La seconde branche de la science d'interprétation coranique est purement philologique, étant basée sur la connaissance de la langue^ et sur l'art de bien exprimer ses pensées au n)oyen de termes et de tournures convenables*. Cette branche se trouve rarement isolée de l'autre, laquelle est la seule qu'on regarde comme essentielle. En efiet, l'interprétation philologique commence seulement à se déve- lopper quand la connaissance de la langue et des sciences qui s'y rat- tachent ne s'acquiert plus que par l'élude. Il est vrai cependant que, dans certains commentaires, elle occupe la principale place.
Le meilleur ouvrage de cette (dernière) classe est celui qui porte le titre à' El-Keschafl(qm dévoile, révélateur) et qui a pour auteur Ez- Zamakhcheri ^, natif du Kharism de l'Irac '^. Mais malheureusement ' Ce personnage est le même que le ' LiHéral. «par la justesse des vues el cadi Abd el-Hacc dont noire auteur a déjà des tournures. » lait mention. (Voy. ci-devant, p. 61.) ' Ce célèbre docteur, dont la vie se * Abou Abd Allah Mohammed Ibn trouve dans le Dictionnaire biographique Ahmed Ibn Atiya el-Corlobi (natif de d'Ibn Rhallikan, vol. III, mourut l'an 538 Cordoue) composa plusieurs ouvrages sur de l'hégire (1 iZi4 de J. C). Son excellent les traditions. 11 mourut dans la haute commentaire, le. KeschaJ, vient d'être Egypte l'an 671 ( 1272-1 27,'i de J. C). publié à Calcutta par le capitaine Nassau ' On lit de plus dans rédition de Bou- Lees, en 2 vol. in-à°.
lac cjl^^fj « et des inflexions grammati- " Ibn Klialdoun commet ici une étrange cales. » inadvertance: le Kharism ( Khouarezm ) D'IBN KHALDOUN. 463 ce docteur professa les opinions des Motazelites en ce qui touche à certains dogmes de la foi, et cela le porta à insérer dans son ouvrage des arguments en faveur des doctrines pernicieuses de ces sectaires, toutes les fois que les figures de rhétorique offertes par certains ver- sets du Coran lui en donnaient l'occasion; aussi les docteurs sonnites les plus scrupuleux se dét(^urncnt-ils de ce livre et mettent-ils le pu- blic en garde contre le venin qui s'y trouve caché; mais cela ne les empêche pas de reconnaître le profond savoir de l'auteur en tout ce qui touche à la langue et.au style. Ceux qui connaissent bien les doc- trines orthodoxes et qui savent employer de bons raisonnements pour les défendre pourront lire cet ouvrage sans tomber dans les pièges qu'ils doivent y rencontrer. Je leur recommande même de prendre connaissance de ce traité, à cause du talent extraordinaire déployé par l'auteur dans les diverses branches de la science philologique.
Nous avons reçu dernièrement, en Maghreb un ouvrage composé. par Cheref ed-Dîn et-Teïibi ', natif de Tauris dans l'irac persan. L'au- teur commente le texte de Zamakhcheri mot par mot, tout en expo- P. 395. sant la futilité des preuves alléguées par ce docteur en faveur du système des Motazelites. Il y démontre aussi que les expressions figurées du Coran doivent s'entendre d'après le système des Sonnites et non pas d'après celui des Motazcfites. Dans ce livre, il déploie un profond savoir ainsi qu'une grande connaissance de toutes les branches de la rhétorique. // est quelqu'un plus savant que les savants. {Coran, sour. xii, vers. 76.)
Des sciences qui ont poui" objet les traditions.
Les sciences qui ont pour objet les traditions sont très-nombreuses et de diverses espèces. Une de ces sciences regarde les traditions qui est situé, non pas en Irac, mais bien au plissent plusieurs grands volumes. Il intidelà, sur le bord de l'Oxus. tula cet ouvrage: Folouh cl-Gheïb. Haddji ' Cheref ed-Dîn Hacen Ibn Mohammed Khalifa en parle dans son Dictionnaire "^-J 464 PROLÉGOMÈNES annulent les autres et celles qui ont été annulées. Il faut savoir que notre loi admet la validité de ces abrogations et enseigne qu'elles ont eu lieu par une grâce spéciale de Dieu envers les hommes, et dans le but d'alléger les obligations dont il les avait chargés et de contri- buer à leur bien-êlre. Dieu a dit (à son Prophète): Nous n'abro- gerons aucun verset de ce livre ni n'en fcrqps disparaître un seul de ta mémoire, sans le remplacer par an autre gui sera meilleur ou pareil. (Co- ran, sour. ii, vers. lOO.)
