A l'orient du mont Mocattam on trouve les déserts d'Aîdab, qui s'étendent dans la cinquième section de ce climat jusqu'à ce qu'ils se P. *o3. terminent au rivage de la mer de Souîs (Suez). Cette mer, nommée aussi la mer de Colzom, sort de la mer Indienne et se dirige du midi au nord. Son rivage oriental, dans cette section, est formé par le Hi- djaz, depuis le mont Yelemlem jusqu'au territoire qui dépend de Ya- threb (Médine). La ville de la Mecque, que Dieu l'exalte! est située au centre du Hidjaz. Son port est la ville de.Djedda, située vis-à-vis d'Aîdab, qui est placée sur la rive occidentale de cette mer.
Dans la sixième section de ce climat, du côté de l'occident, est la contrée du Nedjd, dont la partie supérieure, du côté du midi, ren- ferme Djorech et Tebala jusqu'à Okadh, qui se trouve plus au nord. Au-dessous de la contrée du Nedjd, règne le reste du pays de Hidjaz. Dans la même direction, vers l'orient, s'étendent les cantons de Nedj- ran et de Djened. Au-dessous est le pays de Yemama. Plus à l'est, et sur la même ligne que Nedjran, sont la province de Saba et Mareb, 1 Le NH passe auprès de Cous avant l'Egypte, de M. Qualremère, t. l,p. 4o5, d'arriver à Osîout on Sîout. 4o6.
* Voyez YEdrisii Africa de Hartmann, 3 L'auteur regarde comme un bras du 2 e édition, p. 5io, et les Mémoires sur Nil le grand canal, appelé Bahr Youçof.
124 PROLÉGOMÈNES puis le territoire d'Es-Chiher, où cette section atteint la mer de Fars. Celle-ci est la seconde mer qui dérive de la mer Indienne; elle coule vers le nord, ainsi que nous l'avons dit, et passe dans cette section de climat en se détournant vers l'ouest. Dans le nord-est de la section, elle couvre un espace triangulaire, sur le côté méridional duquel est située la ville de Galhat, qui sert de port à Es-Chiher. Au-dessous (vers le nord), sur le rivage, s'étendent les provinces d'Oman et de Bahreïn.
Hedjer de Bahreïn se trouve à l'extrémité de cette section. Dans le haut 1 de la septième section et dans sa partie occidentale on voit une portion de la mer de Fars; l'autre portion se trouve dans la sixième section. La mer Indienne en couvre toute la partie su- périeure (méridionale), et baigne les côtes du Sind jusqu'au Mekran inclusivement. Vis-à-vis du Mekran est le territoire de Touberan, qui appartient aussi au Sind. Cette contrée tout entière se trouve dans la partie occidentale de la (septième) section. De vastes déserts P. 104. s'interposent entre l'Inde et le Sind. Ce dernier pays est traversé par un fleuve du même nom qui vient des contrées de l'Inde et va se dé- charger, au midi, dans la mer Indienne. La première des provinces indiennes qui se trouvent ensuite sur la mer de ee nom, et directe- ment à l'est du Sind, est celle de Belhera 2. Au-dessous (au nord) est la ville de Moltan, qui renferme l'idole pour laquelle les Indiens ont tant de vénération 3; ensuite, au-dessous (au nord) de l'Inde, vient la partie supérieure (méridionale) du pays de Sidjistan.
Dans la huitième section, du côté de l'occident, on trouve le reste de la province de Belhera qui fait partie de l'Inde. Immédiatement à l'est s'étend le territoire de Candahar, puis le pays de Manîbar 4, 1 Remplacez >iUVt par <J^VI; à la H- s Voy. la Relation des voyages, etc. disgne suivante, renouvelez la correction. cours préliminaire, p. xlvi.
a Le pays de Malwa. — M. Reinaud, 4 Le Malabar. Idrîci, sur sa carte, donne dans le discours préliminaire de son édi* très-peu de saillie à la péninsule de l'Inde, tion de la Relation des voyages des Arabes, ce qui l'oblige à porter le Malabar à Test p. xciv, a déterminé la position de Bel- du Malwa, au lieu de le placer au sud de hera. ce pays.
