(2) Brown-Séquard. — Course of Lectures, etc., p. 147, Philadelphia.
(4) Waller. — Proc. Boy. Soc. London, vol. II, 1860-72, p. 89 et seq.
ISCHÉMIE CONSÉCUTIVE. — NERFS DILATATEURS. 441 qui, à l'aide d'un appareil ingénieux, dit avoir obtenu, pendant près d'une semaine, une irritation du grand sym- pathique cervical, pour ainsi dire permanente et marquée par un abaissement de 2° G., n'a pas vu survenir dans le côté correspondant de la face, la moindre trace d'un trou- ble dénutrition (1). Les faits relatifs à la pathologie hu- maine témoignent dans le même sens. Ainsi, il n'estpas rare de rencontrer dans certains cas iïangioneuroses, chez les hystériques par exemple, une ischémie partielle très-pro- noncée et très-persistante; les troubles trophiques ne se montrent cependant jamais en pareil cas (2). Quant aux faits de gangrène spontanée qui ont été rattachés à un spasme vasculaire, ils n'auraient pas, si j'en juge d'après mes obser- vations, la signification qui leur a été prêtée, car, dans tous les cas de ce genre qu'il m'a été donné de rencontrer, j'ai trouvé le calibre des vaisseaux rétréci par le fait d'une alté- ration des parois artérielles ou obstrué par un thrombus (3).
D'après tout ce qui précède, ce n'est pas, vous le voyez, à une affection, soit paralytique, soit irritative des nerfs vaso-moteurs proprement dits qu'il faudrait rapporter l'apparition des troubles trophiques qui surviennent en conséquence de lésions du système nerveux.
L'expérimentation physiologique, dans ces dernières an- nées, a fait connaître l'existence de filets nerveux centri- fuges dont l'irritation a pour effet de produire la dilatation des vaisseaux et conséquemment l'hypérémie de la région dans laquelle ces nerfs se distribuent. Tandis que l'irrita- tion des nerfs vaso-moteurs ordinaires produit l'ischémie, celle des nerfs dilatateurs détermine au contraire une hypérémie plus ou moins vive.
La corde du tympan peut être considérée, à l'heure qu'il (2) Liégeois. — Société de Biologie, année 1859, p. 274. — Charcoi, in Mouvement médical, nos 25 et 26, lre série; n° 1, nouv. série, 1872.
(j) Voir la thèse de M. Beuni. — Recherches sur quelques points de la gan- 142 NERFS SÉCRÉTEURS.
est, comme le prototype des nerfs dilatateurs. Mais des nerfs doués de propriétés semblables existent à la face (1), dans le pénis (2), dans l'abdomen (3). Il en existe vraisem- blablement encore sur bien d'autres points du corps.
On est loin d'être fixé relativement au mode d'action de ces nerfs. Voici comment, dans l'hypothèse adoptée par M. Cl. Bernard, il faut expliquer l'afflux du sang artériel, si remarquable, qui se fait dans la glande sous-maxillaire, sous l'influence de la corde du tympan. Suivant l'éminent physiologiste, l'irritation de ce nerf se transmettrait aux petits amas ganglionnaires qui sont distribués en grand nombre sur les extrémités nerveuses intra-glandulaires. Ceux-ci réagiraient à leur tour par une sorte iïinterfê- rence nerveuse (4) sur les filets nerveux du grand sym- pathique, nerf constricteur des vaisseaux, dont ils paraly- seraient l'action. Ainsi, la corde du tympan, et il faudrait, sans doute, en dire autant de tous les autres nerfs dilata- teurs, jouerait, à l'égard des nerfs vaso-moteurs, à peu près le rôle d'un nerf d'arrêt. Par conséquent, vous le voyez, le résultat de l'action des nerfs dilatateurs, ne serait, en définitive, d'après la théorie, que la paralysie vaso-mo- trice. Or, s'il est vrai que la paralysie vaso-motrice, alors même qu'elle est poussée très-loin, comme cela a lieu par exemple dans le cas de la section complète des nerfs vaso- moteurs, n'est pas la cause des troubles trophiques, il ne saurait évidemment en être autrement de cette même paralysie produite sous l'influence de l'excitation des dilata- teurs. Mais, ainsi que vous allez le reconnaître plus loin, Messieurs, le mode d'action des nerfs dilatateurs peut, être envisagé à un point de vue tout différent.
