Vous voyez comment chaque dogme du Christianisme se rattache aux lois fondamen- tales du monde spirituel: il est tout aussi im- portant d'observer qu'il n'en est pas un qui ne tende à purifier l'homme et à l'exalter.
Quel superbe tableau que celui de cette immense cité des esprits avec ses trois ordres toujours en rapport! le inonde qui com- bat présente une main au monde qui souffre et saisit de l'autre celle du monde qui triomphe. L'action de grâce, la prière, les satisfactions, les secours, les inspirations, la foi, l'espérance et l'amour, circulent de l'un à l'autre comme des fleuves bienfaisants. Rien n'est isolé, et les eprits, comme les lames d'un faisceau aimanté, jouissent de leurs pro- pres forces et de celles de tous les autres.
Et quelle belle loi encore que celle qui a mis deux conditions indispensables à toute indulgence ou rédemption secondaire: mérite surabondant d'un côté, bonnes œuvres pres- crites et pureté de conscience de l'autre! Sans l'œuvre méritoire, sans l'état de grâce, point de rémission par les mérites de l'inno- cence. Quelle noble émulation pour la vertu! quel avertissement et quel encouragement pour le coupable!
« Vous pensez, disait jadis l'apôtre des c<. Indes à ses néophytes, vous pensez à vos « frères qui souffrent dans un autre monde: ce vous avez la religieuse ambition de les sou- ce lager; mais pensez d'abord à vous-mêmes: ce Dieu n'écoute point celui qui se présente à ce lui avec une conscience souillée; avant ce & entreprendre de soustraire des âmes aux ce peines du purgatoire, commencez par dé- ce livrer les vôtres de V enfer (1). » Il n'y a pas de croyance plus noble et plus utile, et tout législateur devrait tâcher de l'é- tablir chez lui, sans même s'informer si elle est fondée; mais je ne crois pas qu'il soit possible de montrer une seule opinion uni- versellement utile qui ne soit pas vraie.
Les aveugles ou les rebelles peuvent donc contester tant qu'ils voudront le principe des in- dulgences: nous les laisserons dire, c'est celui de la réversibilité; c'est la foi de Pu ni vers.
J'espère, messieurs, que nous avons beau- coup ajouté, dans ces deux derniers entre- tiens, à la masse des idées que nous avions (1) Et sanè œquum est ut alienam ù parrjatorio animamliberatunts, priùs ab inferno liberet suam. Lettre de saint François Xavier à saint Ignace. Goa, 21 octobre 1542. (lnler episl. sancti Francisa Xaverii à Tursçllino etrossrviiw lalini versas. Wralislaviœ, 1734, iu-12, p. 1G.)
251 LES SOIRÉES, ETC.
rassemblées dans les premiers sur la grande question qui nous occupe. La pure raison nous a fourni des solutions capables seules de faire triompher la providence, si ton ose la juger (1). Mais le Christianisme est venu nous en présenter une nouvelle d'autant plus puissante qu'elle repose sus une idée univer- selle aussi ancienne qne le monde, et qui n'avait besoin que d'être rectifiée et sanction- née par la révélation. Lors donc que le cou- pable nous demandera pourquoi Vinnocence souffre dans ce monde, nous ne manquerons pas de réponses, comme vous l'avez vu; mais nous pouvons en choisir une plus directe et plus touchante peut-être que toutes les autres. — Nous pouvons répondre: Elle souf- fre pour vous, si vous le voulez, (I) Uivincas cUmjudi caris. (Ps. L, G.)
FIN DU DIXIEME E>TRETIE?f.
NOTES DU DIXIÈME ENTRETIEN.
( Page 1 99. Ils ( /es saints Pères ) se plaignent que le crime ose faire servir à ses excès un signe saint et mystérieux. ) Il estimpossible de savoir quels textes l'interlocuteur avait eu en vue, ni même s'il s'en rappelait quelques-uns bien distinctement. Je ne puis citer sur ce point que deux passages; l'un de Clément d'Alexandrie, l'autre de saiut Jean-Clirysostôme. Le premier dit (Pedag., lib. III, ch. xi.): Qu'il n'y a rien de plus criminel que de faire servir au vice un signe mystique de sa nature.
