que les efprits excitez par la chaleur du cœur fuivent naturellement dans le cer- veau, dans les nerfs & dans les mufcles. En même façon que le mouvement d'une montre eft produit par la feule force de fon refl’ort& la figure de fes roues.
Article XVII.
Quelles font les fondions de famé. ■ t • 4 APrès avoir ainfi confideré toutes les fondions qui appartiennent au corps feul } il eft aifé de connoître qu’il ne refte rien en nous que nous devions attribuer à notre ame, finon nos penlees, lefqjBelles font principafcment de deux genres, à fçavoirles unes font les adions de l’ame, les autres font fes paflicnsJ Celles que je nomme, fes ad ions, font toutes nos volon- tez, à caufe quenous expérimentons qu’el- les viennent diredement de notre ame, & l'emblent ne dépendre que d’elle -, comme aucontraircon peut généralement nommer fes pallions, toutes les fortes de perceptions ou connoillanccs qui fe trouvent en nous, à caufe que fouventee n’eft pas notre arrie qui les fait telles qu’elles font, &que toû- jourselle les reçoit des chofcs qui font rc>* prefentccs par elles.
Article XVIII.
De la volonté.- DErechef nos volontez font de deutf fortes: car les unes font des actions- de 1 ’ame, qui fe tertninenr en l’ame même, comme lorlque nous voulons aimer Dieu r ou generalement appliquer notre penfée à quelque objet qui n’eft point matériel. Les autres fontdes adlions qui fe terminent en ïiotre corps, comme lors que de cela feul que nous avons la volonté de nous prome- ner, il fuit que nos jambes fe- remuent Sc que nous marchons.
ARTX'CIt WB;.
XI '■; *.*v ■ Os perceptions font aufli de deux fortes, & les unes ont l’ame pour caufe, les autres le corps. Celles qui onc l’ame pour caufe font les perceptions de nos volontez, & de toutes les imaginations ou autres pen fées qui en dépendent. Car il eft certain que nous ne fçaurions vouloir aucune chofe, que nous n’àppercevions par même moyen que nous la voulons. Et bien qu’au regard de notre amc } ce foit une E iiij; 'i* Dï$' Passions action de vouloir quelque chofe, on peur dire quec’eft a.uffi en elle une paftondap- percevoir qu’elle veut. Toutefois à caufe que cette perception & ce.tte volonté ne lont en effet qu’une^ même chofe, la déno- mination fe fait toujours par ce qui eft lè plus noble j & ainfî on n’a point coutume delà nommer une paffion,.mais feulement une adtion.
Des imaginations & autres f en fée s qui font formées par l'ame.
■. tv S -,.. i LOrfque notre ame.s’applique à imagi* nei quelque choie qui n’eft point, comme à le. reprefentcr un Palais enchanté ou une chimere; &aufll lorfqu’elle s’ap- plique à conftdçrcr quelque, chofe qui eft feulement intelligible, & non point ima- ginable, par exemple, à coniîderer fàjjrd- pre nature, les perceptions qu’elle a de ces choies dépendent principalement de la volonté qui fait qu’elle les apperçoit: C’eft pourquoi on a coutume de les coniîderer comme des a&ions, plutôt que comme des paillons.. •...i -,;, * Digilized by •.. '! Article XXI.
fies imaginations qui n ont four caufe que le corps.
ENtre les perceptions qui font caufées par le corps -, la plupart dépendent des nerfs: mais il y en a aufli quelques-unes qui n’en dépendent point, &c qu’on nomme des imaginations, ainli que celles dont je viens de parler, defquelles neanmoins elles different en ce que notre volonté ne s’em- • ployé point à les former, ce qui fait qu’el- les ne peuvent être mifes au nombre des a&ions de l’ame -, & elles ne procèdent que de ce que les efprits étant diverfement agi- tez, & rencontrant les traces de diverfes imprelïions qui ont précédé dans le cer- veau, ils y prennent leurs cours fortuite- ment par certains pores, plutôt que par d’autres. Telles font les Ululions de nos fonges, Sc aufli les rêveries que nous avons Couvent étant éveillez, torique notre pen- fée erre nonchalamment, fans s’appliquer arien de foi-même. Or encore que. quel- ques-unes de ces imaginations loicnt des Î (allions de l’amc, en prenant ce mot en à plus propre & plus parfaite lignification j & qu’elles puilïèntêtre toutes ainfi nom- mées, û on le prend en une lignification jg Des pAssions plus generale: toutefois pource qu’elles n’ont pas une caufe fi notable Se fi déter- minée, que les perceptions quel’ame re- çoit par l’entremife des nerfs, & qu’elles lemblent n’en être que l’ombre & la pein- ture j avant que nous les publions bien diftingucr, il faut confiderer la différen- ce qui eft entre ces autres.., i Article XXII.
