" " N" 7- - .j REMARC^UES SUR LE LlVRE j. Le Chapitre II. feit i'AnatODiie du mal. Il le divift comme nous en metaphyfiquc, phyli- que 8c moral. Le mal meiaphylique cft celui de» împcrfcaioiis i le mal phyfique confifte dans les douleurt & autres iacommodilés fêmbWes j fit k mal moral dans les péchés. Tous ces maux fc trouvent dans l'ouvrage de Dieu s 8c Lucrec* jCn a conclu. ^u'il n'y a point de provideoce. £c il a nié que le Monde puillè être un effet de la Di; yinite.
Nuturai» rtruta Jhiiùth tfft trtMami parce qu'il 7 » tant de fiudec dact ]» oMuie ïholès, CWresont adinrâ deux principet, l'un bon, i'au^ tn tnauvaisi 8c il y a eu d'.'s gens qui ont cru la^ difficulté in fur mont^lc, en quoi notre Auteur «rit avoir eu M. Bayie en vuë. Jl efpere de mon- trer dans fon Ouvrage, quecen'cftpoinrunNœud Gordien.-qui ait bcloin d'Être coupé, Ec il a rat- fon de dire que la puiflàncc, fageflc & bonté de Dieu ne feroient point infinies & parfaites danslcur exercice, li ces maux avoicnt ërc bannis. 11 com- mence par le ma! d'imperfection dans le Chapitre lu. & remarque après S. Augtillin, que les Créa- tures l'ont imparfaites, puis qu'elles font tirées da néant, au lieu que Dieu produifant une lubnance ])arftiitederon proprefonds, en auroit lait un Dieuj. ce qui lui donne occalion de fîiire une petite di- greiîîon contrclesSocinienr. Mais quelqu'un dira., j>ourquoi Dieu ne s'eft il point abftcnu de laprc*- xluâioa des choès plûtdt que d'en faire d'impor- laitcs» L''AQtftitrép<mdfiïTt'biettqucl'aboodattfc dclabootédeDicttcaeft Ja-cuiiè. IlaT<w)(i£; Q9B^ Btt l'Oh.ïgiwe DU Mal: 30» Jwmmuniquer aux dépens d'une délîcatcflc «ue nous flous inuginons en Dieu, cQDOuslîgtirsiitque le* impcrtiaions lecho^uent. Ainfi il a mieux ». mé qu'il y cûi l'impar&n, que le rien. Mois mi ■uroit pu ajouter que Dieu a produit en effet le tout le plus parfait qui fe pouvoit, & dont il a eu fujet d'être plnncment content, les imperfeâion» des parties icrwant àune plus grande pcrfeaiondans 1 entier. Aufli remarquc-t-on un peu après, que certaines chofes pouvoient être mieux faire., mais non pas fans d'autres incommodités nouvelles, 8c teut-hri plus grandes. Ce peut-être pouvoit ét« Cmtt: l Auteur aufti pofant pour certain, & ayoc ■raiftMi, a la fin du chapitre, ^«'ii Je u éoriti infinie de choijir le mtilUur, il en a pu tirer cette confequence un peu auparavant, que les chofes im- parfaites feront jointes aux plus parfaites, lorsqu'il, les n'empêcheront point qu'il y en ait des demie «s tout autant qu'il fcpeut. Ainli les Corps ont ^te créés auffi-bien que les Eftrits, puifoue l'un ne fait point obfUcIe à l'auti«. & l'ouvrée de la Matière a'a pas été indigne du grand Dieu, com- me rat cru des anciens Hérétiques, qui ont atiri- bue cet ouvrage à un certain DenioEor-on k Ch^fure /C. Notre csitbre Auteur, aprèsavoir remarque que le mal metaphylique, c'eft-à-dii 4'imperfba.on, vient du n«nt,^ju^ qutkiS phyéque. c-eff-à-dire 1 incommoditc^ vlont dTk ■Matière, ou plutôt de fôn mouvement, or finî W«te*,™«>ve„e„, choc dL c™ puis toi REMAnânij snn LE Li'V'nf. plusdurables, leiadiftribuésenjx/îem«, dontcoiï" aae nous connoiflons font compofei de globes lu- nineuï 8c opsqoes. d'une minière I. belle 8t fi propre à Êurc connoîcre & admirer ce qu ils ren- ferment qne nous ne {aurions rien concevoir de ■ lin! hou. Mail le comble de.l'Ou.rage étoit la ibuaure desanimauï, afin qn'll y eût par tout des Clôtures capables de.connoiflance.
