SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

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ils fe doivent beaucoup courber en retour- nant de là vers la Terre 3 en forte qu’ils n’y peuvent parvenir que fort foibles, & en fort petite quantité. Outre que ceci ne pou- vanf arriver que lors que la Comete eft en- core allez loin duCiel qui contient le Soleil, ( car autrement, fi elle en étoit proche, el- le feroit courber en dedans fa fuperficie ) fon éloignement empefehe auiïï qu’elle n’en reçoive tant de rayons que lors qu’elle eft prête à y entrer. Et pour les rayons qu’elle reçoit de l’Etoile fixe qui eft au centre du Ciel qui la contient, elle ne peut pas les renvoyer vers la Terre, non plus que la Lune étant nouvelle n’y renvoyé pas ceux du Soleil.

Mais ce qu’il y a de plus remarquable touchant ces Comètes, ( y. prive, pan. 3. an. 136". pag. 285.) c’eft une certaine refra- ékion dé leurs rayons, qui eft ordinaire- ment caufe qu’il en paroît quelques-uns en forme de queue ou de chevelure autour d’el- les 3 Ainfi que vous entendrez facilement, fi vous jettez les yeux fur la figure 17. 3 Où S eft le Soleil, C une Comete, E B G la Sphè- re qui fuivant ce qui a été dit ci-deffus eft compofée des parties du fécond Elément qui font les plus grofl'es & les moins agitées de toutes, D A, le cercle qui eft décrit par le mouvement annuel de la Terre 3 & que Digitized bv Google Digitized bv Google ou Traite’ de la Lumière. 3 y? vous penfiez que le rayon qui vient de C vers B, paflebien tout droit jufques au point A, mais qu’outre cela il commence au point B à s’élargir, Se à fe diviler en plu fleurs au- tres rayons, qui s’étendent çà 8c là de tous cotez i en telle forte que chacun d’eux fe trouve d’autant plus foible, qu’il s’écarte davantage de celui du milieu B A, qui eft le principal de tous, 8c le plus fort. Puis aufli que le rayon C E, commence étant au point E à s’élargir, 8c à fe divifcr aufli en plufieurs autres, comme EH, EY, ES, mais que le principal & le plus fort de ceux- ci eft E H, & le plus foible E S tout de même que C G pafle principalement de G vers I, mais qu’ourre cela il s’écarte aufli vers S, 8c vers tous les efpaces qui font en- tre G I 8c G S \ 8c enfin que tous les autres rayons qui peuvent être imaginez entre ces trois C E, C B, C G, tiennent plus ou moins de la nature de chacun d’eux, félon qu’ils en font plus ou moins proches. A quoi je pourrois ajouter qu’ils doivent être un peu courbez vers le Soleil: mais cela n’eft pa s tout à fait necefl'aire à mon fujet, 8c j’ob- tnets fouvent beaucoup de chofeS, afin de rendre celles que j’explique d’autant plus Amples ôc plus aifées.

Or cette réfraction étant fupofée, il eft manifefte que lors que la Terre eft vers A t non feulement le rayon B A doit faire voir jtfo Le Monde de Rene’ Descartes,' aux hommes qu’elle foutient le corps de la Comcte C; mais aufti que les rayons LA, K A, & fcmblables, qui lont plus foibles que B A, venant vers leurs yeux, leur doi- vent faire paroître une couronne, ou che- velure de Lumière, éparfe également de tous cotez autour d’elle (comme vous voyez à l’endroit marquée 1 1. ) au moins s’ils font aflez forts pour erre fentis; ainfi qu’ils le peuvent être fouvent venant des Cometes, que nous fuppofons être fort groflès, mais non pas venant des Planètes, ni même des Etoiles fixes, qu’il faut imaginer plus peti- tes.

