Chap. «qu'elle apperçoit un objet comme prefenc Mais s'il ^ I. n'y a que les filets intérieurs qui (oient agitez par le léenplu' cours des elprics animaux, ou de quelqu'autre ma- fieursen- niére, l'ame imagine, & juge que ce qu'elle imagine, droits du n'efl: point au dehors, mais au dedans du cerveaU) Ih'repré' c'eft-à-dire, qu'elle apperçoit un objet comme ablent. cèdent. Voilà la différence qu'il y a entre ièntir, & imaginer. Mais il faut remarquer que les fibres du cerveau font beaucoup plus agitées par l'impreflion âts objets, que par le cours des efprits; & que c'eft pour cela que l'ame ell beaucoup plus touchée par les objets exté- rieurs, qu'elle juge comme préfens, & comme capa- bles de lui faire fèndr incontinent du plaiiir, ou de la Couleur, que par le cours des efprits animaux. Ce- pendant il arrive quelquefois dans les perfbnnes qui ont les efprits animaux fort agitez par des j.eûnes, par des veilles, par quelque fièvre chaude, on ^ar quel- q-uepalfion violente, que ces efprits remuent les fî~ bres intérieures du cerveau avec autant de force que les objets extérieurs, de forte que ces perfonnes l'entent l ce qu'ils ne devroient qu'imaginer, & croyent voir ^ devant leurs yeux des objets qui ne font que dans leur / imagination. Cela montre bien qu'à l'égard de ce qui le pafTe dans le corps, les fens, & l'im.agination ne différent que du plus & du moins jâinfî que je viens de l'avancer» Mais afin de donner une idée plus dif^incfle & plus particulière de l'imagination, il fautfçavoir, que tou- tes les fois qu'il y a du changement dans la paitie du ccrueau à laquelle les nerfs aboutilîent, il arrive aufH du changement dans l'ame: c'eft-à-dire, comme ' nous avons déjà expHqué, que s'il arrive dans cette partie quelque mouvement, qui change l'ordre de iès fibres, il arrive auffi quelque perception nouvelle dans l'ame; & qu'elle fent, ou qu'elle imagine quel- que chofe de nouveau: &c que l'ame ne peut jamais rien fèntir, ni rien imaginer de nouveau, qu'il n'y ait du ckmgemeHt dans les fibres de cette même partie du ccr/îau.
De DE LA VERITE'. Livre ïl. iiy De forte que la faculté d'imaginer, ou l'imagina- Chap. tien ne confifte que dans la puifïanee qu'a l'amedefè I» former des images des objets, en proaluifànt du ehan- gementdans les fibres de cette partie du cerveau, que Ton peut appeller ^znit principale ^ parce qu'elle ré- pond à toutes les parties de nôtre corps, & que c'eft lelieuoii nôtre ame réiîde immédiatement, s'il eft permis de parler ainfi.
Cela fait voir clairement, que cette puifïànce qu'a ^^' l'ame de former des images renferme deux chofeSi X>euxfa^ l'une qui dépend de l'ame même, & l'autre qui dé- cultes pend du corps. La première cft l'aâiion, & le com- dans li- mandement de la vo Jonté. Lafeconde cft l'obéiffan- ma^ina^ ceqiBe lui rendent les elprits animaux qui tracent ces tionj'i^ images, & les fibres du cerveau fur lefquelles elles maâive, doivent être gravées. Dans cet Ouvrage, on appelle l\iutre indifféremment du nom d'imagination l'une & î'au- pajjiye, tre de ces deux chofes, & on ne les diftingue point par les mots c?'fl(5?/vf & de pajjive qu'on leur pouroic donner j parce que lefens c^ la chofe dont on parle, . ^ jnarque aflèz de laquelle dcjs deux on entend parler, fî feU de l'imagin^iionaâiy/^ dcVzmQ i ou de V imagina-' iionpaJ[iyeâ\jL corps. -^ On ne détermine point encore en particulier, quel- le eft cette partie principale dont on vient de parler. Premièrement parce qu'on le croit afTcz inutile. Se- condement parce ^u'on ne le fcait pas avec une entiè- re certitude. Et enfin parce que n'en pouvant convain- cre ks autres 3 àcaufèquec'eftun fait qui ne fè peut prouver ici, quand on feroit très -afluré quelle eft cet- te partie principale, on croit qu'il feroit mieux de n'en lien dire.
