SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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J'en jure par les deux robes d'un moine et par la (maison) que Cosaï bâtit lui seul et le fils de Djorhem ''.

de <_J*C Koub. (Voyez YEssai sur l'histoire des Arabes de M. Caussin de Perceval, t. J, p. 90.) Au reste, ce passage ne se trouve ni dans les manuscrits C, D, ni dans l'édition de Boulac.

' Littéral. « et y plaça une clef. » * Je crois que tout ce qui précède, à partir des mots «Ses fds, ^secondés par leurs oncles malernels » (voyez p. 255, 1. 10) est une interpolation.

^ Voyez la Chrestomathie arabe de M. de Sacy, l. II, p. A71 et suiv.

" L'auteur a cité ce vers d'une manière très-inexacte, et a même fait dire au poëte une absurdité. Si l'on scande le premier hémistiche, on s'apercevra qu'un mot de deux syllabes manque après le mot ijJ'fv. L'édition de Boulac ofTre une leçon bien préférable, pourvu qu'on y remplace cJ-».^ par oiXi., ainsi que cela se lit dans les manuscrits. Voici le vers, tel que cette édi- tion le donne: La correction faite, ce vers.signifie .l'en jure parles deux robes du moine d'Ed- Dour et par la (maison) que bâtirent Cosaï et Ei-Modad, fils de Djorhem.

A, DIBN KHALDOUN. 257 Pendant (jue la maison sainte était sous la garde des Coreïchides, elle fut détruite par un torrent ou, dit-on, par un incendie, ils re- construisirent l'édifice, et, pour subvenir aux frais de cette entre- prise, ils contribuèrent chacun pour une portion de leur fortune'. Un navire ayant fait naufrage sur la côle de Djidda, ils en achetèrent le bois pour en faire le toit de la maison. La hauteur des murailles, qui (dans le principe) dépassait à peine la taille d'un homme, fut •portée par eux à dix-huit coudées. La porte avait été au niveau du sol; ils la placèrent plus haut que la taille d'un homme, afin d'em- pêcher les torrents d'y pénétrer. L'argent étant venu à leur manquer avant l'achèvement du travail, ils laissèrent en dehors de leur cons- truction une partie des (anciennes) fondations, sur une longueur de six coudées et un empan. On entoura cette partie d'un mur très-bas, P. 218. en dehors duquel les pèlerins devaient passer en faisant les tournées (saintes autour de l'édifice): c'est là le Ilidjr. La maison (sainte) resta dans cet état jusqu'à l'époque où (Abd Allah) Ibn ez Zobeïr, s'étant fait proclamer khalife, se retrancha dans la Mecque, l'an 6/t (683-684 (le J. C), afin de résister à l'armée que Yezîd, fils de Moaouîa, avait envoyée contre lui sous les ordres d'El-Hoceïn Ibn Nomeïres-Sekouni. r^a maison sainte souffrit alors d'un incendie, allumé, dit-on, par le feu grégeois [nafl] qu'on lança contre Ibn ez-Zobeïr. Comme les mu- railles s'étaient fendues à la suite de cet accident, Ibn ez-Zobeir les fit abattre, et reconstruisit l'édifice avec le plus grand soin. Les anciens Compagnons (de Mohammed) blâmèrent le plan adopté par Ibn ez-Zobeïr, mais il se justifia en leur citant la parole suivante, que le Prophète avait adressée à Aïcha: « Si ton peuple (les Mec- quois) n'était pas sorti de l'infidélité depuis si peu de temps, je leconstruirais la maison (sainte) sur les fondations posées par Abra- ham. J'y mettrais deux portes, fune tournée vers l'orient, et l'autre vers l'occident. » Ibn cz-Zobeïr fit alors abattre l'édifice et mettre à découvert les fondations posées par Abraham. II rassembla en- ' L'auleur aurait dû nous dire ici que cet édifice el y po;a lui-même la pierre Mohammed assista à la reconstruction de noire.

