Les Français ont paru faire peu d'attention aux paroles de paix qu'il leur a adressées. Ils n'ont pas loué sa déclaration, ils l'ont criti- quée même, et probablement ils l'ont oubliée; mais un jour ils lui rendront justice: un jour (1) Jerenroie an chapitre X l'article intéressant de Parauislie.
Ï28 CONSIDÉRATIONS la postérité nommera cette pièce comme un modèle de sagesse, de franchise et de style royal.
Le devoir de tout bon Français, en ce mo- ment, est de travailler sans relâche à diriger l'opinion publique en faveur du roi, et de pré- senter tous ses actes quelconques sous un as- pect favorable. C'est ici que les royalistes doi- vent s'examiner avec la dernière sévérité, et ne se faire aucune illusion. Je ne suis pas Français, j'ignore toutes les intrigues, je ne connais per- sonne. Mais je suppose qu'un royaliste français dise: « Je suis prêt à verser mon sang pour le « roi: cependant, sans déroger à la fidélité t que je lui dois, je ne puis m'empêcher de « blâmer, etc. * Je réponds à cet homme ce que sa conscience lui dira sans doute plus haut que moi: Fous mentez au monde et à vous- même; si vous étiez capable de sacrifier votre vie au roi, vous lui sacrifieriez vos préjugés. D'ailleurs, il n'a pas besoin de votre vie, mais bien de votre prudence, de votre zèle mesuré, de votre dévouement passif, de votre indulgence même (pour faire toutes les suppositions ); gar- dez votre vie dont il n'a que faire dans ce mo- ment, et rendez-lui les services dont il a besoin: croyez-vous que les plus héroïques soient ceux qui retentissent dans les gazettes? Les plus obs- curs au contraire peuvent être les plus ejfi- SUR LÀ FRANCE. 1ZÇ) SUR LÀ FRANCE. 1ZÇ) caccs et les plus su1 Urnes. Il ne s'agit point ici des interdis de votre orgueil; contentez votre conscience et celui qw vous Va donnée.
Comme ces fils qu'un enfant romprait en -e jouant, formeront cependant parleur réunion le câble qui doit supporter l'ancre d'un vais- seau de haut bord, une foule de critiques insi- gnifiantes peuvent créer une armée formidable. Combien ne peut-on pas rendre de services au roi de France, en combattant ces préjugés qui s'établissent on ne saiteomment, et qui durent on ne sait pourquoi! Des hommes qui croient avoir l'âge de raison, n'ont-ils pas reproché au roi son inaction? D'autres ne l'ont-ils pas comparé fièrement à Henri IV, en observant que, pour conquérir sa couronne, ce grand prince put bien trouver d'au très armes que des intrigues et des déclarations? Mais, puisqu'on est en train d'avoir de l'esprit, pourquoi ne re- proche-t-on pas au roi de n'avoir pas conquis l'AllemagneetritaliecommeCharlemagne,pour y vivre noblement, en attendant que les Fran- çais veuillent bien entendre raison?
Quant au parti plus ou moins nombreux qui j^lte les hauts cris contre la monarchie et le mo- narque, tout n'est pas haine, à beaucoup près, dans le sentiment qui l'anime, et il semble que ce sentiment composé vaut la peine d'être analysé, l3o CONSIDERATIONS l3o CONSIDERATIONS Il n'y a pas d'homme d1esprit en France ^ui ne se méprise plus ou moins. L'ignominie na- tionale pèse sur tous les cœurs (car jamais peu- ple ne fut méprisé par des maîtres plus méprisa- bles); on a donc besoin de se consoler, et les bons citoyens le font à leur manière. Mais l'homme vil et corrompu, étranger à toutes les idées élevées, se venge de son abjection passée et présente, en contemplant avec cette volupté ineffable qui n^est connue que de la bassesse, le spectacle de la grandeur humiliée. Pour se relèvera ses propres yeux,, il les tourne sur le roi de France, et il est content de sa taille en se comparant à ce colosse renversé. Insensi- blement, par un tour de force de son imagina- tion déréglée, il parvient à regarder cette grande chute comme son ouvrage; il s'investit à lui seul de toute la puissance de la république; il apostrophe le roi; il l'appelle fièrement un pré- tendu Louis XVIII; et décochant sur la mo- narchie ses feuilles furibondes, s'il parvient à faire peur à quelques chouans, il s'élève comme un des héros de la Fontaine: Je suis donc un foudre de guerre.
