Les Chîïtes ne s'accordent pas entre eux sur les individus auxquels le droit à l'imamat 2 passa successivement à partir de la mort d'Ali. Quelques-uns enseignent que, par suite d'une déclaration spéciale (d'Ali), l'imamat s'est transmis successivement aux fils deFatema (Ha- cen et Hoceïn). Plus loin nous reparlerons de cette opinion. On désigne Après ^i[yt>j, insérez f£ ce chapitre, l'auteur emploie ce terme Le texte porte le khalifal, mais, dans dans le sens d'imamal.
D'IBN KHALDOUN. 403 ces sectaires par le nom ftirnamiens, parce qu'ils enseignent, comme articles de foi, que l'imam doit être connu 1 et qu'il doit être régu- lièrement désigné (par son prédécesseur). Telle est la base de leur doctrine. Une autre de ces sectes fait passer l'imamat aux descendants de Fatema, mais à la condition que les Cfaîïtes choisissent parmi eux la personne qui doit exercer cette charge. Ils exigent encore que l'imam soit savant, habitué à une vie austère, généreux, brave et prêt à faire valoir ses droits les armes à la main. On appelle ces sectaires Zeïdiens, du nom de Zeïd, fils d'Ali, fils d'El-Hoceïn le sibt*. Zeïd, dans une dis- cussion avec son frère Mohammed el-Baker, maintenait que l'imam était obligé de faire valoir sa cause par la force des armes. EI-Baker lui objecta que, d'après ce principe, leur père Zeïn 3 el-Abedîn n'avait pas été imam, puisqu'il n'avait jamais pris les armes ni pensé à les prendre. Il lui reprocha aussi d'avoir appris de Ouacel Ibn Atâ 4 la doctrine des Motaz élites. Les imamiens eurent une controverse avec Zeïd au sujet de l'imamat des deux cheikhs, et, comme il le déclara valide et ne nia pas leur droit à cet office, ils répudièrent (rqfed) son autorité et cessèrent de le compter au nombre des imams. On les nomma rafedites (récusants) pour cette raison.
D'autres Chîïtes font passer l'imamat d'Ali à l'un ou à l'autre de ses fils, les deux sibts; car ils ne sont pas d'accord sur. ce point; puis ils l'attribuent à Mohammed, fils (d'Ali et) d'El-Hanefiya, frère des précédents; puis aux enfants de celui-ci. On les appelle Keïça- niens, du nom de Keïçan, affranchi du fils d'El-Hanefiya.
1 Littéral. « la connaissance de l'imam; « ce qui me paraît signifier que le vrai croyant doit savoir qui est son imam. En professant cette doctrine, ils voulaient sans doute se distinguer des partisans de l'imam caché. (Voyez ci-après, p. 4o4, 4o5.)
2 Le mot Ja***, sibt, signifie «petit-fils né de la fille, » de même que le mot 0^-^, hafîd, désigne le « petit-fils né du fils. » El-Hacen et El-Hoceïn étaient les sibt de Mohammed, puisqu'ils étaient fils de sa fille Fatema. Les Chîïtes paraissent avoir employé le mot sibt dans le sens d'imam.
3 Pour ooj, lisez ^j. — Ali, fils d'El- Hoceïn, fils d'Ali, gendre de Mohammed, mourut l'an 94 de l'hégire (712-713 de 4 Fondateur de la secle hérétique des Motazelites. Il mourut en 1 3 1 (748-749 deJ. C).
404 PROLÉGOMÈNES Entre toutes ces sectes il a régné une grande diversité d'opinions; mais nous ne voulons pas en parler afin d'éviter la prolixité, p. 358. On désigne une classe de ces sectaires par le nom de gholat (extra- vagants, outrés), parce que, au mépris de la raison et de la religion, ils enseignent la divinité de l'imam. «C'est un homme, disent-ils, doué des attributs de la divinité, » ou bien 1: « C'est un individu dans l'humanité duquel la divinité s'est établie. » Cette croyance correspond à ce que les chrétiens enseignent au sujet de Jésus.- Ali fit brûler vifs plusieurs individus qui professaient cette doctrine, et Mohammed, fils d'El-Hanefiya, ayant appris qu'El-Mokhtar, fils d'Abou-Obeïd, l'avait adoptée, le maudit publiquement et l'excommunia. Djâfer es-Sadec agit de la même manière envers d'autres individus qui pro- clamaient sa divinité. ■, Quelques membres de cette secte enseignent que la nature de l'imam est tellement parfaite, qu'elle ne se retrouve dans aucun autre individu. « Aussi, disent-ils, quand l'imam meurt, son ârne passe dans le corps de son successeur, afin que celui-ci soit tout parfait. » Voilà la doctrine de la transmigration.
