cacîda, est l'orthographe du texie. ° Pour U., lisez «U..
° Je lis ^^^à..
446 PROLEGOMENES découlait des bouches souriantes des fleurs. J étais allé de bon matin visiter la prairie; les gouttes d'humidité s'y voyaient répandues ^ comme des perles . échappées- du collier qui pare le cou d'une jeune fdle. L'eau fournie par les ". 'ii8. norias^ coulait abondamment, serpentait partout à l'instar des dragons, entou- rant d'un cercle chaque arbre à fruit et cernant comme un anneau le. pied de chaque arbrisseau couronné de rameaux. Tout cela formait un bracelet autour du jardin. La rosée déchirait de ses mains les voiles'' dont s'entouraient les boutons de fleurs, et les zéphyrs en emportaient le parfum. Le teint noir des nuages^ formait des taches sur l'ivoire du jour; le zéphyr traînait sa robe ( sur les fleurs) en répandant une douce odeur. Je vis (alors) sur une branche**, au milieu des feuilles, une tourterelle dont les gouttes de rosée avaient humecté les plumes, et qui gémissait comme un amant éperdu d'amour et loin de son pays. Elle s'était enveloppée de son plumage^ neuf comme d'un manteau, mais elle avait le bcc^ et les pattes teintes en rouge. Elle portait autour du cou un col- lier de pierres précieuses, et se tenait perchée au milieu des rameaux, (triste) comme un amant affligé, ayant pour oreiller une de ses ailes et pour cou- verture l'autre '. Elle se plaignait de l'ardeur qui consumait son cœnr, et, dans sa (douleur), elle serrait son bec contre sa poitrine et poussait des cris. Je lui dis: Colombe, tu empêches mes yeux de goûter le sommeil; dis-moi, ne P.iig. cesseras-tu pas de le lamenter et de verser des larmes? Elle répondit: J'ai pleuré au point d'épuiser mes larmes, et je n'en ai plus à verser. Pendant toute ma vie je me lamenterai '"de la perte d'un de mes petits qui s'est envolé de chez moi pour ne plus revenir ''; cela m'a habituée au chagrin et aux larmes depuis'^ le temps de Noë. Voilà, disais-je, comment on remplit son devoir; voilà la fidélité. (Elle répondit): Voyez mes paupières devenues (rouges) comme des blessuresl Mais, parmi vous autres hommes, celui qui est dans l'affliction dit au bout d'une année: Cela m'ennuie de pleurer et de me lamenter. Je lui dis: Colombe, si tu étais plongée dans l'océan des soulTrances, tu pleurerais'^ sur moi, en ver- sant des torrents de larmes, et, s'il y avait dans ton cœur ce (feu brûlant) qui ' Le mot noria (en arabe naao^^a■o^»cU) ' Variantes fausses Ur, «Uj, slàj.
sert à désigner la roue hydraulique, ou roue à chapelets. Dans la province d'Alger on donne ordinairement à ces machines le nom de doulah.
' Littéral. « les seins des robes. » Il faut lire tj^r^^- ' Litléral. « le musc des nuages. » " Lisez tiyJij i>".jj'. '" Lisez |ij.j cl 5-yj- " Tous les manuscrits portent J, qui est certainement la leçon du texte original. " Pour J.£, lisez ijy*.
O k^est pou r cj-^ d'à près une licence de la langue vulgaire.
D'IBN KHALDOUN. 447 est dans le mien, les branches qui te portent seraient réduites en cendres'. Aujourd'hui, depuis combien d'années n'ai-je pas souffert les peines (de l'absence] Elles m'ont tellement amaigri), que les yeux des autres sont absolument inca- pables de me voir. (Le chagrin) a revêtu mon corps de maigreur et de maladie, et cette maigreur me dérobe aux regards des observateurs. Si la mort^ voulait v&nir à moi, je mourrais (volontiers) à l'instant même; celui qui est mort, P-43o. sache-le bien, jouit enfin du repos. Elle répondit*: Mes larmes, en se détei- gnant* sur la blancheur (de mes plumes), ont posé sur mon cou le collier de la fidélité, (et il y restera) jusqu'au jour de la résurrection. Quant à l'extrémité de mon bec, l'histoire de son (accident) est répandue partout: elle est comme un morceau de braise (qui reste encore allumé) après que le corps a été réduit en cendres^. Les colombes de toute espèce me plaignent'' et pleurent sur moi; celui qui est accablé par le dédain et par l'aversion (de la part de sa bien-aimée) manifeste ouvertement (les peines qu'il souffre). Adieu au monde et à son éclat, puisque je n'y ai trouvé ni tranquillité ni repos.