Que ce (bit donc, félon le fèntiment de WilHs, dans les deux petits corps, qu'il appelle corporM-jlriatay que ref de le fens commun j que les finuofitez du cer- veau confcrvent les eipéces de la mémoire; & que le corps r^//f;/x foit le fiege de l'imagination: Que ce fbit iuivant le fentiment de Fernel dans la pie mère-, qui envelope la iubftance du cerveaa: Que ce fbit dans la 14. Glanii8 DE LA RECHERCHE Chap. Glande Plnéale de M. Defcartes, ou enfin dans quel- I. qu'autre partie inconnue jufques ici, que nôtre ame exerce fes principales fondrions, on ne s'en met pas fort en peine. Il fuffit qu'il y ait une partie principalci & cela eft mêmes abfblument neceflàire, conamc aufTî que le fonà du Syfteme de M, Defcartes fubfifte. Car il faut bien remarquer,quequandil fèftroittrompé lors- qu'il a afsûre' que c'elt à la Glande Pinéale que l'ame eftimme'diatement unie, cela toutefois ne pourroit faire de tort au fond de ibn Syfteme, duquel on tirera toujours toute l'utilité qu'on peitt attendre du vérita- ble, pour avancer dans la connoiflance de l'homme* IIL Puis donc que l'imagination ne confîfte que dans la Caufe force qu'a l'ame de felbrmer des images des objets, générale en \zs imprimant pour ainf? dire dans les fibres de fbn des chan- cerveau j plus les vcftiges de^ efpritsanimaux, qui font gemens les traits de ces images, feront grands & diftindl:s,plus qui arri- l'ame imaginera fortemiCnt & diftindemcnt cesob- yentdans jets. Or de même ciuc la largeur, la profondeur, & Vinuigi- la netteté des traits de quelque gravure dépend delà nationO^ force dont le burin agit, & de l'obeïfiance que rend le le fonde- cuivre: ainfi la profondeur, & la nettetédes veftigcs vient de de l'imagination dépend de la force des efprits ani- ce fécond maux, & de la conftitution des fibres du cerveau: & Li\re, c'ell: la variété qui fe trouve dans ces deux chofcs, qui fait prefque toute ceùte grande différence, que nous remarquons entre Icsefprits.
Car il eft afïcz facile de rendre raifbn de tous les dif- férens caraâ:eres, qui fe rencontrent dans les efprits des hommes: D'un coté par l'abondance, & la difèc- te 3 par l'agitation, & la lenteur ^par la grollèur, & la petiteflè des eiprits animaux: & de l'autre par la de - licatelTe, & la groffieretc j par l'humidité, & la fèche- relfe, par la facilité, & la difficulté de fe ployer des fibres du cerveau; & enfin par le rapport que les efprits animaux peuvent avoir avec ces fibies. Et il feroit fort à propos, que d'abord chacun tâchât d'imaginer toutg^les difiérentes cortibinailbnsde ces chofcs, & ^u'-»a les appliquât foi-méme à coûtes les diftcrer;ces qu'on DE LA VERITE'. Livre H. 119 qu'on a remarquées entre les efprits; parce qu'il eft Chap. toujours plus utile & même plus agréable de faire I* ufage de ion efprit, & de l'accoutumer ainfi à dé- couvrir par lui même la vérité, que de le lailTer corrompre dans l'oiliveté, en ne l'appliquant qu'à des chofes toutes digérées, & toutes dévelopées;. Outre qu'il y a des choies fi délicates & fi fines dans la différence des elprits, qu'on peut bien quel- quefois les découvrir & les fèntir fiDi-même, mais on ne peut pas les répréfènterniies faire fentiraux autres.
Mais afin d'expliquer autant qu'on le peut toutes ces différences qui le trouvent entre les elprits, &c afin -qu'un chacun remarque plus aifement dans le fien même la caufe de tous les changemens, qu'il y fènt en différens tems, il fcmble à propos d'exa- miner en général les caulès des changemens qui ar- rivent dans les efprits animaux & dans les fibres du cerveau; parce qu'ainfi on découvrira tous ceux qui fè trouvent dans l'imagination, L'homme ne demeure guéres long-tems fèmbla- ble à lui-même: tout le monde a aUcz de preuves intérieures de fon inconftance: on juge tantôt d'u- ne façon, & tantôt d'une autre fiir le même fijjet; en un mot la vie de l'homme ne confifte, que dans la circulation du fàng, & dans une autre circulation de pcnfécs & de deiirs j & il femble qu'on ne puilTe guéres mieux emplo}er Ion temps, qu'à rechercher les caufès de ces changemens qui nous arrivent j 6c ap- prendre ainfià nous comiokre nous mêmes.
