SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

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Totile la population de l'Occident suivit le système de Malek, et les disciples de cet imam se répandirent dans l'Egypte et dans l'irac. Ce dernier pays posséda le cadi malckite IsmaïP, ses conteniporains Ibn Kbauwaz^ Mendad, Ibn el-Montab*, le cadi Abou Bekr el-Abheri, p. le cadi Abpu '1-Hacen^, Ibn el-Cassar' et le cadi Abd el-Ouehliab', à qui succédèrent encore d'autres docteurs de la même école. L'Egypte posséda Ibn el-Cacem, Ach'heb, Ibn Abd eUHakem, El-Hareth Ibn Meskîn et autres docteurs*. Un étudiant, parti d'Espagne et nommé [Yahya Ibn Yaltya el-Leilhi'\ fit la rencontre de Malek (à Médine), apprit par cœur le Mouwatla sous la dictée de cet imam et devint un de ses disciples. Après lui partit du même pays] Abd el-Mclek Ibn ' Var. »;yiil D et Boulac.

' Abou Isliac Ismaïl Ibn Ishac.juris- i-onaullc de l'école de Malek, remplit les fonctions de cadi à Bnglidad. Il mourut dans cette ville l'an aoa de l'hégire (817- 818 de J. C). Il composa plusieurs ou- vrages sur les traditions, la jurisprudence et les sept leçons coraniques. — Les dic- tionnaires biographiques en langue arabe et les divers ouvrages qui renferment les annales de l'islamisme, et qui se trouvent à la Bibliothèque impériale, fournissent peu de notions sur les docteurs malekites de l'Irac. Aussi me vois-je dans l'impossi- bilité de donner des renseignements sur les quatre personnage» dont les noms vont suivre.

' Variantes: yij-^ (klioiinoz), y-^.j^ (khoueîz).

* Variante: oUiil {El-Mclhnab).

' L'article sur la science de la contro- verse (^^Lii- i.c, que-Haddji Khalifa a donné dans son Dictionnaire bibliogra- phique, nous apprend qu'Ibn el-Cassar, le Malekite, composa un ouvrage intitulé: Oïoun el-Addlu « les sources des preuves. • La date de la mort de ce docteur n'y est pas indiquée, probablement parce que Haddji Khalifa l'ignorait.

" J'ai déjà parlé de ces docteurs.

' Yalija Ibn Yahya appartenait a la tribu berbère des Masmouda et était client de la tribu arabe des Beni-Leïth. Il étudia le droit sous Malek et contribua beaucoup à répandre en Espagne les opinions de cet imam. Sa mort eut lieu à Cordoue, dans le mois de redjeb 334 (février 849 de J. C). Pour l'histoire de ce docteur, on peut consulter l'Histoire des Musulmans d'Espagne, de M. Dozy.

16 PROLÉGOMÈNES Habib'. Celui-ci, ayant étudié sous Ibn el-Cacem et d'autres docteurs de la même classe, répandit le système de Malek en Espagne et y rédigea l'ouvrage intitulé El-Oaadeha (l'exposition claire). Plus tard, un de ses disciples nommé El-Otbi^ rédigea le traité intitidé, après lui, Otbiya. Aced Ibn el-Forat^, quitta l'ifrîlviya pour aller écrire sous la dictée des disciples d'Abou Hanîfa; mais, étant ensuite passé à l'école malekite,il écrivit, sous la dictée d'Ibn el-Cacem, une quan- tité de sentences appartenant à toutes les sections de la jurispru- dence. Il rapporta à Cairouan ce livre, nommé, après lui, Acediya, et l'enseigna à Sohnoun*. Celui-ci, étant ensuite passé en Orient, fit de nouvelles études sous Ibn el-Cacem, lui soumit les questions traitées dans cet ouvrage, et rejeta un grand nombre des décisions qu'Aced y avait insérées. Il avait écrit sous la dictée d'Aced et fait un recueil de toutes ses décisions, sans omettre celles qu'il devait répu- dier dans la suite. Il se joignit alors à Ibn el-Cacem pour inviter Aced par écrit à supprimer dans ï Acediya les décisions contestées et à s'en tenir à un ouvrage qu'il (SobnOun) venait de composer; mais cette démarche n'eut aucun succès. Alors le public rejeta YAcediya pour adopter le digeste de Sobnoim, bien qu'une grande confusion régnât ' Abou Merouan Abd cI-Melek Ihn Ha- bib es-Solemi, célèbre docteur de l'école de Malek et natif d'Espagne, njourut dans ce pays, l'an a38 (853 de J. C).