Les habitants de Fez admirèrent beaucoup ce poëme et l'accueil- lirent avec empressement. Ils en composèrent d'autres sur le même modèle, mais en y négligeant les règles de la syntaxe désinentielle, science qui n'était pas leur affaire. Ce genre de composition se ré- pandit chez eux, et plusieurs de leurs poètes y montrèrent un grand talent. On l'a distingué en plusieurs espèces, telles que le mozaoawedj (l'accouplé), le kazi'', la melaba, et le ghazel (le madrigal). Les noms diffèrent selon la manière dont les vers y sont accouplés, selon les mesures employées et selon le but que l'auteur avait en vue. Voici un mozaoawedj composé par Ibn Chodjaâ, qui était un de leurs grands poètes et natif de Taza ^: ' Pour (joj LoJ, lisez ijlT^Uj., * Ces deux derniers vers ne se trouvent ' Il faul lire i^s^-X-:^ jJ, c'est-à-dire »-' pas dans les uianuscrils C et D; ils nians5>->'»l^. quent également dans l'édition de Boulac ' Je passe le vers suivant, parce que, et dans la traduclion turque.
dans son état actuel; il n'offre pas. un sens ' En caractères arabes (j\^: le manusraisonnable. crit B porte (^^LèzaJl (Aan), le manuscrit ' Je lis iXx^ et j'adopte la leçon ù-t^^ LSy^-* [meltari). De ces leçons je ne sais y^^ jLo, celle qui est offerle par les ma- quelle est la bonne.
nuscrits C et D. ' Taza, ou, selon la prononciation eu- 448 PROLEGOMENES p. ^21. L'argent fait l'ornement (de la vie) de ce monde et l'orgueil des âmes; il égayé des visages qui n'étaient pas portés à la gaieté. L'homme qui possède des deniers en quantité obtient (partout) la parole et la place d'honneur'. Celui qui a beaucoup d'argent est un grand homme, bien qu'il ait peu de mérite, et l'in- dividu le plus honorable d'une tribu est un mince personnage s'il est devenu pauvre. Voilà ce qui me serre le cœur; voilà ce qui y porte le trouble; cela suffirait pour le briser si je ne m'étais résigné aux décrets de la providence. Quand un grand, celui qui est le chef de son peuple, est obligé de chercher asile ^ auprès^ d'un homme sans naissance et sans considération, un tel renver- sement doit nécessairement nous attrister. Dans la contrariété que j'en éprouve, je me voile la tète* avec ma robe. Ce sont alors les queues qui se mettent devant les têtes; c'est la rivière qui demande au ruisseau^ un peu d'eau. Est-ce la fai- blesse des hommes qui en est la cause, ou bien la malice de la fortune? On a P. /i32. bien des reproches à faire, mais on ne sait à qui les adresser. Voilà qu'aujour- d'hui on donne le titre de père d'un tel [BouFolan] à celui qui (hier) se nommait (simplement) un tel [Folan)^\ et si tu voyais comment (il se pavane) avant de répondre à ce qu'on lui demande! Nous avons vécu. Dieu merci, assez longtemps pour voir de nos propres yeux des âmes de sultans (renfermées) dans des corps de chiens. Des hommes d'une grandeur d'âme tout à fait extraordinaire restent presque sans appui; ils se trouvent d'un côté, et l'honneur qu'ils méritent se trouve d'un autre. Le peuple voit que les (riches) sont des ânes', et cependant il les regarde comme les notables de la ville et les fermes appuis (de l'état) *.
Voici encore un mozaouwedja du genre qui est reçu chez eux; il a pour auteur leur compatriote Ibn Chodjaâ: Il se fatigue (inutilement) celui dont le cœur s'attache aux belles de nos jours.
ropéenne, Téza, est le nom d'une ville 'ry' (J O" '''^ tS"'') d ■ L'auteur du située à moitié chemin du Molouia à Fez. poërae, ne sachant pas i'orlhograplie, a ■ Je prolite de celle occasion pour faire ob- écrit ^*~aj pour iA.~.J. Il faut lire Ujli^ à server que le nom de la ville appelée Fez.la place de v^jL^^.
par les Européens se prononce Faz par ' Pour jI^jI, lisez.ilyi.
les gens du pays. ° C'est la vieille liisloire de Simon et ' Je lis «Jf.motqueje regarde comme Himonides. (Voyez le Coq de Lucien.)
