SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolégomènes (Muqaddimah), Volume I

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où je trouvai le vizir avec son armée et les Arabes des deux grandes tribus» les Zoghba et les Makil. Ayant remis au vizir la lettre du sul- tan, je poursuivis ma route. Ouenzemmar m'accompagna, en me re- commandant d'employer tous mes efforts pour effectuer la délivrance de son frère Mohammed, qu Abou Hammou avait emmené prisonnier.

Étant entré dans le pays desRîah, j'avançai jusqu'à El-Mecîla. Abou Hammou venait de camper dans le voisinage de la ville, sur le terri- toire des Aoulad Sebâ Ibn Yahya, tribu douaouïdienne, dont il avait réuni les guerriers sous ses drapeaux, en leur prodiguant de l'argent. Quand ces gens apprirent mon arrivée, ils vinrent me trouver et, à la suite de mes représentations, ils promirent de reconnaître l'autorité du sultan Abd el-Azîz. J'envoyai aussitôt les notables de cette tribu au camp du vizir Abou Bekr, qu'ils trouvèrent dans le pays de Dîa- lem, auprès de la rivière appelée Nahr Ouasel 1. Ils lui firent alors leur soumission et le décidèrent à passer dans leur territoire et à poursuivre son adversaire.

M'étant rendu d'El-Mecîla à Biskera, j'y rencontrai Yacoub Ibn Ali, qui, d'accord avec Ibn Mozni, consentit à reconnaître l'autorité du sultan mérinide. Yacoub envoya alors son fils Mohammed auprès d'Abou Hammou, pour l'inviter, ainsi que Khaled Ibn Amer, à passer dans son territoire et à s'éloigner des pays appartenant au sultan Abd el-Azîz. Il rencontra ce prince à Doucen 2, se rendant d'El-Mecîla au désert, et il passa toute la nuit à lui démontrer la nécessité de sortir du pays des Aulad Sebâ et de passer dans la partie orientale de la province de Zab. Au lendemain, les affaires n'en étaient pas plus avancées; vers le soir des nuages de poussière s'élevèrent tout à coup du côté de la Thénia 3, et parurent s'avancer vers eux. Ils mon- tèrent aussitôt à cheval pour reconnaître ce que cela pouvait être, et 1 Le Nahr Ouasel prend sa source à * La bourgade et l'oasis de Doucen sont l'orient de Tîaret, coule vers Test en tra- situées à soixante kilomètres sud-ouest de versant le Sersou, ou Seressou, autrefois Biskera.

le territoire des Dîalem, et se jette dans 3 Le défilé ou col (thénia) par lequel le Chélif à environ quarante kilomètres au on. traverse le mont Eksoum est à dix- sud de Boghar. huit kilomètres nord de Doucen. Prolégomènes. n £vur PROLÉGOMÈNES bientôt ils découvrirent un corps de cavalerie qui débouchait du dé- filé. C'était la députation des Aoulad Sebâ, qui, partie d'EI-Mecîla peu de temps auparavant, éclairait maintenant la marche des Makil, des Zoghba et de l'armée mérinide. Au coucher du soleil, ces troupes at- teignirent le camp d'Aboii Hammou et s'en emparèrent, ainsi que de sa tente, de ses bagages et de ses trésors. Les Béni Amer s'étaient em- pressés de prendre la fuite, et Àbou-Hammou s'échappa à la faveur des ténèbres. Ses fils et les femmes qui composaient sa famille se disper- sèrent dans toutes les directions; mais ils parvinrent à le rejoindre, quelques jours plus tard, aux ksour 1 des Beni Mozab, dans le désert. Les Mérinides et les Arabes firent un riche butin, et Mohammed lbn Arîf, frère de Ouenzemmar, fut relâché par ses gardes pendant le conflit. Le vizir Abou Bekr lbn Ghazi resta quelques jours à Doucen pour reposer ses troupes; il y reçut des vivres et des fourrages en abondance de la part d'Ibn Mozni, puis il reprit la route du Maghreb.

Quant à moi, je passai encore quelques jours à Biskera, au sein de ma famille, et je partis ensuite avec une grande députation de chefs douaouïdiens, qu'Abou Dinar, frère de Yacoub lbn Ali, conduisait à la cour mérinide. Nous arrivâmes à Tlemcen avant le vizir, et trou- vâmes auprès du sultan une réception des plus honorables; il nous traita même avec une munificence inouïe;. Le vizir arriva ensuite par la route du désert, après avoir dévasté toutes les bourgades (ksour) des Beni Amer situées sur sa ligne de marche. Ce fut un véritable jour de fête que celui de sa présentation au sultan. Le retour du vizir et de Ouenzemmar fournit au souverain l'occasion de congédier les députés des tribus douaouïdiennes; il combla, de dons tous ces chefs et les renvoya dans leurs pays.