258 PROLÉGOMÈNES suite les grands et les notables, afin de leur faire voir ces anciennes constructions. Ibn Abbas lui recommanda fortement de poser (pro- visoirement) devant les yeux du peuple un objet qui leur servirait de kibta\ et, par suite de ce conseil, il érigea autour des fon- dations un échalaudage de bois, qu'il fit recouvrir de toiles. De cette manière, il évita de laisser disparaître la kibla. 11 fit venir de Sanâa (du Yémen) un approvisionnement de plâtre et de chaux, et, s'é- tant informé du lieu où se trouvaient les anciennes carrières, il en tira toutes les pierres dont il avait besoin. Ayant alors commencé à bâtir sur les fondations posées par Abraham, il éleva les murailles à la hauteur de vingt-sept coudées. Il mit à la maison deux portes, qu'il plaça au niveau du sol, se conformant ainsi aux indications fournies par la tradition déjà citée. Il dalla l'intérieur de la maison avec du marbre et en revêtit aussi les murailles. On fabriqua, par . son ordre, des lames d'or pour recouvrir les portes, et des clefs d'or (pour les serrures).

El-Haddjadj, étant venu l'y assiéger sous le règne d'Abd el-Melek, foudroya la mosquée avec ses mangonneaux, et fendit ainsi les mu- railles de la maison (sainte). Après avoir vaincu Ibn ez-Zobeïr, il de- '.215. manda l'avis d'Abd el-Melek au sujet des ahérations et des additions que ce chef y avait faites. Le khahfe répondit par l'ordre de tout abattre, et de reconstruire la maison sur les fondations mêmes que les Coreïchides avaient choisies. Encore aujourd'hui elle porte sur ces fondations. On rapporte qu'Abd el-Melek, ayant ensuite acquis la certitude que la tradition attribuée à Aïcha était authentique, re- gretta vivement ce qu'il avait permis. «Ah! s'écria-t-il, j'aurais mieux fait de laisser à Abou Khobeïb^ la responsabilité dont il s'était chargé en reconstruisant la maison (sainte). » EI-Haddjadj abattit sur une longueur de six coudées et un empan la partie de la maison qui re- gardait le Hidjr, et la reconstruisit sur les fondations posées par les Coreïchides. Il fit boucher la porte occidentale ainsi que la partie ' Le point vers lequel lous les miisui- '' Pour ej-zv*^, lisez i_)-*^- Abou Khoiiiansdoiventsetournerenfaisanllaprière. beïb était le surnom d'Ibn ez-Zobeïr.

D'IBN KIIALDOUN.

239 du mur qui se trouve maintenant au-dessous du seuil de la porte orientale', et laissa le" reste de l'édifice sans y faire aucun change- ment. Donc la maison sainte est (presque) en entier de la construction d'Ibn ez-Zobeïr. On distingue encore sur un des murs la ligne où la partie construite par El-Haddjadj se joint à celle qu'Ibn ez-Zobeïr avait fait bâtir: l'espace entre les deux est de la largeur d'un doigt et ressemble à une crevasse, mais elle est complètement fermée.

Un problème très-difficile à résoudre se présente ici; car (ce que nous venons d'exposer) ne saurait se concilier avec la doctrine des légistes au sujet des tournées (que les pèlerins doivent faire autour de la maison sainte). Ils disent qu'en faisant les tournées il faut éviter de se pencher au-dessus du soubassement (de la Caaba^), car autrement les tournées se feraient en dedans (des fondations de) la maison sainte. Cette opinion est fondée sur la supposition que la Caaba ne s'appuie pas en entier.sur les (anciennes) fondations, dont on aurait laissé en dehors des murailles la partie qui s'appelle le sou- bassement. Les légistes enseignent encore la même chose en parlant de la manière de baiser la pierre noire: «Celui, disent-ils, qui la baise en faisant les tournées doit marcher en arrière avant de se re- dresser (et de continuer sa course); sans cela il ferait une partie de la tournée en dedans (des anciennes fondations) de la maison. » Or, si toutes les murailles de cet édifice ont été construites par Ibn ez- Zobeïr, elles reposent nécessairement sur les anciennes fondations d'Abraham; comment alors le pèlerin pouvait-il commettre l'erreur contre laquelle les légistes le mettent en garde.»* Il n'y a pas moyen de résoudre cette difficulté, à moins d'admettre l'une ou l'autre des sup- ' C'est-à-dire, il boucha l'ancienne porte et en perça une nouvelle, direclemenl au- dessus.

