SigPhi · Nicolas Malebranche

Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et sur la mort

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ENTRETIENS SUR LA METAPHYSIQUE.

SUR LA RELIGION", ET SUR LA MORT.

Nouvelle Edicion, revue, corrigée, & augmentée.

Prètfe de Moratoire, Chez MicHEi David, fur le Quay des, Aaguftins, à U Providence.

M. DCCXÎ jlri.C iRiriLEGE DV ROI.

PREFACE.

N a déjà vu placeurs Editions de cet Ouvra^ ge 5 mais outre que ceU k-ci eft la plus exaâe^ Ton y a ajouté trois Entretiens fur la mort & rëternitë qui la fuit. Ce fujet efl pour nous de la dernière confequence, s*il efl: vrai que nous ferons éternelle-' ment ^.s'il eft vrai que mainte- nant nôtre ame eft en épreuve dans nôtre corps, & que le jour viendra où Dieu rendra àcha«% cun félon ks oeuvres. Le tems comparé à récernité,n*eft qu*uii infiant. Tous les biens de la vie prefente, richeflès, honneurs, plaifirs j joignez- y une fanté par« faite, âcque rien ne manque de ce que met Âriftoce dans la dé- finition du fouverain bonheur: cet afiemblage efl imaginaire ^ Tmc /• i ij r Tmc /• i ij r P R E FACE. mais fut- il tres-réel, tout ce qui pafle approche fi fort du néant, quand on le compare avec Te- ternité bicnheureufe que nous cfperons, qu'il n*eft paspdflîble que Phpmme fbit content de fa conduite, lorfqu'il donne toute ibn application & tous {ks foins pour obtenir fi peu de choie. Nous voulons tous invincible- ment être heureux 5 je dis foli- dement heureux, éternellement heureux. Mais la mort eft inévi- table. Elle rompt tous nos^eC feins. Elle doit donc, changer auffi toutes nos vues. Elle doit BOUS forcer de chercher * des biens qu'elle 4iepuiflè nous en- lever.

Il eft bien jufte que la mort nous traverfe dans nos defleins: car ils font bizarres & mal ré- glez quand nous ne fuivons pas tes avis. Bien loin qu^elle s'op, pofe ànôtré véritable bonheur, PRIE FAC £. c^eft elle qui nous y conduit. La ^penfëede la mort ne nous fait mcprifer que ce qui eft mëprifa. ble. Elle levé le voile & les ap- parences trompeuies des biens lènfîbles: mais elle lai(Je aux vfais biens toute leur réalité, & tout leur prix ^ & elle nous les approche de fi prés, ces vrais biens, elle nous les fait confide^ rer fi attentivement, que tout Je refte diiparoît. Cell même cet effet ordinaire de la penfée de la mort qui la rend delagrea. ble 5 de forte que bien des gens voudroient n*y penfer jamais.

Le fage en tout tems veut être détrompé. Mais Thomme charnel & infenfé fe plaît, dans Tillufion. S'il dort d*un fommeil doux & agréable -, s'il n'a que de plaifans fonges, la mort qui le délivre de ion affoupiflement, eft une importune. Il faut que la douceur de fon fommeil loic PREFACE. troublée par quelque fantôme terrible, afin qu*il fè rëveilte» avecplaifîr. Cependant ce tems que nous paflons dans raflbupif-^ fement, nous eft donné pour nous faire un établiffement éter- nel, ^alternative des récom- penfcs & des peines futures eft inévitable. Nous fommes im. mortels: &-ce néant prétendu qui fuccedé aux derniers mo- mens, eft de toutes les chimères la plus extravagante & la plus fr5 ftr folle. Ce n'eft pas ici le* lieu de uùort, le prouver/ Le doute feul me fuffit; car le doute le plus léger touchant I*ctérhité' de nôtre ^tre, fuffit à tout homme raifon- tiable pour fuipendre la plupart de (ts defleins, jufèû*à ce qu'il ait bien reconnu ce qui en eft. Quelque defagreable que pa- roifïè Texamen de cette impor- tante queftion, celui qui la né- glige eft un infenfé, du moins PHJËFjiCÊ.

