SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

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Mais la poésie existe, par la nature même des choses, chez les peuples de toute langue, car l'usage de couper les phrases d'après le nombre de lettres mues et quiescentes^ et d'après la correspondance (mutuelle despieds dansles vers), estinné chez tous les peuples. Il ne faut pas croire que l'art poétique n'a pu exister que dans une seule langue, je veux dire dans celle des Modérites, peuple qui, comme chacun le sait, avait produit les cavaliers les plus distingués et les plus brillants fait l'éloge d'Homère; mais on sait que les excepté un très-petit nombre de mots. Ce Arabes rattachèrent ce traité à celui de la peuple a pu avoir des poëtes, mais les Logique. Arabes ne connurent presque rien, ni de ' Il est évident que notre auteur parle leur histoire, ni de leurs poèmes.

ici des anciens Himyarites; mais, à son ' C'est-à-dire les syllabes longues et époque, rien ne restait de leur langue brèves.

404 PROLÉGOMÈNES p. 36i dans la carrière de la poésie. Bien au contraire, les peuples qui ont un idiome particulier, les Arabes barbarisanls \ par exemple, et les habitants des villes, composent encore des vers, en y faisant de leur mieux, et construisent l'édifice de leurs poëmes conformément au wénie du dialecte dont ils se servent. La race arabe qui nous est con- lemporaine, et dont le langage s'est beaucoup écarlé de celui des Mo- dérites, leurs prédécesseurs, parsuite de son mélange avec des éléments étrangers, ces Arabes composent encore aujourd'hui des vers sur tous les sujets que leurs prédécesseurs, les Arabes arabisés, avaient traités. Ils produisent des morceaux très-étendus, dans lesquels on reconnaît la marche et les pensées de l'ancienne poésie: on y retrouve la mention de la bien-aimée, l'éloge, l'élégie et la satire. On y voit aussi qu'ils savent ménager les transitions afin de passer d'un sujet à un autre, et qu'il leur arrive quelquefois d'entrer tout d'abord dans la matière dont ils veulent parler. Chacun de ces poëmes commence ordinaire- ment par indiquer le nom de celui qui l'avait composé; l'auteur passe ensuite à l'éloge de sa maîtresse. Les Arabes du Maghreb donnent auxcacidas (ou poëmes) de ce genre le nom d'asmaïennes, en souvenir d'El-Asmaï, le grand rapporteur des anciennes poésies arabes. Les Arabes de l'Orient les désignent par le terme bédawiya (bédouins), [ ou hauraniya ou caïsiya ] '^. On les chante quelquefois, après y avoir adapté des airs très-simples, mais nullement conformes à la théo- ' L'auleur, en suivanl une théorie pré- conçue, partage le peuple arabe en quatre grandes races. La première, qu'il désigne par le nom d'Arabes arabisants (c'est-n-dire les Arabes de race pure), se composait d'Amalékiles, d'Adites, de Tamoudites et d'autres (ribus descendues d'Arem et de Lud.fils de Cham. Celle race s'éteignit à une époque très-reculée. La seconde race, appelée Arabes arabisés, descendait de Hi- myer, fils de Saba. La troisième se com- posait des Arabes successeurs des Arabes, c'est-à-dire des descendants de Codaa, de Cahlan et d'Ismaïl. Ce furent eux qui fon- dèrent l'empire musulman. Les Arabes de la quatrième race, ayant laissé leur langue s'altérer par la suppression dune grande partie des inilexions grammaticales et par l'introduction d'éléments étrangers ou bar- barismes, sont désignés dans cet ouvrage par le nom d'Arabes barbarisanls. Ce sont eux qui, de nos jours, habitent l'Arabie, la Syrie, l'Egypte et l'Afrique septentrio- nale.

' Le passage rais entre crochets ne se trouve que dans le manuscrit A et la tra- D'IBN KHALDOUN.