Ni regiofmt ulld^Mit mimitlièui tria:.
Notre iudicieux Auteur croit que l'air, & même - Vilhir le pins Put. ont leurs habitansanOi bienqoe l'eau & la terre. Mais quani 11 y aurait dci en- droitsfios animaux, ces endroits pounoient aïoir des ufiees neceEres pour d'antres endroits qui. font haStés. comme p.r «"™Pl= V """rg „ui rendent la fut&ce d= notre Glooe negare. & ■SneVcfoisdelirtc S lle.i e, font «•^"J'^'^- •Maion des rivières & des vents: & nous n a, .Sns point.<b,e,,den».pW„»6«^^ Lr que toutfoi. fait W«' ^'^'''^ \ teure»pcrf»»'lé..°"'^:?'-"'î" ''"-''> ■pritspurs, miii aulTiqui ) a dïsanim»"» "m";- tels afptochans de ce, Eipnts, c elt.-dnc Jesani- maux dont les ames font jointes a une matière éthcrrenne S incorruptible. Mais il n en eli pasde Sm des animan.dontlccorpsel terretoe, eom- ■ îorfde tovaux 8< de Suides qui y circulent, te Sont fe mouvement cetTe par la rupture des- vais- ?. nni liii; croire a' Auteur que l'immorta- £"a cSeî SamT s'il.voitêtéoSéirao., n'eut pSéte' un effet de fa nature, mais de.la grâce J^^tSÏSflSe^JmEm^^S DE l'Origine tiu Mal. ^oT donoaflent riiiclmation de L'cvitcr. C'eftpourquoi ce qui ert iur le point de caurcr une grande lélion, doii caufùr k douleur auparavant, qui puillë obli- ger l'animal à des efforts capables de rcpouilèr ou 3c fuir la caufë de celle incommodité, 8c depré- -venir un piusgiand mal. L'hoiteurdc lamorticrt aulTi i l'éviter; car fi clie n'éioit point fi laide, Se fi les Iblutions de la continuité n'etoicnt point fi doulourcufes, bien fouvcni les animaux ne le Ibii- .cicroicnt point de périr, ou dclaiflér périr les par- ties de leur corps, Ec les plus robufics suioicnt de k peine à fubfilter un jour entier.
Dieu adopnéautTila & la fbif aux animaux ■pour les obliger de fe nourrit Bcdes'eniictcnir, en lemplajant ce qui s'uie qui s'en va iiiftulîble- niciit. Ces apptcits fervent auflî pour Ici porter au travail, afin- d'acquérir une nourriture convenable .à leur coiiOitution Stproprcàlcur donner de la vi- gueur. 11 a même été trouvé nccelTaire par l'Au- «ur des choies, qu'un animal bien fouvcnt fervît -de nourriiuic à un autre, ce qui ne le rend guéres -plus malheureux, puisque la mort caufée par les .maladies, a coutume d'être autant Se plus doulou.- r^fe qu'une mort viulencei & ces animaux fujets i être h proye des autres j n'ayant point la pré- voyance, ni le foin de l'avenir, n'en viv^ivt pas moins en repos, lors qu'ib fimt hors du danger.
11 en cfl: de mâme des inondations « des treni' Itlemens de terre, des coups de foudre, 8c d'aur ties defordres que les bétes brutes ne craignent point, Ecquelcshommet n'ont point fiijetdecraia- drc ordinairement, puis qu'il y en a peu qui en Ibuifrent.
, lo. L'Auteur delà Nature a compenfëces mauK Bt autres, (jui n'arrivent que rarement, par mille commodités ordinaires & continuelles. La àiia. & la ioif augmentent It fUâfir qu'on trouve en.pn^ ^oS RBMARQ.OES SUR L E Livre nint de la nourriture. Le travail modéré eft un ^ercice agréable des pail&nces de l'animal i Se le £>mmctl eft encore.^reable d'une manière toute -oppolëe, en rctaUiflànt les forces par le repos. Mais uo des plailîu les plus tî^ eft celui qui porte les animaux â la propagation. Dieu ayant pris fi>in de procurer que les eÇeccs fufTenc immorceltes, puis quêtes individus nek0uroient être ici bas, il a voulu auffi que les animaux cuiTent unt grande tendrellè pour leurs petits, jufqu'à s'txpofer pour leur confirvation.
