Mais lorsque les adversaires de la monarchie pon- tificale nous citent, usque ad nauseam, les vivacités de ce même saint Cyprien contre le pape Etienne, ils nous peignent la pauvre humanité au lieu de nous peindre la sainte tradition. C'est précisément l'his- toire de Bossuet. Oui jamais connut mieux que lui les droits de l'Église romaine, et qui jamais en parla avec plus de vérité et d'éloquence? Et cependant ce même Bossuet, emporté par une passion qu'il ne voyait pas au fond de son cœur, ne tremblera pas d'écrire au Pape, avec la plume de Louis XIV, que si Sa Sainteté prolongeait cette aflaire par des ména- gements qu'on ne comprenait pas, le roi saurait ce qu'il aurait à faire; et qu'il espérait que le Pape ne voudrait pas le réduire à de si lâcheuses extré- mités (2).
Saint Augustin, en convenant franchement des torts de saint Cyprien, espère que le martyre de ce saint personnage les a tous expiés (3); espérons aussi qu'une longue vie consacrée tout entière au service de la religion, et tant de nobles ouvrages qui ont illustré l'Église autant que la France, auront effacé quelques fautes, ou, si l'on veut, quelques mouvements invo- lontaires, quos humana parum cavit natura.
Mais n'oublions jamais l'avertissement de Pascal, 1. Navigare audent ad Pétri cathedram atque ad Ecclesiam principalem, unde dignitas sacerdotalis orta est...nec cogitare eos esse Romanos ad quos perfidia hahere non possit accessum. (S. Cyp. Ep. LV.)
2. Hisi. de Bossuet, tome III, liv. X, n» 18, p. 33.
3. Martyrii falce purgatum. C'est encore un texte vulgaire.
LIVRE I, CHAPITRE IX. 63 de ne pas faire attention à quelques paroles des Pères, et, à plus forte raison, à d'autres autorités qui valent bien moins encore que les paroles fugitives des Pères, en considérant de sang-froid les actions et les canons (1), en s'attachanl toujours à la masse des autorités, en élaguant, comme il est de toute justice, celles que les circonstances rendent nulles ou sus- pectes: toute conscience droite sentira la force de ma dernière observation.
CHAPITRE IX Témoignages protestants.
Il faut que la monarchie catholique soit bien évi- dente, il faut que les avantages qui en résultent ne le soient pas moins, puisqu'il serait possible de faire un livre des témoignages que les protestants ont rendus à l'évidence comme à l'excellence de ce système; mais sur ce point, ainsi que sur celui des autorités catholiques, je dois me restreindre infiniment.
Commençons, comme il est de toute justice, par Luther, qui a laissé tomber de sa plume ces paroles mémorables: « Je rends grâce à Jésus-Christ de ce cju'il con- <( serve sur la terre une Église unique par un grand « miracle..., en sorte que jamais elle ne s'est éloi- <t gnée de la vraie foi par un décret (2). » « Il faut à l'Église, dit Mélanchton, des conduc- « leurs pour maintenir l'ordre, pour avoir l'œil sur <( ceux qui sont appelés au ministère ecclésiastique <( et sur la doctrine des prêtres, et pour exercer les « jugements ecclésiastiques, de sorte que, s'il n'y 2. Luther, cilé dans Vllist. des Variiitions, liv. I, n" 2J, etc.
64 DU PAPE.
« n'y avait point de tels évêques, il en faudrait « FAIRE. La monarchie du pape servirait aussi beau- « coup à conserver entre plusieurs nations le con- « sentement dans la doctrine (1). » Calvin leur succède: « Dieu, dit-il, a placé le « trône de sa religion au centre du monde, et il y a « placé un Pontife unique, vers lequel tous sont obli- « gés de tourner les yeux pour se maintenir plus « fortement dans l'unité (2).
Le docte, le sage, le vertueux Grotius prononce sans détour que, « sans la primauté du Pape, il n'y « aurait plus moyen de terminer les disputes et de Casaubon n'a point fait difficulté d'avouer « qu'aux « yeux de tout homme instruit dans l'histoire ecclé- (( siastique, le Pape était l'instrument dont Dieu s'est « servi pour conser^■er le dépôt de la foi dans toute « son intégrité pendant tant de siècles (4). » Suivant la remarque du Puffendorf, « il n'est pas « permis de douter que le gouvernement de l'Église « ne soit monarchique et nécessairement monar- (( chique, la démocratie et l'aristocratie se trouvant (( exclues par la nature même des choses, comme 1. Mélanchlhon s'exprime d'une manière admirable lorsqu'il dit: La monar- chie du Pape, etc. (Cossuet, Hist. des Variât., liv. V, § 24.)