* Mohammed Ibn Ahmed el-Olbi étu- dia à Cordoue sous Yahya Ibn Yahya, et ensuite à Cairouan sous Sohnoun (voyez ci-après, noie 4), puis en Egypte sous As- bagli. Rentré à Cordoue, il y acquit une grande réputation comme jurisconsulte, et mourut l'an 254 de l'hégire (868 de .F. C).

' Aced Ibn el-Forat, natif du Khoraçan, se rendit en Afrique avec Ibn el-Achalh, qui fut nommé gouverneur de ce pays en l'an i44 (761-762 de J. C). Il passa en- toile en Orient, où il étudia la jurisprudence. Rentre à Cairouan, il en fut nommé cadi par Ziadet Allah Ibn Ibrahim, l'Aghle- bite, qui, en l'an 201 (817 deJ. C), avait succédé à son frère, Abou 'l-Abbas, dans le gouvernemenlde l'Ifrîkiya. En l'nn 2 12, il reçut de ce prince le commandement d'une expédition contre la Sicile et, en l'an 2i5 (83o de.1. C), il mourut sous les murs de Syracuse, ville dont il faisait le siège.

* Abou Saîd Abd es-Selam Ibn Saîd, surnommé Sohnoun, étudia sous les dis- ciples de Malek et fut ensuite nommé cadi de Cairouan. Il reloucha ou compila, dil- on, le célèbre traité de droit malekite inli- liûé Ël-Modauwena (le digeste); sa mort eut lieu en l'année 24o (854 de J. C).

D'IBN K41ALD0UN. 17 dans la classiiicuiion des matières contenues dans ce livre'. On donna alors à l'ouvrage de Sohnoun le titre de El-Modamvena oua 'l-Mokhtc- lela (le digeste et le mélange). Les gens de Cairouan s'appliquèrent à l'étude de ce Modauwena, mais ceux d'Espagne adoptèrent ÏOlbiya et P. m. le Oaadcha. Ibn Abi Zeïd résuma ensuite le contenu du Modauwena oua 'l-Mokhleleta dans ua traité qu'il intitula le Mokhtecer (abrégé) '^ et Abou Saîd el-Beradaï^ légiste de Cairouan, en fit aussi un précis, qu'il nomma le Tehdib (refonte). Les docteurs de flfrîkiya firent de ce livre la base de leur enseignement et laissèrent de côlé tous les autres. En Espagne, les professeurs adoptèrent VOlbiya et rejetèrent le Ouadeha ainsi que les autres traités sur le même sujet. Les ulenià de fécole de Malek ont continué à composer des commentaires, des gloses et des recueils pour éclaircir le texte de ces livres, devenus clas- siques. En Ifrîkiya, Ibn Younos, El-Laklimi, Ibn Mohrez, El-Tounici, Ibn Bechîr et autres docteurs de la même école ont composé beaucoup d'ouvrages sur le Modauwena, de même qu'en Espagne, Ibn Rochd* et ses confrères ont écrit un grand nombre de traités sur YOfbiya. Ibn ' Littéral, i malgré le mélange des ques- faiseur de droit malekite. Eln l'année 520 lions dans les chapitres. • Selon le traduc- teur turc, ces mots signifient que les ques- tions du recueil d'Aced s'y trouvent mêlées avec celle du digeste de Sohnoun.