' Ge soubassement est désigné par le mol persan chadmuan. Il entourait la Caaba de trois côtés, celui du sud-ouest, celui du sud est et celui du nord est. H avait seize doigts de hauteur et une coudée de largeur. (Voyez l'Histoire de la Mecque d'El- Azraki, page f i a de l'édition du texte arabe publié par M. Wûslenfcld. Dans la seconde ligne de cette page, il faut remplacer le mot ïjLKm par i».mj; cette correction est pleinement justifiée par l'indication qui se trouve dans la douziènie ligne de la même page.)

33..

260 PROLEGOMENES p. 220. positions suivantes: 1° qu'El-Haddjadj abattit tout l'édifice et le re- construisit (en le rétrécissant), opinion que les récits de plusieurs traditionnistes pourraient justifier si l'on ne voyait pas sur l'édifice lui-même des indications qui prouvent le contraire; on les reconnaît dans la ligne de jonction qui règne entre les deux constructions et dans la différence de travail qui existe entre la construction supé- rieure et la construction inférieure; 2° qu'lbn ez-Zobeïr ne construisit pas la totalité de la maison sur les fondations d'Abraham, et qu'il le fit seulement pour le Hidjr, local qu'il voulait faire entrer dans f édi- fice; donc la Caaba, bien qu'elle soit construite par Ibn ez-Zobeïr, ne s'élèverait pas sur les fondations posées par Abraham; mais cela est tout à fait improbable; et cependant il faut adopter fune ou fautre de ces opinions (si fon admet la doctrine des légistes).

Le parvis de la maison sainte forme la mosquée. C'était autrefois une place ouverte dans laquelle on faisait les tournées. Au temps du Propliète et de son successeur, Abou Bekr, ce parvis n'était pas clos de murs; mais, le nombre des pèlerins s'étanl ensuite augmenté beaucoup, Omar acheta plusieurs des maisons (voisines), les fil abattre afin d'agrandir ce local, qui servait de mosquée, et il entoura le tout d'un mur dont la hauteur n'atteignait pas à la taille d'un homme. Olhman fit comme Omar; Ibn ez-Zobeïr suivit leur exemple; puis El-Ouéhd, fils d'Abd el-Melek, reconstruisit le (mur de clôture) en y ajoutant une colonnade de marbre. El-Mansour agrandit encore la mosquée, et son fils et successeur, El-Mehdi, fit de même. De- puis lors on n'y a plus fait d'addition, et elle est restée dans cet état jusqu'à nos jours.

On ne saurait concevoir jusqu'à quel point Dieu a ennobh et chéri la maison sainte. Il nous suffira de dire qu'il en a fait un lieu où les révélations célestes et les anges descendaient du ciel; qu'il la destina spécialement aux actes de dévotion; qu'il prescrivit, à l'égard d'elle seule, les cérémonies et les pratiques du pèlerinage, et qu'il assura à toutes les parties du Haram (ou territoire sacré qui entoure la Mecque) des droits et des privilèges qu'il n'avait jamais accordés à aucun autre DiBN KHALDOUN.

261 lieu. 11 en a défendu l'entrée à tout individu qui ne professe pas la religion musulmane, et il a imposé, à quiconque y pénètre, l'obliga- tion de se dépouiller de toute espèce de vêtement cousu à l'aiguille, et de se couvrir d'une simple pièce de toile (izar); il a pris sous sa protection tous les êtres vivants qui s'y réfugient, tous les animaux qui paissent dans les champs voisins, de sorte que personne ne doit leur nuire. Les animaux craintifs n'ont aucun danger à appréhender P. en ce lieu; on n'y fait pas la chasse au gibier, et l'on n'y coupe pas les arbustes pour se procurer du bois à brûler. Le Haram, jouissant de ces privilèges honorables, a pour limites: Tenaîm, à trois milles de la Mecque, sur la route de Médine; le col de la montagne d'El- Moncatâ, sur la route de l'Irac et à la distance de sept milles; le Châab (ou défdé), sur la route d'El-Djiêrana, et à la distance de neuf milles; Batn-Nemra, sur la route de Taïf, et à la distance de sept milles; Moncatâ 'l-Acbaïr, sur la route de Djidda, et à la dis- tance de dix milles. Voilà pour la Mecque et pour son histoire.

