SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

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{dus agitées j Et même aufli entre celles de a Terre, les plus agitées vers le même côté que celles du Ciel, tendent plus à s’en éloig- ner que les autres. En forte que fi tout l’cf- pace qui eft au delà du cercle A. B. C. D. ctoit vuide, c’eft - à - dire, n’étoit rempli que d’une matière qui ne pût refifter aux actions des autres corps, ny produire au- cun effet confiderable \_V. Princip. part. 3. art. 60. p. 185. * Ibid', part. 4. art. zi. p. 3 Z5. ] [car c’eft ainfi qu’il faut prendre le ou Traite’ de ia Lumière. $19 nom de vüide ] toutes les parties du Ciel qui font dans le cercle A. B.C. D. en forti- roient les premières, puis celles de l’Air & de l’Eau les fuivroient, & enfin aufli celles delà Terre, chacune d’autant plus promp- tement qu’elle fe trouveroit moins attachée au refte de fa mafle; En même façon qu’une {)ierre fort hors de la fronde en laquelle el- e eft agitée, fi -tôt qu’on lui lafche la ‘cor- de, & que la pouffiere que l'on jette fur une piroiiete pendant qu’elle tourne, s’en écar- te tout auîfi-tôt de tous cotez.

Puis confiderez que n’y aiant point ainlt aucun efpace au delà du cercle A. B. C. IX qui foit vuide, ni où les parties du Ciel con- tenues aff dedans de ce cercle JmifTent al- ler, fi ce n’eft qu’au même infiant il en ren- tre d’autres en leur place, qui leur foient toutes femblables, les parties de la Terre , ne peuvent auflî s’éloigner plus qu’elles ne font du centre T, fi ce n’eft qu’il en defeen- de en leur place de celles du Ciel, ou d’au- tres terreftres, tout autant qu’il en faut pour la remplir -, [ V. printip. part. 4. art.

1 3. p. 3 17. ] ni réciproquement s’en appro- cher, qu’il n’en monte tout autant d’autres en leur place. En lorte qu’elles font toutes oppofées les unes aux autres, chacunes à celles qui doivent entrer en leur place, en. cas qu’elles montent, & de même à celles qui doivent y entrer en cas qu’elles defeen- * Ddiiij ----- ----- •j io ie Monde de Rene’ Descartes,' dent, ainfi que les deux cotez d’une balan- ce le font l’un à l’autre; C’eft-à-dire que comme l’un des cotez de la balance ne peut fehaufter ni fe baiffer, que l’autre ne fafle au même inftant tout le contraire, & que toujours le plus pefant emporte l’autre •, ain- fi la pierre R, par exemple, eft tellement oppoféeà la quantité d’air [ juftcment égale à fà^rolfeur] qui eft au deflus d’elle, & dont elle devroit occuper la place en cas qu’elle s’éloignât davantage du centre T, qu’il faudroit neceflairement que cet air defcenditàmefure qu’elle monteroit •, Et de même auflî elle eft tellement oppofée à une autre pareille quantité d’air qui eft au def- fous d’elle, & dont elle doit occuper la place en cas qu’elle s’approche de ce centre, qu’il eft befoin qu’elle defeende lors que cet air monte.

Or il eft évident que cette pierre conte-, nant en foy beaucoup plus de la matière de la Terre, & en recompenfe en contenant d’autant moins de celle du Ciel qu’une quantité d’air d’égale étendue, & même fes parties terreftres étant moins agitées par la matière du Cielque'celle de cet air, elle ne doit pas avoir la force de monter au def- fus dç lui i mais bien lui au contraire doit avoir la force de la faire defeendre au def- fousrf/^. Princ.part. ^.art.zi.pag. 327.] En forte qu’il fe trouve leger étant comparé ou Traitb’ de la Lumière. 521 avec elle j au lieu qu’étant comparé avec la matière du Ciel toute pure, il eft pefant. Et ainfi vous voyez que chaque partie des corps terreftres eft preflée vert T > non pas indif- féremment par toute la matière qui l’envi- ronne, mais feulement par une quantité de cette matière juftement égale à fa grofleur, qui étant au deftous peut prendre fa place en cas qu’elle defcende. Ce qui eft caufe qu’entre les parties d’un même corps, qu’on nomme Homogène, comme entre celles de l’air ou de l ’eau, les plus baflesnefont point notablement plus preflees que les plus hau- tes j [ V* Lettre 3 2. Tome 3. pag. 477. ] & qu’un homme étant au deftous d’une eau fort profonde, ne la fent point davantage pefer fur fon dos que s’il nageoit tout au def- ius.

