1. Ouo quidem cognito, non erit difficile intellectu, an et quomodo doctori- bus Ecclesise permissa sint conjugia. Scilicet, mea quidem sententia, non per- missa unqdam, prasterquam si nécessitas obvenerit, eaque magna; uti sicut ii (sic) qui ad hoc munus prasstosunt ab usu matrimonii temperare sibi neqneami afque hoc expetant, meliores vero diynioresque desint: ideoque Ecclesia taies INTEMPERANTES, postquum uxoves duxeriut, casu potins non delectu, sacro ordini adsciscat. (Met., arcti. Twer. Liber historicus, etc., Prol., c. I, p. 6.) Il faut bien observer que l'arclievêque parle toujours au présent, et qu'il a visible- ment en vue les usages de son Eglise telle qu'il la voyait de son tempg. Cet oracle grec paraîtra sans doute? no>.Jt5v àr.taî^ioî ii.l\Zv.
17 290 DU PAPE.
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de mort, en lui disant, au milieu des exhortations les plus pathétiques et des plus tendres adieux Par- tez...; cette puissance surnaturelle ne se trouve pas hors de l'unité. J'ai longtemps étudié le christianisme hors de cette enceinte divine. Là, le sacerdoce est im- puissant et tremble devant ceux qu'il devrait faire trembler. A celui qui vient lui dire: J'ai volé, il ne sait pas dire: Restituez, L'homme le plus abominable ne lui doit aucune promesse. Le prêtre est employé comme une machine. On dirait que ses paroles sont une espèce d'opération mécanique qui efface les péchés, comme le savon fait disparaître les souillures matérielles: c'est encore une chose qu'il faut avoir vue pour s'en former une idée juste. L'état moral de l'homme qui invoque le ministère du prêtre est si indifférent dans ces contrées, il y est si peu pris en considération, qu'il est très ordinaire de s'entendre demander en conversation: Az;ez-?;ous {ait vos pâques? C'est une question comme une autre, à laquelle on répond oui ou non, comme s'il sagissait d'une pro- menade ou d'une visite qui ne dépend que de celui qui la fait.
Les femmes, dans leurs rapports avec ce sacer- doce, sont un objet tout à fait digne d'exercer un œil observateur.
L'anathème est inévitable. Tout prêtre marié tom- bera toujours au-dessous de son caractère. La supé- riorité incontestable du clergé catholique tient unique- ment à la loi du célibat.
Les doctes auteurs de la Bibliothèque Britannique se sont permis sur ce point une assertion étonnante, qui mérite d'être citée et examinée: « Si les ministres du culte catholique, disent-ils, « avaient eu plus généralement l'esprit de leur état, « dans le vrai sens du mot, les attaques contre la reli- « gion n'auraient pas été aussi fructueuses...Heureu- « sèment pour la cause de la religion, des mœurs et « du bonheur d'une population nombreuse, le clergé LIVHE m, CHAPITRE III. 291 (( anglais, soit anglican, soit presbytérien, est tout (( autrement respectable, et il ne fournit aux ennemis « du culte ni les mêmes raisons ni les mêmes pré- Il faudrait parcourir mille volumes peut-être pour rencontrer quelque chose d'aussi téméraire; et c'est -une nouvelle preuve de l'empire terrible des préjugés sur les meilleurs esprits et sur les hommes les plus estimables.
En premier lieu, je ne sais sur quoi porte la compa- raison: pour qu'elle eût une base, il faudrait qu'on pût opposer sacerdoce à sacerdoce; or, il n'y a plus de sacerdoce dans les Églises protestantes; le prêtre a disparu avec le sacrilice; et c'est une chose bien remar- quable que, partout où la réforme s'établit, la langue, interprète toujours infaillible de la conscience, abolit sur-le-champ le mot de prêtre, au point que, déjà du temps de Bacon, ce mot était pris pour une espèce d'injure (2). Lors donc qu'on parle du clergé d'Angle- terre, d'Ecosse, etc., on ne s'exprime point exacte- ment; car il n'y a plus de clergé là où il n'y a plus de clercs, pas plus que d'état militaire sans militaires. C'est donc tout comme si l'on avait comparé, par exemple, les curés de France ou d'Italie aux avocats ou aux médecins d'Angleterre et d'Ecosse.