Il faut aussi tenir compte de la peur qui hurle contre le roi, de peur que son retour ne fasse tirer un coup de fusil de plus.
Peuple français, ne le laisse point séduire par les sophismes de l'intérêt particulier, de la SUR LA *V..VXCE. l3« vanité ou de la poltronnerie. N'écoute pas les raisonneurs: on ne raisonne que trop en France, et le raisonnement en bannit la raison. Livre- toi sans crainte et sans réserve à l'instinct in- faillible de ta conscience. Veux-tu te relever à tes propres yeux? veux-tu acquérir le droit de t 'estimer? veux-tu faire un acte de souverain?...Rappelle ton souverain.
Parfaitement étranger à la France, que je n'ai jamais vue, et ne pouvant rien attendre de son roi, que je ne connaîtrai jamais, si j'avance des erreurs, les Français peuvent au moins les lire sans colère, comme des erreurs entièrement désintéressées.
Mais que sommes-nous, faibles et aveugles humains! et qu'est-ce que celte lumière trem- blotante que nous appelons Raison? Quand nous avons réuni toutes les probabilités, inter- rogé l'histoire, discuté tous les doutes et tous les intérêts, nous pouvons encore n'embrasser qu'une nue trompeuse au lieu delà vérité. Quel décret a-t-il prononcé ce grand Etre devant qui il n'y a rien de grand; quels décrets a-t-il pro- noncés sur le roi, sur sa dynastie, sur sa fa- mille, sur la France et sur l'Europe? Où et quand finira l'ébranlement, et par combien de malheurs devons-nous encore acheter la tran- quillité? Est-ce pour détruire qu'il a renversé, ou bien ses rigueurs sont-elles sans retour?
l32 CONSIDERATIONS l32 CONSIDERATIONS Hélas! un nuage sombre couvre l'avenir, et nul œil ne peut percer ces ténèbres. Cependant, tout annonce que l'ordre de choses établi en France ne peut durer, et que l'invincible na- ture doit ramener la monarchie. Soit donc que nos vœux s'accomplissent, soit que l'inexora- ble Providence en ait décidé autrement, il est curieux et même utile de rechercher, en ne perdant jamais de vue l'histoire et la nature de l'homme, comment s'opèrent ces grands changements, et quel rôle pourra jouer la mul- titude dans un événement dont la date seule parait douteuse.
SUR LA FRA.SCE.
CHAPITRE IX.
Comment ie fera la contre-rérolutioo, ti ell« arme?
En formant des hypothèses sur la contre- révolution, on commet trop souvent la faute de raisonner comme si cette contre-révolution de- vait être et ne pouvait être que le résultat d'une délibération populaire. Le peuple craint, dit- on; le peuple veut, le peuple ne consentira ja- mais; il ne convient pas au peupTe, etc. Quelle pitié! le peuple n'est pour rien dans les révolu- tions, ou du moins il n'y entre que comme in- strument passif. Quatre ou cinq personnes, peut-être, donneront un roi à la France. Des lettres de Paris annonceront aux provinces que la France a un roi, et les provinces crieront: Vive le roi! A Paris même, tous les habitants, moins une vingtaine, peut-être, apprendront, en s'éveillant, qu'ils ont un roi. Est-il possible, s'écrieront-ils, voilà qui est dune singularité rare! Qui sait par quelle porte il entrera? V serait bon, peut-être^ de louer des fenéircs 1 34 CONSIDÉRATIONS d 'avance, car on s' étouffera. Le peuple, si m monarch'e se rétablit, n'en décrétera pas plus le rétablissement qu'il n'en décréta la destruc- tion ou l'établissement du gouvernement ré- volutionnaire.