PHJËFjiCÊ.

i^il règle là conduite indépen- damment du futor. Mais celui qui s'y applique & qui s'y trom- pe eft oien malheureux ^ je pour« jrois dire auffi, bien fhipide dc bieii aveugle: mais fa {rapidité n'eft pas fî vifible, fi inexcufable que celle que je croi' commune à une iii^niré de gens. Car com- bien y en a-tJl qui doutent de rimmortalicé de l'ame ^ ou qui même en ibnt convaincus 3 qui cependant font choix d'un état de vie (ans penfer à ce qui la fuit? Entre leurs differens mo- tifs, l'éternité n'y entre point, ou on la conte pour rien. Quelle étrange (lupidité i Et comment l'accorder avec nôtre amour propre, avec cette impreflîon invincible que nous avons pour la' félicité?

Ce qui nous touche, ce qui nous frappe adluellement, c'eftlà ce qui nous ébranle: c'eft-là PREFACE. ce qui détermine naturellement nos mouvemens. Les enfans content pour rien les objets éloignez 3 quelque grands qu'ils fbient en eux-mêmes: ils ne s*in- tereflènt point dans le cours des aftres. Si une épine les pique, iî un infède les mord 5 les voilà plus allarmez que fî toujjib la na. ture s'alloit renverfer. Tel eft le jugement Aqs fèns, lorfque la raifon n*y a point de part^ lorf- qu^elle eft foible, cette raifon, éc afTujettie aux impreifîons du corps. Mais à mefure qu^elle fc fortifie, Pefprit s'étend. Dapré- fent il paflè au futur j & de ce qui Tenvironne, il poufle jufl ques dans les objets les plus éloi- gnez. Par la comparaifbn qu'il fait des cjiolès entr'elles& avec lui, il devient de plus en plus fufceptible de crainte & d'efpe- rance. Le futur & l'éloigné Té- branlent, auffi^ bien que le préw> • PREFACE. lent. De forte au'enfin on ne craint point de foufFrir aâuel- lement des douleurs tres-vives, d'eflùïer mille & mille fatigues pour fo mettre en repos fur la nn de fes jours. Mais toutes lis , vues qu'ont les hommes pour leur félicité ^ fè bornent d'ordi- naire à la vie prëfente: ils ne s'arrêtent qu'au fenfible. S'ils fe fatiguent à trente ans pour fe repofer dans leur vieillefïe, c'eft qu'ils voient fouvent des vieil, lards, & qu'ils font jeunes. Ce fentiment les frappe & les per- fuade qu'un jour ils feront com- me eux. Mais ce font des enfans par rapport aux vrais biens. L'c- ternité leur paroît comme ces eipaçes imaginaires, qu'on croit au deflus des Cieux. Ils n'y troo- • vent rien de folide, rrfb qui les touche 5 rien par confequent qu'ils veulent préférer au prê- tent dont ils jouïfTent avec plai^ fïr. Voila pourquoi réternîté n^entre point en conte parmi les motifs de nos déterminations, éternité cependant qui feule peut empêcher toutes nos fâuC les démarches, & régler nos pas pour arriver fu rement à la féli- cité que nous defyrons.