De la douleur &de /* tie/n/i/e naiflent/a cra nte, la eupidilé, & les autres palans utiles ordinaire- 'Dient, quoiqu'il arrive par accident qu'elles tour- nent quelquetbis au mal: il en faut dire autant des ■poifons, des maladies épidemiques, & d'autres -cliolès nuilibies, c'eft-à-dirc que ce font des fuites nid ifpen fables d'un fyftéme bien conçu. Pour ce cfi de l'igneraHcei^det erreurs, ii fàutconfidcrer que les créatures les plus parfaites ignorent beau- 'coup &nidoutCi 8c que lescMnoil&nces ont cou- tume d'être pro)>artionnA» aux befoins. Ccpen- "dant îi ell nccelTaîre qu'on foie fujec'S des cas qui ne làuroient être prévus, & ces Ibrtes d'accidens &nc inévitables. Il faut fouvent qu'on (c trompe dans Ibn jugement, parce qu'il n'eil p;iint toujours permis de le fufpcndre jufquesà une dilcuiTioncx- aâe. Ces inconi'eniens lont II- parai -(l'^; du fyftê- medes chofes: Il faut qu'elles II- rtiilfniblcnt bien fouvent dans une certaine iita.ui -n, K que l'imC puiflc être prife pour l'autre. Mais iescrrcurs iné-- Vitablcs ne font pas les plus ordinaires, ni les plus pernicieuËs. Celles qui nous caulènt le plus de mal ont coutume de venir de notre faute, Ce par Éoaftquent on auroit tort de prendre fiijet des maux naturels de s'ftter la vie, puis qa'on tfonvfr que ceux qui l'ont i^t y ont été poil» ordinflfrc- Uwnt pvdesmanxrtdcmtwrss.
II. Après Dr. l'Origine du Mal- 307 1 1. Aiircstout, on trouve que tous ces maux, ioat nous avons parlé, viennent par accident de bonnos cauièsj & il 7 2 lieu de juger par lout ce que nous connoilibns de tout ce que nous nccon- noiflùns paS) qii'oa n'auroit pu les reci'acicher fans tomber dans des ioconvemens plasgrands. Et pour .ic mieux reconnoitrc, l'Auteur nous conièilfc de concevoir le Monde ■ comme un grand bâtiment. Il (àut qu'il y ait non feulemmt desmpartemeos> des iàlcs, des galeries, des Jardins, des grotus:* mais encore la cuiCne, la cm; labaŒ^CWir, àes etablest des égoûts. Aisfi U c^armtpas été à pro- pos de ne faire que des Soleils dans te Monde, ou de fjire une Terre toute d'or & de diamans, mais qui ii'auroit point été iiabi table. Si l'homme avoir -ttc loue Œil ou tout oreille, il n'auroit point été propre à Ce nourrir. Si Dïeu.l'avoit ftit fins pas- iions 1 il l'auroit feit flupide: & s'il l'avoit voulu fiire lâns erreur, iJ aurait fallu le priver des Sens, ou le taire Tentir autrement que par des organes-, c'eft-à-dirc, il n'y auroit point eu d'homme. No- tre ûvant Auteur remarque ici un lentimcnt que des Hifloires Jâcrées & profanes paroiflcnt cnKt^ gner, favoir que les bêtes féroces, les plantes VO- nimeufësK autres natures qui nous font nuifibles^ ont été armées contre nous par le péché. Mais coounril ne raiibnne ici que fuivant les principes deh Raifon, il met à part ce que la Révélation peut cn&igner. Il croit cependant > qu'Adam n'auroit ^té excmtédes maux naturels ( s'il avoit été obéif- fant) qu'en vertu delà Grâce Divine & d'un paiîte fàit avec Dieui & que Moife ne marque exptcffé' ment qu^enriion Sept c0ètt(lupreroierpeche. Ces eflèts lont: I. La rcfocattoa dit don gradetuE de l'imniai>-' taUté.
a.. lA fterîlitc de la Tem quE ne devoit i>1t» être fertile par flUe^ntiSiBei qu'ea&abesiBauvaifts W^euutiles. 3. Le I ■3a8 R BMARtlTTES SUR LS Ll VRB' f^- Le travail rude qu'il Adroit tmyloja'fttar & nourrir.