CBAVlf 130 DE. LA RECHERCHE II, CHAPITRE II.: I. Desefprîirs animaux, & des chmgemens aufquels ils fontfujets en général. II. Qu^e le chyle vaaucœiir, CT" qu il apporte du changement damles ef^nts. III. One le y in en fait autant.
T Out le monde convient aflez, que les efprits ani- maux ne font que les parties les plus fubtiles & les plus agitées du fang, qui le fubtilifè & s'agite prin- cipalement par la fermentation qu'il reçoit dans le cœur, & par lemouYement violent àcs mufcîcs dont cette partie eft compose'e: que ces clprits font conduits avec le refte du fàng par les artères jafques dans le cer- veau,- & que là ils en font fe'parez par quelques parties deftine'esàcet ulàge, defquellcs on ne convient pas encore.
Il faut conclure de là, que fî le fimg eft fort fubtil, il y aura beaucoup d^cfprits animaux, & que s'il eft grof? ^cr,il y en aura peu:Que fi le fang eft compose' dépar- ties fort faciles à s'embrafer dans le cœur, ou fort pro- pres au mouvement, les efprits qui feront dans le ccr- Teau feront extre'mement échauffez ou agitez^quefî au contraire le fàng ne fe fermente pas allez dans le cœur, les efprits animaux feront langui(Ians, fansadlion & fans force: Enfin que félon la folidité qui fè trouvera ^Hs les parties du fàng, les efprits animaux auront plus ou moins de folidité, & par conféquentplusoa Bîoins de force dans leur mouvement. Mais il faut ex- pliquer plus au long toutes ces chofès,& apporter des exemples, & des expériences inconteftables, poHr en faire reconnoître plus fènfiblèment la vérité. //. L'auterité des anciens n'a pas feulement aveuglé ^^e/V fclpiit de quelques gens, on peut même dire qu'elle éhyle va leur a fermé les yeux. Car il yaencQrequeIQuesper- >'B^<:a'*<;r, f€^:lnes fi refpedueu'es à l'égard des anciennes opi- & quU nions ^ eu jeut-ctrefiopiniârresqu^'ilsneveulcntpa'; VOiL" DE LA VERITE'. Livre IT. 131 voir des chofès, qu'ils ne pourroient plus contredire, Chap. s'il leur plaifbit leulemeut d'ouvrir les yeux. X)n voit II. tous les jours des perfbnnes afiéz eftime'es par leur caufe du e'tude, qui font des livres & des confe'rences publi- change- ques contre les expe'riences vifibles & fènfibles de la ment circulation du iàng, contre ccWo. du poids, & de la dans les force elaftique de l'air, & d'autres femblables. La ejprits. de'cou verte que M» Pecquet a faiteennos jours, de laquelle on a befbin ici, eft du nombre de celles qui ne font mal-heureulès que parce qu'elles ne naiiTenc pas toutes vieilles, & pour ainfi dire avec une barbe ve'ne'rable. On ne laifTera pas cependant de s 'en jfèrvir, 6c on ne craint pas que les perfonncs judicieules y trouvent à redire.
Scion cette découverte il eft: confiant que le chyle ne va pas d'abord des vifceres au fo'ïe par les veines méfa^ reliques, comme le croyent les anciens, mais qu'il paf- fè des boyaux dans les veines laâ:ées, &enluitedans certains rëfcrvoirs, où elles aboutifTent toutes: Que de là il monte par le canal thorachique le long ê^s v er- trebres du dos, & ie va mêler avec le Iàng dans la veine axiilaire, laquelle entre dans le tronc (upérieur de la veine cave 3 & qu' ainfi étant mêlé avec lefàng, il fe va rendre dans le cœur.