405 rie de l'art musical. Ils désignent les poèmes qui se chantent par le terme kaaraniens, mot dérivé de Hauran, qui est le nom d'une pro- vince située sur les frontières de l'Irac et de la Syrie, et dans laquelle les Arabes nomades ont continué à camper et à stationner jusqu'à ce jour. Il y a encore chez ces Arabes un genre de poëme qui est li-ès- usilé et qui se coiupose de stances renfermant chacune quatre vers ^ dont le dernier diffère par la rime ^ des trois autres. La même rime se reproduit à la lin de chaque quatrième vers de la cacida (poëme). Ce genre de poëme ressemble aux morabbâ et aux mokhammès ^ dont on doit l'invention à des poëtes musulmans qui vécurent à une époque assez moderne. Dans les pièces dont nous parlons, les Arabes expri- maient leurs idées avec une netteté parfaite, et ont possédé depuis* des (poëtes) d'un grand talent.

Les savants des derniers siècles et la plupart de ceux qui, de nos jours, cultivent les sciences, et surtout celles qui se rattachent à la langue, méprisent le genre de poésie que ces Arabes ont adopté, et, quand on leur récite de ces pièces, ils les écoutent avec un dédain profond''. Ils s'imaginent qu'elles offensent le bon goût, parce qu'elles p. 36î.

duclion turque. Le mol haaraniyu signi- fie haiiranien (composé par les ArAbes de la province de Hauran en Syrie); par lu terme caisiyu, on désignait les poèmes composés par les Arabes de la tribu de Caïs, et ceux-ci se lenaienl ordinairement dans le tiauraii.

' Littéral. « formant quatre brandies. » ' Dans les morabbâ, ou quatrains, on ajoutait à chaque bémisliclie d'un ancien poëme trois hémistiches nouveaux, afin d'en développer la pensée ou de la modi- fier. Lo mokhammès, ou quintain, ressem- blait au morabbâ, mais se couiposaitdecinq hémistiches.

* Les manuscrits portent (j.wiuilj avec la conjonction.

' J'avoue que je partage l'opinion de.s savants musulmans au sujet de ces poèmes. On verra, par les échantillons que l'auteur va nous en donner et dont il a ramassé une grande partie chezles Arabes bédouins de l'Afrique septentrionale, que le style est Irès-incorrect et souvent très-obscur, que les règles de la grammaire et de la prosodie n'y sont pas respectées, et que le langage dans lequel ils sont écrits dif- fère beaucoup de l'ancien arabe et même de l'arabe vulgaire, tel qu'on le parle de nos jours. Les morceaux africains appar- tiennent au dialecte d'une tribu qui avait longtemps habité la province de Bahreîn en Arabie, et qui s'était toujours fait re- marquer par la rudesse de ses mœurs et l'incorrection de son langage. Ces pièces 406 PROLEGOMENES sont dans une langue abâtardie et que les désinences grammaticales ne s'y emploient pas. Mais ce sentiment n'est provenu chez eux que de l'impuissance où ils se trouvaient d'apprécier le mérite de cette langue; s'ils avaient possédé la môme faculté de la comprendre qui existe chez les (Arabes bédouins), ils auraient trouvé dans leur propre goût et dans la disposition naturelle de leur esprit, — si toutefois ils avaient eu le goût sain et le jugement droit, — ils y auraient trouvé un fort témoignage en faveur de la capacité que cette langue possède pour exprimer des idées. Quant aux inflexions désinentielles, elles n'ont rien à faire avec l'expression exacte des idées, avec cet art de réalisa- tion qui' consiste dans la correspondance de la parole avec la pensée '^ et avec les nuances qu'il faut exprimer'. Peu importe que le refâ'^ indique l'agent (ou le sujet) et que le nasb'^ désigne le patient (ou l'objet), ou vice versa; les circonstances accessoires oflTertcs par le discours suffisent pour lever toute incertitude à cet égard; le langage parlé maintenant nous en offre la preuve. D'ailleurs, les indications de ce genre sont purement conventionnelles et dépendent des usages adoptés par chaque peuple dans l'emploi de sa langue. Or, lorsqu'on a pu distinguer ce qui est de convention dans l'exercice d'une faculté, qu'on a vu clairement que les indications (offertes par cette faculté) sont exactes, et qu'on a reconnu que ces indications répondent aux intentions de celui qui parle et aux exigences du cas, alors (on peut le dire) la réalisation (de l'idée par la parole) s'est effectuée bien que les règles établies par les grammairiens ne soient pas observées. Quant n'essaye pas de rendre les mots 3^yl fj-» A-^9. Je crois, cependant, qu'ils signifient; ont cependant une certaine importance, puisqu'elles montrent qu'au v' siècle de l'hégire les formes de l'arabe vulgaire étaient déjà usitées chez les Arabes no- mades: nous y trouvons elli mis pour elleJi, elleli, elledîn, etc. ândou pour an- dahoa, liya pour li, mecherla pour mecli- reta, etc.