Mais s’il vous femble que la matière du Ciel faifant ainfi defcendre la pierre R vers T, [ V. fig. V. ] au deftous de l’air qui l’en- vironne, la doive aulfi faire aller vers 6, ou vers 7, c’eft-à-dire vers l’Occident ou vers l’Orient, plus vite que cet air, en for- te qu’elle nedefcend* pas tout droit & à plomb, ainfi que font les corps pefans fur la vraye Terre •, Confiderez premièrement» que toutes les parties terreftres comprifes dans le cercle y. 6.7 8. étant preflees vers T, par la matière du Ciel, en la façon que je viens d’expliquer, & aiant avec cela des.

y;-- - ~ - ■ l-f. * 9 ii ie Monde de René’ Descartes figures fort irregulictes & diverfes, fe doi- vent joindre & accrocher les unes aux au- tres, & ainfi ne compofer qu’une malle, qui eft emportée toute enriere par le cours du Ciel A B C D j en telle forte que pendant qu’elle tourne, celles de fes parties qui font par exemple vers 6, demeurent toûjours vis- a-vis de celles qui font vers z, & vers F, fans s’en écarter notablement ni çà ni là, qu’autant que les vents ou les autres caufes particulières les y contraignent.

Et de plus remarquez que ce petit Ciel ABCD, tourne beaucoup plus vite que cette Terre -, mais que celles de fes parties qui font engagées dans les pores des corps terreftres, ne peuvent pas tourner notable- ment plus vîte que ces corps autour du cen- tre T, encore qu’elles fe meuvent beaucoup plus vîte en divers autres fens, feion ladif— pofition de ces pores.

Puis afin que vous fçachiez qu’encore que la matière du Ciel fafle approcher la pierre R de ce centre, à caufe qu’elle tend avec plus de force qu’elle à s’en éloigner, elle ne doit pas tout#le même la contrain- dre de reculer vers l’Occident, bien qu’el- le tende auffi avec plus de force qu’elle, à aller vers l’Orient -, Confiderez que cette matière du Ciel tend à s’éloigner du centre T, parce qu’elle tend à continuer fon mou- vement en ligne droite, mais qu’elle ne tend,, ou Traite’ dé la Lumière. ' 313 de l’Occident vers l’Orient, que fimple- ment parce qu’elle tend à le continuer de même vitefle, 8c qu’il lui eft d’ailleurs in- diffèrent de fe trouver vers 6., ou vers 7.

Or il eft évident qu’elle fe meut quelque peu plus en ligne droite, pendant qu’elle tait defcendre la pierre R vers T, qu’elle ne feroit en la lailiant vers R; mais elle ne pourroit pas fe mouvoir fi vîte vers l’O-, rient, fi elle la faifoit reculer vers l’Occi- dent f que fi elle la laifle en la place, ou même que fi elle la poufle devant foy.

Et toutesfois, afin que vous fçaehiez aut fi qu’encore que cette matière du Ciel ait plus de force a fa:re defcendre cette pierre & vers T, qu’à y faire defcendre l’air qui l’environne, elle ne doitpas tout de même en avoir plus à la poufler devant foy de l’Occident vers i’Orient, ny par confe- quent la faire mouvoir plus vite que l’air en ce fens là j confiderez qu’il y a juftement autant de cette matière du Ciel qui agit centre elle pour la faire defcendre vers T, & qui y employé toute fa force, qu’il en entre de celle de la Terre en la compofition de fon corps \ & que d’autant qu’il y en en- tre beaucoup davantage qu’en une quanti- té d’air de pareille étendue, elle doit être preffée beaucoup plus fort vers T, que n’cft cet air: Mais què pour la faire tourner vers l’Orient, c’eft toute la matière du Ciel con- 3 24 Monde de Rene' Descartes tenue dans le cercle R, qui agit contre elle, & conjointement contre toutes les parties terreftres de l’air contenu en ce même cer- cle: En forte que n’y en ayant point davan- tage qui agifle contre elle que contre cet air, elje ne doit point tourner plus vite que lui en cefens là.

