SigPhi · Leibniz

Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal

Page 15 of 24

307. M, Baylë continue: Sur U maiiert de la libtrté il n'y a qut dtux partis à frindri, l'un ifi ét dirt imtt la tuù^i Jifliaàtt J* P-amt qui iîS Essais shr la 6onte* dï Dïe»; concourent avec elle, lui laijfent Im frrce d'agir e» de n'agir pus; l'autre, eft de dire qu'elles la déter- minent de tellt forte à agir, qu'elle nt fauroit s'en défendre. Le premier parti ejleelm dei MoH^es,. Paittre, ^ ctuù dti 'Aomifiti des fanfmfits e^- des Friyttfiiau de la Cs^t^a dt Ginéaa. Cependant hi Thomifitt eiit feuttnti cor ^ k cri, qH Îh t^é- toitntfoint'Jxnfenifies, ^ eeux-eient fùuienaitvef la mime chaleur que fur la matière de la liber- té ils n'étoient point Calvinifies. D'autre côté, les Molinifles ont prétendu que Saint Augufiin »'* point enfeigné le Janfenlfme. Ainfî les ms neveU' lant point avouer qu'ils fuffent conformes k des gens qui pajfgient pour %eretiq:tes, ^ les autres ne vou- lant point avouer qu'ils fujfent contraires à im- SiUnt Dclîeur, dtnt lu fmtimens ont Itijoan f0f (é fùur oTthedoxett entjoui em toms dt fiupUn fe, é".; -, 371. Les deux partis qucM.Baylc diftiague ici,- n'exirluent point un tiers parti, qui dira queîa dé- termination de l'ime ne vient pas uniquement du concours de toutes ies caufes difiinges del'ame,. mais encore de l'état de l'anie même & demies, inclinations qui iè mêlenr avec les imprelîions des- ièns, 8c les augmentent ou les afFuiblifTèm. Or toutes les caufes internes & externes prilès enfèm- blc font que l'ame Je détermine certaineineiit 1. mais non pas qu'elle iè détermine neccflâircment car il n'impliqueroit point de contradïâion, qu'el- le fc déterminât autrement; la r-olonté pouvant érre inclinée, & ne pouvant pas être neceffiiée. Je n'entre point dans la dilcuffion de.lâ di&iCoCc- qu'il y a entre les Janfeniltes Se les Réformés iùr, cette matière. Ils ne font pas peut-Être toujours, bien d'scçord avec eux mêmes, quant aux choies» ou quant" aux exprefiions, fur une matière où J'oa^ fit pçt^ fîiuïent dans des fiibtilités embaraiTées. Le F. thcôpbile RayniuddaDs*^. Livxe intitulé,.

ÏT^A Liberté' de L'HbuMK.Hr.FAir^CET' CalvinifmHt rtligia befiiarum, a voulu piquer tes Dbraiqicaias ùns les nommer. De l'autre càté,. ceux qui le dilbientfcâateursde Saint Augultiii re- prochoient aux Molïnifles le Febgianifme, ou du sioias le Seniipcligianirme, Ec l'on outroit les cho- &s quelquefois des deux côtés, lôit en de&ndanC WM M'^rmee VAgm, 8c donnant trop à l'hom- BtCt &M en: eo&ignant JtttrmiruuhBem ad tmum' fiam^m ^tuliiMtm â^utUeit tnm yffd tju$ fui* fimittAm, o^eft-à'diie, doc détermination au mal- dans les non régénérez, comme s'ils ne &iC>ïenr que pécher. Au fond, je crois qu'il ne faut re- procher qu'aux Seftareurs de HobbesSt de Spïno- fi, qu'ils détruifent la liberté & la contingence, car ils croient que ce qui arriv-c eft fcul poflibie, 8c doit arriver par une ncceflité brute & Géométri- que. Hobbes rcndoit tout matériel, &Ieroumct- toit aux feules Loin mathématiques^ Spïnolà audî ûtoit à Dieu l'intelligence Se le choix, lui laiflànt une puiflàncc areugM, de laquelle tout émane ne-- eefËirement. Les Théologiens des deux^ partis - Protethns lônt également zélés pour réfuter une neceflîté inlupporiable: 6c quoique ceux qui font' attaches au Synode de Dordrec ht, en feignent ■quel- quefois qu'il fuSt quek liberté foit exempte de la- contrainte, il femble que k-neceflité qu'ils luilail- fcnt,.n'cft qu'hypothétique, ou bien ce qu'on ap- pelle plus proprement certitude 6c infeillibilité, de ibrte qu'il fc trouve que bien fouvent les difficultés ne confiftent que dans les termes* J'éndisau- tant des Jan&niftes, quoi que je ne vciùUe poiqt' excoicr tous ces gens-lâ en tout.