* Je lis (_j4:Aj. Le mot (_$ il esl mis pour (''')-'' ''^'^^ (^iT^' bl. " Pour OwjiJL, lisez is'iV^I^, avec les ma- * Il faul lire ^ji, avec les manuscrits nuscrils, l'édition de Boulac et la traduc- C et D et la traduction turque. tion turque. Dans celle pièce il y a des ' Le mot (ji'^s est une altération de vers dont la construction est très-fautive.
D'IBN RHALDOUN. 449 Prends garde à loi, ami! (ne soulTie pas) que la beauté le prenne pour son jouet. Aucune belle n'a fait une promesse sans l'avoir rompue; il y en a bien peu à ui tu puisses te confier et qui aient confiance en toi. Elles traitent leurs amants avec dédain, résistent (à leurs prières) et cherchent, de propos délibéré, à briser les cœurs des hommes. Qu'elles contractent une liaison, elles la bri- seront sur-le-champ; qu'elles fassent une promesse, elles la rompront dans tous les cas. Il y avait' une belle que j'aimais et dont mon cœur était épris; j'aurais P. âjS. donné la peau de mes joues pour lui en faire des sandales; j'avais disposé dans le centre de mon cœur un lieu pour la recevoir, et je disais: «0 mon cœur! traite avec honneur celle qui vient loger chez toi. Elle traita comme une baga- telle les humiliations qu'elle- t'imposait, et te fit subir tout ce qu'il y a de redoutable dans l'amour. • Je lui avais donné plein pouvoir sur moi; je consen- tais à la reconnaître pour la uiaîtresse (de mon cœur). Oh! si vous aviez vu dans quel état j'étais quand je la voyais'! Je savais à l'instant à quoi tendait chacune de ses pensées*, et je devinais ses souhaits avant qu'elle les eût exprimés; j'usais de toute n)on adresse pour satisfaire à ce qu'elle désirait, quand même c'eût été de faire de l'huile au printemps ou d'éplucher (du blé) pendant qu'il fait nuit. J'irai lavoir, quand même elle serait à Ispahan! N'importe tes remontrances, il faut que je lui dise: • (Ton amant) vient te visiter. » (Cela continue sur le même ton) jusqu'à la fin de la pièce.
Un autre de ces poêles vivait à TIemcen et se nommait Ali Ibn el- Moucdden. Dans ces derniers temps il y avaitàZcrhoun, près deMik- néca (Mequinez), un nommé El-Kefîf, qui s'était distingué par le talent P. ia/i. vraiment original qu'il déploya dans toutes les branches de ce genre de composition. J'avais appris par cœur quelques-unes de ses pièces, et, parmi celles qui sont restées dans ma mémoire, il y en a une qui a pour sujet la marche des Mérinides vers l'ifrîkiya, sous la conduite du sultan.Abou 'l-Hacen. Le poêle, après avoir blâmé celte expé- ' Le mol ^^S paraît être mis ici pour tien turque: *-^^ oU-*- i-^ J-^!~^y^- * lAxc est une altéralion de t.ivr^. laire observer que le traducteur turc a ' Pourj»-a-0', lisez «v-o-u. L'hémisliclie donné le texte de loulcs ces pièces, et que, suivant est tellement altéré que je n'essaye en général, il ne les a pas expliquées, pas de le traduire. Le vers entier se lit ainsi * Je lis J^-î-^j, avec le traducteur turc dans l'édition de Boulac et dans la Iraduc- et l'édition de Boulac. LtL. est pour «*L..
pou Prolégomènes. — m.
450 PROLEGOMENES dition, parle de leur défaite à Cairouan ^ et les console de cet échec en leur citant les malheurs qui sont arrivés à d'autres peuples. Son poëme est une espèce de melaba, et offre, au commencement, un bel exemple de la figure de rhétorique appelée beraât el-istihlal [bonté de l'exposition), et qui consiste à faire sentir la tendance d'une pièce tout d'abord et dès le début même. En voici le commencement: Gloire à celui qui, dans tous les temps, dirige à son gré les intentions des rois! Si nous lui montrons notre obéissance, il nous accorde un secours efficace, et si nous transgressons ses ordres-, il nous inflige tous les genres d'humiliation.
