G, l’efpace où elles doivent entrer pour s’avancer ainlî eft plus étroit que celui d’où elles doivent fortir -, Confidcrezque l’a&ion par laquelle elles tendent à s’éloigner du centre de leur Ciel, ne les oblige point à toucher celles de leurs voifines qui font à pareille diftance qu’elles de ce centre, mais feulement à toucher celles qui en font d’un degré plus éloignées. Ainfi que la pefanteur des petites boules 1. 2. 3. 4. 5. n’oblige point celles qui font marquées d’un même chiffre à s’entretoucher, mais feulement oblige celles qui font marquées 1. ou 10. à s’appuyer fur celles qui font marquées 2. ou 20. & celles-ci fur celles qui font mar- quées 3. ou 30. &c ainfi de luite: En forte que ces petites boules peuvent bien n’êtrc pas feulement' arrangées comme vous les voyez en cette feptiéme figure, mais aufli Ff jyS Le Mohm dje Rene’ Descartis,' comme elles font en la huit & neuvième, 6c en mille autres divctfes façons.
Puis confiderez que ces parties du fécond Elément fe remuant feparément les unes des autres, ( VIII. ) ainfi qu’il a été dit ci-dcfl'us qu'elles doivent faire, ne peuvent jamais être arrangées comme les boules de la feptiéme figure; 6c toutesfois qu’il n’y a que cette feule façon en laquelle la difficulté propoiée puifieavoir quelque lieu: Car on ne Içauroit fuppofçr fi peu d’inrervalic en- tre celles de les parties qui (ont à pareille diftancc du centre de leur Ciel, que cela ne fuffife pour concevoir que l’inclination qu’elles ont à s’éloigner de ce centre, doit faire avancer celles qui font entre les lignes A F, D G, toutes enfcmble vers l’efpace E, lors qu’il eli vuidej Ainfi que vous voyez en la neuvième figure, rapportée à la di- xiéme, que la pclanreur des petites boules 40. JO. 8cc. les doit faire defeendre toutes enfemble vers l’clpace qu’occupe celle qui cft marquée 50, (i-tôt que celle-ci en peut fortir. ( V. princ.jtart. 3. art. 6 3. prfg. 1 8 9. ) Eti’on peut ici clairement appcrcevoir, comment celles de ces boules qui font mar- quées d’un même chiffre, fc rangent en un efpace plus étroit que n’cft celui d’où elles ferrent, à fçavoir en s’approchant l’une de l’autre. On peut aulîî appcrcevoir que les deux boules marquées 40. doivent delcenou Traite’ de la Lumière/ 339 dre un peu plus vîte, 8c s’approcher à pro- Jiortion un peu plus l’une ae l’autre, que es trois marquées 30. & ces trois, que les quatre marquées zo. 8c ainfi des autres.
En fuite ae quoy vous me direz peut-être, que comme il paroît en la dixiéme figure, que les deux boules 40. 40. après être tant loit peu defeenduës viennent à s’entretou- cher ( ce qui eft caufe qu’elles s’arrêtent fans pouvoir defeendre plus bas ) tout de même les parties du fécond Elément qui doivent s’avancer vers E s’arrêteront, avant que d’avoir achevé de remplir tout l’cfpacç que nous y avons fuppofé.
Mais je répons à cela, qu’elles ne peuvent fi peu s’avancer vers là, que ce ne loit allez pour prouver parfaitement ce que j’ay dit •, ( fS. princ. part. 3. an. A3. pag. 189.) c’eft à fçavoir que tout l’efpace qui y eft, étant déjà plein de quelque corps, quel qu’il puif- £ê être, elles prelfent continuellement ce corps, & font effort contre lui comme pour le chalTer hors de fa place.
