sible que je fasse autrement. Si j'essayais d'échapper à cette nécessité, ma tentative échouerait misérable- ment. Industriel, rien ne m'interdit de travailler avec des procédés et des méthodes de l'autre siècle; mais, si je le fais, je me ruinerai à coup sûr. Alors même ijue, en fait, je puis m'affranchir de ces règles et les violer avec succès, ce n'est jamais sans être obligé de lutter contre elles. Quand même elles sont finale- ment vaincues, elles font suffisammeut sentir leur 8 LA MEÏUODE SOCIOLOGIQUE ■ puissance contraignante par la résistance qu'elles opposent. Il n'y a pas de novateur, même heureux, dont les entreprises ne viennent se heurter à des oppositions de ce genre.
Voilà donc un ordre de faits qui présentent de^ caractères très spéciaux: ils consistent en d^| manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coer- cition en vertu duquel ils s'imposent à lui. Par suite, ils ne sauraient se confondre avec les phénomènes organiques, puisqu'ils consistent en représentations et en actions; ni avec les phénomènes psychiques, lesquels n'ont d'existence que dans la conscience individuelle et par elle. Ils constituent donc une espèce nouvelle et c'est à eux que doit être donnée et réservée la qualification de sociaux. Elle leur convient; car il est clair que, n'ayemt pas l'individu pour substrat, ils ne peuvent en avoir d'autre que ia société, soit la société politique dans son intégralité, soit quelqu'un des groupes partiels qu'elle renferme, confessions religieuses, écoles politiques, littéraires, corporations professionnelles, etc. D'autre part, c'est à eux seuls qu'elle convient; car le mot de social n"a de sens défini qu'à condition de désigner uniquement des phénomènes qui ne rentrent dans aucune des catégories de faits déjà constituées et dénommées, lis sont donc le domaine propre de la sociologie. Il est vrai que ce mot de contrainte, par lequel nous les définissons, risque d'effaroucher les zélés partisans d'un individualisme absolu. Gomme ils professent que l'individu est parfaitement autonome, il leur semble qu'on le diminue toutes les fois qu'on lui lait sentir qu'il. ne dépend pas seulement de lui-même. Mais puisqu'il Cbt aujourd'hui incontestable que la plu- part de nos idées et de nos tendances ne sont pas éla- borées par nous, mais nous viennent du dehors, elles ne peuvent pénétrer en nous qu'en s'imposant; c'est tout ce que signifie notre définition. On saiÇ, d'ail- leurs, que toute contrainte sociale n'est pas néces- sairement exclusive de la personnalité individuelle *. Cependant, comme les exemples que nous venons ie citer (règles juridiques, morales, dogmes reli- gieux, systèmes financiers, etc.), consistent tous en croyances et en pratiques constituées, on pourrait, d'après ce qui précède, croire qu'il n'y a de fait social que là où il y a organisation définie. Mais il est d'au- tres faits qui, sans présenter ces formes cristallisées, ont et la même objectivité et le môme ascendant sur l'individu. C'est ce qu'on appelle ^^,s(',o^]^^1nt,s ^^^'fMjj. Ainsi, dans une assemblée, les grands mouvements d'enthousiasme, d'indignation, de pitié qui se pro- duisent, n'ont pour lieu d'origine aucune conscience particulière. Ils viennentji chacun de nous du dehors et sont susceptibles de nous entraîner malgré nous. Sans doute, il peut se faire que, m'y abandonnant sans réserve, je ne sente pas la pression qu'ils exer- cent sur moi. Mais elle s'accuse dès que j'essaie de lutter contre eux. Qu'un individu tente de s'opposer à Tune de ces manifestations collectives, et les senti- ments qu'il nie se retournent contre lui. Or, si cette puissance de coercition externe s'affirme avec cette netteté dans les cas de résistance, c'est qu'elle existe, quoique inconsciente, dans les cas contraires.
1. Ce n'est pas à dire, du reste, que toute contrainte soil nor- male. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
1.
