On rapporte que le Mehdi, avant qu'il se fit connaître publique- ment, était surnommé le maître du dirhem carré: celle épithèle lui avait été donnée par les faiseurs de prédictions, qui avaient annoncé P. 5i. d'avance, dans leurs livres de pronostics, sa venue et la fondation de son empire.
Quant aux Orientaux de notre temps, leurs monnaies n'ont pas de poids fixe; ils ne prennent dans le commerce les dirhems et les dinars qu'au poids, employant pour cela des étalons qui sont estimés correspondre à un certain nombre de ces pièces. Ils gravent sur les monnaies, au moyen du coin monétaire, le tehlil, la bénédiction sur le Prophète* et le nom du sultan, comme on fait dans le Maghreb. Tel est l'arrêt du Puissant, du Sage. [Coran, sour. xxxvi, vers. 38.)
Remarque. — Nous devons terminer ce que nous avions à dire du type monétaire en exposant ce qu'on entend, en termes de jurispru- dence musulmane, par dirhem el dinar, et en faisant connaître la va- leur légale de ces deux espèces. Voici de quoi il s'agit: les dirliems et les dinars varient, pour le poids et la valeur, dans les divers pays, dans les différentes villes capitales et dans chaque province. Mais, comme la loi divine en a fait mention et qu'il s'y rattache beaucoup Gel historien appartenait probable- de la monnaie. 11 y donne aussi les inscripmenl à la famille des Hammadides. lions d"tm dinar frappé à Bougie par Yaliya Dans l'Histoire des Berbers, tome II, en 543 (i iZi8-i iàç))- Ce prince venait de p. 67 de ma traduction, Ibn Khaldoun reconnaître la souveraineté des Abbacides.
rapporte, sur l'autorité d'ibn Ilammad, ' C'esl-à-dire, le nom du khalife réque Yahya le Hammadide, fils d'El Aziz, gnant. • et pelit-fils d'El-Mansour, changea le coin ' is\iUJf équivaut à;^^| Jji ïXan.
DIBN KHALDOUN. 59 de décisions relatives à la' dîme, aux mariages, aux peines (pécu- niaires), etc. il faut nécessairement qu'en matière de législation ces espèces aient une valeur fixe, déterminée par la volonlé de la loi, et qui serve de base aux jugements', à l'exclusion des espèces réelles dont la valeur n'est pas déterminée par la loi ^ Il est donc nécessaire de savoir que, depuis le commencement de l'islamisme, et dès le siècle des Compagnons du Prophète et de leurs disciples, il a été re- connu d'un commun accord que, par dirhem légal, on entend celui dont dix sont égaux en poids à 7 milhcals^ d'or, et dont quarante font l'once; d'où il suit que ce dirhem égale 7/1 o*^ du dinar. Or, le poids du mithcal.d'or pur étant égal à 72 grains d'orge d'une di- mension moyenne, le dirhem, ou les 7/10^ du mithcal, équivaut à 5o grains a/S*^'. Toutes ces évaluations sont fixées par le commun consentement des docteurs; car, dans le temps du paganisme, il y avait chez les Arabes des dirhems de plusieurs sortes: le taberi, le plus fort* de tous, pesait 8 danecs, et le baghli k danecs; on en prit le terme moyen, c'est-à-dire 6 danecs, pour le dirhem légal. Ainsi on obligeait à payer pour la dîme 5 dirhems, valeur moyenne, sur la somme de 100 dirhems iaberis et 100 dirhems baghlis. On n'est P. 52. pourtant pas d'accord sur l'époque où la chose fut ainsi réglée. Quel- ques-uns attribuent cela à Abd el-Melek, et disent que, depuis lui, ce règlement a été adopté d'un commun consentement, comme nous l'avons rapporté. C'est ce que dit El-Khattabi^ dans l'ouvrage intitulé Maalem es-Sonen, et aussi El-Maouerdl dans le livre qui a pour titre El-Ahkam es-Soltaniya. Mais des docteurs modernes plus , critiques nient cela, parce qu'il s'ensuivrait que l'appréciation du LiUéial. «à l'exclusion des non le- Il laissa plusieurs ouvrages dont un est gales. » un commenlaire sur le Sahîh d'El-Bokliari, ' Les mois dinar et mithcal s'emploient et dont un autre renferme l'explication l'un pour l'autre. des traditions qui se trouvent dans le re- ' Littéral. « le meilleur. » cueil d'Abou-Dawoud. Sa vie se trouve . ^ Abou Soleïman Hamd el-Kliattabi, dans le Dictionnaire biographique d'ibn S.
