270 Septie^me unes des autres. Je l'avoue, pourvA qu'on ne Tencende pas ièlon les idées irulgaires; pourvu qu'on demeure d*ac. cord que ceu'eft qu'en confequence des «oloncéz immuables & coâjours effica* ces du Créateur y qu'en confequence êcs loix générales que Dieu a établies, & par lefquelles il règle le cours ordi- naire de fa Providence. Dieu a voulu que mon bras fâc remué dans Tinftant •que je le voudrois moi.mên&e. ( Je (up. pofe les conditions néceiOtires. ) SfL va» lonté eft efficace, elle eft immuable» Voilà d'où je tire ma puifGmce & mes facultez. Il a voulu que j'euflè cenains fentimens, ceruines émotions, quand il y auroit dans mon cerveau cert^iniel traces ^-certains ébcanlemetisd'e^rits^» Il a voulu en un ipot, & il veilt fanii ccÇ £e que les modalitez de refprit & dil •corps fuflent reciproques.Voilà l'union & la dépendance naturelle des deux parties, dont nous fommes- cômpofez; Ce n'eft que la rédprocation mutuelle Je nos modalitez appuïée/urle fonder jnenc inébranlable des décrets divins; ' décrets qui par leur efficace me cooo- muniquent la puiflànce que j'ai fur mon corps, & par lui Caxr (piques ati^ Entretien. 171.
Entretien. 171.
très: décrets qui par leur immatabilicé m'unifient à mon corps 3 & par lui à mes a^cnis» à mes biens ^ à tout ce.qui m'c#vironné. le ne tiens rien de ma nap ture y rien de la nature imaginaire des Phllofophes 9 tout de Dieu & de fes de« crets. Dieu a lié enfemble tous fes ou* Trages, non qu'il ait produit en eux des entités liantes. Il les a fubordonnez les qnsaux autres, Gms les revêtir dequaU' litez efficaces. Vaines prétentions de l'orgueil humain^ produâjohs ch^mttm ques de l'ignorance des Philoibphes! C'eft que frappez (ènfiblement à làpre«^ iènce des corps, touchez inténeure*. pnent par le fentimentile leurs. propresj efforts. » ils njOQt podnc: reconnu l'^ipe: ration inisifiblû du Créateur, l'pnif^^ mité de ia. conduite, la fécondité ^ fesloix^ Teâicace toujours idâuelledie {es.volontez, la fagelle it^nie de fa Pr(^ vidcnce ordinaire. Ne dites doncplus^je vous f tic y /mon cher Arifte v qoe v^ré àme eft unie à irôtre corps plus étroi4 tenaient qu'à toute autre chofe; puid qu'elle n'eft unie immediatenittlt qu'l^ pieu feul -y puifque les décrets divins font les liens indiHbiubles de toutes les uij ijt Septie'me merveilleux de la fubocdinacion de ton- tes les caufes.
2ae vos principes font clairs, xjn'ils >nt Tolides, qu'ils (ont Chrétiens! Mais- qu'ils tbnt aimables ôc touchans! T'en iuis tout pénétré. Quoi! c'eft donc Dieu lui même qui eft préfentemeht au milieu de nous, non comme (îm« pie fpeâateur 8c obfervateur de nos aâions bonnes ou mauvai(es,mais com« j«ele principe de nôcre focieté, le lien de nôcre amitié, Tame, pour ain(i dire^ du commerce & des entretiens que nous avons enfemble. Je ne puis vous parler que par TefEcace de (a paifTance^ ni vous toucher ôcvous ébranler que par le mouvement qu'il me communia que. Je ne fçaî pas même quelles doit ▼enc être les diipoficions des organes qui fervent à la voix pour prononcer ce que )e vous dis fans héfîcer. Le jeu de ces organes me pa^êw La variété des paroles, des tons » des mefures, en rend le détail comme infini. Dieu le fçait ce détail: lui feul en règle le mouvement dans Tinftant même de mes defirs.Oiii^ c'eft lui qui repoufle Tair qu'il m'a fidc feC]gkt9t ltti-même« C eft lui qui par jaes Entretien, 273 Entretien, 273 organes en produit les vibrarions ou tes ibcoudes. Ceftlui qui le répand au de-Ki bors, & qui en ferme ces paroles, par lefquelies je pénécre jufques dans vôtre cfprit j & je verfe dans vôtre copar ce que le mien ne peut contemr. En eSkt^ ce n*eft«pas moi qui refpire: je refpire malgré moi. Ce n'eft pas moi qui vous parle: je veux feulement vous parler. Mais qu'il dépende de moi de refpirer^ que je fçache éxaâement ce qu'il fane £dre pour m'expliquer, que je