Bx'rnple "*^^'' ^^^^^"^^^^"^ ^^^ "ôtre vue nous trompe touchant de Cet' 1^ i'"ouvement des corps: Il arrive même afîcz fou - -,.,.. » ^^"^ î ^^^ c'^^x qui nous paroillent fe mouvoir, ne ~..».^»v lont point mus i& ou au contraire, ceux qui nous pa- touchant ^'^"^^"^ comme en repos, ne lailîent pas d être eu , „ mouvem.ent. Lors par exemple, qu'on eft a(Fs lùr le le mou- u j j' -/r • r ^ a ^,, bord d un vailleau quivarort vite & d un mouvement , fort égal, on voit que les terres & lés villes s'éloift j ' gnent 5 elles paroifïent çn mouvem.ent, & le vailIèau f paroît en repos.
corj^s. De même, ii unhomir.e e'tcit place' fiir la pîaiiette de Mars, il jugeroit àlaviië, que le Soleil, la terre & les autres planètes avec toutes les étoiles fixes, fc loicnt leur circonvolution environ en 24. ou i ^.' heu- res, qui efl: le tem.s que Mars employé à faire ion tour fur (on axc.Cepcndant la terre,le Soleil & les e'toi- ïcs, ne tournent point autour de cette planète: de for- te que cet homme verroit des choies en m.ouveirienr, qui (ont en repos, & iè croiroit en repos quoi-qu'il fût en mouvement.
Je ne m'arrête point à expliquer, d'où vient que ce- lui qui (èrojt fur le bord d'un vaifTeau, corrigeroit fa- cilement l'erreur de fès yeux, & que celui qui lèroit . iur la planète de Mars, demieureroit obftine'ment at' taché à ion erreur. H eft trop facile d'en connoître la jaiion,- & on!a trouvera encore avec plus de facilite', il l'on fait rcHexion fiir ce qui ariiveroit à un homme dormant dsns un vaiiTeau qui fè re'veilleroit en fùrfàut, & ne verroit à fon réveil, que le liaut du mas de quel- qu'autre vaiiTeau qui s'approcheroit de lui. Car > liip- pofe' qu'il ne vît point de voiles eniiez de vent, ni ds matelot en 'befoigne, & qu'il n e feu tît point l'agi ta- tipjL, & les iècouiies de Ion vaiiTeau? m autre chofe ^W feni- DE LA VERITE; Livre L 59 fèniblable -, d deaieur^roit ablolument dans le doute, fans fçavoir lequel des deux vaifleaux fèroit en mouve- ment: ni les yeux > ni mêmes fà propre raiibn ne lui cii pourroic rien découvrir.
CHAPITRE IX. Chap, IX.
Continuation du même fujet, I. Preuve générale def er- reurs de nôtre vue touchant k mouvement: II. g^ '// ejî nécej^aire de connaître la diftance des objets, pour juger de [a grandeur de leur mouvement^ III. Examen des moyens peur rcconnoitre les distances.
Voici une preuve générale de toutes les erreurs, dans lelquelles nôtre vue nous fait tomber rou- ehant le mouvement.
A) ibit l'œil du fpetbareur 5 C, l'objet, que je iijppo- {èiiiîèz éloigné d'A. Je dis, que quoique l'objet de- meure immobile en C5 on peut le croire s 'éloigner jui- qu'à D} ou s'approcher julqu'^B. Que quoique l'ob- jet: s'éloigne vers D, on peut le croire immobile en C, & même s 'appro: her vers Bj& au contraire, quoi qu'il s'approche vers B, on peut le croire immobile en C. te mém.es'é'oiguer vers D. Que quoique l'objet {è foie avancé depuis C juiqu'en E, ou en H, ou en G, ou en K, on peut cro.re qu'il ne s'eftrriii que depuis C jui- qu'àF,oujufqu'àlj& au contraire, que bien que l'ob- jet iefbit mû depuis C, juiqu'à P, ou jufqu'à I, ou peut cioire qu'il s'eft mu juiqu'à E, ou julqu'à H, ou bien, julqu'à G, ou juiqu'à K. Que li l'objet fe meut par une ligae également diftantc du fpedlateur, c'eft-à dire, par une Circonférence dont le fpeâiateur ibit le centre: encore que cet objet fè meuve de C en P> on peut croire qu'il ne fe meut que de B en O 3 6c au contraire, bien qu'il neiè meuve que de B, en O^ on le peu t croire fe mouvoir de C en P.