37Ï. Chez les Cabaiiftes Hcbreux,. Maîcuth on le Régne, la dernière des Sephiroth, fignifioit que Dieu gouverne tout irrefiftiblemcnt, mais douce- ment £c ûns violence, en forte que l'homme (voit fuivre là voloacé, peiidant qufil écoute <x\~ le ^eDieu.. -UjtUlotent que-Ie pKbéd'AifaBa^otE : 'i - K-tf- été »8 'Essais sur la Bonté* se Diev^.

été Iruncatio Muleuth h edferis fhntis; c'eft-à-dirf ^u'Adai» avoit retranché la dernière des Scphires, en fs tirant un empire dans l'empire de Dic-u, Se en s'attribuant une liberté indépendante de Dieu i mais que la chute lui avoit appris qu'il ne- pouvoiï point Tublifterpar lui-mcmci & que les hommes avoienc belbin d'être relevés pat le iVlcflie. Cette doârine peut. recevoir un bon iênj. Mais Spir mÊ. qui étoit m& dam la Cabale 4ea Auteurs- de &mttoa, fie qal dit (TV.^oitr. c.'a.D.6.;)^ue les hommes concevant la liberté comme iU ronti établiifent un empire dans l'empire de Dieu, a ou- tré les chofes. L'empire de Dieu.n'cft autre choie chez Spinoiâ, que l'empire de la ncceiTitc, Eid'u- ne necdlité aveugle, (comme chci. Stratoaypar iaquelk tout émane de la nature Divine, ians qu'il 7 aivaucun-choix enDieu, &iàn5 quele choix de lei hon'imei, pour établir ce qu'on ^pelle Imp^ raam-flt Imfma, s'imaginoient que leur ame étoic une praduâion immédiate de Dieu, ûns pouvoir être produite par des-caulês naturelles; tt qu'elle avoit un pouvoir abfblu de le déterminer, ce qui efl contraire à l'expérience. Spinolà a railon d'è. tre contre un pouvoir abiblu de le déterminer, c'cll-à-dire, làns aucun fujct f il ne convient pas même à Dieu. Maïs il a tort de croire qu'une ame, qu'une fubftance fimple puiiTe être produite naturellement. Il paroit bien que l ame ne lui ér toJi qu'une modification pal^lagere, 6c lorlqu'it&tt ■jèmbunc de la iâirç •dur^lev & même perpetuelt le, il y fubfUnic l'Jdéo du corpi, oui eft tûie fimple aotioa,. 8c non pu.tinechoK réelle 8c- aâuelle.

