fa gloire comme ia fin principale, & la conièrvation', de lès créatures, mais pomià gloire.
Les incfeations naturelles des e/prits étant certai- s^mcntdesimprciïions continuelles de la volonté de^ <iç.celui ç[ui ifi§ a, créés & qui les coniçrYC>..il eft es» DE LA VERITE'. LtvRï IV. \rj Me fcmble néceiîaire que ces inclinations (oient entié- G«M»* - rement femblables à celles de leur créateur & de leur I. • eonfèrvateur. Elles ne peuvent donc avoir naturelle- ment d'autre fin principale que ïà gloire, nr d'autre fin féconde que leur propre confèrvation & celle deff autres,mais toujours par rapport à celui qui leur don- ne l'être. Car enfin ikme paroît inconteftable que Dieu ne pouvant vouloir que Tes volontcz qu'il crée, aiment davantage un moindre bien qu'un plus grand bien, c'eft-à-dire qu'elles aiment davantage ce qui eft moins aimable, que ce qui eft phis aimable: il ne peut créer aucune créature (ans la tourner vers lui-même, & il lui commande de l'aimer plus que toutes chofès; quoi qu'il puilTe la crc'er l&re & avec la- puiflànce de- fe de'tacher & de fcdétoumer de lui.
Gommeil n'y a proprement qu'un amouren Dieu, i^^o qui eft l'amour de lui-même: & que Dieu ne peut rien Les ef- aimer que par cet amour, puilque Dieu ne peut? rien frits ne - aimer que par rapport à lui: aufliDieu n'imprime /epcr- qu'iin amour en nous, qui eft l'amour du bien en ge'* tent ati:^ ne'ral j & nous ne pouvons rien aimer que par cet biens' amour, puifquc nous ne pouvons rien aimer qui ne particu-' (bit ou qui ne paroille un bien. G'eft l'amour du lier s que bien en général qui eft le principede tous nos amours parle particuliers, parce qu'en effet cetamour n'eft que nô- mouveJ tre volonté: car comme j'ai déjà dit ailleurs la voîon- meyit" té n'eft autre chofè que l'impreflion continuelle dé qu'ils l'Auteur de la nature, qui pone l'efprir de l'homme ontPcur vers le bien en général. Certainement il ne fatir pas yHen- s'imaginerquecettepuifïànce que nous avons d'aimer général'. vienne, on dépende de nous. Iln'yaquelapuifTancc de-mal aimer, ou plutôt de bien aimer de mauvaifès^ chofes qui dépende de nous, parce qu'b'tanr libres nous pouvons déterminer, & nous déterminons en effet àdesbiensparrieuliers, & par conféquent à de faux biens, le bon amour que Dieu ne ceffe point ' d'imprimer en nous, tant qu'il ne cefîè pointdenous ' conferver, Maisuon^reuiemcncnôtie volonté, ou n'être amôut R 6 fcuE 398 DE LA RECHERCHE.
Cra p. pour le bien en ge'ne'ral vient de Dieu, nos incKnations I». pour des biens particuliers lelquellcs Ibnt communes à tous les hommes, quoi qu'inégalement fortes dans tous les hommes, comme nôtre inclination pour la confcrvation de nôtre être, & de ceux avec lefquels iioHS fbmmes unis par la nature, font encore des im- prellions de la volonté' de Dieu fur nous: car j'appel- le ici indifféremment du nom d'inclination naturelles toutes les impreiïions de rAuceur. de la nature, qui font communes à tous les efprits.
