Entretien. 383 Ikut l>ien que POrdte immuable, que nous volons en partie ^ foie la Loi de Dieu même, écrite dans fa fubftance en caraéteres éteroels & divins, f uifque nous ne craignons point 4e juger de fa conduite par la connoidànce, que nous avons de cette Loi. Nous aiTuronshar- «liment que Thomme n'eft point tel que DifU la fait que fa nature eft corrom- pue, que Dieu n'a pu en le créant aflu- jettir l'cfprit au corpsSommes-nous des impies, ou des téméraires, de juger ain- fi de ce que Dieu doit faire^ ou ne faire pas? Nullement. Nous ferions plutôt ou des impies, ou des aveugles, fi nous fufpendions fur cela nôtre jugement. C*eft, Théodore, qqe nous ne jugeons- point de Dieu par nôtre autorité, mais par l'autorité fouveraine de la Loi di* vine.
Théodore. Voilà j mon cher Arifte, une réflexion digne de vous. N'oubliez donc pas d'étudier cette Loi, {)uifque cVft dans ce Code facré de 'Ordre immuable qu'on trouve de fi importantes décifions.
FIN.
ENTRETIENS SUR LA métaphysique; SUR LA RELIGION» ET SUR LA MORT.
Nouvelle Edition, revue, Corrigée ^ A PARIS, Chez Michel D a v i d, fur le Quiy des Auguftins j à la Providence.
M. DCCXÏ ArEC VRiriLEGE DVROr.
Il TABLE.
X. Entretien. De la magnificence Je Dieu dans la grandeur & le nombre indéfini de fis Sjfrrens ouvrages. Delà fimf licite & de la fécondité des voies far lefiquelles il les conferve & les dévelope. Delà Providence de Dieu dans la première imprejjion du mou-* vement qu'il communique a la matière* ^M ce premier pas de fa conduite ^ qni n^eflr point déterminé par des loix générales, efi réglé par unefagejfe infinie, page i XI. Entretien. Continuation dumêrnefu^ jet. De la Providence générale dans Parran'^ gement des corps ^ & dans les cmbinaifom infiniment infinies dnphyfic avec U mord, du naurel avec le furnaturel, j^f XII. Entretien. Delà Providence di^ vine dans les loix de r union de Pâme & du corps i & que Dieu nous unit par elles a tout fes ouvrages. Des loix de Punion de Pefprit avec la Raifon. Cefl par ces deux fortes dâ loix que fe forment lesfoâetez. Comment Dieu par les Anges diflrihue aux hommes les biens temporels, & parJefus-Chrifi U grâce intérieure & toutes fortes de biens. De la généralité de la Providence, 107 Xm. Entrïtien. Qt^il m faut foiftt critiquer la manière ordinaire de parler delà Providence. Quelles font les frincif aies loix générales par lefejjuelles Dieu gouverne le monde. Delà Providence de Dieu damfin-* fdllibilité cfu^ilconferve afon Eglife, i66 XIV. Entretien. Continuation du mê^ mefujet. Vincotnfrehenfihilité de nos myfie^ tes efi une preuve certaine de leur vérité.
Jlianiere d'eclaircir les dogmes de la Foi, De F Incarnation de Jefus^Chrifi* Preuve de fa Divinité contre les Sociniens. Nulle créature, les jinges mêmes ne peuvent adorer Dieu que far lui. CommentlafoiénJefuS'Chrifinous rend agréables a Dieu, iio I. Entretien sur la Mort, 167 IL Entretien sur la Mort 3 519 SU, Entretien sur la Mort, }8o Entretiens ENTRETIENS SUR LA METAPHYSIQUE.
X. ENTRETIEN.
De la magnificence de Dîen dans la gran^ deur & le nombre indéfini de/es diffirens oHvrages. Delà Jmf licite & delafé'^ conditi des voies pAr lefijueUes il les con* ferve & les dévtlope. De la Providence df Dieu dans la première imprejfion du mouvement quU commHniqHe a la ma^ tiere. Que cepremerpasdçfa condnite, qui neft po'nt déterminé par des Ivix gé^ fiirales, eft réglé par me fagejfe infinie.
H £ o T 1 M E. Que penfèz- vous, Ârifte, de ces princi- pes généraux qu'hier Théo, dore nous propofa ) Les avez-voi|s toûjoiir; fuivis î Leur gé- Tome IL A ■t 1 DlXIE^ME néralité, leur fublimîté ne vous a-t'ellef ni rebucé ni fatigué? Pour moi, je vous ravoiie à ma confufion, j*ai voulu les fuivre: mais ils m'échapoient comme des phantômes-, de force que je me fuis donné bien de la peine afTez inutile- ment.
