’il regardoit vers Y; & ainfi l’obiet M paroiftra au lieu ou eft Y, parl’en- tremife de cet œil, & Y au lieu où eft X, & X au lieu où, • eft V, & ces obiets paroiftans aufly en mefme temps en leurs vrais lieux, par l'entremife de l’autre œil R S T, ils fbmbleront doubles. En mefme façon que touchant la petite La Dioptriq^ue petite boule G, des deux doigts A & D croifdsl’vn fur * i * l’autre, on en penlè toucher deux - à d’où vienent les nerfs, qui font inférés en ccs mufcles, fe trouuentdifpofces en la façon qui eft requife, pour faire qu’ils femblent eftre, A vers B, & D vers E, & par confe- qucnt y toucher deux diuerfes boules, H, & I. De plus, h eau fe que nous formnes accouftumcs de iuger, qne les impreflions qui meuuent noftre veuë, vienent des lieux vers lefqucls nous deuons regarder pour les fentir, quand ilarriuequ'elles vienent d'ailleurs, nous y pouuons faci- lement eftre trompés. Comme ceux qui ont les yeux in- fectés de la iauniffe, ou bien qui regardent au trauers d’vn verre iaune, ou qui font enferme's dans vne cham- bre où il n’entre aucune lumière que par de tels verres, attribuent celle couleur à tous les cors qu’ils regar- dent. Et celuy qui eft dans la chambre obfcure que voycsia talltoft defcrite, attribue ail cors blanc R ST les la page couleurs des obiets VX Y, à caufe que c eft feulement vers luy qu’il dre (Te fa veuë. Et les yeux A, B,C,D,E,F, voyans les obiets T,V,X,Y,Z, au trauers des verres N, O, P, & dans les miroirs QRS, les iugent eftre aux pointsG,H,I,K,L,M; & V, Z, eftre plus petits, &X, Gf, plus grands qu’ils ne font: ou bienaufly X, G?, plus pe-4 tits &aueccelarenuerfc's, àfçavoir, lors qu’ils font vn peu loin des yeux C F, d'autant que ces verres & ces miroirs * ‘T ™ Discours Sixtes me. rfy - miroirs détournent les rayons qui vienent de ces cbiets, en telle forte, que ces yeus ne les peuvent voir diftin- 6’ élément, qu’en fe dilpolànt comme ils doiuent eftrc p,our regarder vers les points G, H, I* K, L, M, ainli que I con- / 66 La Dioptrioue connôiftront facilement ceux qui prendront la peine de l’examiner. Et ils verront par mefme moyen, combien les anciens fe font abufc's en leur Catoptrique,lors qu'ils ont voulu déterminer le lieu des images, dans les miroirs creux, &conucxes. Il eft aulTya remarquer que tous les moyens qu’on a pour connoiftre la diftance, font fort incertains, car quant a la figure de l’œil, elle ne varie quafi plus fcnfiblement lors que l'obiet eft a plus de quatre ou cinq pieds loin deluy, & mefme elle varie fi peu lors qu’il eft plus proche, qu’on n en peut tirer au- cune connoiflance bien precife. Et pour les angles, compris entre les lignes tirces des deus yeux l’vn a l’au- tre & delà vers l’obiet, ou de deus dations d’vn mefme obiet,ils ne varient aufly prefque plus lors qu’on regarde tant foit peu loin. En fuite de quoy noftre fens commun mefme ne femblepas eftre capable dercceuoir en foy l’idee d’vne diftance plus grande qu’enuiron de cent ou deus cens pieds, ainfi qu’il fe peut vérifier de ce que la lune & le foleil, qui font du nombre des cors les plus efloigde's que nous purifions voir, & dont les diamètres font a leur diftance apeupre's comme vn a cent, n'ont couftumedeuousparoiftre que d’vn ou deus pieds de diamètre tout au plus, nonobftant que nous fçaehions • aftes par raifon, qu’ils font extrêmement grands, & ex- trêmement efloignes. Car cela ne nous arriue pas, fau- te de les pouuoir conceuoir plus grands que nous ne fai- fons, vu que nous conceuons bien des tours & des mon- taignes beaucoup plus grandes, mais pource que ne les pouuant conceuoir plus efloignes que de cent ou deus ' cens pieds, il fuit de là que leur diamètre ne nous doit paroiftre DiscoursSixiesme. <j7 paroiftre que d’vn oudedeuspicds. En quoy la fitua- tionaydcaufTya nous tromper, car.ordinairement ces Aftres femblcnt plus petits lors qu'ils font