Si par delà l'objet C, il fè trouve un autre objet M, que i'oD^roie immobile 3 & qui cependant iè meuve C 6 vers îô DE LA RECHERCHE CHAP. vers N: quoique l'objet C demeure immobile,,' ou fè IX» meuvebeaucoup plus lentement vers F, que M., vers ■rj N, il paroîtra (émouvoir vers \^, & au contraire, li, ^^rf- Il efl: évident, que la preuve de toutes ces propofi- nccejj^ tionSjiiorftais de la dernie're, ou il n'y a point de dilîî- re c eji^i- - ç^-^i^^^ i^e dépend que d'une chofe, qui eft, que nous ne "K^.^I pouvons d 'ordmaire juger avec alTurance de la diftan. 1 h' f cèdes objets. Car s'il eil vrai, que nous n'en fçaurions ° -' juger avec certitude, il s'enfiut que nous ne pouvons pour c n jpç^YQ^^ ^ Q 5'gf|. g^Y^J;•,cé vers D, ou s'il s'eft approche , vers B, & auili des autres propolitions.
pmz e Or pour voir n les jugeméns que nous formons de ^^'^ la diftance des objets? font alfûrcz, il n'y a qu'à èxamouve- ixiiner les moyens dont nous nous fèrvons pour en jurnent.- ^^. g^ j[^ ^es moyens font incertains, il ne (èpeut pas l^^ï' £iire que les jugeméns ibient infaillibles. Il y en a plu- ^xamen ficurs^ & il les feur expliquer.
Àcs mo' Le premier, le plus univerfeî, & quelquefois le plus yens^our jfûr moyen, que nous ayons pour juger delà diltancvî reconnoi- des objets, efll'angle que font les rayons de nos yeuxy tre la, di- duquel l'objet en eft le fommet, c'eft- à dire, duquel Jlancedes l'objet eft le point où ces rayons (e rencontrent. Lor(- objets,. que cet angle eft fort grand, nous voyons l'objet fort l/araene proche, & au contraire quand il eft fort petit, nous le fait point voyons fort éloigné. Et le chaDs;ement qui arrive dans tous les 1 r • ] ^ r 1 1 1 r nisem ia ûtuation de nos yeux klon les changcmens de CQt que je lui angle, eft le moyen dont nôtre am.e fe fert pour juger aîtribu'ë, deréloigneraentoude la proximité des objets. Car ces juge- demémegu'un aveugle, qui auroit dans fes mains inens na- j^^^ bâtons droits, desquels ilnefçaurcit pas même S!f/^"î laloncrueur, pourroit par une efpece de Géométrie îpnt que,«^,,. J-, ••■,,, f.n, t desfenfa- «atureile, juger a peu-pres de la diliance de quelque taons; 6c corps en le tbuchant du bouc de ces: deux bâtons, à.
ienepar- caule de la diipofition & de l'éloignement où fes î e ainii, mains fè trouveroient; ainfi on peut dire que i'ame ju- 3.'!.1^^.„. ^e de la diirance d'un objet par la difpolition de les expliquer jeux, qui n eit pas la même, quand 1 angle par lequel DE LA VERITE'. Livre L Ci <îire, quand l'objet eft proche, que quand il cft éloi- Chaf.
On fèperdiadcra facilement de ce que je dis, fi l'on Voyez prend la peine de faire cttto. expérience, qui eft fort fa- ^'^lî- 4. cile. Que l'on fiiipende au bout d'un filtt une bague, diich. 7. dont l'ouverture ne nous regarde pas, ou bien qu'on enfonce un bâton dans terre, & qu'on en prenne un autre à lamain, qui (bit courbe' par ie bout: que l'on fè retire à trois ou quatre pas de la bague, ou du bâton: quel'on ferme un œil d'une main, & que de l'autre on tâche d'enfiler la bague, ou de toucher de travers & a la hauteur environ de Tes yeux, le bâton avec celui que l'on tient à fâ main: & on fera furpris de ne pou- voir peut-être faire en cent fois, ce que l'on croioit trës-facile. Si l'on quitte mêmes le bâton, & qu'on veuille encore enfJer de travers la ba^ue avec cueî- qu'un defès doits, on y trouvera quelque diinculte', quoique l'on en fbit tout proche.