60 PROLÉGOMÈNES dinar et du dirhem légaux aurait été ignorée au siècle des Compa- gnons du Prophète et de leurs premiers successeurs, quoique l'exé- cution des lois relatives à la dîme, aux mariages, aux peines (pé- cuniaires), etc. dépende nécessairement de celte évaluation, ainsi que nous l'avons dit. Le vrai est que l'évaluation du dinar et du dirhem légaux était connue dans ces temps-là, puisqu'il existait alors des cas dont le jugement dépendait de cette appi'éciation; mais il n'y avait point de monnaie etFeclive pour la représenter, bien qu'on la connût dans les jugements qui se réglaient d'après l'évaluation et le poids des deux espèces réelles. Cela resta sur ce pied jusqu'à ce que l'em- pire musulman eût pris plus de développement et de grandeur. Voulant alors éviter l'embarras de la réduction des monnaies réelles en monnaies de compte', on se vit conduit à désirer la fabrication de monnaies réelles, qui, par leur valeur et par leur poids, représente- raient exactement le dinar et le dirhem légaux. Ceci eut lieu sous le khahfat d'Abd el-Melek; il fit donc en sorte que les deux espèces lé- gales eussent chacune leur représentant positif, de sorte que la mon- naie idéale devint une monnaie réelle. Ce prince fit graver, sur le type monétaire des espèces tant d'or que d'argent, son nom et la date delà fabrication après les deux formules dont se compose la profes- sion de foi musulmane, et il retira tout à fait du cours les monnaies du temps du paganisme afin de les faire affiner et refondre pour re- cevoir le nouveau type; ainsi elles disparurent entièrement. Voilà ce qui est vrai et incontestable.
Plus tard, les personnes chargées de la fabrication des monnaies pour l'Etat jugèrent à propos de s'éloigner des évaluations établies, par la loi; de sorte que les espèces d'or et d'argent varièrent suivant les lieux et les pays. On en revint donc à ce que les monnaies lé- 53. gales ne fussent pius, comme dans le principe, que des monnaies idéales. Par une suite nécessaire de cela, on fut obligé partout de connaître le rapport entre la monnaie réelle et la monnaie fictive, ' L'édilion de Boulac, le manuscrit D arabe de M. deSacy portent^JiNiuJf.leçon et le texte publié dans la Chrestomathie que je préfère.
D'IBN KHALDOUN. 61 quand il s'agissait d'acquitter les obligations pécuniaires imposées par la loi. ■ Quant au poids de 72 grains d'orge de moyenne dimension pour le dinar, c'est celui dont l'indication a été transmise par les docteurs les plus exacts, et qui est généralement adopté. Cependant IbnHazm* s'en éloigne et le fixe à 8h^ grains, si nous en croyons le cadi Abd el- Hacc*; mais tous les bons critiques ont rejeté son opinion, qu'ils re- gardent comme une méprise ou une erreur; et c'est là le vrai. Dieu confirme la vérité par sa parole.
Il faut encore savoir que l'once légale n'est pas celle qui est en usage parmi les liommes; celle-ci varie suivant les lieux, tandis que l'once légale est un poids fictif, sur lequel tout le monde est d'accord. Dieu a créé toutes choses et leur a assigné leur destination. [Coran, sour. xxv, vers. 2.)
Le sceau (khatem). — La garde du sceau est une des dignités du sul- tanat, une des charges de la royauté. Les rois, tant avant qu'après l'islamisme, ont eu l'habitude d'apposer leurs sceaux sur les dépêches et les actes officiels. Dans les deux recueils de traditions authen- tiques*, nous lisons que, le Prophète ayant voulu écrire au César ^, on lui fit observer que, chez les peuples étrangers, on n'acceptait aucune lettre, à moins qu'elle ne fût munie d'un sceau. Le Prophète fit donc faire un cachet en argent portant cette inscription: Mohammed ra- soul Allah (Mohammed, l'envoyé de Dieu). «Ces trois mots, dit El- Bokhari, furent rangés sur trois lignes; le Prophète se servit de ce ' Abou Mohammed Ali, surnommé Ibn-Hazm ed-Dhaheri, naquit à Cordoue, l'an 384 (99^ de J. C). Il composa un grand nombre d'ouvrages sur les dogmes musulmans et sur le droit. Ce célèbre doc- teur mourut à Niebla, l'an ^56 (io64). (Dict. Biog. d'Ibn Khallikan, t. II, p. 267 et suiv.)