(2) Nerfs érecteurs de Eckhard: Beitrilge mr Anat. und Phjs.,1- IL — Lov«n, Bericht der Sachs. Grès., 1866.
(3) Cl. Bernard, loc. cit.
(4) Cl. Bernard, loc. cit. p. 204.
RECHERCHES DE LUDWIG. 143 Je vous rappellerai les expériences fondamentales de Ludwig relatives à l'influence de certains nerfs sur la sé- crétion de la glande sous-maxillaire (1); malgré les cri- tiques qui ont été laites des conclusions que ce physiolo- giste célèbre a tirées de ses expériences, ces conclusions ne paraissent pas avoir été ébranlées. Je vous demande1 la permission d'entrer à ce propos dans quelques détails: cela est tout à fait nécessaire pour le but que nous nous proposons.
Lorsque Ton irrite le bout périphérique du nerf qui se rend à la glande sous-maxillaire, nerf fourni, on le sait aujourd'hui, par la corde du tympan, on observe les phé- nomènes suivants: il se produit une sécrétion de salive très-abondante; la quantité peut en être si grande que, dans un court espace de temps, le volume de la salive rendue dépasse de beaucoup celui de la glande. Ce premier fait démontre qu'il ne s'agit pas ici, tout simplement, d'un phénomène d'excrétion, d'expulsion de la salive préalable- ment sécrétée.
D'après les vues de Stilling et de Henle, dominantes à l'époque où Ludwig a fait connaître ses premières re- cherches, on pouvait être tenté d'expliquer le phénomène sur lequel j'appelle votre attention, en admettant que le nerf glandulaire arrêté agit sur les veines de la glande et les fait se contracter. L'augmentation de la tension du sang consécutive à la contraction veineuse, serait, dans cette hypothèse, la cause de l'accroissement de la sécré- tion salivaire. Mais Ludwig a montré que la ligature des veines, sans irritation concomitante du nerf glandulaire n'augmente pas la sécrétion de la salive. Cette seconde hy- pothèse doit donc être éliminée, elle aussi.
(l) Ludwig. — Mitth. der Zurich Katurforsch. 1851. — Zcitschr. f. rat. med. n., f., Bd, I, p. 2jj. — Wiener med. Wochen&chr. 1860. X. n° 28, pp. 483. Voir aussi les travaux publiés par Ludwig en collaboration avec Bêcher, Rahn, Gianuzzi.
144 RECHERCHES DE LUDWIG.
, Mais peut-être l'irritation du nerf glandulaire qui a, vous le savez, pour effet d'amener la dilatation des artères, dé- termine-t-elle la sécrétion, par ce seul fait qu'elle exagère momentanément dans la glande l'afflux du sang artériel. Cet argument est invalidé par le résultat d'une expérience de Ludwig, laquelle montre que, pendant l'irritation du nerf, la pression manométrique dans le canal de Wharton est supérieure à la pression du sang dans les conduits ar- tériels. D'ailleurs, l'hypersécrétion salivaire par irritation de la corde du tympan se manifeste encore après la ligature des artères qui se rendent à la glande, sur un animal tué d'hémorrhagie ou même sur une tête détachée du corps. Ajoutons enfin ce fait très-remarquable que la salive et le sang veineux qui sortent de la glande sous-maxillaire, dans le temps où le nerf glandulaire est soumis aux excitations, présentent, comme l'ont montré MM. Ludwig et Spiess (1), une température plus élevée que le sang artériel entrant dans la glande (2).
D'après l'ensemble de ces résultats, il paraît évident que l'influence du système nerveux sur la sécrétion sous- maxillaire ne peut être expliquée par de simples phéno- mènes de dilatation ou de constriction des vaisseaux, et l'on est amené à reconnaître que le nerf glandulaire pos- sède une double propriété puisqu'en outre de son influence sur les vaisseaux dont il détermine la dilatation, il exerce une action immédiate sur les parties de la glande qui ac- complissent le phénomène chimique de la sécrétion, ou, autrement dit, sur les cellules sécrétantes. Cette influence du nerf sur la sécrétion semble être d'ailleurs le fait fonda- mental, car elle se manifeste, en conséquence des excita- tions, alors même que les effets de la dilatation vasculaire (1) Ludwig und Spiess. — BiUungsber. d. v. ak. Math. Cl., 1857. B. d.