' Pour Lfcjlj, lisez Uj|.

« correspondance qui provient des qualités qui existent dans celte langue. « ' Le refâ est la voyelle finale qui marque le cas nominatif dans les noms et l'aoriste du mode indicatif dans les verbes.

' he nasb désigne le cas accusatif des noms et le mode subjonctif de l'aoriste des verbes.

D'IBN KHALDOUN.

407 aux tournures reçues dans la poésie et aux divers genres de poèmes, tout cela se retrouve dans les productions de ces Arabes: rien n'y manque, excepté les voyelles qui marquent les cas et qui devraient se trouver à la fin des mots. En effet, la plupart des mots se terminent par une pause '; mais les indications fournies par les accessoires de la phrase suffisent, chez ces Arabes, pour faire distinguer l'agent du patient et le sujet de l'attribut, sans qu'on ait besoin de recourir à l'emploi de voyelles désinentielles.

Voici un de leurs poëmes: il est censé avoir été prononcé par le cherîf Ibn Hachem, et exprime la douleur que le cherîf éprouve en se voyant séparé d'El-Djazia, fille de Serhan^.

' C'est-à-dire: la consonne finale du mol ne prend pas de ces voyelles qui ser- vent à indiqiierdes rapports grammaticaux.

'" On sait qu'au milieu du v" siècle de l'hégire El-Mostancer, le khalife fatémide qui régnait au Caire, envoya plusieurs tribus arabes contre EI-Moezz Ibn Badîs, son lieutenant en Ifrikiya, lequel s'était mis en révolte contre lui. Ces Arabes comptaient alors parmi leurs chefs Hacen Ibn Serhan, Bedr Ibn Serhan, Fadl Ibn Nahed, Madi Ibn Mocreb, Dîab Ibn Gha- nem, Tholeïdjen Ibn Abès, Zeid el-Ad- djadj Ibn Fadel, etc. Les poëmes que notre auteur va donner font mention de quel- ques-uns de ces chefs. Pour les délails de cette invasion, voyez VHisioire des Berbers, t. I, p. 28 et suiv. Voici ce que notre au- teur y dit (p. 4i) au sujet du cherîf Ibn Hachem et de ces poëmes: « On conserve chez les Arabes hilaliens des récits fort cu- rieux relativement à leur entrée en Ifrîkiya. Ainsi ils prétendent que le cherîf Ibn Ha- chem, prince du Hidjaz, et appelé, selon eux, Chokr Ibn Abi '1-Fotouh, contracta une alliance avec leur chef, Hacen Ibn Serhan, dont il épousa la sœur, El-Djazia, et que de ce mariage naquit un &ls appelé Mohammed. » « Des querelles et des dissensions s' étant ensuite élevées entre le cherîf et les mem- bres de la tribu, ceux-ci prirent la résolu- tion de passer en Afrique; mais, d'abord, ils usèrent derusealinde pouvoir emmener la femme du cherîf D'après leurs conseils, elle demanda à son mari la permission d'aller visiter ses parents. Il y donna son consentement et l'accompagna jusqu'au lieu où la tribu était campée. On partit alors, emmenant le cherîf et son épouse, avec l'intention apparente de le conduire à un endroit où l'on se livrerait, le lende- main, au plaisir de la chasse, et de re- venir au lieu du campement aussitôt que les tentes y seraient dressées de nouveau. Tant qu'ils se trouvaient sur le territoire du cherîf, ils lui cachaient leur véritable projet; mais, lorsqu'ils eurent atteint les terres situées hors de la juridiction de ce chef, ils le renvoyèrent à la Mecque, le cœur rempli de douleur en se vovant en- lever la personne qu'il aimait tant. Sa femme continua à ressentir pour lui un amour égal à celui qui le tourmentait, et 408 