373 Ce que M* Bajrle- raconte du Sieur Jeaa Brcdenbourg, Bourgeoisde Rotterdam, ( Diâion. art. Spinoiâ, let.H.pag.a774.)câ: curieux. Ilpu> ETl!A.I-IBERTE*DE L*HoNttlE-ni.PAlli 039" Triclmus Theoh^icB-fornici mk cum demonfiratione Geometrico online diffofit». îiaturam no» ejfe Deum, aijHs effati contrario prAïUcius Tmcfntm mici inni- tiiur. On fat furpris lie voirqu'uiihommcquine faifoit poinc profellion des Lciiics, Si qui navoit que tort peu d'ctudc, (ayanr fjïrion.ivreenEia- mand, fit l'ayint tait [raJuiic en Latin.) eût ga pénétrer fi fjbtilement tous ies princjpes d&Sgino» Jâ, Se les rcnverfcr heurcufcment, après les avoir icduirs par une analylê de bonae foi dans un état où ils pouvaient paraître avec toutes leurs forces.- On m'a raconté (ajoute M. Bayle) que. cet Auîcuc ayant réfléchi une infinité defois fur iàréponfe, Se fur le principede fon adverfaire j trouva enfin.qu 'on pouvoir réduire ce principe en démonftratioii. Il encreprit donc de prouver qu'il n'y a point d'autre caulc de toute'; chofcs, qu'une uiiure qui t>.iflc .necelTaitemcac, &. qui.agit par une. neceltitd im- .muabie, inévitable^ irrévocable. Il obferva lou.- te la méthode des Geoménes Sx. après avoir bâti ûdcmonftratioû, il l'examina de tous les côtés, imasnables, il tâcha d'en irouver le foible, & ne Hut- jamais ioventer audin moyen de la. détruire,. ni.mê)ne.de i'»&iUir.. Ccklui cauELua.v«itable ebagrin.-ii eaj^it> Se ilprioitlei ria» huiles di Ésamiide le fecourirdans la. recherche des dâ&uts 4e cette démon ftrat ion. Néanmoins iln'étoitpas bieniailè qu'on en tirât des copies. François Cu-- pcr, Socinicn ( qui avoii écrit ArcaiM Mhiifm't re- weiflMconcre.Spinora, Roterodami i6tC, ia-^.) eo ayant eu une, la.publia telle qu'elle étoit, c'eft-à» dire cnFlamaud avec quelques réiiex ion s. Se ac- cu^ l'Auteur d'être Athée. L'accufdlc défL-nditcn la même Langue. Orobio Médecin Juif fort ha- ■l>tle(celulquiaétérefuté par Moniteur dcLiniborcEi '&qui ar^poiului ^ que j'ai auï dire dans un S>a?ra«pwbaiiie non imprimé) publia un Livre contie iâ. àéauafluatjLon de Monlîeut ElredcaboKi^' 1^7 ■ ■in-' i I 530 EfflAri SUR ti Bonté' de Dizvy intitulé, Ctrtumm ThiUfofhimm protugnatt vtrilit' fit Divin£»e naturMUi, aJverfut J. B. friaeifis, Amfterdam 1684. Ec Monfieur Aubère de Verfc écrivit aulTi contre lui U même année fous le nom de Latinut Serbattut Sarttrtjîs. M. Bredenbourg protefia qu'il ctoit pcrfuadé du franc arbitre 8c de la Religion, & qu'il foubaitoit qu'on lui fiiiirntc un moyen de répondre à & demonflra- ' 474* Je fbnlnttmHa de voir cette prétendue de- raÔQftratton > 8c de &ViAr û elle tendroit à prouver que h Nature primitive qui produit tout, agitiâns choix Ec £ins coonoiflànce. En ce caSi j'-avoue que la démonilration étoïc Spinofiftique & dange^ reulè. Mais s'il entcndoit peut-être que la Nature Divine eft déterminéeàcc qu'elle produit, par fon- choix 6c par la rai&ndu meilleur! il n'avoit point- bcfoin de s'affliger de cette prétendue neetjjité im- maatU, intvitablt, irrévocable. Elle n'eft que mo- tak, Veft \ine necéffiti heureufe. Ce bien loin de' détniïre la R-digioni ellemec la pérfeâion Dîvîn&' dans fon pluS'^rand laftre.

57j-; Je dirai par eccalîon, que M. Bayle rap-- porte ( pag. 1773.) l'op'^^o" de ceux qui croient que le Livre intitule, Lweii Aniijiii Confiamii Je jure EccUfiajlicorumUhir fngularit,-p\ih'ïsé eni66f.- cft deSpinofai mais que j'ai lieu d'en douter, quoi- que Monfieur Colerus, qui nous a donné une re- lation qu'il a faite de la vie de ce Juif célèbre, foir ouffi de ce fentiment. Les lettres initiales, L.A. G. me font juger que l'Auteur de ce Livre a été- Monficur de l» Court ou Pan de» Heef, fameux par l'tntérêt de la Hollande, la Balance Politique > & quantité d'autres Livres qu'il a publiés, (en partie, en s'appcllant V. D.H.)contreIa puiffiace du-Gou-- verncur de Hollande, qu'on cr^trit alow dai^ KQfe à la République, la mémoire dé rcntre]>ril«.- <la. Prince- Guillaume lî. /nrlaTiBe^'Aiaflcid»»»- ■ - - - itaitt étant encore toute fraîche. Et comme la plupart des Ecclcfiaftiques de Hollande étoient dans le par- ti du fils de ce Prince, gui étoit mineur alors, 8c . Jîrapçonnoicnt M. de Wit, & ce qu'on appclloit la ftaionde Lovenftcin-, de faîorifer les ArminienSr. les Cartcfiens, & d'autres Seftcs qn'on craignoit- encore darantage }.-tâchant_ d'animer la populace- eoatr'euXi ce qui n'a pas été Êns effet, commc- rérénemcnt l'a bien fait voir; il étoit fort oaturtl' que Monfieur de la Court publiât ce Liwci II éft: . yrai qu'oo garde rarement un jufte milieu dans les Ouvrages que l'intérêt àe parti fait donner au pu— Vcrfion Françoift de l'intérêt de ia Hollande de. M. de la Court, fous le titre trompeur de Mmei- rei de M. le Grand Penfitmtiairt dt M^t, comme fi les penfées d'un particulier, qui étoit en effet du: parti de de Wic. Se habile. mais qui n'avoir ças af- ftz de connoifTance des affaires publiques, ni alTcz. "de capacité pour écrire comme annst pa ^ra ce: grand Miniltre d'Etat, pouvoierit pafler pour dea- produitioHB de l'un des premiers hommes de Cm: temps.

