SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

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' Je lis jj^^-s^Ljjavecletraducteurturc, et tilui*^, avec tous les manuscrits. Ce dernier mot signifie « nous vous avons im- posé un fardeau, » mais il est employé ici dans un sens obscène.

' Voy. VHist. des Berb. t. I, p. 37. La pièce qui suit est du mètre ^aouii; presque tous les mois prennent les voyellgs finales, comme dans la poésie régulière. Je dois faire observer que dans l'édition de Boulac, dan» la traduction turque et dan.i les ma- nuscrits C et D, ce morceau est placé im- médiatement après celui qui commence par les mots cjoLc \o^.

' Pour Ul ^^, lisez L» Lgs.

' La bonne leçon paraît être ijyyâj>.

' Je lis U...i>/«- ' Pour eUjJ, lisez iAiôS?

' L'auteur se sert ici d'une expression (|ui ne s'emploie ordinairement qu'en parlant des chevaux dont les sabots sont usés à force de marcher. Traduite à la lettre, elle signifie ici: « propter attri- lionem (ungularum) quae me dedeco- ravit. 11 ' Je lis avec la traduction turque et l'édition de Boulac: LjjU i>aXj (^^=1.;; '" Je lis Ly,, avec l'édition de Boulac et la fraducliou turque. Pour L^À^, lisez L<_L..^. Le mot.ifi>i signifie « palefrenier, celuiqui sangle un cheval ou un chameau. » LiLsk désigne les tapis ouatés qui se placent entre la selle et le dos de l'animal. — En essayant de rétablir cl de traduire ces textes, appartenant à un langage tout à fait barbare, j'ai dû très-souvent me guider d'après de simples conjectures.

D'IBN KHALDOCN.

413 pour s'y reposer '. On passa le jour sur les cimes de collines dont les unes étaient I'. 368. en face des autres -.

Voici un morceau dans lequel on fait parler le cherîf pour raconter la dispute qui eut lieu entre lui et Madi Ibn Mocreb: Madi le despote commença en me disant: Ghokr'! nous ne sommes pas contents de toi*. Allons, Chokr! cesse tes reproches et retourne dans leNedjd*"; celui-là seul a vécu ([ui est demeuré dans son propre pays. Tu t'es éloigné de nous, 6 Choir! pour te rapprocher d'étrangers, et!u es devenu l'ami de ces Arabes qui s'habillent de [belles) étoffes. (Quant à nous) nous subissons ce que la providence nous a destiné, de même que l'amorce du briquet subit (l'influence de) la rosée''. Bien que les plantes épineuses prospèrent dans votre pays, (nous avons) ici des femmes arabes dont nous n'avons pas augmenté le nombre des enfants''.

Le poëmequi suit futconnposé parSoltan Ibn ModalTer Ibn Yahya*, membre de la tribu des Douaouida', branche de la tribu (arabe) des Rîali. Ce chef le prononça '" pendant qu'il était retenu dans la prison ' Pour (jij.ofi, lisez ^j^yj^^el remplacez Uu Jçj pa ' Je lis C53U-' > niol dérivé de la racine ijy. Je passe l'hémisliclie suivant, dontje ne puis pas rétablir le texte. Outre les va- riantes indiquées dans l'édition de Paris, on lit dans la traduction turque yM- JJjj L^_La_«ïJ (_j^LàAJt (ï j,et dans l'édition de Boulac Lj_Lc^ ijÀ.a^\ ^ïjS ydl jj-àJ- ' Les vrais noms du cherîf Ibn Hachem furent Chokr Ibn Abi 'l-Folouh.

'' Cet héniisliche offre un exemple de l'emploi de la lettre chvi pour corroborer la négalion, comme cela se fait dans la langue vulgaire; exemple: ma nehabboach "je ne le veux pas. » ° Ici le texte est incertain.

' Ce vers paraît signifier que le pays de Chokr produit en abondance les planter qui forment la meilleure nourriture des chameaux, mais qu'il n'est pas favorable à la santé des jeunes enfants. Cela est vrai du territoire de la Mecque. Dans l'édition de Paris, il faut lire,^^àlaplacede|j^J, qui est une faute d'impression. L'édition de Boul^ et la traduction turque donnent ce vers sous la forme suivante: i::>jl^^jl (jilwJa, c'est-à-dire « si la (ille de leur seigneur était dans leur pays » Le reste du vers m'est inexplicable.