Comme la présence d'Abou Zîan au milieu des Douaouïda don- nait beaucoup d'inquiétude au sultan, il pensa aux moyens d'en éloi- gner ce prince, et, craignant qu'il ne rentrât dans le territoire des Hoseïn, il me consulta à ce sujet et m'envoya chez les Douaouïda pour traiter cette affaire. La tribu de Hoseïn venait d'abandonner le 1 Voyez ci- après, p. n5, note 3.

D'IBN KHALDOUN.

LfX parti du sultan. Craignant la colère d'un souverain envers lequel elle eut de graves torts à se reprocher, elle rentra brusquement dans ses cantonnements et s'empressa de faire venir Abou Zîan du lieu de sa retraite, chez les Aoulad Yahya lbn Ali, et de le prendre sous sa pro- tection. En cédant ainsi au même esprit de révolte qui l'avait animée con re le gouvernement d'Abou Hammou, cette tribu ralluma le feu de la guerre dans le Maghreb central.

Vers la même époque, Hamza lbn Ali lbn Rached 1, membre de la tribu de Maghraoua, quitta secrètement le camp du vizir, et se rendit maître du pays arrosé par le Chélif et du territoire qui avait appartenu à sa famille. Le sultan dépêcha son vizir Omar lbn Mesaoud avec un corps de troupes pour étouffer cette révolte. Pendant ce temps je restai à Biskera dans l'isolement, ne pouvant communiquer avec le sultan que par écrit 2.

Les troubles qui régnaient dans le Maghreb central m'empêchèrent d'aller joindre Abd el-Azîz, qui, fort inquiet de la tentative de Hamza lbn Ali, avait envoyé son vizir Omar, avec un corps de troupes, pour assiéger le château de Taguemmount 3, où ce jeune homme s'était 1 La famille de Hamza lbn Ali avait com- mandé la grande tribu berbère des Magh- raoua. ( Pour l'histoire de ce jeune homme, J voyez r Histoire des Berbers, t. III, p. 325, * lbn Khaldoun était encore à Biskera quandil apprit qu'Ibn el-Khatîb avait aban- donné le service du sultan de Grenade et s'était réfugié auprès du sullan Abd el- Àzîz, à Tlemcen. (Voyez Histoire des Ber« bers, t. IV, p. 3oo.) Au moment de quitter l'Espagne, ce vizir adressa une longue lettre à son souverain, dans laquelle il lui exposa les motifs de sa conduite. Cette pièce est rapportée par lbn Khaldoun comme un document de la plus haute im- portance par les renseignements politiques qui s'y trouvent. Elle est trop longue pour H.

être reproduite ici et tiendrait mieux sa place dans une notice spéciale sur lbn el-Khatîb. Notre auteur donne aussi la copie d'une lettre qu'il écrivit à lbn el- Khatîb, en réponse à une autre qu'il avait reçue de lui.

8 Aguemmoun et au féminin taguemmount (c>îj*5lj), signifie « colline » en langue berbère. lbn Khaldoun ne con- naissant le berber que très-imparfaitement, écrit toujours Tadjhammoumt (^^A^j ou TaguekammoumL La localité dont il est question ici est une montagne située dans le Dahra au nord du Chélif et à moitié chemin d'Orléansville à Ténès. Elle s'élève à la distance de six kilomètres ouest de la route stratégique qui réunit ces deux villes.

LX PROLÉGOMÈNES enfermé. D'un autre côté, Abou Zîan, l'Abd el-Ouadite, se tenait dans le pays des Hoscïn. Comme le vizir dirigeait cette expédition avec peu d'énergie, le sultan le rappela à Tlemcen, et, l'ayant fait arrêter, l'envoya prisonnier à Fez. Ibn Ghazi étant alors parti avec une armée pour presser le siège, Hamza se trouva obligé de s'enfuir de la forte- resse; mais en passant par Milîana avec quelques-uns de ses parti- sans, il fut reconnu et arrêté par ordre du gouverneur, qui les en- voya tous au vizir. La nécessité de déployer une grande sévérité, afin d'effrayer les autres séditieux, obligea Ibn Ghazi à faire trancher la tête aux prisonniers et à les mettre en croix.

Ayant ensuite reçu du sultan Tordre de marcher contre Abou Zîan et les Hoseïn, il rassembla autour de lui plusieurs tribus zogh- biennes, et s'avança jusqu'à la montagne de Tîteri qu'il serra de près, en prenant position du côté du nord, celui du TelL Le sultan écrivit alors aux chefs des Douaouïda et à l'émir Ahmed Ibn Mozni, ordonnant aux premiers de bloquer la montagne du côté du midi, et au seigneur de Biskera de leur fournir des secours en argent.