' Pour i*i\', lisez *4y avec l'édition de Boulac.
' Le cadi Abd el-Hacc Ibn Gbaleb Ibn Atiya, natif de Grenade, a été toujours re- gardé comme l'imam ou chef de tous les docteurs espagnols qui s'occupaient de l'interprétation du Coran. Il remplit les fondions de cadi dans la ville d'Almeria, et mourut l'an 54i (1 147 de J. C.) . ' Le Sahih d'El-Bokbari et celui de Moslem.
' Il s'agit de l'empereur Héraclius.
62 PROLÉGOMÈNES cachet et défendit d'en fabriquer un semblable. » Selon le même auteur, le cachet du Prophète fut celui dont Abou Bekr, Omar et Othman firent usage; il échappa de la main d'Othman, et tomba dans le puits d^Arîs ', où il y avait toujours beaucoup d'eau, et dont on n'a jamais pu trouver le fond. Othman fut très-afiligé de cet accident; il P. 54. en tira un mauvais augure pour l'avenir, et fit fabriquer un autre ca- chet, semblable à celui qu'il avait perdu.
L'emploi du^ cachet et l'inscription qu'il porte peuvent varier de plusieurs manières. Le mot khatem (cachet, sceau, bague) a diverses significations: il désigne l'objet qu'on porte sur le doigt et dont on se sert pour cacheter; il signifie aussi \ achèvement d'une chose et son ac- complissement; ainsi l'expression, j'ai mis le sceau à une chose, signifieje l'ai terminée; de même que cette autre expression, y'a! mis le sceau au Coran, équivaut h je l'ai lu en entier. C'est encore dans le même sens qu'il s'emploie dans les expressions: le sceau [khatem, c'est-à-dire, le der- nier) des prophètes, et le khatema (ou conclusion) d'une chose. Ce même mot, employé sous la forme khilam, désigne le bouchon avec lequel on ferme l'orifice d'un vase ou d'une amphore. Il a ce sens dans cette parole de Dieu, le cachet (khitam) en sera de musc^; car ils se trompent ceux qui expliquent ce terme par le mot fin ou achèvement, et qui disent: « Cela signifie qu après avoir bu (de ce vin) on sentira l'odeur du musc. » Le mot khilam n'a pas ici ce sens; il signifie bouchon: on ferme, au moyen de l'argile ou de la poix, l'amphore qui contient du vin, afin de conserver celte liqueur et d'en améliorer le goût et le bouquet. Pour décrire l'excellence du vin du paradis, le Coran dit qu'il était cacheté avec du musc, substance qui, par son odeur et par son goût, est bien supérieure à l'argile et à la poix, dont on fait usage dans ce bas monde. Comme il est constant que le mot khatem s'em- ' Le puits d'Arîs élail dans la ville de l'édition de Boulac ni dans le texte donné Médine. On essaya de repêcher ce cachet, par M. de Sacy. mais on ne put jamais le retrouver. ' «On leur présentera (aux babilants ^ On voit par ce qui suit que le mot du paradis) du vin exquis et scellé, dont til-li, dans celte phrase, doit être sup- le cachet sera de musc.» (Coran, sourat.
primé. Du reste, il ne se trouve ni dans lxxxiii, vers. aS, 26.)
D'IBN KHALDOUN. 63 ploie avec toutes ces significations, il est également certain qu'il peut désigner l'impression laissée par le cachet. Pour prendre l'impression d'un cacliet sur lequel on a gravé des mots ou des figures, on le mouille avec de l'argile détrempée dans de l'eau ' ou avec de l'encre, et on l'applique sur la surface du papier, et les mots (gravés sur le cachet) y laissent leurs traces. Il en est de même si l'on applique un cachet sur un corps mou, tel que la cire; finscription du cachet reste impri- mée sur cette substance. Si cette inscription se compose de mots, et si ces mots sont gravés sur le cachet dans leur sens naturel, c'est-à- dire de droite à gauche, elle sera de gauche à droite sur l'impres- sion; si elle est écrite de gauche à droite sur le cachet, elle se lira de droite à gauche sur l'impression. En effet, par l'acte d'imposer le P. 55 cachet sur le papier, l'écriture se trouve mise au rebours.