A R I s T I. Quand un principe n'a rien qui touche les fens, il eft bien dif- ficile de!c faivre,& de le faifir: ce qu'on embraCTe n'a point de corps, quel moïen de le retenir > T H E G T I M E. On prend cela tout naturellement pour un phaniôme. Car f efprit venant à fe diftraire, le principe s'éclypfe, & on eft fout furpris qu'on ne lient rien. On le reprend ce principe: mais il s'échape de nouveau, Etquoi« qu'il ne s'échape que lorfqu'on ferme les yeux, comme on les ferme fbuvent fans s'en appercevoir,on croit que c'eft le principe qui s'évanouit. Voilà pour- quoi on le regarde comme un phantô* me, qui nous fait illufion. • A R I s T E. Il eft vrai, Theotime: C*eft je croi pour cela que les principes généraux ont quelque réflèmblance avec les chimères, & que le commun des hotnmes, qui ti'eft pas fait au tra«^ Entretien. 5 ^ail cle l'attention, les traite de chi« xneriques.
Theotime. Ilya néanmoins une extrême différence entre ces deux cho- fes. Car les principes généraux plaifenc àTefprit, qu'ils éclairent par leur évi- dence; & les phantômes à l'imaginai tion, qui leur donne Têtre. Et quoi- qu'il femble que c'eft Tefprit qui forme ces principes, & généralement toutes les véritez^ à caujk qu'elles fe préfen-* tent à lui en confeqUence de Ton atten^ tion, je. penfe que vous fçavez bien qu^elles font avant nous, & qu^elles ne tirent point leur réalité de l'efficace de nôtre aftion: car toutes ces véritez im- muables ne font que les rapports qui fe trouvent entre les idées, dont Téxiften- ce eft néceflàire Se éternelle. Mais leç phantômes que produit l'imagination, ou qui fej>roduifent dans l'imagination par une mite naturelle des loix géné- rales de l'union de Tame & du corps, ' ils n'éxiftent que pour un tems.
A n I s T E. Je conviens, Theotime, (que tien.n'eft plus folide que la vérité, & que plus les véritez font générales, plus ont-elles de réalité Se de lumière. Jheodore m'en a convaincu* Mais je fois fi (enfible 6c fi groflîer, que (ba- vent je n'y trouve point de goût, & que je fuis quelquefois tenté de laifler tout là.
Theo4>ob.e. Vous n'en ferez rien, Atifte. La vérité vaut mieux que les oignons & les choux: c*eft une excel- lente manne.
A R I s T E. Fort excellente, je Ta- vouë. Mais elle parcu^ quelquefois bien vuide & bien peu finide. Je n*y trouve pas grand goût: & vous voulez chaque jour qu'on en cueille de nouvelle. Cela n'eft pas trop plaifant.
Théodore. Hé bien, Arifte, paflbns cette journée, comme les Juifs leur Sabbat. Peut-être qu'hier vous tra- vaillâtes pour deux jours.
A R I s T E. Affurémeni, Théodore, je travaillai beaucoup ^ mais je ne ra< maflài rien.
Théodore. Je vous laiffài pour-^ tant bien en train de tirer des confe^ quences. Comme vous vous y preniez, vous devriez en avoir vos deux mefiires bien pleines.
A R I s T E. Quelles mefijres, deux gomor? Donnez donc, Théodore^ plus Entretien. j •3e corps à vos principes ^ fi vous vou- lez que j*empliflè ces mefures. Rendez- les plus fenlibles de plus palpables. Ils ^e gliflènc encre les doigts: la moin- dre chaleur les fond: 6c après que j ai bien travaillé, je trouve que je n ai rien.
Théodore. Vous vous nour- riflez, Arifte, fans y prendre garde. Ces principes qui vouspalTènt par let^ prit y 6c qui s'en échapent, y iaifiènc toujours quelque lunniere. . A R.ISTE. Il eft vrai: je le (èns bien* Mais recommencer cous les jours, 6c lailler là ma nourricure ordinaire! Ne pournez-vous point nous rendre pliis fenfibles les principes de votre Philo- fophie } Théodore. Je crains. Aride, qu'ils en deviennent moins jntelligi. blés. Croïez-moi, je les rends coujours les plus fenfibles que je puis. Mais je crains de les corrompre. Il eft permis d'incarner la véricé pour Taccommodec à nôcre foibleHe nacurelle, & pour foûtenir Taccencion de Tefprit, qui ne trouve point de prife à ce qui u'a point de corps. Mais il fauc toujours qiie le fenfible nous mené à Tincelligible, que li ch^ii nou$ çondoife à la Raifon ^ 6c que la vérité paroilTe telle qu'elle èft fans aucun déguifement. Le fenfible n*eft pas le folide. Il n'y a que l'intel- ligible qui par fon évidence & (à lu- mière puilTe nourrir des intelligences. Vous le fçavez. Tâchez de vous en bien#fouvcnir, & de me fuivre.