Je viens de dire que Dieu aimoit (es créatures,& que „„ c'ctoit mêmes fon amour qui leur: donnoit & leur .' confêrvoit l'être rainfi Dieu imprimant fans cefîè en ^^%^''^ nous un amour pareil au (îen,- puifque c'efl fa volon- ûes fun- té qui fait & qui régie la nôtre,. il nous donne auflî ^'«^^/•^ toutes ces inclinations naturelles qui ne dépendent mcLinj.' point de nôtre choix, & qui nousportent necelTaire- tionsnii- nient àla confcrvation de nôtre être 3..&. de ceux avec turcUes lef^ijeJsnous vivons.
royii ljz il ne les a pas détruites. Q^uoi que nos inclinations civij'iofi naturelles n'ayent pas toujours Dieu pour fin par le «^ ^^ choix libre de nôtre volonté, elles ont toujours Dieu ^■uatrie- pour fin dans l'inftirution de la nature: car Dieu qui Â-îf Li- les produit & qui les confèrve en nous, ne les produit "^re. & ne les conferve que pour lui. Tous les pécheurs tendent à Dieu par l'impreilion qu'ils reçoivent de Dieu, quoi qu'ils s'en éloignent par Terreur Se l'éga- rement de leur efprit. Ik aiment bien, car on ne peut : jamais mal aimer, puifque c'eft Dieu qui fait aimer; mais ils aiment de mauvaifès choies mau vaifès. feule- ment, parce que Dieu, qui donne mêmes aux pé- cheurs le pouvoir d'aimer, leurdèfFend de les aimer, â caufè que depuis le péché elles les-détournent de fon ^our. Garles hommes s'imaginant que les eréatu- rêsjcauicnt en eus le plaifîr qu'ils tentent à leur ccca- fion, fè portent avec fureur vers ks corps, & tombent dans un enèk:r oubli de Dieu qui ue paroit point à iSursyeax* Nous Nous DE LA VERITE'. Livre I\^ J99 Nous avons donc encore aujourd'hui ies mêmes Chap, inclinations naturelles., ou les mêmes impreflîons de I. rAuceur de la nature qu'avoit Adam avant fbn pè- che'. Nous avons même les inclinations qu'ont les bienheureux dans le ciel, car Dieu ne fàit& necon- ferve point de créatures qu'il ne leur donneun amour pareil au lien. Il s'aime,11 nous aime, il aime toutes fès créatures j il ne fait donc point d'efprits qu'il ne les porte à l'aimer, à s'aimer, aaimer toutes les créa- tures.
Mais comme toutes nos inclinations ne font que des imprelTîons de PAuteur de la nature lefquelles nous portent à l'aimer & toutes choies pour lui; elles ne peuvent être regle'es, que lor(que nous aimons Dieu de toutes nos forces, & toutes choies pour Dieui par le choix libre de nôtre volonté: car nous ne pou- vons fans injufticeabufer de l'amour que Dieu nous donne pourlui, en aimant par cet amour autre choie que lui & fans rapport à lui.
Ainfî nous connoifTons préfèntement non feule- ment qu'elles font nos indinations naturelles,- mais encore quelles elles doivent être; afin qu'elles fbienc Bien réglées & félon l'inftitution de leur Auteur. Car tout ledefordre de nos inclinations ne confifte qu'en ce que nous établiUons nôtre dernière fin dans nous- mêmes, & qu'au lieu de rapporter tout à Dieu, nous rapportons tout à nous.
Nous avons donc premièrement une inclination pour le bien en général, laquelle eft le principe de toutes nos inclinations naturelles, de toutes nospal» fions, & de tous les amours libres de nôtre volonté.
En fécond lieu nous avons de l'inclination pour la confèrvation de nôtre être ou de nôtre bonheur.
En troifiémelieu nous avons tous de l'inclination pour les autrescréatures, lorfqu'elles font utiles où à nous mêmes, ou à ceux que nous aimons. Nous avons encore beaucoup d'autres inclinations particu- lières qui dépendent de celles-ci; mais nous en par-- ierons. peut-être, ailkuf s. Nous prétendons feu le- 4©o DE LA RECHERCHE Chaf. nient ra pporter dans ce quatrième livre les erreurî de l^ nos inclinations à ces trois chefs -, à l'inclination que nous avons pour le bien en ge'ne'ral, à l'amour pro* prc, & à l'amourdu prochain.
