tage des successions, datent de l'époque où les légistes commençaient à systématiser les connaissances scientifiques et à se servir de termes techniques pour cet objet. Aux premiers temps de l'islamisme, /araid ne s'employait que dans son acception la plus générale, celle qu'il de- vait à sa racine fard, mot qui signifie prescrire ou décider. Les anciens musulmans lui attribuèrent la signification la plus étendue, afin de s'en servir pour désigner les prescriptions de toute nature, ainsi que nous l'avons dit, prescriptions qui forment fessence de la loi. 11 ne faut donc pas attribuer à ce mot un sens différent de celui que les P. 17. anciens lui avaient assigné, sens qui était bien celui qu'ils avaient voulu exprimer '.
Des bases de la jurisprudence el de ce qui s'y rattache, c'pst-à-dire la science des matières controversées cl la dialectique *.
Une des plus grandes d'entre les sciences religieuses, une des plus importantes et des plus utiles, a pour objet les bases de la jurispru- dence. Elle consiste à examiner les indications qui se trouvent dans les textes sacrés, afin d'y reconnaître les maximes (de droit)' et les prescriptions imposées (par la religion). Les mdications fournies par la loi s'appuient sur le Livre, c'est-à-dire le Coran, et ensuite sur la Sonna, servant à expliquer ce livre. Tant que le Prophète vivait, on tenait directement de lui les jugements (ou maximes^de droit); il don- nait des éclaircissements en paroles et en actes au sujet du Coran, que Dieu lui avait révélé, et fournissait des renseignements oraux à ses disciples; aussi n'eurent-ils aucun besoin d'avoir recours à la tradi- ' On trouvera plus loin un autre cha- vrage arabe imprimé à Calcutta et portant pilre sur le partage des successions. le litre de Diclionury of the lechnical lerm$ ' Dans les manuscrits C et D, dans le- tueilin tkesciences qf the musulmans, que ces dition de Boulac et dans la traduction jugements aboutissaient à déclarer que turque, ce chapitre et les deux chapitres telle chose était d'obligation cjj^j, ou suivants n'en forment qu'un seul. recommandée v>^J. ou ''cite J^, ou dé- ' Littéral, «les jugements, ou déci- fendue *-*>^, ou bonne «e, ou mauvaise sions. » Je trouve, dans la préface de l'ou- iLm».
26 PROLÉGOMÈNES lion, à la spéculation, ni aux déductions fondées sur des analogies. Celte instruction de vive voix cessa avec la vie du Prophète, et, dès lors, la connaissance des prescriptions coraniques ne se conserva que par la tradition.
Passons à la Sonna. Les Compagnons s'accordèrent tous à recon- naître que celait pour le peuple musulman un devoir de se confor- mer aux prescriptions renfermées dans la Sonna et fondées sur les pa- roles ou les actes du Prophète, pourvu que ces indications fussent parvenues par une tradition assez sûre pour donner la conviction de leur authenticité. Voilà pourquoi on regarde le Coran et la Sonna comme les sources où il faut puiser les indications qui conduisent à la solution des questions de droit*. Plus tard, l'accord général (des premiers musulmans sur certains points de droit) prit place (comme autorité) à côté de ces deux (sources de doctrine; cet accord existait) parce que les Compagnons se montraient unanimes à repousser les opinions de tout individu qui n'était pas de leur avis. Cette unanimité a dû s'appuyer sur une base solide, car l'accoi-d d'hommes tels qu'eux était certainement fondé sur de bonnes raisons; d'ailleurs nous avons assez de preuves pour constater que le sentiment de la communauté (musulmane) ne saurait s'égarer. L'accord général fut donc reconnu comme preuve authentique dans les questions qui se rattachent