� `mz DU CONTRAT SOCIAL. comme j‘ai distingiié ci-devant l’Ii]tat et le `souveiam (1). Le corps du magistrat peut étre composé d’un plus grand ou moindre nombre de membres. Nous avons dit que le rapport du souverain aux sujets était d’autant plus grand que le peuple était plus nombreux; et, par une évidente analogie, nous en pouvons dire autant du gouvernement 5. l’égard des magistrats. · ‘ Or, la force totale du gouvernement, étant toujours ` celle de l’Etat, ne varie point: d’ou il suit que plus il use de cette force sur ses propres membres, moins il lui en reste pour agir sur tout le peuple. Donc, plus les magistrats sont nombreux, plus le gou- vernement est faible. Comme cette maxime est fondamen- tale, appliquons-nous a la mieux éclaircir. Nous pouvons distinguer dans la personne du magistrat trois volontés essentiellement diiférentes: premierement, la volonté propre de l’individu, qui ne tend ‘qu’a son avan- tage particulier; secondement, la volonté commune des ma- gistrats, qui se rapporte uniquement at l`avantage du prince, et qu’on peut appeler volonté de corps, laquelle est géné· rale par rapport au gouvernement, et particuliére par rap- port a l’Etat, dont le gouvernement fait partie; en troi- siéme lieu, la volonté du peuple ou la volonté souveraine, laquelle est générale, tant par rapport a l’IiItat considéré comme le tout, que par rapport au gouvernement consi- déré comme partie du tout.
Dans une législation parfaite, la volonté particulière ou individuelle doit être nulle; la volonté de corps propre au (note de bas de page) deux premiers chapitres du livre troisième, où j’ai tâché de fixer, par un sens précis, des expressions qu'on laissait avec art incertaines, pour leur donner au besoin telle acception qu’on voulait.
(1) Montesquieu, Esprit des Lois, liv. III, chap. 1. — Il y a cette différence entre la I18ZUI'C dll SOUVCUICIIICDI et SOD principe QUC S8 DHIUFC CSI CC le fait etre tel et son principe ce qui lc fait agir. L’unc est sa structure parti- culiére, et l’aut1·e les passions humaines qui le font mouvoir. Or les lois ne doivent pas étre moins relatives au principe de chaquc gouvernement qu’a sa nature.
� l r l LIVRE Ill. - CHAP. 11. wz » gouvernement tres subordonnée; et par conséquent la vo- , lonté générale ou souveraine toujours dominante et la , régle unique de toutes les autres. n Selon l’ordre naturel, au contraire, ces différentes vo- lontés deviennent plus actives a mesure qu’elles se concen·~ “ p trent. Ainsi, la volonté générale est toujours la plus faible, la volonté de corpsa le second rang, et la volonté particu- 1 liére le premier de tous: de sorte que, dans le gouverne- ment, chaque membre est premierement soi-méme, et puis p magistrat, et puis citoyen; gradation directement opposée ‘ Il a celle qu’exige l’ordre social. ` ‘ Cela posé, que tout le gouvernement soit entre les mains d’un seul homme, voila la volonté particuliére et la volonté l de corps parfaitement réunies, et par conséquent celle-ci 5 au plus haut degré d’intensité qu’elle puisse avoir. Or, comme c’est du degré de la volonté que dépend l’usage de l la force, et que la force absolue du gouvernement ne varie point, il s’ensuit que le plus actif des gouvernements est l celui d’un seul. I Au contraire, unissons le gouvernement 51 l’autorité législative; faisons le prince du souverain, et de tous les 7 citoyens autant de magistrats: alors la volonté de corps, p confondue avec la volonté générale, n’aura pas plus d’activité qu’elle, et laissera la volonté particuliere dans toute sa force. Ainsi, le gouvernement, toujours avec la méme force absolue, sera dans son minimum de force relative ou d’activité.