Je supplie qu'on veuille bien appuyer sur ces réflexions, et je les recommande surtout à ceux qui croient la révolution impossible, parce qu'il y a trop de Français attachés à la républi- que, et qu'un changement ferait souffrir trop de monde. SciUcet is super/s labor est! On peut certainement disputer la majorité à la répu- blique; mais qu'elle l'ait ou qu'elle ne l'ait pas, c'est ce qui n'importe point du tout: l'enthou- siasme et le fanatisme ne sont point des états durables. Ce degré d'éréthisme fatigue bientôt la nature humaine; en sorte qu'à supposer même qu'un peuple, et surtout le peuple fian- çais, puisse vouloir une chose longtemps, il est sûr au moins qu'il ne saurait la vouloir avec passion. Au contraire, Hacesi de fièvre l'ayant lassé, l'abattement, l'apathie, l'indifférence, succèdent toujours aux grands effor's de l'en- thousiasme. C'est le cas où se trouve la Fiance, qui ne désire plus rien avec passion, excepté le repos. Quand on supposerait donc que la répu- blique a la majorité en France (ce qui est in- dubitablement faux), qu'importe? Lorsque le roi se présentera, sûrement on ne comptera pas SUR LA FBAUCE. 1 35 SUR LA FBAUCE. 1 35 les voix, et personne ne remuera; d'abord par la raison que celui même qui préfère la répu- blique à la monarchie, préfère cependant le repos à la république; et encore parce que les volontés contraires à la royauté ne pourront se réunir.
En politique, comme en mécanique, les théories trompent, si l'on ne prend en consi- dération les différentes qualités des matériaux qui forment les machines» Au premier coup d'oeil, par exemple, cette proposition parait vraie: Le consentement préalable des Frwmais est nécessaire au rétablissement ce la monar- chie. Cependant rien n'est plus faux. Sortons des théories, et représentons-nous des faits.
Un courrier arrivé à Bordeaux, à Nantes, à Lyon, etc., apporte la nouvelle que le roi est reconnu à Paris} qu'une faction quelconque (qu'on nomme ou qu'on ne nomme pas ) s\st emparée de F autorité, et a déclaré quelle ne la possède quau nom du roi: qu'on a dépêché un courrier au souverain, qui est attendu inces* samment, et que de toutes / ar s on arb re la cocarde blanche, La renommée s'empare de ces nouvelles, et les charge de mille circonstances imposantes. Que fera-t-on? pour donner plus beau jeu à la république, je lui accorde la ma« jerité, et même un corps de troupes républi- caines. Ces troupes prendront, peut-être, dans 1 36 CONSIDÉRATIONS 1 36 CONSIDÉRATIONS le premier moment, une attitude mutine; mais ce jour-là même elles voudront dîner, et com- menceront à se détacher delà puissance qui ne paye plus. Chaque officier qui ne jouit d'aucune considération, et qui le sent très-bien, quoi qu'on en dise, voit tout aussi clairement, que le premier qui criera: Vive le roi, sera un grand personnage: l'amour-propre lui dessine, d'un crayon séduisant, l'image d'un général des ar- mées de Sa Majesté très-chrétichiie, brillant des signes honorifiques, et regardant du haut de sa grandeur ces hommes qui le mandaient naguère à la barre de la municipalité. Ces idées sont si simples, si naturelles, qu'elles ne peu- vent échapper à personne: chaque officier le sent; d'où il suit qu'ils sont tons suspects les uns pour les autres, La crainte et la défiance produisent la délibération et la froideur. Le soldat, qui n'est pas éleclrisé par son officier, est encore plus découragé: le lien de la disci- pline reçoit ce coup inexplicable, ce coup ma- gique qui le relâche subitement. L'un tourne les yeux vers le payeur royal qui s'avance: l'au- tre profile de l'instant pour rejoindre sa fa- mille: on ne sait ni commander ni obéir; il n'y a plus d'ensemble.