Puis outre cela je répons que leurs autres mouvemens qui continuent en elles pen- dant qu’elles s’avancent ainfi vers E, ne leur permettant pas de demeurer un fçul moment arrangées en même forte, les em- pefehent de s’entretoucher, ou biçn font qu’après s’être touchées elles fe feparent in- continent derechef, & ainfi ne laiflent pas Ffij T 7.40 Le Monde de Rene’ Descartes, pour cela de s’avancer fans interruption vers l’cfpuce E, jufques à ce qu'il l'oit tout rem- ply. De forte qu’on ne peut conclure de ceci autre choie, huon que la force dont elles tendent vers E, eft peut-être comme trem- blante, & fc redouble Sc le relâche à diver- fes petites fécond es, lelon qu’elles chan- gent de lituation, ce qui femble être une propriété fort convenable à la lumière.
Or li vous avez entendu tout ceci fuffi- famment, en luppofant les efpaces E, & S, ôc tous les petits angles qui font entre les parties du Ciel, comme vuides, vous l’en- tendrez encore mieux, en les fuppofant être remplis de la matière du premier Elément. Car les parties de ce premier Elément qui fc trouvent en l’efpace E, ne peuvent cm- pelcher que celles du lecond, qui font en- tre les lignes AF, D G, ne s’avancent pour le remplir, tout de même que s’il étoit vui- de i à caufc qu'étant extrêmement l'ubtiles, extrêmement agitées, elles font toujours aulli prêtes à fortiir des lieux où elles fc trou- vent, que puid'e être aucun autre corps à y entrer. Et pour cette même raifçn, celles qui occupent les petits angles qui font en- cre les parties du Ciel, cedent leur place fans reliftançe à celles qui viennent de cet efpace E, & qui le vont rendre vers le point S. Je dis plutôt vers S, que vers aucun att- ire lipu, àfaulç que les autres corps, qgi ou Traite’ fi e la Iumterï.. 34* étant plus unis Sc plus gros ont plus de for- ce, tendent tous à s’en éloigner.
Meme il faut remarquer qu’elles paffent d’E vers S entre les parties du fécond Elé- ment qui vont d’S vers E, fans s’empefehet aucunement les unes les autres. Ainfî qué l’air qui eft enfermé dans l’horloge X Y Z, ( y-fig- XL ) monte de Z vers X au travers du labié Y, qui ne laiffe pas pour cela de defeendre cependant vers Z.
Enfin les parties de ce premier Elément qui fe trouvent en l’efpace A B C D, ( V. fig. V I. ) où elles compofcnt le corps du Soleil, y tournant en rond fort promptement au- tour du point S, tendent à s’en éloigner de tous cotez en ligne droite, fuivant ce que je viens d’expliquer; 8c par ce moyen tou- tes celles qui font en la ligne S D, pouffent enfemble la partie dû fécond Elément qui eft au point D \ & toutes celles qui font en la ligne S A, pouffent celle qui eft au point A, & ainfî des autres; En telle forte que cela fcul fuffiroit pour faire que toutes cel- les de ces parties du fécond Elément qui font entre les lignes AF, DG, s’avançaf- fent vers l’efpace E, encore qu’elles n’y euffent aucune inclination d’elles-mêmes.
Au refte, puis qu’elles doivent ainfî s’a- vancer vers cet efpace E, lors qu’il n’eft oc-. cupé que par la matière du premier Elé- ment, il eft certain qu’elles tendent auflr à F f iij j 4 i I-E Monde de Reve’ Descartes, y aller, encore meme qu’il loir rempli d« quclqu’aurre corps; 8c par confequcnt qu’elles pouffent, 8c font effort contre ce corps, comme pour le chaffer hors de fa place. En forte que fi c’étoit l’œil d’un hom- me qui fuft au point E, il feroit pouffé a&uellement, tant par le Soleil, que par toute la matière du Ciel qui eft entre les lignes AF, DG.