•. ‘ ■ ■ ' 1 De la différence qui eft entre les autres perceptions.- T'Outes les perceptions que je n’ai pa£- encore expliquées viennent à l’ame par l’entremife des nerfs, & il y a entrer elles cette différence, que nous les rappor- tons les unes aux objets de dehors qui frap^ pentnosfens, les autres à notre ame...• t Des perceptions que nous rapportons au# objets qui font hors de nous.- C Elles que nous rapportons à des cho- fes qui font hors de nous, à fçavoir aux objets de nos fens, font caufées ( au moins, lorfquc notre opinion n’eft point faillie ) par ces objets, qui excitant quel- % de l'Ame, I. Partie.' ques mouvemens dans les organes des fens extérieurs, en excitent aufll par l’entremi- fc des nerfs dans le cerveau, lefquels font que l’ame les fent. Ainfî lorfque nous voyons la lumière d’un flambeau, & que nous oyons le fon d’une cloche, ce fon &C cette lumière font deux diverfes actions, qui par cela feul qu’elles excitent deux di- vers mouvemens en quelques-uns de nos nerfs, & par leur moyen dans le cerveau, donnent à l’ame deux fentimens differens, lefquels nous rapportons tellement aux fu- jets que nousluppofons être leurs caufes, que nous penfons voir le flambeau même r & oüir la cloche, non pas fentir feulement des mouvemens qui viennent d’eux» • * Des perceptions que nous rapportons a notre corps.
LEs perceptions qite nous rapportons ï notre corps, ou à quelques-unes de fes parties, font celles que nous avons de la faim, de la foif, & ae nos autres appé- tits naturels, à quoi on peut joindre la dou- leur, la chaleur & les autres affections que nous fentons, comme dans nos membres, & non pas comme dans les objets qui font hors de nous; ainftuous pouvons lentir exx *o 0es Passions, piême tems, & par l’entremife des même* nerfs, la froideur de notre main, 8c Iacha- leur de la flamme dont elle s’approche;• ou bien au contraire la chaleur de la main & le froid de l’air auquel elle eft expofée: fans qu’il y ait aucune différence entre les actions qui nous font fentir le chaud •èu le froid qui eft: en notre main, 6c celles qui nous font fentir celui qui eft: hors de nous •, fînon que l’une deces avions furve- nant à l’autre, nous jugeons que la pre- mière eft déjà en nous, 6c que celle qui furvientn’y eft pas encore, mais en l’ob- jet qui la caufe. < c \ ..Article XXV. j J)(f perceptions que nous rapportons à nôtres ame. * LEs perceptions qu’on rapporte feule- ment à l’ame, font celles dont on fenc les effets comme en l’ame même, Sc def- quelles on ne connoît communément aucu- ne caufe prochaine, à laquelle on les puif- fc rapporter. Tels font les fentimens de joye, de colere, 6c autres femblables, qui font quelquefois excitez en nous par les objets qui meuvent nos nerfs,• 6c quelquefois auflî par d’autres caules. Or encore que toutes nos perceeptions, tant Première Partie. <rr celles qu’on rapporte aux objets qui font hors de nous, que celles quon rapporte aux diverfes affections de notre corps, foient véritablement des pallions au re- gard de notre ame, lorfqu’on prend ce mot en fa plus generale lignification; tou- tefois on a coutume de le reff raindre à li- gnifier feulement celles qui fc rapportent a l’amc même. Et ce ne lont que ces der- nières que j°ai entrepris ici d’expliquer fous le nom des pallions d® l’amc.
Article XXVI.