D'IBN KHALDOUN. 125 qui se trouve dans la partie supérieure (méridionale) de cette section et qui borde la mer Indienne. Plus bas, du côté du nord, est la con- trée de Kaboul. A Test de Manîbar et de Kaboul est le pays de Ka- noudj, qui se prolonge jusqu'à la mer Environnante. La région qui se compose du Cachmîr intérieur et du Cachmîr extérieur est située à l'extrémité du climat.
Dans la partie occidentale de la neuvième section commencent les contrées de l'Inde ultérieure; elles se prolongent jusqu'au côté orien- tal de la même section, dont elles suivent la limite supérieure (mé- ridionale) pour s'avancer dans la dixième section du climat. La partie inférieure (septentrionale) de la section embrasse une portion de la Chine renfermant la ville de Khîfoun 1. Le pays de la Chine se prolonge de là, à travers toute la dixième section, jusqu'à la mer Environnante.
LE TROISIÈME CLIMAT.
Ce climat confine au côté septentrional du second. Dans la première section et à un tiers de sa largeur, mesurée du côté méridional, se trouve le Deren 2 (l'Atlas), montagne qui la traverse de l'ouest à l'est et qui commence auprès de la mer Environnante. Cette montagne est habitée par des peuples berbères, dont le Créateur seul sait le nom- bre, ainsi qu'on le verra plus loin 3. Sur le bord de la mer Environ- nante, dans l'intervalle qui sépare le Deren du second climat, est situe le n'6a/ 4 de Massa 5, qui a, du côté de l'orient, les pays de Sous 1 Pour ô-a-^, Khîfoun, il faut lire (^yO^yKhanfoun ou y^^Khanfou. {Voy. ci-devant, p. 121, noie i.)
' Le mot Deren est une altération du mot idraren, pluriel berber àHadrar (mon- tagne). Il se retrouve dans Strabon et dans Pline sous la forme Dyrin. (Voy. Hist. des 3 C'est-à-dire dans son Histoire des Ber- bers. (Voy. la traduction de cet ouvrage, t. II, p. i58 et suiv.) — * Le mot ribal signifie un poste militaire sur la frontière d'un pays. Dans la prononciation vul- gaire de l'Afrique septentrionale, on dit rabat 5 Massa ou Masset, le Masatat de Pline, est situé sur une rivière qui porte lé même nom et dont l'embouchure est à une jour- née de marche au sud de celui du Ouad- Sous..
I 126 PROLÉGOMÈNES et de Noul 1. Directement à Test de ces contrées se trouve le pays de Derâ et le canton de Sidjilmessa, puis une partie du désert de Nîcer, région dont nous avons déjà parlé en traitant du second climat. Dans cette section du climat, le Deren domine toutes ces contrées., La partie occidentale de cette chaîne offre peu de cols et de pas- sages; mais ses gorges deviennent plus fréquentes à mesure que la montagne s'approche du Molouîa, où elle se termine. Dans cette partie 2 sont les tribus de Masmouda et de Sekcîoua, qui habitent auprès de la mer Environnante; après elles, se trouvent les Hintata, puis les Tînmelel, puis les Guedmîpua, puis les Heskoura; avec ceux- ci s'arrête la population masmoudienne de la montagne. Ensuite vien- nent les tribus de Zanaga, qui forment un peuple sanhadjien 3. Vers l'extrémité de cette partie de la montagne habitent quelques tribus zenatiennes 4, et, immédiatement au nord, s'élève le mont Auras, ap- pelé aussi la montagne des Kétama*; ensuite on trouve plusieurs au- tres peuples berbères, qui seront mentionnés à leurs places 6.
Dans la partie occidentale de cette section, la montagne de Deren domine les pays du Maghreb el-Acsa, qui la touchent du côté du nord. Dans le sud de cette contrée sont les villes du Maroc, d'Agh- mat et de Tedla. Le Ribat d'Asfi et la ville de Sla (Salé) sont situés sur la mer Environnante et appartiennent aussi au Magreb el-Acsa. A Test 7 de la province de Maroc, on trouve les villes de Fez, de Miknaça (Mequinez), de Taza [Tèza) et de Casr-Kotama 8. Tout cela 1 Les géographes et les historiens ara- bes écrivent tous ce mot avec la lettre /. Ce sont ' les Européens qui écrivent Noun.