Le poète continue dans le même style jusqu'à ce qu'il entre en matière; alors il demande, en ces termes, ce qu'était devenue l'armée du Maghreb: Fais partie d'un troupeau, quelque petit qu'il soit, plutôt que d'en être le berger; le berger doit répondre de son troupeau. Invoquons dans l'exorde la bénédiction de Dieu sur celui qui appela les hommes à l'islamisme, sur l'agréé de Dieu, sur le Prophète exalté et parfait 3, puis sur les khalifes bien dirigés, puis sur les successeurs (des Compagnons)*; ensuite'' parle de qui tu veux et dis:- P. A 25. 0 pèlerins qui avez pénétré dans le Sahra et qui savez décrire les pays et leurs habitants! l'armée de Fez, si brillante'', si belle, où est-elle passée d'après la ferme volonté du sultan? Pèlerins, je vous le demande, au nom du Prophète'' dont vous avez visité le tombeau, et à cause de qui vous avez traversé les collines du désert, qu'est devenue l'armée maghrébine qui a disparu dans la noire Ifrîkiya? (qu'est devenu) celui qui vous avait donné des provisions en abondance et qui (par ses dons) aVait répandu le bien-être jusque dans le pays du Hidjaz^.^ P. 428. Le poète se met alors à décrire la ligne de marche suivie parles ' Voyez rintroduction de la i" partie, ' Celte pièce est écrile en un dialecte p. XXVIII. tellement corrompu, que les copistes n'y ' Lisez oUa.<ïC ont presque rien compris. Aussi les ma- ' Variante: jyXJl. nuscrits offrent-ils une foule de variantes ' Lisez siL/.J.y|. s'écartanl les unes des autres au point de ' f tS*J est une altération de (^Ouu. rendre impossible le rétablissement du " Lisez oy^l. texte. Il m'a donc fallu renoncer à la tâclie ' Pour lySyJ Lj, lisez ^J^ÀJL de traduire le reste du poëme.
D'IBN KHALDOUN. 451 troupes, et finit par raconter la dernière expédition du sultan, celle qu'il avait entreprise contre les Arabes nomades de i'Ifrîkiya (et qui P. 429. lui fut si désastreuse). Ce poënae renferme des pensées et des tour- nures très-originales.
Les Tunisiens aussi avaient inventé un genre de melaba., dans la- quelle ils se servaient de leur dialecte vulgaire'; mais la plupart de leurs pièces sont si mauvaises, que je ne m'en rappelle plus une seule.
Il y avait à Baghdad, chez les gens du peuple, un genre de poëme qu'ils nomment mewalia"^ et qui renfermait plusieurs espèces désignées par les termes haufi, kan-oaa-kan, dou-beïteïn^, etc. La diversité de ces dénominations provenait de la diversité des mètres qu'ils avaient l'habitude d'employer: aussi chaque espèce a-t-elle son nom particu- lier. Celle qui est la plus usitée est le mozdaoawedja (accouplé), pièce composée de qualre ghosn (ou vers).
Les gens de Misr et du Caire ont suivi Fexemple de ceux de Bagh- dad. On remarque beaucoup de traits originaux dans les pièces de leur composition, les auteurs ayant mis à contribution les tournures de l'idiome vulgaire pour exprimer leurs idées. Aussi ces produc- tions sont-elles très-remarquables.
[J'ai trouvé* dans le Diwan d'Es-Safi el-Hilli^ un passage que je reproduis ici dans les paroles de l'auteur: « La meivalia est du mètre nommé besit, et se compose de quatre ghosn ayant des rimes (iden- tiques*). On la nomme aussi satt^fvoio^, son) et beïteïn (quatrain)^ Ce ' Littéral. « urbain. » ' Ce paragraphe manque dans le ma- ' Voyez un peu plus loin. nuscrit A, dans l'édition de Boulac et ' Les mots dou beït signifient, en per- dans la traduction turque, san, deux vers, couplet; noire auteur lui ^ Ce poëte se nommait Safi ed-Dîn Abd adonné la forme du duel arabe en y ajou- el-AzîzlbnSeraîael-HilH. Selon HadjiKhatant la syllabe cïn. M. Freytag a parlé de lifa, il mourut en 760 (iS/ig-iSSo de (Voyez son Arahiscke Verskunst, p. 46i.) ° Littéral, net de quatre rimes. i> Aucun des auteurs que j'ai consultés n'a ' Beïteïn signifie deux vers; mais, chez fait mention du haafi. les Arabes, le vers (beït) doit se composer 57.
