Tâchez de vous recueillir; tachez d'être maîtres de vous-mêmes et de vos préjugés, assez pour pouvoir contempler dans le calme de votre conscience de quel étrange système vous avez le malheur d'être 1. Many of the powtTS indeed assumed b>/ the churrh of Rome wf-.re ve-ry ancient and were prior to abnost everij poUlical governmfnt established in Europe. (Hume's Hist. of England. Henri VIII, ch. xxix, ann. 1521.) Hume, comme on voit, tâche de mo lifier légèrement sa proposition, mais ce n'est qu'une pure chicane qu'il fait à sa conscience.
2. Gibbon, Mémoire^ t. I, ch. i de la traii. franc.
3. Cette décision est de Chillingvvorth, et Gibbon, qui la rapparie, ajoute que le premier ne devait cet argnnent qu'à lui-même. (Gibbon, au livre cité, ch. VI.) Dans cette supposition, il faut croire que ni Chillingworlh ni Gibboa n'avaient beaucoup lu nos docteurs, 4. The seeds of Popery were sown even in the apostles times. {Bishop Newtons dissertations on the profecies. London, in-8, t. III, ch..x, p. 148.) L'honnête homme! Encore un léger effort de franchise, et nous l'ijurions en- tendu convenir, non indirectement, comme il le fait ici, mais en propres termes, que les germes du papisme furent semés par Jésus-Christ.
encore les principaux défenseurs. Faut-il donc tant d'arguments contre le protestantisme? Non, il suffît de tracer exactement son portrait et de le lui montrer sans colère.
IX. « En vertu d'un anathème terrible, inexpli- « cable sans doute, mais cependant bien moins inex- « plicable qu'incontestable, le genre humain avait « perdu tous ses droits. Plongé dans de mortelles (( ténèbres, il ignorait tout, puisqu'il ignorait Dieu; rt et puisqu'il l'ignorait il ne pouvait le prier; en <( sorte qu'il était spirituellement mort sans pouvoir « demander la vie. Parvenu par une dégradation (( rapide au dernier degré de l'abrutissement, il « outrageait la nature par ses mœurs, par ses lois « et par ses religions môme. Il consacrait tous les « vices; il se roulait dans la fange, et son abrutisse- « ment était tel, que l'histoire naïA'e de ces temps « forme un tableau dangereux que tous les hommes « ne doivent pas contempler. Dieu, cependant, après « avoir dissimulé quarante siècles, se souvint de sa « créature. Au moment marqué et de tout temps (( annoncé, il ne dédaigna pas le sein d'une vierge; « il se rc\ êtit de notre malheureuse nature et parut « sur la terre: nous le vîmes, nous le touchâmes, il « nous parla; il vécut, il enseigna, il souffrit, il (( mourut pour nous. Sorti de son tombeau, suivant « sa promesse, il reparut encore parmi nous pour u assurer solennellement à son Eglise une assis- « tance aussi durable que le monde. Mais, hélas! « cet effort de l'amour tout puissant n'eut pas à beau- ci coup près tout le succès qu'il annonçait. Par défaut (( de science ou de force, ou par distraction peut-être, (( Dieu manqua son coup et ne put tenir sa parole. « xMoins avisé qu'un chimiste qui entreprendrait a d'enfermer l'éther dans la toile ou le papier, il ne (( confia qu'à des hommes cette vérité qu'il avait « apportée sur la terre: elle s'échappa donc, comme « on aurait bien pu le prévoir, par tous les pores CONCLUSION. 391 <( humains: bientôt cette religion sainte, révélée à <( riiomme par THomme-Dieu, ne fut plus qu'une (( iulame idolâtrie, C|ui durerait encore si le chris- « tianisme, après seize siècles, n'eût été brusque- « ment ramené à sa pureté originelle par deux mi- « sérables. » Voilà le protestantisme. Et que dira-t-on de lui et de vous qui le défendez, lorsqu'il n'existera plus? Aidez-nous plutôt à le faire disparaître. Pour réta- blir une religion et une morale en Europe; pour donner à la \érité les forces qu'exigent les conquêtes qu'elle médite; pour raffermir surtout ie trône des souverains, et calmer doucement cette fermentation générale des esprits qui nous menace des plus grands malheurs, un préliminaire indispensable est d'effacer du dictionnaire européen ce mot fatal, trotestax- TISME.
TISME.