On désigne la Mecque [Mekka) par les noms d'0/n/« el-Cora (la mère des villes, la métropole); on l'appelle aussi la Caaba^, parce qu'elle s'élève en forme de dé à jouer [caab), et on la nomme aussi Bekka. Selon El-Asmaï^ ce dernier nom lui fut donné parce que les hommes se coudoyaient [bekk] dans leur empressement à s'y rendre. El-Mo- djahed' dit que le 6 de Bekka se changea en m, de même que le verbe lazeb (être attaché) se convertit en lazem, et cela à cause de la proxi- mité mutuelle des organes qui servent à l'émission de ces deux lettres. «Ce n'est pas cela, dit En-Nakhaï*; Bekka désigne la maison sainte, et Mekka la ville. » Selon Ez-Zohri ^ Bekka désigne la mosquée en totalité, et Mekka le haram''.

' Ce nom est proprement celui de la maison sainte.

' Ibrahim en-Nakliaï, un des disciples des Compagnons de Mohammed, mourut l'an 95 (713-71/1 de J. C.)

" Les docteurs musulmans allachent beaucoup d'importance à cette question orthographique, parce que, dans le qua- tre-vingt-dixième verset de la troisième sourate du Coran, la ville de \n Mecque est désignée par le mot Bekka.

262 PROLEGOMENES iVlèiue dans les temps du paganisme, les peuples avaient une pro- fonde vénération pour la maison sainte, et les rois, comme Chosroès et autres, y envoyaient de riches oiFrandes. On connaît l'histoire des épées et des deux gazelles d'or qu Ahd el-Moltaleb retrouva en dé- blayant le puits de Zemzem. Quand le Prophète s'empara de la Mecque, il trouva dans la citerne située dans l'intérieur delà (maison sainte) soixante et dix mille onces d'orque les rois y avaient envoyées comme dons. Ce trésor valait deux millions de dinars et pesait deux cents 222. quintaux ^ Ali lui proposa alors d'appliquer ces richesses aux frais de la guerre; mais son avis ne fut pas accueilli. On donna le même con- seil à Abou Bekr; mais il n'y fit aucune attention. Voilà ce que rap- porte El-Azrakl^. « El-Bokhari relate la tradition suivante, qu'il fait re- monter à Abou OuaïP: «J'allai m'asseoir, dit-il'', à côté de Cheïba » Ibn-Otbman ^ qui me dit: Omar Ibn cl-Khattab s'étant assis à côté de « moi, prononça ces paroles: J'ai la pensée de ne pas laisser une seule " pièce jaune ou blanche dans ce dépôt, et de tout distribuer aux vrais « croyants. Je lui dis: Tu ne feras pas cela. — Pourquoi.-* me dit-il. Je " répondis: Parce que tes deux compagnons ( et prédécesseurs) ne l'ont « pas fait. — Ah! s'écria-t-il, ce sont là des hommes dont la conduite " doit servir d'exemple. » Abou Dawoud'^ et Ibn Madja'' ont inséré cette tradition dans leurs recueils. Ce trésor resta où il était jusqu'à la ré- volte d'El-Aftas (le camus), dont le vrai nom était El-Hoceïn, et qui était fils d'El-Hoceïn, fils d'Ah, fils d'Ali Zeïn el-Abedîn^ Cela eut ' Soixante et dix raille onces font cin- quante huit quintaux et trente-trois livres. Le même poids d'or estimé à six dinars (ou 60 francs) l'once ferait quatre cent vingt mille dinars. Donc les chiffres don- nés par notre auteur ne sont pas exacts.