652 PROLÉGOMÈNES furent les habitants d'Ouacct qui, les premiers, imaginèrent ce genre de poënie. Le kan-oua-kan se compose de (quatre) chatr {ligues, hémis- tiches) ayant tous la même rime, mais étant de mesures différentes; le premier chatr de chaque vers est plus long que le second. La lettre qui forme la rime doit être précédée d'une des lettres faibles!, ^, ^g. Ce furent les gens de Baghdad qui inventèrent la mewalia. On nous a récité une pièce de ce genre (qui commence ainsi): Dans un signe p. hio. fait avec les sourcils il y a un discours qui explique [la pensée) et la fait entendre à Omni el-Akhras^; cette pièce est dans le dialecte de Kho- raçan.] » Fin de l'extrait. Voici ce que je me rappelle de plus remar- quable parmi les morceaux de cette espèce: Regarde ma blessure qui saigne encore; (sache,) mon cher frère, que l'as- sassin s'amuse à la campagne. On m'a dit: « Tu pourras te venger. • J'ai ré- pondu: «Gela serait mal; la personne qui m'a blessé^ me guérira; cela sera mieux. » Un autre poëte a dit: Je frappai à la porte du pavillon, et une femme dit: « Qui frappe? • Je répon- dis: «Un affligé, point voleur ni brigand. » Elle sourit, et l'éclat de ses dents brilla devant mes yeux; je m'en retournai, tout ébloui et noyé dans l'océan de mes larmes.
Un autre a dit: Je me rappelle le temps où elle redoutait notre séparation et disait, lorsque l'amour m'arrachait des plaintes: « (Sois tranquillel) je donnerais mes yeux pour racheter ta vie. » Un beau jeune homme lui donna dans l'œiP; je lui rappelai sa promesse et elle répondit: « Je suis ta débitrice ''. » de deux hémisliches. Or, dans les mewflJia, 'Le lexle donné dans la Iraduclion les quatre hémistiches riment ensemble, turque ofire la leçon (j^'J U.J. Les manuset, pour cette raison, j'ai rendu 6c(7em par crits C et D portent (jjIaj à la place de quatrain. i^Lu. Je lis ^jjL»J U.
jj^ ne se trouve pas dans les manuscrits. quitterai plus lard l'engagement qne j'ai * Il faut lire j^^*^*^. Le mot jt est unp pris avec toi. « altération de tJOwll.
D'IBN KHALDOUN. 453 Un autre a décrit le hachich^ en ces termes: Une (drogue) dont je m'enivre en cachette, pendant que je ressens encore l'-iZt. ies effets qu'elle a produits. Avec elle nous pouvons nous passer de vin, de ca- barelier et d'échanson. Elle est méchante, et sa méchanceté contribue à entre- tenir le feu qui nie dévore. Je la cachai dans mon estomac, mais elle se montra dans mes yeux.
Un autre a dit: O loi dont la rencontre fait dire aux amants'-', ôrano.' jusqu'à quand tour- mcnteras-tu ce cœur par Ion dédain? Aïe! hélas! la m'as frappé au cœur avec ton va-t-en! et la patience, plût au ciel (que j'en eusse)! Le monde est à mes yeux une chose qui fait dire^î.' quant à ta personne, chutai Par un autre: Je disais à celte belle, lorsque la canitie avait totalement envahi ma tête: « Ma petite mère! accorde-moi un baiser à cause de mon amour. • Elle répondit, après avoir laissé dans mon cœur une douleur brûlante; « Que veut dire du coton sur la bouche d'un homme vivant*? » La pièce suivante est d'un autre poêle: Elle me regarda en souriant, et les averses de mes larmes tombèrent avant ^ que son éclair (c'est-à-dire l'éclat de ses dents) eût paru. Elle ôta son voile et je crus voir la lune à sou lever. Elle répandit (sur ses épaules) les ténèbres de P. /iSa. ses cheveux, et mon cœur s'égara dans ce labyrinthe. Elle me dirigea enfin au moyen d'un fil blanc formé par la raie de sa chevelure.