' La notice de cette tribu se trouve dans le premier volume de l'Histoire des Ber- bers.

'" Les manuscrits C et D et l'édition de Boulac portent l^yij.

414 PROLEGOMENES P. 369. d'El-Mehdiya, où le prince almohade, Abou Zekeriya Ibn Abi Hafs, souverain de rilnkyia, l'avait fait enfermer': (Le poêle) dit, quand l'apparition des ténèbres vient le soulager-: Que le sommeil soit défendu^ aux paupières de mes yeux! Qui viendra au secours d'un cœur qui est devenu le compagnon inséparable de la douleur et du chagrin? Qui soulagera une âme qui est folle d'amour et dont la maladie me tourmente depuis longtemps. (Je suis épris) d'une femme du Hidjaz, d'une Bédouine, d'une Arabe, qui montre de l'inimitié* pour un amant passionné^, et qu'il nepeut espé- rer de rencontrer. Elle aime avec passion la vie du désert et ne peut s'habituer aux villes; (aucun lieu ne lui plaît), excepté le pays des sables que l'on tra- verse si difficilement, et où les tentes reçoivent des pluies dont les averses con- tinuent tout l'hiver. Voilà ce qui l'a séduite"; voilà ce qu'elle désire (revoir). Là, les terres humectées par la pluie fournissent aux puissantes chamelles qui s'y promènent librement un herbage convenable. (Ces prairies) charment les yeux'' quand elles ont reçu une suite d'averses provenant des nuages qui passent pen- P. 370. dant la nuit. Pourquoi ces nuages répandent-ils des larmes d'eau? Pourquoi ces sources abondantes où s'amasse* une eau toujours douce lancent-elles des éclairs"? (La campagne) est comme une fiancée habillée de vêtements éclatants, et les fleurs de la camomille ^^ lui servent de ceinture i'. (C'est) un désert, une plaine, un vaste espace, un lieu d'égarement, un pays où les autruches cou- rent au milieu des troupeaux qu'on y fait paître. (Les femmes de la tribu) ont ' Ce poëme est du mètre taouîl, et doit 86 scander en tenant compte des voyelles qui maïquenl les inflexions grammaticales. Il y a cependant quelques mots qui ne prennent pas la voyelle finale et des pieds dont les formes sont plus ou moins irré- gulières. Les règles de la syntaxe n'y sont pas toujours observées.

' Littéral, «et dans la manifestation des ténèbres (est) l'éloignement de ea faiblesse (■u*.). » ' Dans cette pièce, le nom est quelque- fois mis à l'accusatif avec Ictenouîn, quand il devait être au nominatif. Ici, U'va. est mis pour f\y^.

Je lis ijjltxc, mol que je traduis par conjecture.

' Pour L^, lisez <h-J^, avec tous les manuscrits, el prononcez oulhan.

" Le mot L^ se présente deux fois dans ce vers, à la place de L^j. C'est une licence lout à fait vulgaire, dont les poëraes en bon arabe n'oflrenl aucun exemple.

' Littéral. « excitent du désir dans les yeux»^;)A*]| ^JJ^ ^^.

' Lisez L^-«l*:>..

' Je ils oi^^'. Les manuscrits oF- frent plusieurs autres variantes.

'° Les poêles arabes parlent des fleurs de la camomille là où ceux de l'Europe mentionneraient le lis ou la pâquerette blanche.