' Abou Siîd Kiialaf Ibn Abi '1-Cacem el-Azdi el-Beradaï, natif de Saragosse et docteur de l'école malekite, est l'auteur d'une édition corrigée du célèbre traité le Modauwena; son ouvrage, qu'il intitula le Tehdib (refonte), jouit d'une haute réputa- tion. Il vivnitaù iv'sièrle de l'hégire et avait probablement fait ses études à Cairouan.

' Abou '1-Ouelîd Mohammed Ibn Ah- med Ibn Ahmed Ibn Hochd, grand-pt're du célèbre philosophe Averrocs et cadi de Cordoue, se distingua par son zèle pour la religion et par les grandes connaissances qu'il déploya comme jurisconsulte et pro- Prolcgomtnc». — lu.

(1 1 a6 de J. C.), il passa en Mauritanie afin d'exposer au sultan aimoravide Ali Ibn Youçof le malheureux état de l'Espagne, et de le pousser à prendre des mesures alin de garantir les musulmans espagnols contre les attaques du roi d'Aragon, Al- l'onse le Batailleur. Rentré it Cordoue, il reprit ses leçons et mourut dans cette ville, le 1 1 du mois ileduu 'l-kaada 5ao(38nov. 1 ia6 de J. C). La Bibliothèque impériale possède un exemplaire de l'ouvrage qui renferme les opinions juridiques d'Ibn lioclid, le grand-père. L'ordre suivi dans ce recueil est celui de tous les traités de droit musulman. Ce manuscrit, écrit l'an 72a de l'hégire (i3aa de J. C), fait partie du Supplément arabe et porte le n° SgS. Il forme un gros volume grand in-A°, et offre un type parfait du caractère maghrebin- 3 18 PROLEGOMENES Abi Zeïd réunit en un seul volume intitulé Kitab en-Ncwader (livre de choses singulières) les questions, les points de controverse et les opi- nions qui se trouvent répandues dans les livres de jurisprudence clas- siques. Ce traité renferme toutes les opinions émises par les docteurs de l'école malekite et le développement des principes qui se trouvent énoncés dans les traités fondamentaux. Ibn Younos inséra la majeure partie du Newader dans le livre qu'il composa sur le Modamvena. Aussi vit- on les doctrines malekites déborder sur les deux pays (de l'Es- pagne et de la Mauritanie), et cet état de choses se maintint jusqu'à la chute des royaumes de Cordoue et de Cairouan. Ce fut postérieu- rement à ces événements que les Maghrébins adoptèrent (définitive- ment) le rite de Malek.

[On remarque dans le système de Malek trois écoles différentes': l'une, celle de Cairouan, eut pour chef Sohnoun, disciple d'ibn el- Cacem; la seconde, celle de Cordoue, eut pour fondateur Ibn Ha- bib^, disciple de Malek, de Motarref, d'Ibn el-Madjichoun^ et d'Asespagnol. Le dernier chapitre est du com- pilateur Ibn el-Ouezzan, et renferme une notice biographique de l'aateur.

' Ce long paragraphe ni la première moitié du paragraphe suivant ne se trou- vent ni dans l'édition de Bouiac, ni dans les manuscrits C et D; on les lit dans le manuscrit A et dans la traduction turque. Ils remplacent un antre passage beaucoup plus court dont M. Quatremère a donné le lexteennote.etdontj'offreicila traduction: « Ensuite parut le livre dans lequel Abou Amr Ibn el-Hadjeb résuma les diverse» voies suivies par les sectateurs de l'école (malekite), dans le but d'éclaircir le sujet de chaque chapitre (du traité dont ils se servaient}; il y fit aussi connaître les di- verses opinions énoncées par les docteurs malekites sur chaque question à résoudre. Ce traité forma donc un répertoire de toutes les matières qui avaient attiré l'attention de celte école. Le système malekite $e conserva en Egypte depuis -le temps d'El-Harcth Ibn Meskîn, d'Ibn Moïyesser, d'Ibn el-Lehîb, d'Ibn Rechik et d'Ibn Ata 'llah. J'ignore à qui Ibn cl-Hadjeb devait ses renseignements, mais je sais qu'il parut après la chute de l'empire fatemide, à la suite de la suppression du système deju- risprudence particulier aux gens de la mai- son, et de l'apparition des docteurs cha- fêites cl malekites (dans la vie active). Vers la (in du vti' siècle, son livre fut in- troduit dans la Mourilanie, où...etc. > ' Abou Merouan Abd el-Melek Ibn Abd el-.Azîz, surnommé Ibn el-Madjichoan, était nalif de Médine. Il étudia la jurispru- dence sous Malek. Sa mort eut lieu l'an 2i3 de l'hégire (828-839 de J. C). — Dans le texte imprimé, il faut lire (j^.<î:^Ul, à la place d'^jy^Uî.