[La connaissance de l'abrogeant et l'abrogé se rapporte également au texte du Coran et à celui des Iraditions; mais, en ce qui regarde le Coran, cette connaissance se trouve incluse dans Ja science de l'exé- gèse', tandis que celle qui regarde le texte des traditions tient une place particulière parmi les sciences qui ont les traditions pour objets] Quand deux déclarations (soit du Coran, soit des traditions) se contredisent, l'une étant négative et l'autre affirmative, et qu'elles ne se laissent pas concilier parla voie de l'interprétation, on n'a qu'à connaître celle qui a été énoncée en premier lieu pour être assuré que celle dont renonciation a eu lieu postérieurement annule l'autre. De toutes les sciences qui ont pour objet les traditions, celle-ci est la plus importante et la plus difficile. «Les savants, dit Ez-Zohri^ se sont fatigués et épuisés en travaillant à distinguer l'abrogeant de l'abrogé, dans les traditions provenant du Prophète de Dieu. » L'imam Es-Chafèi était profondément versé dans cette branche de connais- sances.
' Le traJucleur lurc relève l'opinion qu'lbn Klialdoun énonce ici indirectement et nous apprend qu'on a composé plu- sieurs traités ayant poursujet spécial l'abro- geant et l'abrogé du texte coranique. Un de ces ouvrages jouit d'une grande réputation et a pour auteur le cheikh Abou '1-Cacem llibet Allah Ibn Seiaina, surnommé \! inter- prète du Coran (El-Mofasser). Nous savons, par Haddji Khalifa et par Soyouti, que ce docteur mourut l'an 4iO de l'hégire (1019 deJ.C).
^ Ce passage ne se trouve ni dans l'édi- tion de Boulac ni dans les mss. C et D. Le traducteur turc l'a inséré dans le second des paragraphes suivants, après les mots: de ces termes techniques.
D'IBN KHALDOUN.
465 [^Parmi les sciences qui ont les traditions pour objet on compte P. SgO. celle qui nous apprend les règles établies par les anciens docteurs en traditions, dans le but de nous faire connaître les isnads, les rap- porteurs (de traditions), leurs noms, la manière dont les uns rece- vaient les traditions des autres, leur caractère et leur conduite, le rang qu'ils occupaient parmi les traditionnistes et les divers systèmes de termes techniques^. Voici l'avantage qui découle de cette étude: les docteurs de la loi sont unanimement d'accord sur l'obligation de con- former ses actions à ce qui est indiqué dans les traditions attribuées au Prophète et dont l'authenticité a été reconnue. L'établissement de leur authenticité dépend d'une condition, à savoir, qu'on ait dans P. Syy. l'esprit plus de motifs pour y croire que pour la nier. Celui qui s'oc- cupe de questions de cette nature est donc obligé par devoir de véri- fier les points qui lui ont servi pour établir son opinion. Pour cela il doit examiner les isnads de la tradition et savoir d'une manière certaine que les individus qui l'ont rapportée étaient d'une probité bien constatée («Ja/a), jouissaient d'une bonne mémoire [daht), rete- naient exactement ce qu'ils avaient appris [itcan], et n'étaient pas disposés à l'incurie ni à la négligence. La constatation de ces qualités ré- sulte des déclarations fournies par des docteurs d'un mérite reconnu. On doit aussi connaître le rang que chaque traditionniste tenait dans la science et la manière dont il avait reçu ses traditions; si c'était orale- ment, de la bouche même de son précepteur, ou en les lisant sous la direction de ce maître, ou en les entendant lire à un autre sous . ' Les paragrnplies et les mois placés entre des crochels ne se Irnuvent pas dans tes russ. C et D, ni dans l'édition de Bonlac. ' Je dois faire observer qu'à la place des cinq paragraphes qui suivent on trouve une autre rédaction dans les mss. C et D et dans l'édition de Boulac. L'auteur avait remplacé la première rédaction par une autre, que M.Quatreinère a reproduite. La Prolégomènes. — il.