7. Le banniflèment de iliomaie du lieu déli* vieux i où Dieu l'avoït placé.
Miis il croie c-iuc plulieursde nos maux viennent de la neceffité de \i m^id^re, far tout depuis la ibullraâion de la Gr.ircj outre qu'il femble à l'Au- teur qu'aprèi notre exil l'immorialité nous feroità charge, £È qucc'ell peut-être plus pournoire bien, que pour nous punir, que l'arbre de la vie nous cft devenu InaccelTible. II y a parci par là quelque cbafe ii dire, maii le fond du DUcours de l'Au- teur lùr l'origine des- maux, eà plein de bannes 8c dôlides réfiexions, dont j'ai jugé à propos de m» iiter. Maintenant iliàudra venir au fujecquieueii coiitrôverfe entre nous, c'ell-à-dire à l'e^rpltcattoil de la nature de la Liberté'.
11. Le favjnt Auteur de cet Ouvrage de l'ori- gine du mal.Tepropolint d'expliquer celle du mal moral dans le tia/^uii/ne Chapitre, qui f^ic la moi-i lié de tout le Livre, croit qu'elle eft toute diffe* rente de celle du nul ph/lique, qui conlifte dans riinpcrfeûion inévitable des Créatures, Car, com- me nous verrons tantôt, il lui paroic que le mal moral vient plutôt de ce qu'il appelle une perfec- tion, Se quela Créature adc commun, (clon lui >avce JeCréatcur, c'e(l-à dire, dans le pouvoir de chat- fir fans aucun motif, & fans aucune caulc- finale ou impullîve. G'eft.un paradoNc.bien. grand) de foutenir que la plus grande imperfcaion, c'eft-à» dire-le péché, vienne delà pcrfeâion.mémc; màit se n'efl: pas an moindre j^adoxe, de ^re paa^t Jèr^pour uae per&âion la cholè.dumondela moins Wuumable. dont l'avantagq feroit d'être privilei- D E L^O R I G I N E VV M Al.". TO'J ■giéceonireli Raifon. Et dans; Kimi, iiirii loin que ce ibit montrer h fojtce nu mai iiKuni, c cft vouloir qu'il n'y en ait aucune. Car fi h volonté iè détermine l.ns qu'il y ait rien, ni dans la per- Ibnne qui choilît, ni dans l'objet qui eft cKoifi, qui puillè porter au choix, iln'y auraaucunecm- ie. ni raifon de cette éleflion: & comme le mal moral conlifîe dans le mauvais choix, c'ell avouer 3UC le mal moral n'a point de fource du tout. Ainii ans'lct reglej de h bonne Metaphyllque, il fau- âioit qu'il s'y cta point de Mal Moni dans la na>* ture] Scaulli vtt la mëmé nifiin, il n'y aurait' point de Bien Moral non jilus, Se toute la Mora- lité lèroit détiuite. Mais il l^utécouter notreha- bile Auteur, à qui la fubtilité d'un Sentiment fou- tenu par des Philofoplics célèbres de l'Ecole, fc" ks ornemens qu'il y a ajoutés lui-même par Con' ciprît Et par fon éloquence, onc caché les gran4a' inconrcniens qu'il renferme. En ejipliquant l'é- taiile la ^uefiion, îl partage les Auteurs en deux par- tis; Les uns, dit-i!, fc contentent de dire que la liberté de la volonté cft cxemte de la contrainte' externe; & les autres foutiennent qu'elle eft enco-' re cxerate de la ncccifité interne. Mais cetteex- plicacionnefutiitpai, àmoins qù'onncdifttnguc la' neceiCté abibluc 8t contraire à la mondicé, de la- necelTité hypothétique 8c de la nëcefiité morale, comme nous levons àéji' ez{41^uc en plulîem' endroits.