C'est bien autre chose parmi les citadins: on va, on vient, on se heurte, on s'interroge: chacun redoute celui dont il aurait besoin; le SUR LA FRANCE. I 3"j doute consume les heures, et les minutes sont décisives: partout l'audace rencontre la pru- dence; le vieillard manque de détermination, et le jeune homme de conseil: d'un côté sont des périls terribles, de l'autre une amnistie certaine et des grâces probables. Où sont d'ail- leurs les moyens de résister? où sont les chefs? à qui se fier? Il n'y a pas de danger dans le repos, et le moindre mouvement peut être une faute irrémissible: il faut donc attendre. On attend; mais le lendemain on reçoit l'avis qu'une telle ville de guerre a ouvert ses portes; raison de plus pour ne rien précipiter. Bientôt on ap- prend que la nouvelle était fausse; mais deux autres villes, qui l'ont crue vraie, ont donné 1 exemple, en croyant le recevoir, elles vien3 nent de se soumettre, et déterminent la pre- mière, qui n'y songeait pas. Le gouverneur de cette place a présenté au roi les clefs de sa bonne ville de C'est le premier officier qui a eu l'honneur de le recevoir dans une citadelle de son royaume. Le roi l'a créé, sur la porte, ma- réchal de France; un brevet immortel a couvert son écusson dejleurs de lis sans nombre; son nom est à jamais le plus beau de la France. A chaque minute, le mouvement royaliste se ren- force; bientôt il devient irrésistible. Vive le roi! s'écrient l'amour et la fidélité, au comble de la joie: Vive le roi! répond l'hypocrite rél33 CONSIDÉRATIONS publicain, au comble de la terreur. Qu'im- porle? il n'y a qu'un cri. — Et le roi est sacré.
Citoyens! voilà comment se font les contre- révolutions. Dieu, s'étant réservé la formation des souverainetés, nous en avertit en ne con- fiant jamais à la multitude le choix de ses maî- tres. Il ne l'emploie, dans ces grands mouve- ments qui décident le sort des empires, que comme un instrument passif. Jamais elle n'ob- tient ce qu'elle veut: toujours elle accepte, ja- mais elle ne choisit. On peut même remarquer une affechit'on de la Providence(qu'on me per- mette cette expression), c'est que les efforts du peuple, pour atteindre un objet, sont précisé- ment le moyen qu'elle emploie pour l'en éloi- gner. Ainsi, le peuple romain se donna des maîtres en croyant combattre l'aristocratie à la suite de César. C'est l'image de toutes les insur- rections populaires. Dans la révolution fran- çaise, le peuple a constamment été enchaîné^ outragé, ruiné, mutilé par toutes les factions; et les factions, à leur tour, jouet les unes des autres, ont constamment dérivé, malgré tous leurs efforts, pour se briser enfin sur l'écueil qui les attendait.
Que si l'on veut savoir le résultat probable de la révolution française, il suffit d'examiner en quoi toutes les factions se sont réunies: toutes ont voulu l'avilissement, la destruction même SUR LA FRANCE. I 3ç) du christianisme universel et de la monarchie; doit il suit que tous leurs efforts n'aboutiront qu'à l'exaltation du christianisme et de la mo- narchie.
Tous les hommes qui ont écrit ou médité l'histoire, ontadmiré cette force secrète qui se joue des conseils humains. Il était des nôtres ce grand capitaine de l'antiquité, qui l'honorait comme une puissance intelligente et libre, et qui n'entreprenait rien sans se recommandera elle(i).