DIBN KHALDOUN. 19 bagh '; la troisième fui établie en Irac par le cadi Isniaïl '•* cl par ses dis- ciples. Les Mtilekites d'Egypte suivirent l'école d'Irac, dont ils avaient appris les doctrines sous la direction du cadi Abd el-Ouehhab', qui avait quitté Baghdad vers la fin du iv* siècle, pour se rendre dans leur pays. Il est vrai que, depuis les temps d'El-Hareth Ibn Meskîn, d'ibn Moïyesscr, d'Ibn el-Lehîb et d'Ibn Rechîk, le système de droit ma- lekile avait existé en Egypte, mais la domination des Hafedites et de la jurisprudence des gens de la maison l'avait empêché de se mon- trer. Les légistes de Cairouan et ceux de l'Espagne eurent ime forte aversion pour les doctrines de l'école d'Irac, parce que ce pays était très-éloigné, que les sources où l'on avait puisé ces doctrines leur étaient restées inconnues et qu'ils savaient à peine par quels moyens les docteurs de l'Irac avaient acquis leurs connaissances. D'ailleurs ceux-ci avaient pour principe de résoudre certaines questions* en employant d'une manière parfaitement consciencieuse les efforts de leur propre jugement [idjtihad), et niaient l'obligation d'adopter aveu- glément le système ou les opinions de quelque docteur que ce fût. Voilà pourquoi les Maghrébins et les Espagnols évitèrent d'embrasser aucune opinion émise par l'école d'Irac, à moins d'avoir bien reconnu qu'on pouvait la faire remonter à l'imam (Malek) ou à ses disciples. Plus tard les trois écoles se confondirent en une seule. Dans le courant du vi* siècle, Abou Bekr el-Tortouchi^ quitta l'Espagne et alla se fixer à Jérusalem, où il donna des leçons (du droit malekite) à des étudiants venus du Caire et d'Alexandrie. Ses élèves mêlèrent les doctrines de l'école espagnole avec celles de l'école d'Egypte, leur propre pays. Un des leurs, le légiste Send Saheb et-Tiraz, eut en- P. iS. suiteplusieurs disciples, sous lesquels on alla étudier plus tard. Parmi eux se trouvèrent les fds d'Aouf*, qui formèrent aussi des disciples.

' Abou Abd Allah Asbagli Ibn el-Fe- ' Je ne sais si j'ai bien rendu le sens des redj, natif d'Egyple el docleur malekite, mois UoLi. (jI^qIj. Le traducteur turc étudia sous les disciples de l'imam Malek, n'en a pas tenu compte, et mourut l'an 330 ($/io de J. C). ' Voy. la i" partie, p. 83, note a.

' Voy. ci-devant, p. i5. ' Nous connaissons un de ces frères ' Voy. ci-devant, p. 12. il se nommait Ibn Mekki Ibn Aouf ez-Zo^ 20 PROLEGOMENES Abou Amr Ibn el-Hadjeb' étudia sous ceux-ci, puis, après lui, Chi- hab ed-Dîn el-'Iraki. Cet enseignement s'est maintenu dans les villes que nous venons de nommer.]