- t J. £« StSÏM frtmitr* Je ei Ciafitre dent ât*' re connoître k nature des Eieûions. L'Auteur cifolc ]»emieremcnt le lèntimcnc de ceux qui croient que la volonté eft portée par le jugement . de l'entendement, ou par des inclinations anté- rieures des appétits, à Je déterminer pour le parti qy^elle prend. Mais il mêle ces Auteurs avec ceux S H jfoutienncnt que la volonté eft portée à là te* Itttim par une necefTité flb£>Iiie, tc tpà préten* B f dent 510 Remarq^uessur lb Livre dent que la pcrlbnne qui veut, n'a aucun pouvoir ûir Tes voikioLis; cVft-à-Jiri; qu'il méic un Thu- milîe avec un Spinolife. Ji lb l'en des avcus & des tifclarations odieiifés de M. Ilobbcs, & de les femblables, pour en charger ceu>: qui en fout infiniment éloignez, &:qui prennent giand foin de les réfuter, & i! les en charge, parce qu'ils croient, comme M. Hobbes, £c comme tout le monde, ( quelques Doiteurs exceptés qui s'enveloppent dans leurs propres fubtilités } que h volonté eft mueparla rfpre)eQtationdubien& dum:il.- à'où il leur impute Cju'il n'y *donc point dccoiirinj^ence, & que tout eft lié par uneneceiTité abfolue. C'eii aller bien vîteea riifonnemcnt i cependant ilajoute encore, qu'à pro- prement parler il n'y aura point de mauvaile volon- té, puis qu'ai nlî tout ce qu'on y pourroît trouver i redire feroitlc malqu'ellcpeutcaulèrice(;ui, dît-il, eft éloigné de la notion commune, le monde bljinanc les médians, non parce qu'ils nuifent, mais parce qu'ils nuifent fans neceflite. 11 tient ainfi que les mê- cliansfèroient feulemeacmaUieiircux, Scnullemeat coapablesi qu'il n'y auroic point de diderence en- tic te mal pHyllque & le roJ moral, puilqucThom- ime lui-même ne feroit point la vraie caufè d'une ^ionqu'il ne pourroît point éviter; que les mal- âiteurs ne feroicnt point blamésni maltraités fpar> ce qu'ils le mer ircnt, mais parce que cela peut dé- ^urner les gens du mal} 8c que ce fèroit pour cette nlCoa Seulement qu'on gronderoic un fripon > & noa pas ua malade, parce que les reproches 8c les menaces peuvent corriger l'un, Se ne peuvent point guérir rautre; queleschâtimeos, fuivantcet- te doitrine, n'auroient pour but que l'empcche- ment du mal futur, fans quoi la ieule confidéra- tion du mal déjà tait ne fudiroit point pour punir j Se que de même, la reconnoiilânce auroit pour but unique, depiocurer un bien&it nouveau, usi quoi la fiâile coouderation du bïeoËiiC pailë n'en foemi- raît Digilizedjiï Google_ iroit pas une railbn fuffiiànte. Enfinl'Auteur croit que li cette doftcine, qui dérive la rciblutiondela, volonté, de b rcprelèncation du bien £c du mal, étoit veiicablc, il faudroic dcrerpcrcr de I3 fcliciié humaine, puis qu'elle ne feroic point en notre pou- voir, & Jépeudroit des choies qui font hors de nous. Or cominc il n'y a pas licud'cipcrer que les choies de dehors iè ré^knE, Ik s'accordent fuivant nos fou- hairs, il nous ma:iqucra cot'ijours quelque cholè, & ii y aurainrijo',:;-s tuiclquc chofe de trop. Tou- tes ct^i cuiv,c-:;!L'[iccs OiU ncu Icion lui encore con- tre ceux qui cioÏL-iit que a volwné lè détermine Clivant Icdernierjugementde l'cntendementi opi- nion qu'il croit dépouiller la volonté de fon droit 8c rendre l'ame toute pafTive. Et cette accufation va contre une infinité d'Auteurs graves & approu- vés, qui font mis ici dans la même clallè avec M, Hobbes & Spinofà, Ht avec quelques autres Au- teurs reprouves dont la doÉtrine cil jugée odieulè & infupponable.
Pour moi, je n'oblige point la volonté deliiîvre toujours le jugraient de renteodenieati parceque je 4î&iogue ce jugetnent des mot\& qui viennent des perceptions incIinacioBS ïnfènâbles. Maïs je tiens que la volonté fuit toujours la plus avanta- geufe reprcfcntaiion, diflinae ou confufe du bien &du mal, qui refulte desraifons, paflions&incU-. nations, ciuoi qu'elle puiflè auflï trouver des mo- tifs pour fufpendrc Ibnjugement. Mais c'elltob-, jours par motifs qu'elle agit.