" Je hs L^ljr^- D'IBN KHALDOUN. 415 pour boisson le lait pur des chamelles enlevées à l'enncini, et pour nourriture la chair des daims. Pour les proléger, elles n'ont pas besoin de portes ni de com- bats dont la mêlée fait blanchir d'effroi les cheveux des guerriers. Que Dieu arrose de ses pluies ce vallon si bien boisé'! qu'il y fasse tomber averse sur averse, ot qu'il rende la vie aux ossements^ décharnés que ce sol (recouvre)! Pour récompenser ces lieux ( du bonheur qu'ils m'ont procuré), je leur offre mon amour. Oh! que je voudrais retrouver les jours que j'ai passés entre ces collines de sable, ainsi que les nuits où je portais sur les bras l'arc de la jeunesse et où aucune flèche ne manquait le but quand je me tenais debout (pour la lancer). Dans le temps de ma jeunesse, mon cheval était toujours prêt, la selle sur le dos; il s'élan- çait vivement en avant^ pendant que sa bride était dans ma main*. Combien de belles dont les charmes m'ont empêché de dormir, et qui, en souriant, mon- P. 371. traient des dents bien rangées et d'un éclat dont je n'ai pas vu le pareil dans le monde. Combien de filles aux seins arrondis, à la taille flexible ^, aux paupières bordées de noir, aux bras ornés de tatouages! Dans ma passion pour elles, je frappai de ma main'' sur (mon cœur) abattu, et leurs champs humides n'ont pas oublié les pluies (de larmes) dont je les arrosai'. (lis n'ont pas oublié) le feu ardent que le bois de l'amour entretenait dans mon sein, et dont l'eau (de mes larmes) ne pouvait éteindre la flamme. O toi qui m'as fait la promesse (d'accueillir mon amour), jusqu'à quand'* ma vie doit-elle se passer dans une demeure (la prison) où l'obscurité fait de moi un aveugle? Cependant j'ai vu le soleil s'éclipser pour une courte période et tomber en défaillance; mais en- suite les nuages qui le couvraient se dissipaient". Puisse le bonheur approcher de nous, pennons et bannières déployés! puissent les drapeaux avancer en flottant au gré du vent, et soutenus par l'aide de Dieu! Ne vois-je pas s'élever devant mes yeux l'aspect de mes guerriers qui vont se mettre en route? (Je me vois avec eux) la lance sur l'épaule, et je marche à la tête de la colonne! (Ils sont là) dans la plaine'" de Ghîath el-Ferc, au-dessus de Chames, pays qui, de toutes les contrées que Dieu a créées, renferme les collines que j'aime le plus. P. 872. (Ils se dirigent) vers,1e lieu de halte, à El-Djâferiya, près du bord de la région ' L'édition de IJoulac et la traduction le dialecte vulgaire, le pronom possessif turque porteutyssil, leçon quej'ai adoptée. delà première personne.

*.le lis U..«U». " Cet hémistiche doit se lire ainsi: LjI ■' Je lis (^s.9 et iiL.-». vjvi^ jî 'à^ cSc-JI ij^\ ^.

* Lisez ijc^ et prononcez bîdl. ' J'adopte la leçon lyj.

^ Pour jLw^^.0, lisez ïLâ-.^.»- '" 11 faut lire '^y^, forme vulgaire de ' Pour ^^^, lisez ^■Ç. '*^>='; au reste, rhéniistiche doit se lire 4i« PROLÉGOMÈNES sablonneuse; (ils vont) stationner dans ce lieu qui avait pour moi tant de charmes. Nous y trouverons les nobles chefs deHiial Ibn Amer, et la salutation que m'offrira celte tribu éloignera' de moi le chagrin et la soif qui m'altère. Voilà que ces chefs dont la bravoure est devenue proverbiale, tant en Occident qu'en Orient, attaquent l'ennemi et le mettent proniptement en déroute. Salut à eux et à toutes les personnes qu'ils abritent sous leurs lentes^! Que ce salut dure tant que les colombes roucouleront dans (le bois de) Fîna'I Mais laissons cela! ne regrettons plus le passé; dans ce monde, rien ne dure pour personne'*.

Voici maintenant un poëme composé par un autre de ces Arabes. Il vivait dans ces derniers temps et se nommait.Khaled Ibn Hamza Ibn Oniar^. Dans cette pièce, il adressait des "reproches aux Oulad* Mohelhel, famille rivale de celle dont il était le chef, et qui formait, sous le nom des Oulad Abi'1-Leïl, une des branches de la grande tribu des Kaoub. Il y répondait en même temps à une pièce de vers dans laquelle ChibI Ibn Meskîana Ibn Mobelhel \ le poêle des Oulad Mohelhel, exaltait la gloire de sa famille et dépréciait celle des Oulad Abi '1-Leïl \ P. 376. Une de leurs maximes proverbiales est conçue en ces termes: Rechercher ce qu'on ne t'accordera pas est un acte de folie; tourne le dos à , celui qui se détourne de toi, et tu feias bien. Si les hommes le ferment leurs portes, (monte) à dos de chameau et Dieu t'en ouvrira une.

' Pour Jjy. lisez Jj^j.

'.le lis i^Li^.