2 L'auteur veut dire dans la partie occi- dentale.
3 Voy. Y Histoire des Berbers, t. II, p. 1 2 1 et suiv.
4 Voy ibid. t. III, p. 179 et suiv.
5 L'auteur suppose que la chaîne de l'Atlas se prolonge jusqu'à laCyrénaïque, et que l'Auras en fait partie. Les Kétama occupaient le vaste territoire qui est situé entre Bougie, Bone, Constantine, les Zi- ban et Setîf.
a II s'agit des Louata. (Voy. l'Histoire des Berbers, 1. 1, p. a3a et suiv. c'est là que l'auteur renvoie le lecteur.)
7 Lisez au nord. — On sait que, dans les cartes arabes, l'orientation des pro- vinces marocaines est fausse.
8 Casr Kotama, appelé aussi ELCasrl- Kebîr, YEl-Cassar des Européens, est une ville forte située sur la route de Tanger à D'IBN KHALDOUN. 127 forme le pays que les habitants appellent le Maghreb cl-Acsa (l'ex- trême occident). Sur le bord de la mer Environnante, ce pays possède encore les villes d'Àsîla 1 et d'El-Araïch. Directement à l'orient est situé le Maghreb el-Aousat (l'occident central), dont la capitale est Tilimeen (Tlemcen). Sur ses côtes, qui sont baignées par la mer Ro- maine, s'élèvent les villes de Honeïn 2, d'Ouhran (Oran) et d'El-Dje- zaïr (Alger). En effet, la mer Romaine sort de la mer Environnante, à travers le détroit de Tanger, passage situé â l'extrémité occiden- tale de la quatrième section de ce climat. Elle se dirige vers l'orient et se termine aux côtes de la Syrie. Après avoir quitté ce détroit resserré, elle ne tarde pas à s'élargir vers le midi et vers le nord, au point de pénétrer, d'un côté, dans le troisième climat et, de l'autre, dans le cinquième; aussi beaucoup de villes du troisième climat sont situées sur le rivage de cette mer. La première est Tanger, puis El-Casr es-Saghîr 3, puis Ceuta, puisBadis, puis Ghassaça 4. La mer s'étend de là jusqu'à la ville d'Alger. Bedjaïa (Bougie), située à Test de celle-ci, est aussi sur le bord de la mer. Cosantîna 5 (Constantine) est à l'orient de Bougie, et à une journée de marche de la mer; elle se trouve vers l'extrémité de la première section du troisième climat. Au midi de cette contrée, en se dirigeant vers le sud du Maghreb central, on trouve la ville d'Aehîr 6, située sur la montagne de Tîteri 7; puis la ville d'El-Meeîla; puis le Zab, province dont la capitale, Biskera, est Fez. (Voy. Y Histoire des Berbers, 1. 1, à la table géographique.)
1 Tous les manuscrits portent <tLy*> t, Asîla, et c'est la bonne leçon. La forme viL^I, ArzxloL, ne se trouve dans aucun ouvrage arabe. Il est vrai que les Euro- péens écrivent Arzïlle, mais ce n'esf pas là le nom de la ville, tel que les indigènes le prononcent et l'écrivent.
5 Honeïn était bâtie sur le cap auquel nos caries donnent les noms d'Onaï, Noè, Hone, etc. et qui est situé entre l'embou- chure de la Tafna et Djamâ Ghazouat, ville nommée par les Français Nemours.
5 Château fort situé snr le bord de la iner, entre Tanger et Ceuta. (Voy. dans YHist. des Berbers, la table géographique.)
4 Voy. H Ut. des Berb. t. I, p. lxxxih.
5 Ce nom s'écrit en arabe ïxJaX^S (Co- santîna).
7 Les traces de la ville d'Aclnr se voient encore sur le Kef el-Akhdar, montagne située entre la province de Tîteri et le désert. (Voy. Bckri, p. et YHist. des Berbers, t. II, p. 4ao.)
128 PROLÉGOMÈNES située au pied de l'Auras, montagne qui se rattache au Deren (la P. »o 7. chaîne de l'Atlas), comme nous l'avons dit. Cela a lieu vers l'extrémité orientale de cette section.