i+. 11 fendra repondre à ces objeâions contre notre fentimeat, avant que de paflcr à l'établiflè- .ment de celui de l'Auteur, L'origine de k mc- prilc des adverfaircs vient de ce qu'on confond ■ une confcquence nccellàire par une necefGté ab- £>lue t dont le contraire implique contradiction,' .^yec une confèijuence qui n'eli fondée i)ue Cu ' dès. vérités de conyemnce» 8^ qnî îu'Iaifle pas J12 RbMATÏQUES sur le LlVRT de réuffiri c'e[l-à dire, qu'on confomi ce qui dé- pend du principe de conir.idi^f'tion, qui tàii les vérités neceUàires Se inJif^eiilàhks, avec ce quî dépend du principe île la railbn iiiSjlànrc, qui a lieu encore dans les vericcs comingcnies. J'ai déjà donné ailleurs ct-tte remarque, qui cft -Une des î^us importa[itci Je la Pliiloioiihie, en fù&nt conlîdcrcri^u'il y a.,f/(.v gmnùs priiscipfj, favdir ce- lui dei Umiquet oj de.a cuntjaJiction, qui por- te t]uc de deux énonciatiijns c^mtrad.£toircs, l'une eft vraie, & l'auriefaudc; & celui de ta raifen fnf- jtfantt, qui porte qu'il n'y a point d'éaonciation véritable, donc ciiui qui auioii toute la connoit ûnce neceilàitc pour fentcndic pai FLiitcmeiit ne pourroic voir la raifon. L'un & l'jutic principe doit aïoir Heu non feulement dans les vérités ne- ce (Taire s, mais encore dans les contingentes, Se il eft ncccllàire môme que ce qui n'a aucune rai- lbn fuffirante n'exiftc point. Car l'onpe.it direcn quelque façon que ces deux principes lonc renter- més dans la définition i/« Km» ^ du Faux. Cepen- dant, lors qu'en taifant l'Anilyfedelavcrité propo-, iëc, on la voit dépendre des vérités dont le contrai- re implique contridiâioa, pa peut dite qu'ellccft flhiblamcnt neceflàîie. Maïs lors que poulfànt l'A- aalylè tant qu'il vous plaira, on ne lauroit jamai) parvenir â de tels élcmens de la veiiié donnée, il tàut dire qu'elle eft contingente ■ 8c qu'elle a Ibn origine d'une raifon prévalante qui incline fans ne- cefliter. Cclapofë, l'on voit commcninous pou- vons dire avec plufieursPhilofophes 8c Théologiens célèbres, tjuc la fubftancc qui pcnfeeft portée à ià- réfolution par la rcprefeniation prévalante du bica ou riumal, Sccelacercainenien: & infailliblement, mais non pas necefl'airement: c'ell-à-dirc par des niions qui l'iaclincnt Jànslaneccflîter. C'cllpour- mxAUsjutHrt eoathgim, frévtts Etenenx-mémes «bparlcarsrtufbns, (kmèurent coùtingeas} EiDiea □ Igilized by Coogle D E l'O riginiduMal. 31J a été porté intaillibiemcm par ù. ûgolîè Se par la bonré à créer le Monde par là puiliaiicc, & à lui donner la meilleure forme poiliblc} mais i! u'y é- toii point porté necel&jrcmcnti &lctouts'cftpar- féJàasaucuDcdiminiition de fa liberté parfaite 8c fouverainc. Et Ûni cette confideruioii que sous venons de fiiire* je ne hi s'il ftroic aiiS de lelbo- drc le noeud Gordien de la Cootingencc -Se de la Liberté.
1J-. Cette explication fait difparoître toutes le*, oijekiorts de notre habile adverfaire. Premièrement, on voit que la contingence fublïftc avec la liberté; 2, les mauvaifcs volontés font mauvaifcs, non feu- lement parce qu'elles nuifent, mais encore parce <]u'elle5 font une fource de chofes nuifiblcj, ou de maux phyliques; un efprit méchant étant dons la ftihcre de fon aâivité ce que le mauvais l'rincipc des Manichéens Icroie dans l'Univers. Auffi l'Au- teur a-t-il remarqué, -cbap. 4, fcél. 4.. §, 8. que la fige ffc Divine a défendu ordinairement des aîlions qui caulèroientdes incommodités, c'eft à-dire de« maux phyfiques. On convient que celui qui caulë du mal par neceflîté, n'eft point Coupable. Mais îi d'yaaucunLcg^flateur, ni Jurifconfultc, quicn* ten<K par cette accoté la ïbrcc des raiAins da IneD St du mal, vr^ ou q>paTenti qui ont porté nioinmc à mal &ire; autrement celui quiderobc Onegrande £>mmc d'argent, ou qui tue un hom-; me pniflànt, pour parvenir i un grand