- I. T H E G D o K E. De la Providen*' ce générale, ou de la conduite ordt- flaire que Dieu tient dans le gouver-^ nemcnt du monde.
Vous avez compris, Arifte, Se peut- ^tre mêmes oublié, que l'Etre infini- ment parfait, quoique fuffifant à lui- même, a pu prendre le deflein de for- mer cet Univers: qu'il Ta créé pour lui, pour fa propre gloire: qu'il a mis Je- fus-Chrift à la tcce de fon ouvrage 5 à l'entrée de fes dcfleins ou de (es voies, «fin que tout fût divin: qu'il n'a pas dû entreprendre l'ouvrage le plus parfait qui fûc poffible, mais feulement le plus parfait qui pût être produit par les voies les plus fages ou les plus divines: de forte que tout autre ouvrage produit par toute autre voie, ne puifle expri- iner plus éxadement les perfeâiont Entretien. 7' Entretien. 7' tlfit Dieu poffede, & qu'il fe glorifie^ de poffec^er. Voilà donc, pour ainfi di" ire, lie Créateur prêt à (briir hors de lui-même, hors de fon Sanâuaire éternel: prêt à fe mettre en mar^ che pour la produdion des créatures. Voïons quelque chofe de fa magnifi- • cence dans fon ouvrage: mais fuivons- le de prés dans les démarches majer ftueufes de fa conduite ordinaire.
Pour la magnificence dans fon ouvra« ge, elle y éclate de toutes parts. De quelque côté qu'on jette les yeux dans rUnivers, on y voit une profufion de prodiges. Et fi nous cédons de les Hd^ ïDÎrer, c*eft aflurément que nous ceC- fons de les confiderer avec Tattentioit qu'ils méritent. Car les Aftronomes* qui mefurent la grandeur des Aftres, éc qui voudroient bien fçavoir le nom- bre des étoiles, font d^autant plus fur- pris d'admiration, qu'ils deviennent plus fçavans. Autrefois le Soleil leur paroifloit grand comme le Peloponefc: ^«/««m mais aujourd'hui les plus habiles le ^^*,!*/* trouvent un million de fois plus grand que la terre. Les Anciens ne comp- tbient que mille vingt -deux étoiles: {bais perfbnne aujourd'hui n'ofe les 6 Di XI e'm e compter. Dieu même nous avoit dit au- trefois que nul homme n'en fçauroit ja- mais le nombre: mais l'invention des Telefcopes nous force bien maintenant à reconnoitre aue les Catalogues que nous en avons (ont fort imparfaits. Ils ne contiennent que celles qu'on dé* couvre fans lunettes > & c'eft afluré- ment le plus peiit nombre. Je croi mê« mes qu'il y en a beaucoup plus qu'on lie découvrira jamais, qu'il n'y en a de vifibles par les meilleurs Telefcopes: & cependant il y a bien de l'apparence qu'une fort grande partie de ces étoiles ne le cèdent point ni en grandeur, ni en ma jedc à ce vafte corps qui nous pa- roit ici-bas le plus lumineux & le plus J>eau. Que Dieu eft donc grand dans les Cieux! qu'il eft élevé dans leur {profondeur! qu'il eft magnifique dans eur éclat! qu'il eft fage, qu'il eft puif- fant dans leurs mouvemens réglez!
II. Mais, Arifte, quittons le grand. Nôtre imagination fe perd dans ces eff>aces immenfes, que nous n'oferions imiter, & que nous craignons de lai (Ter fans bornes. Combien d'ouvrages ad. mirables fur la terre que nous habitons^ fur ce point imperceptible à ceux qui •Entretien. 5?
•Entretien. 5?