La seconde section du climat dont nous traitons ici ressemble à la première, en ce que, vers le tiers de sa largeur, mesurée du sud,, le Deren la traverse de l'ouest à l'est, et la partage en deux portions. Une partie considérable de cette section, du côté du nord, est occupée par la mer Romaine. Toute la partie occidentale de la portion qui se trouve au sud du Deren consiste en déserts; la partie orientale renferme la ville de Ghadamès. A l'orient, sur la même ligne, est le pays de Oueddan, dont une lisière appartient au second climat, ainsi qu'on l'a vu plus haut. La portion de cette section qui se trouve au nord du Deren, entre cette chaîne de montagnes et la mer Romaine, renferme, du côté de l'occident, le mont Auras, Tebessa (Teveste) et Lorbos (Laribus). Sur le rivage de cette mer est située la ville de Bouna (Bône). Du côté de l'orient, et sur la même ligne que ces con- trées, se trouvent la province d'ifrîkiya, la ville de Tounis (Tunis), située auprès de la mer, puis Souça, puis El-Mehdiya. Au midi, et au pied du mont Deren s'élèvent les villes du Djerîd, telles que Touzer, Cafsa et Nefzaoua l. Entre cette région et le littoral sont si- tuées la ville de Cairouan, la montagne d'Ouchelat 2 et Sobeitla. Im- médiatement à l'orient de ce pays, la province de Tripoli s'étend sur le bord de la mer Romaine. Vis-à-vis, dans la direction du midi, on voit les montagnes des Demmer (Ghorian). Les Maggara, branche de la tribu desHouara, demeurent auprès du Deren 3. Vis-à-vis de cette montagne, et à l'extrémité de la portion méridionale de la section, se trouve la ville de Ghadamès. A l'extrémité orientale 4 de la section est la Soueïcà d'ibn Metkoud, située sur le bord de la mer; au midi 1 Pour ©jl^fli, lisez *j\yû. maintenant Mogra, se voient à cinq ou six * Voy. VHist. des Berbers, t. i, p. 307. lieues à Test d'El-Mecîla. Ce fut de cette 3 C'est-à-dire auprès du groupe de ville qn'El-Maccari, l'historien de l'Esmontagnes situées au nord d'El-Mecîla et pagne, tira son surnom.
du Hodna. Les ruines de Maggara, appelé * Pour (jjj^L lisez ^j^iî.
D IBN KHALDOUN. 129 de cet endroit s'étendent les plaines de Oueddan, fréquentées par les Arabes nomades. •! • La troisième section du troisième climat est traversée, ainsi que les précédentes sections, par la chaîne de Deren; mais, à son extré- mité, cette montagne fait un coude vers le nord, et se prolonge ainsi P. 108. jusqu'à la mer Romaine. Dans cet endroit, elle porte le nom de cap Aouthan K Une partie considérable de cette section, du côté du nord, est occupée par la mer Romaine, qui s'avance jusqu'à un endroit où elle n'est séparée du Deren que par une très-faible distance. Au delà de cette montagne, vers le sud et l'ouest, s'étend le reste du pays de Oueddan et de la contrée parcourue par les Arabes. Ensuite vient la Zouîla d'Ibn Khattab, puis des sables et des déserts, qui se prolongent jusqu'à l'extrémité orientale de la section. Entre la montagne et la mer, du côté de l'ouest, est la ville maritime de Sort; plus loin sont des solitudes et des déserts, parcourus par les Arabes nomades; puis viennent Adjdabiya, Barca, ville située à l'endroit où la montagne fait le coude, et Tolomeitha, placée sur le rivage. A l'est de l'endroit où la montagne change de direction sont les pâturages que parcourent les Heïb et les Rouaha, et qui s'étendent jusqu'à la fin de cette sec- tion du troisième climat.
