« Pierre, dit-il, paraît le premier en toute manière: (( le premier à confesser la foi; le premier dans (c l'obligation d'exercer l'amour; le premier de tous <( les apôtres qui vit le Sauveur ressuscité des morts, <f comme il en avait été le premier témoin devant tout (( le peuple; le premier quand il fallut remplir le « nombre d'apôlres; le premier qui confirma la foi « par un miracle; le premier à convertir les Juifs; <( le premier à recevoir les Gentils; le premier par- <( tout. Mais je ne puis tout dire; tout concourt à « établir sa primauté; oui, tout, jusqu'à ses fautes...a La puissance donnée à plusieurs porte sa restric- 1. C'est ce que je crois avoir suffisamment établi clans mon Essai sur le principe rc/jénératcur des iwitilu'ioas fiumaincs.
48 DU PAPE.
« tion dans son partage, au lieu que la puissance « donnée à un seul, et sur tous, et sans exception, (( emporte la plénitude...Tous reçoivent la même (( puissance, mais non au même degré ni avec la (( même étendue. Jésus-Christ commence par le pre- (( mier, et dans ce premier, il développe le tout...^ (( afin que nous apprenions...que l'autorité ecclé- « siastique, premièrement établie en la personne « d'un seul, ne s'est répandue qu'à condition d'être « toujours ramenée au principe de son unité, et que (( tous ceux qui auront à l'exercer se doivent tenir <( inséparablement unis à la même chaire (1). » Puis il continue avec sa voix de tonnerre: « C'est cette chaire tant célébrée par les Pères, où (( ils ont exalté comme à l'envi la principauté de la <( cîiaire apostolique, la principauté principale, la « source de Vunité, et dcuis la place de Pierre, Vémi- « ncnl degré de la chaire sacerdotale; l'Eglise mère,. « qui lient en sa main la conduite de toutes les autres (( églises; le chel de Vépiscopat, cVoii part le rayon (( du gouvernement; la chcdre principale, la chaire « unique, en laquelle seule tous gardent Vunité. « Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint « Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Pros- « per, saint Avit, saint Théodoret, le concile de « Chalcédoine et les autres; l'Afrique, les Gaules, la « Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensem- « ble...Puisque c'était le conseil de Dieu de per- ce mettre qu'il s'élevât des schismes et des hérésies, « il n'y avait point de constitution, ni plus ferme pour « se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette « constitution, tout est fort dans l'Eglise, parce que « tout y est divin et que tout y est uni; et comme cha « que partie est divine, le lien aussi est divin, et (( l'assemblage est tel que chaque partie agit avec la « force du tout...C'est pourquoi nos prédécesseurs 1. Sermon sur l'unité, 1" partie.
LIVRE I, CDAPITRE VI. A9 « ont dit...qu'i7s agissaient au nom de saint Pierre^. « par' Vautorité donnée à tous les évêques en la per- « sonne de saint Pierre, comme vicaires de saint « Pierre, et ils l'ont dit lors même qu'ils agissaient « par leur autorité ordinaire et subordonnée; parce « que tout a été mis premièrement dans saint Pierre, « et que la correspondance est telle dans tout le corps (( de l'Église, que ce que fait chaque évêque, selon la « règle et dans l'esprit de l'unité catholique, toute « l'Église, tout l'épiscopat et le chef de l'épiscopat, « le fait avec lui. » On ose à peine citer aujourd'hui les textes, qui, d'âge en âge, établissent la suprématie romaine de la manière la plus incontestable, depuis le berceau du christianisme jusqu'à nos jours. Ces textes sont si connus, qu'ils appartiennent à tout le monde, et qu'on a l'air, en les citant, de se parer d'une vaine érudition. Cependant comment refuser, dans un ouvrage tel que celui-ci, un coup d'oeil rapide à ces monuments précieux de la plus pure tradition?
Bien avant la fin des persécutions, et avant que l'Église, parfaitement libre dans ses communications,, pût attester sans gêne sa croyance par un nombre sufiisant d'actes extérieurs et palpables, Iréiiée, qui avait conversé avec les disciples des apôtres, en appe- lait déjà à la chaire de Saint-Pierre comme à la règle de sa foi, et confessait cette principauté régissante (nXsfj-ovr/) devenue célèbre dans l'Église.