Mais c'est surtout dans l'établissement et le renversement des souverainetés que l'action de la Providence brille de la manière la plus frap- pante. INon-seulement les peuples en masse n'entrent dans ces grands mouvements que comme le bois et les cordages employés par un machiniste; mais leurs chefs même ne sont tels que pour les yeux étrangers: dans le fait, ils sont dominés comme ils dominent le peuple. Ces hommes, qui, pris ensemble, semblent les tyrans delà multitude, sont eux-mêmes tyran- nisés par deux ou trois hommes, qui le sont par un seul. Et si cet individu unique pouvait et voulait dire son secret, on verrait qu'il ne (1) Xihil rerum humanarum sine Dcorum mrmine geri put abat Thno- leon; itaque suce domi sacellum Àvro/txrîx; constituerai, idqve snnc- tissimè cohbal. Corn. Nep. Vit. Timol. cap. IV.
I_;0 CONSIDERATIONS sait pas lui-même comment il a saisi le pou- voir: que son influence est un plus grand mys- tère pour lui que pour les autres, et que des circonstances, qu'il n'a pu ni prévoir ni ame* ner, ont tout fait pour lui et sans lui.
Qui eût dit au fier Henri V qu'une servante de cabaret lui arracherait le sceptre de la France? Les explications niaises qu'on a don- nées de ce grand événement ne le dépouillent point de son merveilleux; et quoiqu'il ait été déshonoré deux fois, d'abord par l'absence et ensuite par la prostitution du talent, il n'est pas moins demeuré le seul sujet de l'histoire de France véritablement digne de la muse épique.
Croit-on que le bras, qui se servit jadis d'un si faible instrument, soit raccourci; et que le suprême ordonnateur des empires prenne l'avis des Français pour leur donner un roi? Non: il choisira encore, comme il l'a toujours fait, ce quily a de plus faible pour coi fondre ce qu'il y a de plus fort. Il n'a pas besoin des légions étrangères, il n'a pas besoin de la coalition; et comme il a maintenu l'intégrité de la France, malgré les conseils et la force de tant de princes, gui sont devant ses yeux comme s* ils riétaient pvs, quand le moment sera venu, il rétablira la monarchie française malgré ses ennemis; il chassera ces insectes bruyants puheris exigui jactu: le roi viendra, verra et vaincra.
SUR LA FRANCE. 1^1 Alors on s'étonnera de la profonde nullité de ces hommes qui paraissaient si puissants. Au- jourd'hui, il appartient aux sages de prévenir ce jugement, et d'être sûrs, avant que l'expérience l'ait prouvé, que les dominateurs de la France ne possèdent qu'un pouvoir factice et passager, dont l'excès même prouve le néant; qu'ils ri ont (té ni plantés, ni semés; que leur tronc na point jelé de racines dans la terre, et qu'un souf. fie les emportera comme la paille (i).
C'est donc bien en vain que tant d'écrivains insistent sur les inconvénients du rétablisse- ment delà monarchie; c'est en vain qu'ils ef- fraient les Français sur les suites d'une contre- révolution; et lorsqu'ils concluent, de ces in- convénients, que les Français, qui les redou- tent, ne souffriront jamais le rétablissement de la monarchie, ils concluent très-mal; car les Français ne délibéreront point, et c'est peut- être de la main d'une femmelette qu'ils rece- vront un roi.
Nulle nation ne peut se donner un gouver- nement: seulement, lorsque tel ou tel droit existe dans sa constitution (2), et que ce droit est méconnu ou comprimé, quelques hommes, (l)Isaîe, XL, 24.
(2) J'entends sa constitution HJvrtttt; car sa constitution ecriit u'»> que du papier.
aidés de quelques circonstances, peuvent écar- ter les obstacles et faire reconnaître les droits du peuple: le pouvoir humain ne s'étend pas au delà.
Au reste, quoique la Providence ne s'embar- rasse nullement de ce qu'il en doit coûter aux Français pour avoir un roi, il n'est pas moins très-important d'observer qu'il y a certaine- ment erreur ou mauvaise foi de la part des écrivains qui font peur aux Français des maux qu'entraînerait le rétablissement de la monar- chie.
sur. LA SMJfCE. i4-> CHAPITRE X.