X. Il est impossible que des considérations aussi importantes ne se fassent pas jour enfin dans les ca- binets protestants, et n'y demeurent en réserve pour en descendre ensuite comme une eau bienfaisante qui arrosera les vallées. Tout invite les protestants à revenir à nous. Leur science, qui n'est maintenant qu'un épouvantable corrosif, perdra sa puissance délétère en s'alliant à notre soumission, qui ne refu- sera point à son tour de s'éclairer par leur science. Ce grand changement doit commencer par les princes., et demeurer parfaitement étranger au mi- nistère dit évangéligue. Plusieurs signes manifestes excluent ce ministère du grand œuvre. Adhérer à l'erreur est toujours un grand mal; mais l'enseigner par état, et l'enseigner contre le cri de sa conscience, c'est l'excès du malheur, et l'aveuglement absolu en est la suite véritable. Un grand exemple de ce genre vient de nous être présenté dans la capitale du protes- tantisme, où le corps des pasteurs a renoncé publi- quement au christianisme en se déclarant arien, tan- dis que le bon sens laïque lui reproche son apostasie.
XI. Au milieu de la fermentation générale des esprits, les Français, et parmi eux l'ordre sacerdotal en particulier, doivent s'examiner soigneusement, et ne pas laisser échapper cette grande occasion de s'emplover efficacement et en première ligne à la reconstruction du saint édifice. Ils ont sans doute de grands préjugés à vaincre; mais, pour y parvenir, ils ont aussi de grands mo3'ens, et, ce qui est très iieureux, de puissants ennemis de moins. Les parle- ments n'existent plus, ou n'existent pas. Réunis en corps, ils auraient opposé une résistance peut-être invincible, et c'en était fait de l'Église gallicane. Aujourd'hui l'esprit parlementaire ne peut s'expli- quer et agir que par des efforts individuels qui ne sauraient avoir un grand effet. On peut donc espérer que rien n'empêchera le sacerdoce de se rapprocher sincèrement du Saint-Siège, dont les circonstances l'avaient éloigné plus qu'il ne croyait peut-être. Il n'y a pas d'autres moyens de rétablir la religion sur ses antiques bases. Les ennemis de celle religion, qui ne l'ignoraient pas, tâchent de leur côté d'établir l'opinion contraire, savoir: que cest h Pape qui s'oppose à la réunion des clirétiens. Un évêque grec a déclaré naguère qu'il ne voijail plus enire les deux Eglises d'autre mur de séparation que la suprématie du Pape (1); et cette assertion toute simple de la part de son auteur, je l'ai entendu citer en pays catho- lique, pour établir encore la nécessité de restreindre davantage la suprême puissance spirituelle. Pontifes et lévites français, gardez-vous du piège qu'on vous tend; pour abolir le protestantisme sous toutes les formes, on vous propose de vous faire protestants. C'est au contraire en rétablissant la suprématie pon- tificale que vous replacerez l'Ëglise gallicane sur ses 1. Ce prélat est M. Élie Méniate, évoque de Lari'^sa. Soa livre, intitulé La Pierre d'achoppement, a été traduit en allemand par M. Jacob Kemper. Vienne, in-8, 1787. On lit à la page 93: Ich halte den slreit uber die obergewalt des Pabstes fur den hanptpunekf; denn dièses ist die schied-maner welche die zwey kirchenn trennt.
CONCLUSIOiN. 393 véritables bases, et que vous lui rendrez son ancien éclat. Reprenez votre place: l'Église universelle a besoin de vous pour célébrer dignement l'époque fa- meuse, et que la postérité n'envisagera jamais sans une profonde admiration; l'époque, dis-je, où le Souverain pontife s'est vu reporter sur son trône par des événements dont les causes sortent visiblement du cercle étroit des moyens humains.