fort hauts vers le midy, que lors que fe leuant, ou fc couchant, il fè trouue diuers obiets entre eus &nos yeus, qui nous font micus remarquer leur diftance. Et les Aftronomes elprouuent affés en les mefurantauee leurs inftrumens, que ce qu'ils paroiflent ainfi plus grands vnefois que l’autre, ne vient point de ce qu’ils fe voyent fous vn plus grand angle, mais de ce qu’ils le iugent plus efloignés. d’ou il fuit que l’axiome de l’anciene Optique, qui dit, que la grandeur apparente des obiets eft proportionnée a celle de l'angle de la vifion, n’efl pas toujours vray. On fe trompe aulfy en ce que les cors blancs ou lumi- ceus, & gcneralement tous ceus qui ont beaucoup de force pour mouuoir le fens de la veuë, paroilTent tou- jours quelque peu plus proches & plus grands, qu’ils ne feroient s’ils en auoient moins? Or la raifonqui les fait paroiftre plus proches, eft que le mouuemcnt dont la prunelle s’eftrecift poureuiterlaforcede leur lumière, eft tellement ioint auec céluy qui difpofe tout l’oeil a voir diftimftement les obiets proches, &par lequel on iuge de leur diftance, que l’vn ne fe peutgueres faire, fans qu’il fe face aufly vn peu de l’autre. En mefme fa- çon qu’on ne peut fermer entièrement les deus premiers doigts de la main, fans queletroifiefme fe courbe aufty quelque peu comme pour fe fermer auec eus. Et la rài- fonpourquoy ces cors blancs ou lumineus paroiflet plus grands,ne confiftc pas feulement en ce que l’eftime qu’on fait de leur grandeur dépend de celle de leur di- I 2 ftancc.
<S8 La Dioptriqjie ftance, mais aufly en ce que leurs images s’impriment plus grandes dans le Fonds de l’œil. Car il Faut remarquer que le$ bouts des filets du nerFoptique qui le couurent, encores que très petits, ont neantmoins quelque grofi- feur;en forte que chacun d’eus peut eftre touche en l’vne de fes parties par vn obiet, & en d'autres par d'autres j & que n’eftant toutefois capable d’eftre meu que d’vne feule façon a chafquefoix, lors que la moindre de fes parties eft touchée par quelqu'obiet Fort efclattant, & les autres par d’autres qui le font moins, il fuit tout entier le mouuement de celuy qui eft le plus efclatant,& en re- ■ prefente l’image, lânsreprefenter celle des autres. Com- me fi les bouts de ces petits filets font 1 2 3, & que les rayons qui vienent, par exemple, tracer l’image d'vne eftoile fur le fonds de l'œil, s’y eftendentfur celuy qui eft marque’ 1, & tant foit peu au delà tout autour Fyr les • extrémités des fix autres marqués 2, furlefquels ie fuppofe qu'il ife vient point d’autres rayons, que fortfoibles, des parties du ciel voifines a cette eftoile, fon image s’eftendra en tout l'efpace qu’occupent ces fix marqués 2, &mefme peut eftre en- cores en tout celuy qii 'occupent les douze marqués $, fila Force du mouuement eft fi grande, qu'elle fo com- munique aufty a eus. Etainfi vousvoyés que IesEftoi- les, quoy quelles paroiflent aflTés petites j paroilTentne- antmoins beaucoup plus grandes qu’elles ne deuroient a raifondeleurextremediftancevj Etqu’encores quelles ne feroient pas entièrement rondes, elles ne lairroient pas de paroiftre telles. Comme aufly vnetour quarrée eftantveuc de loin paroift ronde, & tous les cors qui ne f Discours S ixiesme. dp ne tracent que de fort petites images dans l’œil, n'y peu- uent tracer les figures de leurs angles. Enfin pour ce qui eftdeiugerde Iadiftancepar la grandeur, ou la figure, ou la couleur, ou la lumière, les tableaus de Perfpeétiue nous monftrent alTcs, combien il eft facile de s y trom- per. Car fouuent, pareeque les chofes, qui y font pein- tes, font plus petites, que nous ne nous imaginons qu el- les doiuent eltre, & que leurs lineamens font plus confus, & leurs couleurs plus brunes, ou plus foibles, elles nousparoiflentplusefloignées quelles uc font. « I 3 DES 7o La Dxoptriqjie • -i DES MOYENS DE PERFECTIONNER LA * VISION.