En conséquence d'une dépêche qu'il m'adressa, je passai chez ces nomades, et, les ayant rassemblés, je me mis en marche avec eux, vers le commencement de Fan 774 (juillet 1872). Arrivé à El-Guetfa, je me rendis de là, avec quelques-uns de leurs chefs, auprès du vizir, qui pressait le siège de Tîteri. Il leur spécifia les devoirs qu'ils avaient à remplir, et fixa avec eux le prix de leurs services; puis il les ren- voya à Guetfa avec moi. Le siège fut poussé avec tant de vigueur que les Hoseïn durent se réfugier sur le sommet de la montagne avec leurs effets et leurs troupeaux. Bientôt ils virent périr tous leurs cha- meaux, chevaux et troupeaux, et se trouvèrent dans l'impossibilité de résister à un ennemi qui les serrait de tous les côtés. Une partie d'entre eux ayant fait prévenir secrètement le vizir qu elle désirait se rendre, le reste de la tribu soupçonna quelque trahison, et tous, cédant à la méfiance et au découragement, quittèrent leurs retran- chements pendant la nuit et se jetèrent dans le désert avec Abou Zîan. Le vizir prit alors possession de la montagne et s'empara des D'IBN KHALDOUN. lxi D'IBN KHALDOUN. lxi effets qu'ils y avaient laissés. Aussitôt que les fuyards eurent atteint un endroit du désert où ils se croyaient en sûreté, ils dirent à Abou Zîan de ne plus compter sur eux, et le mirent ainsi dans la nécessité de chercher un refuge dans les montagnes des Ghomra l. Ils en- voyèrent ensuite leurs principaux chefs à Tlemcen, auprès du sultan Abd el-Azîz, et par cet acte de soumission ils obtinrent une amnis- tie avec l'autorisation de rentrer dans leur ancien territoire.

Je reçus alors, par l'entremise du vizir, une dépêche du sultan, me prescrivant de conduire les Aulad Yahya Ibn Ali vers la montagne occupée par leurs sujets, les Ghomra, afin de me saisir d'Abou Zîan et de faire rentrer cette peuplade dans le devoir. En arrivant chez eux, nous apprîmes qu Abou Zîan les avait quittés et qu'il se trouvait actuellement à Ouergla, ville située dans le désert, et dont le gou- verneur, Abou Bekr Ibn Soleiman, venait de lui accorder sa pro- tection. Les Aulad Yahya reprirent alors le chemin de leurs canton- nements, et j'allai rejoindre ma famille à Biskera. J'écrivis de là au sultan, Tinstruisant du résultat de notre expédition et, en attendant ses ordres, je continuai à y faire ma résidence.

Je rentre dans le Maghreb el-Acsa.

Pendant que je travaillais à Biskera pour le service du sultan Abd el-Azîz, je vivais sous la protection d'Ahmed Ibn Mozni, seigneur de cette ville. Il tenait sous sa main toutes les tribus rîahides, et, comme il leur faisait passer les subventions que le sultan leur accor- dait, elles suivaient ses conseils dans presque toutes les affaires qui les concernaient. S'étant bientôt aperçu de l'influence que j'exerçais sur ces Arabes, il en fut vivement contrarié; regardant comme vrai ce qu'il soupçonnait, il écouta tous les rapports, même les plus contradictoires, que les délateurs lui adressaient à mon sujet, jusqu'à ce qu'enfin, dans un accès d'emportement, il écrivit une lettre de 1 Le pays des Ghomra, ou Ghomera, est du groupe de montagnes nommé le forme maintenant le territoire des Aulad Djebel Amour. On le traverse avant d'arri- Nall. 11 est situé immédiatement au nord- ver à Laghouat.

LXII PROLÉGOMÈNES plaintes à Ouenzemmar, l'ami intime et le conseiller du sultan. Ouenzemmar la communiqua à son souverain, et celui-ci m'expédia sur-le-champ une lettre de rappel.