(2) Voir à ce propos une leçon de M. Vulpian, publiée dans la Bévue des cours scientifiques. 3e année 1865-1866, p. 741.
THÉORIE DE L'ATTRACTION. 145 concomitante se trouvent annihilés. Comme, d'un autre côté, il ne paraît pas qu'on puisse, expérimentalement, sup- primer isolément l'action sécrétoire, l'action dilatatrice per- sistant seule (1), il est permis de supposer que celle-ci dérive de celle-là, à titre de conséquence plus ou moins directe.
Il y avait donc lieu de rechercher quel peut être le lien qui rattache à l'excitation des éléments sécréteurs détermi- née par l'excitation du nerf, l'hypérémie qui suit cette excitation. Plusieurs physiologistes ont pensé qu'il s'agit ici d'une attraction que les éléments sécréteurs de la glande exerceraient sur le sang; « de sorte qu'à la force connue jusqu'à ce jour comme aidant le retour du sang en circula- tion vers le cœur et que l'on nomme vis à ter go, il faudrait ajouter une nouvelle force rétractive en corrélation avec la nutrition intime des éléments, force que plusieurs auteurs ont appelé vis à fronte (2). » Est-ce là une conception pure- ment théorique, sans appui expérimental, et destinée seu- lement à masquer notre ignorance? Il n'en est rien; car les travaux de H. Weber, Schuler, Lister, etc. (3), ren- ferment de nombreux faits expérimentaux propres à mettre en lumière cette attraction que les tissus peuvent exercer, dans de certaines conditions, sur le sang en circulation. Je citerai deux faits de ce genre pris pour exemples, et dans lesquels le phénomène peut être étudié en dehors de toute intervention du système nerveux. Je les emprunte à une (1) Par des expériences toutes récentes, M. Heidenhain serait arrivé cependant à démontrer que, dans la corde du tympan, des fibres nerveuses différentes sont affectées à la sécrétion et à la circulation de la glande sous- maxillaire. Il aurait vu chez des chiens curarisés, après l'injection dans la veine jugulaire, d'une dose d'atropine capable de paralyser complètement le filet cardiaque du nerf vague, que l'excitation de la corde du tympan ne déterminerait plus la moindre sécrétion. Néanmoins, il y avait une accélé- ration du courant veineux sanguin, laquelle ne différait pas notablement de l'accélération déterminée par l'irritation de la corde, avant l'empoisonnement. [Archives de physiologie, 4 juillet 1872.)
(2) Vulpian. — Revue des cours scientifiques, t. III, p. 744.
146 THÉORIE DE L'ATTRACTION.
le'çon professée au Muséum par M. Vulpian, sur la théorie des sécrétions (1).
Si l'on coupe tous les nerfs d'un membre sur une gre- nouille, et si l'on détermine ensuite une excitation en pla- çant une gouttelette d'acide azotique sur la peau d'une des lames membraneuses interdigitales, il se produit en ce point, au bout d'un certain temps, une congestion plus ou moins vive. Le second fait est péremptoire: l'œuf, au qua- trième jour de l'incubation, présente une vascularisation très-nette de la membrane ombilicale. En ce moment, il ne saurait être question de la moindre influence nerveuse. Si l'on place une gouttelette de nicotine sur un des points de l'aire vasculaire, il se fait autour de ce point une vascula- risation tellement abondante que presque tout le sang vient s'y rendre. A la vérité, cette hypérémie, cette stase par irri- tation des tissus se présente, au premier abord, avec je ne sais quels dehors d'une conception métaphysique. Mais il y a longtemps qu'on a cherché à donner du phénomène une interprétation fondée sur les données physico-chimiques. Ainsi, dès 1844, M. Draper (2) avait rappelé que lorsqu'un tube capillaire contient deux liquides de nature différente, si l'un des liquides a plus d'affinité chimique pour la paroi du tube que l'autre liquide, il s'ensuit un mouvement, lequel s'opère de telle façon que le liquide dont l'affinité chimique est le plus intense pousse l'autre devant lui. Le sang arté- riel ayant plus d'affinité pour les tissus que le sang veineux saturé des produits de désintégration, il doit s'ensuivre que le sang veineux sera repoussé. Il suffirait, dans cette hypo- thèse, pour accroître l'intensité du mouvement, d'activer le processus chimique de la nutrition, et c'est ici que pour- rait intervenir l'action des nerfs. Les phénomènes de stase ont pu être expliqués d'une façon analogue, en faisant appel (2) Draper. — A treatise on the Forces which produce, etc., New- York 1844. — Savory. — Brithh and foreign Review, t. XVI, 1855, p. 19.
