SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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mais quand l'empire est tombé en pleine décadence, ce qui ne man- que pas d'amver, et qu'il a reçu de profondes atteintes dans sa force armée et dans ses revenus, ce chef, après avoir attendu longtemps, profite de l'occasion pour en faire la conquête. Cela est dans les voies de Dieu à l'égard de ses créatures. D'ailleurs le peuple du nouvel empire diffère de celui de l'ancien par son origine, par ses usages et par tous ses sentiments; il a pour lui un grand éloignement, et, pendant qu'il attend l'occasion de l'attaquer, il le prend en aversion et nourrit toujours l'espoir de le subjuguer. La haine mutuelle des deux nations devient tellement forte qu'elle ne reste plus un secret '; toute communication cesse entre les deux empires, de sorte que, dans celui qui vient de se former, on ne reçoit plus aucun renseigne- ment sur l'état de l'autre dont on puisse profiter pour l'attaquer ^ ouvertement ou le surprendre à l'improviste. Pendant cette période d'attente ^, le peuple du nouvel empire se retient et évite les hostilités ouvertes; mais quand la volonté de Dieu s'est manifestée, et que l'ancien empire va succomber, après avoir atteint le terme de son existence et s'être désorganisé dans toutes ses parties, sa faiblesse et son épuisement frappent l'attention de son adversaire, dont la puis- sance est devenue redoutable par l'adjonction des provinces qu'il lui a enlevées. Encouragés par cette découverte, les habitants du nou- vel empire se disposent d'un commun accord à commencer l'attaque; les dangers imaginaires qui avaient ébranlé leurs résolutions jus- p. 122. qu'alors disparaissent, la période de l'attente arrive à sa fin et la con- quête s'effectue par la force des armes. Observez, par exemple, ce qui se passa dans l'empire abbacide, pendant la première période de son existence: les chîïtes (ou partisans) que cette famille avait dans le Khoraçan, ayant organisé une mission '^ et s'étant mis tous d'ac- cord, attendirent dix ans ou même davantage avant d'attaquer ou- ' Littéral. « s'est raffermie secrètement ' Le mot L^»^ me paraît inutile. 11 et publiquement. » manque dans les manuscrits C, D et dans ' A la place de *j, les manuscrits C l'édition de Boulac. el D et l'édition de Boulac portent *Xa * Voy. partie I, p. 28, note 2.

136 PROLEGOMENES vertement et de renverser la dynastie des Oméiades. Il en fut de même des Alides du Taberistan: quand ils eurent établi leur mission dans le Deïlem, ils attendirent avec patience l'occasion qui les rendit maîtres de cette province. Après la chute de leur puissance, les Deï- lemides, ayant foinié le projet de conquérir le Fars et les deuxiracs, patientèrent pendant un grand nombre d'années, jusqu'au moment où ils purent enlever à l'autorité des Abbacides la ville d'Ispahan et la province de Fars. Plus tard ils se rendirent maîtres de la personne du khalife, à Baghdad.

Voyez encore les Obeïdides (Fatemides): leur missionnaire, Abou , Abd Allah le Chîïte, demeura pendant plus de dix ans au milieu des Ketama, tribu berbère du Maghreb, avant de trouver l'occasion de renverser la puissance des Aghlebides en Ifrîkiya. Les Obeïdides, devenus souverains du Maghreb entier, convoitèrent la possession ■ de l'Egypte et passèrent environ trente ans à faire des tentatives pour s'en emparer. A plusieurs reprises ils y envoyèrent des ar- mées et des flottes, et le gouvernement abbacide expédia de Bagh- dad et de la Syrie, par terre et par mer, des armées pour les re- pousser. Ils occupèrent Alexandrie, El-Faïyoum et le Saîd, étendirent de là leur domination jusqu'au Hidjaz, et établirent leur autorité dans le Bahreïn. Leur général, Djouher el-Kateb, se présenta alors devant Misr (le vieux Caire) avec une armée, et, s'en étant rendu maître, il renversa la dynastie des Béni Toghdj ' et fonda la ville d'El-Cahera (le Caire). Son khalife, Maadd el-Moëzz-li-dîn-IUah s'y P. 123. rendit environ soixante ans après la prise d'Alexandrie par les Fate- mides^. Voyez encore les Seldjoukides, rois des Turcs: après avoir défait les Samanides et passé l'OxuSj ils attendirent pendant trente ans l'occasion de vaincre le fils de Sebokteguîn^ dans le Khoraçan.