Je partis de Biskera avec ma famille Tan 77^, au jour anniversaire de la naissance du Prophète (10 septembre 1872 de J. C). Arrivé à Milîana, dans le Maghreb central, j'appris que le sultan était mort de maladie et que son fils, Abou Bekr es-Saîd, enfant en bas âge, avait été proclamé par Ibn Ghazi. On me dit aussi que ce vizir avait quitté Tlemcen en toute hâte afin de se rendre à Fez avec son fantôme de souverain. Ali Ibn Hassoun en-Nebati, un des généraux et des clients du dernier sultan, commandait alors à Milîana; II se mit en route avec moi et me conduisit au milieu des Beni l-Attaf. Nous descendîmes chez les Aoulad Yahya Ibn Mouça, et quelques membres de cette tribu m'ac- compagnèrent chez les Aoulad Arîf. Peu de jours après, Ibn Hassoun vint me joindre, et nous partîmes ensemble pour Fez, en prenant la route du désert. Il arriva cependant qu'Abou Hammou, instruit de la mort du sultan Abd el-Azîz, quitta Tîgourarîn *, ville du désert,* dans laquelle il s'était réfugié, et s'empara non-seulement de Tlem- cen, mais de toute la province. Apprenant alors que nous étions dans son voisinage, il donna aux Beni Yaghmor, cheikhs de la tribu d'Obeïd Allah, branche de celle de Malil, Tordre de nous arrêter aussitôt que nous serions entrés sur leur territoire. Ils nous rencontrèrent à Ras el-Aïn, où le Ouadi-Za 2 prend sa source. Quelques-uns des nôtres échappèrent à cette attaque, grâce à la vitesse de leurs chevaux, et se réfugièrent dans la montagne de Debdou 3; mais le reste, et j'étais de ce nombre, fut réduit à s'enfuir à pied. Quant à nos effets et à nos bagages, tout nous fut enlevé. Nous marchâmes ensuite pen- dant deux jours dans un désert aride avant d'atteindre un pays 1 Voyez ci-après, p. 11 5, note 4. presque toutes les rivières de l'Afrique * Le Za prend sa source à quelques ki- septentrionale, lomètres au sud de Sebdou, et se dirige 8 La ville de Debdou est située à l'est ' vers l'ouest jusqu'à ce qu'il se jette dans du Molouïa et à quarante-huit kilomètres le Molouïa. A partir de sa source, il prend sud-est de Guercîf. Sur plusieurs cartes, successivement plusieurs noms, comme on l'a placée à l'ouest de cette rivière.

D'IBN KHALDOUN.

habité, et nous retrouvâmes enfin nos compagnons à Debdou. De là nous partîmes pour Fez, où nous arrivâmes au mois de djomada (novembre-décembre 1372), J'allai tout de suite me présenter au vizir lbn Ghazi et à son cousin Mohammed Ibn Othman. J'étais un ancien camarade de celui-ci, ayant fait sa connaissance à l'époque 011 nous étions allés trouver le sultan Abou Salem à la montagne de Sa- fiha. Le vizir me lit l'accueil le plus honorable et le plus amical; il surpassa même mon attente dans les traitements et les ictâ qu'il m'ac- corda. Je conservai ainsi ma position à la cour; je jouissais de la considération publique, et j'occupais une place élevée dans le con- seil du gouvernement.

L'hiver se passa ainsi; mais bientôt une nouvelle révolution priva Saîd du trône. Ibn el-Ahmer, roi de Grenade, fut très- mécontent du départ d'Ibn el-Khatîb, qui avait abandonné son service, et demanda au vizir lbn Ghazi l'extradition du fugitif. Ayant essuyé un refus, il envoya en Afrique l'émir Abd er-Rah- nian Ibn Abi Ifelloucen, prince mérinide, qu'il avait retenu jus- qu'alors dans une captivité honorable, d'après le désir du feu sultan Abd el-Azîz. Lors de son avènement au pouvoir, Abd el- Azîz s'était vu exposé aux tentatives de ses propres parents, et pour cette raison il les avait fait enfermer tous. Abd er-Rah- man débarqua à Ghassaça, port du Rîf marocain, situé à l'ouest du cap Tres-Forcas, et les Botouïa, tribu de cette lo- calité, le proclamèrent sultan. Peu de temps après, le prince Abou '1-Abbas Ahmed, fils du sultan Abou Salem, recouvra la liberté, et Abd er-Rahman s'empressa de le reconnaître pour sultan du Maghreb, en se réservant les provinces de Sidjil- messa et de Derâ. Ils mirent alors le siège devant la Ville-Neuve de Fez, et forcèrent le vizir Ibn Ghazi de se rendre. Le nou- veau sultan, Abou '1-Abbas, fit son entrée dans la capitale des Etats mérinides, le 20 juin 1374, et, par suite d'un second LXIV PROLÉGOMÈNES arrangement avec lui, l'émir Àbd er-Rahman obtint la souve- raineté de la ville et de la province de Maroc.

A l'époque où nous reprenons le récit d'Ibn Khaldoun, le sultan de Fez avait pour vizir Mohammed Ibn Othman, et celui de Maroc venait d'autoriser le sien, Mesaoud Ibn Maçaï, à se retirer en Espagne.

Depuis le moment de mon arrivée auprès du vizir Ibn Ghazi, je restais à l'ombre tutélaire du gouvernement, et je m'adonnais à l'é- tude et à l'enseignement. Quand le sultan Àbou '1-Abbas et l'émir Abd er-Rahman vinrent camper à Kodiat-el-Araïch (colline située à l'ouest de la Ville-Neuve), tous les fonctionnaires publics, tels que les jurisconsultes, les hommes de plume et les hommes d'épée, se rendirent auprès d'eux. Ensuite on permit à tout le monde, sans exception, d'aller visiter les deux sultans, et je profitai de cette oc- casion pour les voir.