Tertullien, dès la fin du ii^ siècle, s'écrie déjà: <( Voici un édit, et même un édit péremptoire, parti (( du Souverain Pontile, de I'évêoue des éyè- Ce même Tertullien, si près de la tradition aposto- lique, et, avant sa chute, si soigneux de la recueillir.
1. TerlvilUen, De Pudiciiia, cap. i: Audio edictum et quidem peremptorium Pontifex scilicet maximus, episcopus episcoporum ilicit, etc. [Tertull. Oper. Paris, 1808, in-f", edit. Pamelli, p. 999.) le ton irrité et même un peu sarcas- tique ajoute sans doute au poids du témoignage.
SO DU PAPE.
disait: « Le Seigneur a donné les clefs à Pierre, et « PAR LUI à l'Ëglise (1). » Optai de Aliiève répète: « Saint Pierre a reçu seul <( les clefs du royaume des cieux, pour les communi- « quer aux autres pasteurs (2).
Saint Cyprien, après avoir rapporté les paroles immortelles: Vous êtes Pierre, etc., ajoute: « C'est <( de là que découlent l'ordination des évêques et la « forme de l'Église (3). » Saint Augustin instruisant son peuple, et avec lui toute l'Ëglise, ne s'exprime pas moins clairement: « Le Seigneur, dit-il, nous a confié ses brebis, parce <{ qu'il les a confiées à Pierre (4). » Saint Ëphrem, en Syrie, dit à un simple évêque: <i Vous occupez la place de Pierre (5); » parce qu'il regardait le Saint-Siège comme la source de i'épis- €opat.
Saint Gaudence de Bresse, partant de la même idée, appelle saint Ambroise le successeur de Pierre (G).
Pierre de Blois écrit à un évêque: « Père, rappe- « lez-vous que vous êtes le vicaire du bienheureux Et tous les évêques d'un concile de Paris déclarent n'être que les vicaires du prince des apôtres (8).
Saint Grégoire de Nysse confesse la même doc- 1. Mémento elaves Dominum Peiro et per edm, Ecclesis rdliquisse. {Idem, In Spectac., cap. x; Oper. ejusd., ibid.)
2. Bono unitatis B. Petrus...ei prseferri apostolis ojnnibus mentit, et elaves regni cœlorum communicandas cxteris solus aceepit. (Lib, XII, contra Parmenianum n" 3. Oper S. Op^, p. 104.)
3. Inde...eipiscoponim ordinatio et Ecclesiarum ra/?o decurrîY. (Cyp. Epist. XXXIII, éd. Paris. XVII, Pamel. Oper. S. Cyp., p. 216.)
4. Coinmendavit nobis Dominus oves suns, quia Petro commendavit. (Serm. CCXCVI, n» H, Oper. t. V, coll. 1202.)
5. Basiliun locwn Pétri obtinens, etc. (S. Ephrem. Oper., p. 725.)
6. Tanquam Pétri successor, etc. (Gaud. Brix, Tract, liab, in die suae ordin. Alagna Biblioth. PP., tom. II, coll. 59, in-fol. edit. Paris).
7. Recolite, pater, quia beati Pétri vicarios estis (Episl. CXLVIII, Op. Pétri £lesensis, p. 233.)
8. Dominus B. Petro cujus vices indigni gerimus, ait: Uuodcumque liga- ment, etc. (Concil. Paris. VI, tom. VII, Concil col. 1661.)
LIVRE 1, CflAPITRE VI. 51 îrine à la face de l'Orient: <( Jésus-Christ, dit-il, a « donné par Pierre, aux évêques, les clefs du <( royaume céleste (1).
Et quand on a entendu sur ce point l'Afrique, la Syrie, l'Asie Mineure et la France, on entend avec plus de plaisir un saint Écossais déclarer, dans le VI® siècle, que les mauvais évêques usurpent le siège de saint Pierre (2).
Tant on était persuadé de toutes parts que l'épis- €opat entier était, pour ainsi dire, concentré dans le siège de saint Pierre dont il émanait!