Parmi les extravagants se trouvent des gens qui disent: « L'imamat cesse de se transmettre quand il est parvenu à l'individu désigné pour être le dernier des imams. « On les nomme ouakef ïya (qui s'arrêtent). Les uns enseignent que cet imam vit encore, mais qu'il s'est dérobé à la vue des hommes, et, pour démontrer la possibilité d'une pa- reille chose, ils renvoient à l'histoire d'El-Khidr 2. On a émis une opinion semblable à l'égard d'Ali: « H est dans les nuages, disait-on, sa voix c'est le tonnerre; son fouet produit les éclairs. » On a dit la même chose du fils d'El-Hanefiya, et l'on prétendait qu'il vivait en- core et qu'il était dans l'intérieur du Ridoua, montagne située dans la province de Hidjaz; aussi Kotheïyer 3, un de leurs poëtes, a dit: 1 Pour -(jfj, je lis y\ j\ avec l'édition vers. 64.) Ayant bu de la fontaine delà vie, de Boulac. il ne mourra qu'au jour du jugement der- 2 Ce saint personnage était contem- nier.
porain de Moïse. (Voy. Coran, sour. xvm, 3 ' Abou Sakhr Kotheïyer, poëte célèbre D'IBN KHALDOUN. 405 Les imams légitimes et coreïchides.sont quatre, tous égaux; Ali et ses trois fils, voilà les imams 1 dont les droits sont manifestes.
(Le premier est) imam; (le second est) imam de la foi et de la vertu; (le troir sième est) l'imam dont la terre de Kerbela recèle les os.
Ensuite (vint) un imam qui ne goûtera pas la mort avant d 1 avoir commandé une armée précédée du drapeau 2 (impérial).
Pendant un temps il se dérobera à la vue des hommes; il est caché dans le Ri- doua, et a près de lui du miel et de Teau.
Les imamiens outrés et les ithna-acheriya (duodéeimains) surtout, p. 359. professent une opinion semblable. Ils prétendent que leur douzième imam, Mohammed, fils d'El-Haeên el-Askeri et surnommé par eux El-Mehdi (le bien-dirigé), ayant été mis aux arrêts avec sa mère, entra dans un souterrain de la maison que sa famille habitait à Hilla, et qu'il disparut tout à fait. Lors de la fin des temps, il re- paraîtra afin de remplir le monde de sa justice. C'est ainsi qu'ils appliquent à leur dernier imam la (célèbre) tradition qui se lit dans l'ouvrage de Termidi 3. Encore à présent ils attendent son arrivée > et, pour cette raison, ils le nomment El-Monthader (l'attendu). Tous les soirs, après la prière du maghreb*> ils se rendent à l'entrée du sou- terrain, amenant avec eux une monture, et là, se tenant debout, ils appellent l'imam par son nom et le prient de sortir. Quand les étoiles ont perdu leur éclat, ils se retirent, pour recommencer 5 la même cérémonie le lendemain soir. Cette pratique s'est conservée jusqu'à nos jours.
Une fraction des ouakef ïya croit que l'imam reviendra au monde après sa mort, et, pour justifier leur opinion, ils citent ce que le Coran raconte au sujet des gens de la caverne 6, de l'homme qui passa par son amour pour Azza, appartenait à la secte des Chîïtes. Il mourut fan io5 1 Ici et dans les vers suivants le poète emploie le mot sibt à la place d'imam. (Voyez ci-devant, page 4o3, note 2.)
* Pour OfjJI, lisez Jjllf.
3 Notre auteur discute l'authenticité de cette tradition dans un autre chapitre des • Prolégomènes. (Pour Termidi, voyez ci- devant, page 37, note 1.)
4 - Cette prière se fait environ une demi- heure après le coucher du soleil.
6 Les Sept -Dormants. (Voyez Coran, sour. xvin, vers, 8 et suiv.)
406 PROLÉGOMÈNES auprès dune ville 1 et de l'Israélite assassiné, dont on frappa le corps avec les os de la vache que Dieu avait ordonné d'immoler 2; mais des faits surnaturels, qui ont eu lieu pour montrer la toute-puissance de la divinité, ne servent pas à prouver la vérité d'une doctrine avec laquelle ils n'ont aucun rapport. Le poëte Es-Seïyid el-Himyeri 3, un de ces sectaires, composa sur ce sujet les vers suivants: Quand les cheveux de l'homme ont commencé à grisonner et que les coif- feuses y appliquent une teinture, La gaieté de la jeunesse disparaît et meurt. Donc, lève-toi, mon ami, et pleu- rons la perte de notre jeunesse.
Ce qui est passé de l'existence ne reviendra pas; persoune ne peut le ressaisir jusqu'au jour du jugement, Au jour où les hommes reviendront dans ce monde avant de rendre compte de leurs actions.
J affirme que cela est la doctrine de la vérité; car je ne suis pas de ceux qui doutent de la résurrection.