J'ai déjà mentionné comment j'avais agi envers le vizir Mohammed Ibn Othman 1; maintenant il me témoignait une grande reconnais- sance et me prodiguait les promesses les plus flatteuses. Mais l'émir Abd er-Rahman venait de montrer une inclination pour moi et me consultait très-souvent sur ses propres affaires. Ceci déplut à Ibn Othman, et il poussa son sultan, Abou '1-Abbas, à me faire empri- sonner. En apprenant cette nouvelle, l'émir Abd er-Rahman s'écria que c'était à cause de lui qu'on m'avait traité de la sorte, et il déclara avec serment qu'il lèverait son camp si l'on ne me relâchait pas. Le lendemain, son vizir Mesaoud Ibn Maçaï obtint mon élargissement, et, trois jours après, les deux sultans se séparèrent. Abou '1-Abbas entra dans sa capitale et Abd er-Rahman prit la route de Maroc.

J'accompagnai celui-ci; mais, n'étant pas très-rassuré sur ma posi- tion, je résolus de m'embarquer à Asfi 2, et de passer en Espagne. Ibn Maçaï venait de quitter le service d'Abd er-Rahman; il approuva 1 Voyez ci-devant, p. xxxvn. tique, est située à louest-nord-ouest de la * Asfi, ou Safi, port de mer sur TAtlan- ville de Maroc.

D'IBN KHALDOON. lxv mon projet et me conduisit auprès de Ouenzemmar Ibn Arîf, qui se trouvait aux environs de Guercîf \ lieu où il faisait ordinairement sa résidence. Comme ce personnage avait rendu de grands services au sultan Abou 'l-Abbas, le vizir Ibn Maçaï espérait obtenir pour moi, par son entremise, l'autorisation de passer en Espagne. Un courrier, expédié par Abou 'l-Abbas, vint nous trouver chez Ouenzemmar et nous conduisit à Fez, où, après beaucoup de retards et de difficultés de la part de Mohammed Ibn Othman, de Soleïman Ibn Dawoud et d'autres grands officiers de la cour, j'obtins la permission que j'avais sollicitée.

Quant à mon frère Yahya, il avait quitté le sultan Abou Hammou quand celui-ci abandonna Tlemcen, et était allé se mettre au service du sultan mérinide Abd el-Azîz. Après la mort de ce prince, il conti- nua à exercer les fonctions de son office sous Saîd, fils et succes- seur de ce prince. Lors de la prise de la Ville-Neuve, par Abou 'l-Abbas, il obtint de celui-ci la permission d'aller à Tlemcen, où il devint encore le secrétaire particulier du sultan Abou Hammou.

Je fais un second voyage en Espagne, ensuite je retourne à Tlemcen, d'où je passe chez les Arabes nomades. Je fixe mon séjour parmi les Aoulad Arîf.

Parti de Fez avec l'émir Abd er-Rahman, je le quittai bientôt après et j'allai voir Ouenzemmar Ibn Arîf, qui obtint pour moi, avec beau- coup de difficulté, l'autorisation de passer en Espagne. Ce fut dans le mois de rebiâ 776 (août-septembre 1 37A de J. C.) que je débar- quai dans ce pays où j'avais l'intention de me fixer et de passer le reste de mes jours dans la retraite 2 et dans l'étude. Arrivé à Gre- nade, je me présentai au sultan Ibn el-Ahmer qui m'accueillit avec sa bonté habituelle.

Je venais de rencontrer à Gibraltar le jurisconsulte Ibn Zemrek, qui avait remplacé Ibn el-Khatîb comme secrétaire d'état et qui se ren- dait à Fez pour complimenter le sultan Abou 'l-Abbas de la part du roi 1 Ville située sur le Molouîâ; latitude 2 Dans le texte arabe, la bonne leçon 34° 8' nord. est joUiVI.

Prolégomènes. i LXV1 PROLÉGOMÈNES de Grenade. Au moment où il s embarquait pour Ceuta, je l'avais prié de m'envoyer mes enfants et les- gens de ma famille. Lorsquil fut arrivé à la capitale de l'empire mérinide, il parla aux ministres à ce su- jet; mais ils n'y voulurent pas consentir, craignant que, si je restais en Espagne, je ne portasse le sultan Ibn el-Ahmer à favoriser les en- treprises de l'émir Abd er-Rahman, dont ils me croyaient l'émissaire: Ils firent même inviter le souverain espagnol à me livrer entre leurs mains, et, sur son refus, ils demandèrent que je fusse débarqué sur la côte de la province de Tlcmcen. Us lui donnèrent aussi à entendre que j'avais essayé de faire évader Ibn el-Kbatîb, qu'ils retenaient pri- sonnier depuis la prise de la Ville-Neuve. Il est vrai que j'avais solli- cité en sa faveur les personnages les plus élevés de l'Etat, et employé pour le sauver l'intervention de Ouenzemmar et d'Jbn Maçaï; mais ces démarches n'avaient eu aucun résultat 1. Le sultan était déjà indis- posé contre moi quand Ibn Maçaï vint à Grenade, et, lorsque celui-ci lui eut fait connaître ma conduite dans l'affaire d'ibn el-Khatîb, il me prit en aversion, et, selon le vœu de mes ennemis, il me fit débar- quer à Honeïn sur la côte africaine.