Mais en donnant à ce mot de clergé toute la latitude possible, et l'entendant de tout corps de ministres d'un culte chrétien, l'immense supériorité du clergé catho- lique, en mérite comme en considération, est aussi évidente que la lumière du soleil.
On peut même observer que ces deux genres de su- périorité se confondent; car, pour un corps tel que le i. Biblioth. Britan., sur VEnquirer de M. Godwin. Mars 1708, n» 53, p. 282.
2. i< Je pense qu'on ne devrait point continuer de se servir d mot de prêtre, <i particulièrement dans les cas où les personnes s'en trouvent ofi'ensées. » (Bacon, Œuvres, t. IV, p. 472. — Christianisme de Bacon, t. II, p. 2.) On a suivi le conseil de Bacon. Dans la langue et dans la conversation anglaise, le molpriest ne se trouve que dans priestcraff.
clergé catholique, une grande considération est insé- parable d'un grand mérite, et c'est une chose bien remarquable que cette considération l'accompagne même chez les nations séparées; car c'est la conscience qui l'accorde, et la conscience est un juge incor- ruptible.
Les critiques mêmes qu'on adresse aux prêtres catholiques prouvent leur supériorité. Voltaire l'a fort bien dit: « La vie séculière a toujours été plus vicieuse « que celle des prêtres, mais les désordres de ceux-ci « ont toujours été plus remarquables par leur con- « traste avec la règle (1). » On ne leur pardonne rien, farce qu'on en attend tout.
La même règle a lieu depuis le Souverain Pontife jusqu'au sacristain. Tout membre du clergé catholique est continuellement confronté à son caractère idéal, et par conséquent jugé sans miséricorde. Ses peccadilles mêmes sont des forfaits; tandis que de l'autre côté les crimes mêmes ne sont que des peccadilles, précisé- ment comme parmi les gens du monde. Qu'est-ce qu'un ministre du culte qui se nomme rélormé? c'est un homme habillé de noir, qui monte tous les dimanches en chaire pour y tenir des propos honnêtes. A ce mé- tier, tout honnête homme peut réussir, et il n'exclut aucune faiblesse de Vhonnête homme. J'ai examiné de très près cette classe d'hommes; j'ai surtout interrogé sur ces ministres évangéliques l'opinion qui les envi- ronne, et cette opinion même s'accorde avec la nôtre, pour ne leur accorder aucune supériorité de caractère.
Ce qu'ils peuvent u'est rieu; ils sont ce que nous sommes, Véritablement hommes, Et vivent comme nous.
On ne leur demande que la probité. Mais qu'est-ce donc que celte vertu humaine pour ce redoutable ministère qui exige la probité divinisée^ c'est-à-dire la 1. Voltaire, Essai sur les mœurs, etc., t. III, ch. cxii.
LIVRE III, CHAPITRE III. 293 sainteté? Je pourrais m'autoriser d'exemples fameux et d'anecdoles piquantes; mais c'est encore un point sur lequel j'aime à passer comme sur des charbons ardents. Un grand fait me suffit, parce qu'il est public et ne souffre pas de réplique; c'est la chute univer- selle du ministère évangélique protestant dans l'opi- nion publique. Le mal est ancien et remonte, aux pre- miers temps de la réforme. Le célèbre Lesdiguières, qui résida longtemps sur les frontières du duché de Savoie, estimait beaucoup et voyait souvent saint François de Sales, alors évêque de Genève. Les minis- tres protestants, choqués d'une telle liaison, résolu- rent d'adresser une admonestation dans les formes au noble guerrier, alors encore chef de leur parti. Si l'on veut savoir ce qu'il en advint et ce qu'il fut dit à cette occasion, on peut lire toute l'histoire dans un de nos livres ascétiques assez répandu (1). Pour moi, je ne copie point.
On cite l'Angleterre; mais c'est en Angleterre sur- tout que la dégradation du ministère évangélique est le plus sensible. Les biens du clergé sont à peu près devenus le patrimoine des cadets de bonnes maisons, qui s'amusent dans le monde comme des gens du monde, laissant du reste A des chantres gagés le soin de louer Dieu.