IRRITATION DES NERFS GLANDULAIRES. U7 aux lois de l'osmose (stase sanguine par diffusion) (1).
Quoi qu'il en soit, quelle que puisse être l'interprétation du phénomène, l'attraction que les tissus soumis à l'in- fluence de certains agents exercent sur le sang, est, vous le voyez, un fait constaté expérimentalement, en dehors de l'action du système nerveux. Pour appliquer maintenant cette donnée au cas de la glande sous-maxillaire, il suffit de reconnaître que le nerf glandulaire, soumis aux excita- tions, amène dans les cellules sécrétantes une modification de la nutrition intime: c'est en conséquence de ce change- ment qu'aurait lieu la dilatation vasculaire.
L'anatomie semble, du reste, jeter un jour nouveau sur la question en montrant que les terminaisons des nerfs glandulaires pénètrent jusque dans les cellules sécrétan- tes (2). M. Heidenhain a même essayé de démontrer que la glande, dont les nerfs sont soumis à une irritation un peu prolongée, présente une constitution histologique diffé- rente, à quelques égards, de celle qu'offre la glande à l'état de repos. Les cellules anciennes, dites muqueuses, parais- sent, en effet, après l'irritation, remplacées par des cellu- les jeunes, de formation récente (3). Si les vues de M. Hei- denhain venaient à être confirmées, il faudrait attribuer au nerf une influence pour ainsi dire directe sur le dévelop- pement des cellules glandulaires (4).
L'hypothèse qui vient d'être formulée, à propos des nerfs sécréteurs, peut s'étendre suivant toute vraisemblance aux (1) O. Weber, loc. cit.
(3) Heideuhain. — Studiendes phjsiologischen Instituts, 3e Breslau, 1808, etStricker's Handbuch, loc. cit., p. 330.
(4) Suivant M. Ranvier [Traduction de Frey, p. 437) et M. Ewald [Jah- resber., t. I, 1870-1871, p. 55) les résultats obtenus par M. Heidenhain doi- vent être interprétés ainsi qu'il suit: Sous l'influence de l'irritation des nerfs glandulaires, les cellules dites muqueuses perdraient tout simplement leur contenu de mucus et reprendraient l'aspect des cellules glandulaires parié- tales. Il n'y aurait donc pas ici, comme le veut Heidenhain, formation de cellules nouvelles.
148 THÉORIE DES NERFS TROPHIQUES.
autres nerfs, dans lesquels l'expérimentation physiologi- que a révélé la propriété de déterminer la dilatation des vaisseaux sous l'influence des excitations. Ces nerfs agi- raient primitivement sur les éléments intervasculaires et y activeraient le mouvement de composition et de décom- position nutritives. La dilatation vasculaire s'ensuivrait, à titre de phénomène consécutif. A l'appui de cette vue on peut invoquer, ici encore, les enseignements de l'anatomie qui, dans ces derniers temps, serait parvenue à suivre, au moins chez la grenouille, des terminaisons nerveuses jusque dans les nucléoles des corpuscules de la cornée, et les cel- lules conjonctives de la membrane clignotante (1).
Il y a longtemps que M. Brown-Séquard a proposé cette interprétation (2) et M. Schiff semble s'y rattacher lorsqu'il reconnaît que « la dilatation active paraît être étrangère aux tuniques propres des vaisseaux et s'effectuer par l'in- termédiaire des tissus intervasculaires (3). » L'excursion que nous venons de faire dans le domaine physiologique avait pour but de recueillir, chemin faisant, des documents que nous pouvons maintenant mettre à pro- fit. Il s'agit en effet d'arrêter un instant votre attention sur la théorie dite des nerfs trophiques qui, vous le savez, à défaut des autres hypothèses reconnues insuffisantes, a été quelquefois invoquée pour expliquer la production des lé- sions de nutrition développées par une influence du système nerveux. Or, dans cette théorie, telle du moins que l'a formulée M. Samuel, les nerfs supposés seraient pour ainsi dire construits sur le modèle des nerfs sécréteurs en ce (l) Voir Kùhne: in Gaz. hebdom., t IX. n° 15, 1862; — Ligmaun. — Endigung der Ncrven im eigentlichen Geweàe und im Mutèrent Epiihel der Hornhaut des Frosches, in Virckow's Archiv, 38e Bel., p. 118, 18G9; — Eberth, in Archiv. fur Micros. Anat. Bd. III.