rédaction primitive se trouve, en forme de note, dans son édition du texte arabe, el j'en donne ici la traduction: « On range au nombre " des sciences qui ont pour objet les traditions, l'examen des isniids et la connaissance des traditions qui, en s'appuyant sur des isnads rem- plissant toutes les conditions exigées, of- frent des règles auxquelles les croyants 59 ri66 PROLÉGOMÈNES cette direction, on en se les faisant écrire par son précepteur, ou en les obtenant de lui déjà écrites [monaouela), ou en se faisant donner par ce docteurune licence d'enseigner certaines traditions avec une atlestalion sont tenus de conformer leurs aciions. Le contenu de toutes les traditions qui rap- pellent les actes ou les paroles du Pro- phète est obligatoire quand les motifs de croire ' à leur authenticité prédomi- nent sur ceux qui les feraient rejeter. On doit donc s'appliquer avec un zèle sin- cère à parcourir la voie par laquelle on arrive à celte croyance. Il faut donc ap- prendre quel était le caractère de chaque rapporteur de traditions, sous le point de vue de la probité et de la bonne mé- luoire; connaissance qui se puise dans les renseignements fournis par les grands docteurs de la religion et nous donnant l'assurance que ces traditionnistes étaient des hommes de bien, d'un caractère irré- prochable et incapables de se tromper dans ce qu'ils rapportaient. Cela nous conduit à distinguer les traditions qu'il faut accep- ter de celles que nous devons rejeter. On doit savoir, de plus, le degré d'autorité qu'on accordait à chaque traditionniste, tant des Compagnons que de leurs dis- ciples, à connaître les indices au moyen desquels on avait établi entre eux ces dif- férences, et les circonstances et les traits qui les distinguaient individuellement. Ajou- tons que les isnuds varient de caractère: les uns sont continus (mottecel) et les autres m- /errom/)ui(moncateà).Ces derniers provien- nent de rapporteurs qui n'ont pas rencontré les traditionnisies sur l'autorité desquels ils enseignaient des liadilions. Les pre- miers se reconnaissent à l'absence de tout défaut qui pourrait affaiblir leur authen- ticité. La différence qui existe entre ces deux classes conduit à un double résultat'', savoir, qu'il faut accepter les traditions du degré supérieur et rejeter celles du degré inférieur. Quant à celles de la classe inter- médiaire, les opiitions varient, selon qu'on accepte les jugements émis à cet égard par l'un ou par l'antre des grands docteurs. Les hommes versés dans la science des traditions font usage de termes techniques qu'ils sont convenus d'employer et qui servent à désigner les traditions selon leurs divers degrés d'authenticité. Tels sont le» mots: saines (sahîh), /«/ssaWes (l)acen)/ai- bks (dhaîf ), relâchées (morcel ), interrompues (moncateâ), réfraclaires (modhal), excep- tionnelles (chadd), cxlraordinuires (gharîb), etc. C'est sous ces divers titres qu'on a classé les traditions, avec l'indication de l'accordou du désaccord des docteurs à l'é- eard de leur authenticité. L'étuillant doit aussi examiner la voie par laquelle chaque traditionniste a reçu de son devancier le renseignement qu'il rapporte, c'est-à-dire si c'est en les lisant devant lui (pour y obtenir son approbation), ou, en les écri- vant sous sa dictée, ou en les obtenant de lui, déjà écrits, ou en se faisant donner une licence de les enseigner. Il est tenu, de plus, à connaître le degré d'autorité qui s'accordait à chaque (tradition), les di- verses opinions des docteurs à l'égard de l'accueil qu'on doit faire à ces récils, soit pour les accepter, soit pour les reje- Pour Pour lisez i^JJ-ll s^.
D'IBN RHALDOUN.
467 de leur authenticité. Les traditions acceptables^ sont celles qui ont été transmises par des traditionnistes (d'une probité bien constatée)].
[Selon les docteurs qui cultivent cette science, les traditions qui tiennent le premier rang parmi les acceptables sont [es saines (sabîh) et puis les passables (hacen); celles du rang inférieur sont les faibles (dhaîf), terme qui comprend les relâchées (morcel), les interrompues (moncateâ), les ré/ractaires (modhal), les défectueuses (moallel), les exceptionnelles (chadd), les extraordinaires (gharîb) elles désapprouvées (monker) ^. Parmi les tradvlions faibles il y en a dont le rejet est admis par quelques critiques et désapprouvé par d'autres; il s'en trouve aussi sur (le rejet) desquelles ils sont tous d'accord. Il en est de même en ce qui regarde les traditions saines: parmi elles s'en trouvent plusieurs que tous les docteurs reçoivent comme authentiques, et d'autres sur lesquelles ils diffèrent d'avis. Une grande diversité d'opinions existe aussi parmi les docteurs au sujet de la signification précise de chacun de ces termes techniques.]