forme des paroles, 6c que je les pouUê au de« hors } comment iroient-elles juiqu'à vous, comment frapperoient-elles vos oreilles 9 comment ebranleroienc - elles yJbtvè êerveau, comment toucherdiefitr diles voire ccnir, fans Têfficace de cette puilCmce divine qui unit enièoible toa« tes les parties de l'Univers } Oui^Theor dore » tout cela eft une. fuite néceflàire des loix de Tunion de Tame & du corps^ êc 4es ' communications: des mouye. snen[S«Tout cela dépend de ces deux frincipes dont je (ttis convaincu-: qu'il n'y \ oue le Créateur des corps qui en puiflè erre le moteur: & que Dieu ne sious communique (à puillànce que par rétabli^intfot de ^n^lques Loix géué« taies, dont nous déterminons IVfficace •par nos diverfes modalitez. Ah, Théo-* dore! Ah^TheotimelDiea féal eft le lien de nôtre fociecé. Qu'il en Toit la fin^ ^uifqa'il en eft le principe, N'abofons point de fa puilTance. Malheur à ceux qui la font lèrvir à des paffion^ crimi^ nelles. Rien n'eft plus facré que la puif* fance. Rien n'eft plus divin. Ceft une e(pece de facrilege que d'en faire des nUges ptophanes. )e le comprens^u* iourd'hui, c'efl; faire fervir à l'iniquité te jufte vengeur des crimes. De notis^ snémes nous ne pouvons rien faire; Donc de nous-mêmes nous ne devons rien vouloir. Nous -ne pouvons ag;ir que pat l'efficace de la puiflance divtnr. . J^onc nous ne devons rien vàuloir qiie iêloti la Loi divine. Rien n'eft plus évi» dent que ces véritcz. * Théodore. Voilà d'excellentet conséquences.
XV. Theotimb, Ce font de mer^ milieux principes pour la Morale* Mail revenons à la Metaphyfique, Notre ame n*eft point unie à nôtre corps félon les idées vulgaires. Elle n*eft unie im- médiatement & direâement qu'à Dieu Ccul. Ce n'eft que^ac Tefficace de foa Entrbtiêw. 175 Entrbtiêw. 175 a Aibn que nous voilàitous cr6îs en pre- fence. Que dis-je en prefence! Que 'OQCis voilà. cous trois unis de fentimens, pénétrez delà même vérité, animez^ce •me femble, d'un même efpric, enflam^^ mez > pour ainfi dire, d'une même ar- deur. Dieu nous unit enfembie par le corps en coniêquence des loix des com. •municationd des mouvemens. Il nous <ouche des tnêmés iêntimens en confe* 3ilence des loix de l'union de Tame 9c a corps. Mais,. Arifte, comment fom- jnes^ous fi fort unis par refprit? Theo« idore prononce quelques paroles à vos joreilles. Ce n?eft que de l*aîr battu Mf ies organes nde la. voix. Dieu transra% Snt, pour «înfi dirfe, cet air en paroles, ^en divers fona. Il- vous les £iitentendre joes divers fons, par les: oiodàlitez donc il vou^ touche» Maïs le (èns de ces paro- les, oA le prenez-vous? C^ vous dé. couvre Se à moi les mêmes véritez que jcontemple TheodomSirait'qu'il pou£i /een parlant^ ne renferme point les Sons que vous entendez, apurement il ne contiendra pas les véritez que vous comprenez.
A R is T E. Je vous entends » Th^oti» jnc. Cedque iKois (boomcs unis Ton^Sc 17^ Septie^me l'aucce à la Raifon univerfelle qui éclat-* re toutes les intelligences. Je fais dIos figavant que vous ne penfèz. Théodore sn'a d'abord cranfpocté oA voas voalet ^*ine conduire^ Il m'a perfaadé qo'il n'y a rien de vifible, rien qui puifle agir dans l'efprit & fè découvrir à lai, que la fttbftance non feulement efficace, mai^ intelligible de la Raifon. OHi, rien de créé ne peut être l'objet immédiat de nos connoiflànces. Nous ne voïons rien dans ce monde matériel où nos corps .habitent, que parce que nôtre efpric par Ton attention fe promené dans u& antre y que parce qu il contemple les i>eautez du monde archetiype A: intelli- gible que renferme la Rai(on, Comme Aôs corps vivent fur la terre ^'9c (è t^» faiilênt des fruits divers ou'elle pro^ iluit: nos efprits Ce nourrirent des mê- mes vérités que renferme la fubftance intelligible ôc immuable du Verbe di- vin. Les paroles que Théodore pronon* ce à mes oreilles* m^avertitTent donc en confequence