Le second est moins laconique. « Il a été donné, dit-il, pour allumer «dans nous le feu de la charité, afin que de celte manière nous nous « aimions comme des frères, comme des pères et des enfants s'aiment «entre eux...Ainsi les âmes s'avancent l'une vers l'autre pour s'unir...«Mais je ne puis ajouter d'autres choses sur ce sujet...Vous m'entendez, « vous qui êtes admis aux mystères...Et vous, qui osez prononcer des « paroles outrageantes ou obscènes, songez quelle bouche vous profanez, « et tremblez...Quand l'apôtre disait aux Gdèles: Saluez-vous par le «saint baiser...c'était pour unir et confondre leurs âmes. » Per os- cula inler se copulavit. ( D. Joan. Chrysost. in II, ad Cor. epist. comm. hom. xxx., interopp. cura Bern.de Montfaucon. Paris, mdccxxxii, On peut encore citer Pline le naturaliste. «Il y a, dit-il, je ne sais « quelle religion attachée à certaines parties du corps. Le revers de ta « main, par exemple, se présente au baiser...; mais si nous appliquons <( le baiser aux yeux, nous semblons pénétrer jusqu'à rame et la tou- « cher.»
256 note» 256 note» lnest et aliit partibus qucedam religio: sicut dextra osculis aversa ap^ petitttr...hos (oculos) cùm osculamur, animum ipsum videmur attin- gere. ( C. Pliu. Sec. Hist. nat. curis Harduini. Paris, mdclxxxv; iu-4°» tora. II, §§ 54, 103, pages 547, 595. ) ( Note de Vediteur.)
II.
(Page 200. Dieu est le lieu des esprits comme l'espace est le lieu des corps.)
Recherche de la vérité, in-4°.
Au reste, ce système de la vision en Dieu est clairement exprimé par saint Thomas, qui aurait été, quatre siècles plus tard,Mallebranclie ou Bossuet, et peut-être l'un et l'autre. « Videntes Deum, omnia simul • vident in ipso: Ceux qui voient Dieu voient en même temps tout en « lui. » ( D. Tlwm. adversùs génies. Lib. III, cap. lix.) Puisqu'ils vivent dans le sein de celui qui remplit tout, qui contient tout et qui en- tend tout. ( Eccli. I, 7.) Saint Augustin s'en approche encore infiniment lorsqu'il appelle Dieu avec tant d'élégance et non moins de justesse, simjm cogitations hem; le centre générateur de mes pensées. ( Confess., liv. XHI, 11.) Le P. Berlliier a dit, en suivant les mêmes idées: Toutes « les créatures, l'ouvrage de vos mains, quoique très distinguées de « vous, puisqu'elles sont finies, sont toujours en vous, et vous êtes « toujours en elles. Le ciel et la terre ne vous contiennent pas, puisque « vous êtes infini; mais vous les contenez dans votre immensité. Vous « êtes le lieu de tout ce qui existe, et vous n'êtes que dans vous-même. » (Réflex. spirit., loin. III, pag. 28. ) Ce système est nécessairement vrai de quelque manière; quant aux conclusions qu'on en voudra ti- rer, ce n'est point ici le lieu de s'en ocuper.
ïil.
ïil.
(Page 205...Un seul homme nous a perdus par un seul acte.)
« Tous les hommes doivent donc croître ensemble pour ne faire «qu'un seul corps parle Christ, qui en est la tête. Car nous ne sommes DU DIXIÈME ENTRETIEN. Vôl « tous que les membres de ce corps unique qui se forme et AVd//?e'par « la charité, et ces membres reçoivent de leur chef l'esprit, la vie et « l'accroissement, par le moyen des jointures et des communications « qui les unissent, et suivant la mesure qui est propre à chacun d'eux,» Et cette grande unité est si fort le but de toute l'action divine par rapport à nous, « que celui qui accomplit tout en tous ne se trouvera lui-même accompli que lorsqu'elle sera accomplie. (Ibid. 1, 23.)
Et alors, c'est-à-dire à la fin des choses, Dieu sera tout en tous.