à la loi. Pi 8. Si nous examinons les procédés par lesquels les Compagnons et les anciens musulmans opéraient sur le Coran et la Sonna pour en déduire (des maximes de droit), nous verrons que, tout en établis- sant des rapprochements entre les cas analogues et en comparant chaque cas douteux avec d'autres qui lui ressemblaient, ils sacrifiaient leurs opinions personnelles à la nécessité d'être unanimes. Expli- quons-nous. Après k mort du Prophète, beaucoup de cas se pré- sentèrent dont la solution ne se trouvait pas dans les textes authen- tiques (le Coran et la Sonna); les Compagnons se mirent alors à juger ' Littéral. « l'indication delà loi(c'e8t-à- dans le livre de \a Sonna, sous ce point de dire ce qui est indiqué par la loijsc trouve vue. > D'IBN KHALDOUN. 27 ces cas en les rapprochant de cas analogues dont la solution était déjà fournie, et en les rapportant aux textes qui avaient servi à déci- der ceux-ci. En faisant cette confrontation, ils eurent soin d'observer certaines règles au nnoyen desquelles on pouvait bien constater l'a- nalogie des deux cas qui se ressemblaient ou qui avaient entre eux quelque similitude. Ils arrivaient de cette manière à la conviction que la décision émanée de Dieu à l'égard d'un des cas s'appliquait également à l'autre. Cette opération, qu'ils s'accordaient tous à re- garder comme fournissant une preuve légale, s'appelle kias (déduc- tion analogique) et forme la quatrième source d'indications.
Voilà, selon la grande majorité des docteurs, les sources où l'on doit chercher les moyens de résoudre les questions de droit; mais quelques légistes, en très-petit nombre il est vrai, ne sont pas de leur avis en ce qui concerne l'accord général et la déduction analogique. Il y avait aussi des docteurs qui, à ces quatre sources, en ajoutaient une cinquième, dont il n'est pas nécessaire de parler, tant elle est faible dans son application et tant ses partisans sont rares '.
La première question à examiner dans cette branche de science est de savoir si les quatre.sources déjà mentionnées fournissent réel- lement des indications certaines*. En ce qui regarde le Coran, nous dirons que le style inimitable de ce livre et l'extrême exactitude avec laquelle la tradition nous en a fait parvenir le texte forment une preuve de ce fait tellement décisive, qii'elle ferme absolument la carrière aux doutes et aux suppositions. Passons à la Sonna et à ce que la tradition nous en a conservé. (A son égard, la question est tranchée par) l'accord général des docteurs sur la nécessité de se con- former aux indications aulhentiquement reconnues qu'elle nous four- nit. Nous avons déjà cité cet argument qui, du reste, trouve sa con- firmation dans la conduite du Prophète lui-même: il expédiait en divers lieux des lettres et des épîtres renfermant des décisions sur ' Je soupçonne que l'auteur fait ici al- des indications. • — Pour iJiûfl, il faut lusion aux rêveries et visions des Soufis. lire Ju.>l, avec les manuscrits C, D, l'édi- Littéral. « d'examiner si ceux-ci sont tion de Boulac et la traduction turque. * i.
28 PROLÉGOMÈNES des points de droit et des prescriptions ayant force de loi, soit comme injonctions, soit comme prohibitions. Quant à l'accord général, on démontre qu'il est une preuve décisive en citant l'unanimité desCom- P. 19. pagnons à repousser les opinions qui étaient contraires aux leurs, et en faisant observer que la grande communauté musulmane est inca- pable d'errer. La validité de la déduction analogique est confirmée par la pratique générale des Compagnons, ainsi que nous l'avons déjà dit. Voilà les (quatre) sources d'indications (ou preuves).