Ghap. CHAP FTRE il L V inclination pour le bien en général eji lé principe de l'inquiétude de notre volonté, IL. Et par conféquent ds notre peu d'application O' de notre ignorance, HLPre^ mier exemple -i la, morale peu connue du commun des hommes ♦ LV, Second exemple, l'immortalité de Vame conteflée par quelques per/onnes. V. Que nôtre igno-^ rance efl extrême à l'égard des chofesabftraiies » ou ^i n'ont guéris de rapport a nous.
j f^ Ette vafte capacité qu'a la volonté pour tous les pourim bien qui renferme en foi tous les biens, ne ^ ^^^, peut être remplie par toutes les chofes que l'efprit lui f^^ reprélènte, & cependant ce mouvement continuel /.. que Dieu lui imprime vers le bien ne peut s'arrêter* ^^"f^^ Ce mouvement ne ceflant jamais donne n éceflàirc- '^J.^. ment à l'efprit une agitation continuelle. La volonté ^. /""J préfènter toutes fortes d'objets, L'efprit fè les repré* qmcu e f^i-j^ç j^^is l'ame ne les goûte pas; ou fî elle les goûte ,, elle ne s en contente pas.L'ame ne les goûte pas, parce quelouv^ntia vue de 1 elpritn eit point accompa- gnée de plaifir; car c'eflparleplaifîrqueramegoutc ion bien: & l'ame ne s'en contente pas? parce qu'il n'y a rien qui puilTe arrêter le mouvementée l'ame, que celui qui le lui imprime. Tout ce que l'efprit fè repré- fènte comme fon bien, e^l fini 5 & tout-ce qui eft fini, peut détourner pour un moment nôtreamour, mais ii ne peut le fixer. Lorfque l'efprit confidére des ob- jets fort nouveaux & fort extraordinaires jou qui tien- aeiir queIqtr-.i^hoie de'l'infini.) la volonté fbuirre pour quelquel- DE LA VFRITF. tiVRE IV. 401 quelque tems qu'il les examine avec attention; parce Chap^ qu'elle e{î>ere y trouver ce qu'elle cherche, & que ce I-Js. qui paroît infini, porte le caractère de fon vrai bien; mais avec le teras elle s'en dégoûte aulTî bien que des autres. Elle eft donc toujours inquie'te, parce qu'elle eft porte'e à chercher ce qu'elte ne peut jamais trouver; & ce qu'elle efpére toujours de trouver: & elfe aime le grand, l'extraordinaire, & ce qui tient de l'infini; parce que n'ayant pas trouvé fbn vrai bien dans les chofès communes & familières, elle slmagine le trou- ver dans celles qui ne lui font point connues. Nous ferons voir dans ce chapitre, que l'inquie'tude de nô- tre volonté' eft une des principales caufës de l'igno-' rance où nous femmes, & des erreurs ou nous tom- bons fur une infinité de fujets: & dans les dei|x fîii^ vans nous exphquerons ce que produit en noi^s Ti»- clination que nous avons pour tout ce qui a quelque chofè de grand & d'extraordinaire.
Il eft aflez évident par les chofes que l'on a dites, ^^• premièrement que la volonté n 'applique guéres l'en- Etpér rendement qu'a des objets qui ont quelque rapport ^onfe- avecnous,& qu'elle néglige fort les autres j car fou- S^ent de- haitant toujours la félicité avec ardeur, & par l'im- notre feu- prelfion de la nature, elle ne tourne l'entendement à'affli- quevers les choies qui nous paroiflent utiles^ & qui c^tionO*^ nous caulènt quelque plaifir. »^ nôtre; Secondement, que la volonté ne permet pas que ignoran"^ l'entendement s'occupe long-tems, à des choies me- ^f» - me qui lui donnent quelque plaifir: parce que comme on vient de dire, toutes les choies créées peuvent bien nous plaire pour quelque tems, mais nous nous en dégoùtonsbien-totapré-s; & alors nôtre efprit s'en détourne & cherche ailleurs dequoi le latisfairc.