Et vous pouvez entendre de ceci, que les raifons dont fe fervent plufieurs Philofo- phes pour refuter le mouvement de la vraye Terre, n’ont point de force contre cêlui de la Terre que je vous décris. Comme lors ^ qu’ils dilent que fi la Terre femouvoit, les corps pefans ne devroient pas defeendre à plomb vers fon centre, mais plûtôt s’en écarter çà & là vers le Ciel j Et que les ca- nons pointez vers l’Occident, devroient porter beaucoup plus loin qu’étant pointez vers l’Orient-, Et que l’on devroit toujours fentir en l’air de grands vents, & oüir de grands bruits, & chofes femblables, qui n’ont lieu qu’en cas qu’on fuppofe qu’elle n’efi: pas emportée par le cours du Ciel quf l’environne, mais qu’elle eft mue par quel- qu’autre force, & en quelqu’autre fens que ce Ciel* ou Traite’ de la Lumière. 3 if CHAPITRE XII.

Du flux & du reflux de la Mer.

OR après vous avoir ainfi expliqué la pefanteur des parties de cette Terre, qui eft caufée par l’a&ion de la matière du Ciel qui eft en Tes pores, il faut maintenant que je vous parle d’un certain mouvement de toute la mafle, qui eft caufé par la pre- fence de la Lune, comme aulïi de quelques particular itez qui en dépendent.

Pour cét effet conliderez la Lune par exemple vers B, [ V. fig> V. ] où vous pou- vez la fuppofer comme immobile, à compa- raifon de la viteffe dont fe meut la matière du Ciel qui eft fous elle *, & conliderez que cette matière du Ciel ayant moins d’cfpace entre o. & 6. pour y pafler, qu’elle n’en auroit entre B. & 6., [V. Princ. part. 4. art. 49. pag. 355.* Lettre 13.Tom. 3. pag. 242. & 248.* Lettre 14. ibid. Tom. 3. pag. 280. & fuiv. ] ( li la Lune n’occupoit point Pefpace qui eft entre o. & B, ) & par con- fcquent s’y devant mouvoir un peu plus vi- te, elle ne peut manquer d’avoir la force de polifter quelque peu toute la Terre vers D, en forte que Ion centre T s’éloigne, comme vous voyez quelque peu du point Le Monde de Rene’ Descartes, M, qui eft le centre dupetit Ciel A B C D: Car il n’y a rien que le leul cours de la ma- „ tiere de ce Ciel qui la foûtienne au lieu où elle eft. Et parce que l’air 5. 6. 7. 8. & l’eau 1. z. 3. 4. qui environnent cette Terre, font des corps liquides, il eft évident que la mê- me force qui la prefle en cette façon, les doit auffi faire bailler vers T, non feule- ment du côté 6. z, mais aufli de fon oppo- fé 8. 4: & en recompenfe les faire haufler aux endroits 5.1. & 7. 3; Enforte que la fuperficiede la Terre EF GH demeurant ronde, àcaufe qu’eile eft dure, celle de l’eau 1. z.3. 4. & celle de l’air 5. S. 7. 8. qui font liquides, fe doivent former en ovale.