' Ce nom se prononce à peu près 7'orti/. nouveau en 807; mais il ne put pas la ^ En 3oi de l'hégire, Abou 'ICacem el- conserver. El-Moéz alla s'établir en Egypte Caim, fils d'Obeîd Allah el-Mehdi, s'em- l'an 362 (978 de J. C). para d'Alexandrie. Cette ville retomba au " Masoud II, fils d'Ibrahim, fils de Mapouvoir des Abbacides l'année suivante. soud, fils de Mahmoud, fils de Sebokle- Le même prince s'en rendit maître de guîn le Ghaznevide.

D'IBN KHALDOUN. 137 D'IBN KHALDOUN. 137 S'étant emparés de son empire, lis marchèrent sur Baghdad et se rendirent maîtres de cette ville et de la personne du khalife qui y résidait ^ Il en fut de même des Tartars: en l'an 617 (1220 de J. C.) ce peuple sortit de ses déserts; mais il dut mettre quarante ans pour établir sa domination. Dans le Maghreb ^, les Almoravides de la tribu de Lemtouna marchèrent contre les souverains maghraouïens ', et mirent plusieurs années à les vaincre. Ensuite les Almohades pro- clamèrent leur doctrine religieuse et s'insurgèrent contre la dynastie lemtounienne. Ils lui firent la guerre pendant trente ans avant de .s'emparer de Maroc, capitale de l'empire almoravide. Les Mérinides, peuple zenatien, attaquèrent le gouvernement almohade, lui firent la guerre pendant trente ans avant de lui enlever la ville de Fez et plusieurs provinces de l'empire. Ils le combattirent encore trente ans* avant de prendre la ville de Maroc, capitale de l'empire; ainsi que cela est raconté dans les histoires de ces dynasties. Voilà com- ment les nouveaux empires attaquent les anciens et mettent beaucoup de temps à les conquérir. Cela est dans les voies de Dieu à l'égard de ses créatures, et les voies de Dieu ne changent pas.

Que l'on ne nous objecte pas les conquêtes faites par les premiers musulmans, et comment ils vainquirent les Perses et les Grecs dans la troisième ou quatrième année après la mort du Prophète. Cela était encore un de ses miracles, qui avait pour effet mystérieux, P. 12/1. d'abord le dévouement des vrais croyants, qui n'hésitèrent pas à courir au-devant de la mort afin de faire triompher la foi en com- battant les infidèles; puis la terreur et la consternation dont Dieu remplit les cœurs des mécréants. Cela était complètement en dehors des événements usuels et différait beaucoup du système de tempori- sation suivi parles empires qui naissent à fégard des empires établis*; ' Dans le texte arabe, il faut lire (Jl t. III, p. 258, 272 et suiv. — * Les Méjo«j Lgj iCiJiii ^j.c. ^^f^ LLAM.li iloju rinides s'emparèrent de la ville de Maroc jLt *ul. i'an 1269, vingt-deux ans après la prise ^ Pour j?J, lisez *-?• de Fez.

Prolégomènes. — ii. 18 138 PROLÉGOMÈNES c'était une de ces choses extraordinaires un des miracles de notre Prophète, lesquels, selon l'opinion générale, eurent lieu dans l'isla- misme (après sa mort). Or aucune analogie n'existe entre un miracle et un événement ordinaire; donc on ne doit pas citer un miracle pour réfuter (un principe général).

Quand un empire est dans la dernière période de son existence, la population est très- nombreuse et les famines, ainsi que les grandes mortalités, sont fréquentes.