1. Cultus sui sedem in viedio terrae collocavit, illi unum ANiisTiTEM/^rn?- fecit quem omnes respicerent, quo melius in unitate continei^entur. (Calv. nst. VI, § il.) Je suis tout prêt à regarder, avec Calvin, Rome comme le centre de la terre. Cette ville a bien, je crois, autant de droit que celle de Delphes de s'appeler umbilicus terras.
3. Sine tali primatu exire a controversiis non poterat, sicut hodie apud protestantes, etc. (Grot.:, Volum. pro pace Eccl., art. VU, Oper. tom. IV, Bàle, 1751, p. 658.) Une dame protestante a commenté ce texte avec beaucoup d'esprit et de jugement: « Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fonde- « ment du protestantisme. Les premiers réformateurs ne l'entendaient pas " ainsi. Ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit humain « aux termes de leurs propres lumières; mais ils avaient tort d'espérer qu'on « se soumettrait à leurs propres décisions, comme infaillibles, eux qui « rejetaient toute autorité de ce genre dans la religion catholique. » {De L" Alle- magne, par mad. de Staël, IV« partie, chap. ii.)
4. Nemo peritus rerum Ecclesim ignorât opéra Rom. Pont, per multa ssccula Deum esse usum in conservanda...fidei doctrina. (Casaub.. Exerc. XV;- in Annal. Bar.)
LIVRE I, CHAPITRE IX. 65 « absolument incapables de maintenir l'ordre et « l'unité au milieu de l'agitation des esprits et de la « fureur des partis (1). » Il ajoute avec une sagesse remarquable: « La « suppression de l'autorié du Pape a jeté dans le « monde des germes infinis de discorde; car n'y (( ayant plus d'autorité souveraine pour terminer les (( disputes qui s'élevaient de toutes parts, on a vu les (( prolestants se diviser entre eux, et de leurs propres « mains déchirer leurs entrailles (2). » Ce qu'il dit des conciles n'est pas moins raison- nable: « Que le coîicile, dit-il, soit au-dessus du Pape. (( c'est une proposition qui doit entraîner sans peine (( l'assentiment de ceux qui s'en tiennent à la raison (( et à l'Écriture (3); mais que ceux qui regardent le « siège de Rome comme le centre de toutes les Églà- (( ses, et le Pape comme l'évêque œcuménique, ado^p- « tent aussi le même sentiment, c'est ce qui ne doit (( pas sembler médiocrement absurde; car la propo- « sition qui met le concile au-dessus du Pape établit « une véritable aristocratie, et cependant l'Eglise « romaine est une moncœchie (i). » Mosheim, examinant le sophisme des Jansénistes, que le Pape est bien le supérieur de chaque Eglise prise à pari, mais non de toutes les Eglises réunies; Mosheim, dis-je, oublie son fanatisme anticatholique, et se livre à la droite logique, au point de répondre: (( On soutiendrait avec autant de bon sens que la tête « préside bien à chaque membre en particulier, mais « non point du tout au corps qui est l'ensemble de « tous ces membres; ou qu'un roi commande, à la (( vérité, aux villes, aux villages et aux champs qui 1 PufTendorf, de Monarch. Pont. Rom.
2. Furere protestantes in sua ipsorum viscera cœperunt. (Ibid.)
3. Par ces mol?, PufTendurf entend désigner les protestants.
4...Id quideni non parum absurditatis habet, quum status Ecclesiœ mo- narchicus sit. (Pufleudorf, De Habitu relig. christ. aJ vitam civilem, § 38.)
4.
66 DU PAPE.
(( composent une province, mais non à la province C'est un docteur anglais qui a fait à son Ëglise cet argument si simple et si pressant, qui est devenu célèbre: Si la supiémalie d'un archevêque (celui de Cantorbéry) est nécessaire pour maintenir Vuniver- salité de VEglise anglicane, comment la suprématie du Souverain Pontife ne le serait-elle pas pour main- tenir Vunité de VEglise universelle (2)?