Nous ferons maintenant observer que {& Sonna, telle que nous l'a- vons reçue par la voie de la tradition, a besoin d'être vérifiée en ce qui regarde sa transmission orale: il faut examiner les voies par les- quelles ces renseignements nous sont parvenus et s'assurer de la pro- bité des personnes qui les ont rapportés, si l'on veut parvenir à y reconnaître ce caractère (d'authenticité) qui entraîne la conviction et qui est le point d'où dépend l'obligation d'agir conformément à ces renseignements. Voilà une des bases sur lesquelles se fonde la science dont nous traitons. Une branche de la même science consiste à dé- terminer la plus ancienne des deux traditions qui se contredisent, afin d'y reconnaître ' Yabrogeant et Yabrogé. Il y a ensuite l'obligation d'examiner la signification des mots (qui se trouvent dans les textes sacrés). Cela exige des explications: on ne peut exprimer d'une ma- nière bien intelligible toutes ses pensées au moyen de mots combinés de diverses façons, à moins de s'appuyer sur la connaissance de la signification conventionnelle des mots (isolés) et des combinaisons de mots. Or les règles linguistiques à l'aide desquelles on se dirige dans celte étude.sont celles qui forment les sciences de la syntaxe, des inflexions grammaticales et de l'expression des idées (la rhétorique). Tant que la connaissance de la langue avait été une faculté innée, ces sciences et ces règles n'existaient pas; pendant cette période, le lé- giste n'en avait aucun besoin, parce que la connaissance de la langue lui était une facidté naturellement acquise. Cette faculté, en ce qui ' Il faut supprimer le « qui précède l'édition de Boulac et celui dea manuscrits *jyk^; l'analyse grammaticale, le texte de Cet Daotorisenl la correction.
DIBN KHALDOUN.
29 regarde la langue arabe, s'altéra (avec le temps), et il fallut alors que les critiques les plus expérimentés s'appliquassent à fixer définitive- ment le langage au moyen de renseignements fournis par une tra- dition authentique et de déductions tirées de saines analogies. Ces travaux servirent ensuite à la formation de plusieurs sciences dont le légiste qui cherche à bien connaître les décisions de Dieu ne saurait se passer.
Les combinaisons de mots (dans les textes sacrés) fournissent à l'entendement certaines notions d'un caractère particulier, c'est-à-dire des maximes de droit, lesquelles se trouvent parmi le nombre des idées spéciales exprimées au moyen de ces combinaisons et qui con- tribuent à former la science de la jurisprudence. Il ne suffit pas (pour reconnaître ces maximes) de savoir les diverses significations qu'on a assignées aux combinaisons de mots, il faut encore connaître cer- P. ao. tains principes qui servent d'indices aux signifierions ' qui sont spé- ciales (à notre sujet), principes qui, ayant été posés comme fonda- mentaux par les légistes et les critiques les plus habiles dans la science de la loi, font reconnaître (parmi ces diverses significations) celles qui sont des maximes de droit ^. Parmi les principes établis par ces docteurs comme règles à observer dans la recherche de ce genre de connaissances, nous trouvons les suivants: une déduction tirée de l'étymologic n'est pas valide '; dans un mot ayant deux acceptions dif- férentes, les deux significations ne peuvent pas être admises à la fois; la conjonction e/ (j ) n'indique pas l'ordre*. (Parmi les principes ' Je lis cu^J/oJ! à la place de iuù'jul. La leçon que je préfère se trouve dans le manuscrit D et dans l'édilion de Boulac.
' Dans ce paragraphe et le suivant, l'au- teur se sert de la langue technique de l'école; aussi me suis-je vu dans la néces- sité de m'écarler de la lettre du texte, afin d'en rendre les idées d'une manière intel- ligible.
' Telle, par exemple, que celle-ci: Le vin s'appelle A/iamr parce qu'il trouble {kha- mar) la raison; or le nebid (voy. la i" par- tie, p. 35) trouble la raison; il est donc khamr et, en ce cas, il est défendu par la loi; ici la conclusion est fausse.
' C'est-à-dire l'ordre du temps dans le- quel se succèdent les choses désignées par les mois que cette conjonction unit en- semble. Pour JpjuLj, liseï JfLxJi-j; avec le manuscrit D et l'édition de Boulac.