Il eft manifefte aufiî que lors que la Ter- re eft vers M, 5c que la Comete paroît par le moyen du rayon CKM, fa chevelure doit paroître par le moyen de Q__M, &c de tous les autres qui tendent vers M > en forte qu’elle s’étend plus loin qu’auparavant vers la partie oppofee au Soleil, ( y.princ.part. 3. an. 133. pag. 279. } 8c moins, ou point du tour, vers celle qui le regarde, comme vous voyez ici 22. Et ainfi paroi fiant tou- jours de plus en plus longue vers le côté qui eft oppolé au Soleil, à mefure que la Terre eft plus éloignée du point A, elle perd peu à peu la figure d’une chevelure, & fe trans- forme en une longue queue, que la Come- te traine après elle. Comme par exemple, la Terre étant vers D,les rayons QJ), VD, ou TRAitE* de la Lumière. la font paroître lemblable à 3 3. Et la Terre étant vers o, les rayons Vo',Eo, &c fem'- blables, la fontparoître encore plus longue» Et enfin la Terre étant vers Y, (P'.princ. part. 3. art. i^-j.pag. 288.) on ne peut plus voir la Comète à caufc de l’interpofition du Soleil, mais les rayons VYjEY, & femblables, ne lai fient pas de faire encore pa- raître fa queue, en forme d’un chevron ou d’une lance de feu, telle qu’eft ici 44. Et il eft à remarquer que la fphere E B G, ( Ibid, art. 8 2. pag. 116.* Ibid. art. 13 6. pag. 2 S 5. ) n’étant point toujours exactement ronde, ni auflî toutes les autres qu’elle contient, ainfi qu’il eft aifé à juger de ce que nous avons expliqué, ces queues ou lances de feu ne doivent point toujours paroître exa- ctement droites, rti tout à fait en même plan que le Soleil.

Pour la refradion qui eft caufe de tout ceci, je confeffe qu’elle eft d’une nature fort particulière, & fort differente de tou- tes celles qui fe remarquent communément ailleurs. Mais vous nelai fierez pas devoir clairement qu’elle fe doit faire en la façon que je viens de vous décrire, [Ibid. art. -135. pag. 282. ) fi vous confiderez que la boule H ( V. fi g. XVIII. ) étant pouffée vers I, pouffe au fii vers là toutes celles qui font au deffous julques à K; mais que celle-ci étant environnée de plufieurs autres plus petites» Hh Hh 5 6i Le Monde de Rene’ Descartes, comme 4 j 6, ne poufle que j vers I; & ce- pendant qu’elle poufle 4 vers L, &: 6 vers M, 8c ainfl des autres: [Ibid. art. 1 $6. par. 28 $.) En forte pourtant qu’elle poulie cefte du milieu 5. beaucoup plus fort que les au- tres 4, 6 y 8c femblables, qui font vers les cotez. Et tout de même que la boule N étanr pouflee versL, poufle les petites bou- les j. 2. 3, l’une vers L, l’autre vers 1, 8c l’autre vers M. Mais avec cette différence, que c’eft 1. qu’elle poufle le plus fort de toutes, 8c non pas celle du milieu 2. Et de . plus que les petites boules 1. 2. 3.4. Scc. étant ainfl en même temps toutes pouflées par les autres boules N.P. H. P. s’empef- chent les unes les autres de pouvoir aller ..vers les cotez L. & M. fi facilement que vers le milieu I. En forte qurf fi tout l’cfpace L, I M étoit plein de pareilles petites boules, les rayons de leur aélion s’y diftribueroient en même façon que j’ay dit que font ceux .des Comètes au dedans de la Iphere E B G.

A quoy fi vousm’obje&ez que l’inégalité ♦ ^qui eft entre les boules N. P. H. P. & 1. 2. 3...4. fig. XVIII. J eft beauçoup.plus gran- de que celle que j’ay fuppofée entre les par- ties du fécond Elément qui cqmpofent la üphere EBG:, & celles qui font immédia- tement audefl’ous vers le Soleil; Je répons .qu’on ne peut tirer de ceci autre confequcn- ce f finon qu’il xre fe doit pas tant faire de ôu Traite’ de la Lumière. 3 ^"3 tefra&ion en cette Sphere E B G. qu’en cel- le que compofent les boules 1. 2. 3. 4. &c. Mais qu’y ayant derechef de l’inégalité en- tre les parties du fécond Elément qui font immédiatement au delfous de cette Sphere EBG, de celles qui font encore plus bas vers le Soleil, cette refraétion s’augmente de plus en plus, à mefure que les rayons pé- nétrent plus avant j En forte qu’elle peut bien être aulîî grande, ou même plus gran- de, lors qu’ils parviennent à la Sphere de la Terre DAF, que celle de l’aéfion dont les petites boules 1. 2. 3. 4. &c. fontpouf- lees. Car il eft bien vray-femblable, que les parties du fécond Elément qui font vers cette Sphere de la Terre D A F, ne font pas moins petites à comparaifon de celles qui font vers la Sphere EBG, que le font ces boules 1.2.3. 4- &c. à comparaifon des au- tres boules N, P. H. P.

tifj/ DISCOURS P R ON O N CE’ DANS L’ASSEMBLFE DE MONSIEUR DE MONTMORï.