Ces rapports sont incontestables, et d’autres considérations servent encore a les confirmer. On voit, par exemple, que chaque magistrat est plus actif dans son corps que chaque citoyen dans le sien, et que par conséquent la volonté particulière a beaucoup plus d’influence dans les actes du gouvernement que dans ceux du souverain; car chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction l du gouvernement, au lieu que chaque citoyen pris a part � n’a aucune fonction de la souveraineté. D’ailleurs, plus l’Etat s’étend, plus sa force réelle augmente, quoiqu’elle n’augmente pas en raison de son étendue: mais l’Etat restant le méme, les magistrats ont beau se multiplier, le gouvernement n’cn acquiert pas une plus grande force réelle, parce que cette force est celle de l’Etat, dont la mesure est toujours égale (r). Ainsi, la force relative ou l’activité du gouverncment diminue, sans que sa force absolue ou réelle puisse augmenter.
Il est sur encore que l’expédition des affaires devient plus lente a mesure que plus de gens en sont chargés; qu’en donnant trop a la prudence on ne donne pas assez a la fortune; qu’on laisse échapper l’occasion, et qu’a force de délibérer on perd souvent le fruit de la délibération.
Je viens de prouver que le gouvernement se relache a mesure que les magistrats se multiplient; et i’ai prouvé ci-devant que plus le peuple est nombreux, plus la force réprimante doit augmenter. D'où il suit que le rapport des magistrats au gouvernement doit étre inverse du rapport des sujets au souverain; c’est-a-dire que, plus l’Etat s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer; tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l'augmentation du peuple.
Au reste, je ne parle ici que de la force relative du gouvernement, et non de sa rectitude: car, au contraire, plus le magistrat est nombreux, plus la volonté de corps se rapproche de la volonté générale; au lieu que, sous un magistrat unique, cette même volonté de corps n’est, comme je l’ai dit, qu’une volonté particuliére. Ainsi, l’on perd d’un coté ce qu’on peut gagner de l’autre, et l’art du législateur est de savoir fixer le point ou la force et la volonté du gou- (1) R. Nouvelle Héloise, partie IV, lettre 10. - C’est une grande erreur dans l’économie domcstique ainsi que dans la civile, de vouloir combattre un vice par un autre ou former entre eux une sorte d’équilibre, comme si ce qui sape les fondements de l’ordre pouvait jamais servir à l’établir. vernement, toujours en proportion réciproque, se combinent dans le rapport le plus avantageux a l’Etat.
CHAPITRE III DIVISION DES GOUVERNEMENTS On a vu dans le chapitre précédent pourquoi l’on dis- tingue les diverses especes Ou formes de gouvernements par le nombre des membres qui les composent; il reste it voir dans celui-ci comment se fait cette division (1).
(1) Platon, La République, liv. VIII. - ll y a nécessairement autant de caractéres d’hommes que d’cspéces de gouvernements. Croiras-tu en effet que la forme des Etats vienne des chénes et des rockers et non pas des moeurs mémes des membres qui les composent et de la direction que cet ensemble de mmurs imprime it tout lc restc?...Platon, La République, liv. VIII. — Le premier et le plus vanté des gouvernements est celui de Crete et de Lacédémone. Le second, que l'on met aussi au second rang, est Poligarchie, gouvernement suiet a un grand nombre de maux; le troisiéme, entierement opposé au second et moins es- timé, est la démocratie. Vient enfin la tyrannie, qui ne ressemble,21 aucun des autres gouvernements et qui est la plus grande maladie d’un Etat.
Platon, Des Lois, liv. VIII. — La démocratie, l’oligarchie et la tyrannie, si on veut les appeler de leur vrai nom, ce ne sont point des gouverne- ments, mais des factions constituées. L’autorité n’y est point exercée de gré it gré; le pouvoir seul est volontaire, l'obéissance est touiours forcée.
Aristote, Politique, liv. lll, chap. nv. — Le gouvernement et la consti- tution étant choses identiques et le gouvernement étant Ie maltre supreme de la cité, il faut absolument que le maitre soit ou un seul individu ou une minorité, ou enfin la foule des citoyens...Quand la monarchic ou le gou- vernement d’un seul a pour obiet l’intérét général on la nomme vulgaire- ment royauté. Avec la meme condition, le gouvernement de la minorité, pourvu qu’elle ne soit pas réduite a un seul individu, c`est 1’aristocratie...Enfin quand la maiorité gouverne dans le sens de l’intéret général, le gou- Vcrncmcnt recoit comme dénomination spéciale la denomination générique de tous les gouvernements et se nomme république.