Et c'est encore un aveu bien remarquable que celui de Candide Seckenberg, au sujet de l'administration des Papes: « Il n'y a pas, dit-il, un seul exemple dans « l'histoire entière, qu'un Souverain Pontife ait per- ce sécuté ceux qui, attachés à leurs droits légitimes, (( n'entreprenaient point de les outrepasser (3). » Il me serait aisé de multiplier ces textes, mais il faut abréger. Je terminerai par une citation intéres- sante, qui n'est pas aussi connue qu'elle mérite de l'être, et qui peut tenir lieu de mille autres. C'est un ministre du saint Évangile qui va parler; je n'ai pas le droit de le nommer, puisqu'il a jugé à propos de garder l'anonyme; mais je n'éprouve point l'em- barras de ne savoir à qui adresser mon estime: (( Je ne puis m'empêcher de dire que la première <( main profane portée à l'encensoir l'a été par Luther (( et par Calvin, lorsque, sous le nom de protestan- (( tisme et de réforme, ils opérèrent un schisme dans « l'Église, schisme fatal qui n'a opéré que par une « scission absolue ces modifications qu'Érasme « aurait introduites d'une manière plus douce par le « ridicule qu'il maniait si bien.
1. Idtam mihi scitum videtur, ac si quis affirninret meinbra quidem a capite regt, etc. (Mosheim, tom. I, Diss. ad hist. eccles. perlin., p. oi'i.)
2. Si necessarium est ad unitatem in Ecclesia {An(/li,T) tuendam unum archiepiscopum aliis prxesse; cur non pari ratione toti Ecclesisr Dei unus praeerit archiepiscopus? (Cartwrilh, In defens. WirgisU.)
3. Jure affirmari poterit ne exemplum quidem esse in omni reritm memoria nbi Pontifex processerit adversus eos qui. juribus suis intenti, ultra limites vagari, in auimum non induxerunt suum. (Henr. Christ. Seckenberg. Méthod -urispr. addit. IV. De Libert. Eccl. germ., § III.)
LiVRF. I, CHAPITRE IX. 67 (( Oui, ce sont les réformateurs qui, en sonnant le « tocsin sur le Pape et sur Rome, ont porté le pre- <( mier coup au colosse antique et respectable de la « hiérarchie romaine, et qui, tourn<int les esprits des « hommes vers la discussion des dogmes religieux, « les ont préparés à discuter les principes de la sou- « veraineté, et ont sapé de la même main le trône et « l'aulel.
(( Le temps est venu de reprendre en sous-œuvre « ce palais superbe détruit avec tant de fracas...Et « le moment est venu peut-être de faire rentrer dans le <( sein de l'Église les Grecs, les Luthériens, les Angli- « cans et les Calvinistes...C'est à vous. Pontife de « Rome..., à vous montrer le père des fidèles, en ren- <( dant au culte sa pompe, à l'Église son unité (1); « c'est à vous, successeur de saint Pierre, à rétablir « dans l'Europe incrédule la religion et les moeurs...« Les mêmes Anglais qui, les premiers, se sont sous- « traits à votre empire, sont aujourd'hui vos plus « zélés défenseurs. Ce patriarche qui, dans Moscou. « rivalisait avec vous de puissance, n'est peut-être « pas fort éloigné de vous reconnaître (2)...Profitez «'donc, Saint-Père, profitez du moment et des dispo- « sitions favorables. Le pouvoir temporel vous <(. échappe, reprenez le spirituel; et, faisant sur le y( dogme des sacrilices que les circonstances exigent, « unissez-vous aux sages dont la plume et la voix « maîtrisent les nations: rendez à l'Europe incrédule (( une reliiïion simple (1), mais uniforme, et surtout 1. Toujours Je même aveu: sans lui point d'unité, 2. L'auteur pouvait avoir des espérances légitimes à l'égard des Anglais, qui doivent, en effet, suivant toutes les apparences, revenir les premiers à l'unité; mais combien il se trompe au sujet des Grecs, qui sont bien plus éloigups de la vi'rité que les Anglais 1 Depuis un siècle, d'ailleurs, il n'y a plus de patriarche à Moscou. Enfin, l'archevêque ou métropolite qui occupait le siège de Moscou en 1797 était bien, sans contredit, parmi tous les évêques qui ont porté la mitre rebelle, le moins disposé à la reporter dans le cercle de l'unité.