30 PROLÉGOMÈNES nioiDs certains, nous citerons ceux-ci): quand on supprime quelques cas particuliers dans (une proposition) générale, peut-on se servir des cas qui restent pour en tirer une conclusion? Le commandement im- plique-t-il l'obligation de faire, ou bien est-il une simple incitation? Exige-t-il qu'on agisse sur-le-champ ou bien sans trop se presser? La prohibition implique-t-elle, ou non, que la chose défendue est mau- vaise (de sa natui"e)? Est-il permis, dans une prescription générale, de prendre pour règle un des cas particuliers que celte prescription renferme ^'^ L'énonciation d'un motif (ou cause) implique-t-elle ou non i'énumération (des résultats ou effets) ^? Tous ces principes ser- vent de base à cette branche de science et, puisqu'on les emploie dans la recherche des signiCcations des mots, ils rentrent dans la ca- tégorie de la philologie (arabe) ^.
Ajoutons que l'investigation faite au moyen de déductions analo- giques forme une des parties fondamentales de cette science, parce qu'elle sert, i° à fixer le véritable caractère des jugements qu'on a formés en employant l'assimilation et la comparaison, de sorte que nous puissions distinguer s'ils sont des principes généraux ou bien des ramifications de principe"; 2° à examiner les traits caractéristiques^ d'un texte et à en dégager celui duquel on a la conviction que le ju- gement (qu'on va former) doit dépendre; 3° à s'assurer que ce trait caractéristique se trouve déjà dans la ramification, sans offrir quelque point faible qui empêcherait de fonder sur elle un jugement. A tout cela nous pourrions ajouter les corollaires qui résultent de ces prin- ' Exemple: Un lexle de la loi a dit: bonne leçon sous les yeux, puisqu'il a « Celui qui tue un vrai croyant involontai- rendu le passageainsi: ^^^y f-T^ tiuix.^ rement doit affranchir un esclave;» un ^o-^^k'ïO^iXaJ, c'est-à-dire «l'énonciaautre texte porte: «Celui qui tue un vrai lion de la cause suffit-elle pour l'éniimécroyant involontairement doit affranchir ration?»
un esclave vrai croyant.» Doit-on appli- ' Pour ^^ il faut lire L^j^Oy, avec qaer comme loi la seconde prescription les manuscrits C et D. et l'édit. de Bouplutôtquela première? lac. Le traducteur turc n'a pas rendu ce Boulac porte ^ »t Jjjulf, ce qui revient * Littéral. « en troncs ou en branches. » au même, et le traducteur turc a eu la " Littéral. « les qualités. • D'IBN KHALDOUN. 31 cipes et qui contribuent aussi à former les bases de la jurispru- dence.
Cette branche des connaissances (humaines) prit son origine pos- térieurement à l'établissement de l'islamisme. Les premiers musul- mans purent s'en passer, car la connaissance de la langue, faculté qu'ils possédaient en perfection, leur suffisait pour reconnaître les divers sens exprimés par les mots. Ce fut d'eux qu'on tient la plupart P. >■• des règles qu'il fallait observer exactement quand on s'appliquait à (l'examen des textes afin d'en) tirer des décisions. Rien ne les obli- geait à étudier des isnads; ils étaient contemporains des personnes qui (les premières) avaient rapporté des traditions, ils les (voyaient fréquemment et les) connaissaient très-bien. Lorsque la première gé- nération des musulmans eut disparu du monde, on se vit obligé d'ac- quérir toutes ces connaissances par des moyens artificiels (l'étude et la pratique), ainsi que nous l'avons dit ailleurs, et, dès ce moment, les légistes et les modjtehcds ' se virent obligés d'apprendre les règles et les principes dont nous venons de parler, avant de pouvoir (se livrer à l'étude des textes afin d'en) tirer des jugements. Ils mirent donc ces règles par écrit et en formèrent une branche de science sui ge- neris, à laquelle ils donnèrent le nom de racines (ou bases) de la juris- prudence.