10 LA METHODE SOOlULOGIQUE Nous sommes alors dupes d'une illusion qui nous fait croire que nous avons élaboré nous-même ce qui s'est imposé à nous du dehors. Mais, si la com- plaisance avec laquelle nous nous y laissons aller masque la poussée subie, elle ne la supprime pas. C'est ainsi que l'air ne laisse pas d'être pesant quoique nous n'en sentions plus le poids. Alors même que nous avons spontanément collaboré, pour notre part, à l'émotion commune, l'impression que nous avons ressentie est tout autre que celle que nous eussions éprouvée si nous avions été seul. Aussi, une fois que l'assemblée s'est séparée, que ces influences sociales ont cessé d'agir sur nous et que nous nous retrouvons seul avec nous-même, les sentiments par lesquels nous avons passé nous font l'effet de quelque chose d'étranger où nous ne nous recon- naissons plus. Nous nous apercevons alors que nousf les avions subis beaucoup plus que nous nelesavionsi faits. Il arrive même qu'ils nous font horreur, tant^ ils étaient contraires à notre nature. C'est ainsi que des individus, parfaitement inoffensifs pour la plu- part, peuvent, réunis en foule, se laisser entraîner à des actes d'atrocité. Or, ce que nous disons de ces explosions passagères s'applique identiquement à ces mouvements d'opinion, plus durables, qui se produisent sans cesse autour de nous, soit dans toute l'étendue de la société, soit dans des cercles plus restreints, sur les matières religieuses, politi- ques, littéraires,- artistiques, etc.
On peut, d'ailleurs, confirmer par une expérience caractéristique cette définition du fait social, il suffit d'observer la manière dont sont élevés les enfants. Quand on regarde les faits tels* qu'ils sont et tels qu'est-ce qu'un fait social? ii qu'ils ont toujours été, il saute aux yeux c|ue toute éducation consiste dans un effort continu pour imposer à l'enfant des manières de voir, de sentir et 'agir auxquelles il ne serait pas spontanément; arrivé. Dès les premiers temps de sa vie, nous le j contraignons à. manger, à boire, à dormir à des heures régulières, nous le contraignons -à la pro- preté, au calme, à l'obéissance; plus tard, nous le contraignons pour qu'il apprenne à tenir compte d'autrui, à respecter les usages, les convenances, nous le contraignons au travail, etc., etc. Si, avec le (emps, cette contrainte cesse d'être sentie, c'est qu'elle donne peu à peu naissance à des habitudes, 'à des tendances internes qui la rendent inutile, mais qui ne la remplacent que parce qu'elles en dérivent. îl est vrai que, d'après M. Spencer, une éducation rationnelle devrait réprouver de tels procédés et laisser faire l'enfant en toute liberté; mais comme cette théorie pédagogique n'a jamais été pratiquée par aucun peuple connu, elle ne constitue qu'un desideratum personnel, non un fait qui puisse être opposé aux faits qui précèdent. Or, ce qui rend ces derniers particulièrement instructifs, c'est que l'édu- cation a justement pour objet de faire l'être social; on y peut donc voir, comme en raccourci, de quelle manière cet être s'est constitué dans l'histoire. Cette -pression de tous les instants que subit l'enfant, c'est la pression même du milieu social qui tend à le façonner à son image et dont les parents et les maî- tres ne sont que les représentants et les intermé- diaires.
Ainsi ce n'est pas leur généralité qui peut servir à caractériser les phénomènes sociologiques. Une 12 LA METUODE SOCIOLOGIQUE pensée qui se retrouve dans toutes les conscience:'■; particulières, un mouvement que répètent tous \c^ individus ne sont pas pour cela des faits sociaux. Si l'on s'est contenté de ce caractère pour les définir, c'est qu'on les a confondus, à tort, avec ce qu'on pourrait appeler leurs incarnations individuelles. Ce qui les constitue, ce sont les croyances, les tendances, les pratiques du groupe pris collectivement; quan; aux formes que revêtent les états collectifs en s-j réfractant chez les individus, ce sont choses d'uno autre espèce. Ce qui démontre catégoriquement ceiUi dualité de nature, c'est que ces deux ordres de faits se présentent souvent à l'état dissocié. En effet, cer- taines de ces manières d'agir ou de penser acquiè- rent, par suite de la répétition, une sorte de consis- tance qui les précipite, pour ainsi dire, et les isole des événements particuliers qui les reflètent. Elles prennent ainsi un corps, une forme sensible qui! leur est propre, et constituent une réalité suigenerk, très distincte des faits individuels qui la manifestent. L'habitude coUeclÎYe n'existe pas seulement à l'état d'immanence dans les actes successifs qu'elle déter- mine, mais, par un privilège dont nous ne trouvons pas d'exemple dans le règne biologique, elle s'exprime une fois pour toutes dans une formule qui se répète de bouche en bouche, qui se transmet par l'éducation, qui se fixe même par écrit. Telle est l'origine et la nature des règles juridiques, morales, des aphorismes et des dictons populaires, des articles de foi où les sectes religieuses ou politiques conden- sent leurs croyances, des codes de goût que dres- sent les écoles littéraires, etc. Aucune d'elies^ne se retrouve tout entière dans les applications qui en sont faiteîs par les particuliers, puisqu'elles peuvent même être sans êlre actuellement appliquées.