Or il faut fçavoir que les hommes de ce nouveau Monde feront de telle nature, que lors que leurs yeux feront pouffez en cette façon, ils en auront un fentiment tout fem- blahle à celui que nous avons de la Lumiè- re, ainfi que je dirai ci-après plus ample- ment..
CHAPITRE XIV.
( Des Propriété*, de U Lumière.
MAis je me veux arrêterencore nn peu en cét endroit à expliquer les Pro- prietez de l’a&ion dont leurs yeux peuvent ainfi être pouflez. Car elles fe rapportent toutes fi parfaitement à celles que nous re- marquons en la Lumière, que lorsque vous les aurez confiderées, je m’affûre que vous avoiierez comme moi, qu’il n’eft pas be- foin d’imaginer dans les Affres ni dans les Digitized OU T R AtTt' DE LA LuMiERE. 343 Cicux d’autre qualité que cette a&ion, qui s’appelle du nom de Lumière.
Les principales proprietez de la Lnrmere font 1. qu’elles s’étend en rond de tous co- tez autour des corps qu’on nomme Lumi- neux. 1. Et à toute forte de diftance. 3. Et en un inftant. 4. Et pour l’ordinaire en Ii^ gnes droites, qui doivent être prifes pour les rayons de la Lumière- j. Et que plusieurs de ces rayons venant de divers points, peu- venç s’aflembler en un même point. 6. Oii venant d'un même point, peuvent s’aller rendre en divers points. 7. Où venant de divers points, & allant vers divers points, peuvent pafter par un même point, fans s’empefener les uns les autres. 8. Et qu’ils peuvent auffi* quelquefois s’empefeher leà uns les autres, à fçavoir quand leur force eft fort inégale, & que celle des uns eft beaucoup plus grande que celle des autres. 9. Et enfin qu’ils peuvent être détournez par reflexion. 10. ou par refra&ion. 11. Et 3ue leur force peut être augmentée, 1 x. ou iminuée, par les diverfes difpofitions ou quaîitez de la Matière qui les reçoit. Voilà les principales quaîitez qu’on obfcrve en la Lumière, qui conviennent toutes à cette aélion, ainfi que vous allez voir.
1. Que cette aétion fe doive étendre de tous cotez autour des corps Lumineux, la raifon en cft évidente, à eaufe que c’cft du F f iiij 344 Le Monde dï Rene’ Descartes mouvement circulaire de leurs parties qu’el- le procédé.
2. Il cft évident aufll qu’elle peut s’éten- dre à toute forte de diftance: Car par exem- λle, fuppofant que les parties du Ciel qui e trouvent entre AF, & DG, font déjà d’elles-mêmes difpofées à s’avancer vers E, comme nous avons dit qu’elles font, on ne f>eut pas douter non plus que la force dont e Soleil poufle celles qui font vers A B C D, ne fe doive aufll étendre jufques à E, enco- re même qu’il y eût plus cle diftance des unes aux autres, qu’il n’y en a depuis les plus hautes Etoiles du Firmament jufques à nous.