lie mefurent que les corps celeftes! Mais cette terre que Meuîeurs les A(^ tronomes comptent pour rien, eft eiU core trop vafte pôun moi. Je me ren-' ferme dans vôtre Parc. Que d'animaux^ que d'oifeaux, que d'in ledes, que de plantes, que de fit urs & que de fruits! L'autre jour que j'étois couché à l'om- bre 3 je m'avifai de remarquer la varie- té des herbes & des petits animaux que je trouvai fous mes yeux. Je comptai, fans changer de place, plus de vingt fortes d*infe£les dans un fort petit efpa- ce, & pour le moins autant de diver- iès plantes. Je pris un de ces infeâes, dont je ne fçai point le nom, & peut* être n'en a^ t'il point: car les hommes; qui donnent divers noms, & fouvenc de trop magnifiques, à tout ce qui fore de leurs mains, ne croient pas feule* ment devoir nommer les ouvrages du Créateur qu'ils ne fçavent point admi-* rer. Je pris, dis -je, un de ces infeéles. Je le confiderai attentivement; & je ne crains point de vous dire de lui ce que Jefus-Chrift affure des lys champêtres, que Salomon dans toute fa gloire n'a- voit point de fi magnifiques ornemens. Après que j'eus admiré quelque tems cette petite créature fi injuftement mé-' prifée, & mêmes fi indignement & fi cruellement traitée par les autres ani. maux, à qui apparemment elle (èrtde pâture 5 je me mis à lire un livre, que l'avois fiir moi, & j'y trouvai une chofe fort étonnante: c'eft qu'il y a dans le mondes un nombre infini d'infedles Zitfrt pour le moins un million de fois plus pe* LeJ^v' tits que celui que jevenoisdeconfide- en^oeci^. rer^dix mille fbisplus petits qu'un grain PyrgfÊ ^^ fable.
Sçavez-vous bien, Arifte, quelle eft la toife 9 ou la mefiire, dont fe fervent ceux qui veulent exprimer la petitellè de ces atomes vivans, ou, fi vous vou- lezjleur grandeur; car quoiqu'ils foient petits par rapport à nous, ils ne laiflènc pas d'être fort grands par rapport à d'autres > Cette mefiire eft le diametrs de l'œil de ces petits animaux domefti^ ques, qui ont tant mordu les hommes; qu'ils les ont forcez de les honorer d'un fiom. C'eft par cette toife, mais rédui- te en pieds & en pouces, car entière el- le eft trop grande: c'eft, dis-je, par les parties de cette nouvelle toife que ces obfervateuTS des curiofitez de la nature ^efurent les^iitfeâes ^ qui fe trouvent Entretiem. It Entretiem. It 3ans les liqueurs, & qu'ils prouvent pat les principes de la Gcomécrie, que Ton en découvre une jnfinité,. qui font miU le fois pour le moins plus petits que l'oeil d'un poux ordinaire. Que cette niefure ne vous choque point: c'eft un9 des plus éxaâes& des plus communes. Ce petit animal s'eft afTez fait connoî- tre, &4'on en peut trouver en toute fai« fon. Ces PhitofoDhes font bien-aifes qu'on puifle veriner en tout tems les faits qu'ils avancent, & qu'on juge feurement de la multitude éc de la dé^ licateflè des ouvrages admirables de l'Auteur de TUnivers.
A R I s T E. Cela me furprend un peu. Mais, je vous prie, Théodore, ces animaux imperceptibles à nos yeux, fie qui paroilTent à peu prés comme des atomes avec de bons microfcopes,fbnt- ce-là les plus petits? N'y en auroit-il point encore beaucoup d'autres, qui échaperont éternellement à Tinduftrie des hommes? Peut-être que les plus pe-i tits, qu'on ait encore jamais vus, font aux autres, qu'on ne verra jamais, ce que rélephant eft au moucheron. Qu'en penfez-vous?
Il DlXIE*ME Arifte y dans le petit aufli-bicn que dans le grand. Il n*y a perfonne, qui puifle dire qu'il a découvert çnfin le plus petit des animaux. Autrefois c'écoit le ciron: mais aujourd'hui ce petit ciron eft d^- ^enu monftrueux pour fa grandeur. Plus on perfeékionne les microfcopes, plus on Te perfuade que la petiteflTe de U matière ne borne point la fageflè du Créateur, & qu'il forme du néant mê- me, pour ainu dire, d'un atome, qui ne tomoe point fous nos fens, des ouvra* ges, qui pailent l'imagination, armâ- mes qui vont bien au delà des plus va. ftes intelligences. Je vas vous le faire comprendre.