Que les imaginations, qui ne dépendent que du mouvement fortuit des efprits, peu- vent être d'au fi véritables pafftom, que les perceptions qui dépendent des nerfs.
IL refte ici à remarquer, que toutes les mêmes chofes que Pâme apperçoit par l’entremifè des nerfs, lui peuvent aufli être reprefentees par le cours fortuit des efprits, fans qu’il ÿ ait autre différence, finon que les impreflions qui viennent dans le cer- veau par les nerfs, ont coutume d’être λlus vives &c plus exprefles, que celles que es efprits y excitent..Ce qui m’a fait aire .en l’art. 21. que celles-ci font comme l’om- bre.ou.la peinture des autres. Il faut aufli remarquer.qu’il arrive quelquefois, que Des Passions’ que cette peinture eft fi femblable à la chofe qu’elle reprefcntc, qu’on peut y être trompe touchant les perceptions qui le rapportent aux objets qui l'ont hors de nous, ou bien celles qui fe Rapportent à quelques parties de notre corps, mais qu’on ne peut pas l’être en même façon touchant les pallions, d’autant qu’elles font fi pro- ches &c fi inferieures à notre ame, qu’il eft împolîible qu’elle les fente, fans qu’elles foient veritablemcnarelles qu’elle les fent, Ainfi fouvent lorfquel’on dort, &même quelquefois étant éveillé on imagine fi for- tement certaines chofes, qu’on penfc les voir devant foi, ou les fentir en fon corps, bien qu’elles n’y foient aucunement: Mais encore qu’on foit endormi, & qu’on rêve -, on ne fçaurpit fe fentir trifte ou ému de quelque autre paillon, qu’il ne foit très- yrai que l’ame a en foi cette paillon.
A RI CLE XXVII.
JuA Définition despajfions de F ame2 r * A Près avoir confideré en quoi les paf- jt/ \ fions de l’ame different de routes' fes vautres penfees, il me femble qu’on peut -generalement les définir, des perceptions ou des fentimens, ou des émotions de l’a- me, qu’on rapporte particulièrement à I »H2ôcrby-Google 4élle, & cjui fontcaufées, & entretenues, 8c fortifiées par quelque mouvement des çefprits.
Article XXVIII.
Explication de la première partie de'cettt définition.
O N les peut nommer des perceptions lorfqu’on fe fert généralement de ce mot, pour fignifier toutes Les penlées qui ne font point des a&ions de l’ame, ou des volontez \ mais non point lorfqu’on ne s’en fert que pour fignifier des con- noi fiances évidentes: Car l’experience fait voir que ceint qui font les plus agitez Îar leur paflions, ne font pas ceux qui es connoiflent le mieux, 8c qu’elles font «lu nombre des perceptions que l’étroi- te alliance qui eû entre l’ame 8c le corps rend confuies & obfcures. On les peut aufli nommer des fentimens, à Caufe qu’el- •les font reçues en l’ame en même façon que les objets des fens extérieurs, 8c ne font pas autrement connues par elle. Mais on peut encore mieux les nommer des émet- tions de l’ame, non feulement à caufe que ce nom peut être attribué à tous les chan- çemens qui arrivent en elles, c’eft-à-dirè, a toutes les di.verfes penfées qui lui vien?
?4 Des Passions nenf; mais particulièrement, pourcc qiie de toutes les fortes de penfées qu’elle peut avoir, il n’y en a point d’autres qui l’agi- tent &c l’ébranlent fi fort que font ces pallions...• Article XXIX.
. t Explication de [on autre partie.
J’Ajoute qu’elles fe rapportent particulier rement a l’ame, pour les diftinguer des autres fentimens qu’on rapporte., les uns aux objets extérieurs, comme les odeurs t les fons, les couleurs j les autres à notre corps, comme la faim, la foif, la douleur. J’ajoûte auffi qu’elles font caufces, entre- tenues & fortifiées par quelque mouve- ment des cfprits, afin de les diftinguer de nos volontez, qu’on peut nommer des émotions de l’ame qui fe rapportent à elle, mais qui font caulees par elle-même * &C auflî afin d’expliquer leur derniere & plus prochaine caufe, qui les diftingue dere* chef des autres fentimens.