[Le système de jurisprudence suivi en Egypte par lesChaféites avait aussi disparu à la suite de l'établissement des Fatemides, gens de la maison. Après la chute de cette dynastie parurent plusieurs docteurs qui relevèrent cette école, et dans le nombre se trouva Er-Rafci^, chef jurisconsulte de Khoraçan. Après lui. Molli ed-Dîn en-Newaouï, un autre membre de cette bande illustre, se distingua en Syrie. Plus tard, l'école malekite de Maghreb mêla ses doctrines à celles de l'école d'Irac. Ce changement commença h partir du temps où Es-Chirme- sahi brilla à Alexandrie comme docteur de l'école maghrébine-égyp- tienne. Le khalife abbasside El-Mostancer, père du khalife El-Mosta- cem^ et fds du khalife Ed-Dhaher, ayant fondé à Baghdad l'université qu'on appelle d'après lui El-Mostunceriya, fit demander au khalife fatemide qui régnait alors en Egypte de lui envoyer le docteur dont nous venons de mentionner le nom. Es-Chirmesahi, ayant obtenu l'autorisation de partir, se rendit à Baghdad, où il fut installé comme professeur, dans la Moslanccriya. 11 occupait encore cette place l'an 656 (i 258 de J. C), quand Houlagou s'empara de Baghdad; mais il put sauver sa vie dans ce grand désastre et obtenir sa liberté. Il continua à résider dans celte ville jusqu'à sa mort, événement qui eut lieu sous le règne d'Ahmed Abagha, fils de Houlagou. Les doctrines des Male- kites égyptiens se sont mêlées avec celles des Malekites maghrébins, ainsi que nous favonsdit, elle résumé s'en trouve dans le Mokhtecer (ou abrégé) d'Abou Amr Ibn el-Hadjeb. On voit, en effet, à l'examen de cet ouvrage, que l'auteur, en exposant les diverses parties de la ju- risprudence sous leurs propres titres, a non-seulement inséré dans An. Ln réputation de ce tradilionniste el télé de sa vie. Il niourul l'an 58! (ii85 docleiir fut si grande que ie sultan Salnli de J. C).

ed-Din (Saladin) se lit expliquer par lui le ' Voyez la i" jiarlie, inlrod. p. xx, texte du MuowaUn de Malek. Ibn Aouf ' Voy. ci-devant, p. i3.

»c distingua par sa piété et par la sain- ^ Pour ^.«;«tl|, lisez ^.«»x«JI.

D'IBN KHALDOUN. U chaque chapitre toutes les questions qui se rapportent à la matière dont il traite, niais il y a placé, malgré leur grand nombre, toutes les opinions que les docteurs ont émises sur chaque question; aussi ce volume forme-t-il, pour ainsi dire, un répertoire de jurisprudence malekite. Vers la fin du vu" siècle, l'ouvrage d'ibn el-Hadjeb fut apporté P. dans la Mauritanie et dès lors] il devint le manuel favori de la ma- jorité des étudiants maghrébins. Ce fut surtout à Bougie qu'ils se distinguèrent par leur empressement à l'accueillir, ce qui tenait à la circonstance qu Abou Ali Nacer ed-Din ez-Zouaoui, le grand docteur de cette ville, fut la personne qui l'y avait apporté. Il venait de le lire en Egypte sous la direction des anciens élèves de l'auteur et en avait tiré une copie. Les exemplaires se répandirent dans les environs de Bougie, et ses disciples les firent passer dans les autres villes du Maghreb. De nos jours ces volumes se transmettent de main en main, tant est grand l'empressement des étudiants à lire un ouvrage qui, selon une tradition généralement reçue, avait été spécialement re- commandé par ce professeur. Plusieurs docteurs maghrébins appar- tenant à la ville de Tunis, tels qu'Ibn Abd es-Selam, Ibn Rached et.

Ibn Haroun, ont composé des commentaires sur cet ouvrage. Dans cette bande illustre, celui qui remporta la palme fut Ibn Abd es-Seiam. Les étudiants du Maghreb lisent aussi le Tehdib^ (d'El-Beradaï) pen- dant qu'ils font leur cours de droit. Et Dieu diriffe celui quil veut.

De la science qui a pour objet le partage des successions (eilm el-feraîd).