Le lecteur a déjà vu que, dans les empires naissants, le gouver- nement se distingue nécessairement par sa douceur et par sa modé- ration. Il tient ces qualités de la religion, si l'empire doit son exis- tence au triomphe d'une doctrine religieuse, sinon il les dérive des beaux et nobles sentiments qui se développent immanquablement dans l'âme sous l'influence de la civilisation qui naît dans la vie no- made et qui se reproduit naturellement dans les nouveaux empires. Sous une administration juste et bienfaisante, les cœurs s'ouvrent à l'espérance et l'on se livre avec ardeur à toutes les occupations qui pro- fitent à la société. La population, déjà nombreuse, prend un grand accroissement; mais comme cela se fait graduellement, on ne s'en aperçoit qu'après une ou deux générations. Au commencement de la troisième, l'empire approche du terme de sa vie \ la population a atteint son maximum. Qu'on ne nous objecte pas ce que nous avons P. 125. déjà dit, savoir que, dans les derniers temps d'un empire, le gou- vernement est mauvais et opprime^ les sujets, (et que, par consé- quent, la population doit diminuer). Notre observation en elle-même est juste, mais on ne peut pas nous l'opposer. Il est vrai que le peuple souffre à cette époque, et que les impôts ne rapportent pas beaucoup; mais les mauvais effets qui résultent de cet état de choses ne devien- nent sensibles qu'au bout d'un certain temps, ce qui tient au fait que, ' Pour Uyot, lisez t*y^. avec tous les * Ici et dans la ligne suivante il faut manuscrits et l'édition de Boulac. Sur les remplacer tjt:*-! par (_»^-l, leçon diverses périodes de la vie d'un empire, offerte par le manuscrit D et par l'édivoy. la première partie, pages 3^7, 356. lion de Boulac.

D'IBN RHALDOUN. 139 dans toutes les choses du monde, les changements se font graduel- lement.

Les famines et les grandes mortalités sont fréquentes quand l'empire est dans la dernière période de son existence. A cette épo- que, les famines ont presque toujours pour cause la suspension des travaux agricoles. Le peuple ne veut plus cultiver la terre parce que le gouvernement lui arrache son argent, l'accable d'impôts et le force à payer des droits de vente illégaux '. Les troubles causés par l'ap- pauvrissement des sujets et par les nombreuses révoltes auxquelles la faiblesse de l'empire donne lieu contribuent aussi au découragement général. Cela amène ordinairement une grande réduction dans la quantité des grains que Ton met en magasin. D'ailleurs la culture de la terre ne prospère pas toujours et ne fournit pas régulièrement des produits abondants. L'atmosphère, étant naturellement sujette à de grandes variations, peut donner beaucoup de pluie ou très-peu, et cela influe directement sur la quantité de grains-, de fruits et de bé- tail. Le peuple s'imagine qu'il y aura toujours assez de blé dans les magasins pour le nourrir, et, si ces dépôts viennent à lui faire défaut, il s'attend à la famine. Alors le prix des céréales augmente, et les pauvres, n'ayant pas le moyen d'en acheter, meurent de faim. 11 arrive aussi qu'en certaines années on n'a pas emmagasiné du blé, et cela amène une famine générale.

Quant aux grandes mortalités, elles ont pour causes, i° la famine; 2° la fréquence des révoltes qui ont lieu pendant la désorganisation de l'empire, alors que des troubles éclatent à chaque moment et coû- tent la vie à beaucoup de monde; 3° l'invasion des épidémies. Ces ma- ladies ont ordinairement pour cause l'altération de l'atmosphère par des principes de corruption et par des vapeurs malignes provenant d'une population surabondante. Or, puisque l'air est la nourriture des esprits vitaux et qu'il est toujours en contact avec eux, s'il se gâte, P. 126. le mal se transmet à la constitution. Si l'altération est très-forte, f^yi, lisez f^yi^.

18.