THEORIE DE M. SAMUEL. 149 sens que, à l'exemple de ceux-ci, ils exerceraient, dans les conditions normales, une influence directe sur la nutrition des parties où l'on suppose que leurs terminaisons ultimes vont se rendre. Leur rôle physiologique serait non pas d'opérer directement, mais d'activer, dans la profondeur des tissus, les échanges qui constituent l'assimilation et la désassimilation élémentaires, de même que le rôle des nerfs sécréteurs est de mettre en jeu dans les cellules glandulai- res une propriété immanente, tout à fait connexe aux phé- nomènes de la nutrition intime. On ne méconnaît donc nullement l'autonomie des éléments anatomiques dans l'ac- complissement des actes nutritifs; on propose seulement d'envisager les nerfs trophiques, comme formant, par leur ensemble, un appareil de perfectionnement propre aux or- ganismes supérieurs.
Voilà pour le côté physiologique. En ce qui concerne maintenant les applications à l'interprétation des phéno- mènes pathologiques, il est aisé de concevoir qu'un résultat fréquent d'une irritation morbide produite sur des nerfs doués de pareilles propriétés serait de porter le trouble dans la nutrition intime des parties innervées et dy provo- quer, à l'occasion, le développement consécutif d'un pro- cessus inflammatoire. La suppression d'action de ces nerfs n'aurait, au contraire, d'autre effet que d'amoindrir l'inten- sité du mouvement nutritif, et Yatrophie circonscrite est citée comme un exemple des troubles trophiques qui peu- vent survenir de cette façon.
Ce sont là les traits généraux de la théorie; pour ce qui est des détails, il était à prévoir qu'une hypothèse créée par le besoin d'expliquer des phénomènes encore peu con- nus, insuffisamment étudiés à l'époque où elle a été émise, devrait vieillir rapidement. Cela est arrivé en effet; on ne saurait admettre aujourd'hui, par exemple, que les nerfs trophiques ont tous leur origine centrale dans les ganglions spinaux postérieurs ou dans les ganglions analogues des nerfs crâniens; car les cas sont nombreux, ainsi que vous 4 50 THÉORIE DE M. SAMUEL.
l'avez vu, où une lésion siégeant dans les parties centrales de la moelle épinière, ou même dans l'encéphale, provoque l'apparition de troubles trophiques dans les parties périphé- riques. Il faudrait aussi tenir grand compte, à l'avenir, des faits, inconnus dans le temps où le livre de M. Samuel a paru, et qui mettent hors de doute l'influence des lésions des cellules nerveuses antérieures sur le développement des diverses espèces de myopathies.
Je n'ai jamais partagé le dédain avec lequel la théorie qui vient d'être brièvement exposée a été presque univer- sellement accueillie. Il m'a toujous paru que, malgré ses imperfections, elle était digne d'être recommandée à l'atten- tion des médecins parce qu'elle explique mieux, ce me semble, les phénomènes qu'ils sont appelés à observer dans la pratique, que toutes les autres hypothèses invoquées jusque-là. Je suis bien loin de vouloir méconnaître, tou- tefois, la portée des objections qui lui ont été opposées. En premier lieu, l'existence des nerfs trophiques n'est pas, cela est certain, démontrée anatomiquement; il faut recon- naître de plus, que la plupart des expériences instituées sur les animaux, par M. Samuel, dans le but de mettre en lumière l'existence de ces nerfs, n'ont pas été heureuses. Les unes, reprises par d'autres observateurs, n'ont pas re- produit jusqu'ici les résultats annoncés; les autres ont dû être abandonnées comme entachées de nombreuses causes d'erreur (1). Mais tous les arguments dirigés contre la théorie n'ont pas autant de valeur que les précédents. Si l'on voulait condamner, par exemple, l'hypothèse des nerfs trophiques par ce seul fait qu'elle est inutile en physiologie, je ferais remarquer que l'utilité des nerfs sécréteurs n'a été reconnue qu'après coup. On serait nécessairement conduit à reconnaître aussi celle des nerfs trophiques, si l'expérimentation venait quelque jour se prononcer en leur (l) VoirTobias (Virchom's Archiv, Bd. XXIV, p. 379) et 0. Weber, in Centralblatt, 1864. p. 145.