C'est ainsi que saint Paul commentait son maître; et Origène, com- mentant saint Paul à son tour, se demande ce que signifient ces pa- roles: Dieu sera tout en tous; et il répond: « Je crois qu'elles signi- « fient que Dieu sera aussi tout dans chucun, c'est-à-dire que chaque «substance intelligente, étant parfaitement purifiée, toutes ses pen- « sees seront Dieu; elle ne pourra voir et comprendre que Dieu; elle « possédera Dieu, et Dieu sera le principe et la mesure de tous les « mouvements de cette intelligence: ainsi Dieu sera tout en tous; car « la distinction du mal et du bien disparaîtra, puisque Dieu, en qui « le mal ne peut résider, sera tout en tous; ainsi la fin des choses nous « ramènera au point dont nous étions partis..., lorsque la mort et le « mal seront détruits; alors Dieu sera véritablement tout es tous. » {Origène, au livre des Principes, liv. III, ch. vi.)
IV.
(Page 208...Ce pain et ce vin mystiques, qui nous sont présentés à la table saiate, brisent le moi, et nous absorbent dans leur inconce- vable unité.)
On pourrait citer plusieurs passages dans ce sens: un seul de saint Augustin peut suffire: « Mes frères, disait-il dans l'un de ses sermons, « si vous êtes le corps et les membres du Sauveur, c'est votre propre « mystère que vous recevez. Lorsqu'on prononce: Voilà le corps de J.-C, vous répondez: Amen: vous répondez ainsi à ce que vous êtes « ( ad id quod estis respondelis ), et cette réponse est une confession do «foi...Ecoulons l'Apôtre qui nous dit: Etant plusieurs, nous n» 258 KOTTS 258 KOTTS « sommes cependant qu'un seul pain et qu'un seul corps. (I. Cor., y, 17.) « Rappelez-vous que le pain ne se fait pas d'un seul grain, mais de « plusieurs. L'exorcisme, qui précède le baptême, tous broya sous la « meule: l'eau du baptême vous Cl fermenter; el lorsque vous reçûtes « le feu du Saint-Esprit, vous fûtes pour ainsi dire cuits parce feu...Il « en est de même du vin. Rappelez-vous, mes frères, comment on le « fait. Plusieurs grains pendent à la grappe; mais la liqueur exprimée « de ces grains est une confusion dans l'unité. Ainsi le Seigneur J.-C. « a consacré dans sa table le mystère de paix et de notre unité. »(Saint Augustin, Serm. inter opp. ult. edit. Ben. Paris, 1683; 14 vol. iu-fol., lom. V, part. i; 1103, col. p. 2,litt. d, e, f. ) V.
( Page 210. Le monde est un système de choses invisibles, manifestées visiblement.')
E1S TO MH EK *AINOMENÛN TA BAEDOMENA TErONENAl.
(Heb. XI, 5.) La Vulgale a traduit: Vt ex hivisibilibus visibilia fièrent. — Erasme dans sa traduction dédiée à Léon X: Ut ex bis quee non apparebant ea quœ videntur fièrent. ■ — Le Gros: Tout ce qzû est visible est forme d'une manière ténébreuse. — La Version de Mons: Tout ce qui est visible a été formé, n'y ayant rien auparavant que d'invi- sible. — Sacy comme la traduction de Mons. ( Il y travailla avec Ar- naud, etc. — La traduction protestante d'Osterwald: De sorte que les choses qui se voient n'ont pas été faites des choses qui apparaissent.— Celle de David Martin, in-fol., Genève, 1707 (Rible Synodale): En sorte que les choses qui se voient n'ont point été faites de choses qui pa- russent. — La traduction anglaise, reçue par l'église anglicane: So tliat things wich are seen were not mode ofthings wich do appear. — La traduction esclavone, dont on ignore l'auteur, mais qui est fort an- cienne, puisqu'on l'a attribuée, quoique faussement, à saint Jérôme: Vo ege ot neyavliaemichvidimym byti(ce qui revient absolument de la Vulgale). — LA traduction allemande de Luther: Dass alless was man î'iehel ans nient» worden ist.