des loix de l'union de Ta* me & do corps, d'être attentif aux vé« ritez qu*il découvre dans la fouverainé JRaifon. Cela me tourne Tefprit du mê- 0C côté que lui, Jeyoî ce qu'il voit^pas» ce que je regarde où il regarde. Et par les paroles qae je rends aux iîetines, ^lûique les unes & les autres foietic Toides de fens^ie m'entretiens avec lui ^ ^ |ejQiiisi avec lui d'un bien qui nous eft comoaunàtous. Car nous fomiôes tooa eflêntiellement unis avecla Raiibn: tel. lemem anis, ique fans elle tibus ne pou* Irons lier de (bcieté avec perfonne. - T H E G T 1 M £ Vôtre reponfe, Arifte, me iurprcnd extr^roemenc» Commenc doijc i^içâdiant ikiutie que TOUS VA là ^àvezlvous p& répondre à Tbe 4or&,iBne dom fonines unis à nôtce corps pf nsitroiiespent qti'à tonte autre : A & I s T 1. C'eft qu'on ne dit quç^ ce qui (ë préfente à lamemoire^ & que ks véritez abfliraities ne s'offirent pas ^ PeTpris finaturellement que ce qu'on a oUi dire toute fa vïe. Quand j'aurai me** dite autant que Theotiœe, je ne parle* rai plus par jeu de machine; mais jexe« glerai mes paroles fur les réponfes de la vérité intérieure. Je comprens donc au«- jourd'lmi y & je ne l'oublierai de ma vie^' que noiis ne fommes unis immédiate*» ment Se- direâement qo'à Dieu. C'eft dans tj^4omiere de (à fàgeffe qu'il nous fitit TOir la magnificence âe (es ouvrir ces 9 le modèle fur lequel il les formc^ Parc immuable <)ui en règle les redbrts ^ les mouvemens: & c'eft par l'efficace de Tes volontés qu'il nous unie à nôccô corps,:& par nôtre corps à tous ceu» ^t nous environnent.. > XVL'Tkbodo r-e. Voas-poatw riez ajouter, que c'eft pat Tamour qu^il fe porte à lui-même c^'i\ nous commù*^ nique cette acdeot invincible que ncns avons j pour lebieii; Mais c^ dç jqadi nous parlerons une-autre fins. Il mffiv maintenant que vous foïez bieneCbnw vaincu i mais tiien: queFeiprit ne peuo être uni immédiatement &: direâemeno qu'à Dieu feul: que nous ne pouvons avoir de commerce avec les créatures que par la puiflknce du Créateur, qui nei nous eft communiquée qu'en confe-i quence de fes loix •,.& que nous ne pou* vons lier de foctecé entre nous & avec lui, que par la Raifbn qui lui eft con** fiibftantielle. Cela une fois fuppofé^ vous voïez bien qu'il nous eft de la der^» niere con(êquence de câci^er d'acquérir quelque connoiflànce des attributs de^ cet Etre Souverain, puifque nous eut dépendons & fore Car enna ilttgic ea ENtHETlBN. î79t ENtHETlBN. î79t liéccflkirement félon ce €fa*il cft. Sa manière d'agir doic porter le caraâe* 1^ de (es attributs. Non feulement nos devoirs doivent fe rapporter à fes per« feâions, mais nôtre conduite doit en-% «ore être réglée fur la fienne, afin que BOUS prenions de juftes meures pour Inexécution de nos deÛeins ^ & que nous trouvions une combinaifon de caufea qui les favorifent. La foi & rezperiénce ndus apprennent fur cela bien des vériy tes par la: voie abregéç de Tautorité^ & par des preuves de (bntiinent fort ^f éables Se fort commodes.. Mais tout ceUne nous en donne pas maintenant! Tintelligence: ce doit être lefruir&lit lécqmpenfe de nôtre travail & de nôtre application. Au refte étant faits pour connoitre & aimer Dieu ^ il.eft clair qu'il n'y a ppint d'occupation qui foie préférable à la méditation: des perfe«[ âions divines, qui doitnous animer de la charité, & régler tous les devoirs d'u«* ne créature raiionnable. . Akiste. ]ecomprens bien^Theo«> dore^ que le cuUe qee Dieu decoander des e£p/irs. eft un culœ Ipirituel. C'eft d'en être connu, c'eft d'en être aimé: c'eft que nous: formions de lui des juge» mens dienes de (es attribues, & que nous réglions fiir (es volontés tous les mouvemens de notre cœur. CarDiei^ cft e(pric, & il veut être adoré en erprit êc en vérité. Mais il £iat que. je vous a\ voile que je crains extcêmement de fbr-> mer fur les perfèâions divines des juge^ mens qui les deshonorent. Ne vaut- il