Dans la quatrième section du troisième climat, vers l'extrémité occidentale de son côté méridional 2, se trouvent les déserts de Ber- nîc 3 et, plus bas (vers le nord), la contrée que parcourent les Heïb et le Rouaha; ensuite la mer Romaine occupe une partie de cette section et s'avance vers le sud, jusqu'auprès de la limite méridionale de la section. Le territoire qui s'étend de là jusqu'à l'extrémité de la sec- tion consiste en déserts, fréquentés par des Arabes nomades. Sur la prolongation de cette ligne, vers l'orient, est le pays de Faïyoum, situé à l'embouchure d'une des deux branches qui dérivent du Nil. Cette branche passe auprès d'El-Lahoun, lieu de la province de Saîd, 1 I/extrémité septentrionale de la Cy- * Pour ^UVI, lisez JxV[. " rénaïque. Sur nos cartes ce cap porte le 5 L'ancienne Bérénice, appelée main- nom de cap Razat y tenant Ben*Ghazi.. * * Prolégomènes. î 7 130 PROLÉGOMÈNES el situé dans la quatrième section du troisième climat, et delà elle va se jeter dans le lac du Faîyoum. Directement à l'est, se trouvent le ter- ritoire de l'Egypte et sa fameuse capitale, laquelle s'élève sur le second bras du Nil, celui qui passe devant Delas; localité située auprès du Saîd, à l'extrémité de la seconde section. Ce bras se partage une se- P. 109. conde fois au-dessous de Misr (le vieux Caire), et forme deux branches qui partent de Chetnouf 1 et de Zefta. Celle de droite se divise, devant Terout 2, en deux autres bras. Ils se déchargent tous 3 dans la mer Romaine. A l'embouchure du plus occidental de ces bras est située la ville 4 d'Alexandrie; sur celle du bras du milieu s'élève la ville de Rechîd (Rosette), et sur celle du bras oriental, la ville de Dimyat (Damiette). L'espace compris entre Misr et le Caire, dune part, et, de l'autre, les rivages de la mer qui limitent les parties basses du pays de l'Egypte, est rempli tout entier par des lieux habités et des terres cultivées.
La cinquième section de ce climat renferme la Syrie, ou, au moins 5, la plus grande partie de ce pays, ainsi que je l'exposerai.
En effet, la mer de Colzom se termine au sud-ouest de la Syrie, auprès de Suez. Après s'être détachée de la mer Indienne pour se diriger vers le nord, elle se détourne ensuite 6 vers l'occident. Il en résulte qu'une partie très-allongée de cette mer tombe dans la sec- tion qui nous occupe, et que son extrémité occidentale se trouve au- près de Suez. Après cette ville on rencontre, sur cette partie de la mer, la montagne de Faran, puis celle de Tor (le Sinaï), puis Aïla, qui est la ville de Madian, et enfin El-Haura, placée à l'extrémité de la section. A partir de là le rivage de cette mer prend une direc- tion méridionale, et longe le pays du Hidjaz, ainsi que nous l'avons dit plus haut en traitant de la' cinquième section du second climat. Dans la partie septentrionale de la section dont nous parlons ici, la 1 La bonne leçon est (Jf^SiA. * Pour l<& y lisez t>Xj.
s Pour Uu^, lisez l^*^. Boulac porte IInâ-N D'IBN KHALDOUN. 131 mer Romaine occupe un espace considérable du côté de l'occident, et touche aux villes d'El-Ferma et d'El-Arîch. Son extrémité est très-rapprochée de Colzom. Entre les deux mers il ne reste, pour ainsi dire, qu'une espèce de porte par laquelle on doit passer pour se rendre en Syrie. A l'occident de ce passage s'étend la plaine de l'Ega- rement, où l'herbe ne pousse pas, et dans laquelle, suivant le Coran, les Israélites menèrent une vie errante pendant quarante ans, après leur sortie de l'Egypte et avant leur entrée en Syrie. La portion de la mer Romaine comprise dans celte section du climat embrasse une partie de l'île de Chypre; le reste de cette île appartient au qua- trième climat, ainsi que nous le dirons plus bas. Sur le rivage de cette portion de mer, près de l'endroit où elle se rapproche de la mer de Suez, s'élèvent EI-Arîch, à l'extrême frontière de l'Egypte, et Ascalan (Ascalon). Dans l'intervalle qui sépare ces deux villes se trouve l'extré- mité de la mer Romaine, qui se détourne alors pour entrer dans le quatrième climat auprès de Tarablos (Tripoli) et Arca. Parvenue jus- qu'à cette localité, la partie de la mer Romaine comprise dans cette section cesse de se diriger vers l'est, et c'est là que sont placées pres- que toutes les villes maritimes de la Syrie: ainsi, à l'orient d' Ascalon, en se détournant un peu vers le nord, on trouve la ville de Caiseriya (Césarée); puis, dans la môme direction, la ville d'Akka (Saint-Jcand'Acre); puis 'Sour (Tyr), puis Saîda (Sidon),puis Arca. Plus loin, la côte de cette mer se tourne vers le nord, et entre dans le qua- trième climat. j. f Derrière les villes situées sur la portion de la mer qui appartient à cette section s'étend une vaste montagne qui part de