TOUCHANT LE MOUVEMENT E T LE REPOS.

Pour montrer epuil n'arrive aucun change- ment en la matière que l'on ne puijfe ex- pliquer par le mouvement local.

ESSIEURS,, Tout le monde demeure* d’accord qu’il n’y a rien de fi contraire au • mouvement que Iè repos.

H iij.

T) é finition tin repos.

Définition du mouve- ment.

Ttat de la quefiion.

D i s cours 1. Or il eft certain que quand on dit qu’un corps eft en repos., on n’cntend au- tre chofe fi non que ce corps eft toujours appliqué d’une même façon, aux mêmes parties des corps qui l’environnent.

2. Ainii fuivant la réglé des contraires, quand on parle du mouvement d’un corps on ne doit entendre autre chofe, finon que ce corps eft tranfporté, en forte qu il eft fuccemvement-, & toujours différemment appliqué à differentes parties des corps qui l’environnent..

3. On pourroit demander ce qui raie cette application toujours difterente^en la- quelle confifte le mouvement, &C cette ap- plication toujours une, en laquelle confi- fte le repos: mais ce leroit fortir de la queftion propoféc, dont le but n eft pas d’expliquer les caufes du mouvement ou du repos des corps, mais ieulement d en connoître la nature, c’eft-a-dire, de trou- ver une définition qui puifie convenir a toutes les maniérés defe mouvoir, ou cl e- tre en repos, que nous connoiflons dans les corps., 4. Je penfe que l’on accordera alternent celle que j'ai apportée du repos, & confe- quemment celle du mouvement, puifqu elle rn.,nr n np rp/rle toûiours inraileft tirée fuivant une règle toûjours întaillible., 5. Il refte donc de taire voir que cette Du Mouvement local définition convient à tous les mouvemens qui nous font connus.

6. Quelques perfonnes avouant qu’elle eft tres-propre a expliquer ce changement de lieu, auquel on donne le nom de mou- vement local, difent qu’elle ne peut s’ap- pliquer à ces changemens de la quantité, qu’on appelle accroilfement & décroilfe- ment; à ceux de la qualité, qu’on appelle alteration, à ceux de la forme, qu’on ap- pelle génération ou corruption.

7. Mais fi je montre que tous Ces chan- gemens n’arrivent que par le mouvement auquel on avoue que tria définition con- vient à tous les mouvemens qui nous font connus.

8. j Quant aux changemens de la quantitèy fi une raafle augmente, n’eft-ce pas que de nouveaux corps fe joignent à ceux qui compofoient déjà cette mafte? Si elle di- minue, n’eft-ce pas que quelques-uns de ces corps en font feparés? Et peuvent-ils être ajoûtés ou feparés fans ce mouvement local j que notre définition explique fi bien?

9. Qu’un morceau de pafte foit ajouté à un autre, pour augmenter la quantité d’un pain: ou qu’un morceau de terre, qui étoit déjà proche d’une pierte, foit telle- ment remué par la chaleur du Soleil ou par d’autres caufes 3 que ce qu’il y aura H h iiij Discours- » de plus humide en exhale, & que ce qu’il y aura de parties plus folides s’embaraf-. lent en forte parleurs figures irregulieres, & fe ferrent tellement les unes contre les autres qu’enfin elles paroiflent dans un état tout à fait femblables au relie de cette pierre, il eft certain que cette exhalaifon de quelques parties, & ce raprochement de quelques autres- n’eft qu’un mouvement local j & qu’ainfi cette augmentation de quantité,qu’on appelle communément jnx-~ ta-oofition, peut être expliquée, par notre définition.