Mais il faut bien xemaïquer, que j'ai dit, qu'on tâ- che d'enfiler la bague; ou de toucher le bâton detra- ^ vers, & non point par une Hgnc droite de nôtre œil à la bague: car alors il n'y auroit aucune diiHcuîtJ y 8c mêmes il lèroit encore plus facile d'en venir à bout avec un œil ferme' que les deux yeux ouverts, parce que cela nous re'gieroit.
Or l'on peut dire que la difficulté, qu'on trouve à. effiler une bague de travers, n'ayant qu'un œil ou' vert, vient de ce que l'autre étant fermé, l'angle dont je viens de parler n'eft point connu, Car il ne luffx pas pour connoijtre la grandeur d'un angle, de fçavoir celle de la bafe, & celle d'un angle que fait un de Ces cotez fur cette bafè; ce quieft connu par l'expérience précédente» Mais il efi: encore néceflaire de connoître l'autre angle, que fait l'autre côté fur la bafè, ou la longueur d'un des cotez; ce qui ne fè peut exadiement fçavoir qu'en ouvrant l'autre œil. Ainfî l'ame ne Ce peut fèrvir de fa GéoiriCtrie naturelle, pour juger de ' a. diflanee de la bague.
La difpofition des yeux, qui accompagne rangfeformé • 6t. de la recherche Chap. formé des rayons vifùels qui fc coupent & (è rencon- IX. trent dans l'objet, ék. donc un des meilleurs & des plus univerfèls moyens, dont l'ame fè fèrve pour ja- ger de la diftance des ckolès. Si donccec angle nechan- ge point fènfiblementj quand l'objet eit un peu éloi- gne', ibit qu'il s'approche ou qu'il le recule de nous, il s'enlùivra que ce moyen fera faux, & que l'ame ne s'en pourra lèrvir pour juger de la diftaiice de cet objet.
Or il eft très - facile de reconnoître que cet an- gle change notablement, quand un objet qui elt a un pied de nôtre vue, eît tranfpor:é à quatre: mais s'il ell feulement tranfporté de quatre à huit, le changement eft beaucoup moins feniîble; fi de huit à douze, encore moins ii de mille à cent mille, pireique plus 5 enfin ce changement ne le* ra plus fèniible, quand mêmes on le porteroit julques dans les elpaces imaginaires. De lorte que s 'il y a un cfpace allez couiideiable entre A, &C, l'â- me ne pourra point par ce moyen connoltie, li l'objet cH proche de B ou de D.
C'eft pour cette rai (on que nous voyons le Soleil & la Lune, comme s'ils e'toient envdopez dans les nues, quoi-qu'ils en foient étrangement éio'gnezj que nous croyoi s naturellement que tous les Aitres font dans une égale dillance; & que ks comètes font fiables, & pre/que làns aucun mouvem.eni: iùr la fin de leur cours. Nous nous imaginons mêmies que les comètes le diflïpent entièrement au bout de quelques mois, à caule qu'elles s'éloignent de nous par une ligne prcf- que droite, ou direde à nos yeux i & qu'elles vont ainiîfe perdre dans ces grands efpaces, d'où elles ne retourflent qu'après plufîeurs années, ou mêmes %econà après plulicurs iiècles.
moyen Pour expliquer le fécond moyen, dont l'ame {è fèrc fouriii' pour juger de la diibance des objets, il faut fçavoir, ger de la qu'il eft abfbiument nècefîairc, que la Êgure de l'œil dijlance foit différente, félon la différente diffance des objets desobjets que nous voyons: car lors qu'un homme Voit un ob- DE LA VERITE'. Livre L 6^ jet proche de foi, ileilnéceiTaire que (es yeux (oient Chat. plus ionf'S, que h l'objet étoit plus éloigne' j parce I X» nu'afin que les rayons de cet objet (e raflcmblent fur le nerf optique, ce qui eft néceilaire afin qu'on le voye, il £iut que la dntance d'entre ce nerf & le cryllâlin loit plus grande Il eft viai que (\ le cryftalin devenoit plus convexe quand l'objet ed proche, cela feroit le même eifec que fi l'ail s'allongeoit: maisiln'eft pas croyable que le cryftalin pniile fac-iement changer de convexité'; & Ton a d'un autre côté une preuve trés-fenfible, que l'ceil s'allonge: carTinatomie apprend qu'il y a des niufcles, qui environnent l'œil par le milieu, &roii fent l'effort de ces mufcles qui le preffent & qui l'al- longent 5 quand on veut voir quelque choie de fort prés.