Suiut Jean Clirysostùme a entendu ce texte comme la Vulgale, Joui DU DIXIÈME ENTRETIEN. 259 te sens est seulement un peu développé dans le di t'.ogue. 'E* pi 17 yxt- voiiiviuv rie, p\e*ô(Ji.£Vx yèyove» ( Chrys. Hom. XXII, in epist. ad Hebr. cap. «.)
VI.
(Page 212. Le physicien qui a fait l'expérience de Haies.)
Je crois devoir observer en passant, croyant la chose assez peu cou • nue, que cette fameuse expérience de Haies sur les plantes, qui n'en- lèvent pas le moindre poids à la terre qui les nourrit, se trouve mot à mot dans le livre appelé: Actus Pétri, seu Recogniliones. Le fameux Whiston, qui faisait grand cas de ce livre, et qui l'a traduit du grec, a inséré le passage tout entier dans son livre intitulé: Âstronotnical principks 0/ religion. Lendon, 1725; in-S°, pag. 187. Sur ce livre des Récognitions, attribué à saint Clément, disciple de Saint Pierre, écrit dans le He siècle, et interpolé dans le nie, voy. Joh Millii Prolegomem inN. T. grœcutn; in-fol., pag. 1, n° 277, et l'ouvrage de Rufin, De adulteraticne libr. Origenis, inter opp. Orig. Baie, Episcopius, 1721 ton». I, pag. 77S; 2 vol. iu-fol.
VEL (Page 215. Les lois du monde sont les lois de Keppler, etc.)
Il est plus que probable que Keppler n'aurait jamais pensé à la fa- meuse régie qui l'immortalise, si elle n'était sortie comme d'elle-même de son système harmonique des cieux, fondé...sur je ne sais quelles perfections pythagoriques des nombres, des figures et consonnances; système mystérieux, dont il s'occupa dès sa première jeunesse jusqu'à la fin de ses jours, auquel il rapporta tous ses travaux, qui en fut l'âme, et qui nous a valu la plus grande partie de ses observations et de ses écrits. (Mairan, Disseil. sur la glace. Paris, 1749; in-12., prœf., vin.
(Page 216. On croyait, même après les découvertes de Galilée, que les verres caustiques devaient être concaves, etc., etc.)
260 NOTES 260 NOTES La réunion des rayons du soleil augmente lachaieur, comme le [trouvent les verres brûlants, qui sont plus mimes dans le milieu que vers les bords, « à la différence des verres de lunettes, comme je le « crois. Pour s'en servir, on place d'abord le verre brûlant, autant que « je me le rappelle, entre le soleil et le corps qu'on veut enflammer; « ensuite on l'élève vers le soleil, ce qui rend l'angle du cône plus aigu; « mais je suis persuadé que, s'il avait d'abord été placé à la distance où « on le portait ensuite après l'avoir élevé, il n'aurait plus eu la même « force, et cependant l'angle n'aurait pas été moins aigu. »(lnqirisitio légitima de colore et frigore, tom. H, pag. 181.) Ailleurs il y re- vient, et il nous dit: « Que si l'on place d'abord un miroir ardent à la « distance, par exemple, d'une palme, il ne brûle point autant que « si, après l'avoir placé à une dislance moiudre de moitié, on le relirait « lentemeut et graduellement à la première distance. Le cône cependant « et la convergence sont les mêmes; mais c'est le mouvement qui aug- « mente la chaleur. » (Ibid. tom. VIII, Nov. org., lib. II, n° 28, pag. 101. ) Il n'y a rien au-delà. C'est dans ce genre le point culminant de l'ignorance.
IX.