Troifiémement, que la volonté eft excitée à faire ainfi courir l'etprit d'objet en objet, parce qu'il n'eft jamais {ans lui repréiènter confufément & comme de loin celui qui contient en foi tous les êtres, comme nous l'avons dit dans le troifiéme livre. Car la volon- td voulant-, poux ainfi dire, approcher dayaiuagc de fôl* 4©i DE LA RECHERCHE Chap. ^i ^" vrai bien pour en être touchée, & pour en re- 1^1 cevoir le mouvement qui l'anime, elle excite l'enten- dement à fè le représenter par quelque endroit. Mais alors ce n'eft plus l'être ge'néral 6c univerfel, ce n'eft plus l'être infiniment-parfait que l'efpric apperçoit j c'eft quelque chofe de borné & d'imparfait, qui ne pouvant arrêter le mouvement dé la volonté ni lui plaire long-tems, elle l'abandonne pour courir après- quelque autre objet.
Cependant l'attention & l'application de l'elpric^ étant abfolument néceilaRre pour découvrir les véri- tez un peu cachées, il eft m.anifefte que lecommun des hommes doit être dans une ignorance tres-gro{^ fîére à l'égard même des ehplès qui ont quelque rap- port à eux 3 & qu'ils font dans un aveuglement incon- cevable à l'égard de toutes les veritez abftraites, & qui n'ont point de rapport fcnfible avec eux. Mais il: faut tâcher de faire {èntir ces chofes par des exem- ples. ri T. Il n'y a point de Icience qui ait tant de rapport à Premier nous que la morale: C'eft elle qui nous apprend tous exemple y nos devoirs à l'égard de Dieu, de nôtre- Prince, de: lamora- nos parens,denos amis, & généralement de tout ee le peu qui nous environne. Elle nous enfeigne mêmes le connue chemin qu'il faut fùivre pour devenir éternellement du corn- heureux; 5c tous les hommes iont dans une obliga- mundes ^^''^^^ eilentielle, ou plîitôt dans une nécellité indif^ /^owwfy.p^nlàblc de s'y appliquer uniquement: Cependant il y a fix mille ans qu'il y a des hommes, & cette Icience cil: encore fort-imparfaite.
Cette partie de la morale qui regarde ce que l'on doi^tàDieu, & qui fans doute eft la principale puis- qu'elle a rapport à l'éternité, n'a prefque point été connue des plus fçavans j & l'on trouve encore à pré- fent des perl.onnesd'ef[ rit qui n'en ont aucune con- noillance: Cependant c'eii: la partie de la Morale la plus facile. Car premic'rement quelle difficulté y a- a'jlàreconnoitrequ'ilyaunDieu? Toute que Dieu af^tJe 2.^<?'^^ ' tout ce c^ue les hommes & les bétes- DE LA VERITE'. Livre IY. 405 font le prouve: tout ce que nous penfons, tout ce que Cha^, nous voyons, tout ce que nous fèntons, le prouve. En 1 1, un mot il n'y a rien qui ne prouve l'exiftencc de Dieu, ou qui ne la puifTe prouver à des efprits attentifs, & qui s appliquent fe'rieufèment à rechercher l'Auteur de toutes ehofès.
En fécond lieu il eft eVident qu'il faut iùivre Ie& or- idres de Dieu pour être heureux; car étant puifTant & jufle, on ne peut lui déibbeir fans être puni, ni lui obe'ïr fans être réeompenfé. Mais que demande-t'il de nous? Que nous l'aimions: que nôtre efprit foir occupe' de lui, que nôtre cœur foit tourne' vers lui. Car pourquoi a-t'il créé les efprits? Certainement il ne peut rien faire que pour. lui.: il ne nous a donc faits que pour lui,& nous fommes indifpenfablemenc obli- gez à ne point détourner ailleurs l'impreffion d'a- mour qu'il confer ve fans celfe en nous, afin que nous l'aimions (ans cefîe.