Le banc des évêques, dans la chambre des pairs, est une espèce de hors-d'œuvre qu'on pourrait enlever sans produire le moindre vide. A peine les prélats osent-ils prendre la parole, même dans les affaires de religion. Le clergé du second ordre est exclu de la représentation nationale; et pour l'en tenir à jamais éloigné, on se sert d'une subtilité historique qu'un souffle de la législature aurait écarté depuis long- temps, si l'opinion ne les repoussait pas, ce qui est 1. Esprit de saint François de Sales, recueilli des écrits de M. Le Camus, évêque de Belley, in-8, part. III, ch. xxiii.
visible. Non seulement l'ordre a baissé dans l'estime publique, mais lui-même se défie de lui-même. Sou- Aont on a vu l'ecclésiastique anglais, embarrassé de son état, effacer dans les écrits publics la lettre (1) fatale qui précède son nom et constate son caractère; souvent encore on l'a vu, masqué sous un habit laïque, qu-elquefois même sous un habit militaii^e, amuser les salons étrangers avec sa burlesque épée.
A l'époque où l'on agita en Angleterre, avec tant de fracas et de solennité, la question de V émancipation des catholiques (en 1805), on parla des ecclésiastiques, dans le parlement, avec tant d'aigreur, avec tant de dureté, avec une défiance si prononcée, que les étran- gers en furent sans comparaison plus surpris que les auditeurs (2).
Il faut dire aussi qu'il y a, dans le caractère même de cette milice évangéligue, quelque chose qui défend la confiance et qui appelle la défaveur. Il n'y a point d'autorité, il n'y a point de règle, ni par conséquent de croyance commune dans leurs Eglises. Eux-mêmes avouent, avec une candeur parfaite, « que l'ecclésias- « tique protestant n'est obligé de souscrire une con- « fession de foi quelconque, que pour le repos et la « tranquillité publique, sans autre but que celui de « maintenir, entre les membres d'une même commu- « nion, l'union extérieure; mais que, du reste, « aucune de ces confessions ne saurait être regardée « comme une règle de foi proprement dite. Les pro- « testants n'en connaissent pas d'autre que l'Écriture Lors donc qu'un de ces prédicateurs prend la i. R. Initiale de Méuérend.
2. Un membre de la Chambre des communes observa cependant qu'il y avait quelque cliose detrange dans cette espèce de décliaînement général contre l'ordre ecclésiastique. Si je ne me trompe, ce membre était ]\1. Stephens; mais comme je ne pris pas de note écrite sur ce point, je n'affirme rien, excepté que la re- marque fut faite.
3. Considérations sur les études nécessaires à ceux qui aspirent au saint rnùiistère, par Cl. Ces. Chavanne, min. du S. Ev. et prof, en théol. à l'acad. de Lausanne. Yverdun, 1771, in-8, p. 105 et 106.
LIVRE m, CHAPITRE TH. 295 parole, quels moyens a-t-il de prouver qu'il croit ce qu'il dit? et quels moyens a-t-il encore de savoir qu'en bas on ne se moque pas de lui? Il me semble entendre chacun de ses auditeurs lui dire, avec un sourire scep- tique: En vérité, je crois qu'il croit que je le L'un des fanatiques les plus endurcis qui aieu'l jamais existé, Warburton, fonda en mourant une chaire pour prouver que le Pape est Y Antéchrist (2). A la honte de notre malheureuse nature, cette chaire n'a pas encore vaqué; on a pu lire même, dans les papiers publics anglais de cette année (1817), l'an- nonce d'un discours prononcé à l'acquit de la fonda- tion. Je ne crois point du tout à la bonne foi de War- burton; mais quand elle serait possible de la part d'un seul homme, le moyen d'imaginer de même comme possible une série d'extravagants ayant tous perdu l'esprit dans le même sens, et délirant de bonne foi? Le bon sens se refuse absolument à cette supposition; en sorte que, sans le moindre doute, plusieurs et peut- être tous auraient parlé pour de l'argent contre leur conscience. Qu'on imagine maintenant un Pitt, un Fox, un Burke, un Grey, un Granville, ou d'autres têtes de cette force, assistant à l'un de ces sermons. Non seulement le prédicateur sera perdu dans leur esprit, mais la défaveur rejaillira même sur l'ordre entier des prédicateurs.
Je traite ici un cas particulier; mais il y a bien d'autres causes générales qui blessent le caractère de 1. /' crpdo cK ex credette cKio credesse. f Dante, Infern., XIII, 25.)