Cette foi était celle du Saint-Siège même, Inno- cent I" écrivait aux évêques d'Afrique: « Vous (( n'ignorez pas ce qui est dû au siège apostolique, <( d'où découlent Vépiscopat et toute son autorité...« Quand on agite des questions sur la foi, je pense <( que nos frères et coévêques ne doivent en référer <( qu'à Pierre, c est-à-dire à Vaiiteur de leur nom et « de leur dignité (3). » Et dans sa lettre à Victor de Rouen, il dit: « Je (( commencerai avec le secours de l'apôtre saint « Pierre, par qui Vapostolat et Vépiscopat ont com- « mencé en Jésus-Christ (3). » Saint Léon, fidèle dépositaire des mêmes maximes, déclare que tous les dons de Jésus-Christ ne sont par- venus aux évêques que par Pierre (5)...afin que de 1. Por Petrum episcopis dédit Christus claves cœlestium bonornm. {Op. S. Greg. Nyss., edit. Paris, in-fol. tom. III, p. 314.)
i. Sedem Pétri apostoli iramundis pedibus.,. usurpantes...Jiida?am •quodommolo ia Pétri cathedra...slaluunt. (Gildse sapientis presb. in Ecdes. ordinem acris Correptio {Biblioth. PP., Lugd., in-fol., tom. VIII, 3. Scientes quid apostolicx sedi, quum omnes hoc loco positi ipsum sequi desideremus apostolum, debealur, a quo ipse episcopaius et tota auctorilas hujus )ioi7iinix emersit. (Epist. XXIX Inn. I ad. conc. Carth., no 1, inter Epist. Rom. Pont. edit. D. Constant, col. 388.)
4. Perquem (Petrum) et crpostolatus et episcopatus in Christo cœpit j.xor- ■dium (Ibid., col. 747.)
5. Nunquam nisi per ipsum (Petrum) dédit quidquid, aliis non ne- f/aoit. (S. Léo, Serm. IV, ia ann. Assumpt. Oper., edit. Ballerini, t. 11 lui comme du chef les dons divins se répandissent dans tout le corps (1).
Je me plais à réunir d'abord les textes qui établis- sent la foi antique sur le grand axiome si pénible pour les novateurs.
Reprenant ensuite l'ordre des témoignages les plus marquants qui se présentent à moi sur la question générale, j'entends d'abord saint Cyprien déclarer, au milieu du m® siècle, qu il ny avait des hérésies et des schismes dans l'Église que parce que tous les yeux n'étaient pas tournés sur le prêtre de Dieu, sur ce Pontife qui juge dans l'Ëglise a la place de Jésus- Christ (2).
Au iv^ siècle, le pape Anastase appelle tous les peu- ples chrétiens mes peuples, et toutes les Églises chrétiennes des membres de mon propre corps (3).
Et, quelques années après, le pape Célestin appe- lait ces mêmes Églises nos membres (4).
Le Pape saint Jules écrit aux partisans d'Eusèbe: Ignorez-vous que Vusage est quon nous écrive d'abord, et quon décide ici ce qui est iuste?
Et, quelques évêques orientaux, injustement dépos- sédés, ayant recouru à ce Pape, qui les rétablit dans leur siège, ainsi que saint Athanase, l'historien qui rapporte ce fait observe que le soin de toute VEglise appartient au Pape, à cause de la dignité de son siège (5).
Vers le milieu du v® siècle, saint Léon dit au con- 1. Ul ah ipso (Petro) quasi quodam capite doaa sua velit in corpus omne manare. (S. Léo, Epist. X ad episc. prov. Vienn., cap. i, col. 633.) Je dois ces précieuses citations au savant auteur de la Tradition de VÉi/lise sur l'ins- titution des évêques, qui les a rassemblées avec beaucoup de goàt. (introduc- tion, p. xxxiij.)
2. Neque aliunde hrereses obortfe sunt, aut nata sunt schismata, quam dura Sacehdoti Dei non obtemperatur, nec unus in Ecclesia ad tempus judex vice Christi cogilatur. {S. Cyp. Epist. LV.)
3. Epist. Anast. ad Joli. Hieron, apud Const. Epist., décret. in-foL, p. 739. — Voyez les Vies des Saints, trad. de l'angl. d'Albaa Butler, par M. l'ubbé Godescard, in-S", tome 111, p. 689.