Je tâche dans quelques-unt de ces Entretiens de bien con- vaincre Arifte, l'un des interlo- cuteurs, que les objets fènfîbles ont bien moins de réalité qu'on fie s'imagine, & qu'ils n'ont; fur nous aucune aâion: Que toutes les fënfations que nous en avons viennent uniquement de TefS- cace des idées divines 5 que l'â- me n'eft diredement, immedia- tement unie qu'à Dieii, qu'à la fouveraine Raifon, en qui fe ttciviti trouve, ait S. Auguftin, la puif- * ç. 4.* ' ' fance qui nous donne l'être, la lumière <jui nous éclaire, & la régie immuable de nôtre coiu daite: Camfr fmkfifinii ^ rsth àr« teUigendi^ ^êrJUvivnuU. En un mot, je tâche de délivrer Ped prit des préjugez des (èns & de Timagination. £t dans les trois derniers je joins aux principes de la Philofbphie naturelle ceux de la Relieion ^ pour guérir le inême Ariite de la crainte de la mort. Je tâche de diminuer en lui cette horreur que nous en ayons naturellement ^ a£n qu'il y penie plus férieufement qu'il n'avoit hiit, <{u*il ie famiiiarife pour 4infî dire avec elle, qu'il prenne volontiers ks avis, & qu^il fuive les chemins qui con- duîrent à la félicité que nous efperons par J e s u s-Chri st. Si enim homo ita creatus efi, ut fer idquod in eo pracellit ^ attin^ gat illuà quod cunïia fracellit ^ id eft unum verum optimum Deum^ fine quo nulla creatura fuhfifiit ^ nuUa doiirina infiruit ^ nullus ujks / P HE F ACE.

expcdit: ipfe quatatur ubi nohis fecura funt omnia 3 iffe cematur^ ubi TioUs certa funt ùmnia j ipfe diligatur^ ûbinobis reila funt om» nia. Auguft. de Civit. Dei. 1. 8.

Je n'explique point Ici le dé- tail de ces Entretiens 5 la Table des Chapitres fuffit pour le re- connoître, & je ne croi pas non plus devoir rendre raifon da choix des Matières que j^ai trai- tées. Il me femble que ce choix çftd la liberté des Auteurs. Ce- pendant j'ai été obligé d*enufèr comme j'ai fait. Preique toutes les veritez que j'expofe, &que je défensjfont celles qu'on m'a conteftées. Je n'en dis pas da- vantage. Mai3_ comme je ibii-, tiens dans cet Ouvrage ce pa- radoxe qui révolte l'efprit, ou plutôt l'imagination de bien des' gens: Que (fefi en Dieu que nous votons toutes çhofes: je croi le PREFACE. devoir prouver encore une fois par l^autorité de S. Auguftin, ^fj^'^^ quoique je iVie dëia fait ail-r''?'* leurs. * Un i\ grand nom tien- idées, dra peu^tre les efprits en réf. ^[J' ^ peft, ôcTes difpofèra à exami- ner fans prévention une vérité de la dernière confèquence, & que je croi avoir évidemment démontrée.

Divers p^Jf^ges de Saint Aut gufiin touchant les idées ^ (^ Ke flexions fur ces pafZ figes.

SAint Auguftin Liv. des 83. Queftions, queft. 46. parle ainfî des idées. Ideas Plata frimus appellajfe ferhibetur: non tamen fi hoc nomen antequam iffe inftitueret, non emt ^ ideo Ivel tes ipf^ non erant ^ quas ideas voca^ vit^vel à nullo erant intelleUa^ p un F A ce: Nam non eft verifimile ^ fafientn aut nullos fuiffe ante Platonem s dut ifias, quas Plato ideas vocat, quacumqtt€ tes fint y non intelle- xijfe. Si quidem in eis^nta vi^ confiituitur y ut ni^ his tntelleitis, fapiens ejfe nemo fojjît S'^eà rem videamus qua maxime con^ fideranda e/i atque nofcenda Sunt ide^ principales forma qu^^ dam vel rationes rerum fiahiles atque incommutabites ^ qua ipfe formata non funt ^ ac per hoc ater^ na ac femper eodem modo fe fe ha^ tentes qua in divina intelligentia continentur. Et càm ipf^ neque oriantur neque int créant y fecun- dûm cas tamen formari dicitur emnequodoriri velinterirepotefi...^ Qupd fi reBè dici vel credi non pote fi Deum irrationabiliter omnia condidijfe y reftat ut omnia ratione Çnt condita. JSfec eadem ratione homo qua equus: hoc enim abfur» dum eâ exijiimare. Singula igitur PREFACE.