(Page 216. Jamais on ne découvrira rien dans ce profond mystère delà nature qu'en suivant les idées de Gilbert et d'autres du même genre. ) Non-seulement je n'ai pas la, mais je n'ai pu me procurer le livre de Guillaume Gilbert, dont Bacon parle si souvent (Commentarii de mag- 'lele.) Je pub cependant y suppléer d'une manière suffisante pour mon objet, en citant le passage suivant de la physique de Gassendi, abrégée par Bernier, in-12, tom. I, ch. xvi, pag. 170-171: « Jesuis « persuadé que la terre...n'est autre chose qu'un grand aimant, et « que l'aimant...n'est autre chose qu'une petite terre qui provient « de la véritable et légitime substance de la terre. Si, après avoir ob- « serve qu'un rejeton qu'on a planté pousse des racines, qu'il germe, « qu'il jelle des branches, etc., on ne fait aucune difficulté d'assurer « que ce rejeton a été retranché de l'olivier (par exemple) ou de la vé- « rilable substance de l'olivier; de même aussi, aprrs avoir mis un ai- « maul en équilibre et ayant observé que uon-seulemenl il a despôtu DIXIÈ3IE ENTRETIEN. §61 Vies, un axe, un équalcur, des parallèles, des méridiens et toutes les * autres choses qu'à le corps même de la terre; mais aussi qu'il ap- « porte une conformation avec la terre même, en tournant ses pôles « vers les pôles de la terre et ses autres parties vers les parties sem- « blables de la terre, pourquoi ne peut-on pas assurer que l'aimant a « été retranché de la terre ou de la véritable substance de la terre! » X.
( Page 217. Lisez, si vous voulez, les médecins irréligieux, comme savants ou comme écrivains, mais ne les appelez jamais auprès de voire lit.)
Je trouva dans mes papiers l'observation suivante qui vient fort \ l'appui de cette thèse. Je la tirai jadis d'uu précis anonyme sur le doc- teur Cheyne, médecin anglais, inséré dans le 20e vol. du Magasin européen, pour l'année 1791, novembre, pag. 556.
« Il faut le dire à la gloire des professeurs en médecine, les plus « grands inventeurs dans cette scienceet les praticiens les plus célèbres « ne furent pas moins renommés par leur piété que par l'étendue de «leurs connaissances; et véritablement on ne doit point s'étonner que « des hommes appelés par leur profession à scruter les secrets les plus « cachés de la nature, soient les hommes les plus pénétrés de la sa- « gesse et de la bonté de son auteur...Celte science a peut-être pro- «duit en Angleterre une plus grande constellation d'hommes fameux' « parle génie, l'esprit et la science, qu'aucune autre branche de nos' « connaissances. » Citons encore l'illustre Morgagni. II répétait souvent que ses connais- sances en médecine et en anatomie avaient mis sa foi à Cabri même de la tentation. Il s'écriait un jour: Oh! si je pouvais aimer ce grand Dieu comme je le connais.' (Voy. Elogio deldoiton- Giamballista Morgagni, l.femeridi diRoma, 13 giitgno 1772, n° 24.)
XI.
XI.
(Page 218. Ils manièrent avec une dextérilé merveilleuse, et (]u*on ne saurait trop admirer, tes instruments remis entre leurs mains, mais ces instruments furent inventés, etc., etc.)
262 sotks 262 sotks Le mot de siècle tic doit point être pris ic! au pied Je la lettre; car l'ère moderne de l'invention, dans les sciences mathématiques, s'étend depuis le triumvirat de Cavalieri, du P. Grégoire de saint Vincent et de Vielle, à la fin du XVfe siècle, jusqu'à Jacques et Jean Bernouilli, au commencement du XVIIIe; et il est très vrai que cette époque fut celle de la foi et des factions religieuses. Un homme de ce dernier siècle, qui parait n'avoir eu aucun égal pour la variété et l'étendue des connais- sances et deu talents dégagés de tout alliage nuisible, le P. Boscowich, croyait eu 1755, non-seulement qu'on ne pouvait rien opposer alors aux géants de l'époque qui venait de finir, mais que toutes les sciences étaient sur le point de rétrograder, et il le prouvait par une jolie courbe. (Voy. Rog. Jos. Boscowich S. J. Valicinium quoddam geome- tricum, in Supplem. ad Bened. Stay, philos, récent, versibus traditam. Romce, Palearini, 1755; in-8° tom. I, pag. 408.) 11 ne m'appartient point de prononcer sur ces Récréations mathématiques; mais je crois qu'en général, et en tenant compte de quelques exceptions qui peu- vent aisément être ramenées à la règle, retraite alliance du génie religieux et du génie itiventeur demeurera toujours démontrée pouT tout bon esprit.