XII. \ulle institution humaine n'a duré dix-huit siècles. Ce prodige, qui serait frappant partout, l'est plus particulièrement au sein de la mobile Europe. Le repos est le supplice de l'Européen, et ce carac- tère contraste merveilleusement avec l'immobilité orientale. Il faut qu'il agisse, il faut qu'il entre- prenne, il faut qu'il innove et qu'il change tout ce qu'il peut atteindre. La politique surtout n'a cessé d'exercer le génie innovateur des enlant^ audacieux de Japhct. Dans l'inquiète défiance qui les tient sans cesse en garde contre la souveraineté, il y a beaucoup d'orgueil sans doute, mais il y a aussi une juste conscience de leur dignité: Dieu seul connaît les quantités respectives de ces deux éléments. Il suffît ici de faire observer le caractère qui est un fait incon- testable, et de se demander quelle force cachée a donc pu maintenir le trône pontifical au milieu de tant de ruines et contre toutes les règles de la proba- bilité. A peine le christianisme s'est établi dans le monde, et déjà d'impitoyables tyrans lui déclarent une guerre féroce. Ils baignent la nouvelle religion dans le sang de ses enfants. Les hérétiques l'atta- quent de leur côté dans tous ses dogmes successive- ment. A leur tête éclate Arius, qui épouvante le monde et le [ait douler s'il est chrétien. Julien, avec sa puissance, son astuce, sa science et ses philo- sophes complices, porte au christianisme des coups mortels ]}Our tout ce qui eût été mortel. Bientôt le Nord verse ses peuples barbares sur Tempire ro- main! ils viennent venger les martyrs, et l'on pourrait croire qu'ils viennent étouffer la religion pour laquelle ces victimes moururent; mais c'est le con- traire qui arrive. Eux-mêmes sont apprivoisés par ce culte divin qui préside à leur civilisation, et, se mêlant à toutes leurs institutions, enfante la grande famille européenne et sa monarchie, dont l'univers n'avait nulle idée. Les ténèbres de l'ignorance sui- vent cependant l'invasion des Barbares; mais le flambeau de la foi étincelle d'une manière plus visi- ble sur ce fond obscur, et la science même, concen- trée dans l'Ëglise, ne cesse de produire des hommes éminenls pour leur siècle. La noble simplicité de ces temps illustrés par de hauts caractères valait bien mieux que la demi-science de leurs successeurs im- médiats. Ce fut de leur temps que naquit ce funeste schisme qui réduisit l'Ëglise à chercher son chef visible. pendant quarante ans. Ce fléau des contem- porains est un trésor pour nous dans l'histoire. Il sert à prouver que le trône de saint Pierre est iné- branlable. Quel établissement humain résisterait à cette épreuve, qui cependant n'était rien, comparée à celle qu'allait subir l'Ëglise!
XIIL Luther parail, Calvin le suit. Dans un accès de frénésie dont le genre humain n'avait pas vu un exemple, et dont la suite immédiate fut un carnage de trente ans, ces deux hommes de néant, avec l'orgueil des sectaires, l'acrimonie plébéienne et le fanatisme des cabarets (1), publièrent la rélorme de VEglise, et en effet ils la réiormèrent, mais sans savoir ce qu'ils disaient, ni ce qu'ils faisaient. Lorsque des hommes sans mission osent entreprendre de rélormer l'Ëglise, ils délormcnt leur parti, et ne réforment réellement que la véritable Ëglise, qui est obligée de .se défendre et de veiller sur elle-même. C'est préci- 1 Dans les cabarets, on citait à l'envi dds anecdotes plaisantes sw' l'avarice des p -êtres; on y tournait en ridicule les clefs, la puissance des Papes, etc. (Lettre de Luther au Pape, dali'-e (lu jour de la Trinité, 1518, citée par M. Ros^ coe. Hist. de L^on X, iii-8, t. Il[. Appeniix, n» 149, p. 15i.) On peut s'en ûer à Lullier sur les premières chaires de la rélûrnie.
cojycLUSiox. 395 sèment ce qui est arrivé, car il n'y a do véritable rélorme que l'immense chapitre de la ré [orme qu'on lit dans le concile de Trente; tandis que la prétendue réforme est demeurée hors de l'Église, sans règle^ sans autorité, et bientôt sans foi, telle que nous la voyons aujourd'hui. Mais par quelles effroyables convulsions n'est-elle pas arrivée à cette nullité dont nous sommes les témoins? Oui peut se rappeler sans frémir le fanatisme du seizième siècle, et les scènes épouvantables qu'il donna au monde? Quelle fureur surtout contre le Saint-Siège! Nous rougissons encore pour la nature humaine, en lisant dans les écrits du temps les sacrilèges injures vomies par ces grossiers novateurs contre la hiérarchie romaine. Aucun ennemi de la foi ne s'est jamais trompé: tous frappent \ainement, puisqu'ils se battent contre Dieu; mais tous savent où il faut frapper. Ce qu'il y a d'extrêmement remarquable, c'est qu'à mesure que les siècles s'écoulent, les attaques sur l'édifice catho- lique deviennent touiours plus fortes; en sorte qu'en disant touiours, « il n'y a rien au delà, » on se trompe toujours. Après les tragédies épouvantables du xvi^ siècle, on