3. Et fçaehant que les parties du fécond Elément qui font entre AF, & D G, fe touchent & preflent toutes l’une l’autre au • tant qu’il eft poflible, on ne peut pas aufll douter que l’adtion, dont les premières font pouflees, ne doive paffer en un inftant juf- ques aux dernières Tout de même que celle dont on poufle l’un des bouts d’un bâ- ton, pafle julques à l’autre bout au memè inftant -, ( V. Dioptrique Difcoars upag.f.) ou plutôt, afin que vous ne fafliez point de difficulté fur ce que ces parties ne font point attachées l’une à l’autre ainfi que le font celles d’un bâton, tout de même qu’en la neuvième figure la petite boule marquée 50. defeendant vers 6, les autres marquées 1 o.defcendent aufll vers là au meme inftant- «s - ou le Traite’ de la Lumière. 345 4. Quant à ce qui eft des lignes fuivanc lefquelles fe communique cette a&ion, & qui font proprement les rayons de la Lumiè- re, il faut remarquer qu’elles different des parties du fécond Elément par l’entremife defquelles cette même aCtion fe communi- 3ue; Sc qu’elles ne font rien de materiel ans le milieu par où elles paflent, mais qu'elles defignent feulement en quel feus, éc fuivant quelle détermination le corps Lu- mineux agit contre celui qu’il illumine > Sc ainfi qu’on ne doit pas laiffer de les conce- voir exactement droites, encore que les par- ties du fécond Elément qui fervent à tranf- mettre cette aCtion, ou la Lumière, ne puif- fent prefque jamais être fi directement po- fées l’une fur l’autre, qu’elles composent des lignes toutes droites. Tout de même que vous pouvez aifément concevoir que la main A ( F.fig. XII.) pouffe le corps E fuivant la ligne droite A E, encore <^u’eile ne le' pouffe que par l’entremife du bâton BCD, qui eft tortu. Et tout de même auffi que la boule marquée 1, ( V. fig. XIII. ) pouffe celle qui eft marquée 7, par l’entremife des deux marquées 5.5. aufîl directement que par l’entremife des autres z. 3. 4. 6.
5. 6. Vous pouvez aufli ailcment conce- voir comment plufîeurs de ces rayons ve- nant de divers points, s’affemblent en un même point, où venant d’un même point.
$4* Le Monde de Rene’ Descar. te»,' i*e vont rendre en divers points, fans s’em- pefeher, ni dépendre les uns des autres.
( V. Dtcpts. Dtfc. i./>•*£• io. ) Comme vous voyez en la fixicrae figure qu’il en vient Elufieurs des points A B C D, qui s'aliéna- ient au point E, & qu’il en vient plufieurs du feul point D, qui s’étendent l’un vers E, l’autre vers K, & ainfi vers une infinité d’autres lieux j Tout de même que les di-% verfes forces donr on tire les cordes 1.2.3. 4. j. ( V. fîg. XIV. ) s’aflemblent toutes en la poulie, éc que la refiftance de cette pou- lie s’étend à toutes les diverfes mains qui ti- rent ces cordes.
7. Mais pour concevoir comment plu- fieurs de ccs rayons venant de divers ooints, 8c allant vers divers points, peuvent pafier par un même point, fans s’empefeher les uns les autres, comme en cette fixiéme fi- gure, les deux rayons AN,&Dl, p fient pr le point E, il faut confiderer que cha- cune des parties du fécond Elément cft ca- pable de recevoir plufieurs divers mouve- rnens en même temp; En forte que celle qui eft par exemple au point E, peut tout enfemb le être pôufi’ée vers L, par I’a&ion qui vient de l’endroit du Soleil marqué D, çC en même temps vers N, par celle qui vient de l’endroit marqué A. Ce que vous entendrez encore mieux, fi vous confide- rez qu’on peut pouffer l’air en même temps K L, bien que ces tuyaux foient tellement unis au point N, que tout l’air qui paffe par le milieu de chacun d’eux, doit necef- îairementpaflêr auflipar le milieu des deux autres.
8. Et cette même comparaifon peut fer- vir à expliquer comment une forte Lumie- Ee empelche l’effet de celles qui font plus foibles: Car fi l’on pouffe l'air beaucoup plus fort par F, que par H, ni par K, il ne tendra point du tout vers I, ni vers L, mais feulement vers G.