PROLÉGOMÈNES Le poêle y parle du dépai't de cette femme pour le Maghreb avec sa famille: 'Le chérif Bou'l-Hîdja Ben Hachein ' a dit au sujet de son cœur qui, CQvalii P. 363. (par la douleur), se plaignait de son inforlune; il s'empresse de faire savoir par où son esprit est passé en poursuivant un jeune Bédouin qui a tourmenté elle mourut enfin, victime de sa passion. Encore aujourd'hui.dans la tribu de Hilal, on raconte an sujet de ces deux amants des histoires à faire oublier celles de Caïs et de Kotheiyer. On rapporte aussi nn grand nombre de vers attribués au cberîf et à sa femme. Bien que ces morceaux ne manquent pas de régularilé et de cadence, ainsi que de tournures, soit naturelles, soit artistiques, on y remarque des inter- polations, des altérations et des passages controuvés. Les règles de la syntaxe dési- nentielle y sont tout à fait négligées; mais nous avons dit dans nos Prolégomènes que l'absence des inflexions granimalicales n'in- flue nullement sur la juste expression de la pensée. 11 est vrai que les gens instruits, habitants des villes, n'aiment pas à en- tendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales y manquent; un tel défaut, selon leur idée, est radica- lement subversif de la précision et de la clarté; mais je ne suis pas de leur avis. Ces poèmes, avons-nous dit, renferment des interpolations nombreuses, et, dans l'absence de preuves qui pourraient mon- trer qu'ils nous ont été transmis fidèle- ment, on ne doit y mettre aucune con- fiance. 11 en serait bien autrement si nous avions la certitude de leur authenticité et l'assurance que la tradition orale les eût conservés dans leur intégrité primitive: alors on y trouverait des passages propres à confirmer l'histoire des guerres de celte tribu avec les Zenala, a déterminer les noms de ses chefs et à établir bien des cir- constances qui la regardent. Quant à nous, 11 nous e.st impossible d'admettre que le texte de ces poèmes se soit conservé intact: nous pensons même que tout esprit cultivé y reconnaîtra facilement des passages in- terpolés. Quoi qu'il en soit, les membres de la tribu de Hilal s'accordent, depuis plusieurs générations, à regarder comme vraie l'histoire du cherîf et d'El-Djay.ia; et quiconque serait assez hardi pour en con- tester l'authenticité, ou même exprimer des doutes, s'exposerait à être traité de fou et d'ignorant, tant cette tradition est générale chez eux. » ' Ce morceau est d'un style très-bar- bare; aussi les copistes ne le compre- naient-ils pas, et ils ont, en le transcrivant, altéré le texte presque partout. L'édition de Paris nous fournit un grand nombre de variantes, bien qu'elle ne reproduise pas toutes celles qui se trouvent dans les manuscrits C et D. La traduction turque offre un texte qui ne s'accorde pas toujours avec celui de l'édition de Paris, et donne aussi en marge une série de nouvelles va- riantes. Le texte de l'édition de Boulac a été retouché par un copiste qui, évidem- ment, n'entendait rien aux vers qu'il avait sous les yeux. Malgré l'extrême difficulté de ce morceau, dont presque chaque mot est douteux, je crois en avoir saisi le sens dans la plupart des cas. J'en donne ici la transcription en caractères romains afin de faire sentir la valeur et la position des DIBN KHALDOUN.