Dieu lui-même a déclaré que certains hommes sont revenus à la vie après que leurs corps furent tombés en poussière.
Les principaux docteurs de la secte chute nous ont épargné la peine de répondre à ces extravagants; ils repoussent leurs opinions et réfutent les preuves sur lesquelles on cherche à les appuyer.
Les Keïçaniya (Keïçaniens) enseignent que l'imamat s'est transmis de Mohammed Ibn el-Hanéfiya à son fds Abou Hachem; aussi les dé- signe-t-on 4 par le nom de Hachemiya. A partir de cet imam, ils ne s'accordent plus: les uns disant que l'imamat passa d'Abou Hachem à son frère Ali, puis à El-Hacen, fils de celui-ci; les autres, qu'Abou Hachem, en revenant de la Syrie, mourut dans le territoire d'Es- 1 « Un voyageur, passant auprès d'une ville renversée de fond en comble, s'écria: «Dieu peut-il faire revivre cette ville qui « est morte? » Dieu le fit mourir et il resta ainsi pendant cent ans, puis il le ressus- cita, etc. » (Coran, sour. n, vers. 261.)
* Coran, sour. n, vers. 68.
Seïyid el-Himyeri, s étant attaché à la secte des Keïçaniens, composa un grand nom- bre de poèmes remplis d'attaques contre Abou-Bekr, Omar, Othman et les princi- paux Compagnons de Mohammed. Il mou- 4 Pour *^y>j, lisez ^^yy D'IBN KHALDOUN. 407 Gherat 1 et légua l'imamat à Mohammed, fils d'Ali, fils d'Abd- Allah, fils d'Abbas. Mohammed le transmit à son fils Ibrahim, surnommé V Imam y et celui-ci le légua à son, frère Abd- Allah Ibn el-Harethiya, surnommé Es-Seffah (le premier khalife abbacide). Es-Seffah laissa l'imamat à son frère Abd- Allah Abou Djâfer, surnommé El-Mansour, et les descendants de celui-ci se le transmirent, les uns aux autres, par une déclaration formelle et un engagement solennel. Tel est le sys- tème des Hachemiya, partisans de la dynastie abbacide. Parmi eux on distingue Abou Moslem, Soieïman Ibn Kethîr et Abou Selma el-Khal- lal. Pour mieux prouver les droits de la dynastie abbacide, quelques- uns de ces sectaires déclarent qu'elle tenait l'imamat d'El-Abbas (oncle de Mohammed); El-Abbas, disent-ils, survécut au Prophète, et l'opinion générale le regardait comme l'homme le plus digne de cet office. . D'après le système 2 des Zeïdiya, l'imam n'a pas le droit de désigner son successeur; ce sont les principaux chefs de la nation qui doivent élire le nouvel imam. Selon les mêmes sectaires, l'imamat passa d'Ali à son fils El-Hacen, puis à El-Hoceïn, frère d'El-Hacen, puis à Ali Zeïn el-Abedîn, fils d'El-Hoceïn, puis à Zeïd, fils d'Ali Zeïn el-Abedîn et fondateur de la secte qui porte son nom. Zeïd prit les armes à Koufa avec l'intention de faire valoir ses droits à l'imamat, mais cette P. 36 1. tentative lui coûta la vie. Son corps fut mis en croix à la Konaça 3.
Selon les Zeïdiya, son fils Yahya lui succéda. Celui-ci se rendit dans le Khoraçan et fut tué à Djouzdjan; mais, avant de mourir, il légua l'imamat à Mohammed, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils d'El- Hacen, petit-fils du Prophète. Ce personnage, que l'on surnommait En-Nefs ez-Zekiya (l'âme pure), prit le titre diEWMehdi (le bien-dirigé) et souleva le Hidjaz. Attaqué par une armée qu'El-Mansour envoya contre lui, il perdit la bataille et la vie. Son frère Ibrahim, à qui il avait légué l'imamat, suscita une insurrection à Basra et se fit aider * Konaça signifie la voirie, le lieu où Ton jette la poussière, les ordures, etc. I y avait à Koufa une place qui portait ce nom.
1 Situé sur la route qui mène de Damas à Médine. La famille d'Ali, fils d'Abd- Allah Ibn Abbas, habitait cette localité.
408 PROLÉGOMÈNES par Eïça, fils de Zeïd Ibn Ali. Attaqués par une armée qui arrivait sous la conduite d'El-Mansour, ou de ses généraux, ils succombèrent sur le champ de bataille. Comme Djâfer es-Sadec leur avait annoncé le sort qui les attendait, les Chutes regardèrent cette prédiction comme un de ses miracles.
Une fraction des Zeïdiya croit que l'imam En-Nefs ez-Zekiya eut pour successeur Mohammed, fils d'El-Cacem, fils d'Ali, fils d'Ali, fils d'Omar." Cet Omar était frère de Zeïd Ibn Ali. Mohammed, ayant pris les armes à Talecan, tomba entre les mains de ses ennemis, qui renvoyèrent à El-Motacem, Il mourut dans la prison où ce khalife le fit enfermer.