Di/cours Septiejme.
Aintenant que nous auons aflcs examiné’ comment fe fait la vifion, receuillons en peu de mots, & nous remettons deuant les yeux toutes les con- ditions, qui font requifes à fà perfection i afin que confi- derant en quelle forte il a défia eftc" pourVû à chacune par la Nature, nous puifîions faire vn dénombrement exaét, de tout ce qui reûe encore à l’art à y adioufter. On peut réduire toutes les chofes, aufquclles il faut auoir icy efgard, a trois principales, qui font, les obiets, lesorganes intérieurs qui reçoiuent les allions de ces obiets, & les extérieurs qui difpofent ces a&ions a eftre receues commeelles doiuent. Et touchant les obiets, il fuffit de fçauoir, que les vns font proches ou acceffibles, & les autres efloigne"s & inacce/îïbles j & auec cela les vns plus,les autres moins illuminés: afin que nous foyons auertis que pource qui eft des acceffibles, nous les pou- uons approcher ou efloigner, & augmêter ou diminuer la lumière qui les efclaire, félon qu’il nous fera le plus commode; mais que pour ce qui concerne les autres, nous n’y pouuons changer aucune chofe. Puis touchant les organes inferieurs, qui font les nerfs & le cerueau, il eft certain aufly,que nous ne fçaurions cien adiôuter par < < Discours Septiesme. •ji art a leur fabrique j car nous nefçaurions nous faire vn nouueau cors; & fi les médecins y peuuent ayder en quelque chofe, cela n’apartient point a noftre fuiet. Si bien qu’il ne nous relie a confiderer que les organes ex- térieurs, entre lefquels ie comprens toutes les parties tranfparentes de l’œil, aulfy bien que tous les autres cors qu’on peut mettre entre luy & l'obiet. Et ie trouue que toutes les chofes aus quelles il eft befoin de pouruoir aucc ces organes extérieurs, peuuent élire réduites a quattre points. Dont le premier eft, que tous les rayons, qui fe vont rendre vers chacuue des extrémités du nerf optique, ne vienent autant qu’il eft poffible que d’vne mefme partie de l’obiet, & qu’ils ne reçoiuent aucun changement en l'efpace qui eft entre deus: car fans ce- lales images qu’ils forment, ne fçauroient eftre ny bien femblables a leur original, ny bien diftindes. Le fécond, que ces images foient fort grandes; non pas en eftendue de lieu, car elles ne fçauroient occuper que le peu d’e- fpace qui fc trouue au fonds de l’œil; mais en l’eftendue de leurs lineamens ou de leurs trais, car il eft certain qu’ils feront d’autant plus ayfës à difeerner qu’ils feront plus grands. Le troifiefme, que les rayons qui les forment foyentalfés forts pour mouuoir les petits filets du nerf optique, & parce moyen eftre fentis } mais qu’ils ne le foyent pas tant qu’ils bleflent la veuë. Et le quatrie£ me, qu'il y ait le plus d’obiets qu’il fera poffible, dont les images fe forment dans l’œil en mefme temps, afin qu’on en puiffie voir le plus qu’il fera poffible tout d’vne veuë.