PREFACE.

frofriis furu creata rationibus. Has autem rationes ubi arbitrant dum eft tjfe j tUfi in ipfa mente Creatoris / Non enim extra fe quidquam pofitum intuebatur ^ ut fecundàm id conjiitueret quod con^ ftituebat; Nam hoc ofinari facri^ leyim efi. Quod fi ha rerum om^ nium creandarum creatarumve ra^ tiones in divina mente continent tur^ ne que in divina mente quid^ quam nifi a^emum atque incom^ mutabile potefi ejfei atque has rationes principales appellat Pla^ to: Non folum funt idea ^fed ipfie vera funt quia atema Jûnt y (^ ejujmodi atque incommutabiles ma^ nent 3 quorum participatione fit ^ ut fit quidquid eft y quoquo moda eft.

Il efl: clair que S. Âiiguflin a crû 1^. que la queflion des idées étoit de la dernière confequen- ce. Maxime confideranda atque nojcenda. Il n'y a point en efiec PREFACE. de fentimenc de Philofbphie qu'il aie eu plus à cœur, & dont il ait tiré plus de confèquen- ccs avancageufès à la Religion, que de celui qu*il a eu iurJeur nature. Auflî n*y a-t-il point de principe plus fécond 5 on le verfa bien dans la fuite de cet Ouvrage, Les Idées, dit -il, ont tant de force, que fans el- les on ne peut être fage: In eis tant a vis confiitujtur ^ ut, ni fi his intelleilis fapens ejfe nemo fojjît.

2^ Selon ce faint Dodeur, les iàizs font éternelles & im- muables; j^terna ^ femper eo^ dem modo fefe habentes.