Des prétendus dangers d'une contre-révolution.
C'est un sophisme très-ordinaire à cette épo- que, d'insister sur les dangers d'une contre- révolution, pour établir qu'il ne faut pas en re- venir à la monarchie.
Un grand nombre d'ouvrages destinés à per- suader aux Français de s'en tenir à la républi- que, ne sont qu'un développement de cette idée. Les auteurs de ces ouvrages appuient sur les maux inséparables des révolutipns: puis, observant que la monarchie ne peut se réta- blir en France sans une nouvelle révolution, ils en concluent qu'il faut maintenir la répu- blique.
Ce prodigieux sophisme, soit qu'il tire sa 1^4 CONSIDÉRATIONS source de la peur ou de l'envie de tromper, mérite d'être soigneusement discuté.
Les mots engendrent presque toutes les er- reurs. On s'est accoutumé à donner le nom de con ire-résolution au mouvement quelconque qui doit tuer la révolution; et parce que ce mouvement sera contraire à l'autre, il faudrait conclure tout le contraire.
Se persuaderait-on, par hasard, que le re- tour de la maladie à la santé est aussi pénible que le passage de la santé à la maladie? et que la monarchie, renversée par des monstres, doit être rétablie par leurs semblables? Àh! que ceux qui emploient ce sophisme lui rendent bien justice dans le fond de leur cœur! lissa- vent assez que les amis de la religion et de la monarchie ne sont capables d'aucun des excès dont leurs ennemis se sont souillés; ils savent assez qu'en mettant tout au pis, et en tenant compte de toutes les faiblesses de l'humanité, le parti opprimé renferme mille fois plus de vertus que celui des oppresseurs! Ils savent as? sez que le premier ne sait ni se défendre ni se venger: souvent même ils se sont moqués de lui assez haut sur ce sujet.
Pour faire la révolution française, il a fallu renverser la religion, outrager la morale, violer toutes les propriétés, et commettre tous les crimes: pour cette œuvre diabolique, il a fallu SUR LA FRANCE. lï\5 employer un tel nombre d'hommes vicieux, que jamais peut-être autant de vices n'ont agi ensemble pour opérer un mal quelconque. Au contraire, pour rétablir l'ordre, le roi convo- quera toutes les vertus: il le voudra, sans doute; mais, par la nature même des choses, il v sera forcé. Son intérêt le plus pressant sera d'allier la justice à la miséricorde; les hommes estimables viendront d'eux-mêmes se placer aux postes où ils peuvent être utiles; et la reli- gion, prêtant son sceptre à la politique, lui donnera les forces qu'elle ne peut tenir que de celle sœur auguste.
Je ne doute pas qu'une foule d'hommes ne demandent qu'on leur montre le fondement de ces magnifiques espérances; mais croit - on donc que le monde politique marche au hasard, et qu'il ne soit pas organisé, dirigé, animé par- celle même sagesse qui brille dans le monde physique? Les mains coupables qui renversent un état opèrent nécessairement des déchire- ments douloureux; car nul agent libre ne peut contrarier les plans du Créateur, sans attirer, dans la sphère de son activité, des maux pro- portionnés à la grandeur de l'attentat; et celle loi appartient plus a la bonté du grand Etre qu'a sa justice.
Mais, lorsque l'homme travaille pour rétablir l'ordre, il s'associe avec l'auteur de l'ordre, il 7 ïfà CONSIDÉRATIONS est favorisé par la nature, c'est-à-dire, par l'en- semble des choses secondes, qui sont les mi- nistres de la Divinité. Son action a quelque chose de divin; elle est tout à la fois douce et impérieuse; elle ne force rien, et rien ne lui ré- siste: en disposant, elle rassainit: à mesure qu'elle opère, on voit cesser cette inquiétude, cette agitation pénible, qui est l'effet et le signe du désordre: comme, sous la main du chirur- gien habile, le corps animal luxé est averti du replacement par la cessation de la douleur.