Or la nature a employéplufieurs moyens à pouruoir • », j ' à la 7* La Dioptriq^ue à la première de ces chofes. Car premièrement rem- pliffant l’œil de liqueurs fort transparentes, & qui ne font teintes d’aucune couleur, elle a fait que les actions quivienentde dehors, peuueut pafTer iufques au fonds fans fe changer. Et par les réfractions que caufent les fuperficies de ces liqueurs, elle a fait qu’entre les rayons, fuiuant lefquels ces actions fe conduisent, ceux qui vic- nent d'vn mefme peint, le rafTemblent en vn mefme point contre le nerf; & en fuite, que ceux qui vienent des autres points, s'y rafTemblent aufly en autant d'au- tres diuers points, le plus exactement qu’il eftpoffible. Car nous deuons fuppoferque la nature a fait en cecy tout ce qui eft pofliblc, d’autant que I’experience ne nous y fait rien aperceuoir au contraire. Et mefme nous voyons, que pour rendre d’autant moindre le de- faut, qui ne peut en cecy eftre totalement euite', elle a fait qu’on puifie reftrecir la prunelle quafi autant que la force de la lumière le permet. Puis par la couleur noire, dont elle a teint toutes les parties de l’oeil oppofees au nerf, qui ne font point tranfparentcs, elle a empefehe’ , qu’il n’allaft aucuns autres rayons vers ces mefmes points. Et enfin parle changement de la figure du cors delT^il, elle a fait quencore que les obietsen puiffent eftre plus ou moins efloignes vne fois que l’autre, les ray- ons qui vienent de chacun de leurs points, ne laiflent pasdes'aflcmblertoufiours, aufly exactement qu’il fe peut, en autant d'autres points au fonds de l’œil. Tou- tefois elle n’a pas fi entièrement pourvû à cette derniere partie, qu’il ne fè trouue encore quelque chofè à y ad- iouter: car outre que communément à tous, elle ne nous Discours Septiesme. 73 nous a pas donne le moyen de courber tant les fuperfi- cies de nos yeux, que nous puilfions voir diftin&ement lesobiets qui en font fort proches’comme à vn doigt ou vn demi doigt de diftance: Elley a encore manqué d'a- u^utage en quelques vns, à qui elle a fait les yeux de tel- le figure, qu’ils ne leur peuuent foruir qu’a regarder les chofes efloignées, ce qui arriue principalement aus vieil- larsj Et adïïy en quelques autres, a qui au contraire elle les a faits tels, qu’ils ne leur feruent qu’a regarder les choies proches, ce qui eft plus ordinaire aus ieunes gens. En forte qu’il fembleque les yeux fe forment au com- mencement vn peu plus longs & plus eftrois qu’ils ne doiuëteftrc, & que par apre's pendât qu’on vieillift, ils de- uienêt plus plats & plus larges.Or afin que nous puiflions remedier par arta ces defauts, il fera premièrement be- foin que nous cherchions les figures, que leS fuperficies d’vne piece de verre ou de quelq; autre cors tranfparent doiuentauoir, pour courber les rayons,qui tombent fur elles,en telle forte que tous ceux qui vienët d’vn certain point de l’obiet/e difpolet en les trauerfant,tout de mef- me que s'ils eftoient venus d’vn autre point, qui fuft.plus proche, ou plus efloigné: a fçauoinqui fuft plus çroche, pour feruir a ceux qui ont la veue courte; & qui fuit plus efloigne", tant pour les vieillars, que generalement pour tous ceux, qui veulët voir des obiets plus proches que la figurede leurs yeux ne le permet.Car par exëple 1 œil B# ou Ç,eftantdifpofe'afaire que tous les rayons qui vienpc du point H, oui, s’aflemblent au milieu de fon fonds; & ne le pouuant eftre.a faire aufiy que ceux du point V, ou X,s’y a(Tcmblent;il eft euident,que fi oi\met au deuât de K ‘ • 74 La Dioptrique luy le verre O, ou P, qui face que tous les rayons du point V, ou X, entrent dedans, tout de mefme que s’ils ve* üoyentdupointH, où I, on fuppleera par ce moyen a fon defaut. Puis a caufe qu’il peut y auoir des verres de plufieurs diuerfes figu- res, qui ayent en cela exa&ement le mèfme effed:, il f2ra befbin, pour choifir les plus propres a noftre def- fèin, que nous pre- nions encore garde principalement a deux coditions. Dont la pre- mière eft, que ces fi- gures foyent les plus fimples&Iesplusayfées a deferire & a tailler qu’il fera poffible. Et la F fécondé, que par leur moyen les rayons qui vienent des autres points de l’ob- iet, comme EE, entrent dans l’oeil a peu prés de mef- me, que s’ils venoient d’autant d’autres points, com- me FF. Et notes que ie dis feulement icy a peu prés, non autant qu'il eft poffible j caroutre qu’il fèroit peut eftre afTés mal-ayféa déterminer par Geometrie 7 entre vne infinité de figures qui peuuent feruir a ce mefme ef- feét, celles qui y font exactement les plu s propres, il fè- roit entièrement inutile; a caufe que l’œil mefme ne fai - font pas, que tous les rayons qui vienent de diuers '. points, i Discours Septiesme.' yy points, s’aflemblent iuftement en autant d’autres diuers points, elles ne feroyent pas fims doute pour cela les plus# propres a rendre la vifion bien diftin&e. & il eft impof- fîble en cecy de choifir autrement qu’a peu près, a caufe que la figure prccife de l’œil ne nous peut eftre cognue.