Il faut conclure de cette expérience que le fàng mêlé avec le chyle étant fort différent d'un autre fàng, qui auroit déjà circulé plufîeurs fois par le CŒur,les efprits animaux qui n'en font que les plus fubtiles parties, doivent être auiîi fort difrérens dans les perfbnnes qui font à jeun, & dans d'autres qui viendroient de m^an- ger. De plus, parce qu'entre ks viandes, & les breu- vages dont on fe fèrt, il y en a d'une infinité de fortes, & mêmes que ceux qui s'en fervent ont des corps di- versement difpofez 3 deux perfbnnes qui viennent de dîner, & qui fbrtent d'une même table, doivent fen- tir dans leur faculté d'imaginer une f4 grande variété de changemens qu'il n'eft paspolîible delà décrire.- Il eft vray que ceux qui jouïllent d'une fànté parlai- îe font une digeftion fi achevée > que le chyle entrant: lîî DE LA RECHERCHE Chap. dans le cœur n'en augmente, ou n'en diminue pref- II. c]ue point la chaleur, & n'empêche pas que le (àiio; ne s'y fermente prefque de la même façon que s'il y en- troitfcul: de Ibrte que leurs cfprics animaux, & par confequent leur faculté d'imaginer n'en reçoivent presque pas de changement. Mais pour les vieillards, & les infirmes, ils remarquent en eux mêmes des chàugemcns fort fenfibles après leur repas. Ils s'af- fbupilîentprcfquetous j ou pour le moins leur ima- gination devient toute languidante, & elle n'a plus de vivacité ni de promptitude; ils ne conçoivent plus rien diftinclemcnt,• ils ne peuvent s 'appliquer à quoi- que ce foit; En un mot ils font tout autres, qu'ils n'étoient auparavant. ^^' Mais afin que les phis fains & les plus robuftes ayent Jj<c.ie auflî des preuves lènfibles de ce que l'on vient de dire, vin en jj^ fi>ont qu'à faire réflexion fur ce qui leur efl arrivé, fait au- quandilsontbeuduvinplusqu'àrordinaire, oubiciî ^''^* lur ce qui leur arrivera, quand ils ne boiront que du vin dans un repas, & que de l'eau dans un autre. Car on eff afliiré que s'ils ne font entièrement ftupides, ou fi leur COI ps n'eft compofé d'une façon toute extraor- dinaire, ils fentirontaulfi-tot de lu gayeté, ou quelque petit afioupiflèment, ou quelque autre accident lemblable.
Le vin eft fi fpiritueux, que ce font des efprits ani- maux prefque tout formez: mais des efpiits unpeu libertins, qui ne fe foumettent pas volontiers aux or- dres de la volonté à caufe de leur fblidité, & de leur ' agitation exccffive. Ain'^ dans les hommes même les plus forts & les plus vigoureux, il produit de plus, grands changemens dans rimaguiation, & dans tou- tes les parties dw corps, que les viandes & hs autres ^. breuvages. H donne du croc en jambe, pour parler mum comme Flaute; & il produit dans l'cfpri-t bien àts ef <• dbioius '^^'^ ' *^"^ ^■^^ ^"^ P^^ " avantageux que ceux qu Horà- «It ce décrit en ces vers* *^ Ouid DE LA VERITE'. Livre IL 135 Chap, ^id non ehrietas defi^nat? operta redudit: U, Spes juhet ejje ratas: inpralia trudit inermen: SolUcitisanimis onus eximit -.addocetartes, Fœcundi calice s quem non fecere difertum? ContraÛa quem non in paupertatefolutum?
Il (èroit afïèz facile de rendre raifbn des principaux effets, c]ue le mélange du chyle avec le ûng produit dans les efprits animaux, & enfuite dans le cerveau, & dans lame même: comme pourcjuoi le vin réjouit, pourquoi il donne une certaine vivacité' à l'efprit, cjuand on en prend avec modération? il l'abrutit avec Je tems, quand on en fait excez: pourquoi on eft af- fbupi après le repas, & de pluneuis autres choies, deiquelles on donne ordinairement des raifons fort ridicules. Mais outre qu'on ne fait pas ici une Phyfî- quc, il faudroir donner quelque idée de l'anatomie du cerveau, ou faire quelques fuppofitions, comme Monfîeur Defcartesen fait dans le traité qu'il afait de V homme j fans Icfquelles il n'eft pas polnble de s'ex- pliquer. Maisenfinfion litavec attention ce traité de Monfîeur Delcartes, on pourra peut être (è fatisfiare fur toutes ces quelbons: parce quecet Auteur expli- que toutes ces choies, ou du moins il en donne allez de connoiflance pour les découvrir après de ioi-mc- me par la méditation, pourveu qu'on ait quelque con" noiflànce de fès principes.