57<î. Je vis Monficur delà- Court, auifi bien que: Spinolà, à mon retour de France, par l'Angleter- r-e 8c par k.Hollande, & j'appris d'eux quelques- bonnes anecdotes fur les affeires de ce tems-là. M. Bayle dît p. 1770. que Spinofa étudia la Langue: -Latine fou» Utt Médecin, nommé François Vam den Ende, St rapporte en même tem^ après M. SebaltieR Korthoît (qui en parle dans la Préftce de- la féconde édition du Livre de ku Monfïeur Sm^ Pcre, de triiui impoflorièus, Herberto- L, B. de; Chcrbury, Hobbio & Spinofa) qu'une fille enlèigna le Latin à Spinoià, 2c qu'elle fe maria cnfuite avec M. Kcrkering, qui étoit fondifcïplc en même tem's- que Spinofà. Là-defius, je remarque que cette £>ciniKlcUe-étottSlle-dei!il<mâeur.yan.dca End»,.

blic. Je dirai de publier une at^î Essais sur la BonTe' be Dratrî- & qu'elle {bulageoit l'on Ferc dans la fbnûien d'en»- feigner. Van àca Ende, qui s'appelioit auili A Ji- nibm, alla depuis à Paris, & y tint des Pcnlîonrai- res au Fauxbourg S. Antoine. U pallbit pour ex- cellent dans la Didaâîi^ue, & il me dit, quand je I'/ allai voir, qu'il -pancroit que lès Auditeurs le- roient toujours attentifs à ce qu'il diroit. 11 avoit auHî alors avec lui une jounc Àlle qui parJoit La- tin, Bc fitilbit des démonllraiions de Géométrie. IL s'jétoit infinué auprès de Monlîeur Arnaud;. & tes - Jefuites commcn^oieni d'être jaloux de fi rcputa- . tion. Mais il perdit un peu après, s'étant mÉlc de ia confpiration du Chevalier de Roiian.

Nous avons affez montré, ce femble, que ni la prelcicnce, ni la providence de Dieu ne lau- roient faire tort ni à ia jullice & à là bonté, ni à notre liberté. Il rtlle Iculcmcnt la difficulté qui- vient du coneoufÈ- de Dieu, avec les actions de la Créature: qui &mbl&H)téreflêr dé plut près, & iâ- bontéi par rapport' à aos-aâions mauvaiiês; & Dotre libené par rapport aux- bonnes aâioas, aaïC bien qu'aux autres. M- Bayle l'a tàit v^bir aulTi avec ion efprtt ordinaire. Nous râchcrons d'éclaircir les- difficultés qu'il met en avant, & après cela nous icrons en état de iinir cet Ouvrage, J'ai déjà éta- bli que le concours de Bieu confiftc à nous don- ner continuelicmenE ce qu'il y a. de réel en nousËc en nos aidions, autant qu'il enveloppe de!a pcr- feâioni mais que ce qu'il y a là-dedans de limité 6c d'imparfait, e& une fuite de« limitations précé- deoteSf qui Ibnt- or^rnairementr dans la Créature. Et comme toute aâiondc kCiéature cQ- un chan- gement de lès modttîcat'ians} ilcA vifible que l'ac- tion vient de Ja Créature par rapport aux Hmita-- dons ou négations qu'elle renferme, Ôe^uifè trou- ant variées par ce changement.