Puis confidcrezque la Terre tournant ce- pendant autour de fon centre, [ V. Prive, fart. 4. art. 50.pag. 3 J7- ] & par cç moyen ' faifant les jours, -qu’on peut divifer en Z4. * heures, comme ies noftres, celui de fes cotez F, qui eft maintenant vis-à-vis de la Lune, & fur lequelpour cette raifon l’eau 2. eft moins haute, le doit trouver dans fix heures vis-à-vis du Ciel marqué C, où cet- te eau fera plus haute, & dans 12. heures vis-à-vis de l’endroit du Ciel marqué D, où l’eau derechef fera plusbafle. En forte que la Mer qui eft reprefentée par cette eau r.

2. 3.4. doit avoir Ion flux & fon reflux au- tour de cette Terre de fix heures en fix heu- res, comme elle a autour de celle que nous habitons.

ou Traite’ de la Lumière. 3 17 Confiderez aufli que pendant que cette Terre tourne d’E par F vers G, [r. Princ.

1 part.4. art. $$.& 54. pdç. 3 59. j^o.Jc’eft- à-dire de l’Occident par le Midy, vers l’O- rient, l’enflure de l’eau & de l’air qui de- meure vers 1. & 5. & vers 3. & 7. pafle de 1 fa partie Orientale vers l’Occidentale, y failant un flux fans reflux, tout Semblable à celui qui félon le rapport de nos Pilotes rend la navigation beaucoup plus facile dans nos mers de 1 Orient vers l'Occident, que de l’Occident vers l’Orient. Et pour ne rien oublier en cét endroit, ajoutons que la Lune fait en chaque mois le même tour que la terre fait en chaque jour, [y.prin- eip. part. 4. art. 50. pag. 357.] & ainfi qu’elle fait avancer peu à peu vers l’Orient les points 1. 1. 3.4, qui marquent les plus hautes & les plus baffes marees > en forte Sue ce s marées ne changent pas precifément e fix heures en fix heures, mais qu elles retardent d’environ la cinquième partie d’une heure à chaque fois, ainfi que font aufli celles de nos mers.

Confiderez outre cela que le petit Ciel A B C D [ V. fig. V. ] n’eft pas exactement rond j mais qu’il s’étend avec un peu plus de liberté vers A & vers C, & s’y meut à proportion plus lentement que vers B, & vers D, où il ne peut pas fi âilément rom- pre le cours de là matière de l’autre Ciel qui d by Google 3*8 Le Monde de Rene’ Descartes, le contient j [ V princ.part. 4. art. j 1.pagy 458. ] Enforte que la Lune qui demeure toujours comme attachée à fa fuperficie ex- térieure, fe doit mouvoir un peu plus vîte, & s’écarter moins de fa route, 8c enfuite être caufe que les flux & les reflux de la Mer foient beaucoup plus grands, lors qu’elle eft vers B, où elle eft pleine, 8c vers D, où elle eft nouvelle, que lors qu’elle eft vers A, 8c vers C, où elle n’eft qu’à demi pleine -, qui font des particularitez que les Aftronomcs obfervent aufli toutes fcmbla- bles en la vraye Lune, bien qu’ils n’en puil- fent peut-être pas fi facilement rendre rai- fon par les hypothefes dont ils fe fervent.

Pour les autres effets de cette Lune, qui different quand elle eft pleine, de quand elle eft nouvelle, ils dépendent manifeftement - de fa lumière. Et pour les autres particula- ritez du flux 8c du reflux, [ V. princ.part. 4. art. $$. & S6- Pa£- î6°- & 3 1 - ] eDes dépendent en partie de ladiverfe fituation des côtes de la Mer, 8c en partie des vents qui régnent aux temps 8c aux lieux qu’on les obîerve. Enfin pour les autres mouve- mens generaux, tant de la Terre 8c delà Lune, que des autres Aftres 8c des Cieux, où vous les pouvez aflez entendre de ce que j’ai dit, ou bien ils ne fervent pas à mon fujet, 8c ne fe faifant pas en même plan que ceux dont j’ai parlé, je ferois trop long à > _. _ les ou Traité de eà Lumière. 329 les décrire: Si bien qu’il ne me refte plus ici qu’à expliquer cette aélion des Cieux & des Aftpes que j’ai tantôt dit devoir être prife pour leur Lumière.

CHAPITRE XIII.