Sans (ioule, cette dissociation ne se présente pas toujours avec la même netteté. Mais il suffit qu'elle existe d'une manière incontestable dans les cas impor- ï tants et nombreux que nous venons de rappeler, I pour prouver que le fait social est distinct de ses répercussions individuelles. D'ailleurs, alors même qu'elle n'est pas immédiatement donnée à l'observa- tion, on peut souvent la réaliser à l'aide de certains artifices de méthode; il est même indispensable de procéder à cette opération, si l'on veut dégager le fait social de tout alliage pour l'observer à Tétat de / pureté. Ainsi, il y a certains,£oui:attt&.4lo$uiujaii qui nous poussent, avec une intensité inégale, suivant les temps et les pays, l'un au mariage, par exemple, un autre au suicide ou à une natalité plus ou moins forte, etc. Ce sont âvidemment des fauLLa^ûciaux.. Au premier abord, ils semblent inséparables des formes qu'ils prenneiit dans les cas particuliers. - Mais.la Rtn.tistiqiif>. nnn^:; fnnrnjf, jf. moy^g de Ip.si i,^n|^.f. Ils ■ sont, en effet, figurés, non sans exactitude, par le taux de la natalité, de la nuptialité, des suicides, c'est-à-dire par le nombre que l'on obtient en divi- sant le total moyen annuel des mariages, des nais- •sauces, des morts volontaires par celui des hommes len âge de se marier, de procréer, de se suicider K Car, comme chacun de ces chiffres comprend tous les cas particuliers indistinctement, les circonâtances individuelles qui peuvent avoir quelque part dans la 1. On ne se suicide pas à tout âge, ni, à tous les âges, avec la même inlonsilé.
^ LA MÉTHODE SOCIOLOGIQUE production du phénomène s'y neutraiisent mutuelle- ment et, par suite, ne contribuent pas à le déterjf miner. Ce qu'il exprime, c'est un certain état de \ l'ûme collective.
Voilà ce que sont les phénomènes sociaux, débar- rassés de tout élément étranger. Quant à leurs mani-r festations privées, elles ont bien quelque chose de' social, puisqu'elles reproduisent en partie un modèh collectif; mais chacune d'elles dépend aussi, et pou * une large part, de la constitution organico-psychiqui t de l'individu, des circonstances particulières danir lesquelles il est placé. Elles ne sont donc pas dei phénomènes proprement sociologiques. Elles tien- nent à la fois aux deux règnes; on pourrait les appeler socio-psychiques. Elles intéressent le socio- logue sans "coiTstituer la matière immédiate de la sociologie. On trouve de même à l'intérieur de l'or- ganisme des phénomènes de nalui'e mixte qu'étu- dient des sciences mixtes, comme la chimie biolo- gique.
Mais, dira-t-on, un phénomène ne peut être col- lectif que s'il est commun à tous les membres de la société ou,toatau moins, à la plupart d'entre eux, partant, s'il est général. Sans doute, mais s'il est général, c'est parce qu'il est collectif (c'est-à-dire- plus ou moins obligatoire), bien loin qu'il soit col- lectif parce qu'il est génér-al. C'est un état du groupe, qui se répète chez les individus parce qu'il s'impose à eux. Il est dans chaque partie parce qu'il est dans le tout, loin qu'il soit dans le tout parce qu'il est dans les parties. C'est ce qui est surtout évident de ces croyances et de ces pratiques qui nous sont trans- mises toutes faites par les générations antérieures; A nous les recevons et les adoptons parce que, étant à la fois une œuvre collective et une œuvre sécu- laire, elles sont investies d'une particulière autorité ' que l'éducation nous a appris à reconnaître et à res- pecter. Or il est à noter que l'immense majorité de^ '^\ phénomènes sociaux nous vient par cette voie. Mais alors même que le fait social est dû, en partie, à ^ notre collaboration directe, il n'est pas d'une autre nature. Un sentiment collectif, qui éclate dans une | assemblée, n'exprime pas simplement ce qu'il y avait de commun entre tous les sentiments individuels. 11 est quelque chose de tout autre, comme nous l'avons montré. Il est une résultante de la vie commune, un produit des actions et des réactions qui s'engagent entre les consciences individuelles; et s'il retentit j dans chacune d'elles, c'est en vertu de jjénergie spé- ciale qu'il doit précisément_à so n o rif^inQ goUafeti-vet Si tous les cœurs vibrent à l'unisson, ce n'est pas par suite d'une concordance spontanée et préétablie; c'est qu'une même force les meut dans le même sens. Chacun est entraîné par tous.