3. Combien j'aurais désiré que l'estimable auteur nous eût dit, dans une note, ce qu'il entend par une religion simple! Si c'était [)ar hasard une religion corrigée et diminuée, le Pape donnerait peu dans cette idée.
68 DU PAPE.
(( une morale épurée, et vous serez proclamé le digne « successeur des apôtres (1). » Passons sur ces vieux restes des préjugés, qui se laissent si difficilement arracher des têtes les plus saines où ils se sont une fois enracinés. Passons sur ce pouvoir temjDorel qui échappe au Souverain Pon- tile, comme si jamais il n'avait dû se rétablir; pas- sons sur ce conseil de reprendre le pouvoir spirituel, comme si jamais il avait été suspendu, et sur le con- seil bien plus extraordinaire de (aire sur le dogme les sacrilices que les circonstances exigent, c'est- à-dire, en d'autres termes parfaitement synonymes^ de nous {aire protestants, afin qu'il ny en ait plus...Du reste, quelle sagesse! quelle logique! quels aveux sincères et précieux î quel effort admiralDle sur les préjugés nationaux! En lisant ce morceau, on se rappelle la maxime: D'un ennemi l'on peut accepter les leçons: Si pourtant il est permis d'appeler ennemi celui qu'une conscience éclairée a si fort rapproché de nous.
CHAPITRE X Témoignages de l'Église russe, et, par elle, témoignages de l'Église grecque dissidente.
On ne lira pas enfin sans un extrême intérêt les témoignages lumineux, et d'autant plus précieux qu'ils sont peu connus, que l'Ëglise russe nous fournit contre elle-même sur l'importante question de la suprématie du Pape. Ses livres spirituels présentent à cet égard des confessions si claires, si expresses, si 1, De la nécesité d'un culte public. Lyon, 1797, in-8. (Conclusion.)
puissantes, qu'on a peine à comprendre comment la science qui consent à les prononcer refuse de s'y ren- dre (1). Si ces livres ecclésiastiques n'ont point encore été cités, il ne faut pas s'en étonner. Embar- rassants par le format et le poids, écrits en slave, langue, quoique très riche et très belle, aussi étran- gère que le sanscrit à nos yeux et à nos oreilles, imprimés en caractères repoussants, enfouis dans les églises et feuilletés seulement par des hommes pro- fondément inconnus au monde, il est tout simple que, jusqu'à ce moment, on n'ait pas fouillé cette mine; il est temps d'y descendre.
L'Ëglise russe consent donc à chanter l'hymne sui- vante: (( 0 saint Pierre, prince des apôtres! primat (( apostolique! pierre inamoviljle de la foi, en récom- « pense de la confession, éternel fondement de « V Eglise, pasteur du troupeau parlant (2); porteur (.(. des clefs du ciel, élu entre tous les apôtres pour « être, après Jésus-Christ, le premier fondement de « la sainte Église, réfouis-toi! — réfouis-toi! colonne « inébranlable de la foi orthodoxe, chef du collège (( apostolique (3) / » Elle ajoute: « Prince des apôtres, tu as tout quitté « et tu as suivi le Maître en lui discmt: Je mourrai « avec toi; avec toi je vivrai d'une vie heureuse: tu « as été le premier évêque de Rome, Vhonneur et la 1. J'ai su que, depuis quelque temps, on rencontre dans le commerce, tant à Moscou qu'à Saint-PtHersbourg, quelques exemplaires de ces livres mutilés dans les eniJroits trop frappants; mais nulle part ces textes décisifs ne sont plus lisibles que dans les exemplaires d'où ils ont été arrachés.
2. Pastoir SLOVEiiNAGO STADA (loqueutis gregis), c'est-à-dire les hommes sui- vant le génie de la langue slave. C'est l' animal parlant ou l'âme parlante des Hébreux, et l'homme articulateur d'Homère. Toutes ces expressions des lan- gues antiques sont très justes: Yhomme n'étant homme, c'est-à-dire intelli- gence que par la parole.
3. Akaphisti sEDMiTCHMi (Prièrcs hebdomadaires). N. B. On n'a pu se pro- curer ce livre en original. La citation est tirée d'un autre livre, mais très exact, et qui n'a trompé dans aucune des citations qu'on a empruntées de lui, et qui ont été vérifiées. Suivant ce dernier livre, les Akaphisti sedmitchnii furent imprimées àMohilotV en 1698. L'espèce d'hymne dont il s'agit porte ici le nom grec d"î?|j.o; (c'est-à-dire sérî'e); elle appartient à l'office du jeudi, dans l'octave de la fête des apôtres.