polie, fc- roit moins punii&bic que celui qui dcrobcroit quel- ques fins pour boire chopine, ou qui cueroic un chien de ion voilîn de gayeté de cosur, parce que " I ces derniers ont été moins tentés. Maisc'eft tout le contraire dans l'adminidration de b judice auio- ' rilëé dans le monde. Se plus la tentation de pécher ^ ■ieft ^nde, plus elle a befoin d'être reprimée par la eramted'un grand châtiment. D'ailleurs, plus on trouvera de raiiônnemcnt dm le de&in d'un mil- I Tom U. O îù,- \ Digltizedby Google is^ It,SHAma.nEE sur le Livre jraîteur, plus on trouvera que fa méchancetéa été délibérée, & plus on jugera qu'elle grande &çu- niiTable. C'cll ainlî qu'un dol trop artificieux tait le crime aggravant 3.ppe\\éJItllion*t, & qu'un trom- peur devient faujpfire, quand il a la lùbtilité de ûp- perlesfondemens mêmci de notre iurcié dans les aiftes par écrit. Maisonaura plus d'indulgence pour une grande paOîon, parce qu'elle approche plus de la démence. Rt les Romains punirent d'un lupplice des plus rigoureux les Prêtres du Dieu Apis, qui avoicnt proHitué la challeté d'une Dame diftinguée i uu Chevalier qui l'aimoic épcrduemcnt, etile fi- lant paflèr pour leur Dieu j Se on fe contenta de bannir i' Amant. Mais fi quelqu'un avrât hit de Hiauvaifes aûions fins raiCon apparente & fins ap- parence de paillon, le Juge lèroit tenté de le pren- dre pour un fou, fur tout s'il Te trouvoit qu'il ctoit fujetà faire fou vent de telles extravagances, ce qui pourroit aller à la diminution delà peine, bienloin de fournir la véritable raifon de la méchanceté £c du punilfement. Tant les principes de nos adver- iàires Ibnc éloignés de la pratique des Tribunaux Se dufentiment commun des hommes.
i6. 30. La dininâion entre le mal pbjrfîque Se le mal moral fubllftcra toiîjours, tjuoi qu'il y ait cela de commun qu'ils gat leurs railbos & csulb.' Et pourquoi & fprger de nouvelles difficultés tou-* cipc delà ri^Iution de f^^et ^ue les maux iiatu- reis ont &it naître, fiiffit encore pour tendre ral- fon des tnaoï volontaÎTeE î Ceft-i-djre * il fiiffic de montrer qu'on ne poarajt empêcher ^ue let Iiotnm<sfuflë{itfi)jetEà &ire iof &iitcs, f^u^bao- «r la conQitution du meilleur 4^9. lyftêincs, ou £ias employer des miracles ^tout bout de champ. U eft <iue le péché hit nqp grande partie de IjL milère humaiœt 8c ipfime la plus grande, mais cèbi o'en^ciie poim. qu'OA oc puille dire que les DE l'Origine du Mai.'. 31$ .hommei fyat mécbanï & punil&bles: sutrement il fendroic duc ^tic les pccaés aâuels des non fc- generés font ezculàbles, parce qu'ilt tiennent du .principe de notre niil£re, qui cit le péché origi- nel. 40. De dire que l'Ame devient paOïve, que l'homme n'eft point la vraie caufe du péché, s'il eft porré à ùs aûions volontaires par les objets comme l'Auteur le prétend en beaucoup d'en~ droits. Se particulièrement chap. f.&â. i fubfea. 3. $.18. c'eft {c faire de nouvelles notions des ter- mes. Quand les Anciens ont parle de ce qui eft l<f>' îifiÀi, oulor^ue nous ^lons de ce qui dépend de.nous, de la Ipontaoeité, du principe interne de nocaâîoiui nous n'excluons point la reprefinta- tioo des choies externes i car ces reprelcntationsfi' trouvent aulTi dans nos ames, elles font une partie des modifications de ce principe aâif qui ell en nous. Il n'y a point d'Adeur qui puiflè agir lâni £cre prédilpofé a ce que l'aâion demande; 6c lei railons ou inclinations tirées du bien ou du mal £>at les dUpofitions, qui font que l'Ame & peut détermiaer entre plulieurs partis. On veut que I4 Volonté foit feule Aâive & Souveraine, Se on a coutume de h concevoir comme une Reine aÛîiè fur &n Tr&nc. dont l'Entendement eftle MiniAre d'Etat, ic dont les PaJÏions font les Counîfàns, on Ici Demoirelles favorites > qui par leur influence ivévalenc lÔuveat fur le Confeildu Mininerc. Oa veut