; ».
ARTietf de l’Ame, I. Partis Article XXX.
Que famé e/l unie a toutes les parties du corps conjointement.
MAis pouf entendre plus parfaite- ment toutes ces chofcs, il eft befoin de içavoir, que l’ame eft veritablemenc jointe à tout le corps, & qu’on ne peut pas proprement dire qu’elle foit en qucl- qu’une de fes parties, a l’exclulion des aui très, à caufe qu’il eft un, & en quelque façon indiviiîble, à raifon delà difpoiition de fes organes qui fe rapportent tellement: tous l’un à l’autre, que lorfque quelqu’un d’eux eft ôté -, cela rend tout le corps déT feiStueux: & à cauie qu’elle eft d’une natu- re qui n’a aucun rapport à l’étenduë, ni aux dimenfions, ou autres proprietez de la matière, dont le corps eft compoféj mais feulement à tout l’ aflemblage de fes organes. Comme il paroît, de ce qu’on ne fçauroit aucunement concevoir la moitié ou le tiers d’une ame, ni quelle étendue elle occupe; 8c qu’elle ne devient point plus petite de ce qu’on retranche quelquè partie du corps, mais qu’elle s’en fepare entièrement lorfqu’on diflout l’alTemblage de fes oryancfew..
Qifilya une petite glande dans le cerveau en laquelle l'ame exerce fes fondions 3 plus particulièrement que dans les autres parties.
IL cft bcfoin auflî de fçavoir que bien que l’ame foit jointe à tout le corps, il y a neanmoins en lui quelque partie, en la- quelle elle exerce fes fondions plus parti- culièrement qu’en toutes les autres. Et on croit communément que cette partie eft le cerveau, ou peut-être le cœur; le cerveau, à caùfe que c’eft à lui que le rapportent les orqanes des Sens; &c le cœur, à caufe que c’eft comme en lui qu’on fent les pal- lions. Mais en examinant la chofe avec foin, il me fcmble avoir évidemment re- connu que la partie du corps en laquelle l’ame exerce immédiatement fes fondions, n’eft nullement le cœur; ni aulîi tout le cerveau, mais feulement la plus inferieure de fes parties, qui eft une certaine "lande fort petite, lîruéedans le milieu de la fub- ftancc, &c tellement fufpcnduë au-dcfl’us du conduit, par lequel les efprits de fes ca- vitez anterieures ont communication avec ceux de la poftericure, que les moindres mouYcmcns qui font en clic, peuvent beaui' TL"' y*,v i' TL"' y*,v - *vL-’-; de i’Ame,I. Partie. 6f coup pour changer le cours de*ces efprits, & réciproquement que les moindres chan- gemens qui arrivent au cours des efprits peuvent beaucoup pour changer les mou,*- vemens de cette glande.
Article XXXII.
Comment on connott que cette glande eftle principal fiege de Pâme.- I.. ’, • * ' * LA raifon qui me perfuade que l’ame- ne peut avoir en tout le corps aucun autre lieu que cette glande, où elle exer- ce immédiatement fes fondrions, eft que jeconfidere que les autres parties de notre cerveau font toutes doubles-, comme aulïi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreilles, & enfin tous les organes de nos fens extérieures font doubles > Et que d’au-- tant que nous n’avons qu’une feule & Am- ple penfée d’une même chofe en même1 te/fips, il faut necdTairement qu’il y ait quelque lieu où les deux images qui vien- nent par les deux yeux, où les,deux au- tres impreffions qui viennent d’un feul objet par les doubles organes des autres fens, fe pui lient alïembler en une avant qu’elles parviennent à l’ame, afin qu’elles ne lui reprefentent pas deux objets au lieu ' d’un; Et on peut aifément concevoir que F ij £8 Des Passions ces images ou autres imprclfions fe réunit fent en cette glande, par l’entremife des efprits qui remplirent les cavitez du cer- veau j mais il n’y a aucun autre endroit dans le corps, où elles puiflent ainli être unies, linon 'enfuitc de ce qu’elles le font en cette glande.
•Article XXXIII r...«• Qu* le fiege des paffions n'eft pas dans le cœur.