tfir. Ensuite on doit aborder le» traités" servant à expliquer les mots qui se rencon- trent dans le texte des traditions et qui se désignent (selon leur caractère) par les termes: extraordinaires (gliarîb), douteux (mochkel), altérés (mosahliaf), Jiomonymes (nioflerec) el synonymes (moutelef). Voilà ce qui doit former l'étude principale de ceux qui s'occupent des traditions. Les traditionnistes des temps anciens, c'esl-à- dire les Compagnons et leurs disciples, étaient des personnages notables; chacun d'eux étant bien connu dans la ville qu'il habitait. Les uns demeuraient dans le Hidjaz, les autres à Basra et à Koufa, villes de l'irac, d'autres encore s'étaient fixés en Syrie ou en Egypte, et tous jouis- saient d'une grande notoriété dans les temps où ils vivaient. A cette époque déjà ancienne la voie (ou système) suivie par les traditionnistes du Hidjaz, en ce qui regarde les isnads, élah bien supérieure'' à celle de leurs confrères et donnait bien plus de certitude à l'authenticité de leurs traditions. Cela provenait de l'extrême soin qu'ils avaient mis à observer toutes les conditions requises dans celte matière, surtout en ne rapportant rien que sur l'au- torité des hommes de bien, doués d'une bonne mémoire, et en repoussant les tra- ditions qui provenaient de rapporteurs dont on ignorait l'iiistoiie et le caractère. » ' La leçon imprimée J).>i"' me paraît inadmissible: je lis JL»jm.
' Voy. pour l'explication de ces ternies la noie à la fin de celle partie.
an ^^*xjl ag.
^68 PROLÉGOMÈNES [A la suite de cette partie, on discute la signification des mots re- marquables qui se rencontrent dans les textes mêmes des ti-aditions et dont on a formé des classes qui se désignent par les termes rare (gharîb), obscur (moclikel), altéré (mosahhaf) et homonyme (mofterec). On a dressé un corps de règles qui servent à faire reconnaître les mots qui doivent entrer dans chacune de ces classes, à en expliquer le sens et à distinguer les isnads qui n'ont pas subi d'altérations.]
[Le premier des grands docteurs en traditions qui rédigea un code de cette espèce fut Abou Abd Allah el-Hakem '; ce fut lui qui disposa les règles en ordre et en fil valoir la grande utilité. Les traités qu'il composa sur cette matière sont bien connus. Après lui vinrent d'autres docteurs qui écrivirent des livres sur le même sujet. Celui d'entre eux dont l'ouvrage est le mieux connu vivait au commencement du p. 398. vu"' siècle et s'appelait Abou Amr Ibn es-Salâh^. Un autre docteur, Mohii ed-Dîn en-Newaoui ', le suivit dans la même voie. Cette branche de la science (des traditions) a un but bien noble, car elle enseigne les moyens qu'il faut employer afin (de reconnaître et) de conserver les traditions provenant de l'auteur de notre loi, de sorte qu'on puisse distinguer celles qu'il faut recevoir de celles qu'il faut rejeter.]
[Les Compagnons et leurs disciples qui ont rapporté (les tradi- tions qui forment) la Sonna étaient des personnages bien connus dans les grandes villes de l'empire musulman. Les uns habitaient le Hidjaz, les autres demeuraient à Koufa, à Basra, en Syrie et en Egypte. Ils comptaient tous parmi les gens les plus marquants de leurs géné- rations respectives. Le système d'isnads employé par les tradition- nistes du Hidjaz est bien supérieur à celui dont les autres tradition- nistes se servaient, et corrobore singulièrement l'authenticité des traditions. Cela tient à l'extrême soin qu'ils mettaient à observer toutes ' Voy. la 1" partie, p. 188, note. (i245 de J. C). Ou trouvera sa biogra- ' Taki ed-Dîn Abou Amr Olhman Ibn phiedansi'ouvraged'Ibn Khallikan,vol.H, es-Salàh, célèbre docteur en traditions et p. 188.
jurisconsulte Ircsliabile, enseignait à l)a- ' Voy. la 1" partie, p. Sga.