Une autre fraction de cette secte déclara que Yahya Ibn Zeïd eut pour successeur son frère Eïça, le même qui se trouvait avec Ibrahim Ibn Abd-Allah lors de la bataille qu'il livra aux troupes d'El-Mansour. Selpn les mêmes sectaires, l'imamat resta dans la postérité d'Eïça, et . ce fut à lui que le chef des Zendj faisait remonter son origine.
Selon d'autres membres de la secte des Zeïdiya, l'imamat passa de Mohammed, fils d'Abd Allah, à son frère Idrîs, le même qui se réfugia au Maghreb et qui mourut dans ce pays. Son fils, Idrîs Ibn Idrîs, qui lui succéda, fonda la ville de Fez, et laissa le royaume de P. 362. Maghreb à ses enfants. Après la chute des Idrîcides, la secte des Zeïdiya se désorganisa.
El-Hacen, le missionnaire chîïte qui s'empara du Taberistan, appar- tenait à la secte des Zeïdiya. Il était frère de Mohammed Ibn Zeïd el fils de Zeïd, fils de Mohammed, fils d'Ismaïl, fils d'El-Hacen, fils de Zeïd, fils d'El-Hacen, petit-fils du Prophète. Quelque temps après, un Zeïdite nommé El-Hacen, et généralement connu par le sobriquet d'En-Nacer èl-Otrouch (le sourd secourable), s'établit dans le Deïlem, en qualité d'imam, et convertit à l'islamisme les habitants de ce pays. Il était fils d'Ali, Gis d'El-Hacen, fils d'Ali, fils d'Omar, frère de Zeïd Ibn Ali. Sa postérité régna dans le Taberistan, et ce fut avec le con- cours de cette famille que les Deïlemites parvinrent à fonder un em- pire et à faire peser leur domination sur les khalifes de Baghdad.
• D'IBN KHALDOUN. 409 Les imamiens enseignent qu'Ali, auquel le Prophète avait légué l'imamat, le transmit de la même manière à son fils El-Hacen. Celui- ci le légua à son frère El-Hoceïn, qui le transmit à son fils Zeïn el- Abedîn. Cet héritage passa de Zeïn ei-Abedîn à son fils Mohammed el-Baker, puis à Djâfer es-Sadec, fils du précédent. A partir de Djâ- fer, les imamiens ne s'accordent plus; les Ismaéliens, une de leurs sectes, font passer l'imamat de Djâfer à son fils Ismaïl, qu'ils sur- nomment EUmam Ceux de l'autre secte enseignent que Djâfer es- Sadcc laissa l'autorité à son fils Mouça '1-Kadhem et, comme ils ne comptent que douze imams, on les désigne par le nom de duodéci- mains. Ils croient que le dernier imam se tient caché et qu'il repa- raîtra lors de la fin des temps.
Les Ismaéliens déclarent qu Ismaïl était imam parce que son père, Djâfer es-Sadec, l'avait désigné comme successeur. «Cette désigna- tion, disent-ils, eut un effet réel; car, bien qu'Ismaïl mourût avant son père, le droit à l'imamat resta dans sa postérité, ainsi que cela eut lieu pour Aaron à la suite de ce qui se passa entre lui et Moïse 2. » Ismaïl transmit l'imamat à son fils Mohammed el-Mektoum {le caché), le premier des imams cachés» «Il peut arriver, disent-ils, que l'imam n'ait aucune puissance; en ce cas, il se tient caché, mais ses mission- naires se montrent afin d'établir une preuve authentique (qui suffise P. 363 pour faire condamner les incrédules). Quand il a de la puissance, il paraît et proclame ses droits. Mohammed el-Mektoum eut pour successeur son fils Djâfer El-Mosaddec, dont le fils, Mohammed cl-Habîb, fut le dernier des imams cachés. Puis vint Obeïd-Allah el- ' Mehdi, dont le missionnaire, Abou Abd-Allah le Chîïte, parut chez les Ketama 3, les rallia à la cause de son maître, qu'il tira ensuite de ' Après les mots <JÎ UjSL*, il faut in* sérer ^»LoVL jj^o J^^l ojJj 1 Moïse conûa le sacerdoce à son frère Aaron. Celui-ci mourut avant Moïse, mais le sacerdoce resta dans sa postérité. Ce fait Prolégomènes.
était connu de Mohammed, qui en parle dans le Coran, sourale xx, verset 3i; el sourate xxv, verset 37.
* Voyez Y Histoire des Berbers, t. II, p. 5o6 et suiv. de la traduction, et Histoire des Druses, de M. de Sacy, introduction.