3^. Elles font les exemplai- res,'ou les archétypes des créa- tures: Sunt idea frincipales for^ ma quadam 3 vel rationes rerum ftabiles atque incommutabiles, ^c. Jde^e é^ rationes dans faint Auguftin, font fynonimcs. Cela eft clair P RiE FAC E. kân JèuhUtfftt ne la croit fas cmi^-^ me M.^RepY^ mais qui même la^ refkteylÀY.\:àt\dL Nat. & de la Gn noimbr. 53. & Médit. 9. nomb. 3. 4. j. & tf. ( îl devoir plu- tôt citer les nom. lo. II. & II.) Mais il efl bon d^oiferver qu*il ne la refitte y que farce qu*il juppofh que ceux qui la font éternelle, la font aujjî incréée ^ indépendante de Dieu (^immobile, jyailleufs il ne nie que f éternité du monde tel qu*il eft y c'efi à dire y de cette for* tion de la matière univerfelle qui compofe les corps enfermex^dans nb^ tre tourbillon y la terre y la lune y le foleil, l^air y les étoiles y ^ les pla^ net es y que tout le monde convient avoir re(^u leurs formes au jour de la création. Mais il ne nie fas que la matière en^énéral ^ oui* étendue fubjiftante n'ait été créée de toute éternité y (^ nefoit une émanation libre ^ volontaire de Dieu. ^ comme le fremier fruit de fon ac- Tçmt /. û en lui^flacme qu'ail 1^ jyoit: ^ il qii'il nçm les (myoif.Qjffk(^% cn'lbit, je dispoûti^ii«aii Cime le contraire ile œ quIb i'Â^tifet^r m'attribue: & cela dans Tarticle même du Traite^ & dans la 9» Medit4tifin qu'il ctpe^ &,ie l'avoir die fcHfc^nt ailleurs. M^is qvand je n'en mirois jamais, pâi^é» fijf quel fondement pourrôtc - on p'attribufi||«in iêntinaeot ^mSl îxiicBX qu'cft l'4temitjér dfl la ix)ndamnc? Twf w Lmt^àuPe. Jdal^hratçhe ^ dir-jieqeoc^iiianf Wniême chapitfe,yî«^ remplis de çontifmels f^ralleles de ia^naiiére avecDieu. CeJa^ftforcgépéjirai; ^fort %6i6catif^;Ceppii4am; 4 on Ijti^aâenieot.toMH^ïid^i^ vres, on ne trouvera niiilie inwi que j'aye fait aucun parallèle ewrç deux cho&s fî oppofëes., ,.MaisjU eftpermiç àcet Auteitl ite dire^fout ç,t qui loi Yiemc 4ao9 PREFACE. l'eipric: & jç ne dois pas trouver mauvais qu'il me range avec les anciens, Jicrëtiques ^ les Valenci^ iHens yjf s Marcionites ^ &c. Car ^'x* 7^« le PereM-alebranche efi tres-inca^ pairie iimfieté.^. ^faufle refpeil^ ^^i* "• ilic ce rc^pedueux perfbnnage ^ quie^déiSi. TufiiJt^^&.Irenàe.^^, Clément iAU^a^rie ^ Origen»^ • Tert^Uïéen^^EuJiû^leJhtfmeM de V^ale^infurjes 1£.qïks qu'ils nous dépeignent comme le comble de l'im^ pieté ^ de la folie ^lET OIT te.£S* CATjHOLiquE...le fens qu'il en^ tendoit Jtoit Tilts - eleve' et TRES -ORTHOBOXE...Mais JBaronius^ À l'exemple de plujîeurs vag. to. anciens pères de PÉgUfe, ^ de tous les Jtiiftoriens modernes ^ ifia pas rendu ajfet^de jufiiçe auxpre^ miers ermemis de l'Eglife. Jlyont ' tous mis en ufage k leur égard ce prêter précepte de l'E^quence qt^Ifocrate ^ les Rhéteurs donnent au:^ Hifioriens é* auxétrafeurs 9^ me difpenfèr d'en parler jamais. Il y a des ouvrages qu'on peut meprifèr, & des Auteurs qu'on doic plaindre. Mais en générai l'Auteur des EclairciJJemens con- fond étrangement lès faits qu'il rapporte* Il déguife les feriti- mens des hérétiques^ mais en leur faveur. Il corrompt les miens j dans quel <le(Iein? Dieu le fçait« Il ne craint point de mettre en Italique ^ covamt mes propres paroles ce que je n'ai ja- mais dit. En un mot, s'il eft de bonne-foi^ce qu'il faut s'efforcer de croire, il n'entend ni mes fentimens ni ceux des anciens hérétiques 5 (î ce n'eft peut- être qu'il fçait mieux que moi ce que je pcnfe, & ce que penfoient les anciens hérétiques, que les Pères qui les ont condamnez.

Je prie donc les Ledéurs, ou de laiflèr là mes Livres pour ce iqu'ils vallent, ou de n*en point juger PREFACE. clair par ce paflàge feul. Et on. jn*en douïera pas, fi on lit entiè- rement cette queft. 46. Quand iàint Auguftin dit 3 Omnia ra^ tione funt condita 5 nec eadem ra^ tione homo qua equus 5 il veut dire que toutes les créatures ont leurs idées ou leurs arche-* types.

4^ Les idées font en Dieu, Car c'eft une impieté de croi^ re qu'en créant le monde, il re- gardât hors de lui-même le mo- dèle fur lequel il Ta formé. In ipfa mente Creatoris. Non enim ex^ trafe quiâquam intuebatur 3 i^c. Et fî Platon n'avoit point cru que les idées étoient feparées de Teflence Divine, comme on ren*accufe, faint Àueuftin en'A''^°j cela («roit Platonicien. Au relte e- >• la multiplicité infinie des idées qui font en Dieu, n'eft nulle- ment contraire à la fimplicité de fon eflence. C ^e t £ r. u m PREVACIË.