<). 10. Pour la reflexion Scia refraétion,’ je les ay déjà ailleurs fuffifamment expli- quées. Toutesfois parce que je me fuis fervi ' pour lors de l’exemple du mouvement d’une baie, au lieu de parler des rayons de la Lu- mière, afin de rendre par ce moyen mon difeours plus intelligible, ilmerefte encore ici à vous faire confiderer, que l’aétion ou l’inclination à fe mouvoir, qui eft tranfmi- fe d’un lieu en un autre, par le moyen de plufieurs corps qui s’entretouchent, & qui fe trouvent lans interruption en tout l’ef- pace qui eft entre deux, fuir exactement la même voye, par où cette même adtion pour- roit faire mouvoir le premier de ces corps, fi les autres n’étoient point en fon chemin j. fans qu’il y ait aucune autre différence, fi- $48 Le Monde de Rene’ Descartès, non qu’il faudroit du temps à ce corps pour fe mouvoir, au lieu que l’attion qui eft en lui peut par rentremife de ceux qui le tou- chent s’étendre jufqucs à toutes fortes de diftances en un inflant. D’où il fuit que comme une baie fc réfléchit quand elle don- ne contre la muraille d’un jeu de paume, & qu’elle fouffre refraétion quand elle entre obliquement dans de l’eau, ou qu’elle en fort, de même aufli quand les rayons de la Lumière rencontrent un corps qu1 ne leur permet pas de palier outre, ils doivent fe réfléchir; f V. Dioptncjut Difc. i-pœg. *6.) & quand ils entrent obliquement en quel- que lieu par où ils peuvent s'étendre plus ou moins aifément que par celui d’où ils fortent, ils doivent aufli au point de ce changement fe détourner & fouffrir refra- âion.
ii. ii. Enfin la force de la Lumière eft non feulement plus ou moins grande en chaque lieu, félon la quantité des rayons qui s’y alfemblent, {V. Dioptr. Difc. i. pag. 10. ) mais elle peut aufli être augmen- tée ou diminuée par les diverfes difpolîtions des corps qui fe trouvent aux lieux par où elle pafle j Ainfi que la vitelïe d’une baleou d’une pierre qu’on poulie dans l’air, peut- être augmentée par les vents qui foufflent vers le même côté qu’elle fe meut, & di- minuée par leurs contraires.
ou Traite’ de la Lumière. $49 CHAPITRE XV.
Que la face du Ciel de ce nouveau Monde dojt paraître a fes Habit an s toute fem- bLible a celle du Notre.
AYant ainfi expliqué la Nature & les Proprietez de l’adlion que j’ai prile pour la Lumière, il faut auili que j’expli- que comment par fon moyen les Habitnns de la Planete que j’ai fuppoléc pour la Ter- re, peuvent voir la face de leur Ciel toute femblableà celle du nôtre.
Premièrement, il n’y a point de doute qu’ils ne doivent voir le corps marqué S (>. fig. IV.) tout plein de Lumière, & fcmblable à notre Soleil 3 ( V.princip. pan. $.art. 130.pag. 272. & 275.) veu que ce corps envoyé des rayons de tous les points de la fuperficie vers leurs yeux: Et parce qu’il eft beaucoup plus proche d’eux que les Etoiles, il leur doit paroître beaucoup plus grand. Ileft vrai que les parties du pe- tit Ciel A BC D, qui tourne autour de la T erre, font quelque refiftance aces rayons^ mais. parce que toutes celles du grand Ciel qui font depuis S. jufques à D, les fortifient, celles qui lont depuis D juiques à T, n’é- tant à.comparailpmqu’en petit nombre, ne < 350 Le Monde de Rene’ Descartes, leur peuvent ôter que peu de leur force: Et même toute l’aCtion des parties du grand Ciel F G G F, ne luffit pas pour empefeher que les rayons de plufieurs Etoiles fixes ne parviennent jufques à la Terre, du cote qu’elle n’eft point éclairée par le Soleil.
Car il faut fçavoir que les grands Cieux, c’eft-à-dire ceux qui ont une Etoile fixe ou le Soleil pour leur centre, quoi que peut- être allez inégaux en grandeur, doivent être toûjours exactement d’égale force ( V. fritte, part. 3. art. 114.p. 248. ) En for- te que toute la matière qui elt par exemple en la ligne S B, ( V. fig. II. ) doit tendre aufli fort vers £, que celle qui elt en la ligne (B, tend vers S: Car s’ils n’avoient en- tr’eux cette égalité, ils fc détruiroient in- failliblement dans peu de temps, ou du moins fie changeaient jufques à ce qu’ils l’cuffent acquile.