20. Pour l’augfnentation qui fe fait par intus-fufeeption, elle ne différé en rien de l’autre, linon qu’en la première efpcce, les parties qui s’accumulent font jointes par les extrémités aux parties delà, malle qui s’accroît, &que dans la fécondé, les parties qui arrivent de nouveau, gliflent entre les moindres, efpaces, qui le trou- vent entre celles qui compofent déjà cette malle, jufqu’à ce qu’elles ayent trouvé des endroits un peu plus étroits, qu'il ne faudroit pour les admettre: De forte que faifant effort pour y. pafler, elles font fou- vent dans un mouuemçnt alTez puilfant, pour s’y faire entrée: mais fouvent aufli ce mouvement n’étant pas allez fort pour les faire palier outre, elle y demeurent fouvent engagées, éc croilfent ainfi la iqitized t iqitized t du Mouvement locai, 3^9- malle -t Comme il arriveroit à une flèche qui leroit tirée dans un failceau fait de plufieurs autres flèches. On fçait que quel- que étroite que fut leur union, il y auroit toujours des efpaces entre elles, où cette flèche s’introduiroit: & qu’encore qu’elle eut allez de force pour les écarter un peu les unes, des autres, elle pourroit auflî après avoir perdu tout fon mouvement, demeurer engagée cntre.les autres, & croî- tre ainfl le faifccau,qui pourroit augmen- ter d’autant; de flèches que l’on, en pour- roit tirer.

11. Ainfl arrive-t-il aux plantes, qui ne {>rennent d’accroiflement que parce que a chaleur du Soicil faifant mouvoir dans les entrailles de la terre differens fucs, c’efl: - à - dire, différentes petites par- ticules, dont les figures font diverfes, les éleve enfin, les fait couler par une infi- nité de petits conduits, dans léfquels ces particules venant à rencontter quelques grains de fcmences, dont les porcs font approchansde leurs figures s’y donnent en- trée, parce qu’il leur eft plus commode de continuer ainfl leur mouvement en ligne droite: Et ayant confommé une partie de leur impetuofitéà fe faire ouvertures dans ces grains, elles y demeurent engagées, & en augmentent la fubftance.

i£. Que fl elles confcrvcnt aflez de 37° Discours mouvement pour pafl’cr outre, elles ne fervent de rien à la nourriture. D’où vient cju’un trop grand mouvement de ces parti- cules, fait fééhcr les femences dans le lein d’une terre, qui les feroit germer, fi elles croient moine émûës, &£ même un trop grand mouvement peut-être Caufe que des particules plus grofies, que celles qui doi- vent fervir d’alimemt à certaines plantes, s’y frayent des partages qui ruinant la fi- gure & l’arrangement des pores de cette plante, la mettent en état de ne pouvoir plus retenir celles qui lui feroient propres. Comme au contraire, le défaut de mouve- ment peut faire que certains fixes ne puif- fent avoir aflez de force, pour s’introduire dans les femences qui le pourroient au- gmenter, & qu’ainfi elles deviennent inu; tilcs.

13. De-là encore on peut conjeéiurer que tous les petite fucs n’ayant pas de fi- gures femblaoles, tous ne font pas propres as’infinuer dans toutes fortes de femences * lirais que chacun après avoir heurté vaine- ment contre celles où il ne peut entrer, peut enfin être emporté en des endroits, où il rencontrera des femences, dont les pores foient aflez ajuftés à fa figure pour l’arrê- ter. De forte que la même terre en peut con- tenir à la fois, & le même Soleil en peur émouvoir en même temps, aflez de difFc- > DU M O tTV E M ENT I O C A L. J7I rcns, pour nourrir une plante dont le fuc fera mortel, tout proche d’une plante qui pourra fervir d’Antidote à ce poiion: étant certain que jamais l’un ne recevra ce qui 'fera propre à la nourriture de l’autre, par la nourriture de l’autre; par la même raiîon que deux cribles diverfement percés, n’ad- mettront jamais que les grains qui feront proportionnés à fa figure de leurs trous.

14. j Quant au changement de qualité, qu’on appelle alteration, il eft facile de faire voir qu’ils arrivent tous par ce mou- vement, auquel notre définition fe rappor- te. Pour cela il faut d’abord examiner ce qu’on entend par le mot d’alteration.

15. On entend fans doute par ce mot tous les changemens qui peuvent arriver à uu corps fans augmenter ou diminuer fa malle, ou fans détruire cette conftitution de parties, en laquelle on fait confifter fa nature particulière, c’cft-à-dire, ce qui le rend different des autres corps.

j 6. Je dis fans augmenter ni diminuer fa mafl’e, par ce que cette forte de chan- gement eft quantité, comme nous l’avons déjà remarqué.

17. J’ajoûte que l’alteration ne doit point détruire dans le corps auquel elle arrive cette conftitution particulière de parties, 3ui fait toute fa nature &c le rend different es autres corps, parce que ce grand &: 571 Discours dernier changement regarde là forme, dont nous devons parler dans l’article fuivant.