que I^Entendement ne parle que par ordre de cette Reine, Qu'elle peut balancer entre les raiibna du Miniftre Scies fiigmftioH des Favtwii, & mé* me idMitet lei-unes^c tetHUreti eoGo qu'elle let ftituireiNipuler, Hclenr^doaMfu^enceea non cname btmlui fèmble. Mais c'eft une ProG>popée ou fi£tion un peu mal entendue. Si k volenté doit ■ iuger ou prendre connoiiTauce des raifons Se desio- CUaauonsquel'entendcmcnt ouïes fens lui prclèop tint* ii liitâiida.uaaiitteeMeBdciDeDC'(IaB« elle- Digiiized by Google Ii6 REMARQ.UES SUR LE Livre même pour entendre cc-qu'on lui prefentc. L» vérité cft, que l'Ame, ou la fubltaocc qui pcolè, entend les raifons, & lËmt les tncliDatioas, & ft détermine félon la prcvaleace des rrarcfeatations q^ui modifient ià force aâîve, pour 4>«:ifier l'ac- tion. Je n'ai point befbin d'employer ici moa'fr^ t&vae de l'harmonie préétablie, qtii met notre la- dépeodance dans Ion luflre, 8c qui nous exemte de l'influence Dhyfiquc dcsïAjcts. Carcequcjeyicns de dire fiiffit pour re&udre l'objeâion. Et notre Auteur, quoiqu'il admette arec le commun cet- te influence phyfique des objets fur nous, remar- que pourtant fort ingénie ufement que le corps. ou les objets des ièns ne nous donnent point les idées, 8c encore moins la force aûivc de l'ame, & ièr- vcnt feulement à développer ce qui eft en nous; i peu près comme M. Defcartes a cru que l'ame ne pouvant point donner de la force au corps, lui 3 onnoît au moins quelque direâion. C'eft un mi- îicu de l'un fit de l'autrecôré, entre l'influence phy- jdque & rtiarmonie préétablie.
17. fo. On objeflcque lêlon ntous le péché ne lèroit point blâmé ni puni parce qu'il Je mérite, mais parce que le bldme Se le châtiment forent à' l'empêcher ane autre Ibis} au lieu quelei homtnei demandent quelque chofe déplus, Ceâ-à-due une ^tisfiâton pour le crime, quand. mâme elle-ae ferviroit point à l'amendement, ni à l'exemple. Tout comme les hommes demandraie arec'raifoa que la véritable gratitude vienne d'une véritable rc- connoiltânce du bientait palTé, Se non pas de la vue intérelfée d'excroquer un nouveau bicnfeit» Cette objeâion contient de belles & bonnes ré- flexions, mais elle ne nous frappe point. Nous demandons qu'on ibit vertueux > rcconnoiflânt. julle, nonfeulement par intérêt, parcfperanceou •pir crainte j mais encore par le plailir qu'on doit «ouverdantIcsbcHinctaâionsj auBcmeiu on n'cft »E l'Orisike du Mal: ' 317 fat encore parvenu au degré de la vertu qu'il faut tâcher d'atteindre. Ccft ce qu'on fignific, quand on dif^'il fe»t aimer la juftice & la venu pour cHe-mêmei &. c'cft encore ce que j'ai expliqué ca rendant raifon de l'amour defmirfffé un peu avant la naiflânce de h controvcriè qui a fait lant de bruit. Et de même nous jugeons que ia méchan- ceté eft devenue plus grande, lorlqu'elle a paiTé en piailîr, comme lotiqu'un voleur de grands .chemins, après avoir tue les hommes parce qu'ils reiiftenc, ou parce qui! craint leur vengeance, de- vient enfin cruel éprend plailir à les tuer, £c mfi- nnc à les hire fouffi ir auparavant. Et ce degré de méchanceté eft jugé diabolique, quoi que l'hom- me qui èn eft atteint trouve dans cette maudite vo- Jypté une plus forte railbn de fes homicides, qu'il n'en avoir lor{qu"il tuoit feulement par efperance ou pir crainte. J'ai auITi remarqué en répondant aux difficultés de M. Bayle, que Tuivant le célèbre M, Conring, k Jufticc qui punit par des peines médicinales, pour ainli dire, c'eft-à-dire pour a- incnder le criminel, ou du moins pour donner exempleauxauttes I poutroitavojr lieu dans lefen- timent de ceux qui detruilént la liberté, exemte de la nec-eltitc, mais que la véritable Juflicc vin- dicative, qui va au tlc^à du niedicindl, fuppolc quelque cholè de plus, c'eft-à-dire, l'intelligence & la liberté de celui qui pèche, ^arce que l'har-