POur l’opinion de ceux qui penfent que l’ame reçoit les pallions dans le cœur, elle n’eft aucunement conliderable; car elle n’eft fondée auc fur ce que les pallions y font lentir quelque alteration: & il eft aifé à remarquer que cette alteration n’eft £entie comme dans le cœur, que par l’en- tremife d’un petit nerf qui defeend du cerveau vers lui > ainli que la douleur eft lentie, comme dans le pied, par l’entremi- fe des nerfs du pied; &.Ies aftres font ap- perçûs, comme.dans le Ciel, par l’entre- mife de leur lumière 8c des nerfs optiques: en forte qu’il n’eft pas plus neceflaire que notre ame exerce immédiatement fes fon<- «ftions dans le cœur, pour y fentir fes paf- fions, qu’il eft neccllaire qu’elle foit dans le Ciel pour y voir les aftres.
■ % e<T5y Google Article XXXIV.
Concevons donc ici que I’ame a fort fiege principal dans la petite glande qui eft au milieu du cerveau, d’où elle rayonne en tout le refte du corps par l’en- tremife des efprits, des nerfs, Sc àieme duiang, qui participant aux impreflions des efprits, les peut porter par lesarteres en tous les membres. Et nous fouvenant de ce qui a été dit ci-deifus de la machine de notre corps, à fçavoir que les petits fi- lets de nos nerfs font tellement dtftribuez en toutes fes parties, qu’à l’occafion des divers mouvemens qui y font excitez par les objets fcnfibles, ils ouvrent diverfe- ment les pores du cerveau. Ce qui fait que les efprits animaux, contenus en ces ca- vitez entrent diverfement dans les muf- clesj au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverfes façons qu’ils font capables d’être mus •, & auïfi que toutes les autres caufcs, qui peuvent diverfement mouvoir les efprits, fuffifent pour les conduire en diverfes mulcles. Ajoutons ici que la petite glande qui eft ie principal fiege de l’arhe, eft tellement yo Des Passions yo Des Passions fufpenduë entre les cavitez qui contien- nent ces efprits qu’elle peut être mûe par eux en autant de diverfes façons, qu’il y a de diverfitez fenfibles dans les objets i mais qu’elle peutaufli être diver- fement mûe par l’ame, laquelle eft de telle nature qu’elle reçoit autant de diver- fes impreflions en elle, c’cft-à-dirc, qu’elle a autant de diverfes perceptions qu’il arri- ve de divers mouvemens en cette glande. Comme aufli réciproquement la machine du corps eft tellement compofée que de cela feul que cette glande eft diverlemcnt mue par rame, ou par telle autre ca/ule que ce puifle être, elle pouflc les efprits qui l’environnent vers les pores du cer- veau, qui les conduifcnt par les nerfs dans les mufcles j au moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres.
Article XXXV.
Exemple de la façon que les imprejjions det objets s’unijfent en la glande qui eft au milieu du cerveau.
• * * AInfi par exemple j fi nous voyons quelque animal venir vers nous, la lumière réfléchie de fon corps en peint deux images, une en chacun de nos de i’Ame, I. Partie. jt yeux; 8c ces deux images en forment deux autres, par l’entremife des nerfs optiques, dans la fuperficie intérieure du cerveau, qui regarde fes concavitcz -, puis de-là, par l’entremife des efprits dont fes cavitez font remplies, ces images rayon- nent en telle forte vers la petite glande que ccs efprits environnent, que le mou- vement qui compofe chaque point de l’une des images, tend vers le meme point de la glande, vers loquel tend le mouvement, qui forme le point de l’autre image, la- quelle reprefente la même partie de cet animal; au moyen de quoi les deux ima- ges qui font dans le cerveau n’en compo- sent qu’une feule fur la glande, quiagil- fant immmediatement contre l’ame, lut fait voir la figure de cet animal.
Article XXXVI.
Exemple de la façon que les paffions font excitées en l'ame.