2. Ce nom de Warburton me fait souvenir qu'au nombre de ses Œuvres se trouve une édition de Sliakespeare aveo une préface et un rommcntairr. Per- sonne, sans doute, n'y verra rien de r6i)r6liensible di' la part d'un homme de lettres; mais que l'on se figure, si l'on peut, Christophe de BeaumnnI, [lar exemple, éditeur et commentateur de Corneille ou de Molière; jamais on n'y réussira. Pourquoi? Parce que c'est un homme d'un autre ordre que Warburloiu Tous les deux portent la mitre. Cependant l'un est pontife et l'autre n'est qu'un (jentleman. Le premier peut être ridiculisé ou flétri par ce qui ne fait nul torC à l'autre. On sait que lorsque Télihnaque parut. Bossuet ne trouva pas l'ou- vrage assfz sérieux pour un prêtre. Je me garde bien de dire qu'il eut raison-' je dis seulement que Bossuet a dit cela.
l'ecclésiastique dissident, et le ravalent dans l'opinion. Il est impossible que des hommes dont on se défie constamment jouissent d'une grande considération; jamais on ne les regardera, dans leur parti même, que comme des avocats payés pour soutenir une certaine cause. On ne leur disputera ni le talent, ni la science, ni l'exactitude dans leurs fonctions; quant à la bonne foi, c'est autre chose.
« La doctrine d'une Église réformée, a dit Gibbon, « n'a rien de commun avec les lumières et la croyance « de ceux qui en font partie, et c'est avec un sourire « ou un soupir que le clergé moderne souscrit aux (( formes de l'orthodoxie et aux symboles établis...« Les prédictions des catholiques se trouvent accom- « plies. Les arminiens, les ariens, les sociniens, dont « il ne faut pas calculer le nombre d'après leurs con- « grégations respectives, ont brisé et rejeté l'enchaî- « nement des mystères. » Gibbon exprime ici l'opinion universelle des protes- tants éclairés sur leur clergé. Je m'en suis assuré par mille et mille expériences. Il n'y a donc plus de milieu pour le ministre réformé. S'il prêche le dogme, on croit qu'il menl; s'il n'ose pas le prêcher, on croit qu'il n'est rien.
Le caractère sacré étant absolument effacé sur le front de ses ministres, les souverains n'ont plus vu dans eux que des ofBciers civils qui devaient marcher avec le reste du troupeau, sous la houlette commune. On ne lira pas sans intérêt les plaintes touchantes exhalées par un membre même de cet ordre malheu- reux, sur la manière dont l'autorité temporelle se sert de leur ministère. Après avoir déclamé, comme un homme vulgaire, contre la hiérarchie catholique, il plane tout à coup au-dessus de tous préjugés, et il prononce ces paroles solennelles: « Le protestantisme n'a pas moins avili la dignité « sacerdotale (1). Pour ne pas avoir l'air d'aspirer à la 1. Ainsi ce caractère est avili des deux côtés! Il faudrait bien cependant LIVRE m, CHAPITRE III. 297 « hiérarchie catholique, les prêtres protestants se sont (( défaits bien vite de toute apparence religieuse, et se « sont tous mis très humblement aux pieds de l'auto- « rite temporelle...Parce que la vocation des prêtres <( protestants n'était nullement de gouverner l'État, « il n'aurait pas fallu en conclure que c'était à l'État <( de gouverner l'Église (1)...Les récompenses que (( l'État accorde aux ecclésiastiques les ont rendus « tout à fait séculiers...Avec leurs habits sacerdo- « taux, ils ont dépouillé le caractère spirituel...L'État <( a fait son métier, et tout le mal doit être mis sur le « compte du clergé protestant. Il est devenu frivole...« Les prêtres n'ont bientôt plus fait que leur devoir <( de citoyens...L'État ne les prend plus que pour des « officiers de police...Il ne les estime guère, et ne les « place que dans la dernière classe de ses officiers...« Dès que la religion devient la servante de l'État, il « est permis de la regarder, dans cet abaissement, « comme l'ouvrage des hommes, et même comme « une fourberie (2). C'est de nos jours seulement « qu'on a pu voir l'industrie, la diète, la politique, « l'économie rurale et la police entrer dans la <( chaire Le prêtre doit croire qu'il remplit sa des- « tinée et tous ses devoirs en faisant lecture en chaire « des ordonnances de la police. Il doit dans ses ser- (( mons publier des recettes contre les épizooties,mon- « trer la nécessité d- 'a vaccination, et prêcher sur la « manière de prolonger la vie humaine. Comment prendre un parti; car si le sacerdoce est avili par la hiérarchie et par la sup- pression de la hiérarchie, il est clair que Dieu n'a pas su faire un sacerdoce, <e qui me parait un peu fort.