' Variantes: Gliîna w»j, Ghenya '■^'ju.

* Cet hémistiche a élé altéré par les co- pistes; les exemplaires du traducteur turc portaient il *\i L« LijJI (ji (j^, qui est probablement la bonne leçon; dans l'édi- tion de Boulac on lit aI.5 U LuoJI <_$>J'- ' Khaled Ibn Hamza, un des chefs des Arabes Kaoub, vivait au milieu du vin* siècle de l'hégire. On trouvera dans plusieurs endroits de YHisloire des Berbers le récit de ses exploits et de ses intrigues. En Afrique, le mol.iXl se prononce oulad ou oulèi.

' Voy. ïllisl. des Bcrb. t. I, p. ililt.

' Le texte de ce poëme a subi tant d'al- térations qu'il est impossible de le recons- tituer, même à l'aide des varianles fournie.s par les manuscrits, par l'édition de Boulac et par la traduction turque. Le nombre de ces variantes surpasse tout ce qu'on peut imaginer; il y a des vers où chaque mol eu oflre trois ou quatre. On voit que les copistes ne comprenaient absolument rien à ce qu'ils écrivaient. La pièce, dans son étal actuel, oil're lant de vers donl le sens m'échappe que je n'entreprendrai pas de la traduire.

D'IBN RHALDOUN.

417 Voici des vers dans lesquels Chibl indique que les Kaonb des- cendent de Terdjem ': Les vieillards et les jeunes gens de la famille de Terdjem excitent, par leur violence, les plaintes de tous les hommes.

Dans la pièce suivante, Khaled (Ibn Hamza) blâme ses frères d'avoir embrassé le parti d'Abou Moliammed Ibn Tafraguîn 2, grand clieikh des Alniohades', qui venait d'usurper le pouvoir à Tunis, au détriment de son pupille, le sultan Abou Ishac, fils du sultan Abou P. 377. Yabya, fait qui s'est passé presque de nos jours: Khaled le Généreux va parler à bon escient et tenir un discours digne d'un orateur; il a toujours parlé raison. Sa harangue sera magistrale et pleine de sens; il ne s'y embrouillera pas; il ne rétractera jamais ce qu'il y aura dit: J'ai conçu une noble* pensée, (et je l'exprime ici) sans que le besoin m'y force et sans vou- loir causer des troubles dont le blâme rejaillirait (sur moi). (Cette pensée) j'y tiens de tout mon coeur; c'est une vraie trouvaille, un trésor fourni par la réflexion, et tout ce qui est trésor se retrouve (plus tôt ou plus lard)^. Je parle en déclarant ouvertement ce que j'ai besoin (de dire au sujet de la conduite) tenue par des hommes de notre tribu, proches parents de notre famille; par les enfants de Kaab", ceux qui nous tiennent de près par les liens du sang''; par nos cousins, tant les jeunes gens que les vieillards. Après la conquête du pays, nous avons accordé à plusieurs d'entre eux la sincérité de noire amitié et la plé- nitude de notre hospitalité; nous en avons souleuu d'autres contre leurs adver- ' Voy. Histoire des Berhers, t. I, p. 1 38, où il faut -lire: De Terdjem sortent les Kaoub.

' Il faut lire fj<£=]^\j ^ o^i! J,\, avec les manuscrits. (Voy. aussi l'introduc- tion, t.I, p. xxviii.) Le ministre hafside Ibn Tafraguîn, qui s'était rallié au sultan mé- rinide Abou 'l-Hacen, lors de la prise de Tunis, l'abandonna quelque temps après (voy. Hist. des Berh. t. III, p. a/j), et, s'é- tant ménagé l'appui des Arabes Raoub, il se rallia de nouveau au prince hafside Abou Ishac II et le-replaça sur le Irône de rifrîkiya [ibid. p. 42). Prolégomènes. — ni.

^ Le grand cheikh des Almobades était le second dignilaire de l'empire hafside et prenait rang immédiatement après le sultan.

' Je lis LLjLj, avec le manuscrit D. La leçon L^ls, offerte par un autre manus- crit, pourrait, à la rigueur, donner un sens passable.

' Le texte de ce poëme étant très-aitéré, je ne réponds pas de l'exaclilude de ma traduction.

' C'est-à-dire les Kaoub.

' En arabe vulgaire, la dernière lettre du mot (• J est redoublée.