3^8. J'aidéja fait remarquer plus d'une foisdana cet Oumgpt que- le- mal cfi uoc fuite de Wffinic ■ Uoa ETtA Liberté' DEL'HoMME.nr.pAit.ïy5 tion, & je crois avoir expliqué cela d'une manière afîè7, intelligible. S. Auguftin a déjà iàit valoir cet- te penlëe, & S. Balîle a dit quelque choie d'appro- chmt dans fon Hexaëmeron Homil. a.'^»eie via nV? pin une fubfi/tnte vivante ^ AmBiét,t)UU ttn» afe^ion del'ami contraire àU ver tu, qui vient dt a qu'en quitte le èïtn, de- farte qu'on n'» point befoin é» chercher un mal frimirif. M. Bayle rapportant ce paflagc dans Con Dïfhonnaire (artic. Paullciens, fet. D-p-ijif.) approuve la remarque de M. Pfan- rcT {qu'il appelle Théologien Allemand, mais il. cil jurirconlultc de profeilion.Confeilier des Ducs de Sa\e) qui b'âme S. Bafile, de ne vouloir pas avouer que Dieu eft l'Auteur du mal phyfique. 11 i'ell fans dourc, lors qu'on fuppofe le mal mord dé^a exillant: mais abiblu ment parlant, on pou^ roic fbutcnir que Dieu a permis le mal pbyilqus par conrequcncc.en permettant le mal moral, qui en cf^la iburce. 11 paroit quclcs Stoïciens ont aulS connu comWen l'emitc du mal eft mince. Ces pa- roles d'iîpiiacre le marquent/ JiflW /rAïW*!* empi meta non pi>nitur,/îcnecn/Uuramaliinti«indo exi/lh, 379- Oti n'avoic donc point befbïn de recourit- à un principe du mal, comme S. Baille l'obferve fort bien On n'a pas non pluî befoin de cherchcf l'origine du mal dans la matière. Ceux qui ont cru un chaos, avant que Dieu y aie mis la main, y ont cherché la fource du dérèglement. C'ctoit une opinion que Platon avoit niife dans fon Tîméc.

Ariftote l'en a blâmé (dans fon î. Livre du Ciel-, chap. x.)ymx ^ue. félon cette doftrine, le dcf- ordre fèroit original & naturel, Ec l'ordre lèioit in> trodutt contre la nature. Ce qu-Anaxagorc a évi* té, en failànt repofer la matière jufqu'à ce que Dieu l'a remuée, ifc Aviftore l'en loue au même endroit. Suivant Plutarque {de Ijiiie 0> Ojride; Tr. de Mim* procrtatione ex Timto ) Platon reconnotlToit daiu u-ioMieM une ccT-taiûe^Bm£ oit force 134 Essais sur la Bonté' de Dieu; force malfeifinte rebelle à Dieu, c'ctoit un vice jwl,. un obflacle aux projets de Dico. Les Stoï- dcns aulQ ont cru que la matière étoit la fource ^es dé&uts, comme Juftc Lipfe l'a momie dans le premier Livre de la Piiyliologie des Stoï- ciens.

3 80. Ariflotc a eu raifon de rejettcr le chaos ^ mais il u'ell pas aile toujours de bien démêler le ièatimeot de Platou, & encore moins celui de quelques autres Anciens dont les Ouvrages font perdus. Kepler Mathématicien moderne des plus çïcdfcns » a reconnu une efpece d'impcrteaion ^ dffls- la Matière, lors même qu'il n'y a point do mouycmcnt déréglé: c'eft ce qu'il appelle fon in- ■ — ■■ irtie, qui lui donne une refiftancc au mou- ▼eraent, par laquelle une plus grande maiTe reçoit moins de vitellc d'une même torce. li y a de îa Iblidité dans cette remarque, & je m'en liiis fervï utilement ci-deiTus pour avoir une comparaifoij qyi montrât comment l' i m perfeâion originale àtt Créatures donnedcs bor^iesà i'aâioii du Créateur,- ^i tend au bien. Mais comme la Matière eft ella- ' ■* même un cfiêt de Dieu, elle ne fournit qu'une 1 C9mparaiiôn Se un exemple, & ne fauroit èut la fcurce.méme du mai. & de l'imper feftion. Nous avons déjà montré que celte fource fe trou- ve dans les formes ou idées des pollibles; careile doit être éternelle; & la matière ne l efï pas. Or pieu ayant fait toute realité politivc qui n'eft pat- éternelle, il auroit fait la Iburce du mal, fi.cllene confiftoic pas dans la poffibjlité des diolès ou à»s formes, feule chofc que Dieo n'a point fiitc.pui* qu'il n'en point auteur de fin propre entende- ment.