J'ai déjà raconté comment j'avais poussé les Arabes de la province de Zab à combattre Abou Hammou, sultan de Tlemcen; aussi ce prince vit de très-mauvais œil ma présence dans une ville de ses Etats. Il consentit cependant à m' appeler dans sa capitale, grâce à l'in- tervention de Mohammed Ibn Arîf, qui était venu remplir une mis- 1 Quand Ibn el-Khatîb abandonna le service d'Ibn el-Ahmcr pour passer en Afrique, on fit accroire à ce prince que son ancien vizir s'y était rendu dans l'in- tention de pousser le sultan mérinide Abd el-Azîz à entreprendre une expédition con- tre le royaume de Grenade. Plus tard, le sultan Abou '1-Abbas ordonna l'arresta- tion d'Ibn el-Khatîb, sur la demande du monarque espagnol, et Ibn Zemrek, vizir de celui-ci, se rendit à Fez pour exiger la punition du transfuge. A cet effet, une commission fut nommée et Ibn el-Khatîb dut comparaître devant elle. Pour colorer l'irrégularité de la procédure, on accusa le prisonnier d'avoir inséré dans ses écrits des propositions malsonnantes; on tâcha alors, par l'emploi de la torture, de lui arracher l'aveu du crime dont on l'accu- sait; puis on le renvoya en prison, où So- leîman Ibn Dawoud, vizir du sultan de Fez, le lit assassiner, (On peut voir les détails de cette triste affaire dans YHistoire des Berbers, t. IV, p. 4i i.)

D'IBN KHALDOUN. lxvii sion auprès de lui. Arrivé à Tlcmccn, j'allai demeurer au couvent d'El-Obbad 1. L'an 776, au jour de la fête de la rupture du jeûne (5 mars 1375 de J. G.), ma famille et mes enfants vinrent me re- joindre. Je commençai alors à donner des leçons publiques; mais le sultan, ayant jugé nécessaire de s'attacher les Arabes Douaouïda, me choisit pour être son agent auprès d'eux. Comme j'avais renoncé aux affaires pour vivre dans la retraite, j'éprouvai une grande répugnance à me charger de cette mission; mais je fis semblant de l'accepter avec plaisir. Mutant rendu à El-Bat'ha, je tournai à droite pour at- teindre Mendès, et, arrivé au midi du mont Guezoul 2, je rencontrai les Aoulad Arîf, qui m'accueillirent avec des dons et des honneurs. Je fixai mon séjour chez eux, et ils envoyèrent à Tlcmcen chercher ma famille et mes enfants. Ils promirent aussi de représenter au sultan que j'étais dans l'impossibilité de remplir la mission dont il m'avait chargé; en effet ils lui firent agréer mes excuses. Je m'établis alors avec ma famille à Calât Ibn Selama s, château fort situé dans le pays des Beni Toudjîn et que les Douaouïda tenaient du sultan comme ictâ. J'y demeurai quatre ans, tout à fait libre de soucis, loin du tra- cas des affaires, et j'y commençai la composition de mon ouvrage (sur l'histoire universelle). Ce fut dans cette retraite que j'achevai les Prolé- gomènes, ouvrage dont le plan était tout à fait original, et pour l'exécution duquel j'avais pris la crème d'une énorme masse de rensei- gnements.

Je retourne à Tunis, auprès du sultan Abou l-Abbas, et je m'établis dans cette ville.

En me fixant à Calât Ibn Selama, je m'installai dans un grand et solide pavillon qu'Abou Bekr Ibn Arîf y avait fait bâtir. Pendant le long séjour que je fis dans ce château, j'avais oublié complètement le 1 Voyez ci-devant, page lvi. pelées maintenant oj^èjlj", Taoughzout, a Mendès est un haut plateau du terri- ou Taourzout, c'est-à-dire, «lieu d'où Ton toiredes Flîta, à l'ouest de Tîaret. Le mont fait des razias, » se trouvent à cinq ou six Guezoul est situé à environ dix kilomètres kilomètres sud-ouest de Frenda, poste fransud-ouest de Tîaret. çais situé sur le Oued et-Taht, une des 3 Les ruines de Calât ibn Selama, ap- branches supérieures du Mîna.