eût dit sans doute que la tiare avait subi sa plus grande épreuve; cependant celle-ci n'avait fait qu'en préparer une autre. Le xvi® et le xvii*^ siècles pourraient être nommés les prémisses du XVIII®, qui ne fut en effet que la conclusion des deux précédents. L'esprit humain n'aurait pu subitement s'élever au degré d'audace dont nous avons été les témoins. Il fallait, pour déclarer la guerre au ciel, mettre encore Ossa sur Pélion. Le philosophisme ne pouvait s'élever que sur la vaste base de la réforme. XIV. Toute attaque sur le catholicisme portant nécessairement sur le christianisme même, ceux que notre siècle a nommés philosophes ne firent que saisir les armes que leur avait préparées le protes- tantisme, et ils les tournèrent contre l'Église en se moquant de leur allié, qui ne valait pas la peine d'une attaque, ou qui peut-être l'attendait. Qu'on se rap- pelle tous les livres impies écrits pendant le xviii" siècle. Tous sont dirigés contre Rome, comme s'il n'y avait pas de véritables chrétiens hors de l'enceinte romaine; ce qui est très vrai si l'on veut s'exprimer rigoureusement. On ne l'aura jamais assez répété, il n'y a rien de si infaillible que l'instinct de l'impiété. Voyez ce qu'elle hait, ce qui la met en co- lère, et ce qu'elle attaque toujours, partout et avec fureur; c'est la vérité. Dans la séance infernale de la Convention nationale (qui frappera la postérité bien plus qu'elle n'a frappé nos légers contemporains), où l'on célébra, s'il est permis de s'exprimer ainsi, l'abnégation du culte, Ro'bespierre, après son immortel discours, se fit-il apporter les livres, les habits, les coupes du culte protestant pour les pro- faner? Appela-t-il à la barre, chercha-t-il à séduire ou à effrayer quelque ministre de ce culte pour en obtenir un serment d'apostasie? Se servit-il au moins pour cette horrible scène de^ scélérats de cet ordre, comme il avait employé ceux de l'ordre catholique? Il n'y pensa seulement pas. Rien ne le gênait, rien ne l'irritait, rien ne lui faisait ombrage de ce côté; aucun ennemi de Rome ne pouvait être odieux à un autre, quelles que soient leurs différences sous d'autres rap- ports. C'est par ce principe que s'explique l'affinité, différemment inexplicable, des Églises protestantes avec les Ëglises pholienne, nestorienne, etc., plus anciennement séparées. Partout où elles se rencon- trent, elles s'embrassent et se com{)limentent avec une tendresse qui surprend au premier coup d'ail, puisque leurs dogmes capitaux sont directement con- traires; mais bientôt on a deviné leur secret. Tous les ennemis de Rome sont amis, et comme il ne peut y avoir de loi proprement dite hors de l'Église catho- lique, passé cet acte de chaleur fiévreuse qui accom- pagne la naissance de toutes les sectes, on cesse de se brouiller pour des dogmes auxquels on ne tient CONCLUSION. 397 plus qu'extérieurement, et que chacun voit s'échapper l'un après l'autre du symbole national, à mesure qu'il plaît à ce juge capricieux, qu'on appelle raison par- iiculif'j'e, de les citer à son tribunal pour les déclarer nuls.
XV. Un fanatique anglais, au commencement du dernier siècle, fit écrire sur le fronton d"un temple qui ornait ses jardins ces deux vers de Corneille: Je rends grâces aux dieux de n'être plus Romain, Pour conserver encore quelque chose d'humain.
Et nous a\'ons entendu un fou du dernier siècle s'écrier dans un livre tout à fait digne de lui: 0 Home! que je te hais (1) î II parlait pour tous les ennemis du christianisme, mais surtout pour tous ceux de son siècle; car jamais la haine de Rome ne fut plus universelle et plus marquée que dans ce siècle où les grands conjurés eurent l'art de s'élever jusqu'à l'oreille de la souveraineté orthodoxe, et d'y faire couler des poisons qu'elle a chèrement payés. La persécution du xviii® siècle surpasse infiniment toutes les autres, parce qu'elle y a beaucoup ajouté, et ne ressemble aux persécutions anciennes que par les torrents de sang qu'elle a versés en finissant. Mais combien ses commencements furent plus dangereux! L'arche sainte fut soumise de nos jours à deux attaques inconnues jusqu'alors: elle essuya à la fois les coups de la science et ceux du ridicule. La chro- nologie, l'histoire naturelle, l'astronomie, la phy- sique, furent, pour ainsi dire, ameutées contre la reli- gion. Une honteuse coalition réunit contre elle tous les talents, toutes les connaissances, toutes les forces de l'esprit humain. L'impiété monta sur le théâtre. Elle y fit voir les pontifes, les prêtres, les vierges 1. Mercier, dans l'ouvrage intihil6 l'An 2240, ouvrage qui, sous un point de vue, mérite d'être lu, parce qu'il contient tout ce que ces mis(^rables dési- raient, et tout ce qui devait en eflet arriver. Ils se trompaient seuhment en pre nant une phase passagère du mal pour un état durable quidevailles débarrasser pour toujours de leur plus grande enuemie.