1 1 L Quand on eft bien convaincu, Arifte, due cette variété Se cette fuccef^ fion de beautés, qui ornent l'Univers, n'eft qu'une fuite des loix générales des communications de^mouvemens, qui dépendent toutes de cette loi (î fimple 6c fi naturelle, que les corps mus ou predèz fe meuvent toujours du côté, & a proportion qu'ils font moins prefTez. C^and, dis- je, on eft bien perfuade que toutes les figures ou modalitez de la matière n'ont point d'autre caufe que je mpSTcment^ de que le mouvemenc Entretien. 15 fe communique félon quelques loix fi naturelles & (î fimples, qu'il femye que la nature n'agifle que par une aveu* gle impécuofité, on con) prend claire, ment que ce n'eft point la terre qiû produit les plantes, & qu'il n'eft paa poflible que l'union des deux fexes for-^ me un ouvrage aufli admirable qu'eft le corps d'un animal. On peut bien croire que les loix générales des communica« tions des mouvemens fuffifènt, pour déveloper j & pour faire croître les par-» ties des corps ôrganifez. Mais on ne peut fe perluader qu'elles puiflèm ja^» mais former une machine fi compofée. On voit bien, fi or^ ne veut avoir re- cours à une Providence extraordinaire, que c'eft une néceflite de croire que le germe d'une plante Cbntient en petit celle qu'elle engendre, & que l'animal renferme dans fes entrailles celui qui en. doit fortiç. On comprend mêmes qu'il cfb nécelfaire que chaque femence con« tienne toute l'efpece qu'elle peut con- Terver: que chaque grain de bled, par exemple, contient en petit l'épi qu'il pouffe dehors, dont chaque grain ren- ferme de nouveau Ton épi, dont tous les grains peuvent toujours être fécpndii au(E-bien que ceux du premier épî. AC-' fuiemenc il n'eft pas poflîbie que les feules loix des mouvemens puilTenc ajufter enfemble,& par rapport à cer- taines fins, un nombre prefque infini de parties organisées, qui font ce qu'on appelle un animal y ou une plantç. C'eft beaucoup que ces loix (impies & géné^ raies foient fuffifantes, pour faire croî- tre infenfiblement,&faire paroître dans leur tems tous ces ouvrages admira- bles, que Dieu a tous formez dans les £:emiers jours de la création du monde, e n'eO pas néanmoins que le petit stnu oal, ou le germe de la plante ait entre toutes fes parties précifément la même proportion de grandeur, de folidité, de figure, que les animaux & les plantes. Mais c'eft que tbutes les parties eflèn- tielles à la machine des animaux &c des {liantes font fi (âgement difpofées dans eurs germes, qu'elles doivent avec le tems, & en confequence des loix gé- nérales du mouvement, prendre la fi. gure & la forme que nous y remar* ^uons. Cela fuppofé.. • VI. Concevez, Arifle, qu*une mou^ ^e a autant > & peur- être plus de par^ fics^organifées, qu'un cheval ou qu u^ ENTR.ETIEN. 15 ENTR.ETIEN. 15 bœuf. Un cheval n*a que quatre pieds, Se une mouche en a (ix: mais de plus <elle a des aides donc la ftruâure èft ad- mirable. Vous fçavcz comment eft fai- te la tête d'un boeuf. Regardez donc quelque jour celle d'une mouche dans le microicope, &c comparez l'une avec l'autre: vous verrez bien que je ne vous impofe point. On ne trouve dans I'obII d'un bœuf qu'un feul criftalin: mais on en découvre aujourd'hui pluGeurs mil- liers dans celui des mouches. Concevez de plus qu'une vache ne fait qu'un ou ^eux veaux tous les ans, & qu'une mou- che fait line e(Iàin qui contient plus de mille mouches: car plus les animaux font petits, plus ils font féconds. Et vous fçavez peut-être qu'aujourd'hui les abeilles n'ont plus de Roi qu'ils honorent, mais feulement une Reine qu'ils careflent, & qui feule produit tout un peuple- Tâchez donc mainte- 5^»^^ ^ifj nant de vous imaginer la petiteflè ef- Swsfn^ ftoïable, la délicateflè admirable de ZT toutes les abeilles, de mille corps or- ^"'^«.*« ganifèz que la mère abeille porte dans lllirm Ces entrailles. Et quoique vôtre imagi- 4000 # nation s'en eâraïe, ne penfèz pas que a jnQUche fe fprme du^yer 3 iàns y être i6 Dixi'eme concfnuc, ni le ver de l'œuf ^ car cela ne fe conçoit pas.