Cette science fait connaître les portions légales (dans lesquelles il faut diviser le montant) d'un héritage, et permet de déterminer au juste les quotes-parts d'une succession. Cela se fait en ayant égard aux portions primitives (fixées par la loi) et en tenant compte de la monasekha (ou transmission de l'hérédité). Une des espèces de la mo- nasekha c'est le décès d'un des héritiers (avant le partage) et la (né- 22 PROLEGOMENES cessité de procédera la) répartilion de sa légitime entre ses propres héritiers. Cela exige des calculs au moyen desquels on rectifie ' (la valeur des parts dont la succession se composait) en premier lieu; puis, en second lieu, on assigne aux héritiers les légitimes exactes p. i5. qui leur sont dues. Deux, ou même plusieurs cas de monasekha peu- vent se présenter simultanément (lors du partage d'une même succes- .sion), et, plus ils sont nombreux, plus il y a de calculs à faire. Une autre espèce de monasekha est celle d'une succession à deux faces, comme, par exemple, une succession dont un des héritiers déclare l'existence d'un autre héritier (sur lequel on ne comptait pas), tandis que son cohéritier nie le fait. Dans des cas de cette nature on déter- mine les parts sous les deux points de vue; ensuite on examine le mon- tant des parts, puis on partage les biens du défunt proportionnelle- ment aux quotes-parts qui devaient revenir aux héritiers qui s'étaient présentés d'abord ^. Tout cela nécessite l'emploi de calculs ^.

Dans les traités de droit, le chapitre sur les succes-sions occupe une place à part, vu qu'il renferme non-seulement des choses qui se rap- portent à la jurisprudence, mais aussi des calculs, et que ceux-ci en forment la matière principale. On a fait de la répartition des héritages ime branche de science distincte des autres, et l'on a composé beau- coup d'ouv;rages sur ce sujet. Ceux qui, dans les derniers siècles, ont eu le plus de réputation chez les Malekites d'Espagne, sont: le Kilab ' Comme le mol ol*->^ est au pluriel, vraient revenir aux deux premiers hériliers il faut lire _iSj à la place de ^^^.- Le ma- seulement; Zeïd louche sa part; puis on nuscrit C offre la bonne leçon. Dans l'édi- fait un nouveau calcul, afin de savoir comlion de Boulac, nous lisons,isu, mais bien aurait du revenir à Ali dans le cas où ^1-;-^ est remplacé par son.singulier il se sérail présenté tout d'abord. La somme (jL^a». qui lui revient est prélevée sur la part ' Voici comment j'entends ce passage; d'Omar. Les cohéritiers, Zeïd et Omar, se présen- ' On trouvera des exemples de ces calleut pour recueillir leur légitime, mais, au culs dans le tome VI, p. 4i6 etsuiv. du Premoment du partage, Omar déclare l'exis- cis de j urisprudence musulmane de Klialîl tence d'un autre héritier, lequel se nomme Ibn Isliac, traduit de l'arabe par M. Per- Ali; mais Zeïd nie le fait. En ce cas, on ron, et publiédans le recueil intitulé Excummence par calculer les paris qui de- ploration scientifique de l'Algérie.

D'IBN KHALDOUN.

23 (ou traité) d'Ibn ïhabet ' et le Mokhtecer (ou abrégé) composé par le cadi Abou '1-Cacem el-Haoufi", puis le traité d'El-Djâdi. En Ifrîkiya, les musulmans des derniers temps se servent de divers ouvrages dont l'un a eu pour auteur Ibn el-Monemmer de Tripoli '. Les Chafêites, les Hanefites et les Hanhelites ont composé un grand nombre de livres sur cette matière et laissé des travaux qui, par leur masse et par la difficulté des questions dont ils donnent la solution, oITrent un té- moignage frappant des vastes connaissances que ces auteurs pos- sédaient tant en jurisprudence que dans l'art du calcul. On distingue surtout parmi ces écrivains Abou '1-Maali, que Dieu lui fasse misé- ricorde *!