23 23 saintes sous leurs costumes distinctifs, et les fît par- ler comme elle pensait. Les femmes, qui peuvent tout pour le mal comme pour le bien, lui prêtèrent leur influence; et tandis que les talents et les passions se réunissaient pour faire en sa faveur le plus grand effort imaginable, une puissance d'un nouvel ordre s'armait contre la foi antique: c'était le ridicule. Un homme unique à qui l'enfer avait remis ses pouvoirs se présenta dans celte nouvelle arène et combla les vœux de l'impiété. Jamais l'arme de la plaisanterie n'avait été maniée d'une manière aussi redoutable, et jamais on ne l'employa contre la vérité avec autant d'effronterie et de succès. Jusqu'à lui, le blasphème, circonscrit par le dégoût, ne tuait que le blasphéma- teur; dans la bouche du plus coupable des hommes il devint contagieux en devenant charmant. Encore aujourd'hui l'homme sage qui parcourt les écrits de ce bouffon sacrilège pleure souvent d'avoir ri. Une vie d'un siècle lui fut donnée, afin que l'Eglise sortît victorieuse des trois épreuves auxquelles nulle insti- tution fausse ne résistera jamais: le syllogisme, l'échafaud et l'épigramme.
XVL Les coups désespérés portés, dans les der- nières années du dernier siècle, contre le sacerdoce catholique et contre le chef suprême de la religion, avaient ranimé les espérances des ennemis de la chaire éternelle. On sait qu'une maladie du protestan- tisme, aussi ancienne que lui, fut la manie de prédire la chute de la puissance pontificale. Les erreurs, les bévues les plus énormes, le ridicule le plus solennel, rien n'a pu le corriger: toujours il est revenu à la charge; mais jamais ses prophètes n'ont été plus hardis à prédire la chute du Saint-Siège que lors- qu'ils ont cru voir qu'elle était arrivée.
Les docteurs anglais se sont distingués dans ce genre de délire par des livres fort utiles, précisément parce qu'ils sont la honte de l'esprit humain, et qu'ils doivent nécessairement faire rentrer en eux-mêmes CONCLUSION. 399 tous les esprits qu'un ministère coupable n'a pas con- damnés à un aveuglement final. A l'aspect du Sou\'e- rain Pontife chassé, exilé, emprisonné, outragé, privé de ses États par une puissance prépondérante et presque surnaturelle devant qui la terre se taisait, il n'était pas malaisé à ces prophètes de prédire que c'en était fait de la suprématie spirituelle et de la souveraineté temporelle du Pape. Plongés dans les plus profondes ténèbres, et justement condamnés au double châtiment de voir dans les saintes Écritures ce qui n'_y est pas, et de n'y pas voir ce qu'elles con- tiennent de plus clair, ils entreprirent de nous prouver, par ces mêmes Écritures, que cette supré- matie à qui il a été divinement et littéralement prédit qu'elle durerait autant que le monde était sur le point de disparaître pour toujours. Ils trouvaient l'heure et la minute dans YApocahjpse; car ce livre est fatal pour les docteurs protestants; et sans excepter même le grand Ne^\ton, ils ne s'en occupent guère sans per- dre l'esprit. Nous n'avons, contre les sophismes les plus grossiers, d'autres armes que le raisonnement; mais Dieu, lorsque sa sagesse l'exige, les réfute par des miracles. Pendant que les faux prophètes par- laient avec le plus d'assurance, et qu'une foule, comme eux ivre d'erreur, leur prêtait l'oreille, un prodige visible de la Toute-Puissance, manifesté par l'inexplicable accord des pouvoirs les plus discor- dants, reportait le Pontife au Vatican; et sa main, qui ne s'étend que pour bénir, appelait déjà la misé- ricorde et les lumières célestes sur les auteurs de ces livres insensés.