Aristote, Politique, liv. III, chap. tv. — Le souverain de la cité, c’est en tous lieux le gouvernement. Le gouvernement est la constitution meme. Je m’explique: par exemple dans les démocraties, c’est le peuple qui est sou- verain; dans les oligarchies, au contraire, c’est la minorité composée des riches...
Toutes les constitutions qui ont en vue l'intérét général sont pures parce qu’elles pratiquent rigoureusement la justice. Toutes celles qui n’ont en vue que l'intéret personnel des gouvernants, viciées dans leur base, ne sont 06 » DU CONTRAT SOCIAL. · Le souverain péut, en premier lieu, commettre le dépst du gouvernement a tout le peuple ou it la plus grande partie du peuple, en sorte qu’il y ait plus de citoyens ma- gistrats que de citoyens simples particuliers. On donne 5. cette fOI`II1€ (IC gOUV€I`II€I1'1€IlI le HOIT1 (IC démOC1°dl°i8. Ou bI€1’l PCUI I`€SSCI`I`CI` le gOUV€I`I]€I'I'1€I1I CHIFC les IT1&II'IS d’un petit nombre, en sorte qu’il y ait plus de simples ci- EOYCIIS QUE de I1'18gISII`8IS; et cette f0I`1’II€ POYIC le HOII1 d’aristocratz'e. Enfin il peut concentrer tout le gouvernement dans les mains d’un magistrat unique dont tous les autres tiennent leur pouvoir. Cette troisieme forme est la plus com- ITIUIIC, et S’&pP€IIC 17107ld1°Ch1·€, OU gOUV€I`I'lCI1'1CD[ I`Oy3I. On doit remarquer que toutes ces formes, ou du moins que la corruption des bonnes institutions, elles tiennent de fort pres au pou- voir du maitre sur l’esclave, tandis que, an contraire, la cité n’est qu’une association d’hommes libres. Antsrorz, Politique, liv. VIII, chap. x. — Tous les systemes politiques, quelque divers qu’ils soient, reconnaissent des états et une égalité propor- tionnelle entre les citoyens, mais tous s’en écartent dans Papplication. La démagogie est née presque touiours de ce qu’on a prétendu rendre absolue et générale une égalité qui n’était réelle qu’a certains égards. Parce que tous sont également libres, ils ont cru qu’ils devaient l’étre d’une maniere absolue. L’oligarchie est née de ce qu’on a prétendu rendre absolue et générale une inégalité qui n’était réelle que dans quelques points, parce que tout en n’étant inégaux que par la fortune, ils ont suppose qu'ils devaient I’etre en tout et sans limite. Les uns, forts de cette égalité, ont voulu que le pouvoir politique, dans toutes ses attributions, fut également réparti; les autres, appuyés sur cette inégalité, n’ont pensé qu':} accroitre leurs privileges, car les augmenter, c'était augmenter l‘inégalité. Tous ces systemes, bien que iustes au fond, sont donc tous radicalement faux dans la pratique. Macmavzt., Discours sur Tite-Live, liv. I, chap. tt. — D’autres auteurs, plus sages, selon l’opinion dc bien des gens, comptent six especes de gou- vernements dont trois tres mauvais et trois qui sont bons eux-mémes, mais si sujets e se corrompre qu°i1s deviennent tout A fait mauvais. Les trois bons sont ceux que nous venous de nommer: le monarchique, Faristoera- tique, le démocratique. Les trois mauvais ne sont que des dépendances et des dépravations des trois autres et chacun d`eux ressemble tellement a celui auquel il correspond, qu‘on passe facilement de l°un a 1’autre. Ainsi la monarchic devient tyrannie; l`aristocratie dégénere en oligarchie, et Ie gou- verncment populaire sc résout'en une licencieuse ochlocratie. En sortc qu’un Iégislateur qui donne it I`Etat qu'il fonde un de ces trois gouvernements le constitue pour peu de temps, car nulle préeaution ne peut empecher que � F } LIVRE III. - CHAP. Ill. 107 ` les deux premieres, sont susceptibles de plus ou de moins, l EI ODI meme UDB RSSCZ gl'8I'ld€ latltlldé; C3.I` 18. déI1'1OCI`8tl€ ` peut embrasser tout le peuple, ou se resserrer jusqu’a la moitié. L’aristocratie, a son tour, peut de la moitié du l pCl1plC SC l`€SS€I'I`€l` illSqLl’3L1 pills p€IlI 1’10lTlbI`€ lI`ldéI€I`I1’ll- nément. La royauté méme est susceptible de quelque par- Iagé. SPHFIC CUI constamment d€LlX I`OlS P8? S8 COI1SIlIl.1IlOI'l; q et l’on a vu, dans l’empire romain, jusqu’a huit empereurs X a la fois, sans qu’on put dire que l’empire ffit divisé. Ainsi l il y a un point ou chaque forme de gouvernement se con- I fond avec la suivante, et l’on voit que, sous trois seules dé- “ nominations, le gouvernement est réellement susceptible lp d’autant de formes diverses que l’Etat a de citoyens. Il y a plus: ce meme gouvernement pouvant, a certains égards, se subdiviser en d’autres parties, l’une administrée chacune de ces espéces, réputées bonnes, quelles qu‘elles soient, ne dégénére p en son espéce correspondante, tant le bien et le mal ont ici entre eux et d’attraits et de ressemblances. l Honuas, De Cive, chap. vu. — Plusieurs ont cette coutume de n’exprimer pas 1 tant seulement les choses par les noms qu’ils leur donnent, mais de témoi- gner aussi par meme moyen la passion qui regne dans leur Ame et de faire connaltre en meme temps l'amour, la haine et la colere qui les animent.
> D’oi1 vient que l’un nomme anarchie ce que l’autre appelle démocratie, qu’on blame Paristocratie en la nommant une oligarchie et qu’a celui auquel on ‘ donne le titre de roi, quelque autre impose le nom de g·ran.De sorte que ces p noms outrageants ne marquent pas trois nouvelles sortes de républiques, mais les divers sentiments que les suiets ont de celui qui gouverne...Celui dont l’autorité serait bornée ne serait point roi,mais sujet de celui qui aurait borné sa puissance...Si quelqu’un veut usurper sans le consentement du peuple, il est ennemi et non pas tyran de la république. La royauté et la tyrannie ne sont pas deux diverses especes de gouver- nement politique, mais on donne a un meme monarque tantét le nom de P roi par honneur, tantét celui de tyran par outrage. » Mowrssqursu, Esprit des Lois, liv. ll, chap. x. - Il y a trois espéces de I gouvernements: le républicain, Ie monarchique et le despotique. Pour en découvrir la nature il suftit de l`idée qu’en ont les hommes les moins in- struits, qui suppose trois définitions ou plutot trois faits; l`un que le gou- vernement républicain est celui ou le peuple eu corps, ou seulement une partie du peuple a la souveraine puissance; le monarchique, celui ou un seul gouverne, mais par des lois fixes et établies, au lieu que dans le despo- tique, un seul, sans loi et sans rele, cmraine tout par sa volonté et par ses caprices. l � 108 DU CONTRAT SOCIAL. d’une maniere et l’autre d’une autre, il peut résulter de ces trois formes combinées une multitude de formes mixtes, · dont chacune est multipliable par toutes les formes simples. . On a de tout temps beaucoup disputé sur la meilleure forme de gouvernement (1), sans considérer que chacune d’elles est la meilleure en certains cas, et la pire en d’autres. Si, dans les diiférents Etats, le nombre des magistrats (t) Bossuzr, Politique tirée de l’Ecriture sainte, liv. II, art. t. VII• Pro- position. — La monarchic est la forme de gouverncment la plus commune, la plus ancienne et aussi la plus naturelle. Un peu de recours aux histoires profanes nous fait voir que ce qui a été république a vécu premierement sous des rois. Rome a commencé par IA et y est enfin revenue comme A son état naturel. _ Ce n’est que tard et peu A peu que les villes grecques ont formé leur république. L’opinion