Or puis que toute la force du rayon S B par exemple, n’eft que juitement égale à celle du rayon t B, il elt manifefte que cel- le du rayon T B, qui eft moindre, ne peut empefeher la force du rayon s B de s’éten- dre jufques à T. Et tout de même il eft évi- dent que l’Etoile A peut étendre fes rayons jufques à la terre T \ d’autant que la matiè- re du Ciel qui eft depuis A jufques à 2, leur ayde plus, que celle qui eft depuis 4. jufques à X ne lpur refifte; avec cela que ( ( ou Traite’ de la Lumière. 351 celle qui eft depuis 3. jufques à 4, ne leur ayde pas moins, que leur refifte celle qui eft depuis 3. jufques à 2. Et ainfi, jugeant des autres à proportion, vous pouvez en- tendre que ces Etoiles ne doivent pas paroî- tre moins ccnfufément arrangées, ni moin- dres en nombre, ni moins inégales cntr’cl- les, que font celles que nous voyons dans le vrai Monde.
Mais il faut encore que vous confideriez, touchant leur arrangement, qu’elles ne peu- vent quafi jamais paroître dans le vrai lieu où elles font. ( V. princip.part. 3. art. 13 1. petg. 274. ) Car par exemple, celle qui eft marquée «, paroît comme fi elle étoit en la ligne droit TB, & l’autre marquée A, comme Ci elle étoit en la ligne droité T 4 3 dont la raifon eft « que les Cieux étant iné- gaux en grandeur /tes fuperficies qui les fe- parent, ne fe trouvent quafi jamais telle- ment difpofées, que les rayons qui partent au travers, pour aller de ces Etoiles vers la Terre, les rencontrent à angles droits: Et lors qu’ils les rencontrent obliquement, il eft certain, fuivant ce qui aéré démontré en la Dioptrique, qu’ils doivent s’y cour- ber, & louffrir beaucoup de refraétion, d’autant qu’ils partent beaucoup plus aifé- ment par l’un des cotez de cette fuperficie, que par l’autre. Et il faut fuppofer ces lig- nes T B, T 4, 6c femblables, fi extrême* 4 — » 4 — » Le Monde de Rene’ Descartes, ment longues, à comparaifon du diamètre du cercle que la Terre décrit autour du So- leil, qu’en quelque endroit de ce cercle qu’elle Te trouve, les hommes qu’elle foû- tient voyent toujours les Etoiles comme fixes, &c attachées aux mêmes endroits du Firmament -, c’cft-à-dire, pour ufer des Termes des Aftronomes, qu’ils ne peuvent remarquer en elles dcparalaxcs.
Conlîdcrcz auili, touchant le nombre de ces Etoiles, ( V. princ. pan. 3. an. 1 3 1. p. 274. ) que Couvent une même peut paroître en divers lieux, à caufe des diverles fuper- fîcics qui détournent Ces rayons vers la Ter- re 3 Comme ici celle qui cft marquée A, pa- roît en la ligne T 4, par le moyen du rayon A 2 4 T, 8c enfemblc en la ligne T/, par le moyen du rayon A 6 fT -, ainfi que Ce multiplient les objets qu’on regarde au tra- vers des verres ou autres corps tranfparens qui font taillez à plufieurs faces.