XVII. Qu'attendent donc nos frères, si malheureu- sement séparés, pour marcher au Capitole en nous donnant la main? Et qu'entendent-ils par miracle, s'ils ne veulent pas reconnaître le plus grand, le plus manifeste, le plus incontestable de tous dans la con- servation, et de nos jours surtout, dans la résurrec- tion, qu'on me permette ce mol, dans la résurrection du trône pontifical, opérée contre toutes les lois de la probabilité humaine? Pendant quelques siècles, on put croire dans le monde que l'unité politique favo- risait l'unité religieuse; mais depuis longtemps, c'est la supposition contraire qui a lieu. Des débris de l'empire romain se sont formés une foule d'empires, tous de mœurs, de langages, de préjugés différents. De nouvelles terres découvertes ont multiplié sans mesure cette foule de peuples indépendants les uns à l'égard des autres. Quelle main, si elle n'est divine, pourrait les retenir sous le même sceptre spirituel? C'est cependant ce qui est arrivé, et c'est ce qui est mis sous nos yeux. L'édifice catholique, composé de pièces politiquement disparates et même ennemies, attaqué de plus par tout ce que le pouvoir humain, aidé par le temps, peut inventer de plus méchant, de plus profond et de plus formidable, au moment même où il paraissait s'écrouler pour toujours, se raffermit sur ses bases plus assurées que jamais, et le Souve- rain Pontife des chrétiens, échappé à la plus impi- toyable ])crsécution, consolé par de nouveaux amis, par des conversions illustres, par les plus douces espérances, relève sa tête auguste au milieu de l'Eu- rope étonnée. Ses vertus, sans doute, étaient dignes de ce triomphe; mais dans ce moment ne contem- plons que le siège. Mille et mille fois ses ennemis nous ont reproché les faiblesses, les vices même de ceux qui l'ont occupé. Ils ne faisaient pas attention que toute souveraineté doit être considérée comme un seul indi\idu ayant possédé toutes les bonnes et les mauvaises qualités qui ont appartenu à la dynastie entière, et (jue la succession des Papes, ainsi envisagée sous le rapport du mérite général, l'emporte sur toutes les autres, sans difficulté et sans comparaison. Ils ne faisaient pas attention, de plus, qu'en insistant avec plus de complaisance sur certaines taches, ils argumentaient puissamment en faveur de l'indéfectibilité de l'Ëglise. Car si, par CONCLUSION. 401 exemple,.1 avait plu à Dieu d'en confier le gouverne- menl à une inlelligence d'un ordre supérieur, nous devrions admirer un tel ordre de choses bien moins (jue celui dont nous sommes témoins: en efïet, aucun homme instruit ne doute qu'il n'y ait dans l'univers d'autres intelligences que l'homme, et très supé- rieures à l'homme. Ainsi l'existence d'un chef de l'Église supérieur à l'homme ne nous apprendrait rien sur ce point. Que si Dieu a\'ait rendu de plus cette intelligence visible à des êtres de notre nature, en l'unissant à un corps, cette mer\ eille n'aurait rien de supérieur à celle que présente l'union de notre àme et de notre corps, qui est le plus vulgaire de tous les faits, et qui n'en demeure pas moins une' énigme insoluble à jamais. Or, il est clair que dans l'hypo- thèse de cette intelligence supérieure, la conser\"ation de l'Église n'aurait plus rien d'extraordinaire. Le miracle que nous voyons surpasse donc infiniment celui que j'ai supposé. Dieu nous a promis de fonder sur une suite d'hommes semblables à nous une Église éternelle et indéfectible. Il l'a fait, puisqu'il l'a dit, et ce prodige, qui devient chaque jour plus éblouissant, est déjà incontestable pour nous qui sommes placés à dix-huit siècles de la promesse.
Jamais le caractère moral des Papes n'eut d'influence sur la foi. Libère et Honorius, l'un et l'autre d'une éminente piété, ont eu cependant besoin d'apologie sur le dogme; le bullnire d'Alexandre VI est irré- prochable. Encore une fois, qu'attendons-nous donc pour reconnaître ce prodige et nous réunir tous à ce centre d'unité hors duquel il n'y a plus de christia- nisme? L'expérience a convaincu les peuples sé- parés; il ne leur manque plus rien pour reconnaître la vérité; mais nous sommes bien plus coupables qu'eux, nous qui, nés et élevés dans cette sainte ,unité, osons cependant la blesser et l'attrister par des systèmes déplorables, vains enfants de l'orgueil, qui ne serait plus l'orgueil s'il savait obéir.