Voici un morceau par un autre poète: Chamelier! pousse nos montures en avant, et arrêtons-nous, avant l'aurore, ' On connaît les efTels du hachlch ou ' Dans l'ensevelissement des niorls, on feuille de chanvre pris en forme de con- bouche les orifices naturels avec du coton, serve ou fumé comme du tabac. Ici, le mot colon désigne la moustache " Littéral, «aux enfants de l'amour. » blanche.
' Il faut lire a:, -^f et peut-être ^i. ' Je lis cy-'^-<», avec l'édition de Boulac L'interjection ^jS doit être insérée après le et la traduction turque, mot LÎ^y'- 454 PROLEGOMENES auprès de la demeure où habitent nos bien-aimées. Crie ' alors dans (le campe- ment de) la tribu: «Celui qui veut une récompense, qu'il vienne prier sur le mort que le dédain a tué. » Un autre a dit: Ces yeux avec lesquels je t'ai regardée ont passé la nuit à contempler les étoiles et à s'alimenter de l'insomnie. Les flèches de la séparation n'ont pas man- qué de m'atteindre; ma tranquillité d'esprit est niorle; que Dieu l'en accorde une abondante récompense!
Par vm autre: Belles filles qui êtes si tyranniques-! j'aimais dans votre village un faon qui tourmentait les lions féroces en leur donnant des soucis; — un tendron qui, en se balançant (avec grâce), captivait les cœurs des jeunes vierges, et qui, en se découvrant la figure, ôtait à la lune le droit de lui être comparée.
Voici une des pièces qu'on nomme dou-beïteïn: p. 433. Celle que j'aime jura par le Créateur que, chaque nuit, elle enverrait son image me visiter pendant mon sommeil. 0 feu du désir que j'éprouve pour elle! brûle vivement pendant la nuit; ta lumière servira peut-être pour la guider.
Il faut maintenant savoir que, pour acquérir le genre de goût au moyen duquel on apprécie la valeur des expressions employées, dans l'un ou l'autre de ces dialectes, pour énoncer des idées, il faut s'être familiarisé avec ce dialecte, s'en être servi très-souvent et avoir beau- coup conversé avec le peuple qui le parle. C'est ainsi qu'on acquiert la faculté de manier un idiome quelconque, ainsi que nous l'avons dit en traitant de la langue arabe. Aussi les Espagnols ne compren- nent-ils pas la force des termes qui s'emploient dans la poésie des Ma- ghrébins; ceux-ci ne saisissent pas bien la valeur des expressions qui se rencontrent dans la poésie des Orientaux et dans celle des Es- pagnols; les Orientaux, de leur côté, n'entendent pas les expressions ' Il faut lire xej sans techdîd. — ' Peut-être faut-il traduire « belles filles d'El-Hakr. » D'IBN KHÂLDOUN. 455 usitées dans la poésie de l'Espagne et dans celle du Maghreb. En effet, l'idiome parlé dans chaque pays diffère, par sa phraséologie, de ceux dont on se sert ailleurs; les habitants de chacpie ville com- prennent la force des expressions usitées dans le dialecte de cette ville, et se trouvent ainsi en état de goûter les poëmes de leurs com- patriotes. Et dans la création des deux et de la terre, ainsi que dans la diversité de vos langues et de vos couleurs, il y a des signes [instructifs) pour toutes les créatures. [Coran, sour. xxx, vers. 2 i.)
Nous étions sur le point de nous écarter de notre sujet, quand nous nous sommes décide à mettre fin au discours que nous avons tenu dans cette première partie de notre ouvrage \ discours qui a eu pour objet la nature de la civilisation et les accidents qui s'y présentent. J'ai traité d'une manière qui me paraît suffisante les divers problèmes qui se rattachent à cette matière. Il viendra peut-être après moi une personne qui, ayant reçu de Dieu un jugement sain et une science solide, entreprendra l'examen d'autres questions bien plus nombreuses P ilia- que celles dont nous avons parlé. Car celui qui a établi pour la pre- mière fois une branche de science n'est pas tenu de traiter tous les problèmes qui s'y rattachent; il n'a d'autre obligation que de faire connaître l'objet de cette science, les principes d'après lesquels on la divise en plusieurs parties et les observations auxquelles elle a donné lieu. Ceux qui viendront après lui ajouteront graduellement d'autres problèmes à cette science, jusqu'à ce qu'elle ait acquis toute sa perfec- tion. Dieu sait, et vous ne savez pas.