Ces veritez ne font pas fort difficiles à découvrit pour peu que l'on. s'y. apphque. Ççpçndâut ç£ (eal principe de Morale: Ôue pour être vertueux & heu- reux il eft ablblument necefîaire d'aimer Dieu fiir tou- tes chofès & en toutes chofès,. efl le fondement de toute la Morak Chrétienne. Il- ne faut pas auffi s'ap • pliquer extrêmement pour en tirer toutes les confe- quences dont nous avons befbin, pour établir les ré- gies générales de nôtre conduite j quoi qu'il y ait tres^ peu de perlonnes qui les tirent, & que l'on difpute en- core tous les jours fur des queftions de Morale, qui font des fuites immédiates & nécelTaires d'un princi- pe auffi évident qu'eft celui-là.
Les Géomètres font toujours quelques nouvelles découvertes dans leur (cience,ou s'ils ne la perfection- nent pas beaucoup, c'eft qu'ils ont déjà tiré de leurs principes les confequences les plus utiles & les plus nécelTaires. Mais la plupart des hommes fèmblenc incapables de rien conclure du premier principe de là Morale. Toutes leurs idées s'évanoiliiTent & le dilti- pent lorfqu'ils veulent feulement y penfèr: parce qu'ils 404 DE LA RECHERCHE Chap. qu'ils ne le veulent pas comme il faut: & ilsnelîf 1 1. veulent pas, parce qu'ils ne le goûtent pas, ou parce qu'ils s'en dégoûtenttrop tôt après qu'ils l'ont goft- te'. Ce principe eft abftrait, metaphyfique, purement inteliigi)Ie j il oe fefèntpas, il ne s'imagine pasj II neparoîtdoncpas folide à des yeux charnels, ou à <^es€iprits qui ne voyent que par les yeux. Il ne {è trouve rien dans ce principe qui puifle faire cefTer l'in- quiétude de leur volonté, & quipuiflè en fuite arrêter lavuëdeleurefprit pour le conndérer avec quelque attention. Quelle efpérance donc qu'ils le voyenc bien, qu'ils le comprennent bien, & qu'ils en con- cluent diredementce qu'ils en doivent conclure.
Si les hommes ne comprenoient qu'imparfaite=- Kient cette propofition de Géométrie: Que les cotez ^es triangles femblables font proportionnels entr'- €ux i certainement ils ne fcroient pas grands Géomè- tres. Mais fî outre cette vue confufe & imparfaite de cette propofîtion fondamentale de Géométrie, ils - avoi^nt- ei^'-f^'-p '^'■'«"loiip l'ii-pr^i- /-inc Ipc rotç? des trian^ gles femblables ne fiiiîent pas proportionnels; & qus la fauffe Géométrie fût aufli commode pour leurs in» elinations perverfes que la fauffe Morale, ils pour- roient bien faire des paralogifmes auili abfurdes en Géométrie qu'en matière de Morale, parce que leurs erreurs leurs (èroient agréables, & que la vérité ne îo^ roit que les embarafler, que les étourdir, & que les fâ- cher.