pas mieux les honorer par le (ilenceâc par Tadmiration, & nous occuper uni. quement à la recherche des véritez moins fublimes, & plus proportioonées a la capacité de notre efprit? : Theodloile. Comment, Arifte^. Pentendez^vous? Vous n*y penfez pas; Nous fommes faits, pour connoitre & aimer Dïeu: & quoi! vous ne voulez pas que nous y penfions, que nous en parlions, )e pour rois donc a joâter, que nous l'adorions } Il faut, dites- vbus^ l'honorer par le (ilence & par l'admira- tion» oui par un filence refpeôueux, que la contemplation de (k grandeur nous impofe, par un (ilence religieux,. DÛ réclat de fa Majefté nous réduifir, par un filencé fivcé, pour ainfi dire^ qui vienne de nôtre impuiflance, &: qui. n'ait point pour principe une négligent cecrijninelte, mie curiofité déréglée de connoitra connoitra •t6niSôkr4} au Bèu de^ni de^ objets biéi ^oiiis' iâignes;de> ti6tte' appHcaiion. '4^a'4iiii}irerci^i«otts dans la Divinité 3 fi vous n'en connoiflez rien } Cotnmenc l^aixMtéz-vôus^^fi vous ne la. contem-* j^M v'CèmmentnéU&édifierons^unis ità ttkis Ivs âdtres dMs la charkè» fi nom banni (tons de nos entretiens celui '-^fe iMûs venez dé cecofttioitre pour lïme 'du conKniercê que nous avons enfemBIfe bdûé le lien dé nôtre petite focieté rAf- uirément, Arifte ^ phis vousconndîtsél llârë Souverain /plti» voui6padimre«' téÉ les -perfeâions infinies. I^ tf aigimi donc point d*yittM>-peni(èrv^M'ét\ paît teè ihdigi4ett)efit, pourvu que ia fi^i vous conduife. Ne craignez- point d'ea porter de faux jagemens, pourvu qu'ils ibieiit toujours conformes à la liotioh ib ("Etre 'infinithent pàtifah; ' Vous ne dés.hofioterse poifttlê^çrÂâHicJhsldil ^es pat 'des jugemens inUignttsjd^ffl les, pourvu que vous fi'en jugiez jamais par vous*mlnie, pourvu que vous nb donniez point aui Créateur les imperfe* Aidftl9t4e$' liftiitaiiiovis des créatut^V. Per^z^dMc; ÀMiô. }*y penferai d|c sâon doté,'^ fefpere'qtie Theçtime efi ftca de nÉiiàes. Céb eft fiéeeOàire pottc TomcL A a la fuite des principes, dont fc croi <fe. voir vous entretenir, A tdeoi^ûn donc à rheute ordinaire ^ cat il eft tems que ys me retire.
• A n 1 s T B. Adki», Théodore, Je TOUS prie, TheotÂme » que nous noua jftrottvioni.totti txç^ àrl'heure mar-»* • I T H B Q Tffut* Je fuis Théodore» Mais je reviendrai avec lui, puifque TOUS le voulez bien. ».. Ah, Théodore! Qu*Arifteeft changé l II eft attentif: il ne jraîUe.plus:tt ne s arrête plus fi feirt aux manières: en un mot il entend rai^ fon, & s^y. rend de. bonne foi»:, The o.d ob. e. Il eft vrai» Mats Tel préjugez reviennent encore à la tra-^ verf e, &c confondent un peu Tes idées* JLa raifon & les préjugez patient touf à cour par fa.boBche. Taniôr la vérité le fait parler, & tantôt la fnetpoire joiiç fon )f u« Mais Ton. invagination n'ofe plus fe révolter. Ceft ce qui marque uft bon fonds » & me fait tout efperer.
Theotime. Que voulez vous^ Théodore, les préjugez tie fe:quitte!it: pas comme Un vieil habili auquel pn of penfe plus» il me fr^ble.que nop^ ENTttETrEK. 185 Iiai(Ibns,pas Phijofciphcs, Dottf le deye- noni. n &adra loi tebatice incçITaiï^ ment les grands principes, afin qu'il y pinfè G fouveot que (on efocit s'en met- te en polTef&on, & que (»ns h bérdjn ils fe préfenient à Itù tout naturelle- ment.
Theodorb. C'eft ce que j*ai «àchédefàire'jufqutfsiaf. Malscefalài £tic de ta peine, car il aime le détail 8c la variété des penfées. Je vous prie d'ap- -puïer toujours fur la 'MceCBxé qu'il -y 3 de bien eomptendie les'principes /afin d'arrêter la vivacité de fort erprit; 0c n'oubliez pas, s'il vobs plaît,de médi. ta le fujet de nôtre cntretiai.
Aaij a84 Huitie'me VllL ENTRETIEN.
De Dkuê^ ie fts Mribius.
THb o D o n 1. Hé bien, Arifte; dans quelle difoofition êtes-TOfUs? II. faut que nous (cachions Técat où vous vous trouvez, afin que nous pni£- fions y accommoder ce que nous avons à vous dire.