18. Celapofé, je dis que l’alteration ne peut arriver fans mouvement local. Car un corps n’étant corps que par fes parties, il ne peut recevoir de -changement que par fes parties.

19. Or il eft certain que fi les moindres' de fes parties demeurent toûjours en meme fituation, fans s’éloigner, fans s’approcher^ 8c fans pafler les unes dans les autres: Il eft certain, dis-je, qu’il n’arrivera point de changement, 8c que tant que ce repos? de toutes les parties d’un corps durera, on pourra afl'urer qu’il eft toûjours dô même, c’eft-à-dire, qu’il n’eft point al- téré.

10. Donc fi l’on apperçoit du change-* ment dans un corps, il faut conclure qu’il eft arrivé, parce que les parries fe font ou ferrées, ou écartées -, ou qu’elles ont pafj fé les unes dans les autres, ce qui ne fe pcuj* faire que par le mouvement local: 8c con_ fequemment, c’eft par lui que les altéra, tions ouchangemens de qualité arrivent.

2 1. Si nous defeendons aux chofes parti- culières, nous verrons par exemple, que lo pain fans cefler d’être pain, peut avoir indifferemment, la qualité ou de tendre ou de fcc, mais qu’il ne peut être ni ten- dre ni fe c, que par un mouvement 8c une du Mouvement local. 373 r differente fituadon de Tes parties. En effet., il n’eft tendre, que parce que fes parties étant encore imbibées des parcelles de l’eau dont il cft compofc, font plus pliantes & refiftent moins au toucher. D’ailleurs cllçs ont un refte de mouvement qui.les tenant .plus éloignées.Jes unes des autres, font que l’on peut facilement y mettre les dents, • qu’elles maltraitent moins le Palais, & les autres parties de la bouche.

22. De même, il ne devient fec apres quelques jours, que parce que les parcel- les de l’eau, excitées ou par leur mouve- ment propre, ou par celui de l’air & des autres corps voilais, s’évaporent. De for- . te que les parties plus grartieres qui de- meurent avec un mouvement beaucoup moindre, fe ferrent davantage les unes contre les autres, & laiffent le pain en tel ..état, qu’à peine y peut-on mettre le cou- teau.

23. Cependant il eff toujours appelle pain, parce que fes parties gardent encore , allez de cet arrangement, dans lequel on fait confifter fa nature, ainfi l’on voit que ,,cc n’eft pas mal dchnir l’alteration, que de dire que c’eft un changement, tel que le corps auquel il arrive, peut affeéler quel- .ques-uns denoslèns, autrement qu’il ne les affecloit auparavant *. non toutefois de tel- le forte, que nous n’y reconnoiffions plus 374 Dis cours rien de tout ce qui nous paroi {Toit en lui; car en ce cas ( ainfi que l’on verra par la fuite ) nous dirons qu’ily auroir corruption d’une forme, 8c génération d’une autre. Mais ce que nous devons confiderer ici, c’eft que l’alteration que nous avons exfdiquee dans le pain n’a eu pour caufe que 'évaporation de certaines parties, & le raprochement de quelques autres. Ce qui eft un mouvement fuivant notre défini- tion.

14. Refient les changement de forme, que l’on appelle génération ou corruption. On dit qu’il y a corruption, & enluite géné- ration dans une certaine portion de la ma- tière, lorfqu’on n’y reconnoît plus rien de Ion premier arrangement. Et nos fens font tellement les maîtres de nos créances, que quand il ne nous paroît plus rien en une chofe de ce qui nous y paroifloit aupara- vant, non feulement nous commençons à lui donner un nom qui puifle répondre à la nouvelle idée que nous en avons, mais encore nous commençons à croire qu’elle n’eft plus la même, & fouvent nous difons que c’en eft un autre.

2$. Sans doute que nous parlerions plus proprement, fi nous difions Amplement 'cl le eft toute autre, c’eft-à-dire, qu’elle cft toute-à-fait altérée. Mais quoi, on eft accoutumé de faire deux ordres ou efpeces do Mouvement local. 375 de changement, bien qu’il n’y ait différen- ce entre eux que du plus ou moins. On veut quand une chofe n’eft pas changée juf- qu’à être méconnue, qu’elle foit feulement altérée: Mais quand ion changement eft tel, qu’il n’y paroît plus rien de tout ce qui y paroiffoit, on allure que ce n’eft plus la même. Cependant fl l’on conlulte la raifon plutôt que les fens, l’on trouve- ra que cette choie eft toujours le même corps, lequel a toujours autant de parties, & ne peut avoir été changé que parce que fes moindres parties font difpofées tout au- trement qu’elles n’étoient, fi bien qu’elles n’ont plus rien qui approche de leur pre- mière conformation. Et pour montrer que le mouvement que nous avons défini, eft la caufe de ce dernier effet auffi-bien que des autres, il ne faut qu’examiner un de fes extrêmes changcmenSj que l’on appel- le changement de forme.