4. Ibid.
^.Espist. Rom. Pont., t. I. Sozomène, liv. III, c. vm.
LIVRE I, CHAPITRE VI. 53 cile de Chalcédoine, en lui rappelant sa lettre à Fla- vien: // ne s'agit plus de discuter audacieusemcnt^ mais de croire ma lettre à Flavien, d'heureuse mé- moire, aycmt pleinement et très clcdrement décidé tout ce qui est de loi sur le mystère de Vlncarna- tion (1).
El Dioscore, patriarche d'Alexandrie, ayant été précédemment condamné par le Saint-Siège, les légats ne voulant point permettre qu'il siégeât au rang des évêques, en attendant le jugement du con- cile, déclarent aux commissaires de l'empereur que si Dioscore ne sort pas de rassemblée, ils en sorti- ront eux-mêmes (2).
Parmi les six cents évêques qui entendirent la lec- ture de cette lettre, aucune voix ne réclama; et c'est de ce concile même que partent ces fameuses accla- mations qui ont retenti dès lors dans toute l'Église: Pierre a parlé par la bouche de Léon, Pierre est tou- jours vivant dans son siège.
Et dans ce même concile, Lucentius, légat du même Pape, disait: On a osé tenir un concile sans l'auto- rité du Saint-Siège, ce qui ne s'est jamais fait, ef n'est pas permis (3).
C'est la répétition de ce que le pape Célestin disait peu de temps auparavant à ses légats partant pour le concile général d'Éphèse: Si les opinions sont divi- sées, souvenez-vous que vous êtes là pour juger, et non pour disputer (4).
1. Uiide, fratres carissimi,rejecta penitus audacia disputandi conlra fvlem divinilus inspiratam, vana errantium infidelitas cojiquiescat, nec liceat defendi quod non licet credi, etc.
±. Si ercjo prsecipit vcstra magnificentia, aut ille egrediatiw, aut nos exinius. (Sacr. Coac, tom. IV.)
3. Fleury, Hist. eccL. liv. XXVIU, no 11. — Fleury, qui travaillait à bâtons rompus, oublia ce texte et un autre tout semblable (liv. XII, n» 10); et il nous dit hardiment, dans son IV e Discours sur l'iiist. écoles., n» 11: Vous qui avez lu cette histoire, vous n'y avez rien lu de semblable. M. le docteur Marchetti prend la liberté de le citer lui-même à lui-même. ( Critica. etc., t. I, 4. Ad disputationem si ventum fuerit, vos de eorum scntentiis dijudicarc debetis non subira certamen. {Voy. les Actes du conc.)
54 DU PAPE.
Le Pape, comme on sait, avait convoqué lui-même le concile de Ciialcocloine, au milieu du v® siècle; et cependant le vingt-huitième canon ayant accordé la seconde place au siège patriarcal de Constantinople, saint Léon le rejeta. En vain l'empereur Marcien, l'impératrice Pulchérie et le patriarche Anatolius lui adressent sur ce point les plus vives instances, le Pape demeure inflexible. Il dit que le troisième canon du premier concile de C. P., qui avait attribué précé- demment cette place au patriarche de C. P., n'avait jamais été envoyé au Saint-Siège. Il casse et déclare nul, par Vautorlié apostolique, le vingt-huitième canon de Chalcédoine. Le patriarche se soumet, et convient que le Pape était le maître (1).
Le Pape lui-même avait convoqué précédemment le deuxième concile d'Éphèse,et cependant il l'annula en lui refusant son approbation (2).
Au commencement du vi® siècle, l'évêque de Pa- tare, en Lycie, disait à l'empereur Justinien: // peut y avoir plusieurs souverains sur la terre, mais il n'y a qu'un Pape sur toutes les églises de Vunivers (3).