Nous arrivons donc à nous représenter, d'une manière précise, le domaine de la sociologie. Il ne comprend qu'un groupe déterminé de phénomènes. Un fait social se reconnaît au pouvoir de coercition externe qu'il exerce ou est susceptible d'exercer sur des individus; et la présence de ce pouvoir se recon- naît à son tour soit à l'existence de quelque sanction déterminée, scit à la résistance que le fait oppose à toute entreprise individuelle qui. tend à lui faire violence. Cependant, on peut le définir aussi par la diffusion qu'il présente à l'intérieur du groupe, pourvu que, suivant les remarques précédentes, on IG LA METUODE SOCIOLOGIQUE ail soin d'ajouter comme seconde et essentielle carac- téristique qu'il existe indépendamment des formes individuelles qu'il prend en se ditfusant. Ce dernier critère est même, dans certains cas, plus facile à appliquer que le précédent. En effet, la contrainte est aisée à constater quand elle se traduit au dehors par quelque réaction directe de la société, comme c'est le cas pour le droit, la morale, les croyances, les usages, les modes même. Mais quand elle n'est qu'indirecte, comme celle qu'exerce une organisa- tion économique, elle ne se laisse pas toujours aussi bien apercevoir. La généralité combinée avec l'objec- tivité peuvent alors être plus faciles à établir. D'ail- leurs, cette seconde définition n'est qu'une autre forme de la première; car si une manière de se con- duire, qui existe extérieurement aux consciences individuelles, se généralise, ce ne peut être qu'en s'imposant K 1. On voit combien cette définition du fait social s'éloigne de celle qui sert de base à ringcuicux système de M. Tarde. D'abord, nous devons déclarer que nos recherches ne nous ont nulle part fait constater cette influence prépondérante que M. Tarde attribue à l'imitation dans la genèse des faiîs collectifs. De plus, de la définition précédente, qui n'est pas une théorie mais un simple résumé des données immédiates^jie l'observa- tion, il semble bien résulter q'ùê'TTnîTtâirôh^ non seulement n'exprime pas toujours, mais même n'exprime jamais ce qu'il y a d'essentiel et de caractéristique dans le fait social. Sans doute, tout fait social est imité, il a, comme nous venons de le montrer, une tendance à se généraliser, mais c'est parce qu'il est social, c'est-à-dire obligatoire. Sa puissance d'expansion est, non la cause, mais la conséquence de son caractère sociolo- gique. Si encore les faits sociaux étaient seuls à produire cette conséquence, l'imitation pourrait servir, sinon à les expliquer, du moins à les définir. Mais un état individuel qui fait rico- chet ne laisse pas pour cela d'être individuel. De plus, on peut se demander si le mot d'imitation est bien celui qui convient pour désigner une propagation due à une influence coerci- QU EST-CE OU UN FAIT SOCIAL? 17 Cependant, on pourrait se demander si cette défi-' nition est complète. En effet, les faits qui nous en ont fourni la base' sont tous des manières de faire; ils sont d'ordre physiologique. Or il y a aussi des manières d'être collectives, c'est-à-dire des faits sociaux d'ordre anatomique ou mprpholof^i(]ue. La V sociologie ne peut se désintéresser de ce qui con- cerne le substrat de la vie collective. Pourtant, le nombre et la nature des parties élémentaires dont est composée la société, la manière dont elles sont disposées, le degré de coalescence où elles sont par- venues, la distribution de la population sur la surface du territoire, le nombre et la nature des voies de com- munication, la forme des habitations, etc., ne parais- sent pas, à un premier examen, pouvoir se ramener à des façons d'agir ou de sentir ou de penser.