* Voyez les Chroniques de la Mecque, texte arabe, t. I, p. Iv, Ivl, del'édition de M. Wûstenfeld. Ei-Azraki écrivit son his- toire dans la première moitié du iii'siècle de l'hégire.

* Avant c>-J^, insérez jlj.

' Cheïba IbnOlhman, Coreïchile de la famille des Abd ed-Dar, prêta le serment de fidélité à Mohammed peu de temps après la prise de la Mecque.

' Voy. ibid. note 4- ' Ali Zeïn el-Abedîn était le quatrième des douze imams. Son descendant, El- Aftas, prit part à la révolte d'Ibn Taba- laba, qui, en l'an 1 99 de l'hégire, souleva la ville de Koufa contre le khalife abba- D'IBN KHALDOUN.

263 lieu l'an i 99 (81^-81 5 de J.-C). El-Artas,s'étant emparé de la Mecque, se rendit à la Caaba et en enleva tout cet or, en disant: « Que fait la Caaba des richesses que l'on y a déposéesPElles ne lui servent de rien. Nous y avons plus de droit que la Caaba; nous les emploierons pour nous aider dans cette guerre. » Ayant fait emporter ce trésor, il le dépensa en entier, et, depuis lors, il n'y a plus eu de richesses dépo- sées dans la Caaba.

Beït el-Macdis (Jérusalem), nommé aussi El-Mesdjid el-Acsa (la mos- quée la plus éloignée), fut d'abord, au temps des Sabéens, un temple consacré à (la planète) Vénus. On présentait à cette divinité de l'huile et d'autres offrandes, et l'on répandait l'huile sur la Sakhra^, qui se trou- vait là. Après la ruine de ce temple, la ville tomba au pouvoir des enfants d'Israël, et devint pour eux la kibla vers laquelle ils se tour- naient en faisant la prière. Voici comment cela eut lieu: lorsque Moïse eut fait sortir les Israélites d'Egypte afin de les mettre en possession de Jérusalem, selon la promesse que Dieu avait faite à leur père Israël, à Isaac, père de celui-ci, et avant cela à Jacob ^, et que ce peuple se fut arrêté dans le pays de l'Egarement, Dieu ordonna à Moïse de fabriquer, avec du bois d'acacia, un tabernacle, dont il lui i'. 223. avait montré, par vme révélation, les dimensions et la forme, ainsi que les figures colossales et les images ([u'il devait renfermer. H lui or- donna aussi d'y mettre une arche, une table avec ses plats, un chan- delier avec SOS lumières, et un autel pour les sacrifices. Tout cela est décrit de la manière la plus détaillée dans le Pentateuque. Moïse construisit le tabernacle et y plaça l'arche de l'alliance. Cette arche rencide El-Mamoun. Il fut envoyé à Médine, en qualité de gouverneur, par Abou Se- raya es-Serri Ibn Mansour, qui comman- dail les troupes d'Ibn Tabataba, et il pro- lita de la faiblesse du parti abbacide dans la Mecque pour s'emparer de cette ville. 11 en fut expulsé bientôt après. [Chroniques de la Mecque, t. II, p. Iav et suiv.)

' Ce mot signilio la pierre. C'est une énorme masse de caliaire brut qui se trouve encore au milieu de la mosquée. Selon une tradition, ce fut sur elle que .lacob appuya sa tête lorsqu'il eut la vision de l'échelle mvslérieuse. 11 est probable que ce fut sur cette pierre que David posa l'arche.

* L'auteur paraît avoir oublié que Ja- cob est la même personne qu'Israël.

