SigPhi · Joseph de Maistre

Les Soirées de Saint-Pétersbourg

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publier tout ce qu'il savait sur ce point: « Pour parler, dit-il, de cette victime de la « loi de grâce offerte par Jésus-Christ, et ce pour faire comprendre une vérité qui passe ce fintelligence humaine, il ne faudrait rien ce moins qu'un homme parfait, exercé à ju- ce ger le bien et le mal, et qui fût en droit de ce dire par un pur mouvement de la vérité: ce Nous prêchons la sagesse aux parfaits (1). ce Celui dont saint Jean a dit: Voila T agneau ce de Dieu qui été les péchés du monde...ce a servi d'expiation, selon certaines lois ce mystérieuses de l'univers, ayant bien voulu ce se soumettre à la mort en vertu de l'a- ce mour qu'il a pour les hommes, et nous ce racheter un jour par son sang des mains ce de celui qui nous avaient séduits, et au- ce quel nous nous étions vendus par le pé- De cette rédemption générale, opérée par le grand sacrifice, Origène passe à ces ré- demptions particulières qu'on pourrait appe- ler diminuées, mais qui tiennent toujours au même principe, ce D'autres victimes, dit-il, SUlt LES SACRIFICES. 31!')

c< se rapprochent de celle-là...je veux par- ce 1er îles généreux martyrs qui ont aussi « donné leur sang: mais où est le sage pour ce comprendre ces merveilles; et qui a de ce l'intelligence pour les pénétrer (1)? Il faut ce des recherches profondes pour se former ce une idée, même très imparfaite, de la loi « en vertu de laquelle ces sortes de victimes ce purifient ceux pour qui elles sont offer- cc tes (2)...Un vain simulacre de cruaulé « voudrait s'attacher à l'Etre auquel on les ce offre pour le salut des hommes; mais un ce esprit élevé et vigoureux sait repousser les ce objections qu'on élève contre la Providen- ce ce, sans exposer néanmoins les derniers ce secrets (3): car les jugements de Dieu sont « bien profonds; il est bien difficile de les ce expliquer; et nombre d'àmes faibles y ont ce trouvé une occasion de chute: mais enfin (2) Les martyrs administrent la rémission des péchés; leur martyre, ù l'exemple de celui de Jésus-Christ, est un baptême où les péchés de plusieurs sont expiés; et nous pouvo)js en quelque sorte être rachetés par le sang précieux des martyrs comme par le sang précieux de Jésus- Christ. (Bossuet, Médit, pour le temps du jubilé, cinquième point i d'après ce même Origène dans l'Exhortation au martyre.)

400 ÉCLAIRCISSEMENT « comme il passe pour constant parmi les « nations qu'un grand nombre d'hommes se « sont livrés volontairement à la mort pour « le salut commun, dans les cas, par exem- « pie, d'épidémies pestilentielles (1), et que « l'efficacité de ces dévouements a été recon- « nue sur la foi même des Ecritures par ce « fidèle Clément, à qui saint Paul a rendu « un si beau témoignage ( Phil., IV, 13.), « il faut que celui qui serait tenté de blas- « phémer des mystères qui passent la portée c< ordinaire de l'esprit humain, se détermine « à reconnaître dans les martyrs quelque « chose de différemment semblable..., » ce Celui qui tue...un animal venimeux...ce a bien mérité sans doute de tous ceux aux- ce quels cette bête aurait pu nuire si elle n'a- ce vait pas été tuée...; croyons qu'il arrive ce quelque chose de semblable par la mort ce des très saints martyrs..., qu'elle détruit ce des puissances malfaisantes..., et qu'elle ce procure à un grand nombre d'hommes des (1) Si l'on parcourt l'échelle de l'esprit humain, depuis Origène jusqu'à La Fontaine, on verra combien ces idées sont naturelles à l'homme.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accident» On fait (ie pareils dévouements.

( Animaux malades dt la ftilt.)

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« secours merveilleux, en vertu d'une cer- « taine force qui ne peut être nommée (1).»

Les deux rédemptions ne diffèrent donc point en nature, mais seulement en excel- lence et en résultats, suivant le mérite et la puissance des agens. Je rappellerai à cet égard, ce qui a été dit dans les Entretiens, au sujet de l'intelligence divine et de l'intelligence hu- maine. Elles ne peuvent différer que comme des figures semblables qui sont toujours telles, quelles que s oient leurs différences de dimen- sion.

Contemplons en finissant la plus belle des analogies. L'homme coupable ne pouvait être absous que par le sang des victimes: ce sang étant donc le lien de la réconciliation, Ter- reur antique s'était imaginé que les dieux ac- couraient partout où le sang coulait sur les autels (2); ce que nos premiers docteurs mêmes ne refusaient point de croire en croyant à leur tour que les anges accouraient par- tout où coulait le véritable sang de la véri- table victime (3).

(1) Orig., ubisup.

(2) Porphyr., de Abst., lib. Il, dans la Dém. dvang. de Leland, \om. I, ch. v, § 7. (Saint August. de Civil. Dei, X, il. Orig., adv.t Cels. lib. III.)

(3) Clirysost., Ilom. ///, in Ep. ad Ephes., orat. de \ai. Chr. f 402 ÉCLAIRCISSEMENT Par une suite des mêmes idées sur la na- ture et l'efficacité des sacrifices, les anciens voyaient encore quelque chose de mystérieux dans la communion du corps et du sang des victimes. Elle emportait, suivant eux, le com- plément du sacrifice et celui de l'unité reli- gieuse; en sorte que, pendant longtemps, les Chrétiens refusèrent de goûter aux vian- des immolées, de peur de communier (1).