LXV1I1 PROLÉGOMÈNES royaume de Maghreb et celui de Tiëmcen pour rn occuper unique- ment du présent ouvrage. Lorsque je passai à l'Histoire des Arabes, des Berbers et des Zenata, après avoir terminé les Prolégomènes, je désirai beaucoup consulter plusieurs livres et recueils qui se trouvent seulement dans les grandes villes; j'avais à corriger et à mettre au net un travail presque entièrement dicté de mémoire; mais vers oe temps je fis une maladie tellement grave, que, sans la faveur spéciale de Dieu, j'y aurais succombé.

Poussé par le désir de me rendre auprès du sultan Abou 'l-Abbas et de revoir Tunis, la demeure de mes pères, ville qui montre encore plusieurs traces dé leur existence et qui renferme leurs tombeaux, je me mis à solliciter de ce prince la permission de rentrer sous l'auto- rité du gouvernement hafside. Peu de temps après, je reçus des lettres de grâce et l'invitation d'aller le trouver sans retard. Ayant hâté mes préparatifs de départ, je quittai les Aoulad *Arîf avec une bande d'Arabes rîahides, qui étaient venus à Mendès avec leurs troupeaux afin de se procurer un approvisionnement de blé. Nous partîmes au mois de redjeb 780 (oct. nov. 1378 de J. C.) et nous suivîmes la route du désert jusqu'à Douccn, ville limitrophe de la province de Zab *. Ensuite je montai dans le Tell (les hautes terres), accompagné de quelques serviteurs de Yacoub Ibn Ali que j'avais rencontrés à Farfar, village que ce chef arabe avait fondé dans le Zab 2. Ils me conduisirent auprès de leur maître, qui se trouvait aux environs de Constantine, dans le camp de l'émir Ibrahim, fils d'Abou '1-Abbas, 1 Dans le manuscrit de Leyde et celui 'iyj>\ (^Jwj dUUa IjjL^^L)^ *-oL d'Alger, le texte de la phrase qui précède j (jJL^ ^o^r 0»« ï^-UI) offre plusieurs lacunes. Le manuscrit de f ^jV! [ ^s Paris fournit le moyen de rétablir les mots [J[.[ L| ^ 1" - D'IBN KHALDOUN. lxix suJtan de Tunis. Je me présentai à ce prince, qui m'accueillit avec une bonté dont je demeurai confus; il me donna l'autorisation d'en- trer à Constantine, et délaisser ma famille sous sa protection pen- dant que j'irais voir le sultan, son père. Yacoub Ibn Ali me fournit une escorte commandée par son frère Abou Dinar.

Le sultan Abou 'l-Abbas venait de quitter Tunis avec ses troupes, afin de châtier les cJieïkhs des villes djeridiennes 1 et de les faire rentrer dans le devoir. Ce.fut aux environs de Souça que nous parvînmes à le rejoindre. II m'accueillit avec bienveillance et daigna me consulter sur des affaires très-importantes. Ensuite il me renvoya à Tunis, où Fareh, son affranchi et lieutenant, avait l'ordre de me témoigner tous les égards possibles et de me fournir un logement, an traitement et des rations pour mes chevaux. J'arrivai à Tunis au mois de châban de la même année (nov. déc. 1378 de J. C), et, m'y étant installé sous la protection du sultan, je jetai le bâton de voyage. Ma famille étant venue m'y rejoindre, nous nous trouvâmes enfin réunis dans le champ de bonheur que ce prince nous avait ouvert.

L'absence du sultan se prolongea jusqu'à ce qu'il eût réduit les villes du Djerîd et brisé les forces des insurgés. Yahya lbn Yemloul 2, le chef principal de la révolte, se réfugia à Biskera, chez son beau-frère 3 Ibn Mozni, et le sultan distribua à ses propres fils les villes qu'il avait soumises. El-Montecer obtint les cantons de Nefta et de Nefzaoua, avec Touzer comme siège du commandement; son frère, Abou Bekr, s'établit à Gafsa 4. Le sultan, étant rentré à Tunis, me témoigna beau- coup de considération et m'admit, non -seulement à ses audiences, mais à des entretiens particuliers.

Les courtisans virent avec jalousie ces marques de confiance et travaillèrent à me perdre dans l'esprit du prince; mais, trouvant que 1 Toutes les villes du Belad el-Djerîd des Berlers, je l'ai écrit Yemloul; mais je (voyez ci-après, p. 1 76, note 1 ) avaient pro- crois maintenant que nous devons pronon- Jité des troubles qui régnaient dans Tem- cer Imloul, mot qui signifie « blanc » ou pire hafside pour se rendre indépendantes. « le blanc » en langue berbère.

* La prononciation du nom J^Ur est 3 Voy. Hist. des Berl. t. III, p. i^o.

incertaine, Dans la traduction de Y Histoire 4 Voy. ilid. p. 93, 9^.