ma<. et mourut dans celte ville l'an 643 D'IBN KHALDOUN. 469 les conditions exigées pour la transmission de ces renseignenients. Les Hidjaziens ne recevaient des traditions que de la bouche d'hommes probes et vertueux, doués d'une bonne mémoire; ils évitaient sur- tout d'écouter des rapports provenant de gens obscurs dont on igno- rait les antécédents.] L'école, du Hidjaz, établie après le temps des premiers musulmans, eut pour chef l'imam Malek\ le grand savant de Médine. Après lui vinrent ses élèves, l'imam Abou Abd Allah Moham- med Ibn Idrîs es-Chafêi ^, les docteurs Ibn Ouehb^, Ibn Bokeïr*, El- Canabi"", et Mohammed Ibn el-Hacen''. L'imam Ahmed Ibn HanbeP parut ensuite, ainsi que d'autres docteurs très-distingués.
Dans les premiers temps de l'islamisme, la connaissance de la loi était purement traditionnelle. [On n'avait recours (pour former ses jugements) ni à la spéculation, ni à son opinion privée, ni à des raisonnements fondés sur des analogies.] Les musulmans de celle époque s'appliquaient à l'étude de la loi et travaillaient avec tant de zèle à en reconnaître les véritables doctrines, qu'ils y réussirent. L'i- mam Malek rédigea son Mowatta [d'après le système des légistes du Hidjaz] et y consigna les principes fondamentaux de jurisprudence qui se trouvent dans les traditions dont l'authenticité est universel- lement admise. II adopta pour son livre le même ordre de chapitres et les mêmes titres qui s'emploient dans les traités de droit.
Les docteurs en traditions s'occupèrent ensuite de la science qui a pour objet les diverses voies (ou filières) par lesquelles certaines traditions (identiques) leur étaient parvenues; [ces voies étaient celles dés écoles du Hidjaz, de l'Irac, etc.] car il arrivait quelquefois que la même tradition leur était transmise par plusieurs voies [et par diffé- rentes séries de rapporteurs]; Quelques traditions leur venaient, les ' Voy. i'° partie, p. Sa. " Abd Allah Ibn Maslema el-Canabi ' Abd Allah Ibn Ouehb, disciple de l'i- J. C). mam Malek, mourut au Caire l'an 197 ° Mohammed Ibn el-Hacen mourut à ' Yaliya Ibn Abd Allah Ibn Bokeïrmou- ' Voy. 1" partie, p. 36.
470 PROLÉGOMÈNES p. 399. unes par une seule voie, et d'autres par plusieurs, [ce qui leur perjnit de répéter celles-ci dans leurs ouvrages, sous les divers titres employés dans les traités de droit, en se guidant] d'après les indications qu'elles contenaient.
Mohammed Ibn Ismaïl el-Bokhari, le chef des traditionnistes de son époque [agrandit beaucoup le domaine de la transmission des traditions et] publia celles de la Sonna par ordre de matières, dans son Mosned (ou corps de traditions authentiques) intitulé le Sahih. Il y réunit aussi les différentes voies (ou filières) suivies par les tradition- nistes du Hidjaz, de llrac et de la Syrie, mais en ayant soin d'omettre celles sur l'exactitude desquelles on n'était pas d'accord et de ne conserver que les autres. 11 reproduisit souvent les mômes traditions plusieurs fois, en les distribuant sous les divers titres des chapitres auxquels leur contenu avait quelque rapport. Des traditions identiques se trouvent donc répétées [dans plusieurs chapitres, selon les diverses indications qu'elles renferment, ainsi que nous venons de le faire ob- server. En effet, son livre renferme] ^ sept mille deux cents traditions, dont trois mille sont reproduites avec des voies et des isnads diffé- rents dans divers chapitres.
L'imam Moslem, fils d'El-Haddjadj el-Cocheïri, parut ensuite et composa un Sahih sur le plan adopté par El-Bokhari et qui consistait à ne donner que les traditions dont l'authenticité était universellement admise. Il supprima, toutefois, les doubles emplois et réunit à chaque tradition les diverses voies et isnads qui lui appartenaient. (A l'exemple d'El-Bokhari), il distribua son ouvrage en chapitres^ dont les titres et le contenu correspondaient à ceux que l'on trouve dans les traités •de droit. Mais, malgré toute son application, il ne put rassembler dans son livre toutes les traditions saines; aussi a-t-on rédigé des traités pour remédier aux défauts^ de ce livre et de celui d'EI- ' Les mss. C, D et l'édition de Boulac of- traditions s'y trouvent donc répétées, de freiit la rédaction primilive de ce passage et sorle qu'il renferme, dil-on, elc. portent: ^Ji-::^ *.A_)3L:kl (A^ôJ casJCci * Pour «j«^, lisez *j»Jj.