409 (son cœur) d^jh liop affligé '. (Il annonce) combien son ùme s'est plaiule (du malhejur) «lui la frappa dans ia matinée des adieux; puisse Dieu faire périr celui qui en connaissait le secret! Elle sent comme si un bourreau la blessait jusque dans l'intérieur, avec un couteau^ indien, fait d'acier pur. Elle est deve- nue comme une brebis entre les mains d'un laveur dont ia violence, pendant qu'il serre les lanières qui rallacheiit, cause (des douleurs) semblables k celles que font les épines de l'acacia; des entraves doubles lui serrent les jandjes ainsi que la tête, placée entre elles, et, pendant qu'il la frotte, il la retient par le bout du licou'. Mes larmes se mirent à couler en abondance comme si un (homme Nfttiat [o-^-t i] minni Baglidad liaUa feltîrlia. Ou nada *l-monadi bi *r-rahîl oua cticddedon Oua ârrcdj àrilia ûta mstâîrlia. 5eddan leba 'I-an ya Diab ben GhaDcm!

Ala vcddin Modî beu Mogrcb sîrha. Oua gai lehom Uacen ben Scrban: Gharribou Ousogou 'n-nedjwâ en kan ana boua ghafirha. Ou irkos oua îndcti [ 1! (>^ } binba [bî]-l-Tbaïdj Oua bi-lebinin [(JVi-^ W] '" iohdjezou [!.•.y] [fi maghîrba Gfaaderni Zian es-semîli ben Abès, Oua ma kan yerda zîn Hemir oua mirba. Gbaderui oub zâma scdiltl ou sabbi, Ou ana liya ma m' dergeti ma nedirba.^ Ou rdjâ igout Icbom Celai ben Hachcm: Nedjîr el-bla oua [* v)U.J I] '1-âtcba ma nedjîrlia! Haram âliya bab Bagbdad oua ardba, Dalthcl oua la àoued, rekbi [^.^vS)] uerErha. Teseddef roulii an belad Bea Hacbem Ala 's-chîms aou nzcl cl-gada min bedjîrba! Oua batet nîran el-adbari couadcb, ' Littéral. « qui lord, ou comprime, ce qui en avait été comprimé. » ' Le mot michrcta ( îLhy^), ou, selon la prononcialioQ vulgaire, mechertaoxi em- cherta, signifie «un bistouri;» le ouaou linal du moljXi3y4i.rf; représente le pronom afTixc de la troisième personne ma.sculine.

■' Le texte des deux derniers vers n'est pas bien certain; aussi la traduction esl- cllc très-liasardée.

voyelles qui ne sont pas exprimées dans le texte, et j'y ai intercalé les variantes que j'ai cru devoir adopler. Bien que celle pièce ne se laisse pas scander d'a- près les règles ordinaires, on verra que chaque vers se compose de trois pieds de quatre syllabes; dans les deux premiers pieds, toutes les syllabes sont ordinaire- ment longues; dans le dernier pied, l'an- tépénullième syllabe est brève, et la pre- mière syllabe est quelquefois supprimée. Au reste, je crois que la pièce n'est pas authentique: Gai Bou'I-Hidja [UolJI jjt JU] 'i<berif ben [ Hachcm àl Elti tcra kebdo cbckat miu zefîrba; Ifezz bl-eilam ain marrât [cijy*] khalro [o ^L^ J Irid gtiolam cl-bedo ilwi asîrba, Ou m* da cliekat er-rouli memma tcra leha Gtiadal oudaya [ ^ I i. ], tcllef Allah khebirha! Tehe:,s an gattaân, madi dhemîrha, Bi mchertelo hindawi [aI^Nà*] sati dekîrha; Ou adet kema khowara li yeddi ghacèl, Ala methcl chouk ct-Talh ânfo licirha. Yedjabedouha 'tsnîn ou et frà binhom , [ djerîrha.

Ou djal dcmouài darefat [cJ'^)l^], kéanha Mozoun tedji mterakeba min scbîrba. Tesobb min el-guîâni min djanb es-Sefa Aïounaoua lemban [^L^Jl el-berk fi gha/irba. Uad el-gbena mctta tesabU âtoua [8^^].

ProléRomtnes. — m.