70 DU PAPK.
<i gloire de la très grande ville: sur toi s'est affermie La même Église ne refuse point de répéter dans sa langue ces paroles de saint Jean Chrysostome: <( Dieu dit à Pierre: Vous êtes Pierre, et il lui « donna ce nom parce que sur lui, comme sur la (( pierre solide, Jésus-Christ fonda son Eglise, et les (( portes de Venfer ne prévaudront point contre elle; (( car le Créateur lui-même en ayant posé le foncle- (( ment qu'il affermit par la foi, quelle force pourrait (( s'opposer à lui (2)? Que pourrai-je donc ajouter « aux louanges de cet apôtre, et que peut-on' ima- « giner au delà du discours du Sauveur, qui appelle « Pierre heureux, qui l'appelle Pierre, et qui déclare « que sur cette pierre, il bâtira son Église (3)? Pierre (( est la pierre, est le fondement de la foi (4); c'est à « ce Pierre, rapôtre suprême, que le Seigneur lui- « même a donné l'autorité, en lui disant: Je te donne « les clefs du ciel, etc. Que dirons-nous donc à a Pierre? 0 Pierre, objet des complaisances de « l'Église, lumière de l'univers, colombe immaculée, a prince des apôtres (5), source de l'orthodoxie (6). » I. MiNEiA MESATCHNAïA. (Vies des Saints pour cliaque mois.) Elles sont divi- Fi'es en douze volume?, un pour chaque mois de l'année: ou en quatre, un pour trois mois. Aux vies des saints les dernières éditions ajoutent des hymnes et autres pièces, de manière que le tout serait peut-être nommé plus exactement Office des Suints. Moscou 1813, in-foL, 30 juin. Recueil en l'honneur des saints apôtres.
1. Saint Chrysostome traduit en slave, dans Je livre rituel de l'Eglise russe, intitulé Pholog. Moscou 1677, in-fol. C'est un abrégé de la vie des saints dont on fait l'otlice chaque jour de l'année. On y trouve aussi des fermons, des panégyriques de saint Clirysoslome et autres Pères de l'Eglise, des sentences tirf'es de leurs propres ouvrages, etc. La citation rappelée par cette note appartient à l'office du 29 juai. Elle est tirée du IIP sermon de saint Jean Chrysostome, pour la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul.
3. Saint Jean Chrysostome. Ihid. Second sermon.
4. Trio dpostin.ua. [liitualis liber quadi-agesimalis.) Ce livre contient les offices de l'Église russe, depuis le dimanche de la sepluagésime jusqu'au samedi saint. (Moscou, 1811, in-fol.) Le passage cité est tiré de l'office du jeudi de la deuxième semaine.
5. Pholog. {ubi sup7'a). 29 juin. 1", IP et IIP discours de saint Jean Chry- sostome.
6. Natchalo phavoslavaiia. Le pholog., d'après saint Jean Chrysost., ibid. 29 iuin.
L'Église russe, qui parle en termes si magnifiques du prince des apôtres, n'est pas moins diserte sur le compte de ses successeurs; j'en citerai quelques exemples.
Premier et deuxième siècles. — « Après la mort « de saint Pierre et de ses deux successeurs, Clément (( tint sagement à Rome le gouvernail de la barque, (( qui est VEglise de Jésus-Christ (!); et dans une « hymne en l'honneur de ce même Clément, l'Église « russe lui dit: Martyr de Jésus-Christ, disciple de (( Pierre, tu imitas ses vertus divines, et te montras (( ainsi le véritable héritier de son trône (2). » Quatrième siècle. — Elle dit au pape saint Syl- vestre: (( Tu es le chef du sacré concile; tu as illustré « le trône du prince de apôtres (3); divin chef des « saints évêques, tu as confirmé la doctrine divine, (( tu as fermé la bouche impie des hérétiques (4). » Cinquième siècle. — Elle dit à Léon: « Quel nom (( te donnerai~ie aujourd'hui? Te nommerai-je le « héros merveilleux et le ferme appui de la vérité; « le vénérable chef du suprême concile (5); le succes- « seur au trône suprême de saint Pierre; Vhéritier « de Vinvincible Pierre et le successeur de son Septième siècle. — Elle dit à saint Martin: « Tu « honoreras le trône divin de Pierre, et c'est en main- « tenant VEglise sur cette pierre inébrcudable, que tu a as illustré ton nom (Ty. Très glorieux maître de (( toute doctrine orthodoxe; organe véridique des pré- (( ceptes sacrés (8), autour duquel se réunirent tout le i. MiNEU MRSATCHNAïA. OfficG du 15 janvier. Kondak (hymne). Slroiih. II.