Mais il n'eilpas nécefiaire de fçavoir ici, de quelle manière celafe fait,il liiifit qu'il arrive du changement dans l'csil, foit parce que les mufcles qui l'eRviron- neat, le prefiènt; loic parce que les petits nerfs, qui ré- pondent aux ligamens ciliaires, leLqueîs tiennent If cryflalin f uipendu entre les autres hum.eurs de l'œil, fè lâchent pour augmenter la convexité du cryftalin, ou fè roidifiènt pour la diminuer.
Car enfin, le changement qui arrive, quel qu'il loir, n'cfl que pour faire que les rayons des objets fc raf- fèmblent tout juile fur le nerf optique. Or il eit con- fiant, qViC quand l'objet eft à cinq cent pas, ou à dix mille lieues, on le regarde avec la miéme difpo^roh des yeux 5 fans qu'il y ait aucun changement fenibîe dans ks mufcles qui environnent l'œil, ou dans les nerfs qui répondent aux ligam^ens cilîaires du cryfla- lin: Si les rayons des objets fc ralïèmblent fort exade- ment iar la rétine ou nerf optique. Amfi l'amie juge- roit que des objets éloignez de dix mille ou de cent milki- lieuës,ne lent qu'a cinq ou iix cens pas;fï elle ne jiig<;oit de leur éloigneir.ent,que par la dilpofiîion des yeux dont je viens déparier. Cependant li efl certain que ce moyen fêrt à l'ame, ouand 64 DE LA RECHERCHE Chap. quand l'objet efl: proche. Si par exemple un objet n'efl: I X. qu'à demi pied de nous, nous diftinguons afTez bien {à diftance par la difpofition des muicles qui prefl'ent nos yeux, afin de les faire un peu plus longs i & mêmes cette difpofition eft pénible. Si cet objet eit à deux pieds, nous le diftinguons encore, parce que la diipo. lition des raufcles eft quelque peu fènfible, quoiqu'el- le ne fbit plus pe'nible. Mais fi l'on éloigne encore l'objet de quelques pieds, cette difpofîtion de nos mufcles devient il peu lenlîble, qu'elle nous eft tout-à- faitinutile pour juger de la diftance de l'objet.
Voilà donc déjà deux moyens, dont l'ame Ce fèrt pour juger delà diftance de l'objet, quifont fort inuti- les, quand cet objet eft éloigné de cinq à iix cens pas, & qui même ne font point allûrez, quoi que l'objet /bit plus proche. Tro'ific- ^^ troiûéme moyen confifte dans la grandeur de 1^ - l'image qui fe peint au fond de l'œil,5cquirepréfpnte ';, les objets que nous voyons. On avoue que cette ima- y 1. ge diminue a proportion que 1 objet s éloigne; mais ^.n.^ cette diminution eft d'autant moins feniîblcque l 'ob- ' •' A; t i^*" ^^^ change de diftance eft plus éloigné. Car lors ^ qu'un objet eft déjà dans une diftance raifbnnable, comme de cinq à iix cent pas, plus ou moins à pro- portion de fà grandeur, il arrive des changemens fort coniîdërables dans Ion élcignement, fans qu'il arrive de changement {ènfibie dans l'image qui le rcpréfènte, comme il eft facile de le démontrer. Ainfi ce troisième moyen a le même défaut, que les deux autres dont nous venons de parler.
11 y a de plus à remarquer, que l'ame ne juge pas ces objets-là^es plus éloignez, dont l'image peinte fïir la rétine eft plus petite. Quand je vois par exemple, un •homme & un arbre à cent pas, ou bien plufîeurs étoiles dans le ciel j je ne juge pas que l'homme foit plus éloi- gné eue l'arbre, & [ç:s petites, étoiles plus éloignées que les plus grandes^ quoique les images de l'hommeôc des petites étoiles, qui font peintes fur la rétine, (oient plusjetites que celles de l'arbre & des grandes étoiles.
rf II DE LA VERITE'. Livre L' ^5 Il faut encore la grandeur de l'objet, pour pouvok ju- Chap, ger à peu-prés de fbn e'Ioignement: & parce que je IX» Içai qu'une maifbn eft plus grande qu'un homme, quoique l'image d'une maifbn fbit plus grande que celle d'un homme, je ne lajugepas néanmoins plus proche, lien eft de même des e'toiles. Nos yeux nous les repre'fèntenttoutes dans une même diftance, quoi-qu'il (bit tre's-raifonnable d'en croire quelques- unes beaucoup plus éloignées de nous que les autres, Ainfî il y a une infinité d'objets dont nous ne pouvons point fçavoir la diftance, puifqu'il y en a une infinité dont nous ne conHoifîbns point la grandeur.