[A la fin de l'exemplaire dont ceci est la copie on lit ce qui suit:1* L'auteur de cet ouvrage dit: « J'ai terminé la composition de cette pre- mière partie, renfermant les Prolégomènes, en l'espace de cinq mois, dont le dernier fut celui qui marque le milieu de l'an' 779 (octobre 1377 de J. C). Je l'ai ensuite mis en ordre et corrigé; j'y ai ajouté C'esl-à-dire de l'Histoire universelle. quent dans les manuscrits C el.D et dans (Voyez la première partie, Introduction, l'édition de Boulac. p. xcvii.) ' Le mot *X»- est de trop; il ne se trouve Les mots placés entre crochets man- pas dans les manuscrits.
450 PROLÉGOMÈNES l'histoire de tous les peuples, ainsi que j'en avais pris rengagement dans ma préface. Et la science ne saurait provenir que' de Dieu, le puissant et le sage!
' Pour (jf, lisez Jf|, avec tous les manuscrits.
FIN DES PROLEGOMENES D'IBN KHALDOUN.
SOMMAIRE ANALYTIQUE DES DIVISIONS DE L'OUVRAGE.
(TROISIÈME PARTIE.)
p»g«.. De la jurisprudence et de la science du partage des successions, qui en est le com- plément 1 Origine de cette science. — Les Dhaherites. — Les gens de ta maison. — Les Kha- recljites. — Les Chîîtes. — Les gens de Topinion [rai]. — Les gens de HiJjat. — La coutume de Médine. — Les quatre écoles. • — VIdjtihad. — Les Hanbélites. — Les Hanéfites. — Les Chafêites. — Les Matekites. — Les traités de droit malekite. — Les trois branches de l'école de Malek.
De la science qui a pour objet le partage des successions [eïlm el-feraid) ai But et caractère de cette science.
Des bases de la jurisprudence et de ce qui s'y rattache, c'est-à-dire la science des matières controversées et la dialectique a5 Importance de cette science. — Ses bases. — Le Coran. — La Sonna. — L'accord général des premiers docteurs. — La déduction analogique [kias). — Vérification du texte de la Sonna. — Règles à suivre dans l'examen des textes sacrés. — Origine de la jurisprudence. — Docteurs qui s'y sont distingués.
Les matières controversées 35 Ouvrages composés sur ce sujet. La dialectique [djedl) 38 Les deux méthodes de la dialectique.
La théologie scolaslique [eilm el-kelam) ^7 Preuve rationnelle de l'unité divine. — Dieu est la cause des causes. — Nulle in- telligence ne peut comprendre la succession des causes. — L'investigation des causes 458 PROLÉGOMÈNES a été défendue par le législateur inspiré. — Le dogme de l'unité. — Les divei'ses sta- tions qu'on atteint dans la connaissance de l'unité divine. — La foi est une faculté ac- quise. — Les divers degrés de la foi. — Ce que le législateur nous a prescrit de croire. Vérité de ces dogmes de foi. — Certains textes de la loi divine ont conduit à l'anthro- pomorphisme, parce qu'ils ont été mal entendus. — iS exemption. — V assimilation des attributs. — Les attributs essentiels. — Ce fut une doctrine bien pernicieuse que celle de la création du Coran. — La doctrine d'El-Achari. — La science de la parole.
— La doctrine d'Abou Bekr el-Bakillani. — Introduction de l'art de la logique chez les rïiusulmans. — Les scolasliques n'envisagent pas le coqjs sous le même point de vue que les philosophes. — La connaissance de la scolastique n'est plus nécessaire.
Éclaircissemenls au sujet des motachabeh (passages et termes de signiticatiori ob- scure) qui se trouvent dans le Coran et la Sonna, et indication de l'influence qu'ils ont eue sur les croyances des diverses sectes, tant sonnites qu'hétérodoxes...&h Comment les savants d'entre les premiers musulmans entendaient les versets mota- chabeh. — La manière d'explitpier ces versets est inconnue aux morlels. — Opinion lies Motazelites au sujet des attributs divins. — Ce furent eux qui invenlërent le sys- tème de doctrine appelé science de la parole. — La doctrine d'El-Achari. — L'opinion d'Ahmed Ibn Hanbel et la doctrine de ses disciples au sujet des attributs. — Les cor- poratistes. — Les assimilateurs. — Diverses phases de la nature humaine, et percep- tions qu'elle éprouve dans cliacnne de ces phases. — Opinion d'Avicenne au.sujet du prophélisme. — Résumé.
Du soufisme 85