1 Nulle part l'État ne gouverne l'Eguse; mais toujours et partout il gouver- nera justement ceux qui, s'étant mis hors de V Église, osenl cependant s'appeler VÉglise. Il faut choisir entre la hiérarchie catholique et la suprématie civile, il n'y a point de milieu. Et qui oserait blâmer des souverains qui établissent l'unité civile partout où ils n'en trouvent pas d'autre? Que ce cler^'é séparé, qui ne se plaint que de lui-même, rentre donc dans l'unité légitime, et tout de ■suite il remontera comme par enchantement à ce haut degré de dignité ilont ui-môme se reconnaît déchu. Avec quelle blenveilbmce, avec quelle allégresse nous l'y reporterions de nos propres mains! Notre respect les attend.
2. Voilà précisément ce que je disais tout à l'heure; et c'est un sujet inépui- sable d'utiles réflexions.
n.
« donc s'y prendra-t-il après cela pour détacher les- « hommes des choses temporelles et périssables, tan- ce dis qu'il s'efforce lui-même, avec la sanction du gou- « vernement, d'attacher les hommes aux galères de En voilà plus que je n'aurais osé en dire d'après mes propres observations; car il m'en coûte beaucoup d'écrire, même en récriminant, une seule ligne déso- bligeante; mais je crois que c'est un devoir de mon- trer l'opinion dans tout son jour. J'honore sincèrement les ministres du saint Evangile, qui portent certaine- ment un très beau titre. Je sais même qu'un prêtre n'est rien s'il n'est pas ministre du saint Evangile; mais celui-ci à son tour n'est rien s'il n'est pas prêtre. Qu'il écoute donc sans aigreur la vérité qui lui est dite non pas seulement sans aigreur, mais avec amour:. Tout corps enseignant, dès qu'il nest plus permis de croire à sa bonne foi, tombe nécessairement dans Vopinion même de son propre parti'; et le dédain, la défiance, l'éloignement, augmentent en raison directe. Si l'ecclésiastique protestant est plus considéré et moins étranger à la société que le clergé des Églises seulement schismatiques, c'est qu'il est moins prêtre; la dégradation étant toujours proportionnelle à Vintensité du caractère sacerdotal.
Il ne s'agit donc pas de se louer vainement soi- même, ou de se préférer encore plus vainement à d'autres; il faut entendre la vérité et lui rendre hommage.
Rousseau n'écrivait-il pas à une dame française: « J'aime naturellement votre clergé autant que je hais (( le nôtre. J'ai beaucoup d'amis parmi le clergé de Il est encore plus aimable dans ses Lettres de la i. Sur le vrai caractère du prêtre évangélique, parle professeur Marheinexe, à Heidelberg, imprimé dans le Musée patrioiiqu? des Allemands, à Hambour?. Jen'aipu lire qu'une traduction française de cet ouvrage, en janvier 1812; mais elle m'a été donnée pour très (idèie par un homme que je dois croire très fidèl'-- LIVRE III, CHAPITRE III. 299 Montagne, où il nous fait confidence « que les minis- (( très ne savent plus ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veu- (( lent, ni ce qu'ils disent; qu'on ne sait pas même ce (( qu'ils font semblant de croire, et que l'intérêt décide (( seul de leur foi (1). » Le célèbre belléniste, M. Fréd. Aug. Wolff, remar- que avec une rare sagesse, dans ses Prolégomènes sur Homère, « qu'un livre étant une fois consacré par « l'usage public, la vénération nous empêche d'y voir (( des choses absurdes ou ridicules; qu'on adoucit « donc et qu'on embellit par des interprétations cori- (( \ enables tout ce qui ne paraît pas supportable à la « raison particulière; que plus on met de finesse et de (( science dans ces sortes d'explications, et plus on est « censé servir la religion; que toujours on en a usé « ainsi à l'égard des livres qui passent pour sacrés; (( et que si l'on s'y détermine pour rendre le livre utile (( à la masse du peuple, on ne saurait voir rien de ré- « préhensible dans cette mesure (2), » Ce passage est un bon commentaire de celui de Rousseau, et dévoile en plein le secret de l'enseigne- ment protestant. On ferait un livre de ces sortes de texte; et, par une conséquence inévitable, on en ferait un autre des témoignages de froideur ou de mépris distribués à l'ordre ecclésiastique par les dilïérents souverains protestants.