26/1 PROLÉGOMÈNES fermait les tables de la loi que l'on avait faites pour remplacer celles que Moïse avait brisées et qui étaient descendues du ciel avec les dix conmiandements. Il plaça l'autel auprès du (tabernacle), et Dieu lui ordonna de confier à Aaron le droit d'offrir des sacrifices. Ce fut dans le désert, au milieu de leur camp, que les Israélites dressèrent le ta- bernacle, vers lequel ils se tournaient pour faire la prière, et devant lequel ils sacrifiaient des victimes, et ce fut dans son voisinage qu'ils attendaient les révélations divines. Lorsqu'ils se furent emparés de la Syrie, ils posèrent le tabernacle à Galgal, dans la Terre-Sainte, entre le territoire qui tomba en partage aux Beni-Yamîn (la tribu de Benja- min) et celui des enfants d'Efraïm. Il resta dans ce lieu quatorze ans; sept pendant la guerre et sept après la conquête, dans le temps où l'on faisait le partage du pays. Après la mort de Josué, on le transporta à Silo, près de Galgal, et on l'entoura d'une muraille'. Il y était de- . puis trois cents ans, quand les Philistins l'enlevèrent, ainsi que nous l'avons dit (dans l'Histoire des peuples antéislamites), et vainquirent les Israélites; mais ils le rendirent dans la suite. Après la mort de Aali [Héli] (grand) prêtre, on le transporta à Nouf (Nobé), puis à Gabaon^, dans le territoire de la tribu de Benjamin; ce qui eut lieu sous le règne de Talout (Saùl). David, ayant ensuite obtenu la souve- raineté^, fit porter le tabernacle et l'arche à Beït el-Macdès, et plaça farche à part, sous un voile et au-dessus de la Sakhra, où elle resta, ayant vis-à-vis le tabernacle. David eut l'intention de bâtir au-dessus p. 224. de la Sakhra un temple* pour remplacer le tabernacle, mais il ne put accomplir son dessein. Salomon, son fils, à qui il recommanda en mourant d'exécuter son projet, se mit à bâtir le temple dans la quatrième année de son règne, cinq cents ans après la mort de Moïse. Il employa le cuivre pour faire les colonnes de cet édifice ^, dans le- ' Ou, selon la leçon fournie parles ma- ' Les manascrit.s C et D portent J,j à nuscrils C, D et l'édition de Boiilac: « et la place de eLU.

l'on fit pour elle les clôtures, » IaJ Uij^l^ * L'auteur emploie ici le mot mesdjid iijLi!. «mosquée, lieu où l'on se prosterne » ' Il faut lire ^j*^ ' Pour ^o^. lisez 0iW=.

D'IBN KHALDOUN. 265 quel' il plaça le pavillon de verre ^. Il revêtit d'or les portes et les murs, il lit fondre en or les grandes images, les figvues (d'animaux), les vases, les chandeliers et les clefs. Il construisit le fond^ de l'édifice en forme d'arcade*, afin d'y déposer l'arche de l'alliance, qu'il fit venir de Sihoun (Sion), la ville de son père David. [Il l'y avait fait porter pendant la construction du temple, et on la rapporta alors ^.] Les (chefs des) tribus et les prêtres'' la. portèrent jusqu'à l'arcade, où ils la déposèrent. Le tabernacle, les vases et l'autel furent placés, chaque objet à l'endroit de la mosquée qui lui fut destiné. Les choses res- tèrent en cet état très-longtemps. Huit cents ans s'écoulèrent depuis la fondation du temple jusqu'à sa destruction par iNabuchodonosor. Ce roi livra aux flammes le Pentaleuque et le bâton (de Moïse); il 'fit fondre les images et disperser les pierres (de l'édifice). Plus tard les rois de Perse renvoyèront les Juifs dans leur patrie, et Ozeïr", qui était alors le prophète* des enfants d'Israël, rebâtit le temple avec le concours de Behmen, roi de Perse". Ce prince était né d'une Juive qui faisait partie des captifs emmenés par Nabuchodonosor'". Behmen ' L'édition de Boidac et les manuscrils ° Variantes: lf.jy^^=J\, C,D; JU^^aJI, G, D portent «j, à la place de a^. Cette leçon n'influe pas sur le sens de la phrase.

' La description du temple de Salomon, (elle que nous ia lisons dans le troisième livre des Rois et dans le second livre des Paralipomènes, ne renferme aucune men- tion d'un pavillon de verre.