ET outre cela fi cette figure eft fort étran- ge 8c fort effroyable; c’eft-à-dire, fi elle a beaucoup de rapport avec les chofes qui ont été auparavant nuifibles au corps, cela excite en l’ame la paiïion de la crainte, 8c enfuite celle de la hardieffe, ou bien celle de la peur 8c de l’épouvente, félon' 7* Des Passions le divers tempérament du corps, ou la force de l’ame, &c félon qu’on s’eft aupa- ravant garanti par la détenfe ou par la fui- te, contre les chofes nuifibles aufquelles l’impreffion prefente a du rapport: car cela rend le cerveau tellement dilpolé en quelques hommes, que les cfprits réflé- chis de l’image ainfi formée fur la glande, vont de-là fe rendre, partie dans tes nerfs qui fervent à tourner le dos Sc remuer les jambes pour s’enfuir, & partie en ceux qui élargifient ou étrecifient tellement les orifices du cœur, ou bien qui agitent telle- ment les autres parties d’où le iang lui eft envoyé, que ce lang y étant raréfié d’au- tre façon que de coutume, il envoyé des efprirsau cerveau qui lont propres à en- tretenir Sc fortifier la paffion de la peur, c’eft-à-dire, qui font propres à tenir ou- verts, ou bien à ouvrir dérechcf les po- res du cerveau qui les conduifent dans les mêmes nerfs. Car de cela feul que ces el- prits entrent en ces pores, ils excitent un mouvement particulier en cette glande, lequel eft inftitué de la nature, pour faire fentir à l’ame cette paffion. Et pour ce que ces pores fe rapportent principale- ment aux petits nerfs, qui fervent a re- ferrer ou élargir les orifices du cœur, ce- la fait que l’ame la fent principalement comme dans le cœur.
A RT I CL* ti i’Ame, I. PatItïï yy Article XXXVII.
Comme il paraît qu'elles font toutes eau fées par quelque mouvement des efprits.
ET pource que le femblablc arrive en toutes les autres pallions, à fçavoir quelles font principalement caufées par les efprits contenu?, dans les cavitez du cer- veau ’y en tant qu’Hs prennent leurs cours vers les nerfs qui fervent à élargir ou être- £ir les orifices du cœur, ou à pouffer df- verfement vers lui le fang qui eft dans les autres parties, ou en quelque autre façon que ce foit à entretenir la même pàffion: on peut clairement entendre de ceci, pour- quoi j’ai mis ci-deflus en leur définition * qu’elles font caufées par quelque mouve-t ment particulier des efprits.
Article XXXVIII. t \ Exemple des mouvement du corps qui ac- compagnent les pajfons, & ne dépendent point del'ame- AU refte en même façon que le cours que prennent ces efprits vers les nerfs du cœur, ’fuffit pour donner le mouveT ment à la glande, par lequel la peur e£ 174 Dïs Passions "i mife dans l’amc -, ainfi aufli par cela feul que quelques efprits vont en même tems vers les nerfs qui fervent à remuer les jam- bes pour fuir, ils caufent un autre mou* vement en la même glande, par le moyen duquel l’ame fent 8c apperçoit cette fuite laquelle peut en cette façon être excitée dans le corps par la feule difpofition des organes, & fans que l’ame y contribue.
Article XXXIX.
Comment une meme caufe peut exciter diver» fes pajfions en divers hommes.
LA même imprcflîon que la prefence d’un objet effroyable fait fur la glan- de, 8c qui caufe la peur en quelques nom- mes, peut exciter en d’autres le courage 8c la hardieffe: dont la raifon eft, que tous les cerveaux ne font pas dilpofez en même. façon v 8c que te même mouvement de la glande, qui en quelques-uns excite la peur, fiiit dans les autres que les efprits entrent dans les pores du cerveau, qui les conduifent, partie dans les nerfs qui fervent à remuer les mains pour fe défen- dre, & partie en ceux qui agitent 8c pouf- fent le fang vers le cœur, en la façon qui eft requife pour produire des efprits pro- pres à continuer cette défenfe, 8c en rete- nir la volonté.
~ - — Article XL. j Quel efi te principal effet des pa fiions.
V_y principal effet de toutes les pallions <lans les hommes, ell: qu’elles incitent 8c difpofent leur ame à vouloir les chofes auxquelles elles préparent leur corps: en forte que le fentiment de la peur l’incite à vouloir fuir, celui de la hardiefl’e à vou-r loir combattre; & ainfi des autres.