De plus nous aurons toufiours a prendre garde, lors ^ que nous appliquerons ainfi quelque cors au deuant • de nos yeux, que nous imitions autant qu’il fer a poflible la nature, en toutes les chofes que nous voyons qu’elle a obfcrué en les conftruifànt: & que nous ne perdions au- cun desauantàges qu’elle nous a donne's, fi ce u’eftpour en gaigner quelque autre plus important.
Pour la grandeur des images}il eft a remarquer, qu’el- le dépend feulement de trois chofes. afçauoir, deladi- ftance qui eft entre l’obiet, & le lieu ou fe croifent les ra- . yons, qu’il enuoye de diuers de fespoins vers le fonds de l’œil; puis de celle qui eft entre ce mefme lieu, & le ' fonds de l'œil; & enfin de la refra&ion de ces rayons. Comme il eft euident que l’image R S T feroit plus grande quelle n’eft, fi l’obiet V X Y eftoit plus proche du lieu K, où fe croyfent les rayons V K R & Y K T, ou pluftoft de la fuperficie B C D, qui eft proprement le lieu où ils commencent a fe croifer, ainfi que vous verres cyaprès: Oubien fi on pouuoit faire que le cors de l’œil fuft plus long, en forte quil y euft plus de diftance qu’il. n’y a, depuis fa fuperficie B C D, qui fait que ces rayons s’enjrecroyfent, iufquesau fonds R S T: Ou enfin fi la • refra&ion ne les courboit pas tant en dedans vers le mi- lieu S, mais pluftoft, s’il eftoit poflible, en dehors. Et quoy qu’on imagine outre ces trois chofes, ilny a rien K 2 qui Discours Settiesmi. 77 qui puifle rendre cette image plus grande. Mefme la derniere n’eft quafi point du tout confiderable, a caufe qu’on ne peut iamais augmenter l’image par Ton moyeu que de fort peu, & ce auec tant de difficulté, qu'on le peut toufiours plus ayfement par l’vne des autres, ainfi que vous fçaurcs tout màintcnât. Aufly voyons nous que la nature l’a négligée, car faifant que les rayons, côme V K R & *Y K T fe courbent en dedans vers S, fur les fu- perficies BCD & 123; elle a rendu limage RS T vn peu.plus petite, que fi elle auoit fait qu’ils fe courbaflent en dehors, comme ils font vers y fur la fuperficie 4 j- tfj ou qu’elle les euft laiffé cftre tous droits. On n’a point befoin aufly de confiderer la première de ces trois cho- fes lors que les obiets ne font point du tout acceffibles: mais lors qu'ils le font, il eft euident que d’autant que nous les regardons de plus près, d’autant leurs images fe forment plus grandes au fonds de nos yeux. Si-bien- que la nature ne nous ayant pas donne" le moyen de les regarder de plus prés, qu’enuiron a vn pied ou demi * pied de diftance, afin d’y adioufter par art tout ce qui fe peut, il eft feulement befoin d’interpofer vn verre, tel queceluy quf eft marque" P, dont il a efté parlé" tout Voyés «>