Dans le \if siècle, saint Maxime écrit, dans un ouvrage contre les Monothélites: « Si Pyrrhus pré- <( tend n'être pas hérétique, qu'il ne perde point son {( temps à se disculper auprès d'une foule de gens, <( qu'il prouve son innocence au bienheureux Pape i( de la très sainte Eglise romaine, c'est-à-dire au Ki Siège apostolique à qui appartiennent l'empire, « l'autorité et la puissance de lier et délier, sur tou- « tes les Eglises qui sont dans le monde, en toutes « CHOSES ET EN TOUTES MANIÈRES (4). )) 1. De là vient que le XVI1I« canon de Chalcédoine n'a jamais été mis dans les oolleclions, pas même par les Orientaux: ob Leonis reprobafionem, (Marca, (le Vet. Can. Coll., cap. m, § XVII.) Voyez, encore M. le docteur Marchetti. Appendice alla critica di Fleury. t. II, p. 236.
3. Libérât. In Breviar, de causa Nest. et Eutych. Paris, 1673, in-8, c. xxii, 4. In omnibus et per omnia. S. Maxime, abbé de Chrysophe, était né à C. P., LIVRE I, CnAPTTRE VI. 55 Au milieu de ce môme siècle, les évêques d'Afrique, réunis en concile, disaient au pape Théodore, dans une lettre synodale: A^os lois antiques ont décidé que de tout ce qui se {ail, même dans les pays les plus éloignés, rien ne doit être examiné ni admis avant que notre Siège illustre en ait pris connaissance (1).
A la fin du même siècle, les Pères du sixième con- cile général (troisième de C. P.) reçoivent, dans la (juatrième session, la lettre du pape Agathon, qui dit au concile: « Jamais l'Église apostolique ne s'est <( écartée en rien du chemin de la vérité. Toute « l'Église catholique, tous les conciles œcuméniques, « ont toujours embrassé sa doctrine comme celle du « Prince des apôtres. » Et les Pères répondent: Oui! telle est la véritable règle de la foi, la religion est toujours demeurée inal- térable dans le siège apostolique. Nous promettons de séparer à Vavenir de la communion catholique tous ceux qui oseront nêtre pas d'accord avec cette Eglise. — Le patriarche de C. P. ajoute: J'cd souscrit cette profession de ma propre main (2).
Saint Théodore Studite disait au pape Léon III, au commencement du ix® siècle: Ils nont pas craint de tenir un concile hérétique de leur autorité, sans en 480. Ejus. op. grsece et latine. Paris, lo7o, 1 vol. in-fol. — Biblioth. PP., (oni. XI, p, 76. — Fleury, après avoir promis de donner un extrait de ce (fu'il y a de remarquable dans l'ouvrage de S. Maxime qui a fourni cette cita- tion, passe en entier sous silence tout le passage qu'on vient de lire. Le doc- eur Marchelti le lui reproche justement. {Critica, etc., lom. I, cap. ii, p. 107.)
t. Ântiquis regulis sancitum est, ut quidquid, quamvis in remotis vel in tonr/inquis agatur provinciis, non prias tractandum vel accipiendum sit, nisi ad notitiam aimas Sedis vestrse fidsset deductum. Fleury traduit: « Les trois « primats écrivirent en commun une lettre synodale au pape Théodore, au « nom lie tous les évêques de leurs provinces, où, après avoir reconnu l'auto- « rite du Saint-Siège, ils se plaignent de la nouveauté qui a paru à C. P. » {tfist eccL, liv. XXXVIII, no41.) La traduction ne sera pas trouvée servile.
2. ffuic professioai snbscripsi mea manu, etc. Joh. episc. C. P. (Voyez le tome V desconc, édit. de Coletti, col. 622.) Bossuet appelle cette déclaration du VI' concile g('néral, un formulaire approuvé par taule V Eglise catholique. (Formulam tota Ecclesia comprabatam); le Saint Siège, en vertu des pro- messes de son divin Fondateur, ne pouvant jamais faillir. (Defensio cleri gallicani, lib. XV, cap. vu.)
56 DU PAPE.
votre permission, tandis qu'ils ne pouvaient en tenir un, même orthodoxe, à votre insu, suivant l'axciexxe COUTUME (1).