ancienne de la Grece était celle qu’exprime Homere par cette célebre sentence dans l’Iliade: ce Plusieurs princes n’est pas une bonne chose; qu’il n’y ait qu'un prince et un roi. » A présent il n’y a point de république qui n’ait été autrefois soumise A des monarques. Les Suisses étaient suiets des princes de la maison d’Autriche. Les Provinces Unies ne font que sortir de la domination d'Espagne et de celle de la maison de Bourgogne. Les villes libres d’Allemagne avaient des seigneurs particuliers outre l’empereur qui était le chef commun de tout le corps germanique. Les villes d’ltalie qui se sont mises en répu· blique du temps de l’empereur Rodolphe ont acheté de lui leur liberté. Venise meme, qui se vante d’etre république dès son origine, était encore suiette aux empereurs sous le regne de Charlemagne et longtemps apres; elle se forma depuis en Etat populaire d‘ou elle est venue assez tard A l’Etat ou nous la voyons. Tout le monde donc commence par des monarchies et presque tout le monde s‘y est conservé comme dans l’Etat le plus naturel. Aussi avons-nous vu qu’il a son fondement et son modéle dans l’empirc paternel, c’est—A·-dire dans la nature meme. Les hommes naissent tous sujets, et l’empirc paternel qui les accoutume A obéir, les accoutume en meme temps A n’avoir qu'un chef. VIII• Proposition. — Quand on forme des Etats on cherche A s’unir et yamais on n’est plus unis que sous un seul chef, iamais aussi on n’est plus fort, parce que tout va en concours...Le gouvernement militaire demandait naturellementd’etre exercé par un seul, il s`ensuit que cette forme de gouvernement est la plus propre A tous les Etats qui sont faibles et en proie au premier venu, s’ils ne sont formés A la guerre.
Et cette forme de gouvernement, A la tin, doit prévaloir parce que le gouvernement militaire qui a la force en main entralne naturellement tout l’Etat aprés soi. X• Proposition. — Le gouvernement est le meilleur qui est le plus éloi·suprémes doit étre en raison inverse de celui des citoyens, il s’ensuit qu’en général le gouvernement démocratique COIlVi€I'1t aux petits Etats, l,a!`lStOCl‘8tlq.l€ aux II1édlOCI`CS, et le monarchique aux grands. Cette régle se tire immédiatement du principe. Mais comment compter la multitude de circonstances qui peuvent fournir des exceptions (1) P gné de l'anarchie. D‘une chose aussi nécessaire que le gouvernement parmi les hommes, il faut donner les principes les plus aisés et l‘ordre qui roule le mieux tout seul. _ La seconde raison qui favorise ce gouvernement, c’est que c'est celui qui intéresse le plus A la conservation de l’l5tat les puissances qui le conduisent. Le prince qui travaille pour son Etat travaille pour ses enfants; et l'amour qu'il a pour son royaume, confondu avec celui qu'il a pour sa famille, lui devient naturel.
Bunuxaqur, Quelle est la meilleure forme de gouvernement? (Principes du droit politiques.) — Si l'on demandait quel est, entre les gouvernements, le meilleur, je répondrais que tous les bons gouvernements ne conviennent pas également à tous les peuples et qu'il faut avoir égard en cela a l’humeur et au caractére des peuples et à l’étendue des Etats.
Les grands Etats ont peine a s‘accommoder des gouvernements républicains, et une monarchie sagement limitée leur convient mieux; mais pour les Etats d’une médiocre étendue, le gouvernement qui leur est le plus avantageux c’est une` aristocratic élective, mélée de quelques réserves en faveur de la généralité du pcuple.
(t) R. Pobngynodic. — La meilleure forme de gouvernement, ou du moins la plus durable, est celle qui fait les hommes tels qu’ellc a besoin qu’ils soient.