3&t. Cependant, Quoique la fburce du mal con- £fie dans les formes pembles, antérieures aux ac- j€8.de]a volonté-de Dicui il ne laiflè pas d'êtra jtraiqjwPioi coqcQun tm-nialdaiisl'eKccution.sc- ■ ' ■- tuei- KT LA Liberté' DE l'Homme. UÎ. PAitis3f tudle qui introduit ces formes dans la matière: fif c'eft ce qui fût la diSîculré dont il s'agit ici Pu- raad de S. Purtten, le Cardiual Aurcolus, Nico^ ks Taurellus, ie Pere Louis de Dole, Monfieuc Bcmier, & quclijues autres, parlant de ce conre du tort à la liberté de l'iiommc Ec à la Jainteté de Dieu. Il ièmble qu'ils prétendent que Dieu, ayant donné aux Créatures la force d'agir, & con- tente de la conlèrvcr. De l'autre côté. M, Bayle». après quelques.Auteurs modernes, porte le coii- frours de Dieu trop loin; il paroit craindre que Créature ne foit pas allez dépendante de Dieu. 11 Ta juiqu'à icfuièr l'aâion aux Créatures, il ne Te- connoit pas même de diflinâioa réelle entre l'ac^ cident & la iubftance.

jSi. Il fait fur tout grand fondeur cette doûri- ne reçue dans les Ecoles, que la coniêrvacioa eft une Création continuée. En conièquencc de cet> te doârine., il Temble que la Créature n'exiHe ja<- maiS'. Se qu'elle efl toujours naiflâncc Se toujours ■nounate, -comme te lejns, le, moui>cmeat. «utret Etres ruccçÛifs. Pktcmracru desdiofep nu? teridles 8c ièaûUet, dilànt qu'elles Ibnt in» m- San perpcO^, fimftr^mBt, niu^itm fimt. Mais- 'Â a jugétout autrement desfubihnces immatericli- les qu'il conlideroit comme Icules véritables: en q_uoi il o'avoit pas Cout-à-fait tort. Mais la créa- tion continuée regarde toutes les Créatures lans- diftinâion. PluileursbonsPhilolbpîiesonc ctécon- traires à ce dogme^ 2c M.Savle rapporte que Da<- vid du Rodon., Pbiloibphe célèbre fôrmi les Franf 1(015 attaches à Genève; l'a réfuté exprès. Les hir miniens auHî ne l'approuvent guéres, ils ne ibat ou trop pMr ces iabtilités meuphffiques. Je ne airai rien des Sociniensi qiù les goûtent cocote- BKiîns.

cours, ne l'ont voulu rg. Il m \ Ju%t^ ïjtf KsAIS SUR LA BbMTE' DE Dl^TTÎ vne création continuée, il feudroit conlîdcrcr W raifons fur ieft|uelles ce dogme cft appuyé. Les Canelicns, à l'exemple de leur Maître, le fervent pour le prouver d'un principe qui n'eft pas alïeï concluant. Ils difent. que les memtns dtt ttmt n'»j»nt »ucH»t lùùfoit necefftàre tua Kvre l'attire, il ne t'enfiiit fMi de ee que je fuis à ee moment, que jtJ»i0erMau moment qm fifivr»,fi l» mime eau* fi, qui me donne ^ttrt four ci moment, ne me le. dtaïuêuJ^toiirtb^nt jHivttnt. L'Auteur de l'A-' vis fiir le Table«i du «KinianiAne, s'eft ièrvi de ce raifbnnemene. Se M. Baylc (Auteur peut-être de ce même Avis) le rapporte ( Rép. au Provin- cial, ch. i + l. p. 771. T. 5.) On peut répondre, qu'à la vérité il ne s'enfuit point «tceffairtment de ce que Je ibis, que je ferai j mais cela luit pourtant vaturellement, c'cft-à-dirc de foi,pfr fe,h rien ne l'ampécfae; Ccft la diflî:rencc qu'on peut faire cn>- tre l'eilÈntis) 8t le naturel: c'ott comme naturelle- ment le mtoie moureraent dure, fi quelque nou- velle ctulè ne- rempéchB,"ou le change, parce* uie U lUilbn qui te fiufr cef&r dans cet infiant, û «le n'eft pas nouvelle, l'auroit déjà fait ccflèi plutôt.