XII.
(Page 237. Ces atomes étaient faits comme des cages dont les bar- reaux, etc.)
« Cet excès de la longueur des barreaux sur la largeur doit être ex- « primé, au moins, parle nombre 10 élevé à la 27e puissance. Quant « àla largeur, elle est constamment la même, sans exception quelcon- « que, et plus petite qu'un pouce d'une quantité qui est 10 élevée à « la 13e puissance. » Ici il n'y a ni plus, ni moins, ni à peu près; le compte est rond.
XIII.
(Pag. 238...Que l'antiquité s'est accordée à reconnaître dans les oiseaux quelque chose de divin, etc. ) Aristophane, dans sa comédie des Oiseaux, fait allusion à cette tradition antique: DO DIXIÈME ENTRETIEN. 263 Ev«(5rr«uaf5 yèvos ^iJiérepov, xaî ■nfpôrov Àv^y»y«y if f>5*. IT/îtJrfi/jov S' où* ^v ysvo? «.5-<xv«r<ï>v...ille verà »lat us niistns chao et caliginoio. In tarlaro Ingénie, EJiJit nostruiu genus, et prïmum eduxit in lucem: Nequ« enim deorum genus ante crnt...XIV.
( Pa;re 239...Si au lieu do lire Lucrèce qu'il reçut à treize ans des mains d'un père assassin, etc.)
Ibid. pag. 25. Il appelle quelque part Lucrèce son maître dans la physique. Il ne doute pas d'avoir trouvé la solution du plus grand pro- blème que les physiciens se soient jamais proposé, et que la plupart d'en- tre eux avaient toujours regardé, ou comme absolument insoluble en soi, ou comme inaccessible à l'esprit humain, pag.244. Cependant il se garde î>ien de se livrer à l'orgueil: // n'a eu de plus que les autres hommes que le bonheur d'avoir été mené, encore écolier, à la bonne source, et ity avoir puisé. (Page 150.) Et pour faire honneur à son maître, il dit en annonçant la mort d'un Ecossais de ses amis: Que le pauvre homme s'en est allé quo non nata jacënt. (Page 290.) Personne au moins ne saurai* lui disputer le mérite de la clarté.
XV.
(Page 240. Li?ez, par exemple, les vies et les procès de canonisation de saint François Xavier, de saint Philippe de Néri, de sainte Thérèse, etc., etc.)
Je crus devoir chercher et placer ici la narration où sainte Thérèse décrit cet étal extraordinaire: «Dans la ravissement, dit-elle, on ne peut presque jamais y résis- « ter...Il arrive souvent sans que nous y pensions..., avec une impé- tuosité si prompte et si forte, que nous voyons et sentons tout d'un «coup élever la nuée dans laquelle ce divin aigle nous cache sous « l'ombre de ses ailes...Je résistais quelquefois un peu, mais je me « trouvais après si lasse et si fatigu ', qu'il me semblait que j'avais le 264 NOTES DU DIXIÈME ENTRETIEN.
« corps tout brisé...C'est un combat qu'on entreprendrait contre un « très puissant géant...En d'autres temps, il m'était impossible deré- « sister à un mouvement si violent: Je me sentais enlever l'âme et la it lite et ensuite tout le corps, en sorte qu'il ne touchait plus à la terre. k Une chose aussi extraordinaire m'étant arrivée un jour que j'étais à « genoux au chœur, au milieu de toutes les religieuses, prête à com- « munier, j'usai du droit que me donnait ma qualité de supérieure pour « leur défendre d'en parler. Une autre fois, etc.»
(OEuvres et vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même et par Tordre de ses supérieurs. Traduction d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1680; in-fol., cap. XX, pag.104.) Voy. encore les Vies des Saints, trad. de l'anglais de Butler; 12 voJ. in-8°. — Viedesaint Thomas, tom; n,pag. 572. — De saint Philippe de Néri, tom. IV, noteD, pag. 541, seqq. — Vie deiaint François Xavier, par leP.Bouhours, in-12, tom. H, pag. 572. — Pre- iiche di Francesco Masotti, délia cotnpagnia di Gesii. Venczia, 1 769 » ONZIEME ENTRETIEN.