Weitstein a fait, à l'égard des Églises orientales en général, une observation que Gibbon regarde juste- ment comme très importante: « Si nous consultons (( l'histoire ecclésiastique, nous verrons que dès le (( iv^ siècle (2), lorsqu'il s'élevait quelque contro- (( verse parmi les évêques de la Grèce, le parti qui « avait envie de vaincre courait à Rome pour y faire (( sa cour à la majesté du Pontife, et mettre de son (( côté le Pape et l'épiscopat latin...C'est ainsi (( qu'Athanase se rendit à Rome bien accompagné, (( et y demeura plusieurs années (3). » Passons à une plume protestante, le parti qui avait envie de vaincre: le fait de la suprématie pontificale n'en est pas moins clairement avoué. Jamais l'Église orientale n'a cessé de la reconnaître. Pourquoi ces recours continuels à Rome? Pourquoi cette impor- tance décisive attachée à ses décisions? Pourquoi ces caresses à la majesté du Pontife? Pourquoi voyons- nous en particulier ce fameux Athanase venir à Rome, y passer plusieurs années, apprendre la lan- gue latine avec une peine extrême, pour y défendre sa cause? A-t-on jamais vu le parti qui voulait vain- cre (4) faire sa cour de même à la majesté des autres patriarches? Il n'y a rien de si évident que la supré- matie romaine, et les évêques orientaux ont cessé de 1. Fleurs. Hist eccL, tome X, liv. XLV. n" 47.
2. Cest-à-dire depuis l'origine de l'Eglise; car c'est depuis cette époaue seulement qu'on la voit agir exlérieurement comme une société publiquement constituée, ayant sa hiérarchie, ses lois, ses usages, etc. Avant son émancijKi- tion. le christianisme était trop gêné pour admettre le cours ordinaire des aj'pels. Tout s'y trouve cependant, mais seulement en germe.
3. Wetslein, Proleg. in Xov. Test., p. 19, cité par Gibbon, Hist. de la decad., etc., in-3, t. IV, c. isi.
4. Comme si tout parti ne voulait pas vaincre! Mais ce que Wetstein ne dit pas, et ce qui est cependant très clair, c'est que le parti de l'orthodoxie, qui était sûr de Rome, s'empressait d'y accourir; tandis que le parti de l'erreur, gui aurait bien voulu vaincre, mais que sa conscience éclairait suffi- samment sur ce qu'il devait attendre de Home, n'osait pas trop s'y présenter.
LIVRE I, CHAPITRE VI. 57 la confesser par leurs actions autant que par leurs écrits.
Il serait superflu d'accumuler les autorités tirées de l'Ëglise latine. Pour nous, la primatie du Souve- rain Pontife est précisément ce que le système de Copernic est pour les astronomes. C'est un point fixe dont nous parlons: qui balance sur ce point n'entend rien au christianisme.
Point d\udié cVEglise, disait saint Thomas, sans unité de loi...mais point d'unité de (oi sans un chef suprême (1).
Le pape et l'église c'est tout un! Saint François de Sales l'a dit (2), et Bellarmin l'avait déjà dit avec une sagacité qui sera toujours plus admirée à mesure que les hommes deviendront plus sages: Savez-vous de quoi il s'agit lorsqu'on parle du Souverain Pon- tife? Il s'agit du christianisme (3).
La question des mariages clandestins ayant été décidée à une très grande majorité de voix dans le concile de Trente, l'un des légats du Pape n'en disait pas moins aux Pères rassemblés, après même que ses collègues avaient signé: Et moi aussi, légat du Saint-Siège, je donne mon approbation au décret, s'il obtient celle de N. S. P. (4).
1. s. Thomas, Adversus gentes, liv. IV, cap. lxxvi.
2. Épitres spirituelles de S. François de Sales. Lyon, 1634, liv. VII, ép. XLIX. — D'après S. Ambroise, qui a dit: « Où est Pierre, là est l'Eglise. » Ubi Petrus, ihi Ecclesia. (Arabr. in Psalm XL.)
3. Bellarmin. De Summo Ponlijîce, in praef.
4. Ego pariter legatus Sedis apostolicse adprobo decretum si S. D. N. adprobetur. (Pallav., Hist. concil. Trident., lib. XXXIl, cap. iv et ix; lib. XXIII, cap. IX. — Zacarria, Anti-Frebonius vindicatus, in-8, t. II, dissert. IV, 58 DU PAPE.
CHAPITRE VII Témoignages particuliers de l'Église gallicane.