53 418 PROLEGOMENES p. 378. saires, et vous savez que ma parole est frappante de vérité. A d'autres nous avons donné comme rétribution une partie de nos possessions, et cela est resté inscrit au fond de (leur) cœur'. D'autres, se trouvant dans le besoin, sont venus nous trouver et obtenir de notre magnanimité une abondance de dons. D'autres avaient été insolents à notre égard ^ et nous faisaient du mal ^, mais nous le subissions* jusqu'à ce que leurs préoccupations se dissipassent. Ils renonçaient (quelquefois) à leurs viles (tentatives) que nous regardions comme des actes de folie^, mais parfois ils se faisaient bien redouter. Un autre, simple serviteur" d'un homme puissant, se plaignait de ce qu'on lui avait fermé la porte de la skîfa'' où se passaient nos délibérations; nous l'en avions renvoyé, et il deman- dait à y rentrer malgré le maître d'El-Baleki* et malgré Dîab^. Et cependant nous avions toujours essayé de les exalter, et jamais nous n'avions posé de voiles sur nos figures afin de leur faire une trahison. Nous avons su défendre comme P. 379. un parc réservé le territoire de Tarchîch '", et cela en risquant (nos) chevaux '' et notre cou. (Nous avons défendu) une plaine dans les Etats qui avaient échappé à la domination de leur souverain, lui qui avait (cependant) des dents (pour se faire respecter)'^; (nous l'avons défendue) au moyen de la résistance offerte par quelques chefs de notre tribu, les Béni Kaab ''. Leur appui nous suffisait quand il fallait résister aux coalitions de nos ennemis, et notre aide les délivrait des entraves que les vicissitudes de la fortune leur imposaient. (Cela continua) jusqu'à ce que '* ceux d'entre eux qui ne possédaient pas un seul agneau'^ se trouvassent l'édilion turque et en adoptant une va- arabe, Dîab Ibn Ghanein. (Voy. Hist. des riante fournie par l'édilion de Boulac. Berbers, t. I".)

' Lisez vLkj. '° Tarchîch ou Tarsusest un des nom» ' Je lis ï^j,avecle texte fourni par le que les Arabes donnaient à la ville de traducteur lurc et par l'édition de Boulac. Tunis. (Voy. Bekri, Descript. de l'Afrique.

' Je lis «U^; fédilion de Boulac page 91 du tirage à pari.) et le texte du traducteur lurc portent " C'esl par conjecture que je donne au ïL^Lp^Jb. uiol \suyM la significalion de chevaux.

' J'adopte la leçon U.^, qui est celle " Je suis ici la leçon du manuscrit D deréditionlurqueelderéditiondeBoulac. et de fédition de Boulac.

' Je lis.iUjt, avec les mêmes éditions. " Ne comprenant pas la lin de l'hémis- ' L'anlichambredanslaquelle le maître liclie, je la laisse sans essayer de la trad'une maison reçoit ses amis s'appelle la duire. skîfa. '■' Le inpt jj'I est une altération bar- El-Baleki parait être le nom d'un baredeyl <JI. cheval. Je ne sais quel chef le poète vent " Je lis iU-^;, ave'c le traducteur turc désigner ici. et l'édition de Boulac.