LE CHEVALIER.
Quoique vous n'aimiez pas trop les voyages dans les nues, mon cher comte, j'aurais en- vie cependant de vous y transporter de nou- veau. Vous me coupâtes la parole l'autre lour en me comparant à un homme plongé dans Veau qui demande à boire. C'est fort bien dit, je vous assure; mais votre épi- gramme laisse subsister tous mes doutes. L'homme semble de nos jours ne pouvoir plus respirer dans le cercle antique des fa- cultés humaines. Il veut les franchir; il s'a- gite comme un aigle indigné contre les bar- reaux de sa cage. Voyez ce quil tente dans les sciences naturelles! Voyez encore cette nouvelle alliance qu'il a opérée et qu'il avance avec tant de succès entre les théories phy- siques et les arts; qu'il force d'enfanter des 266 LES S01KÉES 266 LES S01KÉES prodiges pour servir les sciences! comment voudriez-vous que cet esprit général du siècle ne s'étendit pas jusqu'aux questions de Tordre spirituel? et pourquoi ne lui serait-il pas per- mis de s'exercer sur l'objet le plus important pour l'homme, pourvu qu'il sache se tenir dans les bornes d'une sage et respectueuse modération?
LE COMTE.
Premièrement, M. le chevalier, je ne croi- rais point être trop exigeant si je demandais que l'esprit humain, libre sur tous les autres sujets, un seul excepté, se défendît sur celui- là toute recherche téméraire. En second lieu, cette modération dont vous me parlez, et qui est une si belle chose en spéculation, est réellement impossible dans la pratique: du moins elle est si rare, qu'elle doit passer pour impossible. Or, vous m'avouerez que, lorsqu'une certaine recherche n'est pas né- cessaire, et qu'elle est capable de produire des maux infinis, c'est un devoir de s'en abs- tenir. C'est ce qui m'a rendu toujours sus- pects et même odieux, je vous l'avoue, tous les élans spirituels des illuminés, et j'aime- rais mieux mille fois...DE SAINT-PÉTERSBOURG. 267 LE SÉNATEUR.
Vous avez donc décidément peur des illu- minés, mon cher ami! Mais je ne crois pas, à mon tour, être trop exigeant si je demande humblement que les mots soient définis, et qu'on ait enfin l'extrême bonté de nous dire ce que c'est qu'un illuminé, afin qu'on sache de qui et de quoi Ton parle, ce qui ne laisse pas que d'être utile dans une discussion. On donne ce nom d'illuminés à ces hommes cou- pables, qui osèrent de nos jours concevoir et même organiser en Allemagne, par la plus criminelle association, l'affreux projet d'é- teindre en Europe le Christianisme et la sou- veraineté. On donne ce même nom au dis- ciple vertueux de saint Martin, qui ne pro- fesse pas seulement le Christianisme, mais qui ne travaille qu'à s'élever aux plus sublimes hauteurs de cette loi divine. Vous m'avoue- rez, messieurs, qu'il n'est jamais arrivé aux hommes de tomber dans une plus grande confusion d'idées. Je vous confesse même que je ne puis entendre de sang- froid, dans le monde, des étourdis de l'un et de l'autre sexe crier à Yilluminisme, au moindre mot qui passe leur intelligence, avec une légèreté et 268 LES SOIRÉES 268 LES SOIRÉES une ignorance qui pousseraient à bout la pa- tience la plus exercée. Mais vous, mon cher ami le Romain, vous, si grand défenseur de l'autorité, parlez-moi franchement. Pouvez- vous lire l'Ecriture sainte sans être obligé d'y reconnaître une foule de passages qui op- priment votre intelligence, et qui l'invitent à se livrer aux tentatives d'une sage exégèse? N'est-ce pas à vous comme aux autres qu'il a été dit: scrutez les écritures. Dites-moi, je vous prie, en conscience, comprenez-vous le premier chapitre de la Genèse? Compre- nez-vous l'Apocalypse et le Cantique des Can- tiques? L'Ecclésiaste ne vous cause-t-il au- cune peine? Quand vous lisez dans la Genèse qu'au moment où nos premiers parents s'a- perçurent de leur nudité, Dieu leur fit des habits de peau, entendez-vous cela au pied de la