CRITIQUE DE LA THÉORIE. 151 faveur. Il est difficile de croire, d'un autre côté, que le rôle joué par les nerfs sécréteurs soit absolument spécifique et sans autre exemple dans l'organisme. A ces nerfs on pour- rait déjà comparer les nerfs dilatateurs, s'il est vrai qu'ils fonctionnent suivant le mécanisme indiqué tout à l'heure. On devrait en rapprocher encore, d'après les observations récentes de M. Goltz, les nerfs d'absorption, qui, suivant ce physiologiste, agiraient sur les cellules endothéliales des vaisseaux sanguins, de la même façon que les nerfs de sé- crétion agissent sur l'épithélium glandulaire. Nous ne voyons pas, en somme, qu'il existe aucun argument qui ne per- mette de décréter à priori que les nerfs trophiques né viendront pas, un jour prendre place dans ce groupe (1).
Quoi qu'il en soit, avant de s'attacher à une théorie qui ne peut subsister sans mettre en jeu tout un système de nerfs dont l'existence est encore problématique, il faudrait nécessairement s'être assuré, par tous les moyens, qu'il est réellement impossible d'expliquer les phénomènes dont l'interprétation est proposée, en faisant appel aux proprié- tés des différents nerfs déjà connus: car il faut se garder toujours d'enfreindre l'axiome de la logique: Haud multi- plicanda entia absqae necessitate. Or, la théorie vaso-mo- trice étant éliminée, il reste encore, sans doute, beaucoup à faire sous ce rapport.
Il est une vue, entre autres, à laquelle on ne s'est pas arrêté, que je sache, et qui mériterait peut-être d'être prise en considération. Les expériences nombreuses et décisives, faites dans ces derniers temps, sur les réunions bout à bout de nerfs de fonctions différentes, tels par exemple que l'hypoglosse et le lingual (2), ont mis hors de doute que les excitations, produites sur un point quelconque d'une fibre nerveuse sensitive ou motrice, se propagent aussitôt et (1) Goltz in Pflûger's Archiv, t. I, V, p. 53 et Journal of Anatomy and Pkysiology, 2e série, n° de mai 1872, p. 480.
(2) Vulpian. — Physiologie du système nerveux, p. 290.
452 CONCLUSIONS.
452 CONCLUSIONS.
simultanément dans le sens centripète et dans le sens cen- trifuge. D'après cela, il est permis de supposer que les irri- tations pathologiques développées sur un nerf sensitif, soit à son origine centrale, soit sur un point de son trajet, reten- tissant dans la direction centrifuge jusqu'à l'extrémité ter- minale des filets nerveux, c'est-à-dire dans les papilles du derme, ou encore dans l'épaisseur du réseau muqueux (1), pourront, dans certains cas, provoquer là un travail phlegmasique. On comprendrait ainsi, par exemple, le dé- veloppement assez fréquent d'éruptions huileuses ou pem- phigoïdes, du zona, en conséquence de lésions portant sur les faisceaux postérieurs de la moelle ou sur les racines spinales sensitives. Pour ce qui est des nerfs moteurs, je ne vois pas d'argument sérieux qui empêche d'admettre que les irritations pathologiques, portant sur les cellules nerveuses des cornes antérieures, seront transmises quel- quefois jusqu'aux faisceaux musculaires, par la voie des filets nerveux qui transmettent à l'état physiologique les excitations volontaires. Un certain nombre au moins des troubles trophiques consécutifs aux lésions du système nerveux trouveront peut-être dans cette hypothèse leur explication sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à la théorie des nerfs trophiques.
Nous sommes parvenus, Messieurs, au terme de cette discussion pathogénique et, ainsi que je le laissais pressen- tir dès le commencement, la question en litige attend encore une solution. Je ne regretterais pas, néanmoins, les déve- loppements dans lesquels nous sommes entrés, si j'avais réussi, en mettant sous vos yeux les pièces du procès, à vous inspirer le désir de pénétrer plus avant dans une étude qui intéresse à un si haut degré la pathologie du système nerveux tout entière.
(l) Voir Langerhans. — Virchoms Archiv. Bd. 44, et À. Biesadecki. — Stricker's Handbuch, p. 595.
DEUXIÈME PARTIE Paralysie agitante et sclérose en plaques disséminées.
CINQUIÈME LEÇON De la paralysie agitante.