CHAPITRE III. Chap.
CHAPITRE III. Chap.
■Çlue L'air qu'on refaire y caufe aujji quelque changement " dans les efprits.
LA féconde eaufè générale des chang^mens qui arrivent daiiS les eiprits animaux, eft l'air que nous refpirons. Car quoi qu'il ne fade pas d'aborcf des uT»prcHions li icnlibks que le chyle, cependant il'.
154 DE LA RECHERCHE fait à la longue ce que les (ùcs des viandes font en peu de tems. Cet air entre des branches de la trachée artè- re dans celles de l'artère véneufe: de là il fè mêle & fc fermente avec le refte du fang dans le coeur: & félon fàdifpoiîtion particulière & celle du (ang, il produit detrc's-grandschangemens dans les efprits animaux & par confe'quent dans la faculté' d'imaginer.
Jeiçai qu'il y a quelques perfonnes, qui ne croyent pas que l'air (è mêle avec le fàng dans les poumons & dans le cœur, parce qu'ils ne peuvent découvrir avec leurs yeux dans les branches de la trachée artère, 8c dans celles de l'artère vèneuiè les partages par où cet air Ce communique. Mais il ne faut pas que l'adion de l'e/prir s 'arrête avec celle des fèns: il peut pénétrer ce qui leur e(t impénétrable, & s'attacher à des chofès, qui n'ont point de prifepour eux. Il efl indubitable, qu'il padè continuellement quelques parties du ^ang^ des branches de h veine arterieufe dans celles de la tra- chée artère: l'odeur & l'humidité de l'haleine le prou- vent anczj& cependant les pafîàges de cette communi- cation font imperceptibles. Pourquoi donc les parties f ubtiles de l'air ne pourroicnt-elles pas palfer des bran- ches de la trachée artère dans l'artère véneule, quoi que les partages de cette communication ne (oient pas vilibles. Enfin ilCe tranipire beaucoup plus d'humeur par ks pores imperceptibles des artères & delà peau, qu'il n'en'fbrt par les autres partages du corps ^ & les métaux mêmes les plus folides n'ont point de pores>{î étroits, qu'il ne fe rencontre encore dans la nature des corps afiez petits pour y trouver k partage hbre, puifqu'autrement ces pores Ce fermeroient.
11 efl vrai que les parties gro/lières & branchuès de l'air, ne peuvent point paflèr par les pores ordinaires des corps;& que l'eau même, quoique fortgrolîié- re, peut fè glirter par des chemins où œt air cfi obli- gé de s'arrêter. Mais on ne parle pas ici de ces par- ties grofîîéres, & branchuès de l'air: elles font ce j^mble âfTez inutiles pour la fermentatipn. On ne jarle, |iie des plus pctkej parties, roides, piquantes, DE LA VERITE'» Livre I. i^^ ^ èc qui n'ont point, ou que fort peu de branches qui les Chap;. pLiilîènt arrêter, parce que ce font les plus propres III. pour h fermentation du iang.
Je pourrois cependant afsùrer fur le rapport de Sil- viusj que l'air mêmes le plus grolTier palTè de la tra- chée artère dans le cœur, puifqu'il alsùre lui-raêmes> qu'il l'y aveu pader par l'addrefTe de M. deSvvam- merdam. Car ilcft plus raifonnable dccroire un hom- mes qui dit, avoir veu, qu'un railion d'autres,qui par- lent en l'air. Il ell: donc certain que les parties les plus fubtiles de l'air, que nous refpirons, entrent dans nôtre cœur; qu'elles y entretiennent avec le (ang 3c le chyle le feu qui donne la vie & le mouvement à nôtre corps; & que félon kurs difï-érentes qualitez elles ap- portent de (grands chan^emcns dans la fermentation du lang, & dans les efprits animaux.