2. MiNEi TCHETHiKi. C'csl la Vîc des Saints, par Demilri Rotofski, qui est un saint de l'Église russe (Moscou, 1815;, ^onovemhre. Vie de saint Clément, pape et martyr.
3. MiNEiA MESATCHNAïA. t^ novembre. Hymne VIII, îo;ji.o;.
4. Ibid., 2 janvier. S. Sylvestre, pape. Hymne II.
5. Iliid., 18 février. S. Léon, pape. Hymne VIII. — Jbid. extrait du IVe dise, au concile de Chalcédoine.
6. Jbid., 18 février. Hymne VIII, strophes I"-*^ et VII% îpixo;. l.Ibid., 14 avril. Saint Martin, pape, hymne VIII,!çiao;.
8. Pholog. 10 avril. Siichiri (C'au/i^.), hymne Vlll.
72 DU PAPE.
(( sacerdoce et toute Vorthodoxie, pour anathéma- « User Vhérésie (1). » Huitième siècle. — Dans la vie de saint Gré- goire II, un ange dit au saint pontife: « Dieu t'a (( appelé pour que tu sois Vévêque souverain de son (( Eglise, et le successeur de Pierre, le prince des Ailleurs, la même Église présente à l'admiration des fidèles la lettre de ce saint pontife, écrivant à l'empereur Léon l'Isaurien, au sujet du culte des images: <( C'est pourquoi nous, comme revêtus de la « puissance et de la souveraineté (godspodstvo) de (K saint Pierre, nous vous défendons, etc. (3). » Et dans le même recueil qui a fourni le texte pré- cédent, on lit un passage de saint Théodore Studite, qui a dit au Pape Léon III (4): « 0 toi, pasteur su- « prême de l'Église qui est sous le ciel, aide-nous (( dans le dernier des dangers; remplis la place de « Jésus-Christ! Tends-nous une main protectrice « pour assister notre Église de Constantinople! « Montre-toi le successeur du premier pontife de ton « nom. Il sévit contre l'hérésie d'Eutychès; sévis à (< ton tour contre celle des iconoclastes (5)! Prête « l'oreille à nos prières, d toi, chef et prince de Vapos- « tolat, choisi de Dieu même pour être le pasteur du <i troupeau parlant (6); car tu es réellement Pierre, « puisque tu occupes et que tu fais briller le siège de « Pierre! C'est à toi que Jésus-Christ a dit: Conlirme « tes frères. Voici donc le temps et le lieu d'exercer « tes droits. Aide- nous, puisque Dieu t'en a donné le (( pouvoir, car c'est pour cela que tu es le prince de 1. Pholog. 14 avril. Saint Martin, pape.
2. MiNEi TCHETHiKi. 12raars. Saint Grégoire, pape.
3. SoBORNic. In-fol. Moscou, 1804. C'est un recueil de sermons et d'épitres des Pères de l'Église, adopté pour l'usage de l'Église russe.
4. C'est ce même Théodore Studite qui est cité plus haut.
5. SoBOR.Nic. Vie de saint Théodore Studite, 11 nov.
7. SoBOHNic. Lettres de saint Théodore Studite, liv. II, Ep. xii.
Non contente d'établir ainsi la doctrine catholique par les confessions les plus claires, l'Église russe consent encore à citer des faits qui mettent dans tout son jour l'application de la doctrine.