Nous jugeons encore de l'éîoignement de l'objet, par la force avec laquelle il agit mr nos yeux > parce o^^*„'^ qu'un objet éloigne agit bien plus foiblement qu'un CTt^ " autre 5 & parla diftindion & la netteté de l'image qui ^-.^j.-^ ik forme dans l'œil, parce que quand l'objet eft éloi- ^J^^. " gné, il faut que le trou de l'œil s'ouvre davantage,& parconféquentqueles rayons fè raffemblent un peu ' confufément. C'eft pour cela que les objets peu éclai- re2, ou que nous Toyons confufément, nous paroif^ fent proches. Il eft aflèz clair, que ces derniers moyens ne fbnt pas afsûrez pour juger avec quelque certitude delà diftance des objets, & on ne veut point s'y arrê- ter, pour venir enfin au dernier de tous, qui eft celui qui aide le plus l'imagination, & qui porte plus facile- ment lame à juger que les objets font fort éloignez.
Le fixiéme donc & principal moyen corrfifte, en ce que l'œil ne rapporte point à l'ame un (èul objet fépa- Sixième ré des autres 3 mais qu'il lui fait voir auîïï tous ceux^ moye» qui fe trouvent entre nous & l'objet principal que nous pourju- confidérons. ger de la Quand par exemple, nous regardons un clocher dijvance allez éloigné, nous voyons d'ordinaire dans le même- des objets tems pluneurs terres & plusieurs maifons entre nous & lui y & parce que nous ne jugeons de réloigaement de ces terres & de ces maifons; & que cependant nous voyons quele clocher eft au delà, nous jugeons aufli qu'il eft bien plus éloigné, & même plus gros & plus grandi ^6 DE LA RECHERCHE €hap. grand, que fi nous le voyons tout fèul. Cependant IX. l'image cjui s'en trace au fond de l'œil, eft toujours d'une égale grandeur, foit qu'il y ait des terres & des maifons entre nous & lui, fbit qu'il n'y en ait peint, pourvu que nous le voyons d'un lieu également di- ftant, commeonlefùppofè. Ainfî nous jugeons de lagrandeur des objets par l'éloignement où nous les croyons; & les corps que nous voyons entre nous & les objets aident beaucoup nôtre imagination à juger de leur éJoignement: de même,que nous jugeons de la grandeur de nôtre durée, ou du tenips qui s'ell paffé depuis que nous avons fait quelque action, par le Ibu- venirconfiis des choies que nous avons faites, ou des pcnfées qae nous avons eues fucceffivement depuis cette adion. Car ce font 'toutes ces penfées & toutes ces adions qui fè fo/it fuccedées les unes aux autres^ qui aident nôtre e^rit à juger de la longueur de quelque tems ou de quelque partie de nôtre durée; ou plutôt le fbuvenir confus de toutes ces penfees fuc- cefhveseftlamêmechofc, quelc jugement de nôtre durée, comme la vûë confufè des terres, qui font en- tre nous & un clocher, eft la même choie que le juge- ment de l'éloignement du clocher.
De là il cit facile de reconnoure la véritable raiibii pourquoila Lune nous paroît plus grande loriqu'elle \ç.\i\-ç., que loriqu'elle eft fort haute fur l'horiion,. Car loriqu'elle iè léve,el]e nous paroît éloignée de plu- £eurs lieues, & mêmes au delà de l'horifon feniibJe, eu des terres qui terminent nôtre vCië: au lieu que nous ne la jugeons qu'environ à une demi-lieuë de nous 3 ou ièpt ou huit fols plus élevée que nos mai- ions, loriqu'elle eft montée iùr nôtre iioriibn. Ainfî nqus la jugeons beaucoup plus grande quand elle eft proche de l'horifon, que loriqu'elle en eft fort éloi- gnée j parce que nous la jugeons beaucoup plus éloi- gnée de nous loriqu'elle fe lève, que loriqu'elle eft fort haute fur nôtre horiibn.