Dans son assemblée générale de 1626, le clergé de France appelait le Pape chel visible de V Eglise uni- verselle, vicaire de Dieu en terre, évêque des évêques et des patriarches; en un mot, successeur de saint Pierre, en qui Vapostolal et Vépiscopat ont eu com- mencement, et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui donnant les clefs du ciel avec Vinlailli- hililé de la foi, que l'on a vue durer immuable en ses successeurs fusquà nos jours (1).
Vers la fin du même siècle, nous avons entendu Bossuet s'écrier, d'après les Pères de Chalcédoine: Pierre est toujours vivant dans son siège (2).
Il ajoute: « Paissez mon troupeau, et avec mon « troupeau, paissez aussi les pasteurs, oui a votre « ÉGARD SERONT DES BREBIS (3). )) Et dans ce fameux sermon sur l'Unité, il prononce sans balancer: « L'Eglise romaine ne connaît point (( d'hérésie; l'Église romaine est toujours vierge...« Pierre demeure dans ses successeurs le fondement « des fidèles (4). » Et son ami, le grand défenseur des maximes galli- canes, ne prononce pas moins affirmativement: l'église ROMAINE n'a JAMAIS ERRÉ...NoUS CSpérOnS que Dieu ne permettra jamais à l'erreur de prévaloir dans h Saint-Siège de Rome, comme il est arrivé dans les autres sièges apostoliques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, parce que Dieu a dit: J'ai prié pour vous, etc. (5).
L Ce texte se trouve partout. On peut le lire, si l'on n'a point les Mémoires du clergé sous la main, dans les Remarques sur le système gallican, etc. In-8, 2. Bossuet, Sermon sur la Résurrect., II« partie.
3. Ibid.
4. Idem, Ibid Ir^ partie.
5. Fleury, Disc, sur les libertés de l'Église gallicane, LIVRh: I, CHAPITRE VII. 59 Il convient ailleurs que le Pape n'est pas moins notre supérieur pour le spirituel que le roi pour le temporel, et les évêques mêmes qui venaient de sous- crire les quatre articles de 1G82 accordaient cepen- dant au Pape, dans une lettre circulaire adressée à tous leurs collègues, la souveraine puissance ecclé- siastique (1).
Les temps épouvantables qui viennent de finir ont encore présenté en France un hommage bien remar- quable aux bons principes.
On sait qu'en l'année 1810 Bonaparte chargea un conseil ecclésiastique de répondre à certaines ques- tions de discipline fondamentale, très délicates dans les circonstances où l'on se trouvait alors. La réponse des députés sur celle que j'examine maintenant fut très remarquable.
Un concile général, disent les députés, ne peut se tenir sans le chef de l'Eglise, autrement il ne repré- senterait pas l'Eglise universelle. Fleury le dit expressément (2); l'autorité du Pape a toujours été nécessaire pour les conciles généraux (3).
A la vérité, une certaine routine française conduit les députés à dire, dans le courant de la discussion, que le concile génércd est la seule autorité dans l'Eglise qui soit au-dessus du Pape; mais bientôt ils se mettent d'accord avec eux-mêmes, en ajoutant tout de suite: Mais il pourrait arriver que le recours (au concile) devint impossible, soit parce que le Pape reluserait de reconnaître le concile général, soit, etc.
1. N'ouv. Opusc. de Fleury, Paris, 1807, in-12, p. 111. Corrections et addi- tions aux mêmes opuscules, p. 32 et 33, in-12.
2. ive Bise, sur l'Hist. eccl. — Qu'impoi-te que Fleury l'ait dit ou ne l'ait pas dit? Mais Fleury est une idole du Panlliéon français. En vain mille (ilnmes démontreraient qu'il n'y a pas d'historien moins fait pour servir d'autorité, bien des Français n'en reviendront jamais. Fleuiiy l'a dit.
3. Voyez les Fragments relatifs à l'hist. eccl. des premières années du dix- neuvième siècle. Paris, 1814, in-8, p. 113. Je n'examine point ici ce ci ue l'une ou l'autre |)uissance peut avoir à démêler avec tel ou tel membre de celte com- mission. Tout liornine d'honneur doit de sincères applaudissements à la noble et catholique intrépidité qui a dicté ces réponses.