On peut prendre l'impression d'un cachet, en le mouillant avec de l'encre ou ^ avec de l'argile détrempée, et en l'appliquant ensuite sur la feuille, qui reçoit alors l'empreinte des mots qui y sont gravés. Dans ce cas, sceller un document [khalem) implique l'idée de terminer ou d'achever, puisque, en le faisant, on rend la pièce valide et authen- tique. Par cette marque l'écrit s'achève, pour ainsi dire; sans elle, il serait incomplet et sans valeur. Quelquefois on trace, au commen- cement ou à la fin du document, en guise de sceau, une phrase renfermant soit les louanges de Dieu, soit une formule de glorifica- tion, et dans laquelle on introduit le nom du sultan, ou de l'émir, ou de l'individu, quel qu'il soit, qui a écrit la pièce. Quelquefois aussi (au lieu d'y insérer le nom de l'auteur de l'écrit) on se con- tente d'y faire entrer une épithète qui puisse servir à le désigner. Cette formule indique que l'écrit est authentique et valide. Dans le langage administratif, elle se nomme alama (marque); mais on l'ap- pelle aussi sceau (khatem), parce qu'on l'assimile à l'impression laissée par le cachet qui se porte au doigt. Tel est le sceau du cadi, c'est-à- dire son alama, qu'il envoie aux plaideurs (pour les faire comparaître Pour ol«i«i, Hseï cjfiV»- — ' Pour j, lisez jl.
64 PROLEGOMENES devant lui), et qu'il inscrit sur les expéditions des jugements pour les rendre exécutoires. C'est d'après la même analogie que l'on donne le nom de sceau à Yalama du sultan ou du khalife. Quand Er-Rechîd voulut ôter le vizirat à El-Fadl (le Barmekide) pour le donner à Djâ- fer \ frère de celui-ci, il dit à leur père Yahya: » Mon père^, je veux faire passer le sceau de ma (main) droite à ma (main) gauche. » Il employa le mot sceau pour désigner le vizirat, parce que le droit d'apposer Yalama sur les dépêches et les actes officiels apparte- nait alors au vizir. Pour justifier cet emploi du mot sceau, nous cite- rons l'anecdote suivante, rapportée par Taberi (l'historien): lors des conférences qui eurent lieu entre Moaouïa et El-Hacen (fils d'Ali), p. 56. dans le but de mettre fin à la guerre civile, le premier envoya son blanc-seing à El-Hacen avec un billet ainsi conçu: « Sur la feuille ci- jointe, au bas de laquelle se trouve mon sceau, écrivez telles condi- tions que vous voudrez: je les accorderai toutes. » Ici le mot sceau désigne ïalama tracé au bas de la page avec le calam ou autrement. On peut aussi, lorsqu'on prend l'empreinte d'un cachet sur une substance molle, se servir du cachet pour le poser à l'endroit de l'attache^ des replis d'une lettre, ou sur les dépôts (où l'on met des choses pour les conserver); dans ce cas le mot khatem prend le sens de boucher, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. Dans les deux cas (celui des lettres closes et celui de dépôts), c'est l'empreinte du cachet qui forme le sceau. Moaouïa fut le premier qui institua l'usage de sceller les écrits, c'est-à-dire d'y mettre une alama. Il avait donné à Amr Ibn ez-Zobeïr un mandat sur Zîad (son lieutenant) à Koufa, pour la somme de cent mille (pièces d'argent). Amr ouvrit la lettre, changea le mot cent [mïèt) en deux cents (^mïèteïn, et toucha le mon- tant). Moaouïa, quand il revit les comptes de Zîad, déclara qu'il n'a- vait pas ordonnancé cette somme. Amr fut arrêté et resta en prison jusqu'à ce que son frèi'e, Abd-AUah Ibn ez-Zobeïr, payât pour lui. Ce JtV«ou>j^. de la page suivante, je reviendrai sur le ' Voy. la première partie, p. a8. changemenl de celle leçon.
DIBN RHALDOUN.