L'un décide « qu'il a jugé à propos de faire compo- (( ser une nouvelle liturgie plus conforme à l'enseigne- « ment pur de la religion, à l'édification publique et à (( l'esprit du siècle actuel, et que plusieurs motifs l'ont « déterminé à ne point souffrir que les ecclésiastiques (( se mêlent aucunement de la rédaction de ces formu- (( les lithurgiques (3). » 1. J.-J. Rousseau, Lettres écrites de la Montagne, lettre Ile.
2. Frid. Aug. Wolfi Prolegomena in Uomerum.— Halis Saxonum, 17'J.j, 3. Journal de Paris, mercredi 21 décembre 1808, n" 556, p. 2573. — Il faut l'avouer, c'est un singulier spectacle que celui de l'ordre eccl(''si;istique, déclaré incapable de se mêler des affaires ecclésiastiques.
3(K) DU PAPE.
Un autre défend à tous les ministres et prédicateurs de ses Ëtats d'employer la formule: Que le Seigneur vous bénisse, etc., « attendu, dit le prince, que les « ecclésiastiques ont besoin eux-mêmes de la bénédic- « tion divine, et qu'il y a de l'arrogance de la part d'un « mortel de vouloir parler au nom de la Provi- Quel sacerdoce et quelle opinion! Je l'ai étudiée, cette opinion, dans les livres, dans les conversations, dans les actes de la souveraineté, et toujours je l'ai trouvée invariablement ennemie de l'ordre ecclésias- tique. Je puis même ajouter (et Dieu sait que je dis la vérité) que mille et mille fois, en contemplant ces ministres, illégitimes sans doute et justement frappés, mais cependant moins rebelles eux-mêmes qu'enfants de rebelles, et victimes de ces préjugés tyranniques Que peut-être en nos cœurs Dieu seul peut effacer, je voyais dans le mien un intérêt tendre, une tristesse fraternelle, une compassion pleine de délicatesse et de révérence, enfin je ne sais quel sentiment indéfinis- sable que je ne trouvais pas à beaucoup près chez leurs propres frères.
Si les écrivains que j'ai cités au commencement de cet article s'étaient contentés d'affirmer que le clergé catholique aurait probablement évité de grands malheurs s'il avait été plus pénétré des devoirs de son état, je doute qu'ils eussent trouvé des contradicteurs parmi ce clergé même; car nul prêtre catholique ne se trouve au niveau de ses sublimes fonctions; tou- jours il croira qu'il lui manque quelque chose: mais en passant condamnation sur quelques relâchements, fruits inévitables d'une longue paix, il n'en est pas moins vrai que le clergé catholique demeure sans comi. Journal de l'Empire du 17 octobre 1809, p. 4 (sous la rubrique de Francfort, du 11 octobre). Par la même raison, un père serait un arrogant s'il s'avisait de bénir son fils. Quelle force de raisonnement! Mais tout cela n'est qu'une chicane faite au clergé, qu'on n'aime pas.
LIVRE III, CHAPITRE III. 301 paraison hors de pair pour la conduite comme pour la considération qui en est la suite. Cette considération est même si frappante, qu'elle ne peut être mise en question que par un aveuglement volontaire.