A ^. I s T E. J'ai repafle dans mon ef. prit ce que vous m'avez dit jufques id, ic je vous âvoiie que je n'ai pu réHfter à révidence des preuves fur lefqueUes vos principes {bnc^appmez. Mais aïant voulu méditée le fujet des attributs di. vins que'^ous nous avez propofé, j*y ai trouvé {ant de diflBcuItez, que je me fuis rebuté. Te vous di(bis bien que cet- te matière étoit trop fublime, ou trop abftraite pour moi: Je ne fçaurois y at- teindre, & je n'y trouve point de pri(c.
Théodore. Quoi! vous ne vou« lez rien nous dire?
bon ^ rien qui me fatis&fle. Je vous écoacerai tous'deux, s'il vous plaie.
Theodoile. Cela ne nous plaîc nullement. Mais puifque vous ne voul- iez pas ndùs dire ce que vous avez pen« i£,au mdins fiiivez-moi pour me dire vôtre fentiment fur ce qui m*eft venu dans Tefprit.
T H E G D G K E. Theotimc fera le iuge des petits diflèrens, qui pDurronc Dien naître de la diverfité de nos idées.
Thegtims. Le juge! comment Tentendez-vous 1 Ceft à la Raifon à préHder parmi nous, & à décider fou- yerainement.
T H E G D G R 1, J*entcns, Théo- time, que vous fetep juge fubalteme ])ar dépendance de la Raifon, & que vous ne pourrez prononcer que félon les loix qu'elle vous prefcrit comme à nous. Ne perdons point de tems, je vous prie. Confrontez feulement ce que nous dirons Pun & l'autre avec les xéponfes de la Vérité intérieure, pour avertir 6c rédreflèr celui qui s'égarera. Allons, Arifte. Suivez-moi, & ne m'ar« rêter que lorfque je paflêraî trop lege^ 1Î6 HUITIE^ME rement for dès endroits di£Sciles« I; Par ta Diviiiicé nous entendons tous rinfini, l'Etre fans reftriâion ^ l'E* tre infiniment parfait. Or rien de fini ne peut repréfenter Tinfins. Donc il (uF- fit de penler à Dieu pour fcavoir qU*â eft. Ne foïez pas furpris, Theotime, fi Âtifte me paiIè cela« C^eO: qu'il en eft ^iif J!* déjà demeuré d'accord * avant que vous fuffiez ici.
A R I s T E. Oîii j Theotime, je (uîs convaincu que rien de fini ne peut avoir afièz de réalité pour repréfenter Thifin^ qu'en votant le fini »on puifle y décou^ vrir l'infini qu'il ne contientpas» Or je fuis certain iqueje voi l'infini. Donc ^in^ fini éxifte, puifque jq le voi, Se que je ne puis le voir qu'en lui-même. Com- me mon efprit e^fini, la connoi({ancc que j'ai de l'infini eft finie. Je ne le com^ prens pas, je ne le mufure pas: je fins mêmes bien certain que je ne pourrai ^mais le mefurer. Non feulement je n'y trouve point de fin, je voi de plus tju'il n'en a point.. En un mot la perce- ption que j'ai de l'infini eft bornée: mais la réalité objeâive dans, laquelle mon efprit fe perd, pour ainfi dire, elle o'a pointxie boffnes.C'eft de quoi main»* Entretien. 2S7 prenant il.m'eft.iinpoffible de douter. . Th BOT&nri^ Jentn doute pas fton plusw Thbodous. Cela fuppofé, il eft clair que ce mot ^ D 1 s v » n'étant que Tex- jireiCon abrégée de l'Etre infinimenj: f^thk, H y a cotitradiftion qu'on fe pui(& croEuper ^ lorfqu'op n'attribue jt Jbieu que ce que l'on Toit clairement convenir à l'Etre infiniment parFaitXar enfin fi OH ne fe trompe jamais lorfl. qu'on ne juge des ouvrages de Dieu ^ que félon.ce qu'on voit clairement & difti'nâemcnt dans kur^dée^, àcaUr fe que Dieu les aïant formez fur ces idées qui font leur archétype ^ il ne ffr peut faire qu'elles ne repréfêntent pa$ naïvement leur nature: à plus forte ra^fon on ne fe trompera jamais, pourr Vu qu\>n M'attribue à Dieu que ce qu'00 voit clairement & diftinâement appar- tenir àrEtre infiniment parfait ^ que ce qu'on découvre, non dans une idée di- fiinguée de Dibu^ mais dans Ca (iibftan- ce même. Attribuoi^s donc à Dieu^ou à l'Etre infiniment parfait toutes les per-^ feâions, quelque incompréhenfiufcs. qu'elles nous paroi(Iènt » pourvâ que QQus folons certains quç ^e font dea l88 HuiTïE^ME l88 HuiTïE^ME réaiicez ^oa ée véritables perfeâions-i de3 réalités ^dis^je ^ fit des petftâibns oui ne tiennent point du néant, qui ne ioient point bornées par des imperfe- âions ou des limitations femblabies à celles des créatures. Prenez donc garde;: IL Dieu, cVft TEtre itifinihienF farfait. Donc Dieu eft indépendanc enfèz-y, Arifte, & arrêtez moi (eu. lement ^ iorfque je dirai quelque che(è que vous ne verrez pas clairement ètro une perfèâion, & appartenir à l'Etre infiniment parfait. Dieu eft indépeii;^ tlant. Donc il eft immuable^ A R I s T B. Dien eft iwUpindâfii^ Donc il eft immHohU! Pourquoi immua* ble?