Platon, Des Lois, liv. Ill. — On peut dire avec raison qu'il y a en quelque sorte deux espéces de constitutions politiques d’ou naissent toutes les autres: l'une est la monarchie et l’autre la démocratie. Chez les Perses la monarchie, et chez nous autres Athéniens Ia démocratie, sont portées au plus haut degré, et presque toutes les autres constitutions sont, comme ie le disais, composées et mélangées de ces deux-la. Or il est absolument nécessaire qu’ui1 gouvernement tienne de l'une et de 1’autre, si l'on veut que la liberté, les lumiéres et la concorde y régnent, ct c’est la que je voulais en venir lorsque je disais qu`un Etat ou ces trois choscs ne se rcncontrent pas ne saurait étre bien policé. Cela est impossible cn effet. Les Perses et les Athéniens se sont écartés du milieu qui leur ont procuré ces avantages en portant à l’excés les uns les droits de la monarchie, les autres l’amour de la liberté; ce milieu a été bien mieux gardé en Crete et a Lacédémone. Les Athéniens eux-memes et les Perses en étaient beaucoup moins éloignés autrefois qu'ils ne le sont aujourd’hui...
Aristote, Politique, liv. VI, chap. tr. -...Ou la royauté n’existe que de nom sans avoir aucune réalité, ou elle repose nécessairement sur la supériorité absolue de l’individu qui regne. Ainsi la tyrannie sera le pire des gouvernements comme le plus éloigné du gouvernement parfait. En second CHAPITRE IV DE LA DÉMOCRATIE (1) Celui qui fait la loi sait mieux que personne comment elle doit être exécutée et interprétée. Il semble donc qu’on ne saurait avoir une meilleure constitution que celle où le pouvoir exécutif est joint au législatif: mais c’est cela même lieu vient l'oligarchie dont la distance à l’aristocratie est si grande. Enfin la démagogie est le plus supportable des mauvais gouvernements.
Houses, De Cive (au lecteur). — Licet enim monarchiam cmteris civitatis speciebus capite dccimo commodiorem esse argumentis aliquot suadere co- natus sim (quam rem unam in hoc libro non demonstratam, sed probabiliter positam esse confiteor), omni tamcn civitati potestatem summam et aqua- lem tribuendam esse passim et eitpresse dixi.
Bossuet, Politique tirée de l’Ecriture sainte, liv. II, art. x. XII• Proposition. — Il n’y a aucune forme de gouvernement ni aucun établissement humain qui n‘ait ses inconvénients; de sorte qu’il faut demeurer dans l’Etat auquel on a longtemps accoutumé le peuple. C’est pourquoi Dieu prend en sa protection tous les gouvernements légitimes, en quelque forme qu’ils soient établis. Qui entreprend de les renverser n’est pas seulement ennemi public, mais encore ennemi de Dieu.
Conclusion. — Chaque peuple doit suivre, comme un ordre divin, le gouvernement établi dans son pays, parce que Dieu est un Dieu de paix, et qui veut la tranquillité des choses humaines.
Montesquieu, Esprit des Lois, liv. I, ch. m. - Le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux a la disposition du peuple pour lequel il est établi.
(t) R. 8 Lettre de la Montagne. — La constitution démocratique a jusqu’a présent été mal examinée. Tous ceux qui en ont parlé, ou ne la connaissaient pas, ou y prenaient trop peu d’intérêt, ou avaient intérêt de la présenter sous un faux jour. Aucun d’eux n’a suffisamment distingué le souverain du gouvernement, la puissance législative de l’exécutive. Il n’y a point d’Etat ou ces deux pouvoirs soient si séparés, et ou l’on ait tant affecté de les confondre. Les uns s’imaginent qu’une démocratie est un gouvernement ou tout le peuple est magistrat et juge; d’autres ne voient la liberté que dans le droit d’élire ses chefs, et, n’étant soumis qu’a des princes, croient que celui qui commande est toujours le souverain. La constitution démocratique est certainement le chef-d'oeuvre de l’art politique: mais plus l’artifice en est admirable, moins il appartient a tous les yeux de le pénétrer.