2(5". Un tas de blcdnous paroît divifé en fdufieurs petits grains. Les parties de tous es grains font prelîes d’une maniéré > qui les frit prcfque ronds: & une écorce a fiez délicate pour ne les point fouler } mais •affez forte pour les conferver, repoufle vers nos yeux la lumière d’une façon qui nous les fait paroître d’un gris jaunâtre, <Sc marqué dé blanc en quelque endroits 27. Que fi vous l’expofez fous la m£u- ' y’.' cerfra -yjé Disc o u r s -yjé Disc o u r s -le, vous verrez que les grains qui font au- defïus s’çmbaraffant dans les petits creux qu’on a Fait exprès en cette pierre, font contraints de luivre Tes mouvemens. Et comme la première couche de Tes grains a pluiieurs pointes engagées entre les entre- deux que Font entf e eux les grains de la icconde, cette Fécondé cften même tems obligée de Fuivre, emportant par même raiFon la troifiémc: &c celle-là celle qui fe trouve au-deffous, tant qu’enfin toute la malle tourne. De Forte que le poids de la machine, joint à l’effort des mouvemens, froill'c les grains, brife leur écorce, & fait que chacune des particules qu’elle enfer- moit, Fe débarafl’ant de' celles dont elle étoit environnée, fe mêle avec d’autres qui commencent enfcmblc à compofer un cer- tain tout d’une coulent fi differente, Sc d’une conftitution fi diverfe delà premiè- re, que n’y rcconnoilTant plus aucune des apparences du bled, nous commençons à l’appcller farine: Jufquesici, ilmefemble qu’il n’y a rien, qu’on ne puiffe aflez faci- lement expliquer par le mouvement que j’ai défini.

28. Si pour faire du pain, on fépare les petits éclats de l’écorce, qui Font le fon, d’avec les parties qui font la plus belle fa- ». rine,on voit que celafe fait par les loix du -même mouvement.

Utf Mouvement local." tfY 29. Si l’on vient à mêler ces parties de là plus délicate 'farine avec les parties de l’eau, en forte que les unes s’embara fiant dans- les autres, elles commencent à deve- nir plus lices entr’elles, je crois que per- fonne n’en cherchera la caufe que dans le même mouvement.

3 o. Que fl l’on expofe cette mafle pétr ie,à la chaleur d’un feu renfermé dans quelque lieu capable d’en réiinir toute l’adlivité -, die s'élèvera d’abord, la plûpart des par- celles de l’eau s’évaporeront, les parties du dedans étant excitées, s’éloigneront les unes des autres, celles de la fupcrficic étant raf'ées par l’air, & les autres petits • corpufcules environnans, feront plus po- lis, plus ferrés, plus feichés Sc plus colo- rés que le refte de cette mafTe. Enfin, fi après le tems nccefl'aire, vous la retirez de ce lieu, vous la verrez en cet état, auquel vous l’appeliez pain.

3 2. Je ne puis trouver étrange qu’on ap- pelle mutation déforme cet extrême chan- gement, qui fait qu’on ne reconnoît- plus rien de ce qui paroiflôit enunemafïe, a la différence de ces changemens, qui étant moindres, font appelles fimples alterations de qualité: Mais je ne puis concevoir ce ” qui tait imaginer à -plufîeurs qu’une forme pprillc, & qu’un autre s’engendrej ni moins encore qu’il faille p^ficr par la privation t - li- 378 Discovr s pour aller de l'une à l’autre j ce milieu m’a toujours paru aufli chimérique que les deux extrémités, dont on veut qu’il (oit le lien.

Et il mcfemble que pouvant rendre raifon des plus grands changemcns qui arrivent à la matière, par l’arrangement, par les figures, 8c par le mouvement que l’on y, connoît, il ne faut point former de nou- veaux êtres que l’on neconnoît point.