Il lie faut donc pas s'étonner de l'aveuglement des hommes qui vivoient dans les lîécles palîez, pendant lefquels l'idolâtrie regnoit dan s le monde, ou de ceux «lui vivent maintenant & qui ne font point encofc «clairez par la lumière de l'Evangile. Il falloir que la iàgefTc e'ternelle fè rendit enfin fènfible pour in- ftruire des hommes qui n'interrogent que leurs fcns. Il y avoit quatre mille ans que la vérité parloir à leur efpric, mais ne rentrant point dans eux-mêmes, ils ne l'entendoicnt pas: il falloir qu'elle parlât à leurs oreil- ks, l4 IiHfie'{e,^ui€claiie tous les hommes 7 luifôit daa&r DE LA VERITE; Livre IV» 405- dans leurs ténèbres, uns les difïiper: ils ne pouvoicnc Cha? » mêmes la regarder. II falloir que la lumière intelligi- II. ble fe voilât & {è rendit vifîbk: il falloir que le Verbe fe fît chair & que la fàgefTe cachée & inaccefTible aux hommes charnels les mftruisît d'une manière char- ^^yy^^ i}ç\k ) carnaliter -, dit fàint Bernard. La plupart des jQ^g hommes, & principalement les pauvres qui font le j^^^ali plus digne objet delà mifericorde & de la providence j)Q^ijii^ du créateur, ceux qui font obligez de travailler pour gagner leur vie, font extrêmement grofïîers & flupi- dts. Ils n'entendent que parce qu'ils ont des oreilles, & ils ne voient que parce qu'ils ont des yeux. Ils font incapables de rentrer dans eux-mêmes par quelque efi» fort d'efprit, pour y interroger la vérité dans le fïien- ce de leurs fèns & de leurs pafïions. Ils ne peuvent s appliquer à la vérité, parce qu'ils ne peuvent la goû- ter i &. fouvent ils ne s'avifent pas même de «'y appli- quer, parce qu'ils ne s'avifènt pas de s'appliquer a ce qui neles touche pas. Leur volonté inquiète & vola- ge tourne iri£efï^;]in:]^tlî'Iâ vùë-deleur eforit vers tous its objets fènfibles qui leur plaifènt & qui les divertift.
(ènt par leur variété: caria multiplicité & la divesfité ^es biens fènfibles font caufè que l'on en recconnoît moins la vanité, & que l'on elt toujours dans l'efpé- rance d'y rencontrer le vrai bien que l'on de/îre.
Aiiîfî, quoi que les confèils que J e'sus-ChRIST comme homme, comme voie, comme Auteur de nô- tre foi nous donne dans l'Evangile, fbient beaucoup plus proportionnez à la foibkfTe de nôtre efprit, que ceux que le même J esus-Christ comme fagef^ fe éternelle, comme vérité intérieure, comme lumière intelligible nous inlpire dans le plus fècret de nôtre raifbn: quoi que J e sus-Chris t rende, ces con- fèils agréables par fà grâce, fenfîbles par fbn exemple, convaincans par fes miracles -, les hommes font fi flii- pides, & fî incapables de réflexion, mêmes fîir. les chofès qu'il leur eft de la dernière confèquence de bien fçavoir, qu'ils n '7 pcnfènt prefijue jamais comme ils le doivent. Peu de gços voyent la beauté de l'Erangile.
40^ DE LA RECHERCHE Chap. le. Peu de gens conçoivent la iolidité & la nécelîîté 1 1. des confèils dejssus-CHRTsr: peu les médi- tent, peu s 'en nourrilTent & s'en fortifient; l'agitation continuelle de la volonté c]ui cherche le goiit du bien, ne permettant pas que l'on s'arrête à des veritez qui fèmbîent l'en priver. Voici une autre preuve de ce jr/ guejedis. -, ', Les impies doivent uns doute le mettre fort en pei- ne de içavoir, h leur ameeft mortelle, comme ils le empUi penlent, ou fi die eft immortelle, comme la foi ^J^/nor- ^ 1^ railbn nous l'apprennent. C'eft là une chofe , ^ ^ ^ delà dernière conféquence pour eux; il y va de leur ^^ ^ éternité, & le repos mêmes de leur efprit en dépend. eee D'où vient donc qu'ils ne kfçavent pas, ou qu'ils dé- parquel- meurent dans le doute, fi ce n'eft qu'ils ne font pas ^"^ capables d'une attention un peu lèrieafe, & que leur P^r/on^ volonté inquiète & corrompue ne permet pas à leut ^^^* eiprit de regarder fixement les raifons, qui font contraires au fentiment qu'ils voudroient être véritable. CâL enfiaefl-ce une ciiofè fi di^icile à reconnQÎtie que la différence qu'il y a entre l'ame & le corps, en ' tre ce qui penfe & ce qui eft étendu? Faut il apporter une fi grande attention d'elprit pour voir qu'une pen- fc'e n'en: rien derond nids quarr.é:.que de l'étendue n'eft capable que de différentes figures & de différens mouvemens, & non pas de penlée & de raifonne- ment: & qu'ainfi ce qui penfe, &cequieft étendu, font deux êtres tout-à-fàit oppofèz. Cependant cela foui fiiffit pour démontrer que l'ame eft immortelle, & qu'elle ne peut périr quand mêmes le corps lèroit anéanti.