^*p« 7 s à;iBui efi in Scripturis fanBis SfL Titus fafientia multiplex ^ eo quoi multa in fe habeat: fed qua ha^ bet, hac ô'efi ^ ^ ea omnia unus efi. Neque enim multa y fed una fapientia e^, in quafunt immen^ fi quidam atque infiniti thefauri rerum intelligibilium ^ in quibus Junt omnes invifibiles atque in^ commutabiles rationes rerum^ etiam vifibilium ^ mutabilium ^ qua pet iffiimfaEla fiint. De Civit. DeL Tout cela s'accorde avec ce • que dit faint Thomas, i. p. •queft. ij. art. 2. De us effen- tiam fiian\perfeBè copiop:it. Un^ de cognofiit eam fecundum omnem modum 3 quo cognoj^ibilis efi, Pb^ tefi autem cognofci non fiflùm fe^ cundàm quod in fe efi ^ jeH fecun^ dàm quod efi participabilis, fecun- ' dàm aliquem modum fimilitudinis^ à creaturis. Unaqua^que autem aeatura habet propriam fpeciem > P RMFAC E. fecundàm quod aliqno modo par^ ticifat àivina effentia fimilitudi^ aem. Sic igitur in quantum Deus €ognofcit Juam ejfentiam ut fie imi-- tabitem k tali creatura ^ cognof- cit eam ut fropriam rationem q* id^m hùjus créature, (^ fimili^ ter de aliis. Et fie patet quod J^eus intelligit plures rationes pro- prias plurium rerum, qua funt plures idea. Et dans la queft, prcced. art. 6. Cum ejjentia Dei habèat in fe quidquid perfe^ ïfionis habet ejjentia cujufcumqtie rei alterius ^ ^ adhuc amplius: J)eus in fe ipfo poteft omnia pro- prik cognitione cogna fcere: proprix enim natura uniufcujufque confi. fiit fecundàm quod per aliquem modum naturam divinam partie cipat.

On voit par ce paflfage de dfaint Thomas^ que les idées di* vines ne font que Teflence divi- ne ^ entant que les créatures peuvent l*imker, ou y partici- per 5 & que ces deux mots idea & rationef /ont fynonimes: JDem intelligit flures rationes froprias flurium rerum qua Junt flures îdea. Prefque tous les Theolo* giens conviennent de ce que di- ient ces paflages. Mais voici ce qui révolte rimagination de bien des gens.

De universis qua in^ telligimus non loquentem qui fer^ fonat foris y fed intus if fi menti frafidentem confulimus veritatem^ verhis fortajfe ut confulamus ad-- .moniti. Jlle autem qui confiditur^ doCCt QjLJ I IN INTERIORE HOMINE HABITARE D ICTUS EST ChRISTUS, ID EST IMMUTABILIS Dei VIRTUS, AT Q^E 'S E M P I TER-N A SAPIENTIA: quam quidem omnis anima ratio^^ nalis confulit ^ fed tantùm cuique fanditur ^ quantum câpre jprofter PRÉFACÉ, fropriam five malam, five bonam voluntatem fotefi. Et ^ quando fallitur ^ non fit vitio confiât a ve^ ritatis y ut neque hujus qua foris efi y lucis vitium eft y ijuod corpo- rel oculi fiape falluntur. S. Aueuft. de Magiftro c. ii. Et plus bas, ch. 13. Qjj I s tam finit è curio^ fus efi qui filium fuum mittai in fiholam y ut quid magifier cogitet difcat l At iSTAS omnes DISCIPLINAS quas fe doce- re profit entur y ipfiufque virtutis atque fapientia, cum yerbis e)c^ flicaverint y tum illi qui difcipuli vocantur ^ utrum ver a diBa fint j apud femetipfos confiderant ^ inte^ riorem illam veritatem pro viYi^ bus intuentes. TuNC ergo DiscuNT: (^ cum ver a diBa ejfe intus invenerint laudant ^ «tf- fii entes non fe doBores potius lau- dure quam doHos y fi tamen ^ ilU quod loquuntur fciunt. Falluntur autem homines p ut eos qui non Junt ^ magi^ros vocent. Quia fie ^ rumque inter tempus locutionis et tempus cognitionis nulla mora in^ terfonitur i é* quoniam fofi ad^ monUionem fermocinantis cita in^ tus difcunt y foris fe ab eo ^ qui ad" monuit 3 didicijfe arbitrantur.