52 410 PROLÉGOMÈNES la prison à Sidjilmessa, et se rendit maître de Gairouan et du Ma- ghreb; » On sait que « sa postérité régna en Egypte. Ces Ismaéliens reçurent le nom de Bateniya, parce qu'ils croyaient à l'imam qui>est baten, c'est-à-dire caché. On les désigne aussi par le nom de Molhida (sacrilèges), à cause de leurs opinions impies. Ils ont des doctrines d'une date ancienne et* des » doctrines nouvelles ^ qu'El-Hacen Ibn Mohammed Ibn es-Sabbah prêcha publiquement,- vers la lin du V e siècle. Il se rendit maître de plusieurs forteresses de la Syrie. et ide l'Irac, où son parti se maintint pendant quelque temps; mais leur pouvoir finit par se briser, leur empire succomba, et les souverains turcs de l'Egypte s'en partagèrent les débris avec les souverains tar- tares de l'Irac. On trouvera dans le Milel oua y n-Nuhl { de Chehrestani, un exposé des doctrines professées par Ibn> es-Sabbah.
Les duodécimains d'une époque plus moderne se donnent quel- quefois le nom (ïimamiens. 'Ils enseignent que Mouça -1-Kadhem de- vint imam par désignation expresse son frère aîné Ismaïl el-Imam l'ayant choisi- pour lui succéder. Ismaïl mourut du vivant de son père Djâfer. Après Mouça, l'autorité passa à son fils Ali er-Rida, celui qu'El Mamoun (le khalife abbacide) avait désigné comme son succes- seur. Cette nomination ne profita pas à Er-Rida, car il mourut avant El-Mamoun. Après Er-Rida, son fils, Mohammed et-Teki hérita de l'imamat, qui passa ensuite de lui à son fils Ali cl-Hadi, puis à El- 364. Hacen el-Askeri, fils du précédent; puis k Mohammed el-Mehdi, fils d'El-Askeri. El-Medhi est Y imam attendu dont nous avons déjà parlé. * 1 Comme une grande diversité d'opinions ont cours chez les Chiites, nous nous sommes borné à exposer leurs doctrines les plus remar- quables. Celui qui voudrait les étudier et les connaître à fond pourra consulter les traités sur les religions et les sectes, par Ibn Hazm, par 1 Voyez le texte arabe de l'ouvrage de Chehrestani, publié par le D'Gureton, sous le litre de Book of religious and philosophi- cal sect$ by Âl-Shahrastani, p. le»», et la traduction allemande du même ouvrage, publiée par M. Haarbrûcker à Halle, 1 85 1, p. 2 2 5. Consultez aussi l'introduction de Y Histoire des Druses.
D'IBN KHALDOUN. 411 Chehrestani, et par d'autres savants. Dieu égare celai quil veut el dirige celui quil veut. ( Coran, sour. xvi, vers. 96.)
Gomment le khalifat (gouvernement spirituel et temporel) se converlit en royauté (gouvernement temporel).
L'esprit de corps qui anime un peuple le conduit naturellement à l'acquisition de la souveraineté; c'est là le terme de son progrès. L'établissement d'un empire, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, ne dépend pas de la volonté du peuple, mais de la force et de la dis- position naturelle des choses. Les lois, Jes pratiques de la religion; toutes les institutions auxquelles on tâche de rallier une communauté n'ont aucune influence, à moins qu'un parti plein de zèle ne se charge de les faire prévaloir. Sans l'appui d'un parti imposant, on ne sau- rait -poursuivre (ni punir) les contraventions. L'esprit de corps est donc indispensable dans une nation; sans lui, elle ne remplirait pas sa destinée. ■ j, «/ / On lit dans le Sahîh: «Dieu n'a jamais envoyé de prophète qui n'eût pas dans sa nation un parti capable de le- défendre. » Le légis- lateur a cependant désapprouvé l'esprit de corps; il a même recom- mandé d'y renoncer: « Dieu, a-t-il dit, vous a délivrés de la fierté 1 qui vous dominait dans les temps antérieurs à l'islamisme; il vous a ôté l'orgueil de la naissance. Vous êtes les enfants d'Adam et Adam fut formé avec de la terre. » Dieu a dit: « Le plus noble d'entre vous aux yeux de Dieu, c'est celui qui le craint le plus. » (Coran, sour. xux, vers 1 3.) Nous savons aussi que le législateur a désapprouvé la royauté et reproché aux souverains de se livrer aux plaisirs 2, de prodiguer leurs trésors sans but utile et de s'écarter de la voie de Dieu; mais il n'a voulu, en réalité, qu'exciter les hommes à devenir amis par la religion et à fuir les contestations et la discorde. Pour le législateur, ce bas monde, avec tout ce qui s'y rattache, n'est qu'un moyen -de P. 365. transport vers l'autre vie; et, pour arriver au terme d'un voyage, on 1 Pour LsÀi lisez iUxji. — ' Pour ci, lisez 412 PROLÉGOMÈNES doit avoir le moyen de s'y transporter. Quand il défend de commettre certaines actions, quand il en désapprouve d'autres et recommande d'y renoncer, il ne veut pas faire cesser ces actions tout à fait ni annuler les facultés du corps qui les ont produites; il veut seulement qu'on tâche, autant que possible, de les diriger dans les intérêts de la vé- rité, afin qu'elles tendent toujours et d'une manière uniforme à un but louable. « Celui, dit le Prophète, qui s'expatrie pour plaire à Dieu et à son Prophète, plaît à. Dieu et à son Prophète; celui qui s'expatrie pour acquérir les biens de ce monde ou pour épouser une femme n'a que l'avantage d'acquérir ou d'épouser. » Bien que le légis- lateur ait voulu nous délivrer de l'appétit irascible, il ne condamne pas cette passion d'une manière absolue: sans elle, personne ne voudrait maintenir le bon droit, ni combattre les infidèles, ni faire triompher la parole de Dieu. La colère est blâmable quand elle éclate pour un motif blâmable et pour plaire au démon; mais elle est digne de louange quand elle a pour motif le désir de soutenir la cause de Dieu et de lui plaire; aussi la colère faisait-elle partie des qualités louables qui se trouvaient réunies dans le Prophète.