3:8+, Feu M. Erhard Weigel Mathématicien Sa Philoibphe célèbre à Icna, connu par fon Anitlyfa EuelUia, là Philo&phie Mathcmatiijue, quelques inventions meclianiquci affez jolies, Se enfin par la peine qu'il s'cft donnée de porter les Prince» Pro- tcftans de l'Empire à la dernière réforme de i'Al- manach, dont il n'a pourtant pas vu lefuccès; Mi Weigel, dis-jccommuniquoit à iès amis une cer- taine demonllrttionde l'c;<illenccdc Dieu, qui re- venoit en effet à cette Création continuée. Et comme il avoir coutume de faire des parallèles en- tre compter 3; raifonner, témoin fi Morale Arith- ttietiquc rai£onaéc (rechenfchaffiliche SHltnlthri) il dÎToit que. le fondement és Sa démonftntioo. mit ce; ce commencement àe U Table Pyth^iique^MM foii un efi un- Ces unités Kpe[éçï émieat lesoio» mens del'exiftence descliolè5>donr chacun dépea- doic de Dieu, qui relTufcire, pour ainlï dire, tou- tes les chofes hors de lui, à chaque moment. Et comme elles tombent à chaque moment, il leur faut toujours quelqu'un qui les rcflulcite, qui ne j&uroic être autre que Dieu. Mais on aurait Éelbia d'une preuve plus exaâe pour appeltcr cela une dé- ■sionfiracton. 11 Budroït pu>uvcr que la Créaioie fint toiàjoursdu oeant, & y retombe d'abord } 8c particulièrement, il bat Ëiirc vçir que le prîvilcgû de durer plus 'd'ua moment pat ià natufc, elt at- taché au icul Etre Dcccflâir«. Les dllHcuItés Sa la compoUtion du Cantinitum, entrent aufTi dans cctr te matière. Car ce dogme paroit relbudrc ie tems en momens:au lieu que d'autres regardent les mo^ mens &. les points comme de fimplcs modalités dit continu, c'eft à-dire, comme des extrémités des parties qu'on}' peut alTigner,£c non pas comme des parties conllitutives. Ce n'cA pas le lieu ici d'ea-^- ,trcr dans ce Labyrinthe.

jSj-. Ce qu'on peut dire d'aflurc fur le prelênt , fujet, eft que la Créature dépend continueUcmenc de l'opération Divine, 8c qu'elle n'en dépend p» moins depuis qu'elle a xrommencé, que dans le commencement. Cette dépendance porte, qu'el- le ne continueroic pas d'^xifter, fi Dieu ne conii- nuoit pas d'agir j enfin que cette aâion de Dien cil libre. Car fi c'écoit une émanation necellïiirc, comme celle des propriétés du cercle, qui coulent de [on. eflènce. ilfaudroit dire que Dieu a prodidt d'abord la Créature BecelIàïremeiU i ou bien, fiudroit iîiïrevoir comment, en la ernnt unciois* il s'ell impoË U necclUté de là copib;çKer. Or dca n'empêche que cette aâion confe^vatiïe.ne £oit. appelléc production-, & jnéme ««atioa, & l'on vcuL Cv la jéfeqdutçectaçt suffi xtande^i^ '31^8 EssATs 'nnt la BoirrE:* ds Diev^ Aite, que dans le commencement! la dénomina- voa cxtrinfcquc. d'être ^nouvelle, ou non, n'en cIuDge point la nature. - ' jSâ. Admettons donc en un tel fens, que la coniervation eft une création continuée, Ec voyons ce que M. Bayle en paroit inférer, (p. 771.) après l'Auteur de l'Avis fur le Tableau de Socinianifmc, oppofé à MonlleUT Jurieu. mi femble ( dit cM Auteur) qu'Hatfiuuemtetiirê que Dieu fait tout, é' qu'il n'y a pemf JMttOUttt Us Créatures 4e caufei fremiertt ni fecùniti, ni mimi oceafionaelles; comntt il eft aifé de le frouvir, Otr e» « mmttii, oit je fitrle, je fuii tel que je fuis, avec toutes mes ctr- fonftances, avec telle fenfie, avec telle aSîoti, a£it eu JetoMt:qHe fi Dieu mt erét en et moment tel que jt fuit I eemme m tint ittcefftàrtmm le dire Ja»f et jjfiimi, il me a-éi ttvie tm* fenfie, tille A0m, tel wtouvtmnt ^ tèUt iitirmiaimm. Oa ne peut £rt . ^Ht Dieu me crée premiermeot,& qi^étitnter4é,n frtduife avec moi mttmtttvmmu fymu dittrmina-' tmt. Cela eft tnftHttrtahk feue Jfix rmphis: tafrt- «tiere tft, que quand Dieu me trie eu me cenferve & èet inftamjl ne me conferve fai eemme un itrefant formes, comme me effece ou quelque autre des Uni- iftrfaux de Logique. Je fuis un individu, il me trie ér" eenferve comme tel, étant tout ce que je fuis dans cet ntjlant avec toutes mes dépendantes, Zm feeotide rai/on efl, ^«« Dieu me créant en cet inftant, fil'on dil qu'enfuite ïlpredwfe avec mû mes siliietis, il faudra neeeffMrmtnt concevoir un auiri înflant peur agir. Or ctfetntJtux iitftans, eii nous n*ert fuppofons qtfm. lleftjeôe certain dans cette kyfolhtfe que lei CréatUTet t^etit ni plus de liaifoa, ni plus de relation avec leurs aHions, qu'elles en ew rent avec leur preduHion au premier moment de l* première création. L'Auteur de cet Avis en tire Ae% confequences bien dures, que l'on fe peut imagi- àer, K témoigne à^afin qucTwi auroit bien- de -i- - l'oblij ET LA LtBERTE' DE l/Uomt. lU. Par: IJ^ l'obligation à quiconque apprendroit aux A pproba- leurs de ce Syftêmc à & tirer de ces épouveQtabics abîatdités.