140 PROLÉGOMÈNES elle produit une maladie de poumons qui est, en réalité, la peste, fléau dont les influences délétères agissent spécialement sur ces or- ganes. Si l'altération n'est pas assez grave pour que la corruption prenne un giand développement, cela amène au moins beaucoup de fièvres et de maladies qui causent la mort en attaquant la constitution et le corps. La cause de cette corruption excessive et de ces vapeurs pernicieuses, c'est l'excès de la population dans les derniers temps de l'empire, excès qui provient de la douceur et des vertus du gouver- nement dans la première période de son existence, et du soin qu'il mettait à protéger ses sujets et à ne pas les surcharger d'impôts. Cela est manifeste. Voilà pourquoi, dans les traités de philosophie, on trouve énoncé, en son lieu et place, que les contrées habitées doi- vent être coupées par des régions abandonnées et par des déserts, afin que fondulation de fatmosphère s'opère plus facilement; car ce . mouvement amène de fair pur et enlève au mauvais air les prin- cipes de corruption qu'il avait absorbés pendant son contact avec les êtres animés. C'est par la raison déjà indiquée que la mortalité est toujours plus forte dans les villes qui, comme le Caire, en Orient, et Fez, en Occident, possèdent une nombreuse population. Dieu fait ce qu'il veut.

La société ne saurait exister sans un gouvernement {sïaça) qui puisse y maintenir l'ordre.

Il est pour les hommes d'une nécessité absolue de se réunir en société, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois. La réunion des hommes en société est ce qu'on désigne par le terme omran (civili- sation), matière dont nous traitons dans cet ouvrage. Les hommes, ayant adopté la vie sociale, ne peuvent se passer d'un modérateur ou magistrat à qui ils doivent avoir recours (dans leurs contestations). Dans certaines sociétés, fautorité du magistrat s'appuie sur une loi que Dieu a fait descendre du ciel et à laquelle on se soumet, dans la 127. croyance qu'on sera récompensé ou puni (selon sa conduite) à cet égard, croyance introduite par celui qui a fait connaître cette loi'. ' Je suis le texte des manuscrits G et D et de l'édition de Boulac. Ils portent: DIBN KHALDOUN.

141 Dans d'autres sociétés, le magistrat agit d'après un système d'admi- nistration [siaça) basé sur la raison, et auquel les hommes se sou- mettent dans l'espoir d'obtenir une récompense de ce magistrat, quand il connaîtra leur bonne conduite. Le premier système est utile aux hommes dans ce monde et dans l'autre, parce que le législateur savait d'avance tout ce qu'il pourrait y avoir (pour eux) de résultats avanta- geux, et qu'il voulait assurer leur salut dans l'autre vie. Le second sys- tème ne leur procure des avantages que dans ce monde.

La sîaça (ou régime ) civique \ dont le lecteur a sans doute entendu parler, n'a rien de commun avec le régime que je viens de mentionner; car, selon les philosophes, tous les individus appartenant à cette so- ciété idéale doivent s'y conformer, non-seulement dans leur conduite, mais dans leur caractère, afin qu'ils puissent se passer tout à fait de magistrats. Une société d'hommes qui remplissent ces conditions s'ap- pelle la cité parfaite, et le régime qui s'y observe porte le nom de siaça civique. On voit que, chez les philosophes, le terme sîaça n'in- dique pas le genre de régime que les hommes réunis en société adop- tent sous l'influence de certaines lois faites dans l'intérêt général;- l'xm est bien différent de l'autre. Selon les mêmes philosophes, la Aily> Aj »L». (_5oJl «-vie c_>la»JU, et je lis AiUri au nominatif.