lettre? Croyez-vous que la Toute-Puis- sance se soit employée à tuer des animaux, à les écorcher, à taner leurs peaux, à créer enfin du fil et des aiguilles pour terminer ces nouvelles tuniques? Croyez-vous que les cou- pables révoltés de Babel aient réellement entrepris, pour se mettre l'esprit en repos, d'élever une tour dont la girouette atteignît la lune seulement (je dis peu, comme vous voyez! ); et lorsque les étoiles tomberont sur la terre, ne serez-vous point empêché pour les placer? Mais puisqu'il est question du ciel et des étoiles, que dites-vous de la manière dont ce mot de ciel est souvent employé par les écrivains sacrés! Lorsque vous lisez que Dieu a créé le ciel et la terre; que le ciel est pour lui, mais qu'il a donné la terre aux enfants des hommes; que le Sauveur est monté au ciel et qiùil est descendu aux en- fers, etc., comment entendez-vous ces ex- pressions? Et quand vous lisez que le Fils est assis à la droite du Père, et que saint Etienne en mourant le vit dans cette situa- tion, votre esprit n'éprouve-t-il pas un cer- tain malaise, et je ne sais quel désir que d'autres paroles se fussent présentées à l'é- crivain sacré? Mille expressions de ce genre vous prouveront qu'il a plu à Dieu, tantôt de laisser parler l'homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher, sous des formes en apparence simples et quelquefois gros- sières. de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux: or, dans les deux sup- positions, quel mal y a-t-il donc à creuser ces abîmes de la grâce et de la bonté divine, 270 LES SOIRÉES 270 LES SOIRÉES comme on creuse la terre pour en tirer de For ou des diamants? Plus que jamais, mes- sieurs, nous devons nous occuper de ces hautes spéculations, car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus de reli- gion sur la terre: le genre humain ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redou- tables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. Plusieurs théologiens, même catho- liques, ont cru que des faits du premier ordre et peu éloignés étaient annoncés dans la ré- vélation de saint Jean; et quoique les théo- logiens protestants n'aient débité en général que de tristes rêves sur ce même livre, où ils n'ont jamais su voir que ce qu'ils désiraient, cependant, après avoir payé ce malheureux tribut au fanatisme de secte, je vois que certains écrivains de ce parti adoptent déjà le principe: Que plusieurs prophéties conte- nues dans V Apocalypse se rapportaient à nos temps modernes. Un de ces écrivains même est allé jusqu'à dire que l'événement avait déjà commencé, et que la nation fran- çaise devait être le grand instrument de la plus grande des révolutions. Il n'y a peut- être pas un homme véritablement religieux en Europe ( je parle de la classe instruite ) qui n'attende dans ce moment quelque chose d'extraordinaire: Or, dites-moi, messieurs, croyez-vous que cet accord de tous les hom- mes paisse être méprisé? N'est-ce rien que ce cri général qui annonce de grandes choses? Remontez aux siècles passés, transportez- vous à la naissance du Sauveur: à cette épo- que, une voix haute et mystérieuse, partie des régions orientales, ne s'écriait-elle pas: L'orient est sur le point de triompher; le vainqueur partira de la Judée; un enfant divin nous est donné, il va paraître, il des- cend du plus haut des deux, il ramènera Vdge d'or sur la terre,...? Vous savez le reste. Ces idées étaient universellement ré- pandues; et comme elles prêtaient infiniment à la poésie, le plus grand poète latin s'en empara et les revêtit des couleurs les plus brillantes dans son Pollion, qui fut depuis traduit en assez beaux vers grecs, et lu dans cette langue au concile de Nicée par Tordre de l'empereur Constantin. Certes, il était bien digne de la providence d'ordonner que ce cri du genre humain retentit à jamais dans les 272 les soirées