R. Lettre A. d’Ivernois (Wootton, 31 janvier 1767). - Votre inépuisable crédulité ne me fâche plus, mais elle m’étonne toujours et d’autant plus en cette occasion que vous avez pu voir dans nos conversations que je ne suis pas visionnaire et dans le Contrat social que je n’ai jamais approuvé le gouvernement démocratique. LIVRE III. -· CHAP. IV. tu qui rend ce gouvernement insufiisant A certains égards, parce que les choses qui doivent étre distinguées ne le sont pas, et que le prince et le S0uVel`aII'l, ¤°ét&11'lt que la meme personne, He fO1`meI1t, p0u1` ainsi dire, qu°uI1 g0uVe1`I1e-· ment Sams g0uVeI'I1eme¤t. I1 n’est pas bon que celui qui fait les lois les exécute(1), ni que le corps du peuple détourne son attention des vues générales pour la (2) donner aux objets particuliers (3). Rien (1) Amsrorz, Politique, liv. VI, chap. xv. — La premiere espece de dé- _) mocratie est caractérisée par l’égalité et l'égalité fondée par la loi dans cette ` démocratie signifie que les pauvres n’auront pas de droits plus étendus que les riches, que ni les uns ni les autres ne seront exclusivement souverains, ‘ mais qu’ils le seront dans une proportion pareille. Si donc la liberté et l’éga- lité sont, comme parfois on l’assure, les deux bases fondamentales de la démocratie, plus cette égalité des droits politiques sera complete, plus la » démocratie existera dans toute sa pureté; car le peuple y étant le plus nomi breux et l’avis de la maiorité y faisant loi, cette constitution est nécessaire- l ment une démocratie. ) Dans une troisieme espece de démocratie, tous les citoyens dont le titre n’est pas contesté arrivent aux magistratures, mais la loi régne souverai- nement...i Une cinquiéme espéce transporte la souveraineté A la multitude qui remplace la loi. C’est qu’alors ce sont les décrets populaires et non plus la loi qui décident. Ceci se fait grace A l’intluence des démagogues". Le peuple est alors un vrai monarque, unique, mais composé par la majorité qui regne, non point individuellement mais en corps...Cette démocratie est dans son genre ce que la tyrannie est A la royauté. On peut lui reprocher de n’etre plus réellement une constitution. Il n’y a de constitution qu’A la condition de la souveraineté des lois. Il faut que la loi décide des alfaires générales comme le magistrat décide des atfaires par- ticulieres dans les formes prescrites par l‘a constitution. 'Si done la démo- cratie est une des espéccs principales de gouvetnement, l’Etat, ou tout se fait A coups de décrets populaires, n’est pas meme A vrai dire une démocratie puisque les décrets ne peuvent jamais statuerd’une maniére générale.
(2) Il y ales dans l’édition originale, mais c'est évidcmment un lapsus de l’auteur ou une faute d’impression. (3) R. Polysynodie. — Considérons maintenant la droite fin du gou- • vernement et les obstacles qui l’en éloignent. Cette lin est sans contredit le plus grand intéret de 1‘Etat et du roi; les obstacles sont, outre le défaut l de lumieres, l’intéret particulier des administrateurs. D’oi1 il suit que plus ces intéréts particuliers trouvent de gene et d’opposition, moins ils balan- cent l’intérét public, de sorte que s’ils pouvaient se heurter et se détruire mutuellement, quelque vifs qu’on les supposat, ils deviendraient nuls dans . la deliberation etl’intérét public serait seul écouté. Quel moyen plus stir peut·on avoir d’anéantir tous ces intéréts particuliers que de les opposer entre eux par la multiplication des opinions. Ce qui fait les intérets parti- l I I � nz DU CONTRAT SOCIAL. n’est plus dangereux que l’influence des intéréts privés dans les aifaires publiques, et l’abus des lois par le gouver— nement est un mal moindre que la corruption du législa- teur, suite infaillible des vues particuliéres(1). Alors, l’Etat étant altéré dans sa substance,toute réforme devient