Ce fut Chafêl qui, le premier, composa un ouvrage sur ce sujet, ayant dicté (à ses élèves) le texte de l'opuscule célèbre dans lequel il traite des injonctions et des prohibitions, de l'expression des idées, des renseignements traditionnels, de l'abrogation (d'un texte par un autre) et de cette partie de la déduction analogique qui se rapporte aux dé- cisions motivées par des textes. Les jurisconsultes hanefites écrivirent ensuite sur ces matières, et entrèrent dans de longs détails afin de déterminer exactement les principes fondamentaux de la science. Les théologiens scolastiques écrivirent aussi sur ce sujet; mais les œuvres des légistes s'appliquent d'une manière plus spéciale à la jurisprudence 32 PROLÉGOMÈNES et aux ramifications (ou principes secondaires) du droit. En effet, les écrits des légistes renferment beaucoup d'exemples et d'éclaircisse- n)ents, et Ton voit que les questions dont ils s'occupent roulent sur des points de loi. Les scolastiques changèrent la forme de ces questions en les dépouillant de leur caractère de problèmes de jurisprudence, paixe qu'ils préféraient les discuter, autant que possible, au moyen de preuves fournies par la raison. Poux eux, la raison était le moule qui devait donner la forme aux sciences qu'ils traitaient et régler toute la marche de leur système.
Les (anciens) docteurs hanefites se montrèrent très-habiles dans celte science; ils surent en découvrir toutes les subtilités et en éta- blir les règles par l'examen de toutes les diverses questions de droit. Abou Zeïd ed-Deboucl \ un des imams de cette école, vint ensuite et aborda la partie de la déduction analogique, qu'il traita par écrit et avec beaucoup plus de détails que ses devanciers. 11 compléta leurs recherches, ainsi que le système de règles qu'il faut suivre dans ce genre d'investigations. La science des bases de la jurisprudence p. j s. s'acheva complètement, grâce au talent parfait de ce docteur, qui, ayant mis en ordre tous les problèmes qui s'y rattachent, en établit définitivement les principes fondamentaux.
Le système suivi par les scolastiques en traitant cette branche de connaissances eut beaucoup de partisans. Les meilleurs de leurs ou- vrages sur celte matière ont pour titre le Kilab cl-Borhan (livre de la preuve) et le Moslasfi (recueil d'observations choisies). Le premier eut pour auteur l'imam el-Ilaremeïn ^ et le.second fut composé par Ei-Ghazzali ^. Ces deux docteurs appartenaient à l'école des Acha- ' Abou Zekl Abd Allah Ibn Amr, ori- ' Voyez la t" partie, p. '6^i.
ginaire de Debouciya, ville siluée entre ' Le célèbre théologien Abou Huined Bokhara et Samarcand, fut le premier qui Mohammed Ibn Mohammed el-Ghazzali d'une science; et il composa plusieurs ou- trouve dans le dictionnaire biographique vrages sur le droit et la théologie scolas- d'ibn Khallikan, vol. II, p. Gai de la tratique. Il mourutàBokharal'an/l.îofioSS- duclion anglaise. (Voy. pour ses doctrines D'IBN KHALDOUN.
33 rites. Citons ensuite le Kitab el-Omod (livre d'appuis), dont l'auteur se nommait Abd el-Djebbar\ et le Kilab el-Motamed (le livre bien ap- puyé), commentaire qu'Abou 'l-Hoceïn * cl-Basri composa sur cet ou- vrage. Ces deux auteurs appartenaient à l'école des Motazelites. Les quatre traités que nous venons de nommer servirent de base et de fondements à cette branche de science. Plus tard, deux docteurs, qui tenaient le premier rang parmi les scolastiques des derniers siècles, résumèrent le contenu de ces quatre ouvrages: l'un, Fakhr ed-Dîn Ibn el-Khatîb^, donna à son abrégé le titre (Y El-M absout (la récolte), et l'autre, Seïf ed-Dîn el-Amedi *, appela le sien le Kitab el-Ahkam (livre des décisions). Il y avait une différence marquée entre les mé- thodes de vérification et de démonstration suivies par ces deux au- teurs: Ibn el-Khatîb aimait à multiplier les exemples et les preuves, tandis qu'EI-Amedi s'appliquait à bien assurer ses procédés et à fixer avec précision la ramification des problèmes. Le Mahsoul de l'imam Ibn el-Khatîb fut abrégé par plusieurs de ses disciples, tels que Ciradj ed-Dîn el-Ormeoui ^ qui donna à son travail le titre <ÏEt- Tahcîl (l'acquisition), et Tadj ed-Din el-Ormeoui ^ qui intitula le sien litulé Mélamjes de philosoiibiejuiveet arabe, p. 366; V Essai sar les écoles philosophiques chez les Arabes, de M. Sclimoelders, et les Mémoires de l'Académie de Berlin, pour l'an i858, p. a^o; article de M. Kosche.)