Il est heureux sans doute que l'expérience la plus magnifique soit venue de nos jours à l'appui d'une théorie incontestable en elle-même, et qu'après avoir démontré ce qui doit être, je puisse encore montrer ce qui est. Le clergé français, dispersé chez toutes les nations étrangères, quel spectacle n'a-t-il pas donné au monde? A l'aspect de ses vertus, que deviennent toutes les déclamations ennemies? Le prêtre français, libre de toute autorité, environné de séductions, sou- vent dans toute la force de l'âge et des passions, poussé chez des nations étrangères à son austère disci- pline, et qui auraient applaudi à ce que nous aurions appelé des crimes, est cependant demeuré invariable- ment fidèle à ses vœux. Quelle force l'a donc soutenu, et comment s'est-il montré constamment au-dessus des faiblesses de l'humanité? Il a conquis surtout l'estime de l'Angleterre, très juste appréciatrice des talents et des vertus, comme elle eût été l'inexorable délatrice des moindres faiblesses. L'homme qui se présente pour entrer dans une maison anglaise, à titre de méde- cin, de chirurgien, d'instituteur, etc., ne passe pas le seuil, s'il est célibataire. Une prudence ombrageuse se défie de tout iiomme dont les désirs n'ont pas d'objet fixe et légal. On dirait qu'elle ne croit pas à la résistance, tant elle redoute l'attaque. Le prêtre seul a pu échapper à cette soupçonneuse délicatesse: il est entré dans les maisons anglaises en vertu de ce même titre qui en aurait exclu d'autres hommes. Une opinion ran- cuneuse, âgée de trois siècles, n'a pu s'empêcher de croire à la sainteté du célibat religieux. La défiance s'est tranquillisée devant le caractère sacerdotal si grand, si Irappani, si par[aitement inimitable (1), 1. Expressions très connues de Rousseau, à propos des caractères de vérité -qui brillent dans l'Évangile.
comme celui de la vérité dont il émane; et tel Anglais peut-être qui avait souvent parlé ou écrit d'après ses préjugés contre le célibat ecclésiastique, voyait sans crainte sa femme ou sa fille recevoir les leçons d'un prêtre catholique: tant la conscience est infaillible! tant elle s'embarrasse peu de ce que l'esprit imagine ou de ce que la bouche dit!
Les femmes mêmes, vouées à ce même célibat, ont participé à la même gloire. Combien le philosophisme n'avait-il pas déclamé contre les vœux forcés et les victimes du cloUre (1) / Et cependant'^ lorsqu'une assemblée de [ous qui laisaient ce qu'ils pouvaient pour être des coquins (2), se donna le plaisir sacrilège de déclarer les vœux illégitimes et d'ouvrir les cloî- tres, il fallut payer je ne sais quelle effrontée du peu- ple, pour venir à la barre de l'assemblée jouer la reli- gieuse affranchie.
Les vestales françaises déployèrent l'intrépidité des prêtres dans les prisons et sur les échafauds; et celles que la tempête révolutionnaire avait dispersées chez les nations étrangères et jusqu'en Amérique, loin de céder aux séductions les plus dangereuses, ont fait admirer de tous côtés l'amour de leur état, le respect pour leurs vœux, et le libre exercice de toutes les vertus.
Elle a péri cette sainte, cette noble Ëglise gallicane f elle a péri; et nous en serions inconsolables, si le Sei- gneur ne nous avait laissé un germe (3).
La haute noblesse du clergé catholique est due tout 1. Ces folles déclamations se trouvent, comme on sait, réunies et pour ainsi dire condensées dans la Mélanie de la Harpe. En vain l'auteur, depuis son re- tour à la vérité, fit les plus vives instances pour que sa pièce fût ôtée du répertoire; on s'y refusa obstinément et ce défaut de délicatesse fait tort à la nation française bien plus qu'elle ne le pense, Ce nest rien, dit-elle. C'est beaucoup. Cet exemple se joint à la nouvelle édition de Voltaire, à la stéréo" typie de Jeanne d Arc, invariai>lenieiit annoncée dans tous les catalogues, ave le Discours sur l Histoire universelle, et les Oraisons funèbres de Bos- suet, etc., etc.
2. Douces expressions de Burke, dans sa lettre au D. D. B., en parlant de l'Assemblée nationale.
3. Nisi BomiiiW! reliquisset nobis semen. (Isaïc, I, 9.)
LIVRE III, CHAPITRE III. 303 entière au célibat; et que cette institution sévère étant uniquement l'ouvrage des Papes secrètement animés et conduits par un esprit sur lequel la conscience ne saurait se tromper, toute la gloire remonte à eux; et ils doivent être considérés, par tous les juges compé- tents, comme les véritables instituteurs du sacerdoce.
§ III.
Considérations politiques.