" Littéral. « le dos. » Dans la traduction de la Bible dont notre auteur s'était servi, le traducteur aura probablement employé par euphémisme le mot >-*-t « dos, » à la place du mot o3 «derrière, » qui est ce- pendant l'équivalent du terme hébreu lia", debtr, qu'on a rendu, dans nos traductions, par le mol « oracle. » C'était le sanctuaire du tabernacle, le saint des saints.

* PourjJLo, lisez L>JL«.

'' Ce passage manque dans les uianus- crils C, D et dans l'édition de Boulac. Prolégomènes. — it.

Boulac.

' Le prophète appelé Ozeïr, ovC, par les Arabes, est le même iiuEsdrasA'Eïzra, In yc, des traductions arabes de la Bible.

' Pour 1^, lisez \^jy, avec l'édition de Boulac et les manuscrits C et D.

' Les musulmans idenlifient le Cyrus de la Bible avec Behmen Ardestliîr Diràz Dcst, Arlaxerce Longue -Main, lils d'is- fendiar. ( Voyez l'Historia Anteislamicu d'Abou 'l-Féda, publiée par M. Fleischer, p. 53, 77, et Hamzm Ispakanensis Annales, texte arabe, p. fA.)

'" Littéral, «ce prince devait sa nais- sance aux enfants d'Israël, qui étaient du nombre des captifs de Nabuchodonosor. » Les musulmans croient que sa mère était Juive. (Vov. la Bibl. orient, de d'Herbelol. à l'article Bahaman.)

34 266 PROLÉGOMÈNES assigna à l'emplacement du temple des limites plus resserrées que celles de l'ancien temple de Salomon, et on ne les dépassa pas. [Les portiques au-dessous de la mosquée étaient à deux étages, et les co- lonnes de l'étage supérieur s'appuyaient sur les voûtes de la colon- nade inférieure. Beaucoup de personnes s'imaginent que ce furent là les écuries de Salomon, mais elles se trompent: ce roi ne construisit ces colonnades qu'avec le dessein de garantir le Beït el-Macdis contre P. 225. les impuretés auxquelles on se figurait qu'il serait exposé. D'après la loi des Juifs, si des impuretés souterraines sont couvertes de terre jusqu'à la surface du sol, de sorte qu'une ligne droite tirée de cette surface les atteigne (sans rencontrer un espace vide), la surface est impure. Telle était l'opinion de leurs docteurs, et, chez eux, ces opinions passaient pour des vérités. Aussi bàtirent-ils les portiques de la manière que nous avons décrite: comme les colonnes de l'étage . inférieur allaient aboutir à leurs arches', la ligne droite était inter- rompue et les émanations impures ne pouvaient pas mouler direc- tement jusqu'en haut. De cette façon ils crurent garantir le temple contre ces émanations supposées, et assurer parfaitement la pureté et la sainteté de ce lieu^.]

Les rois des Grecs, des Perses et des Romains subjuguèrent alter- nativement les Juifs, et ce fut pendant cette période (de malheurs) que les Beni-IIachmonaï (les Asmonéèns ou Machabées), famille de prêtres juifs, portèrent l'empire des Israélites à un haut degré de puissance. L'autorité passa ensuite à leur beau-frère Hérode, qui la transmit à ses enfants. Ce prince rebâtit Beït el-Macdis (le temple), et lui donna la même étendue que celle du temple élevé par Salo- mon. Il s'occupa de ce travail avec tant d'ardeur qu'il facheva en six ans. Titus, roi des Romains, étant venu pour combattre les Juifs, ' L'auteur de ce paragraplie, quel qu'il inférieure. Il est en cela tout à l'ail d'atcord soit, s'est très-mal expliqué; mais il avait avec la Mischnah. (Woy. Penh, cl), m, S 6.) évidemment l'intenlion de rappeler au iec- * Ce passage ne se trouve ni dans les teur ce qu'il avail déjà énoncé, savoir: que manuscrits C, D, ni dans l'édition de Bou- les colonnes delà colonnade supérieure lac. Je le regarde comme une interpolation reposaient sur les arches de la colonnade de copiste.

DIBN KHALDOUN. 267