' Le cadi Abd el-Djebbar Ibn Abmed Ibn Abd el-Djebbar el-Hemdani, natif d'Acedabad en Perse, composa plusieurs ouvrages sur la jurisprudence. On lui at- tribue aussi un dictionnaire biographique des docteurs mota/.elites. Il mourut l'an àib (ioa/4-1025 de J. C.)
' Il faut lire (jy»i^ à la place d'^^^-Jl. Le manuscrit C, l'édilion de Boulac, la traduction turque et le dictionnaire biblio- graphique de Haddji khalifa offrent la bonne leçon. — Ce docteur, dont les noms étaient Abou '1-Hoceïn Mohammed Ibn Prolégomènes. — m.
.Vli el-Basri {originaire de Basra), mourut l'an 463 (1070-1071 de J. C).
' Abou 'l-Hacen Ali Ibn Abi Ali, sur- nommé Seîf ed-Dln el-Amedi, docteur de 1 école chafêite, composa plusieurs ou- vrages dont on trouvera les titres dans le dictionnaire biographique de Haddji Kha- lifa. 11 mourut à Damas, l'an 63i (ia3.3- i23AdeJ. C).
' Le cadi Ciradj ed-Dîn Abou '1-Theiia Mahmoud Ibn.Abi Bekr el-Ormeoui (ori- ginaire d'Ormîa, ville de l'Aderbeïdjan) mourut en 683 (laSS-iaSi de J. C). Il est auteur de plusieurs ouvrages.
' Selon Haddji Khalifa, le cadi Tadj ed-Dîn Mohammed Ibn Hoceïn el-Oniieoui mourut l'an 656 (1 a 58 de J. C).
34 PROLÉGOMÈNES Kilab el-Hacel (livre du résultat). Cliihab ed-Dîn el-Carafi ' y puisa assez de matériaux pour former plusieurs chapitres de prolégomènes et de principes fondamentaux, et composa ainsi un petit volume qu'il intitula le Tenkihat (dépouillement), et El-Beïdaoui ^ en fit de même dans son Minhadj (grande route). Ces deux livres servent de manuels aux élèves qui commencent leurs études et ont eu plusieurs com- mentaires. VAhkam d'El-Amedi, ouvrage beaucoup plus détaillé que l'autre, en ce qui regarde la démonstration des problèmes, fut abrégé par Abou Amr Ibn^ el-Hadjeb, et reçut le titre El-Mokhtccer el-Kebîr (le grand compendium). Ce traité fut ensuite remanié et abrégé par l'auteur et passa entre les mains de toutes les personnes qui s'appli- P. 33. quaient à cette branche d'études. Les docteurs de l'Orient et ceux de l'Occident s'occupèrent à le lire et à le commenter. Les précis que nous venons de nommer renferment la crème de toute la doctrine des scolastiques au sujet des bases de la jurisprudence.
Le système suivi par les Hanefites a fait naître beaucoup d'ou- vrages, dont les meilleurs, dans les temps anciens, furent ceux d'Abou Zeïd ed-Debouci*, et, dans les temps modernes, ceux de l'imam hanefite Seïf el-Islam el-Pezdevi '. Ce dernier traite son.sujet avec ' Le docteur malekitc Cliihab ed-Dîn Abou 'I-Abbas Ahmed Ibn Idris cl-Carali moiirnt l'an 68/i (laSS-iaSC de.1. C).