A R I s T E. Comme là matière eft di vifible à Tinfini, je comprens fort bien que Dieu a pu &ire en petit tout ce que nous voïons en grand. J'ai oui dire Svvsm- qu'un fçavant Hollandois avoit trouvé Hiftoire 1^ iècret de raire vou: dans les coques des infi' jes chenilles les papillons qui en fbr- tent. j ai vu louvent au milieu même de rhiver, dans les oignons des tulipes^ les tulipes entières avec toutes les par- ties qu'elles ont au printemps. Âinh je veux bien (uppofèr que toutes les grai^ nés contiennent une plante, de tous les oeufs un animal femblable à celui dont ils (ont fortis, V. Theodoue. Vous n*y êtes pas encore. Il y a environ fix mille ans que le monde eft monde, & que les abeilles jettent des eflàins. Suppofons donc que ces elTains foient de n^îlle ^ mouches: la première abeille devoit être du moins mille fois plus grande que la féconde, & la féconde mille fois plus grande que la troifiéme, & la troi- fiéme que la quatrième, toujours en diminuant juiqu'à la (îx millième, (è- f on la 0rogre(Eon de mille à un. CeU eft eft feft clair félon h fappontion » par cec« ce raifon que ce qui contient eft plus grand que ce qui eft contenu. Compre^ siez donc, fi vous le pouvez, la délica. cefle admirable qu'a voient dans la prev> sniere lAouche toutes celles de Tannée A R 1 s T E. Cela eft bien &cile. Il n'y etju'à chercher la jufte valeur du dei- nier ternie dUine progreflîon fous mille- cuple qui auroit iix mille & un termes, & dont le premier exprimeroic la eran. deur naturelle de la mouche à mie)...Les abeilles de cette année étoient au cotnmenccment du monde plus petites qu'elles ne font aujourd'hui, mille fois, mille fois, mille fois, dites encore, Théodore, cinq mille neuf cens qua- tre-vingt-dix-fept fois mille fois. Voi- là leur jufte grandeur félon vos fuppo- £tions.
Theodoile. Je vous entens, lArifte. Pour exprimer le rapport de la grandeur naturelle de l'abeille à celle [u'avoient au commencement du mon<.
le les abeilles de cette année 16^6. fup^ pofé qu'il y ait <îx mille ans qu elles loient créées, ou plûcôt fix mille géné- rations de mouches, il n'y a qu'à écrire 3 i8 Dixie'me une fraâion qui ait pour nn^erà l'unité, &.pour dénomiffiT'^* *'<• 1 unité, mais accompagnée rèulen de dix.huit mille zéro. VoHà une j fraftion! Mais ne craignez- vous p> qu'une unité fi brifée & fi rompui fe di(Cpe, & que vôtre abeille Se ne foient une même chofe?
A R I s T E. Non aflîirément, Tl: dore. Car je fçai que la* matière divifible à l'infini, & que le petit i tel que par rapport au plus grand conçois lans peine, quoique mon i gination y réfifte, que ce que n appelions un atome, £c pouvant di\ fans ceflè, toute partie de Téten eft en un fens infiniment grande que Dieu en peut faire en petit i ce que nous voïons en grand dan monde que nous admirons. Ouï la tite(re des corps ne peut jamais ai ter la puiflànce divine, je le con^ clairement. Car la Géométrie dém tre qu'il n'y a- point d'unité dans l'éi due, & que la matière fe peut écerr lement divifer.
Théodore. Cfela eft fort bi Acifte. Vous concevez donc que qu; le monde.dureroit plufieurs millicrî Entretien. ï^ liédcs « pieu a pu formep-dans une (kCc «tniigçhe toutes celles qui on (pr? tiroicnt^!^ ajufter fi fagemem les loix Cmples des communications des moo* l^emens au deflein qu'il auroit de les Eure ctoitre inrenfiblement, Se de les £dre paroitre chaque anqée, que leur f fpece ne finiroit point. Que. voilà d'ouvrages d'une delicatefle merveil- leufe renfermez dans un ^ufli petit efpa- ce qu'eft le corps d'une feule moucha! Car fans propbétifer fur U duréje:iA->- certaine de i' Univers, il y. a ^enyiipa fix mille ans qne les mouches jt*tten; des ei&ins. CombieapenfeZryoi^ dgnf que la première mouche que Dieu a faite, (uppofé qu'il n'en ait fait qu'u- ne, en portoit d'autres dans (es en- trailles pour en fournir jufqu'à ce tems- . A a I s T E. Cela fe peut aifcment compter en faifant certaines fuppofi- tions. Combien voulez-vous que cha« que mère abeille faflè de femelles dans chaque eflain? Il n'y a que cela & le nombre des années à déterminer. - T H B G D o R E* Ne vous arrêtez point à cette fupputation. Elle feroit Cnnuïeufe* Mais ce que vous venezi Bij lO DlXl^EME Bij lO DlXl^EME de concevoir des abeilles, penlè2-le à proportion d'un nombre infini d*aiu très animaux. Jugez par là du nom-r bre & de la dclicatetlè des plantes qui étoient en petit dans les premières i & oui fe dévelopent tous les ans pour fe taire voir. aux hommes.