Le partage des successions est un noble art, parce qu'il exige une réunion de connaissances dont les unes dérivent de la raison et les autres de la tradition, et parce qu'il conduit, par des voies sû- res et certaines, à reconnaître ce qui est dû aux héritiers quand on ignore la valeur des portions qui doivent leur revenir, et que les personnes chargées du partage de la succession ne savent comment s'y prendre. Les alemd des grandes villes l'ont cultivé avec un soin extrême.

Quelques-uns des docteurs qui ont abordé ce sujet se sont laissé porter à un excès dans le développement de leurs calculs; s' étant proposé des problèmes dont la solution ne peut s'obtenir que par l'emploi de l'algèbre, de l'extraction des racines et d'autres branches P. i6.

' Abou Nasr Ahmed Ibn Abd Allah Ibn Thabet, docteur charêite, natif de Bokhara et auteur d'un traité des partages intitulé El-Mohaddeb (le refondu), mourut l'an 44? (io55-io56dcJ. C).

' Abou'l CacemAhmed Ibn Mohammed Ibn Khalef el-Haoufi, natif de Séville et auteur d'un traité sur \csferaid (portions légales), mourut l'an 588 (i igî de J. C).

' Notre auteur nous apprend, dans son Hist. des Berbers, t. III, p. a66, 267, qu'en ran4a9(io37-io38deJ. C.) Abou'1-Hacen Ibn el-Monemmer, législe qui s'était distingué par."a connaissance des règles à suivre dans le partage des successions, et qui était président du conseil municipal qui gouvernait alors la ville de Tripoli, remit celle ville entre les mains d'un membre de la famille Khazroun, qui y fit aussitôt reconnaître la souveraineté des Fatcmides de l'EgypIe.

24 PROLÉGOMÈNES de science ', ils en ont farci leurs ouvrages. Des spéculations de ce genre ne sont guère à la portée de tous les hommes et demeurent inutiles pour ceux qui ont à faire le partage des successions, parce que les cas dont elles donnent la solution sont tout à fait exception- nels et se présentent très-rarement. Elles contribuent cependant à former l'esprit à l'application et à développer la faculté de traiter convenablement les affaires de partage.

La plupart des personnes qui cultivent cette partie de la science la considèrent comme une des premières et citent, à l'appui de leur opinion, une tradition provenant d'Abou Horeïra. Selon lui, le Pro- phète déclara que les faraïd composent le tiers de la science et en sont la partie qu'on oublie le plus vite, ou, selon une autre leçon, composent la moitié de la science. Cette tradition, publiée pour la première fois par Abou Naîm ^ leur a semblé une preuve qui justifiait leur prétention, parce qu'ils ont cru que le terme faraïd désignait les parts d'un héritage. Cette supposition est évidemment loin (d'être probable); les faraïd dont il s'agit dans la tradition sont les prescriptions légales que les hommes sont tenus à observer et qui se rapportent non-seule- ment aux héritages, mais aux pratiques de la dévotion et aux usages qu'on doit adopter dans la vie. Le mot, étant pris dans cette accep- tion, désigne fort bien des notions qui composent la moitié ou le tiers (de la science), tandis que les prescriptions touchant les succes- sions ne forment qu'une faible partie de nos connaissances, si on les compare avec tdutes les autres sciences qui dérivent de la loi. Pour fortifier ce raisonnement, nous ajouterons que l'emploi du motfaraïd avec une signification restreinte, et son appHcation spéciale au par- ' L'auteur aurait mieux fait d'écrire jt J. C). H composa des annotations sur les yyJ à la place de yyj ^. L'éditeur de Saliîhs d'El-Bokhari et de Moslem; et, de l'édition de Boulac s'est aperçu de l'er- plus, deux ouvrnges sur les Compagnons reur, mais, par un défaut d'attention, il de Mohammed, une biographie d'Ispahaa porté la correction sur la particule J, nides, etc. H mourut en moharrêm ào?t qui précède le mot ^I^éL»!. (juillet-août 1012 de J.C). On le considère Le hafedk Abou Naîm Ahmed el-Ispa- comme le plus grand tradilionnisle de celte hani es-Soufi naquit en.S36 (947-948 de époque.

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