.Lors qu'une fubftance périt, il eft vrai que lesmod^s ou les manières d'être de cette fubftance périflent avec elle. Si un morceau de cire étoit anéanti, il eft eft vrai que les figures de cette cire fèroient aufîi anéanties avec elle j parce que la rondeur par exemple de la cire n'eft en effet que la cire même d'une telle fa- çon, âinfi elle né peut fubfifter fans la cire. Mais ^uandDi^^^écruiroit toute U cire qui eft au monde, Dï LA VERITE'. Livre IV. 407 il ne s'enfùivroit pas pourtant de là qu'aucune autre chap. fubftancc, ni que les modes d'aucune autre fubftance 1 1, iufiTent anéanties. Toutes les pierres par exemple fubfîileroient avec tous leurs modes; parce que les pier- res font des lubftances ou des êtres, & non pas des manie'res d'être de la cir«.
De même, quand Dieu anéantiroit la moitié de x^uclque corps, il ne s'enfùivroit pas que l'autre moi- tié'fût anéantie. Cette dernière moitié eft unie avec l'autre, mais elle n'eft pas une avec elle. Aiiifî une moitié écantanéantie il s'enfuit bien, lelon la lumière de la raifon, -querautre moitié n'y a plus de rapports mais il ne s'enfuit pas qu'elle ne {bit plus; puifque fon être étant diffe'rent, il ne peut-être réduit au néant par l'anéantiflèment de l'autre. Il eft donc clair que la penfée n'étant point la modification de l'étendue, MÔtre ame n'eft point anéantie, quand même on lup- polèroit que la mort anéantiroit nôtre corps.
Maison n'apasraiton de s'imaginer que le corps même foit arvéanti lorfqu'il eft détruit. Les parties qui le compofent fe diifipent en vapeurs & iè réfol' vent en poufîiere: on ne les voit plus, & on ne les re- connoît plus, il eft vrai, mais on ne doit pas conclure qu'elles ne (ont plus, car l'efprit les apperçoit toujours. Si l'on répare un grain de moutarde en deux, en qua- tre en vingt parties, on l'anéantiroitànosyeux, car on ne le voit plus: mais on ne l'anéantit pas en lui- même: on ne l'anéantit pas à l'efprit j car l'efprit le voitî quand mêmes on le diviferoic en mille ou en cent mille parties.
C'eft une notion commune à tout homme qui Ce (kït plutôt de fa raifon que de fes fens, que rien ne peut s'anéanrir par les forces ordinaires de la nature -, car de même qu'il ne fè pçut faire naturellement quelque chofè de rien, il nefc peut faire qu'une fubftance, ou qu'un être devienne rien Les corps peuvent bien fè corrompre, fî l'on veut appeller corruption les chan- gemens qui leur arrivent, mais ils ne peuvent pas s'a- néantir. Ce qui eft iond peut devenir quarré, ce qui eifc 4o8 DE LA RECHERCHE Ch^P. cft chair peut devenir terre, vapeur,& tout ce qui vous II plaira; car toute e'tenduë eft capable de toute forte de configuration: mais la fubftance de ce qui eft rond & de ce qui eft chair, ne peut périr. Il y a certaines loix établies dans la nature félon lefquelles les corps chan- gent {uccefhvement de formes, parce que la variété iùccelîîve de ces formes fait la beauté' de l'Uni vers, & donne de l'admiration pour fon Auteur: mais il n'y â point de loi dans la nature pour ranéantiflèment d'au- cun être, parce que le ne'ant n'a rien de beau ni rien de bon 5 & que l'Auteur de la nature aime fbn ouvrage. Les corps peuvent donc changer, mais ils ne peuvent pas périr?