33. Je fçais bien que plufieurs qui n’ont point coutume d’allcguer les formes tant qu’ils s’en peuvent palier, ne vont point chercher d’autres caufes des changcmens d’un corps que le mouvement de les par- ties, 8c la diverfité de leur figure, tandis qu’ils peuvent appercevoir ces mouvemens & ces figures: Mais toutes les fois que les parties dont le mouvement 8c la figure caufent quelque changement, font trop petites pour ctre apperçues, c’elt alors qu’ils reclament les formes, 8c afin de fau- ver l’honneur des formes qu’ils ont inven- tées, &: de leur donner toute la gloire des générations: ils difent que tout change- ment qui arrive par la figure, ou par le mouvement, n’eft point une génération.

34. Mais il eft facile au contraire de - montrer qu’on peut rendre raifon de tout ce qu’on appelle génération, par le mou- vement 8c la figure des petites parties, foit qu’on les puilïp appercevoir, ou qu’elles (oient imperceptibles.

du Mouvement local.' 37/ 3 5. Premièrement, il cft certain que les corps pour échapper à nos fens, n’en font {>as moins des corps, ils n’en ont pas moins eurs figures particulières, Sc ils n’en font f>as moins fufceptjbles du mouvement. Ce- a étant, fi nous rendons raifon des chan- gemens qui arrivent dans les corps, par la figure Sc le mouvement de certaines parties, lorfque nous les appercevons: Il s’enfuit, puilque nous fommes convaincus, que les f>lus imperceptibles ont de toutes ces cho- es, que nous devons croire qu’elles agif- fent comme les plus grofl'es, & même qu’elles caufent de plus grands change- mens -, puifque plus toutes les parties d’un corps font petites, &: plus il eft fuf- ceptible des changcmens qui peuvent être caufés par les mouvemens &c les figures.

3 6. La nature n’a point fait de loix pour les corps que nous voyons, aufquelles ceux ' que nous ne voyons pas, ne foient aflujet- tis, Sc les réglés que la Mechanique Içait être fi certaines pour les uns, font infailli- bles pour les autres. 1 37. Et de fait, qui croira voyant les boiiillons d’une eau émûë par la chaleur du feu, & ces tourbillons de fumée qui en exhalent, que quand l’agitation de l’air les aura allez dilfipées, pour faire que chaque particule ne foit plus apperçûë,elles n’auront plus de figure ni de mouvement, li 0 3^0 Discours ne fera-t-il pas trompé dans faconje&ure?;■ 38. Ou bien fi croyant comme il le faut croire, qu’elles gardent leurs figures 8c leurs mouvemens ne fuivant plus la loi des autres, ne s’abufera-il pas dans fon rai- fonnement?

39. Mais ne fera-t-il pas convaincu de • fon erreur,.lorfque le froid d’une plus haute région, venant à calmer le mouve- ment de ces petites particules 8c à les ref- ferrer, les fera retomber en eau comme - auparavant? S’il croit vrai qu’elles ne fui- vifient plus la loi des autres corps, qui les y auroitpû foûmcttre une fécondé fois, 8c fi elles euflent pû échapper un fcul mo- _ment;à cette puitfancc, qui eût pu les re- mettre fous le joug?

40. Certes, on voit qu’il eft plus raifon- #nable de conclure, que tant qu’une chofe eft corps pour petite, qu’elle foit, elle agit comme- les autres corps: &.fi nous trou- vons daus la figure & le mouvement la.

’ >utce qui arrive- en ceux que la j leurs parties foûmct à nos-lens, ^ nous devons affiner que c’eft cela même qui * caulc le changement de ceux, dont les par- , ries font trop déliées pour être apperçûës.

* -j-, 41. Mais afin que l’exemple de l’un de -ces chàngemens, où l’on dit qu’il y a gé- nération de nouvelle forme, nous ferve en- core en ce lieu: Voyons, fi cette majTe r du Mouvement. local. ^.8i' qui a paflé de bled en pain, par des mou- vemens fi bien expliques en notre défini- tion, pourra pafler en la lubftance d’un homme, 8c prendre, pour parler avec l’E- - colc, la forme de chair par les memes mouvemens qui ont rendu raifon de tout le relie.

41. Celui qui en coupe un morceau, doit demeurer d’accord qu’il ne lé fcpare du relie, que par un de ces mouvemens.

43. Si le mettant dans la bouche il le rompt en parcelles plus déliées, afin qu’il