De la Lumière.

J’ Ay déjà dit plufleurs fois, que les corps qui tournent en rond tendent toûjours- à s’éloigner des centres des cercles qu’ils dé- crivent *Mais il faut ici que je détermine plus particulièrement vers quels cotez ten- dent les parties de la matière dont les Cieux Sc les A ft res font compofez.

Et pour cela il faut fçavoir que lors que je dis qu’un corps tend vers quelque côté, veux pas pour cela qu’on s’imagine qu’il aie en foy une penfée ou une volonté qui l’v porte, mais feulement qu’il eft difpolé à le mouvoir vers là -, foit que véritablement il s’y meuve, foit plutôt que quelqu’autre corps l’en empefehe -, Sc c’eft principale- ment en ce dernier fens que je me fers du mot de tendre, à caufe qu’il lemble ligni- fier quelque effort, & que tout effort pré- fupole delà refiftance.Or d’autant qu’il fe trouve fouvent diverfes caufes qui agifîant enfemble contre un meme corps empefehent 3 3 o Lê Monde de Rene’, Descartes; l’effet l’une de l’autre, ( V. ibid. art. 57. pag, 1 8 1. ) on peut félon diverfes confédé- rations dire qu’un même corps tend «vers divers cotez en même temps j Ainfi qu’il a tantôt été dit que les parties de la Terre tendent à s’éloigner de fon centre, en tant qu’elles font confédérées toutes feules; Sc qu’elles tendent au contraire à s’en appro- cher, en tant que l’on confédéré la force des parties du Ciel qui les y poulie j Sc dere- chef qu’elles tendent à s’en éloigner, fi on les confédéré comme oppofees à d’autres parties terreftres qui compofent des corps plus maffifs qu’elles ne font.

Ainfi par exemple, la pierre qui tourné dans une fronde fuivant le cercle A B, tend versC, lors qu’elle eft au point A, H on ne confédéré autre chofe que fon agitation tou- te feule; & elle tend circulairement d’ A vers B, fi on confédéré fon mouvement comme réglé Sc déterminé par la longueur de la corde qui la retient-, Sc enfin la même pierre tend vers E, fi fans confiderer la par- tie de fon agitation dont l’effet n’eft point çmpefché, on en oppofe l’autre partie à la refiflance que lui fait continuellement cette • fronde.

ou Traite’ de ia Lumière. 33 x fiv. I.] comme fi elle étoit compofée de deûx autres, qui fuffent, l’une de tourner fuivant le cercle A B, & l’autre de monter rout droit fuivant la ligne V X Y; Ôc ce en telle proportion, que fe trouvant à l’en- droit de l.i fronde marquée V, lors que la fronde eft à l’endroit du cercle marqué A, elle fe deuft trouver par après à l’endroit marqué X, lors que la fronde feroit vers B, & à l’endroit marqué Y, lors qu’elle fcroic Vtrs F, & ainfi demeurer toujours en la ligne droite A CG. Puis fçachant que l’une des parties de fon inclination, à fçavoir celle qui la porte fuivant le cercle A B, n’eft nul- lement empefchée par cette fronde, ( V. ibid. art. 57. yag. 18 1.) vous verrez bien qu’elle ne trouve de refiftance que pour l’autre partie, à içavoir pour celle qui la feroit mouvoir fuivant la ligne D V X Y, fi elle n’étoit point empefchée; & par con- fisquent quelle ne tend, c’eft-à-dire qu’elle ne fait effort que pour s’éloigner directe- ment du centre D. Et remarquez que félon cette confideration étant au point A elle tend fi véritablement vers E, qu’elle n’eft point du tout plus difpoféeà fe mouvoir vers H que vers I, bien qu’on pourroit ai- fément le perfuader le contraire, fi on manquoit à confiderer la différence qui eft entre le mouvement qu’elle a déjà, & l’inclina- tion à fe mouvoir qui lui refte.