Ainsi, par exemple, elle célèbre le pape saint Célestin, «■ qui, ferme par ses discours et par ses « œuvres dans la voie que lui avaient tracée les apô- <(. très, déposa Nestorius, patriarche de Constanti- « nople, après avoir mis à découvert dans ses lettres « les blasphèmes de cet hérétique (1); » Et le pape saint Agapet, « qui déposa ïhérétique « Aniime, patriarche de Constantinople, lui dit ana- « thème, sacra ensuite Mennas, personnage d'une « doctrine irréprochable, et le plaça sur le même (( siège de Constantinople (2); » Et le pape saint Martin, « qui s'élcmça comme un « lion sur les impies, sépara de VEglise de Jésus- <( Christ Cyrius, patriarche d'Alexandrie; Serge, « patriarche de Constantinople; Pyrrhus et tous « leurs adhérents (3). » Si Ton demande comment une Église qui récite tous les jours de pareils témoignages nie cependant avec obstination la suprématie du Pape, je réponds qu'on est mené aujourd'hui par ce qu'on a fait hier; qu'il n'est pas aisé d'effacer les liturgies antiques, et qu'on les suit par habitude, et même en les contre- disant par système; qu'enfin les préjugés à la fois les plus aveugles et les plus incurables sont les pré- jugés religieux. Dans ce genre, on n'a droit de s'étonner de rien. Les témoignages, au reste, sont d'autant plus précieux, qu'ils frappent en même temps sur l'Église grecque, mère de l'Église russe, qui n'est plus sa fille (4). Mais les rites et les livres 1. PnoLOG 8 avril. Saint Célestin, pape.
i. Ibid. Salut Agapet, pape.— Article répété 25 août. Saint Mennas ou Minnas\ suivant la prononciation grecque moderne, représentée par l'orthographe slave.
3. MiNEiA. MESATCHN.^iA. 14 avril. Saint Martin, pape.
4. Il est assez commun d'entendre confondre dans les conversations l'Église russe et l'Eglise grecque. Rien cependant n'est plus évidemment faux. La prel 74 DU PAPE.
liturgiques étant les mêmes, un homme passablement robuste perce aisément les deux Églises du même coup, quoiqu'elles ne se touchent plus.
On a \\i d'ailleurs, parmi la foule de témoignages accumulés dans les chapitres précédents, ceux qui concernent l'Église en particulier: sa soumission antique au Saint-Siège est au rang de ces faits histo- riques quïl n'y a pas moyen de contester. Il y a même ceci de particulier, que le schisme des Grecs n'ayant point été une affaire de doctrine, mais de pur orgueil, ils ne cessèrent de rendre hommage à la suprématie du Souverain Pontife, c'est-à-dire de se condamner eux-mêmes jusqu'au moment où ils se séparèrent de lui, de manière que l'Église dissidente, mourant à l'unité, l'a confessée néanmoins par ses derniers soupirs.
Ainsi, l'on vit Photius s'adresser au pape Nico las P'", en 859, pour faire confirmer son élection; l'empereur Michel demander à ce même Pape des légats pour rélormer FÉglise de C. P., et Photius lui- même tâcher encore, après la mort d'Ignace, de raière fut, à la vérité, dans son principe, province du patriarcat grec; mais il lui est arrivé ce qui arrivera nécessairement à toute Église non catholique, qui, par la seule force des choses, finira toujours par ne dépendre que de son souverain temporel. On parle beaucoup de la suprématie anglicane; cependant elle n'a rien de particulier à l'Angleterre, car on ne citera pas une seule Église séparée qui ne soit pas sous la domination absolue de la puissance civi!e. Parmi les catholiques mêmes, n'avous-nous pas vu l'Église gallicane humiliée, entravée, asservie par les grandes magistratures, à mesure et en proportion juste de ce qu'elle se laissait follement émanciper envers la puissance pontificale? 11 n'y a donc plus d'Eglise grecque hors de la Grèce, et celle de Russie n'est pas plus grecque qu'elle n'est cophte ou arménienne. Elle est seule dans le monde chrétien, non moins étrangère au Pape qu'elle méconnaît, qu'au patriarche grec, qui passerait pour un insensé s'il s'avisait d'envoyer un ordre quelconque à Saint-Pétersbourg. L'ombre même de toute coordination religieuse a disparu pour les Russes avec leur patriarche; l'Eglise de ce grand peuple, entièrement solée, n'a plus même de chef spirituel qui ait un nom dans l'histoire ecclésiastique. Quant au saint synode, on doit professer, à l'égard de chacun de ses membres pris à part, toute la considération imaginable; mais en les contemplant en corps, on n'y voit plus que le consistoire national perfectionné par la pré- sence d'un représentant civil du prince qui exerce précisément sur ce comité ecclésiastique la même suprématie que le souverain exerce sur l'Eglise en général.
LIVRE I, CHAPITRE X. io séduire Jean Mil, pour en obtenir cette confirmation qui lui manquait (1).