65 fut à cause de cela que Moaouïa établit le divan (ou bureau) du sceau. L'historien Taberi, qui raconte cette anecdote, la termine en disant: dès lors (Moaouïa) mettait une attache, c'est-à-dire une fermeture, à ses lettres, ce qui ne se faisait pas auparavant^ Par le terme bureau du sceau on désignait les gens de plume chargés d'expédier les pièces émanant du sultan, et de les sceller en y apposant Valama ou en y mettant une attache^ pour les tenir fermées. Le lieu où ces écrivains travaillaient s'appelait aussi le divan, ainsi que nous l'avons déjà men- tionné dans le chapitre sur les services financiers. On ferme la lettre' soit en perçant la feuille, ainsi que font les écrivains d'Occident \ soit en collant ensemble le repli et la tête de la feuille, ainsi que cela se pratique par les écrivains d'Orient. On met quelquefois une marque sur l'endroit où la lettre se trouve percée ou sur l'en- droit où le repli est attaché à l'autre extrémité de la lettre. Cela se fait pour empêcher qu'on ne l'ouvre et qu'on ne sache ce qu'elle ren- ferme. Dans le Maghreb on pose, sur l'endroit où l'on a percé la feuille, un morceau de cire, sur lequel on applique un cachet portant une de- P. 57. vise appropriée à cet usage, et la cire en reçoit l'empreinte. En Orient, sous l'ancien empire^, on appliquait sur le repli, à l'endroit où on l'avait fait adhérer au dos de la lettre*^, un cachet humecté avec une détremiie " d'argile rouge préparée pour cet usage, et l'empreinte du cachet y restait. Sous les Abbacides, on appelait cette argile terre à cacheter; on la tirait de Sîraf, seul endroit, à ce qu'il paraît, où ou * 11 paraît, d'après celle indication, qu'en Mauritanie et en Espagne, de même qu'en Europe, au xiii* siècle, on fermait quelquefois les lettres en les pliant d'abord plusieurs fois, puis on y pratiquait une incision qui servait à faire passer par tous les plis un lacs ou une bandelette de par- chemin dont les bouts étaient arrêtés sous le sceau. (Voyez dans la DibUotlwcjue do Prolégomènes. — n.
l'École des chartes, 17' année, p. 533, la notedeM.Delisle.) Ibn Khaldoun désigne cette façon d'attacher une lettre par v-.^, mot qui signifie percer. Les deux manières de fermer les lettres indiquées par notre auteur sont comprises dans le terme fj^, leçon que nous avons adoptée partout en suivant l'édition de Boulac et un des ma- nuscrits.
' Probablement celui des Abbacides.
' Litlér.ii on appliquait sur la jointure. » 9 66 PROLÉGOMÈNES la trouve. C'est le bureau de la correspondance qui est chargé d'ap- poser le sceau, qui est, soit Yalama écrite, soit l'empreinte servant de fermeture, soit l'attache. Sous les Abbacides, ce droit appartenait au vizir; mais, par suite des changements qui ont eu lieu dans les usages administratifs, il s'exerce maintenant dans les empires musulmans par celui qui est chargé de la correspondance et du secrétariat. Dans les empires occidentaux, on comptait parmi les insignes de la royauté le cachet (bague) qui se porte au doigt; et, d'après un usage reçu, ce bijou, fait en or fin et garni d'un rubis, ou d'une turquoise, ou d'une émeraude, était porté par le sultan comme une marque de sa dignité. Ce fut ainsi que les souverains abbacides avaient pour insignes le borda et le cadhîb^, et que les Fatemides avaient le parasol. Dieu dirige les révolutions des choses par sa sagesse.
Du tiraz^ (bordure de robe). — Parmi les usages qui, dans divers empires, contribuent à rehausser la pompe de la souveraineté, il y a celui de mettre les noms des princes, ou certains signes qu'ils ont adoptés d'une manière spéciale, dans l'étoffe même des vêtements destinés à leur usage et faits de soie ou de brocart'. Ces mots écrits doivent se laisser apercevoir dans le tissu même de l'étoffe *, et être tracés, soit en fils d'or, soit en fils d'une couleur différente^ de celle P 58. des fils dont se compose le fond de l'étoffe, sans or. Cela s'exécute par l'habileté des ouvriers, qui savent d'avance où il convient d'in- troduire ces fils dans le tissage même de l'étoffe. Par là les habits royaux se trouvent garnis d'un liraz. C'est un emblème de dignité, ' C'est-à-dire, le manleau de Moham- qu'.î indiquer comment se fait l'action de med et sa baguette. toer^pJ. Comme on entend siiQisamment, ^ M. de Sacy a donné la traduction de par le mot tisser, l'acte de faire passer avec cet article dans sa Chrestomalhie arabe, la navette à travers les fds de la chaîne t. II, p. 287. Je Li reproduis ici, légère- le fd de la trame, j'ai pensé que la re- ment modifiée. production de ces mots dans la traduction ^ L'auteur ajoute ou d'iiricem, motqui serait tout à fait inutile. Ils sont ce que signilie soie en langue persane. les grammairiens arabes appellent un mef- * Les mois i^tVwj LUI signifient «par aoid moilac. chaîne et par trame.» Ils ne servent ici '' Pour,_yUi«l, lisez <_jJUt L» ^1.