387. M. Bajie le pouiTe encore davantage, Pomj /avez, diMl, (pag.77f.)q'«e l'on démontre dmslej Ecclej ( il cite Amaga difp. p.Phyf.fea.fi.gc prK- fcrtimfiibfcia.j.; quel» Créature ne fauroit être ni lu caiffi totale, ni lacaufe partiale de/» confervation, car fi elle l etoit, elle exi/leroit avant que d'exilier, tt qui efi comradiaoire. Vous/avez, qu^oa raifonneda cette fafm: ce qui fe coaferve, agit; or ce qui agit txtfie, rten ne put agir avant que d'avoir fm ^mce complète idojie fi uneCréatureh canjervoit ,lle agiroit avant que d'être. Ce raifçnnement n'e» f»s fonde fur des probabilités, mais fur les premiers principe, delà metaphyfique, nonentis nullaliint aci- cidencii.operari fequiturcffi:, c/o.W comme Ujonf. , jillons plusavaat. Siles Créatures concouraient avèe Dieu {on entend ici un concourt aUif, e^nonpat un .eottceuri i-iafirument pajjîf^ ponr fe eonferver, elle* Wroient avant qa» d'être: l'on a démontré cela. Or fi elles concourstent avec Dieu pour la produciion it quelque autre chofe, elles agiroient auJJÏ avant qat d être; U efi donc aujf, impo^bU qu'elles concourent avec Dieu four la produéiioa de quelque autre ehofe {comme le mouvement local, une affirmation, unt volition, entités réellement diflinSes de leur fiÙifian- ce, a ce qu enpreiend] quepour leurpropre conâràAJ tion. Zs psufque leur confervation efi me ereatim commuée, que toutce qu'il y a d'hommes att mon- de doivent avouer qu elles ve peuvent concourir aveS Ditu, an fretmer moment de leur exîfience, ni pour Je produire, m pour fe donner aucune modaliti, car Ctfmu agtr avant que d'être; {notez que Thomat ■ ^AcqUm, & plufiturs autretScholafiiques, enfeignent Seji les Anges avaient péché au premier mtmentit 'r ereatim; Dieu feroit l'Auteur du péché. V«ex. ■ le imOmrSitmde Siàtnytfefh, f. jii. &fiig^ ii^o Essais sur la. Bonté' de Dmvi ifoSuavis CoacoràizhamatixlihcTtatis.C'efijmJigM ■^u'iii reconneiptit qu'au premier infiant l» Criatun ne ftttt feim agir en quoi qut et foit] il s'enfuit évi- demment qu' ellesne peuvent contourir avteDituJunt nul dei memens fuivans, ni peur fe produire lUts- tnèmes, ni pour prcHuire quelque autre chafe, Sitlltt f poiiioieni concourir nu fécond moment de leur du- rée, rien n'empêcheroit qu'elles n'y pujfeat concodrir