la ville d'Aïla, près de la mer de Colzom, et se dirige vers le nord, en s'écartant un peu vers l'est, jusqu'à ce qu'elle dépasse cette partie du climat. On la nomme la jnontagne de Lokam (Djebel el-Lokam); elle forme comme une barrière entre l'Egypte et la Syrie. A son extrémité, près d'Aïla, est Yacaba (défilé) par lequel passent les pèlerins qui se rendent de l'Egypte à la Mecque. Plus loin, dans la direction du nord, est (Hé- bron), la sépulture d' (Abraham) El-Khalîl (c'est-à-dire l'ami de Dieu), 132 PROLÉGOMÈNES 132 PROLÉGOMÈNES Elle est située près de la montagne de Charat, qui, partant de la mon- P. m. tagne de Lokam, au nord de Yacaba, se dirige vers l'orient, et fait ensuite un petit détour. Là, à Test de cette montagne, est le pays d'El- * Hidjr, la contrée des Thamoud, Teima, et Doumet el-Djendel, qui forment la partie septentrionale du Hidjaz. Plus au sud se trouvent la montagne de Radoua et les forteresses de Khaibar. Entre la mon- tagne de Charat et la mer de Colzom s'étend le désert de Tebouk. Au nord du Charat, près de la montagne de Lokam, est située la ville d'El-Cods (Jérusalem), puis El-Ordonn (le Jourdain), puis Taberiya (Tibériade). A l'orient est la province d'El-Ghour, qui s'étend jus- qu'à Adraat, et le Hauran. Sur la même ligne, du côté de l'est, il y a Doumet el-Djendel, qui marque la limite de cette section du climat et celle du Hidjaz. Près du détour que le mont Lokam fait vers le nord, à l'extrémité de cette section, on trouve la ville de Damas, située vis- à-vis de Sidon et de Beirout, villes qui touchent à la mer. Le mont Lokam passe entre ces villes et Damas. Sur la même ligne que Damas, du côté de l'orient (du nord), est la ville de Baalbek, puis celle d'Emessa (Hems), située vers l'extrémité septentrionale de cette section, à l'endroit où elle coupe la montagne de Lokam. A l'orient de Baalbek et d'Emessa on rencontre la ville de Tadmor (Palmyre), et un désert qui s'étend jusqu'à la fin de la section et qui est habité par des tribus nomades.
La partie méridionale de la sixième section est occupée par des déserts, où les Arabes s'adonnent à la vie nomade. Ces déserts, placés au-dessous (au nord) des provinces du Nedjd et de Yemama, entre la montagne de El-Aredj et (le pays) de Dimar 1, se prolongent jusqu'à El-Bahreïn et Hedjer, sur le rivage de la mer de Fars. Dans la partie septentrionalè de cette section, au-dessous dés déserts fréquentés par les nomades, on trouve la ville d'El-Hîra, celle de Cadeciya, et les marais dans lesquels l'Euphrate verse ses eaux. Plus loin, vers l'orient, est la ville d'El-Basra (Bassora). C'est dans cette section que se ter- 1 Je lis ^U*àJf, avec deux manuscrits et le dictionnaire géographique intitulé Mera- ced el-Ittilâ. * ■ mine la mer de Fars. Dans sa partie septentrionale se trouvent 1 Ab- badan et El-Obolla. Non loin d'Abbadan, le Tigre se décharge dans cette mer, après s'être divisé en plusieurs branches, et en avoir reçu d'autres provenant de TEuphrate. Toutes ces eaux se réunissent près p. n 2. d'Abbadan, et vont tomber dans la mer de Fars. Ce bassin est très- large dans la partie méridionale de cette section, dont il serre de très- près la limite orientale, et à l'endroit où son extrémité touche à la limite septentrionale de la section, il devient étroit. Sur son bord occidental sont les cantons inférieurs d'El-Bahreïn, de Hedjer et d'El- Ahsa. A l'ouest de ces contrées on trouve El-Khatt, Ed-Dimar et le reste de la province de Yemama. Sur son rivage oriental sont les con- trées maritimes de la province de Fars. Les montagnes d'El-Cofs, qui font partie du Kerman, se trouvent au delà et au nord de cette mer, vers l'extrémité orientale de la même section; elles dominent la partie de cette mer qui s'étend vers l'est, et passent derrière elle du côté du sud, sans quitter la section. Au-dessous (au nord) de Hormuz, sur le bord de cette mer, sont les villes de Sîraf et de Nedjeïrem. A l'orient, vers l'extrémité de la section et au-dessous de Hormuz, on trouve plusieurs villes de la province de Fars, telles que Sabour, Da- rabguird, Fesa, Istakher, Ghahdjan etChîraz, capitale de tout le pays. Au-dessous de la province de Fars, en allant vers le nord et à l'extrémité de cette mer, est situé le Khouzistan 2, qui renferme El-Ahouaz, Toster, Djondi-Sabour, Es-Sous, Ram-Hormuz et autres villes. Ar- radjan est sur la limite qui sépare le Fars du Khouzistan. À l'orient de cette dernière province s'élèvent les montagnes des Kurdes, qui se prolongent sans interruption jusqu'aux environs d'Ispahan. C'est là qu'habitent les Kurdes; mais les lieux qu'ils parcourent avec leurs troupeaux sont situés au delà, dans la province de Fars. Cette ré- gion est désignée par le nom d' Ez-Zomoum*.