avoir d'eâèt ou de changement G^is caufe. Or Dieu eft indépendant Ae YtL ficace des caufes. Donc s'il arri^oit en Dieu quelque changement, il en^feroîl lui même la caufe. Or quoique. Dieu foit la caufe ou le princifft de ks volontez ou de fes décrets, il n'a jamais projj^^^duiten lui aucun changement. Car (es tpomqe je vou^ ai déjà dit. Dieu les ^ faits Enthettën. 289 faits ces décrets, ou plutôt il les forme fans ceflè fur la Sagefle éternelle, qui •cft la règle inviolable de fes volontez. Et quoique les effets de ces décrets foient infinis, & produifent mille ôc mille i:hangemcn6 dans l'Univers, ces décrets font toujours lesmcmes. C'efl: que l'efficace de ces décrets immuables n*eft déterminée à l'aàion que par les circonftances des caufes qu'on.appelle Naturelles,& que je croi devoir aj^pcl- ler occafionnclUs, de peur de favorifer le ■préjugé dangereux éLXxne nature èc <l*u». ne efficace diftinguécs^de la volonté de Dieu & de fa toute-puiffhnce.
Ariste. Je necomprenspastrop bien tout «là. Dieueft libre & indir- ferent à l^'égard, par exemple, du mou- vement detel corps, ou de tel eôèt qu'il vous plaira. S'il eft indiffèrent, il peut \e produire cet effet, ou ne le produire pas; Cet effet efl une fuite Je ces dé- crets: je le veux Mais il eft certain que Dieu peut ne le pas produire. Dore il peut ne le vouloir pas produire. Donc Dieu n*t ft pas immuable, pnifqu'il pc ut changer de velontc, & ne pas vouloir demain ce qu*il veut aujourd'hui. Theodori. Vous ne vous feu* Tome L B b 190 HaiTlE^ME 190 HaiTlE^ME • VI venez pas, Arifte, de ce que je vous X x/* * éïs dans nôtre dernier entretien* "^ Dieu eft libre & mêmes indiffèrent à Tégard de mille & mille eâèts. Il peut changer de volonté, en ce fens qu'il eft indim* rent pour vouloir ou ne pas vouloir tel eflfêt. Mais prenez garde, à prefent que vous êtes a(Es, pouvez-vous être de^- bout? Vous le pouvez abfolument: mais, félon la fuppofition, vous ne le pouvez pas. Car vous ne pouvez pas Itre debout & aflîs en même tems. Comprenez donc qu'en Dieu il n'y a point de fucceflîoh de penfées & de vo- tontez; que par un aâe éternel & inw muable il connoit tout, 8c veut tout ce qu'il veut* Dieu veut avec une liberté parfaite, & une entière indifférence ^ créer le monde» Il veut former des de*, crets, & établir des loix fimples & gé^ nérales pour le gouverner d'une maniè- re qui porte le caradere de fes attri<p buts. Mais ces décrets pofez, ils ne peu. vent être changez, non qu'ils foient né« ce(Tàires abfolument, mais par la force de la fuppofîrion» Prenez-y garde, c'eft uniquement qu'ils font pofez, & que Dieu en les formant a C\ bien fçû cequ^il faifoir^qu'ils ne peuvent être révoque^* Entretien. ly r Entretien. ly r Car quoiqu'il en die fait quelques-uns pour un cems^ce n'eft pas qu'il aie chan» gé de (èncinienc & de volonté, quand ce tems arrive: mais c'eft qu'un même aâe de fa volonté fe rapporte aux dif. ferences des cems que renferme fon éternité. Dieu ne change donc point» & ne peut changer fes perfées», (es defr (èins, fes volontez. Il eft immuable; c'eft une des perfeâions de fa nature: & néanmoins il eft parfaitement libre dans tout ce qu'il fiut an dehors^ Il ne peut changer, parce que ce qu'il veut» il le veut fans fuccefuon par un aâe fîmple& invariable. Mais il peut ne le pas vouloir, parce qu'il veut librement ce qu'il veut aâuellement. * A R I s T E. Je pènfèrai -, Théodore, à ce que vous me dites. Padbns outre. Je croi que Dieu eft immuable. Il me pa« roit évident que c'eft une perfeâion que de n'être point fujet au change* ment. Cela me fuffit. Quand mêmes je ne pourrois pas accorder l'immutabilité de Dieu avec fa liberté, je croi qu'il podède. ces deux attributs, puifqu'il eft infiniment parfait.