dans l'aisance el comblés de biens'. Ils eurent alors pourmontores des chameaux* qu'on désignait (à cause de leur excellence) par le nom du peuple qui les avait élevés, et ils portaient des vêlements en soie de diverses couleurs. Ils poussaient devant eux, à travers les pays, non pas (un petit nombre) de bêtes de somme (ré- servées) pour la propagation de l'espèce^, mais de nombreux troupeaux dont chaque individu était chargé de son bât*. Dans leurs diverses entreprises', ils gagnaient de ces vastes trésors qui ne se laissent acquérir qu'en temps opportun; et ils devenaient semblables aux Barmékides d'autrefois, eux qui, du temps de Dîab (Ibn Ghanem), n'auraient été que de nouvelles lunes (que l'on distingue- P. 38o. rait à peine). Ils furent pour nous des cuirasses chaque fois qu'un danger nous donnait des inquiétudes, chaque fois que^ reluisait (à nos yeux) le tison em- ployé par l'ennemi pour allumer le (feu de la guerre). Ils ont (cependant) abandonné leurs demeures pendant les ténèbres de la nuit; (mais) ils ne crai- gnirent pas ^ des reproches, car aucun blâme ne saurait atteindre la demeure des hommes généreux. Ils revêtirent (les gens de) leur tribu d'excellents habits, afin de les garantir (contre les intempéries de l'air), et eux, — si on le savait, — se couvraient de mauvaises tuniques. Parmi eux se trouve un homme pa- resseux et négligent, qui ne sait ce qui se passe et qui, à mon avis, a perdu l'esprit"; il a une mauvaise opinion de nous, bien que nous ne la méritions pas; souhaitons qu'il trouve plusieurs manières d'exercer la bienfaisance. Il est dans l'erreur, et celui qui l'imite*, en nourrissant des pensées injurieuses et en affirmant comme vraies des suppositions déshonorantes, est un homme vil. Comment me consoler^ (de la mort) du héros Bou Mohammed (Ibn Tafraguîn), de celui qui donnait des millions sans les compter? Les gens du peuple sont dans l'affliction '", et, tant qu'il vivait '', ils pensaient que sa disparition '* (du monde) serait aussi P. 38i. funeste que celle des nuages (qui répandent la fertilité). Ils couraient (naguère) ' Le mot Lïtyv^ est une altération de binant les leçons offertes parla traduction *j•Iy^:^. turque et l'édition de Boulac. Les manus- ' Je lis LibjJl, avec le traducteur turc. crils C et D offrent la leçon J^i.

' Il faut lire *Jy.«J ^ fviJtj. ' oljlj est mis ici pour «ujU. L'auteur ? Je lis cjN^Uç, avecle traducteur turc, du poëme ou son secrétaire ne savait pas et je regarde ce mot comme le pluriel de l'orthographe.

oJ^- La particule U est explétive. ^ ' 11 faut lire ^jji fji ou bien '-'jV^ [y»- ' Le mot (Jt est employé ici pour y^l- Les manuscrits et les éditions imprimées * Je lis *-»>iL» lyLil ^., avec l'édition de offrent l'une ou l'autre de ces leçons.

Boulac et la traduction turque. '° Lisez.jLcj.il i c>ao«.

53.

420 PROLÉGOMÈNES pour chercher des abreuvoirs sous ces nuages, mais l'eau qu'ils espéraient trouver n'était qu'un mirage. Quand il faisait des dons', il savait offrir ce qui était con- venable, et, même dans ses moindres cadeaux, il observait la juste mesure. Nous renonçons à l'espoir de pouvoir nous consoler depuis qu'il a été frappé par les flèches^ de la mort. Quand il tenait Tarchîch sous ses pieds, cette (ville), toute grande qu'elle était, ne lui suffisait pas' (pour marchepied), et l'épouvante (de ses ennemis) aboutissait à l'affliction. Bientôt il va la quit- ter* laissant après lui de jeunes fdles aux regards séduisants, à la taille flexible, aux gestes agaçants, qu'on avait élev.ées avec soin à l'abri de voiles et de rideaux. Quand elles se donnaient des airs de fierté, il montrait de l'orgueil, et il se laissait emporter par l'amour quand elles chantaient leur passion en jouant du tympaoon et du rebec''. Elles le séduisaient '' au point qu'il ne savait plus où il en était, et quelquefois il badinait (avec elles) comme s'il était' un jeune homme. Auprès d'elles il passait des temps (heureux); tout obéissait à P. 382. ses ordres; les mets (de sa table) lui semblaient délicieux, et ce qu'il buvait lui paraissait exquis. Mais les amours d'autrefois sont maintenant défendus pour Ibn Tafraguîn, et, à leur place, il n'a reçu que la mort^. Il avait un jugement solide et de la prévoyance^; il se lançait (dans les affaires comme) une galère sur l'Océan profond '". Dans les événements imprévus, il faut des hommes d'ac- tion'^ et de grands chefs, jusqu'à ce que les ennemis'^ restent (taillés) en pièces (sur le champ de bataille), jusqu'à ce que le marché dont les denrées nous sont confiées soit bien achalandé '', que nos lances altérées de sang et nos car- quois soient teints en rouge, et que le jeune homme qui en veut à notre domination fortunée se repente (de sa tentative)'* et ne se retire pas avec les dents en bon état. Vous qui gardez le pain en attendant des assaisonnements, vous avez tort: que la mie vous serve d'assaisonnement quand il fait du sirocco '''.