On rcconnoit tous les jours la vérité' dé ceci par îes" divcrfès humeurs, & les différens caradieres d'elprit des perfonnes de différens païs. Les Gafcons par exemple ) ont l'imas^ination bien plus vive que les Normans. Ceux de Rouen & de Dieppe, Si les Pi- cards différent tous entr'eux; 5c encore bien plus des bas- Normans, quoi qu'ils foientalTez proches les uns des autres. Mais fi on confîdére les nommes qui vi- vent dans des païs plus éloignez, on y rencontrera des différences encore bien plus étranges, comme un l^un^uid Italien, & un Flamand, ou un Hoîandois. Enfin il y «o« ultra a des lieux renommez de tout tems pour lafagefledc eji fa- leurs habitans, comme Theman ôc Athènes; & tîentiain d'autres pour leur ftupidité, comme Thebes, Abde- Tljeman} ic, & quelques autres. Jere. c.
ç^tken/s tenue cœlum-, ex quo acutiores etiam putaïitur c^ttici, crajinm The bis Cic. de fato. c^bderitancepeâcraplebis hdben. Mart. BœGtumincraJJôj»raresaêrenatum,lioi, 1^6 DE LA RECHERCHE Chap. chapitre IV.
IV.
I. Du changement des ejprits cmfé par les nerfs qui vont au cœur, O^ auxpoùmons. II. De celui qui efi caufé par les nerfs quivont au foye, a la rate, O' dans les 'vifceres. III, ^e tout cela fe fait contre notre vokn- té-, mais que cela ne fe peut faire fans une providence.
L L A troifieme caufe des changemens qui arrivent aux efj)rits animaux, eft la plus ordinaire & la plus agifTante de toutes i parce que c'eil elle qui pro- duit, qui entretient, & qui fortifie toutes les pafïîons.. Pour la bien comprendre, il faut fçavoir que la cin- quième, la fixiéme, & la huitie'me paire des nerfs en- voient la plupart de leurs rameaux dans la poitrine, & dans le ventre, où ils ont des ufages bien utiles pour lacon{èrvationducorps, mais extrêmement dange- reux pour l'amcj parce que ces nerfs ne dépendent point dans leur aÂion de la volonté des hommes> comme ceux qui fervent à remuer les bras, les jambes» & les autres parties extérieures du corps, & qu'ils agif- fcnt beaucoup plus fur l'ame > que lame n'agit fur eux, 7. II faut donc fçavoir, que pluiîeurs branches de fa Duchan- huitième paire des nerfs fe jettent entre les fibres du gement principal de tous les mufcles, qui eft le cœur -, qu'ils 'des ef- environnent fès ouvertures, fès oreillettes, & fès arte- priîscau- resj qu'ils fè répandent mêmes dans la fubftance cài p par les poumon, &qu'ain^^par leurs difFérens mouvemens nerfs qui ils produifènt des changemens fortconfiderables dans Vont au le fàng. Car les nerfs qui font répandus entre les fibres cœur O' du cœur, le faifant quelquefois étendre & racourcir au pou- avec trop de force & de promptitude, pouffent avec nion, une violence extraordinaire quantité de lang vers la zèit-> & vers toutes les parties e;^téneures du corps. Qudiquefoisaulli ces mêmes nerfs font un effet tout co:.a:aire. Pour les nerfs q^ui environnent les ouvercu- DE LA VERITE'. Livre IL i;7 resducœur, fes oreillettes, & fès artères, ils font à Chap. peu pre's le même effet, que des regiftres avec lefguels lY» hs Chymiftes modèrent la chaleur de leurs four* iieaux, Hc que les robinets dont on fè fèrt dans les fon- taines pour régler le cours de leurs eaux. Car l'ufagc àe ces nerfs eft de (errer &d'elargir diverfement les ou- vertures du cœur j de hâter, & de retarder de cette ma- nière l'entre'e, & la fbrtie du fang j & d'en augmen- terainfi, & d'en diminuer la chaleur. Enfînles nerfs qui font re'pandus dans le poumon, ont aufïi le même uiàge: car le poumon n'e'tantcompofé, que des bran- ches de la trache'e artère, delà veine arterieu(è & de l'artère ve'ncufè entrelaffe'es les unes dans les autres, il cfi: vifible que les nef fs qui font répandus dans la fub- ftance, empêchent par leur contraâ:ion, que l'air ne palîè avec allez de liberté' des branches de la trache'e ar- te'rc, & lefàng de celles de la veine arterieufè dans l'ar-v* te're ve'neo(è pour fe rendre dans le cœur. Ain fi ces nerfs, félon leur différente agitation, augmentent, ou diminuent encore la chaleur & le mouvement du fang.