III. Theotime. Permettez-moi, Théodore ^ de vous propofer une petite Bbij flifficulté. Vous venez de- dire que Tef^ ficace des décrets immuables de Dieu n'eft déterminée à l'aftion que par les circonftances des caûfes, qu'on appelle naturelles, & que nous appelions occa- fionnelles. Ce font vosterrues* Mais, je vous prie, que deviendront les mira- cles?* Le choc des corps^ par exemple, eft la caufe occafionnnle de la commu- nication du mouvement du choquant au choqué. Quoi i Dieu ne pourra-t'il pas fufpendre en tel casPefltt de la loi générale des communications des mou- vemens, ic ne l'a^t'il pas* fouvent fuf- pendu?
Theodorb. Une fok poiir tou- tes, mon cher Arifte; car je voi bien que c'eft à cau(e de vous queTheotime veut que je m'explique davantage? il appréhende que vous ne preniez pas bien ma penfée. Une fois pour toutes, Arifte, quand je dis que Dieu fuit tou- jours les loix générales qu'il s*cft pre- fcrit, je ne parle que de ià providence générale &ordinaireJe n'exclus point les miracles, o« les ejR-ts qui ne fuivent point de fesloix générales.Mais de plus, Theotime, c'eft à vous maintenant que je parle, iorfque Pieu fait un miracle.
& quHl n'aeic point en confequence des loix générales qui nous font conniles, je precens, ou que Dieu agit en coniè- quence d'autres loix générales qui nou^ font inconnues, ou que ce.qu'il faiç alors, il Y eft déternciiné par de certaines circonftances qu'il a eu en vue de tout^ éternité, en formant cet adte fimpLe, éternel ^ invariable, qui renferme Se les loix générales de fa providence ordinaU re, & encore les exceptions de ces mê- mes loix. Mais ces circonftances ne doi-r vent pas être appellées caufesoccafion. nelles dans le même (èns que le choc des corps y par exemple, Teft des com-* li[)un|çacibns des mouveinens, parcâ que Dieu n*a point fait do loix généra? lç$^ pour reeler uniformément Teffica- Ce de fes voTontez par la rencontre At ces circonftances. Car dans les excep-r tions des loix générales Dieu agit tan* tôt d'une manière, & tantôt d'une au- tre,quoique toujours félon que l'exige celui de fes atti^ibuts, ^ui lui eft:, pour fiinfî dire, le plus précieux <lans ce mo- ment. Je veux dire, que fi ce qu'il doiç alors à fa juftice eft de pi us grande con- fideration que ce qu'il doit à fa fagedè, OU à tDq$ ffi$ att(];es a^ttributs ^ il ^ivra Bbiij Î94 Huitie'me dans cette exception le moavenoent Je fa juftice. Car Dieu n'agit jamais que iêlon ce qu'il eft y que pour honorer fes attribues divins, que pour fatisfeire à ce qu'il fe doit à lui-même. Car il c^ à lui-même le principe & la fin de tomes fes Tolontez, foit qu'il nous punifle, (bit qu'il nous fallè mifericorde^foit qu'il récompenfe en nous fes propres dons, les mérites que nous avons acquis par fa grâce. Mais je aains, Theotime, qu'Arifte ne foit pas content de nôtre écart. Revenons. Aufli. bif^n ferons • nous obligez dans la fuite dé nos entre- tiqis d'expdfer les principe? > dont dé. pend l'explication des dimcultez, que vous pourriez propoièr.
Dieu, ou l'Etne infinirnent parfait,éft donc indépendant & immuable. Il eft auflî toût-puiflànt, éternel, néceflàire^ immenfè. •. • A R I s T E. Doucement. Il eft tout-l puiflant, éternel, néceflaire.' Oui, cêi attributs conviennent à l'Etre infini- ment parfait. Mais pourquoi immenfèî que voulez- vous dire?
Entretien* i^J ment au delà. Car Dieu n'eft pas ren^ fermé dans Ton ouvrage: mais Ton ou- vrage eft en lui, & fubfifte dans fa fub^ ftance, qui le conferve par fon efficace touce^ puiflante. Ceft en lui que nous fommes. Ceft en lui que nous avons le mouvement & la vie, comme dit TA- pôtre: In ipfb emrn vivimus, movimwr^ A^. & jUmus.