1 Pour <U*, lisez o^t. est zemm, désigne les cantonnements * Pour. (jU^^jÂ, lisez qIx*^*, ici et des Kurdes. Dans chaque zemm se trou- plus loin., ' f * t,' vent plusieurs villages ou villes, (Voy. la 3 Le mot >zomoum, dont le singulier Géographie d'Idrîci, t. I, p. 4o6.) Dans le 134 • PROLÉGOMÈNES La septième section de ce climat renferme, dans la partie du sud-ouest, le reste des montagnes d'El-Cofs. Tout auprès, au midi P. i >3, et au nord, s'étendent les provinces de Kerman et de Mekran. Parmi les villes de ces contrées on distingue celles d'Er-Roudan, Es-Sîrdjan \ Djîreft, Biredbîr 2 et El-Fehredj. Au nord de la province de Ker- man on trouve le reste de la contrée de Fars, qui se prolonge jus- qu'aux environs d'Ispahan, ville située dans le nord-ouest de cette section. Le Sidjistan, qui est à l'orient du Kerman et du Fars, s'é- tend vers le midi, pendant que le pays de Kouhistan se prolonge vers le nord. Entre le Kerman, le Fars, le Sidjistan et le Kouhis- tan, au milieu 'de cette section, règne un grand désert, qui, étant presque impraticable, n'offre qu'un petit nombre de routes. Le Si- djistan renferme Bost, Tac et autres villes. Le Kouhistan fait partie du Khoraçan. La mieux connue de ses villes, celle qui porte le nom de Serakhs, occupe l'extrémité de cette section.
La huitième section renferme, à l'occident et au sud, les terri- toires fréquentés par les Khildj, peuple nomade appartenant à la race turque. Cette région confine, du côté de l'ouest, avec la pro- vince de Sidjistan, et, du côté du midi, avec Kaboul, contrée de Tlnde. Au nord de ces déserts est le Ghaur, pays de montagnes dont la capitale, Ghazna (Guizné), est l'entrepôt du commerce avec l'Inde. A l'extrémité septentrionale du Ghaur est le canton d'Asterabad. Plus au nord, et jusqu'à l'extrémité de cette section s'étend le terri- toire de Hérat, situé au centre du Khoraçan et renfermant les villes d'Isferaïn, de Gachan, de Bouchendj, de Merv er-Roud, de Talecan et de Djouzdjan. Le Khoraçan se termine là, aux bords du fleuve Djeïhoun. Dans le Khoraçan, sur la rive occidentale du Djeïhoun se trouve la ville de Balkh, et, sur la rive orientale, la ville de Termid.
P. w4. Balkh était autrefois la capitale de l'empire des Turcs. Le Djeïhoun dictionnaire géographique intitulé Mcra- y qui est situé entre le Djeïhoun et Termid. ced el-Ittilâ, ce mot est écrit remm, et il 1 Pour ^I^a^JÎ, lisez ^L^^yJ!.
est placé sous la lettre R. Selon le même 1 Pour ^ûJy», lisez ^a-O^j, avec deux ouvrage, il y a un village nommé Zemm manuscrits et le Meracedel-Ittilâ.