Ee ij Or vous devez penfer de chacune des {urties du fécond Elément qui compofent es Cieux,tout le même que de cette pierre;, c’eft à fçavoir que celles qui font par exem- ple vers E, ne tendcntde leur propre incli- nation que vers P; mais que la refiftance des autres parties du Ciel qui font au deflus d’elles, les fait tendre, c’eft-à-dire les dif- pofe à fe mouvoir fui vant le cercle ER. Et derechef, que cette refiftance, -oppofée à l’inclination qu’elles ont de continuer leÛr mouvement en lignedroite, les fait tendre, c’eft-à-dire, eft caufe qu’elles font effort pour fe mouvoir vers M; Et ainfi, jugeant de toutes les autres en même forte, vous voyez en quel fens on peut dire qu’elles ten- dent vers les lieux qui font dire&ement op- pofez au centre du Ciel qu’elles compofent- Mais ce qu’il y a encore en elles à confi- derer de plus qu’en une pierre qui tourne dans une fronde, c’eft qu’elles font conti- nuellement pouflêes, [ V. Princ. j part. 3. art. 61. & 6z.pag. 18 S.& 1&7. ] tant par toutes celles de leurs femblables qui lont entre-elles & l’Aftre qui occupe le centre de leur Ciel, que même par la matière de cét Aftre, & qu’elles ne lefont aucunement par les autres. Par exemple', que celles qui font vers E, [ P'-fig- V I. } ne font point pouflêes par celles qui font vers M, ou vers T * ou vers R x ou vers K* ou vers H x mais, ou Traite* de la Lumière. 37 j feulement par toutes celles qui font entre les deux lignes A F, D G, &c enfemble par la matière du Soleil y Ce qui eft caufequ’el- tes tendent non feulement vers M, mais auflî vers L % &c vers N, & generalement vers tous les points où peuventparv-enir les rayons, ou lignes droites, qui venant de quelque partie du Soleil paffent par le lieu où elfes font.

Mais afin que l’explication de tout ceci foit plus facile, [ V. Prirtc. part. 3. art. p. 1 8 5. ] je déliré que vous confideriez les parties du fécond Elément toutes feules, 8c comme fi tous les efpaces qui font occupez {>ar la matière du premier, tant celui où eft e Soleil, que les autres, étoient vuides., [ Ibid. an. 6 4. pag. 1 90. ] Même, à caufe qu’il n’y a point de meilleur moyen pour fçavoir fi un corps eft pouffe par quelques " autres, que de voir fi ces autres s’avance- r oient actuellement vers le lieu où il eft pour le remplir en cas qu’il fut vuide, je defire auflî que vous vous imaginiez que les parties; du fécond Elément qui font versE en foient ôtées -y Et cela pofé, que vous regardiez en premier lieu, qu’aucunes de celles qui font au deflus du cercle TER, comme vers M * ne font point difpofées à remplir leur pla-* ce, d’autant qu’elles tendent tout au con- traire à s’en éloigner; Puis auflî que celles: qui font en ce cercle * à f^avoir vers T x n’ f 334 Le Monde de Rene’ Descartes. lont point non plus dilpofées: car encore bien qu’elles fe meuvent véritablement de T vers G, fuivant le cours de tout le Ciel, toutesfois pource que celles qui font vers F, fe meuvent aufll avec pareille vitefle vers R, l’efpaceE, qu’il faut imaginer mobile comme elles, ne laifleroit pas de demeurer vuidc entre G & F, s’il n’en venoit d’autres d’ailleurs pour le remplir. Ecentroifiéme lieu *, que celles qui font au deflous de ce cercle, mais qui ne font pas comprifes en- tre les lignes ÂF,DG, comme celles qui. font vers H, & vers K,ne tendent aufll au- cunement à s’avancer vers cét efpace E pour le remplir, encore que l’inclination qu’el- les ont à s’éloigner du point S les y dilpofe en quelque forte j ainfl que la pefanteur d’une pierre la difpofe, non feulement à. defeendre tout droit en l’air libre, mais auf- fl à rouler de travers fur le penchant d’une montagne, en cas qu’elle ne puifle defeen- dre d’autre façon. [ V. princ.part. 3. art. 61. p 188.]