410 PROLÉGOMÈNES les faisait monter en tournant de ses mains une roue hydraulique. Le répil donné (à mes veux) répare promptement leur épuisement, et l'humidité qui s'y amasse 1'. 364. forme des nuages épais qui augmentent (le torrent de larmes). (D'autres tor- rents) descendent, en coulant de source, à travers la plaine qui touche au flanc d'Es-Sefa \ et, au milieu de cette abondance d'eau, (se voit) la lueur des éclairs. Ce chant sera (pour toi) une consolation, quand tu seras épris d'amour. Bagh- dad -, jusqu'aux pauvres, gémit sur mon sort. Le crieur annonça le dé- part, on lia (les bagages), et le (chameau) disponible se tenait auprès de celui qui l'avait emprunté'. Empêche-les de partir maintenant, ô Dîab Ibn Ghanem! c'est entre les mains du Madi Ibn Mocreb (qu'on a remis la direction de) la marche. Hacen Ibn Serhan leur dit: Allez vers le couchant, poussez devant vous les troupeaux; c'est moi qui les protège. Et il piqua en avant, parmi les (ani- maux), criant aux moutons et aux taureaux, (mais) sans les écarter des champs verdoyants*. Zian le généreux, fils d'Abès ^, m'a laissé; l'éclat et les riches appro- P. 365. visionnements de Himyer*' ne lui suffisaient pas. Il m'a laissé, lui qui se disait mon ami et mon compagnon; et je n'ai plus maintenant de bouclier que je puisse opposer (à mes ennemis). Belal Ibn Hachem revint en leur disant: Nous pouvons vivre dans le voisinage de la misère; mais, dans un pays de soif, nous ne le pouvons pas; la porte de Baghdad et son territoire nous sont défendus; je n'y entrerai pas, je n'y retournerai pas, et ma monture.s'en éloignera. Mon àmc re- nonce au pays d'Ibn Hachem, à cause (de l'ardeur) du soleil; (si j'y restais) la chalear du midi ferait descendre (sur moi) la mort. Pendant la nuit, les feux allumés par les jeunes fdles (de la tribu) jetaient des étincelles, et celui qui était le captif de leurs (charmes) excitait son chameau sur la route de Loud à Khordjan ''.

Le poëme qui suit fut composé par (un autre de) ces Arabes sur ' Es-Sel'e est 1r nom d'un endroit de la montagne appelée Abou Cobaîs et située près de la Mecque.

' On sait que les Arabes avaient beau- coup de noms pour désigner la ville de la Mecque. Ces vers montrent, il me semble, que Baghdad était un de ces noms.

^ Peut-être devons-nous lire l^vJvc à la place de Lgj^lc, e( traduire ainsi: • Et les prêteurs dans la tribu importunaient les emprunteurs. » * Ces derniers vers ont été traduits par conjecture.

° Ce personnage se nommait aussi Tho- leïdjen et appartenait à la Irlbnde Hirayer. (Voy. YHisl. des Berhcrs, vol. I, p. 38 de ma traduction.)

° Dans l'usage vulgaire, le mot v-^y?" [Himycr] se prononce Ilenitr.

' Kliordjan est le nom d'un défdé près de Médine. La position de Loud est in- connue au traducteur.

D'IBN KHALDOUN.

411 la mort d'Abou Soda el-Ifreni, émir zenatien ', qui leur avait opposé une vive résistance- en Ifrîkiya et dans le Zab-'. Celte pièce élégiaque est conçue dans un ton purement ironique ': Soda ail beau visage^ partira le malin avec la caravane en se lamentant et dira: O toi qui demandes où est le tombeau de Khalifa le Zenatien", en voici P- 366. l'indication; ne sois pas lent à la saisir'. Je le vois en amont de la rivière Zan', et au-dessus de lui s'élève un couvent eïraouien ' d'une construction élevée. Je le vois là où le bas-fonds s'éloigne'" de la route qui conduit aux collines de sable; la rivière est à sa droite et le bois de roseaux en indique (l'emplacement). Oh! que mon cœur soufTre à cause de Khalîfa le Zenatien^', rejeton de la postérité des hommes généreux! 11 est mort sous les coups du héros des batailles, Diab Ibn Ghanem, et de ses blessures coule le sang ainsi que l'feau) sort de la bouche d'une outre. 0 toi (qui es devenue) notre voisine, sache que Khalîfa le Zenatien Lisez crits.