\\ eft vrai qu'un tr fs-grand nombre de Philofophes attribuent ce que nous venons de dire, aui vapeurs qui s'élèvent de la terre. Je tombe d'accord avec eux, Chai>» que les vapeurs rompant les rayons des objets, les I X. fontparoître plus grands. Je fçai qu'il y a plus de va- peurs entre nous & la Lune, lorlqu'eilc fè lève que lor/qu'elie eft fort haute j &que par conféquent elle devroitparoître quelque peu plus grande qu'elle ne paroît, fi elk e'toit toujours également éloignée de nous. Mais cependant on ne peut pas dire que cette réfradion des rayons de la Lune (bit la caulè de œs changemens apparens de (à grandeur j car cette féfra- d:ion n'empêche pas, que l'image qui fè trace au fond «3e nos yeux, lorlque nous voyons la Lune qui fe lève, ne fbitplus petite, que celle qui s'y forme, lorfqu'il y a iong-tems qu'elle eft levée.
Les Ailronomes, qui mefiirent les diame'tres àts Planètes, remarquent que celui de la Lune s'agrandir, à proportion qu'elle s'éloigne de l'horiion, & par conféquent à proportion qu'elle nous paroît plus pe-» tite: ainfi le diamètre de l'image que nous en avons dans le fond de nos yeux, eft plus petit lorfquc nous la voyons plus grande. En effet lorfque la Lune fè lève, elle eft plus éloignée de nous du diamètre de la terre, que lorfqu'elle eft perpendiculairement (iir nô- tre tête 3 & c'cu-là la raifon, pour laquelle Ton dia- mètre s'agrandit lorfcju'elle monte fur rhorifon, par- ce qu'alors ûlz s'aproche de nous.
Ce qui fait donc, que nous la voyons plus grande lorfqueile lè lève, n'eft point la refra<Slion que fouf- ftent les rayons dans les vapeurs qui fbrtent de la terre, puifque l'miage qui eft formée de ces rayons eft alors plus petite: mais c'eft le jugement naturel que nous fâiibns de fon èloignernent, à caufe qu'elle nous pa- •rcitau delà des terres que nous voyons fort éloignées de nous, commel'on a expliqué auparavant: & on s^'étonneauedes Philolbohes tiennent aue la raifon de cette apparence & de cette tromperie de nos lens fbit plus difficile à trouver, que les plus grandes équations d'Algèbre.
Ce moyen, que nous avons pour juger de l'èloisnement <58 DE LA RECHERCHE Chap. gnement de quelque objet par la connoifTance de la 1 I X. diftance des chofès qui font entre nous & lui, nous eft ibuventaffez utile, quand les autres moyens dont j'ûi parle', ne nous peuvent aérien /èrvir j car nous pou- vons juger par ce dernier moyen, que de certains ob- jets font éloignez de nous de plu/ieurs lieues, ce que nous ne pouvons pas faire par les autres. Cependant fi on l'examine, on y trouvera plufieurs défauts.
Car premièrement, ce moyen ne nous lèrt que pour les objets qui font fur la terre, puiiqu'on n'en peut J^ire ufàge que tre's-rarement & mêmes fort inuti- lement pour ceux qui font dans l'air ou dans les cieux. Secondement, on ne s'en peut fervir fur la terre, que pour des chofès éloigne'es de peu de lieues. En troinc- melieu, il faut être afsûré, qu'il ne fè trouve entre nous & l'objet ni vallées, ni montagnes, ni autre cho- ie ièmblable, qui nous empêche de nous lervir de ce JRioyen. Enfin je croi qu'il n'y a perfonne, qui n'aie iàitaffez d'expe'ricnces iurcej[iijet pour êtreperfuadé, qu'il eft extrêmement difficile de juger aveè quelque certitude, de rêloignement des objets, par la vùë fèn- fîble des chofès quifè trouvent entr 'eux & nous3 & on ne s'y eft peut-être que trop arrête'» Voilà tous les moyens que nous avons pour juger de la diftance des objets, on y a fait remarquer les de'- fàuts confîdérables, & on doit conclure, que les juge- mens qui y font appuyez doivent être aufîi tre's-incer- tains.