Il en est de même pour l'appétit concupiscible. Le législateur n'a pas voulu l'éteindre complètement; c'est faire tort à un individu que de l'en délivrer tout à fait. Le législateur veut seulement diriger vers un but légitime tout ce que cette passion renferme d'utile, afin que rhommc devienne un serviteur qui, dans ses actes, reste toujours soumis aux ordres de la divinité.
11 en est de même de l'esprit de corps; le législateur l'a blâmé en disant: « Les liens du sang et le nombre de vos enfants ne vous ser- viront de rien \ » Par ces paroles, il entendait blâmer cet esprit de corps qui régnait avant Pislamisme et qui poussait les hommes à rechercher la vaine gloire et tout ce qui s'y rattache; il voulait que personne ne 2 se vantât de la noblesse de sa famille et ne s'en pré- P. 366. valût pour nuire aux droits d'autrui, car de pareils traits n'échappent 1 Cest-à-dire, au jour du jugement. — * Pour (jt^, lisez <ïfj.
D'IBN KHALDOUN. 413 qu'à des les hommes insouciants 1 et ne servent de rien dans l'autre monde, la demeure de l'éternité. Mais, tant que l'esprit de corps s'em- ploie au service de la vérité et de la cause de Dieu, il doit être fa- vorisé; si on le supprimait, on rendrait inutiles les prescriptions de la loi; car nous avons déjà dit qu'on ne peut les exécuter, à moins d'être appuyé par l'esprit de corps (d'un fort parti).
Il en est de même de la royauté; bien que le législateur en té- moignera désapprobation, il ne veut pas condamner l'esprit de do- mination qui agit dans l'intérêt de la bonne cause, ni l'emploi de la force pour obliger les hommes à respecter la religion et pour contri- buer à l'avantage de la communauté. Il ne blâme que la domination que Ton exerce en vue de la vaine gloire et l'emploi du peuple pour accomplir des projets ambitieux ou pour satisfaire à ses passions. Si le roi montrait d'une manière claire qu'il fait des conquêtes afin de plaire à Dieu, de porter les hommes à l'adorer et à combattre les ennemis de la foi, une telle conduite ne serait pas répréhensible. Salomon a dit: « Seigneur! donne-moi un empire qui ne conviendra à personne après moi 2. » Il avait la conviction intime qu'en sa qua- lité de prophète-roi, il ne rechercherait pas la vaine gloire. Quand le khalife Omar Ibn el-Khattab se rendit en Syrie, il y trouva Moaouïa, vêtu en souverain, environné d'une suite nombreuse et à la tête d'un cortège vraiment royal. Choqué de ce spectacle, il lui dit: «Est-ce du chosroïsme que tu fais là? — Emir des croyants, lui répondit Moaouïa, nous sommes sur la frontière, en face de l'en- nemi, et c'est pour nous une nécessité de rivaliser avec lui en pompe guerrière. » Omar ne lui dit plus rien et ne lui fit pas de reproches.
1 Les manuscrits et les deux éditions Khaldoun, il faut donc insérer le mot imprimées portent ^^IWt. Le traducteur après ou bien remplacer *sMsLsJt« les turc paraît avoir lu $&*}\ ^ (^U 5 » intelligents » par « les insouciants. » car il rend la phrase ainsi: «Aj-j ^i^a^jj s C'est-à-dire, que personne après moi cj^aIj! (j^^Uc ^L^î, c'est-à-dire, ne se/a capable de gouverner, ou bien, «cette chose blâmable ne devant pas être dont personne après moi n'aura jamais le comptée au nombre des actions des pareil. (Voy. Coran, sour. xxxviii, v. 34, hommes inlelligents ». Dans le texte d'ibn et le Commentaire d'El-Beïdaoui.)