Mais, tout d'abord, ces divers phénomènes présen- tent la même caractéristique qui nous a servi à définir les autres. Ces manières d'être s'imposent à l'individu tout comme les manières de faire dont nous avons parlé. En effet, quand on veut connaître la façon dont une société est divisée politiquement, dont ces divisions sont composées, la fusion plus ou moins complète qui existe entre elles, ce n'est pas à l'aide d'une inspection matérielle et par des observations géographiques qu'on y peut parvenir; car ces divisions sont morales alors même qu'elles ont quelque base dans la nature physique. C'est seu- lement à travers le droit public qu'il est possible d'étudier cette organisation, car c'est ce droit qui la détermine, tout comme il détermine nos relations tive. Sous celte unique expression, on confond des phéno- mènes très différents et qui auraient besoin d'être distingues.
^ LA MÉÎHODE SOCIOLOGIQUE domestiques et civiques. Elle n'est donc pas moins obligatoire. Si la population se presse dans nos ville» au lieu de se disperser dans les campagnes, c'est qu'il y a un courant d'opinion, une poussée collective qui impose aux individus cette concentration. Nous ne pouvons pas plus choisir la forme de nos maisons que celle de nos vêtements; du moins, l'une est obli- gatoire dans la même mesure que l'autre. Les voies de communication déterminent d'une manière impé- rieuse le sens dans lequel se font les migrations inté- ' rieures et les échanges, et même l'intensité de ces échanges et de ces migrations, etc., etc. Par consé- quent, il y aurait, tout au plus, lieu d'ajouter à la liste des phénomènes que nous avons énumérés comme présentant le signe distinctif du fait social une catégorie de plus; et, comme cette énumération n'avait rien de rigoureusement exhaustif, l'addition ne serait pas indispensable.
Mais elle n'est même pas utile; car ces manières d'êtr.e-ûie-SûiiJLiï«o-4ies jx^aioière^^ laiïiÊ consolidées. La structure polltiim^- d'une société n'est que la manière dont les différents segments qui la compo- \sent ont pris l'habitude de vivre les uns avec les ; autres. Si leurs rapports sont traditionnellement étroits, les segments tendent à se confondre; à se distinguer, dans le cas contrau'e. Le type d'habita- tion qui s'impose à nous n'est que la manière dont tout le monde autour de nous et, en partie, les géné- rations antérieures se sont accoutumées à construire les maisons. Les voies de communication ne sont que le lit que s'est creusé à lui-même, en coulant dans le même sens, le courant régulier des échanges et des migrations, etc. Sans doute, si les phénomènes d'ordre morphologique étaient les seuls à présenter cette fixité, on pourrait croire qu'ils cons- tituent une espèce à part. Mais une règle juridique est un arrangement non moins permanent qu'un type d'architecture et, pourtant, c'est un fait physiolo- gique. Une simple maxime morale est, assurément, plus malléable; mais elle a des formes bien plus rigides qu'un simple usage professionnel ou qu'une mode. Il y a ainsi toute une gamme de nuances :qui, sans solution de continuité, rattache les faits de structure les plus caractérisés à ces libres courants de la vie sociale qui ne sont encore pris dans aucun moule défmi. C'est donc qu'il n'y a entre eux que des différences dans le degré de consolidation qu'ils présentent. Les uns et les autres ne sont que de la vie plus ou moins cristallisée. Sans doute, il peut y avoir intérêt à réserver le nom de morphologiques aux faits sociaux qui concernent le substrat social, mais à condition de ne pas perdre de vue qu'ils sont de même nature que les autres. Notre définition com- prendra donc tout le défini si nous disons: Est fait social toute manière de faire, fixée ou non, suscep- tible d'exercer sur Vindividu une contrainte exté- ' riem^e; ou bien encore, qui est générale dans V étendue d'unesociété donnée tout enai/ant une existence propre, indépendante de ses manifestations individuelles K 1. Cette parenté étroite de la vie et de la structure, de l'or- gane et de la fonction peut être facilement établie en sociologie parce que, entre ces deux termes extrêmes, il existe toute une série d'intermédiaires immédiatement observables et qui montre le lien entre eux. La biologie n'a pas la même ressource. Mai» il est permis de croire que les inductions de la première de ces sciences sur ce sujet sont applicables à l'autre et que, dans les organismes comme dans les sociétés, il n'y a entre ces deux ordres de faits que des différences de degré.
CHAPITRE ii BEGLES RELATIVES A L'OBSERVATION DES FAITS SOCIAUX.
La première règle et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses.
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