C^) La-«, avec tous les manus- ^ La province du Zab.se composait du Hodna, pays dont la ville principale est maintenant Bon Saada, et du Zîban (pi. de Zab), pays dont la capitale est Biskera.

' Ce poënie est du mètre taouil, mais on y remarque plnsieurs irrégularités. Le premier pied se compose quelquefois de deux syllabes longues. Les voyelles linales ne s'y emploient pas toujours, et le dernier pied do chaque second hémistiche est mo- keiyed.

'' Variante ^^si iiUwS Jyi-i', c'est-à-dire • les jeunes filles de la tribu disent.» Le mot L^.^U>j se trouve dans tous les ma- nuscrits, mais la signification m'est in- connue.

' « Lors de l'invasion des Arabes hila- liens, dit notre auteur dans son Histoire des Berbers (t. III, p. 271), Tlemcen obéis- sait à un souverain zenatien, appartenant à la famille des Béni Yala et nommé Bakhii. 11 eut pour vizir et général un Ifrénide ap- pelé Abou Soda Khalîfa. (Dans la traduction, le mot Ibn est à supprimer. ) Cet of- ficier.sortait assez souvent pour combattre les Athbedj et les Zoghba (branches de la tribu de Hilal),et, en ces occasions, il ras- semblait sous son drapeau toutes les tribus zcnatiennes du Maghreb central qui reconnaissaient l'autorité des Béni Yala. Dans un de ces conflits, lequel eut lieu postérieurement à l'an /i5o (iof)8de J.C.), Abou Soda perdit la vie. » ' Littéral.'» et ne sois pas bête. ■ L'adjectif Ji;vA* appartient à la langue vulgaire, mais on le remplace ordinairement par Jy<^, mot dérivé de la même racine et signifiant » fou, sot. » ' Les manuscrits portent (jL [ran), mais on ne connaît en Algérie aucune vallée ou rivière de ce nom. Il y en a, au contraire, plusieurs qui portent le nom de zan, mot qui désigne une espèce de chêne.

" Ce vers, s'il est authentique, montre que l'ordre des derviches Eïçaoua est très- ancien en Algérie.

" Je lis jl6J.

" Je lis 3"y*' • avec le traducteur turc. La leçon 0 lo-^^est bonne.

Sa.

412 PROLÉGOMÈNES est mort. Ne pars pas à moins que tu ne veuilles partir; hier, nous vous avons embrassée ' trente fois; seize fois par jour est bien peu.

Voici une des pièces dans lesquelles ils racontent comment ils partirent pour le Maghreb et enlevèrent ce pays aux Zenata-: p. 367. Quel excellent ami j'ai perdu en Ibn Hachcm! Mais combien d'hommes avant moi ont perdu leurs meilleurs amis! Entre lui et moi la fierté (fit naître une discussion), et il me confondit par des raisonnements dont la justesse ne m'échappa pas. Je demeurai (interdit) comme si j'avais bu d'un vin pur et gé- néreux, vin qui laisse sans force celui qu'il a renversé'. (J'étais) comme une femme à cheveux gris qui, le cœur paralysé*, se meurt dans un pays étranger, repoussée de sa tribu ^; réduite à la misère'' par un temps de malheur, elle se trouve au milieu d'Arabes grossiers qui ne font aucune attention à leur hôte. Voilà'' comment j'étais par suite de mon déshonneur**; je me plaignais de (la douleur qu'éprouvait) mon cœur, et je disais hautement ce qui l'avait rendu ma- lade '. Alors je donnai à mes gens l'ordre du départ, et ceux qui avaient chargé les chameaux renforcèrent les liens de nos bagages i**. Pendant sept jours nos trou- peaux restèrent privés (d'eau), et (nos) Bédouins ne dressèrent pas leurs lentes