V I. T H E G T 1 M B. Quittons; Théodore, toutes ces fpeculations* Dieu nous fournit aiTez d'ouvrages à nôtre portée, fans que nous nous ar- rêtions à ceux que nous ne pouvons point voir. Il n'y a point d'animal ni de plante qui ne marque Tuffifamment 5)ar Ùl conftruâion admirable que la àgefTe du Créateur nous pailè infini- ment. Et il en fait tous les ans avec tant de profufion, que fa magnificen^i^ ce & fa grandeur doit étonner & frap-> per les hommes les plus ftupides. Sans fortir hors de nous-mêmes, nous trou- vons dans nôtre corps une machine compofée de mille reflbrts, & tous fi fagement ajuftez à leur fin, fi bien liez entr'eux, & fiibordonnez les uns aux autres, que cela fuifit pour nous abbatte &nous profterner devant TAu- ^ntlli teur de nôtre être. J'ai lu depuis peu tniZX ^^ ^^^^^ ^" mouvement des animaux, f[m' mérite qu'on Texamine. L'Au* tcar confidere avec foin le jeu de la machine néceflaire pour changer de place. Il explique cxaâement la for- ce des mufcles, & les raifons de leur fituation ^ tout cela par les principes d|e la Géométrie & des Mécaniques. Mais quoiqu'il ne s'arrête guéres qu'à ce qui eft le plus facile à découvrir dans la machine de Tanimal, il fait ccnnoicte tant d'art & de fageiïe dans celui qui l'a formé, qu'il remplit l'ef- J»rit du Leâeur d'admiration & de urprife, que l'anatomie feule du corps humain ou du plus méprife des animaux,' ré« pand tant de lumière dans l'efprit, 8c le frappe il vivement ^ qu'il faut être snfenfible pour h'en pas reconnoîcre l'Auteur.
VII. Théodore. Vous avez raifon l'un & l'autre. Mais pour moi ^ ce que je trouve de plus admirable^ c'eft que Dieu forme tous ces ouvra- ges excellens, ou du moins les fait .croître & leS; dévelope à nos yeux, en fuivant éxaûement certaines loix générales tres-Iimples & très - fécon-; ii Dix i e'm e ii Dix i e'm e des qu*il s'eft prefcrit. Je n'admiré pas tant les arbres couverts de fruits Se de fleurs, que leur accroiflèment merveilleux en confequence des loix naturelles. Un Jardinier prend UM veille corde: il la graillé avec une fi* gue 3 ôc l'enterre dans un rilloh,& je vois quelque tems après, aue tous ces {>etits grains qu'on fent tous la dent orfqu'on mange des figues, ont per- cé la terre, & pou(Ie d'un côté des racines y ôc de l'autre une pépinière de figuiers. Voilà ce que j'admire! Ar- rofer les champs en confequence des loix naturelles, 3£ avec un élément âufli fimple qu'eft l'eau, faire fortir de la terre une infinité de plantes & d'arbres de différente nature. Un ani- tnal fe joindre brutalement & machi-;' Paiement avec un autre, & perpétuer {)ar là fon efpece. Un poiflTon fuivre a femelle & répandre la fécondité fur les oeufs qu'elle perd dans l'eau. Un païs ravagé par la grefle fe trouver quelque tems après tout renouvelle, tout couvert de plantes & de fes tichef- fes ordinaires. Ravir par le moïen du vent les graines des païs épargnez, 6c les- répandre avec la pluie fur ceux Entretien. 13 Entretien. 13 i^ui ont été défolez. Tout cela & une infinité d'effets produits par cette loi fi (impie & (î naturelle, que tout corps doit fè mouvoir du côté qu'il efl: moins preffé, c*eft afliirément ce qu'on ne fçauroit alTez admirer. Rien n'eft plus beau, plus magnifique dans l'U^ nivers, que cette profufion d'animaux Se de plantes telle que nous venons de la reconnoitre. Mais croïez-moi, rien n'eft plus divin que la manière dont Dieu en remplit le monde, que Tufa. ge que Dieu fçait faire d'une loi fi fim-. pie qu'il iemble qu'elle n'ell bonne à rien.
A R I s T E. Je fuis de vôtre avis, Théodore. LaifTons aux Aftronomes à mefurer la grandeur & le mouvement des aftres pour en prédire les éclip- ies. Laiflbns aux Anatomiftes àdécom- poièr les corps des animaux & des plantes pour en. reconnoitre les ref- {brcs & la liaifon des parties. Laiflbns en un mot, aux Phyficiens à étudier le détail de la nature pour en admirer toutes les merveilles. Arrêtons - nous principalement aux véritez générales de vôtre Metaphyfique, Nous avons ce me femble, fuffiiâmment décou- ^ert la magnificence da Créateur dans la multitude infinie de (es ouvrages ad- mitables: fuivons^le un peu dans les ^démarches de Ta conduite.