Quel efi le pouvoir de rame au regard du corps.
• 1 MAis la volonté eft tellement libre de fa nature, qu’elle ne peut ja- mais être contrainte: & des deux fortes de penfées que j’ai diftinguées en l’ame, dont les unes font fes avions, à fçavoir fes vo- lontez; les autres fes pallions, en prenant ce mot en fa plus generale lignification, qui comprend toutes fortes de perceptions» les premières font abfolument en fon pou- voir, & ne peuvent qu’indire&ement être changées par le corps, comme au contraire les derniers dépendent abfolument de* avions qui les conduifent, Sc elles ne peuvent qu’indire&ement être changées par l’ame, excepté lorfqu’elle eft elle- même ' leur caufe. Et toute l’a&iort de l’ame confifte en ce que par cela feu! qu’elle veut, quelque choie, elle fait que la petite glande, à qui elle eft érroitemeijc jointe, fe meut en la façon qui eft fequilc pour produire l’eftet qui le rapporte à. , vettç •volonté, i ’ v rdL j’1 r.v: * ' -Article '3£LEL •. t i *• -...twi ■ Comment on trouve en fa mémoire j leichofeS dont drt.cveutje fouvenir.
A In fi loifquc l’ame veut fie Tôuv'enîf.
de quelque chofe, cette volonté fait que la glande fe penchant fucceiïivement vers divers c-otez, pouffe les efprits. vers divers endroits -du cerveau, jùlques à ce qu’ils rencontrent celui où font les traces que l’objet, dont on veut fe fouvenir, y a lai fiées. Car ces traces ne font autre cho- & finon que les pores du cerveau, par où les efprits ont auparavant pris leurs cours, à câufe de la prefence de cet objet.ont acquis par cela une plus. grande faci-’ lité que les autres, à être ouverts derechef en même façon, par les efprits qui vien- nent vers eux * en forte, que -ces -efprits* de l’Ame, I. Pàr’tie:. rèncontrans ces pores, entrent dedans plus facilement que dans les autres: au moyen de quoi ils excitent un mouve- ment particulier en la glande, lequel re- prefente à l’ame le meme objet, & lui fait connoître qu’il eft cetoii duquel elle vouloir fe fouvenir.-.
Article XLIII. 0 Commént l'ame peut imaginer, être attentive } & mouvoir le corps.- AInli quand on veut imaginer quel- que choie qu’on n’a jamais vû, cette volonté a la force de faire que la glande fe meut en la façon qui eft requis je, pour pouffer les eiprits vers les pores du cerveau, par l’ouver fure defquels cet- te chofe peut être reprefentée. Ainfi quand on veut arrêter fon attention à connderer quelque temps un même objet, cette vo- lonté retient la glande pendant ce temps- là, penchée vers un même côté. Ainfi en- fin quand on veut marcher, ou mouvoir- fon corps en quelque façon i cette volon- té fait que la glande pouffe les efprits vers les mulcles qujl fervent à cet effet.
Que chaque volonté eft naturellement jointe à quelque mouvement de la glande; mais que par industrie ou par habitude on la peut joindre a eT autres.
Toutefois ce n*eft pas toujours la volon- té d’exciter en nous quelque mouve- ment, ou quelque autre effet, qui peut faire que nous l’excitons: mais cela change félon que la nature ou l’habitude ont diverfement joint chaque mouvement de la glande à chaque penfée. Ainfi, par exemple, fi ort veut difpofer fes yeux a regarder un ob* jet fort éloigné, cette volonté fait que leur prunelle s’élargit ôc fi on les veut difpofer à regarder un objet fort pro- che, cette volonté fait qu’elle s’étrécir. Mais fi on penfe feulement à élargir la prunelle, on a beau en avoir la volonté, on ne l’élargit point pour cela; d’autant que la nature n’a pas joint le mouvement de la glande, qui lert à pouflèr les efprits vers le nerf optique en la façon qui cft rc- quife pour élargir ou êtrecir la prunelle, avec la volonté dp l’élargir ou étrecir, mais bien avec celle de regarder des ob- jets éloignez ou proches. Et lorfqu’en par- lant, nous ne penfons qu’au fens de cç vf * vV