A R I s T E.. Mais Dieu n'eft pas corporel. Donc il ne peut être répandu par tout.
Théodore. Ceft parce qu'il n*cft pas corporel, cju'il peut cire par tout. S'il étoit corporel ^ il ne pourroir pas pénétrer les corps de la manière dont il les pénétre. Car il y a concradiâion que deux pieds d'étendiie n'en faflènt qu'un. Comme la fubftance divine n'eft {>as corporelle, elle n'eft pas étendue ocalement comme les corps, grande dans un éléphant, petite dans un mou- cheron. Elle eft toute entière^ pour ain^ fi dire, par tout où elle eft, & elle fe trouve par tout: ou plutôt c'eft en elle que tout fe trouve. Car la fubftance du Créateur eft le lieu intime d^ la créa- cure.
£b iii] vine, ce que le cems eft à réternité; Tous Jes corps font étendus dans Tim- menfîcé de Dieu, comme tous lestems fe (accèdent dans fon éternité. Dieu eft toujours tout ce qu'il eft fans fucceifîoii de tems. Il remplit tout de fa fubftance^ fans extenHon locale. U n'y a dans fon éxiftence ni pa^Té ni futur; tout eft pre* fent, immuable, éternel: il n'y a dans fa fubftance ni grand ni petit ^ tout eft fimple, égal, infini. Dieu a créé le monde: mais la volonté de le créer n^eft point pa(Iee. Dieu le. changera: mais la volonté de le changer n'eft point ftttmre. La volonté dé Dieu qui a fait & qui fera, éft un aâe éternel & immuable, dont les eflTets changent > (ans qu'il y ait eti Dieu aucun change- ment. En un mot 3 Dieu n'a point été, il ne fera point, mais il eft. On peur dire que Dieu étoit dans le tems paflé: mais il étoit alors tout ce qu'il fera dans le tems futur. C'eft que fon éxiftence te fa durée, s'il eft permis de fe feivir de ce terme, eft toute -entière dans l'éter- nité, & toute entière dans tous les mo« mens q4^ paftènt dans fon éternité. De même Dieu n'eft point en partie dans - le Ciel j & en partie ilans la Terre. Il eft Entretien. 197 Entretien. 197 toat entier dans fon immen(icé y & tout entier dans tous les corps qui font éten- dus localement dans fon immçnfîté; tout entier dans toutes les parties de la matiet;e, quoique divifible à l'infini* Ou pour parler plus éxaftennent y Dieu n'eft pas tant dans le monde, que le monde eft en lui, ou dans (on immen-«. fité: de même que Téternité n'eft pas tant dans le tems, que le tems dans l'é- ternité.
A K I s T E. Il me (èmble, Theo-i. dore y que vous expliquez une choie obfcure par une autre qui a'eft patf trop claire. }e ne me fçns point frappé de la. même évidesKe que ce% |Qur$ paC V. T H E a D 0 R E. Jene pretetis pas Arifte,vousBiire clairement com- prendre Timmenfité de Dieu, & la ma- nière dont il eft par tout. Cela me pa« roît incompréhenfîble y auffi-bien qu'à TOUS. Mais je pretens vous donner qucU que connoiflahce de l'immenfîté ic[ Dieu, en la comparant avec fon éter- nité. Comme vous m'avez accordé que Dieu étoit éternel, j'ai crû pouvoir vous convaincre qu'il étoit immenfe, en comparant l'éternité que vous rece^ vez, avf c Timmenfité que vous rcfe- fez de reconnoître.
T H E o T I M E. Comment voulez- ▼ous que faffc Théodore }^ Il compai:* les chofès divines avec les divines.Ceft le moïen de les expliquer amant que cela fe peut. Mais vous les comparez avec des chofes finies. C'eft juftemenc le moïen de vous tromper. L'efprit de rhomme ne remplit aucun efpace. Donc la fubftance divine n'eft point immenfe, Faufliè confequence.L'étendiie créée eft plus grande dans un grand efpace que dans un petit. Donc fi Dieu étoit par tout, il feroit plus grand dans un Géanc que dans un Pygmée. Autre confe* 2uence tirée de la comparaifon de Tiiu ni avec le fini. Si vous voulez juger des attributs divins, confultez Tinfini, la notion de l'Etre infiniment parfàit,6c ne vous arrêtez point aux idées des êtres particcdiers Se finis, C'eft ainfi qu'en ufe Théodore» Il ne juge point de Timmenfité divine fur Tidée des créa* tures ni corporelles ^ ni fpirituelles» It fçait bien que ta fubftance divine n'eft f^oint fiijette aux imperfeâions 8c aux imitations infèparables des êtres créez» yoilà pourquoi il juge qqe Dieu cft par Entretien. 199 toat, 8c n'e({ nulle part à la maDiere des corps.