' Selon les philosophes, les gouverne- ments des diverses espèces peuvent se ranger dans deux catégories: la première est ce qu'ils appellent iiA^iUjl iiÀJ(>AI, la cité parfaite, l'étal parfait; ils désignaient la seconde par le terme wv-c *_»_jt>_t[ *i.i>UJf, lacité imparfaite. Dans l'état par- fait, toutes les relations des citoyens seront fondées sur l'amour, et il n'y aura jamais de différends entre eux; donc ils n'auront pas besoin de souverain; ils s'y nourriront de la manière la plus convenable, aussi la médecine leur sera inutile; chaque in- dividu aura la plus grande perfection dont l'homme est susceptible. Dans cette ré- publique modèle, tous penseront de la manière la plus juste; personne n'ignorera les coutumes et les lois; il n'y aura ni faute, ni plaisanterie, ni ruse. La cité im- parfaite est celle où l'ignorance, le vice ou l'erreur prédominent. On la désigne aussi par les termes «J^L^l ii_v-)jw_t[ «la ville ignorante,» iiL.LiJ[ *ÀJi\iI «la ville cor- rompue, » *_JL«à_JI iUjtxti.1 la ville éga- rée.» {Nefaïs el-Fonowi, d'El-Ameli, cité par M. de Hammer dans son Encyclopœ- disehe Uebersicht, p. 56i. — Régime (la solitaire, analysé par M. Munk dans ses Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 389.)

142 PROLÉGOMÈNES cité parfaite ne doit exister que bien rarement ou pas du tout, et s'ils la prennent pour sujet de leurs discussions, c'est uniquement comme une hypothèse et une simple supposition.

Le sptème de gouvernement [sîaça) fondé sur la raison s'applique de deux manières. Dans la première, on a d'abord en vue les inté- rêts du public, puis ceux du souverain, dont il faut soutenir la domination. Ce système philosophique fut celui des Perses; le khalifat ne le suivit pas. Dieu nous ayant dispensés de l'employer en nous donnant la loi musulmane. En effet, les maximes de cette loi suf- fisent pour le maintien du bien public et privé et pour la correction des mœurs; on y trouve aussi tous les principes qui s'observent dans l'administration d'un royaume temporel. Dans la seconde manière, p. 128. on veille d'abord aux intérêts du souverain, et l'on cherche à conso- lider son ' autorité en lui donnant la force de dominer sur tous; le ■ bien public n'y est que d'un intérêt secondaire. Tel est le système suivi par tous les autres souverains du monde, tant musulmans qu'in- fidèles; les premiers, il est vrai, l'appliquent en observant autant que possible les prescriptions de la loi divine. Chez les musulmans, c'est une collection de règlements fondés sur la loi de Dieu, d'ordon- nances pour le maintien des bonnes mœurs, de lois exigées par la nature même de la société humaine, et de prescriptions concernant la force armée, appui dont on ne saurait se passer. (Pour rédiger ce recueil), on eut d'abord recours aux textes de la loi, et ensuite aux préceptes de morale donnés par les sages et aux règles administratives adoptées par les rois.

Un des traités les plus beaux et les plus complets qu'on ait com- posés sur ce sujet est la célèbre épitre adressée par Taher Ibn el-Ho- ceïn, général d'El-Mamoun ^, à. son fils Abd Allah Ibn Taher, que ce khalife venait de nommer au gouvernement de Racca (en Mésopo- tamie), du vieux Caire et de toutes les provinces situées entre ces deux villes. A cette occasion, Taher lui écrivit une lettre dans laquelle ' Pour *<^, lisez <J. — * Les mots My»UI jals manquent dansC, D et l'écUtion de Boulac.

il lui donna de bons avis et tous les conseils dont on peut avoir besoin quand on se charge d'une vice-royauté, et quand on tient à faire res- pecter son autorité. En lui rappelant les règles de conduite qu'il faut observer dans le monde, les maximes de morale et les principes d'administration civile et religieuse qu'il faut adopter, il lui recom- manda de se distinguer par les vertus et les honorables sentiments qu'on exige également des princes et des gens du peuple.