414 PROLÉGOMÈNES Moaouïa s'était justifie en alléguant les intérêts de la bonne cause et de la religion. Si' Omar avait eu l'intention de condamner, dune manière absolue, les usages de la royauté, il ne se serait pas contenté de cette réponse; au èonlraire, il aurait forcé Moaouïa à renoncer tout à fait au chosroïsmc, qu'il avait adopté. Par ce mot, Omar vou- lait désigner les habitudes répréhensibles auxquelles les Perses se P. 367. livraient dans l'exercice du pouvoir royal; ils se laissaient emporter par la vanité, entraîner dans les sentiers de l'irijustice et dans l'ou- bli du vrai Dieu. Moaouïa, dans sa réponse, lui donnait à entendre qu'il n'agissait pas ainsi par l'esprit de vanité et de ckosroïsme, qui pré- valait chez les Perses, mais-bien par le désir de mériter la faveur de Dieu.
De même qu'Omar, les Compagnons rejetèrent la royauté et tout ce qui en dépend; ils laissèrent tomber en désuétude les usages de la souveraineté dans la crainte de les trouver entachés de frivolité. Le Prophète, étant sur son lit de mort, et voulant confier à Abou Bekr les fonctions les plus importantes de la religion, lui ordonna de présider à la prière publique en qualité de son vicaire (khalife). Tout le monde apprit avec plaisir la nomination d'Abou Bekr au vicariat (ou khalifat), charge qui consiste à diriger toute la communauté vers l'observation de la loi. A celte époque, personne ne pensait à nommer un roi; on croyait que la royauté était un foyer de vanité, une ins- titution spéciale aux infidèles et aux ennemis de la religion. Abou Bekr remplit ses devoirs sans s'écarter des usages de son maître; il combattit les tribus qui avaient aposlasié et finit par rallier tous les Arabes à l'islamisme. Omar, à qui il transmit le khalifat, se conduisit comme lui; il fit la guerre aux autres peuples, les subjugua et auto- risa les Arabes à dépouiller les vaincus et à leur enlever l'empire. Le khalifat passa ensuite à Othman, puis à Ali, chefs pour qui la royauté et ses usages n'avaient aucun attrait. Ce qui fortifia chez eux ce sen- timent d'aversion, ce fut la'grande habitude des privations 1 qu'im- 1 Pour iubLâx, lisez **<>Lâ£.
D'IBN KHÀLDOUN. 415 posent l'islamisme et la vie, du désert. Les Arabes étaient alors le peuple le moins accoutumé aux biens du monde et à la mollesse: d'un côté, leur religion les portait à s'abstenir des plaisirs que pro- cure l'aisance; de l'autre, ils s'étaient habitués à se tenir dans le dé- sert et à mener une vie de gêne et de privations 1. Il n'y eut jamais de peuple dont le dénument surpassât celui des Arabes modérides; ils se tenaient.dans le Hidjaz, pays qui ne produit ni blé ni bétail; p. 368. ils ne pouvaient pas se rendre dans les pays fertiles et riches en cé- réales, parce que ces régions étaient très-éloignées de leur territoire et appartenaient, les unes aux tribus descendues de Rebîah, et les autres aux tribus yéménites. Ne pouvant pas même aspirer à jouir de' 1 abondance qu'offraient ces contrées, ils se voyaient réduits, très- souvent, à se nourrir de scorpions et de scarabées; ils se vantaient même de pouvoir manger de Yeïlhiz, mets composé de poil de cha- meau et de sang, pétris ensemble 2. avec une pierre et cuits. au feu/ Les Coreïebides ctaient;à peu près dans le. même état 3; leur nour- riture et leurs logements étaient misérables; mais aussitôt que l'esprit de la nationalité eut rallié tous les Arabes autour de l'islamisme et que Dieu les eut illustrés à jamais en choisissant parmi eux son pro- phète Mohammed, ils marchèrent contre les Perses et les Grecs, afin d'occuper le pays que Dieu leur avait promis. Ils s'emparèrent des royaumes et des biens de leurs adversaires et se virent bientôt nager dans l'opulence. Plus d'une fois, après une expédition, chaque cavalier de la troupe recevait environ trente 4 mille pièces d'or (comme sa part de butin 5 ); en un mot, ils gagnèrent des richesses incalcu- lables. Malgré cela, ils demeurèrent attachés aux habitudes simples et grossières de leur ancien genre de vie. Omar rapiéçait son propre manteau avec des morceaux de cuir; Ali s'écriait 6 de temps en temps * 5 Ibn Kbaldoun, qui recommande à ses lecteurs de se méfier de chiffres exagérés, aurait dû rejeter celui-ci. il r * 6 Le U doit être supprimé.