Or la raifon qui les empefehe de tendre vers cet efpace, eft que tous les mouve- mens fe continuent autant qu’il eft poflible en ligne droite -, Sc par confequent que lors que la Nature a plufieurs voyes pour par- venir à un même effet, elle fuit toujours infailliblement la plus courte. Car fl les par- ties du fécond Elément qui font par exemou Traite’ de la Lumière. 33 ÿ pie vers K, s’avançoient vers E, toutes cel- les qui font plus proches qu’elles du Soleil, s’avanceroient auffi au même inftant vers le lieu qu’elles quitteraient, & ainfi. l’effet de leur mouvement ne fcroit autre, fi non que l’efpace E fe rempliroit, & qu’il y enauroit un autre d’égale grandeur en la circonfé- rence A B CD, qui deviendroit vuide en même temps. Mais il eft manifefle que ce même effet peut fuivre beaucoup mieux, fî celles quf font entre les lignes A F, D G, s’avancent tout droit vers E *, & par confe- quent que lors qu’il n’y a rien qui en em- pefche celles-ci, les'autres n’y tendent peine du tout: Non plus qu’une pierre ne tend jamais à defeendre obliquement vers le cen- tre de la terre, lors qu’elle y peut defeen- dre en ligne droite.

Enfin confiderez que toutes les parties du fécond Elément qui font entre les lignes A F, DG, ( y-fig. VI.) doivent s’avancer enfemblevers cét efpace E, pour le remplir au même inftant qu’il eft Vuide. Car encore qu’il n’y ait que L’inclination qu’elles ont à s’éloigner du point S qui les y porte, & que cette inclination faffe que celles qui font entre les lignes B F, C G, tendent plus di- rectement vers là, que celles qui relient entre les lignes AF, BF, &D G, CG, vous verrez neantmoins que ces dernieres ne laiflent pas d’étre aufti difpofées que les >' >' J 3 # Le Monde de Rene* Descartfs; autres à y aller, fi vous prenez garde à I’e£» fet qui doit fuivre de leur mouvement, qui n’cft autre finon, comme j’ai dit-tout main- tenant, quel’efpace E fe remplifie, & qu’il y en ait un autre d’égale grandeur en la cir- conférence A B CD, qui devienne vuide en même temps. Car pour le changement de fituationqui leur arrive dans les autres lieux qu’elles remplifToient auparavant, ÔC qui en demeurent après encore jdeins, il n’eft aucunement confiderable, d’autant qu’elles doivent être- fuppofêes fi égales 8c h pareilles en tout les unes aux autres, qu’il n’importe de quelles parties chacun de ces fieux foit rempli. Remarquez neanmoins qu’on ne doit pas conclure de cccy qu’elles foient toutes égalés, mais feulement que les mouvemens dontleur inégalité peut être caufe, n’appartiennent point à l’àétkm dont nous parlons.

' Or il n’y a point de plus court moyen pour faire qu’unepartie del’efpace E ferem- plifiânt, celui par exemple qui efl vers D devienne vuide, que fi toutes les parties de “la matière qui fe trouvent en la ligne droite DG, DE, s’avancent ensemble vers E t Car s’il n’y avoit que celles qui font entre les lignes B F, CG, qui s’avançaffent les premières vers cet efpace E, elles en laifïe- roient un autre au deflous d’elles vers V y dans lequel devroient venir celles qui font vers ou Traite’ de la Lumière. 337 vers D j en forte que le mêm® effet qui peut être produit par le mouvement de la matiè- re qui eft en la ligne droite DG, ou D E, le ieroit par le mouvement de celle qui eft en la ligne courbe D V E -, ce qui eft con- traire aux loix de la Nature.

Mais fi vous trouvez ici quelque difficul- té à comprendre comment les parties du fé- cond Elément qui font entre les lignes A F, DG, ( Pr. fig. VII. ) peuvent s’avancer toutes enfemble vers E, fur ce qu’y ayan». plus de diftance entre A & D, qu’entre F