D'IBN KHALDOUN.
67 destiné au souverain, aux personnes qu'il veut honorer en les autori- sant à s'en servir, et à celles qu'il investit d'une des hautes charges du gouvernement. Avant l'islamisme, les rois de Perse faisaient mettre dans l'élofie de leurs vêtements soit les portraits et les figures des sou- verains de ce pays, soit certaines figures et images appropriées à cet usage; mais les princes musulmans substituèrent leurs noms aux figures, en v joignant d'autres mots qui étaient regardés comme de bon augure, au qui exprimaient les louanges de Dieu. Sous les deux dynasties (celle des Oméiades et celle des Abbacides), on attachait la plus grande importance au tiraz. Les maisons où l'on tissait ces étoffes étaient situées dans l'enceinte même des palais habités par les khalifes, et on les nommait hôtels du tiraz. L'officier préposé à ces ateliers était nommé Yintendant du tiraz; il avait l'inspection sur les ouvriers et les métiers (à tisser), sur les tisserands qui y travaillaient, sur le paye- ment de leius gages et l'amélioration de leurs instruments; il surveil- lait aussi leur travail. Les princes confiaient cet emploi à un des grands officiers de l'empire ou à celui de leurs affranchis qu'ils honoraient de leur confiance. Il en fut de même en Espagne sous les Oméiades, et sous les petites dynasties [Moloak et-taivaïf) qui leur succé- dèrent, ainsi qu'en Egypte sous les Fatemides, et, dans l'Orient, à la cour des souverains persans, leurs contemporains. A mesure que l'étendue de ces empires diminuait, et que les souverainetés indépen- dantes devenaient plus nombreuses, le luxe, dans toutes ses formes, diminuait aussi (parce qu'on ne pouvait plus y suffire). Il en résulta que cet office tomba en désuétude dans la plupart des dynasties, et qu'on ne le conféra plus à personne.
Au commencement du vi*^ siècle, après que les Oméiades de l'Oc- P. Sg. cident eurent cessé de régner, les Almohades fondèrent leur empire. Dans les premiers temps de cette nouvelle dynastie, les souverains n'adoptèrent pas cette institution, parce qu'ils affectaient de suivre les exemples de piété et de simplicité que leur avait donnés leur imam, Mohammed le Mehdi, fils de Toumert \ et qu'ils se faisaient un scru- ' Voy. ia i" partie, p. 53 el suiv. Toumert, en berber, signifie petit Omar. On sait 9- 68 PROLEGOMENES pule d'employer dans leurs habits la soie ou l'or. L'office d'intendant du tiraz fut donc inconnu à leur cour. Cependant, dans les derniers temps de cette dynastie, leurs descendants adoptèrent quelque chose de cet usage; mais il n'eut pas le même éclat qu'il avait autrefois. De notre temps, nous avons vu au Maghreb, sous la dynastie mérinide, qui était alors dans toute la vigueur et toute la fierté de la jeunesse, beaucoup de traces de cet usage; elle l'avait emprunté d'une dynastie contemporaine, celle d'Ibn el-Ahmer d'Espagne, laquelle avait imité en cela les Molouk et-tawaïf, et avait conservé les vestiges de l'an- cienne institution. Pour la dynastie turque qui, de nos jours, règne sur l'Egypte et sur la Syrie, l'usage du tiraz y est très en vogue \ en raison de l'étendue de ces Etats, et de la haute prospérité qui règne dans ces pays. Toutefois les étoiles ne se fabriquent pas dans les palais de ces princes, et ils n'ont pas à leur cour d'ofGciers char- gés de cette partie de leur service. Ce qui leur est nécessaire en ce genre se tisse, chez des ouvriers qui exercent cette profession, en soie et en or fin; on appelle cette étoffe zerkech, d'un nom em- prunté de la langue persane; on y trace le nom du sultan ou de l'émir; les ouvriers fabriquent cela^ comme tous les autres objets de prix qui sont destinés à l'usage de la cour. C'est Dieu qui a réglé la succession des nuits et des jours; il est le plus excellent des héritiers; il n'y a point d'autre dieu que lui.