Voici le texte de cet écrit, que nous empruntons à l'ouvrage de Ta- beri ': «Au nom du Dieu miséricordieux et clément! Vis toujours dans la crainte du Dieu unique, qui n'a aucun associé dans son pou- voir; humilie-toi devant sa puissance; observe sa loi; tâche de dé- sarmer sa colère, et garde avec soin, jour et nuit, le troupeau qu'il t'a confié. En jouissant de la santé dont il t'a fait don, n'oublie jamais ce que tu vas devenir ^, et rappelle-toi que tu auras à comparaître devant lui pour répondre de tes actions. Remplis tous tes devoirs de manière à mériter du Tout-Puissant la faveur de sa protection et la grâce d'échapper à sa vengeance et à un châtiment terrible, au jour P. ug. de la résurrection. Dieu, que son nom soit glorifié! t'a traité avec bienveillance; mais il t'a imposé le devoir de la miséricorde envers celles de ses créatures qu'il a placées sous ta garde. Gouverne-les avec justice et n'oublie pas que Dieu a des droits sur elles, droits que tu as à faire valoir en infligeant les punitions déterminées par sa loi. Protége-les dans leurs personnes et leurs biens; fais respecter l'hon- neur de leurs femmes; ne sois pas prompt à verser leur sang; veille à la sûreté de leurs routes et procure-leur la tranquillité. Dans toute ta conduite, aie soin de remplir les devoirs et les obligations qui te sont imposés par ta charge; car tu seras interrogé sur tes actes passés et futurs, et tu en recevras la juste rétribution. Dévoue à cette tâche tes pensées, ton intelligence et ton esprit naturel, sans t'en laisser détourner par aucune préoccupation; cela doit être pour toi une af- ' C'est probablement dans les Annales dans les manuscrits C et D, ni dans l'e'di- que cette lettre doit se trouver. — Les tion de Boulac. mots Ijj» jt>, sont de trop; ils ne sont ni ' Pour^L», lisez^La.

, lU PROLÉGOMÈNES faire capitale; c'est la seule manière d'assurer tes véritables intérêts, et, de tous les moyens que Dieu t'a fournis, c'est le meilleur pour te guider. La première chose qui doit constamment engager ton atten- tion et influencer tes actions, c'est l'exacte observance de ton devoir envers Dieu, en faisant régulièrement les cinq prières journalières et celle du vendredi à la tête de tous tes gens. Pour remplir ce devoir, aie toujours fait d'avance les ablutions prescrites par la sonna. Com- mence par méditer sur la grandeur de Dieu; récite les leçons cora- niques d'une voix claire et distincte; fais les génuflexions, les pros- ternements et la pi'ofession de foi avec gravité et avec la sincère intention de plaire au Seigneur; encourages-y (par ton exemple) tes gens et tous ceux qui sont placés sous tes ordres, et corrige-les, s'il le faut; car la prière préserve du péché et des actes blâmables, ainsi que Dieu l'a dit (dans le Coran, sour. xxix, vers. 44); ensuite conforme- • toi aux pratiques [sonna) suivies par le Prophète de Dieu; lâche de former ton caractère sur le sien, et imite la conduite des hommes vertueux qu'il laissa après lui. Toutes les fois qu'il te surviendra une affaire, commence par demander avec humilité l'aide de Dieu et par t'en rapporter à sa volonté, et règle tous tes jugements d'après ce P. i3o. qu'il a révélé dans son livre, en fait d'ordres et de prohibitions, de choses licites et de choses défendues, et guide-toi ' d'après les indi- cations fournies par les traditions relatives au Prophète. Engage-toi dans l'examen de cette affaire sans jamais perdre de vue les devoirs que Dieu t'a imposés; que la partialité ou la prévention ne t'écartent jamais de la justice, et ne te mènent pas à faire une distinction entre tes proches et ceux qui te sont étrangers. Respecte la science de la loi et les hommes qui s'en occupent, la religion et ceux qui en pos- sèdent les doctrines, le livre de Dieu et ceux qui s'y conforment dans leurs actions; car la plus belle parure d'un homme c'est d'être savant dans les sciences religieuses, de les étudier avec passion, de pousser les autres à les apprendre, et d'en acquérir une connaissance qui