€0 DU PAPE.
En un mot, depuis l'aurore du christianisme jus- qu'à nos jours, on ne trouvera pas que l'usage ait varié, toujours les Papes se sont regardés comme les chefs suprêmes de l'Église, et toujours ils en ont déployé les pouvoirs.
CHAPITRE VIII Témoignage janséniste, texte de Pascal, et Réflexions sur le poids de certaines autorités.
Cette suite d'autorités, dont je ne présente que la fleur, est bien propre sans doute à produire la convic- tion; néanmoins il y a quelque chose peut-être de plus frappant encore, c'est le sentiment général qui résulte d'une lecture attentive de l'histoire ecclésias- tique. On y sent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, on y sent, je ne sais quelle présence relie du Souve- rain Pontife sur tous les points du monde chrétien. Il est partout, il se mêle de tout, comme de tous côtés on le regarde. Pascal a fort bien exprimé ce senti- ment: // ne [aut pas, dit-il, juger de ce qu'est le Pape par quelques paroles des Pères...mais par les actions de VEglise et des Pères, et par les canons. Le Pape est le premier. Quel autre est connu de tous? Quel autre est reconnu de tous, ayant pouvoir d'influer par tout le corps, parce qu'il tient la maltresse branche qui influe partout (1)?
Pascal a grandement raison d'ajouter: Règle importante (2)! En effet, rien n'est plus important que de juger non par tel fait isolé ou ambigu, mais par l'ensemble des faits; non par telle ou telle phrase 1. Pensées de Pascal. Paris, 1803, in-5; tome H, II« partie, art. XVII, n». XCIl et XCIV, p. 118.
2. Ibid., n» XCIII.
LIVRE I, CHAPITRE VIII. 61 échappée à tel ou tel écrivain, mais par l'ensemble et l'esprit général de ses ouvrages.
11 faut, de plus, ne jamais perdre de vue cette grande règle qu'on néglige trop en traitant ce sujet, quoiqu'elle soit de tous les temps et de tous les lieux, que le témoignage d'un homme ne saurait être reçu, quel que soit le mérite de celui qui le rend, dès que cet homme peut être seulement soupçonné d'être sous Vinftuence de quelque passion capable de le tromper. Les lois repoussent un juge ou un témoin qui leur devient suspect, par cette raison, ou même par une simple considération de parenté. Le plus grand per- sonnage, le caractère le plus universellement vénéré, n'est point insulté par ce soupçon légal. En disant à un homme quelconque: Vous êtes un homme, on ne lui manque point.
Lorsque Pascal défend sa secte contre le Pape c'est comme s'il ne parlait pas; il faut l'écouter lorsqu'il rend à la suprématie du Pape le sage témoignage qu'on vient de lire.
Qu'un petit nombre d'évêques choisis, animés, effrayés par l'autorité, se permettent de prononcer sur les bornes de la souveraineté qui a droit de les juger eux-mêmes, c'est un malheur, et rien de plus; on ne sait pas même ce qu'ils sont.
Mais lorsque des personnages du même ordre, légitimement assemblés, prononcent avec calme et liberté la décision qu'on vient de lire sur les droits et l'autorité du Saint-Siège (1), alors on entend véri- tablement le corps fameux dont ils se disent les repré- sentants; cest lui véritablement; et lorsque, quel- ques années après, d'autres évêques fulminent contre ce qu'ils appellent si justement les servitudes de l'église GALLICANE, ccst cncorc lui; c'est cet illustre corps qu'on entend, et auquel on doit croire (2).
2. Servitutes potius r/uam libertates. (Voyez le tome II de la Coll. des pro- •lès-verb. du clergé, Piôc. just., n» 1.)
4 62 DU PAPK.
Lorsque saint Cyprien dit, en parlant de certains brouillons de son temps: Us osent s adresser à la chaire de Saint-Pierre, à cette Eglise suprême où la dignité sacerdotale a pris son origine...; ils ignorent que les Romains sont des hommes auprès de qui l'er- reur na point d'accès (1), c'est véritablement saint Cyprien qu'on entend; c'est un témoin irréprochable de la foi de son siècle.