DFBN KHALDOUN.
471.
Bokhari [en signalant les cas dans lesqnels les auteurs ont passé trop légèrement sur les conditions requises pour l'authenticité des tradi- tions^].
Quelque temps après, on vit paraître des ouvrages traitant de la Sonna et encore plus étendus que celui d'El-Bokhari. Us eurent pour auteurs AbouDawoud es-Sidjistani^ Abou Eïça et-Termldi ^ et Abou Abd er-Rahman en-Neçaï*', qui visèrent à rassembler toutes les tradi- tions offrant les conditions nécessaires pour devenir des règles de conduite. Ils les choisirent parmi celles qui devaient le premier rang à l'excellence de leurs isnads et que l'on désigne par le terme saines, comme on le sait, et parmi celles des classes inférieures, c'est-à-dire les passables et les autres. Ils avaient l'intention de fournir ainsi des in- dications aux personnes qui cherchaient à bien régler leurs actions en se conformant aux usages et à la pratique du Prophète. Voilà les mos- p. ioo. neds'' (ou recueils authentiques) qui ont le plus d'autorité dans l'isla- misme et qui ont donné naissance à tous les autres recueils de tradi- tions touchant la Sonna (les gestes, actes et paroles de Mohammed).
[Les cinq ouvrages dont nous venons de parler® furent suivis de ' Je lis L^_-tw5 à la place de L6.^Ja^y^.
' Si nous ne savions pas par le Canmis que le mot tVoL..^ est un des pluriels de Q. À I.,.* [mosned], nous serions porté à croire qu'il eut pour forme, au singulier, le participe J,X--«, ou bien le nom iU.«^.
" Voici la traduction du passage de la rédaction primitive, celle des manuscrits C et D et de l'édition de Boulac.
"En efl'et, ceux-ci, malgré leur grand nombre, {consistent en malièresqui) peu- vent ordinairement se ramener à celles qui se trouvent dans les recueils dont nous venons de parler. La connaissance des con- ditions dont nous avons fait mention el de tous ces termes techniques forme la science des traditions. On a quelquefois traité à part Vahrogeant elïabrogé, dont on a fait ainsi une branche de connaissances sui (jeneris. 11 eu a été de même de la catégorie des traditions désignées par le terme gharib (extraordinaire): on a com- posé là-dessus des ouvrages qui ont une grande réputation. Cela est arrivé aussi pom- les catégories intitulées homonymes (mokhtelef) et synonymes (moutelef). On a écrit un grand nombie de traités sur les sciences qui se rapportent aux traditions. Parmi les grands docteurs el maîtres dans cette partie, on dislingue surtout le Hakem Abou Abd Allah, dont les ouvrages sont 472 PROLÉGOMÈNES plusieurs autres, tels que: le Mosned d'Abou Dawoud et-Teïalici ', d'El-Bezzar^, d'Abd Ibn Hamîd^ d'Ed-Daremi*, d'AbouYala '1-Mauceii " et de l'imam Ahmed (Ibn Hanbel). «Dans ces compilations, les au- teurs s'occupèrent uniquement des traditions provenant des Compa- gnons du Prophète et soutenues par de bonnes autorités; mais ils ne s'en servirent pas comme preuves pour établir des articles de loi. » Telles sont les paroles dTbn es-Salâh, mais nous savons par la voie de la tradition que l'imam Ahmed en a dit le contraire à son fils Abd Allah, en parlant de son Mosned, ouvrage qui renferme trente et un mille traditions, et plusieurs de ses élèves ont fait la même déclara- lion. Voici ce qu'ils racontent: «lia dit en nous lisant son Mosned: J'ai choisi les matériaux de ce livre dans une masse de sept cent cinquante mille traditions, et vous n'y trouverez "^ aucune de ces traditions relatives au Prophète sur l'authenticité desquelles les (an- ciens) musulmans furent en désaccord; celles-ci ne peuvent pas servir d'arguments. » Cela fait voir que toutes les traditions contenues dans les Mosneds peuvent très-bien s'employer comme bases d'arguments, malgré ce qu'en a dit Ibn es-Salâh. J'ai pris ce renseignement dans le Menakeb el-Imam Alimed (mérites de l'imam Ahmed), ouvrage com- posé par Ibn el-Djauzi''].