Sommaire. — Du tremblement en général. — Ses variétés. — Tremblement intermittent. — Tremblement continu. Influence du sommeil, du repos et des mouvements volontaires. — Distinction établie par Van Swieten. — Opinion de M. Gubler- — Le tremblement d'après Galien. — Indépen- dance de la paralysie agitante et de la sclérose en plaques. — Recbercbes de Parkinson. — Travaux français: MM. G. Sée, Trousseau, Charcot et Vulpian. — La paralysie agitante prend droit de domicile dans les traités classiques.
Caractères fondamentaux de la paralysie agitante. — C'est une maladie de la seconde période de la vie. — Ses symptômes. — Modifications de la marche. — Tendance à la propulsion et à la rétropulsion. — Début; ses modes: il est lent ou brusque. — Période d'état. — Le tremblement res- pecte la tête et le cou. — Changements dans la parole. — Rigidité des muscles. — Attitude du tronc et des membres. — Déformation des mains et des pieds. Ralentissement dans l'exécution des mouvements. — Perversions de la sensibilité. — Crampes; sentiment général de tension et de fatigue; besoin de déplacement. — Sensation habituelle de chaleur excessive. — Température dans la paralysie agitante. — Influence de la nature des convulsions (statiques ou dynamiques).
Période terminale. — Confinement au lit. Troubles de la nutrition. — Affai- blissement de l'intelligence. — Eschares sacrées. — Maladies terminales: elles diffèrent de celles de la sclérose en plaques. — Durée de la para- lysie agitante.
Résultats nécroscopiques. — Inconstance des lésions dans la paralysie agi- tante: fixité des lésions dans la sclérose en plaques. — Lésions du pont de Varole et de la moelle allongée (Parkinson, Oppolzer). — Physiologie pathologique.
Etiologie. — Causes extérieures: Emotions morales vives; — action du froid humide, longtemps prolongée; — irritation de certains nerfs péri- phériques. — Causes prédisposantes. — L'âge joue un certain rôle: la paralysie agitante se montre plus tard que la sclérose en plaques. — Sexe. — Hérédité. — Influence de la race.
Messieurs.
Ceux d'entre vous qui, ce matin, ont parcouru nos salles, se sont étonnés peut-être d'y trouver réunies, en aussi 4 56 DU TREMBLEMENT EN GÉNÉRAL.
grand nombre, des femmes chez lesquelles le tremblement paraît constituer le symptôme prédominant ou tout au moins le plus saillant de la maladie dont elles sont attein- tes. Cette réunion de malades d'un genre à part, je l'ai provoquée à dessein. Par là, j'ai voulu vous mettre à même de reconnaître, à Faide d'une étude comparative, certaines nuances, ou même des différences tranchées que l'observa- tion des cas isolés ne permet pas de saisir aussi facilement.
Au premier abord, vous avez pu penser qu'un spectacle monotone s'offrait à vos regards. En effet, si l'on se con- tente d'un coup d'œil superficiel, le phénomène tremble- ment chez toutes ces femmes paraît identique ou peu s'en faut; une seule chose frappe, c'est l'intensité et le siège variables que présentent les oscillations rhythmiques des membres. Mais une observation plus recueillie vous a bien- tôt permis de démêler, sous cette uniformité apparente, des traits distinctifs qui, d'abord, vous avaient complète- ment échappé.
Ainsi, pour ne parler que du fait le plus évident, vous avez pu remarquer que, parmi nos malades, les unes ne tremblent que dans le temps même où elles exécutent un mouvement d'ensemble à l'aide de leurs membres, comme dans l'acte de porter un verre à la bouche pour boire, ou encore lorsqu'elles veulent se lever de leur siège pour mar- cher. Dans ce dernier cas, toutes les parties du corps peu- vent être ébranlées par des secousses énergiques rendant difficiles et parfois impossibles la station verticale et la marche. En revanche, quand elles sont au repos et qu'au- cune émotion ne vient les affecter, ces mêmes femmes, qu'elles soient assises ou couchées, offrent l'attitude la plus naturelle; les différentes parties de leur corps ne sont aucunement agitées, et si vous les observiez seulement dans de telles conditions, vous ne soupçonneriez certes pas le mal dont elles sont atteintes.
Au contraire, dans une seconde série de cas, le tremble- ment est continu, permanent; il agite les membres sans VARIÉTÉS DU TREMBLEMENT. Mil