LXX PROLÉGOMÈNES leurs délations ne produisaient aucun effet, ils s'attaehèrent à en- venimer la haine que me portait Ibn Arefa, mufti en chef et imam de la grande mosquée. Dans notre jeunesse, nous avions étudié en- semble sous les mêmes maîtres, et, bien qu'il fût plus âgé que moi, j'eus souvent l'occasion de montrer que j'étais meilleur écolier que lui. Depuis cette époque il ne cessa de me détester. Aussitôt que je fus arrivé à Tunis, les étudiants et même les propres élèves d'Ibn Arefa vinrent me prier de leur donner des leçons, et, comme je cé- dai à leur demande, ce docteur en fut profondément blessé. Il en- voya même des sommations formelles à la plupart d'entre eux pour les obliger à me quitter; mais ils n'y firent aucune attention, ce qui ajouta encore à la haine qu'il me portait.

Vers le même temps, les courtisans tâchèrent d'indisposer le sultan contre moi; ils travaillèrent, d'un commun accord, à me calomnier et à me nuire; mais le prince ne fit aucune attention à leurs paroles. Comme il recherchait toujours de nouvelles connaissances dans les sciences et dans l'histoire, il m'avait chargé de travailler à l'achève- ment de" mon ouvrage; - aussi, lorsque j'eus terminé l'histoire des Berbers et des Zenata, et mis par écrit tous les renseignements que je pus recueillir au sujet des deux dynasties 1 et des temps anté-isla- miques, j'en fis une copie pour sa bibliothèque.

Comme j'avais renoncé à la poésie pour m'oceuper des études sé- rieuses, mes ennemis représentèrent au sultan que j'évitais de com- poser des vers en son honneur parce que je ne l'en croyais pas digne, et que cependant j'avais très-souvent célébré les louanges des autres souverains. Ayant eu vent de ce manège par l'obligeance d'un ami que j'avais parmi les courtisans, je profitai de l'occasion qui s'offrit, lorsque je présentai au sultan l'exemplaire de mon livre portant son nom, pour lui réciter un poëme dans lequel je célébrais ses belles qualités et ses victoires; puis je le priai d'accepter ce volume comme la meilleure excuse que je pouvais offrir pour avoir négligé la poésie 2.

1 Les Oméiades et les Abbacides. — 8 L'auteur donne ici de longs extraits de ce poëme.

D'IBN KHALDOUN. lxxi Pendant ce temps les courtisans, stimulés par Ibn Arefa, employè- rent tous les moyens possibles pour me nuire auprès du sultan, et ils se concertèrent enfin pour le décider à m'emmener avec lui quand il se mettrait en campagne. (Voulant à toute force m'éloigner de la ville,) ils firent entendre à Fareh, gouverneur de Tunis, qu'il aurait tout à craindre de moi si j'y restais plus longtemps. Ils convinrent qu'lbn Arefa représenterait au sultan que mon séjour dans la capitale serait dangereux pour l'Etat. Cet homme en parla au prince pendant que je n'y étais pas, et lui fit une déclaration formelle à cet effet. Le sultan commença par lui donner tort; mais ensuite il me fit prévenir qu'il allait entreprendre une expédition et que j'avais à l'accompa- gner. Bien que cet ordre me contrariât beaucoup, je m'empressai d'obéir, ne pouvant faire autrement. Je partis avec lui pourTebessa, d'où il devait se diriger sur Touzer, afin d'en expulser Ibn Yemloul, qui, en l'an 783, avait enlevé Touzer au fils du sultan.

Au moment de quitter Tebessa, le sultan me donna l'ordre de repartir pour Tunis. Arrivé dans la capitale, j'allai à ma terre d'Er- Rîahîn (les myrtes 1 ) pour faire mes récoltes. Il revint de son expé- dition après avoir vaincu toute résistance, et je rentrai à Tunis avec lui. Au mois de chaban 784 (octobre i382), il fit des préparatifs pour envahir le Zab, pays où l'émir Ibn Mozni accordait toujours asile et protection à Ibn Yemloul 2. Craignant d'être obligé de l'ac- compagner, -et sachant qu'il y avait dans le port un navire apparte- nant à des négociants d'Alexandrie et chargé de marchandises pour cette destination, j'implorai le sultan afin qu'il me laissât partir pour la Mecque. Ayant obtenu son consentement, je me rendis au port, suivi d'une foule d'étudiants, et des personnages les plus éminents de la cour et de la ville. Après leur avoir fait mes adieux, je m'embarquai, le i5 du mois de chaban (25 octobre 1382); et je trouvai enfin le loisir de me retremper dans l'étude.

I.XX1I PROLÉGOMÈNES Je me rends en Orient et je remplis les fonctions de cadi au Caire.