Nous avons dans toutes nos partions des expérien- ces fort fènfîbles de ces différens degrez de chaleur de nôtre cœur. Nous l'y fentons manifeftement fè dimi' nuër, & s'augmenter quelquefois tout d'un coup: & Comme nous jugeons fauflèment que nos fènfàtions font dans les parties de nôtre corps, à l'occaf^on del- quelieselless'excitenten nôtreame, ainli qu'il a été expliqué dans les premier Livre; prefque tous les Philosophes fè font imaginez, que le cœur étoïc le fîé- ge principal des partions de l'ame, & c'eft mêmes en- core aujourd'huy l'opinion la plus commune.
Or, parce que la faculté d'imaginer reçoit de grands changemens par ceux qui arrivent aux efprits ani- maux, & que les efprits animaux font fort différens félon la différente fermentation du fang qui (e fait dans le cœur; il eft facile de reconnoître ce qui fait que les perfbnnes paffionnées imaginent les chofes tout autre- ment, que ceux qui les conlidcrent de fàng froid» L'autre îjS DE l.k RECHERCHE IV. augmenter ces fermentations extraordinaires du ûng IL dans le cœur, confîfte dans l'aâiionde plu'*eurs au- Duchan- très rameaux des nerfs, defquels nous venons de gement parler.
des ef- Ces ra-meaux Ce re'pandent dans lefoye-, qui contient fritscau- la plus iubtile partie du (àng, ou ce qu'on appelle or- fé par les dinairement la bile i dans la r<î?f qui contient la plus nerfs qui grofïie're, ou la melan^'olie; dans lepancréas, quicon- "vontau tient unfiic acide tre's-propre pour la fermentation} foye-À la dans l'eftomac, les boïaux, & les autres parties, qui rate O' contiennent le chyle j enfin ils fè répandent dans tous aux au- les endroits, qui peuvent contribuer quelque chofe très vif- pour varier la fermentation du fang dans le cœur. Il ceres. n'y a p^is mêmes jufqu'aax artères, & aux veines qui ne fuient lie'es de ces nerfs, comme Monfieur VVillis i'ade'couvert du tronc infe'rieur de la grande arte'rc qui en eft lie'e proche du cœur, de Tarte're axillaire du côté droit, de la veine emulgente, & de quelques autres. 4^ Ainû l'ulàgc des nerfs e'tant d'agiter diverfèment ^^^ les parties, aufquelles ils font attachez, il eft facile de concevoir, comment par exemple, le nerf qui environ- ne le foï'e, peut en le ferrant faire couler gt ande quan- tité' de bile dans les veines, & dans le canal de la bile, laquelle s'étant méle'e avec le fàng dans les veines, & avec le chyle par le canal de la bile, entre dans le cœur, & y produile une chaleur bien plus ardente qu'à l'or- dinaire. Ainfî lors qu'on eft emeu de certaines pat- rons, le fàng bout dans les arte'res &; dans les veinesj l'ardeur iè répand dans tout le corps; le fcu monte à la tête;& elle fe remplit d'un fi grand nombre d'ef. prits'animaux trop vifs, & trop agitez, que par leur cours impétueux ils empêchent l'imagination défère^ prélènter d'autres chofes, que celles dont ils forment des images dans le cerveau, c'eft-à-dire, de peniêr à d'autres objets qu'à ceux de lapafîîon qui domine.
Il en eft de m.éme des petits nerfs qui vont à la rate, ou à^'autres parties qui contiennent une matière plus §î?CiIiére, & moins fulceptible de chaleur & de mou- vements DE LA VERITF. Livre IL 139 vementi il rendent l'imagination toute languifTante,* Chap^ & -oate affoupie, en faifânt couler dan s le fang quel- lY. que matière groiîiere, & difîîale à mettre en mouve- ment.
Pour le? nerfs qui environnent les artères & les yci- v.ts y leur ufàge efl d'empêcher le iang de pafTer, & de lobligerenles ferrant de s'écoukr dans les lieux, oii il trouve le paffage libre. Ainfî la partie de la grande ar- tère, qui fournit du fàng à toutes les parties qui font au dellous du cœur, e'rantlie'e& ferrée par ces nerfs. Je fang doit nécefî'airement entrer dans la tefte en plus graii de abondance, & produire ainfï du changement dans les efpriusani maux, & par conféquent dans Vi- niagi nation.. ///.