Déplus confiderez touchant leur gran- deur, qu’encore qu’elles doivent paroître beaucoup plus petites qu’elles ne font à cau- fc de leur extrême éloignement-, 8c même qu’il y en ait la plus grande partie, qui pour cette raifon ne doivent point paroître du tout -, 8c d’autres qui ne paroiflent qu’en- tant que les rayons -de pluficurs joints en- femble rendent les parties du Firmament par où.ils pa fient un peu plus bLmches, 8c fcmblablcs Digitized ou Traite’ delà Lumière. 35$ femblables à certaines Etoiles que les Agro- nomes appellent Nubileufes, ou à cette grande ceinture de notre Ciel, que les Poè- tes feignent être blanchie du lait de Junon: Toutefois, pour celles qui font les moins éloignées, il fuffit de les fuppofer environ égales à notre Soleil, pour juger qu’elles peuvent paroître auffi grandes que font les plus grandes de notre Monde.
Car outre que generalement tous les corps qui envoyent de plus forts rayons contre les yeux des regardans, que ne font ceux qui les environnent, paroilïent aufii plus grands qu’eux à proportion •, Sc par confequent que ces Etoiles doivent toujours fembler plus grandes que les parties de leurs Cicux égales a elles, éc qui les avoifinent, ainlî que j’expliquerai ci-après, les fuperfi- cies FG, GG, GF, fig. 1 1. ) & fem- blables, où fe font les réfractions de leurs rayons, peuvent être courbées de telle fa- çon, qu’elles augmentent beaucoup leur grandeur j & même étant leulement toutes plates elles l’augmentent.
Outre cela il cft fort vrai-femblable que ces fupcrficies étant en une matière très flui- de, üc qui ne celle jamais de fe mouvoir doivent branler & ondoyer toujours quel- que peu -, &: par confequent que les Etoi- les qu’on voit au travers, doivent paroître étincelantes & comme tremblantes, ainli Gg j 54 Le Monde de Rene’ Descârtis; que font les nôtres, ÔC même à caufe de leur tremblement un peu plus grofles; ainfi que fait l’image de- la Lune, au fond d’un lac dont lafurface n’eft pas fort troublée ni agitée, mais feulement un peu crefpée par le fouffle de quelque vent.
Et enfin il ie peut faire que par fuceeflîon de temps ces fupcrficiesfe changent un peu» ou même aufli que quelques-unes fc cour- bent allez notablement en peu de temps, quand cene feroit qu’à l’occafion d’une Co- mète qui s’en approche, Sc par ce moyen que plufieurs Etoiles femblent après un long-temps être un peu changées de place fans l'être de grandeur, ou un peu chan- gées de grandeur fans l’être de place; 8c même que quelques-unes commencent af- fez fubitement à paroître ou à difparoître, ainfi qu’on la vu arriver dans le vray Mon- de.
- Pour les Planètes 8c les Comètes qtti forte dans le même Ciel que le Soleil, içaehant que les parties du troifiéme Elément dont elles font compoféès, font fi greffes, ou tellement jointesfpiuficurs enlemble, qu'el- les peuvent réfifter àf’aètion delà Lumière, d eft'aiféà érttendre qu’elles doivent patoî- tte par le moyen des rayons que le Soleil en- voyé vers elles, & qui fe reflcchifTent de là vers la Terre 5 ainfi que les objets opâ^ qites ou obfcutsqui font dans une cham&ei ou Traite’ de la Lumière. 3$$ y peuvent être vus par le moyen des rayons que le flambeau qui y éclaire, envoyé vers eux j & qui retournent de là vers les yeuk des regardants. Et avec cela les rayons du Soleil ont un avantage fort remarquable pardciïusceux d’ttn flambeau; qui conflftè en ce que leur force leconfervc,ou même s’augmente de plus en plus, à.melure qu’ils s’éloignent du Soleil, jufqucs à ce qu’ils foient parvenus à la fuperfiçic extérieure de fon Ciel, à caufc que toute la matière de ce Ciel tend vers là: au lieu que les rayons d’un flambeau s’affoiblilTent en s’éloignant, à railon de la grandeur des fuperficies fphe- riques qu’ils illuminent, & même encore quelque peu plus, à caufe de la reflftanCg de l’air par où ils pafl'ent. D’où vient que les objets qui font proches de ce flambeau, en font notablement plus éclairez que ceux qui en font loin; &que les plus baltes Pla- nètes ne font pas à même proportion plus éclairées par le Soleil que les plus hautes » ni même que les Cometes, qui en font fans comparailon plus éloignées.