Mais fi en s'arre'tant au rapport de fes fèns, on veut fbiîtenir avec opiniâtreté' que la refolution des corps eft un ve'ritableanéantiffement, à caufè que les parties dans lefquelles ils (ère'folvent, font imperceptibles à nos yeux: qu'on fèfouvienneau moins que les corps ne peuvent fè divifèr en ces parties imperceptibles, que parce qu'ils font étendus. Car fi l'efprit n'eft point étendu, il ne fera pas divifible j & s'il n *eft pas divifi- hky il faudra demeurer d'accord qu'en ce fèns il ne fe- ra pas corruptible. Mais comment pourroit-on s'i- maginer que l'efprit fut étendu & divifible? On peut par une ligne droite couper un quarré en deux trian- gles,en deuxparalelogrammes,en deux trapèzes: Mais par quelle ligne peut-on concevoir qu'un plaifir,qu'u- Me douleur, qu'un defir fè puifiènt couper? & quelle figure réfiilteroit de cette divifion? Certainement je ne croi pas, que l'imagination foit afïèz féconde en iàufîes idées pour fe fàtisfaire là-delîus.
L'efprit n'eft donc point étendu, il n'eft donc point divifible, il n'eft point fufceptible des mêmes change- mens que le corps: néanmoins il ûut tomber d'ac> cord qu'il n'efl pas immuable par fa nature. Si^lc corps eft capable d'un nombre infini de différentes figures, & de différentes configurations, l'efprit eft aufii _^able d'un nombre infini de différen- tes idées Se de différentes modifications. Com- me DE LA VERITE'. Livre IIL 4©? jEte après nôtre mort la fubftance de nôtre chair Chap. Ce reloudra en terre » en vapeurs & en une infinité H. d^autres corps fans s'anéantir: de même nôtre ame> fans rentrer dans le néant, aura des penfées, & des fentimens bien différens de ceux qu'elle a pendant cette vie. ïleft nccelïâire,maintenant que nous vivons, que nôtrecorps {bit eompoie de chair & d'osj il eft auffinéceflaire pour vivre que nôtre ame ait les idées &Jesfèntimensqu*cIIe a par rapport au corps auquel elle eft unie. Mais lorsqu'elle fera fèparée de fou corps, elle fera en pleine liberté de recevoir de toutes fortes d'idées & de modifications bien différentes de celles qu'ellea prefentement j comme nôtre corps de fbn côté fera capable de recevoir de toutes fortes de fi- gures-& de configurations, bien différentes de celles qu'il eft nécefîàire qu'il ait pour être le corps d'un Homme vivant.
Les chofès que je viens de dire font ce me fèmble âC- fczvoir que l'immortalité de l'ame n'eft pas une cho- fè fi difficile à comprendre. D'où peut donc venir que tant de gens en doutent, fi ce n'eft qu'il ne leur plaît pas d'apporter aux raifons qui la prouvent, le peu d'attention qui eft nécefîàire pour s'en convain- cre? & d'où vient qu'ils ne le veulent pas, fi ce n'eft que leur volonté, étant inquiète & inconftaate, agite JÊns cefîè leur entendement i de forte qu'il n'a pas le loifir d'appercevoir diftindement les idées même qui lui font les plus préfèntes, comme font celles de la penfëe & de l'étendue: De même qu'un homme agi- té par quelque paffion, & qui tourne inceffamment les yeux des tous côtez»ne diftingue pas le plus (bu veut les objets les plus proches, & les plusexpofezàfavûë. Car enfin la queftion de l'immortalité de l'ame, eft une de queflions les plus faciles à refondre, lorfque fans écouter fbn imagination l'on confidére avec quel- qu'attention d'efprit l'idée claire & diftinde de l'é- tendue, Ôc le rapport qu'elle peut avoir avec la penfée.
Sirinconftance& la légèreté de nôtre volonté ne permet pas à uôcieeniendemenc de pénétrer le fond, des Chap. IL tre igno- rance eft extrême k C égard des cho- fes ah- JiraiteSi eu qui n'ont guère s de rap^ port à mus.