416 PROLÉGOMÈNES «(Monnaie) jaune! (monnaie) blanche! allez séduire d'autres que moi. » Abou Mouça 1 ne mangeait pas de poules, n'en ayant jamais vu 2 chez les Arabes bédouins, où, en effet, elles sont très-rares. Les cribles leurs étaient inconnus; aussi, mangeaient-ils le blé sans le nettoyer. Ils avaient gagné cependant, à cette époque, plus de richesses qu'aucun peuple du monde.
« Sous le gouvernement d'Othman, dit Masoudi, les Compagnons gagnèrent des terres et de l'argent. Ce khalife lui-même, le jour où il fut tué, avait entre les mains de son trésorier cent cinquante mille 369. dinars et un million de dirhems; les fermes qu'il possédait à Oua- *di '1-Cora, à Honeïn 3 et ailleurs, valaient deux cent mille dinars; le nombre de chameaux et de chevaux qu'il laissa après lui fut aussi très-considérable. La huitième partie de l'héritage laissé par Ez-Zobeïr 4 montait à cinquante mille dinars. Il possédait mille chevaux et mille domestiques du sexe féminin. Talha 5 retirait de ses terres, en Irac, un revenu de mille dinars par jour; celles qu'il possédait à Cherat 6 en rapportaient davantage. Abd er-Rahman Ibn Aouf 7 avait mille chevaux au piquet; il possédait, de plus, mille chameaux et dix mille moutons. Le quart de l'héritage qu'il laissa en mourant fut estimé à quatre-vingt-quatre mille (dinars). Zeïd Ibn Thabet 8 laissa de grosses masses d'or et d'argent qu'on était obligé de briser 1 Abou-Mouça Abd-AHah, membre de 4 ALou Abd-AHah Ez-Zobeïr Ibn El- la tribu yéménîle d'Achâr, vint à la Aouwam, un des dix musulmans auxquels Mecque avant l'hégire, el embrassa l'isla- Mohammed avait déclaré qu'ils étaient pré- misme. Il accompagna Mohammed dans destinés à entrer dans le paradis, fut tué à plusieurs expéditions, et fut nommé par la bataille du Chameau, l'an 36 de l'hégire lui gouverneur d'Aden el de Zebîd, dans (656 de J. C).
le Yémen. Omar lui confia le gouver- 5 Abou Mohammed Talha, un des dix nemenl de Roufa et de Basra. On tient prédestinés, fut tué avec Zobeïr, à la bade lui plus de trois cents traditions. Il taille du Chameau, mourut l'an 5o de l'hégire, ou, selon un * Voyez ci-devant, page 407, note 1.
autre renseignement, Tan 42 ou 44. 7 Abd er-ttahraan Ibn Aouf, un des * Pour cVàaj, lisez U^Miaj. Compagnons du Prophète et l'un des dix s Ouadi '1-Cora est à moitié chemin de prédestinés, mourut Tan 3i (65i-65a de Médine à la Syrie; Honeïn est dans le voi- J. C).
sinage de la Mecque. * Zeïd Ibn Thabet, un des principaux D'IBN KHALDOUN. 417 avec des haches. Ses terres et le reste de ses biens valaient cent mille dinars. Ez-Zobeïr se fit bâtir une maison à Basra, une autre à Misr, une autre à Koufa et une autre à Alexandrie. Talha se fit construire une maison à Koufa et une autre à Médine. Celle-ci était bâtie de briques, de plâtre et de bois de tec. Saad Ibn Abi Oueccas 1 se fit bâtir à El-Akîc 2 une maison très-vaste et très-élevée, dont le toit était couronné de pavillons. La maison qu'El-Micdad 3 se fit construire à Médine était enduite de stuc en dedans et en dehors. Yala Ibn Monya 4 laissa, en mourant, cinquante mille dinars; ses terres et ses autres biens valaient trois cent mille dirhems. » On voit par là com- bien les musulmans avaient ramassé d'argent. Du reste, cela ne leur était pas défendu par la religion, vu que ces richesses étaient légiti- mement acquises, provenant du butin pris sur l'ennemi. Us l'em- ployaient sans dépasser leurs moyens et sans faire des dépenses extra* vagantes; aussi furent-ils à l'abri de tout blâme 5. Amasser des richesses est réprouvé par la loi, mais c'est à cause du mauvais emploi qu'on leur donne. Ce sont les dépenses excessives et sans but utile qui encourent le blâme du législateur, ainsi que nous venons de le dire. Mais lorsqu'on agit avec de bonnes intentions et qu'on emploie ses richesses de toutes les manières qui peuvent faire avancer la bonne cause (on n'encourt pas des reproches). Les' trésors qu'on a amassés