impos- sible. Un peuple qui n’abuserait jamais du gouvernement n’abuserait pas non plus de Pindépendance; un peuple qui gOUVEI`I'lEI`3lI tOUi0UI`S bIEIl Il’3UI`3lt PRS bESOlI'l d’EtI`E g0U— verné. A prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera ja- II`13lS. ESI COHIFE l’0I`dI'E D3IUI`Ei QUE lc gfaild I'lOIT1bI`E g0UVEI`I`1E EIC QUE le pEIi{ SOiI gOUVEI`l'lE. OH UE PEUI imagi- I'lE1` QUE le pEUPlE I`ESIE IDCESSEIIIIITIEIII 21SSE1'I'1blE POUI V3QUEI° aux affaires publiques, et l’on voit aisément qu’il ne sau- rait établir pour cela des commissions, sans que la forme de l’administration change (2). En effet, je crois pouvoir poser en principe que, quand culiers c’est qu’ils ne s’accordent point, car s’ils s’accordaient, ce ne seraient • plus des intéréts particuliers, mais communs. Or, cn détruisant tous ces in- térets l’un par l’autre, reste Pintérét public qui doit gagner dans la délibéra- tion t0ut ce que perdent les intérets particuliers. (.¤)A1usrorz, Politique, liv. VIII, chap. vu. — Dans les démocraties, surtout dans celles qui paraissent constituées le plus démocratiquement Pintéret de l’Etat est tout aussi mal compris, parce qu’on s’y fait une idée tres fausse de la liberté. Selon l‘opinion commune, les deux caractéres dis- tinctifs de la démocratie sont la souveraineté du plus grand nombre et la liberté. L’égalité est le droit commun; et cette égalité, c’est précisément que la volonté de la maiorité soit souveraine. Des lors, liberté et égalité se confondent dans la faculté laissée a chacun de faire ce qu’il veut ee tout a sa guise », comme dit Euripide. C’est la un tres dangereux systéme, car il · ne faut pas que vivre seion la constitution puisse paraitre aux citoyens un esclavage; au contraire, ils doivent y trouver sauvegarde et bonheur. Mourzsquizu, Esprit des Lois, liv. XI, chap. m. -— La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. (z)An1s1·or1:, Politique, liv. VII, chap. 1. — Le principe du gouverne- ment démocratique, c’est la liberté. On croirait presque, a entendre répéter cet axiome, qu’on ne peut meme trouver de liberté ailleurs...Le premier caractere de la liberté c’est l’alternative du commandement et de l’obéis- sance. Dans la démocratie, le droit politique est l’égalité non plus d’apres le mérite, mais suivant le nombre. Cette base du droit une fois posée, il s’en·- � les fonctions du gouvernement sont partagées €IllII`€ plu- sieurs tribunaux, les moins nombreux acquierent tot ou tard la plus grande autorité, ne fur-ce qu’a cause de la facilité d’expédier les affaires, qui lesy amene naturellement (1).
suit que la foule doit être nécessairement souveraine et que les décisions de la majorité doivent être la loi dernière, la justice absolue, car on part de ce principe que tous les citoyens doivent être égaux. Aussi, dans la démocratie, les pauvres sont des souverains, à l’exclusion des riches, parce qu’ils sont les plus nombreux et que l’avis de la majorité fait loi...Tous les citoyens doivent être électeurs et éligibles...Toutes les charges doivent y être données au sort...Nul ne doit exercer deux fois la même charge ou du moins fort rarement.
Les emplois doivent être de courte durée...Tous les citoyens doivent être juges dans toutes les affaires...Il faut avant tout faire en sorte que tous les emplois soient rétribués...Les principes démocratiques ménent directement à l'injustice, car la majorité, souveraine par son nombre, se partagera bientôt le bien des riches...(t) Montesquieu, Esprit des Lois, liv. II, chap. 11. — Lorsque dans la république le peuple en corps a la souveraine puissance, c‘est une démocratie. Lorsque la souveraine puissance est entre les mains d’une partie du peuple, cela s‘appelle une aristocratie.
Le peuple dans la démocratie est à certains égards le monarque, à certains autres il est le sujet.