' Lisez (jpc.

* Li.sez ^L^L, ' Je lis Jji^j (forme vulgaire), avec les manuscrits et les éditions.

* Le texte du second hémistiche est al- téré et n'offre pas de.sens.

' Lisez (j-^. ' Lisez «jLàJ'. ' Pour <Ui=J, lisez Ajt!^ ' Lisez Jo-^. La bonne leçon est Julis. Le sens de ce vers est incertain.

" Je lis J^UJ, avec le traducteur lurc et rédition de Boulac. Le singulier de ce mot doit être J>*^.

" Le mot,^1 est mis ici pour y! jl.

" Littéral. « soit ardent. » " Il faut lire Lojt>.J, avec la traduction turque, l'édition de Boulac et plusieurs manuscrits.

" Cela paraît signifier: « dans les temps de disette, il faut se contenter de ce qu'on a sous la main, en fait de vivres. » D'IBN KHALDOUN. 421 Voici un poëme composé par Ali Ibn Omar Ibn Ibrahim, un des chefs actuels des Béni Anier\ tribu formant une l)ranche de celle des Zoghba^. Dans celte pièce, il reproche à ses cousins leur désir d'ob- tenir le haut commandement (et de dominer) sur le reste de la famille'.

(Ali Ibn Omar a composé ces) petits vers pleins de douceur et formant un P. ini. discours versifié'^; (ils sont) beaux comme des perles qu'un artisan tient dans sa main pendant qu'il les range sur un fil de soie.

Donnons ici un spécimen des vers composés parles Arabes-Bédouins P. 388. qui se tiennent dans celte partie de la Syrie qui s'appelle le Hauran. Une femme, dont le mari venait d'être assassiné, composa ce mor- ceau et l'envoya à des membres de la tribu de Caïs, qui «avaient promis à cet homme aide et protection. Dans cette pièce, elle les pousse à la vengeance: 0mm Selama, la jeune femme de la trii)u, parle de sa propre personne (et (lit): Puisse Dieu remplir d'effroi celui qui ne la plaint pas! Elle passe de longues nuits dans l'affliction, sans pouvoir se faire au sommeil, et elle rencontre la misère^ partout où elle se tourne. (Elle se plaint) de ce qui est arrivé à sa maison et à sa famille; leur position s'est changée en un clin d'œil par suite d'un coup qui les a séparées de leur chef". Vous tous qui appartenez à la tribu de Caïs, vous avez perdu Chihab ed-Dîn, et vous ne songez pas à le venger! Est- ce là tenir ses promesses? Pai dit, quand ils m'envoyèrent une lettre pour me consoler et pour éteindre les étincelles du feu qui consumait mon cœur". Est-ce'' ' Les Béni Amer conlinuèrenl jusqu'à ment, mais en faisant observer que le preces dernières &nnées à former une des mier hémisticlie du prem^ier vers ne se re- Iribus les plus puissantes de la province trouve plus.

" Notre auteur a donné un long clia- Leraotcasj^t parait être le diminutif de pitre sur les Zoghba (prononcez Zorba) <^'^'- dans le premier volume de son ff(î(oire efei ' Je lis U-iJ| qIs^ Berbers. ' Littéral. « dont la séparation a changé " Le texte de ce poëme, qui renferme la position, n quarante et un vers, est tellement altéré, ' Littéral, «pour refroidir les mèche."* que je n'essaye pas de le traduire en entier, des feux d'un cœur. • Je me borne à en expliquer le commence- ' Lisez lil.

422 PROLEGOMENES bien le temps de soigner ses cheveux et sa barbe, quand on n'a pas protégé îa beauté des jeunes femmes à la peau blanche?

La nièce suivante fut composée par un Arabe-Bédouin de la tribu de Helba, branche de la tribu d'El-Djodami, laquelle est établie en Egypte'. P. 389. Les poésies de ce genre abondent chez les Bédouins et se trans- p. 390. mettent des uns aux autres. Certaines tribus les cultivent, mais d'autres dédaignent de.s'en occuper, ainsi que nous l'avons déjà fait observer dans notre chapitre sur la poésie. Le mépris de cette espèce de composition est partagé par la plupart des grands chefs, ceux, par exemple, des tribus de Rîah, Zoghba et Soleïm^.