Il eft facile de là, de faire voir la vérité' des proposi- tions que j'ai avancées. On a fiippofé l'objet C, aiïèz éloigné d'A; donc il peut en plufieurs rencontres s'a- vancer vers D, ou s'approcher vers B, fans qu'on le re- donnoifîè, puifqu'on n'a pas de moyen afsiiré pour ju- ger de fà diftance. Il peut mêmes reculer vers D, lors qu'on le croira s'approcher vers B: parce quel'image de l'objet s'augmente & s'agrandit quelquefois fur le nerf optique j fbit à caufè que l'air qui eft entre l'objet &c l'œil fait une plus grande réfraction en un tems qu^n un autres foit parce qu'il arrive quelquefois de /'f petits DE LA VERITE'. Livrf I. 6<) pctitstremblemensàcenerfi foit enfin parce que l'im- Chap, prefTion, que fait l'union peu exade des rayons flir ce I X, même neri, (k re'pand & fè communique aux parties, qui n'en devroient point être agitées j ce qui peut ve- nir de plufieurs caufès difFe'rentes. Ainfî l'image des mêmes objets fè trouvant plus grande dans cqs occa- fîons, elle donne fuiet à l'ame de croire que l'objet s'approche. Il en faut dire autant des autres propo fi- lions.
Avant que de finir ce Chapitre, il faut remarquer, qu'il nous importe beaucoup pour la confèrvation de nôti-evie, de connoitre mieux le mouvement, ou le repos des corps, à proportion qu'ils font plus proche de nous": & qu'il nous eit aflez inutile de fçavoir avec cxaditude la vérité de ces chofès, quand elles fè paf^ fènt dans des lieux fort éloignez. Car cela montre évi- demment j que ce que j'ai avancé généralement de tous les fèns, qu'ils ne nous font connoître les chofes que par rapport à la confèrvation de nôtre corpg, & non pas félon ce qu'elles font en elles-mêmes, fè trou- ve exadementvraien cette rencontre; puifque nous connoifTons mieux le miouvement, ou le repos des objets, à proportion qu'ils s'approchent de nous, & que nous n'en fçaurions juger par les fèns, quand ils - font fi éloignez qu'il femble qu'ils n'ayent plus ou prefque plus de rapport à nos corps,Comme quand ils font à cuiq ou fix cent pas de nous, s'ils font d'une grandeur médiocre j ou même plus prés que cela, s'ils font plus petits; ou enfui plus lein dç quelque chofc, s'ils font plus grands.
CHAPI- 70 I^E LA RECHEPvCHË Des erreurs touchant les qualités fenfihles. I. BijlmElion deTame^ducorps, 11. Explication des organes des fens. III. c^ quel/epartle du corps Vame ejl immédiate- ment unie, IV. Ce que les objets font fur les corps. V. Cequ'ilsproduifent dans l'ame^ & les rai fons pour lefquelles Vame n'apper^oit point les mouvemens des fi- hrcs du corps, VI. Quatre chofes que ton conjond dans chaque fenfation, ^"y Ous avons vCi dans les Chapitres pre'cccîensjque S! les jugemenscjue nous foimons (ur le rapport de nos yeux touchant re'cenduë, la figure, & le mou- vement, ne Ibnt jamais exaélcment vrais: cependant il faut tomber d'accord, qu' ils ne ibnt pas entièrement faux: Ils renferment du moins cette ve'rite'j qu'il y a tors de nous dcl'e'tenduë, des figures, & des mouve- mens, quels qu'ilsfoient.
Ilelivrai, que nous voyons Ibuvent des. chofès qui ne font point, & qui ne fuient jamais, & que nous ne devons pas conclure qu'une choie ioit hors de nous de cela fèul que nous la voyons hors de nous. Il n'y a point de îiaifon néceffaire entre la pré(ènce d'une idée à i'efprit d'un homme, & l'exiftence de la chofè que cette idée repréfènte; & ce qui arrive a ceux qui dor- ment, ou qui font en délire, fcprouvefuftîfàmment. Mais cependant on peut afsûrer qu'il y a ordinaire- ment hors de nous de l'e'tenduë, des figures, & des mouvemens, lorfque nous envoyons Ces chofès ne font point feulement imaginaires, elles font réelles, & ^ rr, ■^ nous ne nous trompons point de croire, qu'elles ont A^oj> ^ une exiftence réelle, & indépendante de nôtre elprit, ,. ~^ ^- quoiqu'il foittrés-diffdle de le prouver* cuiircij- Il ^i^j. tjonc confiant que les jugemens que nous ùi. ^^""^' foiiS touchantrétcnduë, les figures,& les mouvemens cIjs corps, renferment quelque véiité: mais il n'en elt pas DE LA VERITE'. Livre L 71