' Naçîr-ed-Dîn Abd Allali Ibn Omar el- Beidaoui, l'auteur de l'ouvrage cité par Ibn Kbaldouni est le même qui composa le célèbre commentaire coranique dont nous devons une excellente édition aux soin.s de M. Fleischer. Beïdaoui mourut l'an 685 (ia86 de J. C).
' Pour ^^'j, lisez ^^t. — Abou Amr Othman Ibn Omar Ibn el-Hadjeb, sur- nommé Djemal ed-Dîn, naquit dans la haute Egypte vers l'année 670 de l'hégire (1 175 de J. C). Il (il ses études au Caire, enseigna la doctrine du rite malekite à Da- mas et rentra ensuite dans son pays,natal.
Il mourut à Alexandrie l'an G46 ( 1349). — J'ai déjà parlé de ce littérateur dans l'in- troduction de la première partie, p. xx, note 6, mais, par une erreur bien regret- table, j'ai dit qu'il était natif de Jaén m Espagne. Sa vie se trouve dans ma traduc- tion anglaise du dictionnaire biographique d'Ibn Khallikan, vol. II, p. igS.
' Abou '1-Yosr Ali Ibn Mohammed el- Pezdevi (en arabe, Bezdoui), auteur de plusieurs traités sur la jurisprudence et docteur de l'école hanefite, mourut l'an 48a (1089-1090 de J. C). Son ouvrage, VOsoul', ou «principes de droit,» eut un grand nombre de commentateurs. Ce sa- vant portait les surnoms de Fakhr el-Jt- DIBN KHALDOUN.
35 de grands détails. Ibn es-Saali', un autre légiste de la même école, combina ensemble les deux systèmes, celui du Kilab el-Ahkam et celui du livre d'El-Pezdevi, et en forma un traité qu'il nomma El-Bedia (la nouveauté). C'est ce qu'on a composé de mieux et de plus original sur la matière, et son étude, de nos jours, l'orme l'occupation de nos principaux aleinâ. Plusieurs savants de la Perse se sont appliqués à le commenter, et l'on y travaille encore aujourd'hui.
Voilà la véritable nature de cette branche de science, et l'indica- tion des sujets qu'elle traite et des ouvrages les plus remarquables qu'on a composés pour l'éclaircir.
Les matières controversées.
Faisons d'abord observer que la jurisprudence, science fondée sur des indications tirées des textes de la loi, offre de nombreuses ques- tions sur la solution desquelles les docteurs ne sont pas d'accord. Cette diversité d'opinions provient de la manière dont on avait choisi et envisagé (ces textes) et devait nécessairement avoir lieu pour les raisons indiquées précédemment. Ce défaut d'accord prit, avec le progrès de l'islamisme, une extension énorme, et les étudiants adoptèrent les opinions de tel légiste qu'il leur plaisait. Cet état de choses se prolongea jusqu'au temps des quatre imams'-' appartenant aux corps des ulemâ établis dans les grandes villes. Comme on avait lam et de Seîf el-hlam. Il est rare de trou- ver deux surnoms du même genre portés par le même individu.
' IVlodaffer ed-Dîn Ahmed Ibn Ali es- Saali, docteur de l'école hanefitc et origi- naire de Uaglidad, mourutl'an 69/i (1 ^94* 1396 de J. C). Son ouvrage, intitulé Bedià 'n-Nidham, c'est-à-dire « original par son arrangement, » eut un trcs-grand nombre de commentateurs parmi les Hn- nefites et les Chaféites.
' Ici et plus loin l'auteur semble croire que les quatre grands jurisconsultes fon- dateurs des quatre écoles de droit ortho- doxes vivaient à la même époque, ce qui n'est pas exact. Abou Hanifu mourut l'an i5o de l'hégire; Malck, l'an 17g; Ciiafèi, l'an ao4, et Ibn Hanbel, l'an a4 1 ■ Ibn Khal- doun a sans doute voulu dire que les con- troverses dont il s'agit eurent lieu jusqu'.«i la mort des quatre imams.
5.
36 PROLEGOMENES