Mais cette idée universelle de la commu- nion par le sang, quoique viciée dans son application, était néanmoins juste et prophé- tique dans sa racine, tout comme celle dont elle dérivait.

Il est entré dans les incompréhensibles des- seins de l'amour tout-puissant de perpétuer jusqu'à la fin du monde, et par des moyens bien au-dessus de notre faible intelligence, ce même sacrifice, matériellement offert une seule fois pour le salut du genre humain. La chair ayant séparé l'homme du ciel, Dieu Iîom. 7/7, de Incomp. Nat. Dei. — Perpél. de la foi, etc., in-4°, 1. 1, îv. II, chap. vu, n° 1. Tous ces docteurs ont parié de la réalité du sa- crifice, mais nul d'eux plus réellement que saint Augustin lorsqu'il dit-. queleJuif, converti au ChristianHne> buvait lemémesang qu'il cwi'.l versé (sur le Calvaire). Aug. Sert i. LXXVII.

(1) Car tous ceux qui parlicip nia une même, victime sont un même SUlt LES SACRIFICES. 403 s'était revêtu cle la chair pour s'unir â l'homme par ce qui l'en séparait: mais c'était encore trop peu pour une immense bonté attaquant une immense dégradation. Celte chair divi- nisée et perpétuellement immolée est présen- tée à l'homme sous la forme extérieure de sa nourriture privilégiée: et celui qui refusera d'en manger ne vivra point (1). Comme la parole, qui n'est dans Tordre matériel qu'une suite d'ondulations circulaires excitées dans l'air, et semblables dans tous les plans ima- ginables à celles que nous apercevons sur la surface de l'eau frappée dans un point; comme cette parole, dis-je, arrive cependant dans toute sa mystérieuse intégrité, à toute oreille touchée dans tout point du fluide agité, de même l'essence corporelle (2) de celui qui s'appelle parole, rayonnant du centre de la toute-puissance, qui est partout, entre tout entière dans chaque bouche, et se multiplie à l'infini sans se diviser. Plus rapide que l'é- clair, plus actif que la foudre, le sang théan- drique pénètre les entrailles coupables pour (2) 2fi/t* v-yto-j rt. (Orig. adv. Cels., lib. V11I, n° 53, cité dans la Perpéi. de la foi, in-4", lom. II, liv. VII, ch. i.)

404 ÉCLAIRCISSEMENT en dévorer les souillures (1). Il arrive jus- qu'aux confins inconnus de ces deux puissan- ces iiréconciliablement unies (2) où les élans du cœur (3) heurtent l'intelligence et la trou- blent. Par une véritable affinité divine, il s'empare des éléments de l'homme et les transforme sans les détruire. ce On a droit de « s'étonner, sans doute, que l'homme puisse « s'élever jusqu'à Dieu: mais voici bien un ce autre prodige! c'est Dieu qui descend jus- ce qu'à l'homme. Ce n'est point assez: pour ce appartenir de plus près à sa créature ché- ce rie, il entre dans t homme, et tout juste ce est un temple habité par la Divinité (4). » C'est une merveille inconcevable, sans doute, mais en même temps infiniment plausible, qui satisfait la raison en l'écrasant. Il n'y a (1) Adliœreai visceribusmeis...tttin me non rémanent scelerum ma- cula. (Liturgie de la messe.)

(2) Usquc ad divisioncm animœ et spiri/ûs. ( Hebr. IV, 12.)

(3) Intcntiones cordis. (Ibid.)

(4) Miraris homines ad Deos ire P Deus ad homines venit; imb ( qued pvoprins est) in homines venit. (Son., Epist. LXX1V. /u unoquoqncvi- roritm boncrum. (quis decs incebtcm est) habitat Deus. (Id., Epist. XL1.)

Beau mouvement de l'instinct humain, qui cherchait ce que la foi possède!

IMTUS CHRISTOS INEST ET INOBSERVABLE Nl'SIEN.

(Vida, Hi/mn. in F.uchar.) QUIS DEUS CERTUM EST.

SUR LES SACRIFICES. 40 y pas dans tout le monde spirituel une plus ma- gnifique analogie, une proportion plus frap- pante d'intentions et de moyens, d'effet et de cause, de mal et de remède. Il n'y a rien qui démontre d'une manière plus digne de Dieu ce que le genre humain a toujours con- fessé, même avant qu'on le lui eût appris: sa dégradation radicale, la réversibilité des mérites de l'innocence payant pour le coupa- ble, et LE SALUT PAR LE SANG.

flN DU SECOND ET DEBNJER VCLUSIK, TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS LE SECOND VOLUME.

Septième entretien P(tg. 1 Notes du septième entretien 81 Huitième entretien 89 Notes du huitième entretien 134 Neuvième entretien!57 Notes du neuvième entretien 181 Dixième entretien 189 Notes du dixième entretien 2oG Onzième entretien. 265 Notes du onzième entretien 305 ÉCLAIRCISSEMENT SUR LES SACRIFICES.

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tï& m. i & r BT 96 M3 Maistre, Joseph Marie Les soirées de Saint- Pétersbourg ta*î PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY >t%lM