Français, c'est au bruit des chants infernaux, des blasphèmes de l'athéisme, des cris de mort et de longs gémissements de l'innocence égor- gée, c'est à la lueur des incendies, sur les dé- bris du trône et des autels, arrosés par le sang du meilleur des rois et par celui d'une foule innombrable d'autres victimes j c'est au mépris des mœurs et de la foi publique, c'est au milieu de tous les forfaits, que vos séducteurs et vos tyrans ont fondé ce qu'ils appellent votre li- berlé.
C'est au nom du Dieu très-grand et très- son, à la suite des hommes qu'il aime et qu'il inspire, et sous l'influence de son pouvoir créa- teur, que vous reviendrez à votre ancienne constitution, et qu'im roi vous donnera la seule chose que vous deviez désirer sagement, la liberté par le monarque* SFR LA FRANCE. 1^7 SFR LA FRANCE. 1^7 Par quel déplorable aveuglement vous ob- stinez-vous à luller péniblement contre cette puissance qui annule tous vos efforts pour vous avertir de sa présence? Vous n'êtes impuissants que parce que vous avez osé vous séparer d'elle, et même la contrarier: du moment où vous agirez de concert avec elle, vous participerez en quelque manière à sa nature; tous les obsta- cles s'aplaniront devant vous, et vous rirez des craintes puériles qui vous agitent aujourd'hui. Toutes les pièces de la machine politique ayant une tendance naturelle vers la place qui leur est assignée, cette tendance, qui est divine, favorisera tous les efforts du roi; et l'ordre étant l'élément naturel de l'homme, vous y trouverez le bonheur que vous cherchez vaine- ment dans le désordre. La révolution vous a fait souffrir, parce qu'elle fut l'ouvrage de tous les vices, et que les vices sont très-justement les bourreaux de l'homme. Par la raison con- traire, le retour à la monarchie, loin de pro- duire les maux que vous craignez pour l'avenir, fera cesser ceux qui vous consument aujour- d'hui; tous vos efforts seront positifs; vous ne détruirez que la destruction.
Détrompez-vous une fois de ces doctrines désolantes, qui ont déshonoré notre siècle et perdu la France. Déjà vous avezappris à connaî- tre les prédicateurs de ces dogmes funestes; niais l'impression qu'ils ont faite sur vous n'est pas effacée. Dans tous vos plans de création ci de restauration, vous n'oubliez que Dieu;ils vjus ont séparés de lui: ce n'est plus que par un effort de raisonnement que vous élevez vos pensées jusqu'à la source intarissable de tout existence. Vous ne voulez voir que l'homme; son action si faible, si dépendante, si circon- scrite; sa volonté si corrompue, si flottante: et l'existence d'une cause supérieure n'est pour vous qu'une théorie. Cependant elle vous presse, elle vous environne: vous la touchez, et l'uni- vers entier l'annonce. Quand on vous dit que sans elle vous ne serez forts que pour détruire, ce n'est point une vaine théorie qu'on vous débite, c'est une vérité-pratique fondée sur l'expe'rience de tous les siècles, et sur la connaissance de la nature humaine. Ouvrez l'histoire, vous ne verrez pas une création politique; que dis-je! vous ne verrez pas une institution quelconque, pour peu qu'elle ait de force et de durée, qui ne repose sur une idée divine; de quelque na- ture qu'elle soit, n'importe: car il n'est point de systèmereîigieux entièrement faux. Ne nous parlez donc plus des difficultés et des malheurs qui vous alarment sur les suites de ce que vous appelez contre-révolution. Tous les malheurs ijiie vous avez éprouvés viennent de vous; uourquoi n'auriez-vous pas été blessés par le?
SFR LA FRANCE. l$() ruines de l'édifice que vous avez renversé sur vous-mêmes? La reconstruction est un autre ordre de choses; rentrez seulement dans la voie qui peut vous y conduire. Ce n'est pas par le chemin du néant que vous arriverez à la création.