Il eft donc clair que les hom^ mes que nous appelions nos maîtres^ ne font en effet que des moniteurs i que s'ils corn* prennent ce qu'ils nous difent, en cela ils font do fies y mais ils rie font pas véritablement nos doBeurs i qu'enfin nous n'avons point d'autre maître dans les iciences, Philofophie, Mathé- matique, qu'on en raille tant qu'on voudra, que la Sagejfe étemelle qui habite en nous y & que tous les'efprits confultent par leur attention. At ormes ifias difciflinas quas fe docere pro* fitentury&c le refte. C'eft4à le •deflèin du livre ^^iVf^g//?r^. Ut t A M non crederemus tantimiy dfc £iinc Auguftin, fed etiam inteU libère inci fer émus ^ qukm wtè /cri'- ftum fit autoritate divink, ne na^ bis quemquam magistrum Mcamus in terris ^ quod unus orru nium Magifier in calis fit y ch. dernier. Et dans fes Retraéta- lions 1. 1. ch. II. S c Bw I p s I //- irum, eu jus efi titulus de Magi^ firoj in quo diffutatur, é^ qua-^ ritur, ér t n v e n i t u R (re- marquez ce mot (jr invenitur ) Magiftrum non ejfe, qui docet hb^ minCm fcientiam^ ni fi Deum^ fi-- cundàm illud etiam quod in Evan- gelio fcriptum efi: IJnus efi Ma^ pfiervefterChrifius. On a main- tenant de la peine à compren» dre ce que faint Auguftin aflîi- re que le jeune Adeodatus fça- voit à feize ans: I-p s e ( Adeo^ datus in libro de Magifiro ) me^ cum loquitur. Tu fiis illius ejfe fenfst omniay qua infiruntur ibi P Rlè^ AC E.

ex ferfonà collocutoris mei / càm effet armis fexdecim. ConfefT. 1. ^v Voici encore quelques pafla- ges pour expliquer plus en dé- tail la dodrine de faint Au- guftin. > ' QjJ JE p R o p T E R nullomo^ do negaveris ejfe incommutabilem veritatem ^ hac omnia qu/:e inconu mutabiliter vera funt continent em y quant non fojfîs dicere tuam vel meam, vel cujufquam hominis ^fed omnibus incommutabiliOr vera cer^ nentibus, tamqukm miris modisfe^ cretum ^ publicum lumen ^ fra^ fto ejfe ac fe pré^bere communiter. Omne autem cjuod com- mun I ter OMNIBUS l^A- TIOCINANTIBUS ATQ^ E INTELLIG ENTIPUS PRESTO EST^ AD U^LLItrS EORUM PROPRIE NATURAM P E R- TIN ERE QJJX5 DIXERIT?

\MeminiJli enim, ut opnor, quid d0 PREFACE, de fin f bus corporispaulo antè tra^ Bavimus i ea fiilicet qua oculo^ rum vel aurium finju communia ter tangimus ^ ficuti fiint colores (^finij quos ego ^ tu fimul vu demus 3 vel fimul audimus ^ non fertinere ad oculorum nofirorum vel aurium naturam, fia ad fin- tkndum nobis ejfe communia* Sic ergo iUa qua ego ^ tu communia ter froprià quifque mente conffi^ Cimus ^ N E QJJ À QJJ A M l^ l^ XERIS AD MENTIS ALI- CUJUS NOSTRÛM PERTir NERE NATURAM. Duorum enim oculi quod fimul vident ^ nec hujus nec illius oçulos eJfe fote^ ris die ère j fid aliquid tertium in