VIII. Th£Odore. Vous ad« mirerez, Arifte, beaucoup plus que vcus ne faites, toutes les parties de rUnivers, on plutôt la fagefle infinie de Ton Auteur, lorfque vous aurez confideré les règles générales de la Providence» Car quand on examine Touvrage de Dieu fans rapport aux voies qui le conftruifent & qui le confervent, combien y voit -on de dé- fauts qui fantent aux yeux, & qui troublent quelque fois fi fort Tefpric même des Phiîofbphes y qu'ils le re- gardent cet ouvrage admirable, ou comme Teflet nécefTaire d'une nature aveugle, ou comme un mélange mon- ftrueux de créatures bonnes & mau' vaifes qui tire leur être d'un bon 6c d'un méchant Dieu. Mais quand on le compare avec les voies par lefquel- les Dieu doit le gouverner, pour faire })orter à fa conduite le caraâere de es attributs, tous ces défauts qui de~ figurent les créatures ne retombent point fur le Créateur. Car s'il y a des défauts Entrt* neUt Entheti en. îJ «défauts dans fôn ouvrage, s'il y a des monftres & mille & mille défordres, sien n'eft plus certain qu'il ne s'en trouve point dans fa conduite. Vous f ave z déjà compris*, mais il £iut ta-' ^er de vous le faire mieux comprend dre.
• rx. Vous fouvenw-votts Wen en-. ^lU core, que je vous ai démontré qu'il y a concradiâion qu'aucune créature fm(k remuer un fôtu par fbn efficace propre } AmsTfi. Oîii, Theo'dore, je m*en: (bttviehs, & j'en fuis convaincu. Il n'y* a'que le Créateur de la matière qui en- puiflè être le moteur. * T H s o D o R £. Il n'y a donc que le Créateur qui puifliè produire quelque changement dans le monde matériel, puifque toutes les modalitez poflîbles de la matière ne confident que dans les' figures fenltbles ou infenfibles de fes l^arcies, & que toutes ces figurés n'ont -point d'autre caufe que le mouvement. c'"Ar ï s t e. Je ne comprens pas trop bi^ te que rous me dicçs* Je crains la' fisrprife.
i6 Dixie'me 'i/7. fii' ^^^^ ^^' ^'^^ ^^' ^^^^ fuppofition, oa mn>«> plûcôc fur cette vérité, que je raifonne. ^w6^ii. ^^j. £j ^ç £^yç qyç jç l*étencluc pour faire un monde matériel 9 ou du moins toQt-à-fait femblaUe jà celui que nous habitons. Si vous n avez pas mainte*, nant les niêmes idées que moi, ce ièroic en vain que nous parlerions en(èmble.> A R I s T E. Je me fouviens bien que vous m'avez prouvé que retendue étoic un être ou une fubftance, & non une modalité de fubftance, par cette raifon qu'on pouvoit y penfer fans penfer à autre chofe. Car en effit il eft évident^ que tout cft qu'on peut appercevoir feul, n'eft point une manière d'être, mais uh être ou une fubftance. Ce n'eft que par cette voie qu'on peut diftinguer les fut><» ftances de leurs modalitez. J en fuis con-* vaincu. Mais la matière ne feroit-elle point une autre fubftance que de l'éten^^ due } Cela me revient toujours dans l'cfprir.
Theoporb. C'eft un autre mot; mais ce n*eft point une autre cho^e, pourvu que par la matière vous enteti« diex ce dont le monde que nous habi^ cons eft Gonpofé» Car aflùrémeuiii eft Entretien. 17 xomporé d'étendue; & je ne croi pas que vous prétendiez que le inonde mav teciel foit compofé de deux fubftances. Il y en auroic une d'inutile » & )e penfe que ce fer oit la vôtre; car je ne voi pas qu'on en puiflè rien Êiire de fort foli- de. Co&ment feroit-on, Ârifte, un bu^ reau, des chaifes, un anneublement de vôtre matière 3 Un tel meuble feroic bien rare & bien précieux. Mais don- nez^ moi deTétencluc, & il n'y a riet| que je n'en fafle par le moïen du mou-; vement.
A R X s T E. C'eft là, Théodore, ce que je ne comprens pas trop bien.
X. Théodore. Cela eft pour-» tant bien facile, pourvu qu'on juge des chofes par les idées qui les repréfen- tent, & qu'on ne s'arrête point aux préjugez des fens. Conceveaç,Arifte,une étendue indéfinie. Si toutes les parties de cette étendue confcrvent entr*elles le même rapport dediftance, ce ne fera là qu'une grande maflè de matière. Mais fa le mouvement s'y met, & que fes f»;irties changent (àps celTe de fituation es unes à l'égard des autres ^ voilà une infinité de formes introduites, je veux