Ainsi, le clergé de C. P. en corps recourait au pape Etienne en 8S6, reconnaissait solennellement sa supré- matie,et lui demandait, conjointement avec l'empereur Léon, une dispense pour le patriarche Etienne, frère de cet empereur, ordonné par un schismatique (2).
Ainsi l'empereur romain qui avait créé son fils Théophilacte patriarche à l'âge de seize ans recourut en 993 au pape Jean XII pour en obtenir les dispen- ses nécessaires, et lui demander en même temps que le paUium fût accordé par lui au patriarche, ou plutôt à l'Ëglise de C. P., une fois pour toutes, sans qu'à l'avenir chaque patriarche fût obligé de le demander à son tour (3).
Ainsi, l'empereur Basile, en l'an 1019, envoyait encofe des ambassadeurs au pape Jean XX, afin d'en obtenir, en fa\eur du patriarche de C. P., le titre de patriarche œcuménique à l'égard de l'Orient, comme le Pape en [ouissait sur toute la terre (4).
Etrange contradiction de l'esprit humain! Les Grecs reconnaissaient la souveraineté du Pontife romain en lui demandant des grâces; puis ils se sépa- raient d'elle parce qu'elle leur résistait: c'était la reconnaître encore, et se confesser expressément rebelles en se déclarant indépendants.
Saint François de Sales terminera ce chapitre. Il eut jadis l'ingénieuse idée de réunir les différents titres que l'antiquité ecclésiastique a donnés aux Sou- verains Pontifes et à leur siège. Ce tableau est piquant, et ne peut manquer de faire une grande im- pression sur les bons espriis.
1. Maimbourg. Hist. du schisme des Grecs, t. [, liv. I, an 859. Ibid. Le Pape dit dans sa lettre qu ayant le pouvoir et l'autorité de dispenser des décrets des conciles et des Popes ses prédécesseurs, pour de justes raisons, etc. (Joh. Epist. CXCIX. ce et CGII, t. IX. Conc, edit. Par.)
76 DU PAPE.
Le Pape est donc appelé: Le très saint Evêque de l'Eglise catho- lique.
Le très saint et très heureux Patriarche.
Le très heureux Seigneur.
Le Patriarche universel.
Le chef de l'Eglise du monde.
L'Evêque élevé au faîte apostolique.
Le Père des Pères.
Le Souverain Pontife des Evêques.
Le Souverain Prêtre.
Le Prince des Prêtres.
Le Préfet de la maison de Dieu, et le Gardien de la Vigne du Seigneur.
Le Vicaire de Jésus-Christ, le Confir- mateur de la Foi des chrétiens.
Le Grand Prêtre - Le Souverain Pontife.
Le Prince des Evêques.
L'Héritier des Apôlres.
Abraham par le patriarcat.
Melchisédech par l'ordre.
Moïse par l'autorité.
Samuel par la juridiction.
Pierre par la puissance.
Christ par l'onction.
Le Pasteurde la Bergeriede Jésus-Christ.
Le Porte-Clef de la Maison de Dieu.
Le Pasteur de tous les Pasteurs.
Le Pontile appelé à la plénitude de la puissance.
Saint Pierre fut la Bouche de Jésus- Christ.
La Bouche et le Chef de l'Apostolat.
La Chaire et l'Eglise principale.
L'Origine de l'unité sacerdotale.
Le Lien de l'unité.
L'Eglise où réside la puissance princi- pale {potenlior Principalitas).
L'Eglise, Racine, Matrice de toutes les autres.
Le siège sur lequel le Seigneur a con- struit l'Eglise universelle.
Le Point cardinal et le Chef de toutes les Eglises.
Le Refuge des Evêques.
Le Siè^'e suprême apostolique.
L'Eglise présidente.
Concile de Soissons, de 300 evêques.
Ibid., t. VII, Concil.
S. August. Epist. XCV.
S. Léon P., Epist. LXII.
Innoc. ad PP. Concil. milevit.
S. Cyprien, Epi>it. III, XII.
Concil. de Chalcéd., sess. III.
Idem, inprsef.
Concil. de Chalcéd., sess. XVI.
Etienne, evêque de Carthage.
Concile de Carthage, Epist. ad Da- masum.
S. Jérôme, Prsef. in Evang. ad Da masum.
Valentinien, et avec lui toute l'anti- quité.