Or l’experience nous montre qucle fe m- blable arrive auffi dans le vrai Mondé 5 Et toutefois je ne croi pas qu’il foit poflïbl'e d’en rendre raifon, fl on fuppofe que la Lu- mière y foit autre chofe dans les objets, qu’une adiônou difpofltion telle que je l’ai expliquée. Je dis Une adion ou difpofltion: Gg;J 3 1 6 Le Monde de Rene’ Descartes, Car fi vous avez bien pris garde à ce que i’ai tantôt démontré, que fi l’efpace où eft le Soleil étoit tout vuide, ( V. princ. part.
3. art. 64. pag. 190.) les parties de Ion Ciel ne laifl'eroient pas de tendre vers les yeux des regardans en même façon que lors qu’el- les font pouflees par fa matière, &c même avec prelque autant de force, vous pouvez bien juger qu’il n’a quafi pas befoin d’avoir en foy aucune aélion, ni quafi même d’être autre chofe qu’un pur efpace, pour paroî- rre tel que nous le voyons -, ce que vous euf- fïcz peut-être pris auparavant pour une pro- pofition fort paradoxe. Au refte, le mou- vement qu’ont ces Planètes autour de leur centre eft caufe qu’elles étincellent, mais beaucoup moins fort Sc d’une autre façon que ne font les Etoiles fixes; Sc parce que la Lune eft privée de ce mouvement, elle n’étincelle point du tout.
Pour les Cometes qui ne font pas dans le même Ciel que le Soleil, ( F. princ. part. 3. art. 13*. p ■ 175 ) elles ne peuvent pas à beaucoup prés envoyer tant de rayons vers la Terre que fi elles y étoient, non pas me- me lors qu’elles font toutes prêtes à y entrer; & par confisquent elles ne peuvent pas être veues par les hommes, fi ce n’eft peut-être quelque peu, lors que leur grandeur eft ex- traordinaire. Dont la raifon eft, que la plu- part des rayons que le Soleil envoyé vers eL ou Traite’ de la Lumière. 3 57 les, font écartez çà 8c là, 8c comme difll- pez par la refraCtion qu’ils fouffrent en la partie du Firmament par où ils partent. Car par exemple, au lieu que la Comete CD, ( V. fig. XVI. ) reçoit du Soleil, marqué S, tous les rayons qui font entre les lignes SC, S D, 8c renvoyé vers la Terre tous ceux qui font entre les lignes C T, D T, il faut penfer que la Comete F F, ne reçoit du même Soleil que les rayons qui font entre les lignes SGE,SHF,à cauf e que partant beaucoup plus aifément depuis S jufques à la fuperficie GH, que je prens pour une partie du Firmament, qu’ils ne peuvent parter au delà, leur réfraction y doit être fort grande, 8c fort en dehors: ce qui en détourne plufieurs d’aller vers la Comete E F: Veu principalement que cette fuperficie cft courbée en dedans vers le Soleil, ainfi que vous fç avez qu’elle doit fe courber, lors qu’une Comete s’en approche. Mais encore qu’elle fût toute plate, ou même courbée de l’autre côté, la plupart des rayons que le Soleil lui envoyeroit, ne lairt'eroientpas d’être empefehez par la refraétion, finon d’aller jufques à elle, au moins de rerourner de là juiques à la Terre. Comme par exem- ple, Tuppofant la partie du Firmament I K, être une portion de Sphere, dont le centre foit au point S, les rayons S I L, SKM, ne s’y doivent point du tout courber en air.
J 558 Le Monde de Rene’ Descartes, lant vers la Comete L M; mais en revanche.