D'IBN KHALDOUN. 135 prend sa source à Oukhan 1, dans le Badakhchan, province qui eonline à l'Inde. H prend naissance vers l'extrémité orientale de la partie méridionale de cette section; bientôt après il fait un détour vers l'ouest, et, arrivé dans le milieu de la section, il reçoit le nom de Kharbat*; ensuite il se dirige vers le nord, traverse le Khoraçan, et continue à suivre la même direction jusqu'à ce qu'il se jette dans le lac de Kharizm, situé, comme nous le dirons, dans le cinquième climat. En cet endroit, où il change de cours au milieu de cette section, il reçoit, tant du côté du nord que du côté du midi, les eaux de cinq grandes rivières qui lui arrivent des contrées d'El-Khot- tel 3 et d'El-Ouakheh; d'autres descendent des montagnes d'El-Bottam, situées également à l'est du fleuve et au nord d'El-Khottel; aussi le Djeïhoun s'élargit à un degré extraordinaire. Parmi les cinq rivières qui viennent ainsi le grossir, on distingue le Ouakhch-ab, qui, sorti du Tibet, pays situé au sud-est de cette section, se dirige vers l'ouest, en s'inclinant vers le nord. Là, en travers de son cours, se trouve une chaîne de montagnes qui, passant au milieu de la par- tie méridionale de cette section, se dirige ensuite vers l'est en s inclinant vers le nord, et entre dans la neuvième section du cli- mat, non loin de la limite septentrionale de celle-ci. Elle longe le Tibet et, parvenue au sud-est. de la section, elle forme la séparation entre le pays des Turcs et celui de Khottel 4. Elle ne présente qu'un seul passage, au milieu de la partie orientale de la section. Dans cet endroit Fadl, fils de Yahya (le Barmekide), fit construire un rempart muni d'une porte, comme le rempart de Yadjoudj (Gog). Lorsque le fleuve de Ouakhch-ab sort du Tibet et rencontre cette montagne, il coule au-dessous d'elle dans un souterrain d'une lon- gueur immense, puis il traverse le pays d'El-Ouakhch et va se décharger dans le Djeïhoun, auprès de Balkh. Ce dernier fleuve se 1 L édition de, Boulac porte Ou- Kharnab, et y Khariab, dans la tra- cer; peut-être faut-il lire t->^j» Oukkhab. duction de la Géographie d'Idrîci. Idrîci paraît avoir écrit Oudjan. 3 Pour lisez Joci% * Variantes: c-)L^, Kharbab, c^U^, 4 Pour JJjl, lisez Jbîil.
136 PROLÉGOMÈNES dirige ensuite vers le nord, passe auprès de Termid et entre dans le pays d'El-Djouzdjan. A l'orient de la contrée de Ghour, entre elle et le fleuve Djeïhoun, s'étend le canton de Bamian, qui fait partie du Khoraçan. Là, sur le bord oriental du fleuve, on trouve le pays d'El-Khottel \ formé en grande partie de montagnes, et la province d'El-Ouakhch. Celle-ci a pour limite, du côté du nord, les mon- tagnes d'El-Bottam, qui s'étendent depuis la frontière du Khoraçan vers l'est en passant à l'occident du Djeïhoun; elles atteignent alors •la grande montagne derrière laquelle est situé le Tibet, et sous la- quelle coulent les eaux du-Ouakhch-ab. Les deux chaînes se réu- nissent auprès de l'endroit où El-Fadl, fils de Yahya, construisit la porte. Le Djeïhoun passe enlre ces montagnes et reçoit plusieurs autres rivières, telles que la rivière du pays d'El-Ouakhch, qui se décharge dans ce fleuve, sur la rive orientale, et au nord d'Et- Termid. La rivière Balkha sort des montagnes d'El-Bottam, auprès de Djouzdjan et verse ses eaux dans le Djeïhoun, sur la rive occi- dentale. A l'ouest de ce fleuve, est située la ville d'Amol, qui fait partie du Khoraçan. A partir de là, la rive orientale est formée par les pays de Soghd et d'Osrouchna 2, qui appartiennent à la contrée des Turcs. A l'est se trouve aussi le pays de Ferghana, qui se pro- longe vers l'orient, jusqu'à l'extrémité de la section. Toute la con- trée des Turcs est bornée, au nord, par les montagnes d'El-Bottam.