fUce uoe infinité ^e figures &:de confi- Cij i8 D I X I e'm E Sarations. Vappelle figure, la fbrmtf 'un corps alkz grand pour fe faire feiw tir; ic configuration ^ la figure des par^ ti{^ infenfibles donc les grands corps font compofez.
- A R I s T B. Oui voilà touc^ fortes de figures & de configurations. Mais te ne font peut-être pas là tous ces dif^ ferens corps que nous voïons. Les corps que vous faites avec vôtre étendue toute feule ne diffèrent qu'accidentel- kment: mais la plupart de ceux que nous voïons différent peut-être e(Tèn« liellcment. De la terre n'eft pas de Teau: une pierre n'eft pas du pain. Mais il me fèmble que vous ne fçauriez faire avec vôtre étendue toute feule que des corps d'une même efpece.
T H E.o D G R I. Voilà, Arifte; tes préjugez des fens qui reviennent. Une pierre n'eft pas du pain, cela eft vrai. Mais je vous prie, de la farine eft-ce du bled? du pain eft-ce de la fa* rine? du fang, de la chair ^ des os, eft«> oe du pain, eft-ce de Therbe? Sont- ce là des corps de même ou de diffè^. rente efpece?
: A & 1 s t B. Pourquoi me demandez* TOUS cela? Qui ne voie que du pain > de Entretien. 29 la chair, des os, font des corps eflêni^. tiellement differens?
Théodore. C'eft qu'avec du bled on fait de la farine, avec de la farine^ du pain, & avec du pain, tte la chair & des os. Ceft par tout la même ma» tiere. Si donc nonobftant cela vous con- venez que tous ces cprps- font de diffé- rente efpece, pourquoi ne voulez- vous pas qu'avec une mcme étendue on puiflè faire des corps ellèntiellement diflfèrens?
A B. I s T E. Ceft que vos figures 8c vos configurations font accidentelles à la matière, & n'en changent point la nature» Théo dore. îl eft vrai, la ma^* tiere demeure toujours matière, quel, que figure qu'on lui donne: mais on peut dire qu'un corps rond n'eft pas de même efpece qu'un corps quarre.
A R I $ T E. Quoi! (î je prens de la cîre. & que j'en change la figure /ce ne fera pas la même cire?
Théodore. Ce fera la même cire, la même matière: maison peut dire que ce ne fera pas le même corps, car amirément ce qui eft rond n'eft pas.
4|uarjié. Otôi^s les équivoques. Il eft cflèntiel au corps rond que toutes lef parties de fa furface foient également éloignées de celle qui &it le centre: mais il ne lui eft point êflèntiel que (es parties inférieures ou infenfibles aïenc une telle ou telle configuration. De même il eft êflèntiel à la cire que les petites parties doQt elle eft compofée aient une telle configuration: mais on ne la change point, quelque figure qu'on donne à fa mafle. Enfin il eft êflèntiel à la matière d'être étendue: mais il ne lui eft point êflèntiel d'avoir ni telle figure dans fa mafle » ni telle configuration dans les parties infenfi- bles qui la compofent. Prenez donc garde, qu*arrive-t*il au bled, lorfqu'il pàflè fous la meule? Qu'arrive-t'il a!« Ëirine, lorfqu'on la paitrit & qu'on la ^uit } Il eft clair qu'on change la fitua* tion & la configuration de leurs parties infenfibles, aufli-bien que la figure de leur maflè: & je ne comprens pas qu'il puiflè leur arriver de changeaient plui eflèiitieL : XL A & I s T E. On prétend, Théo- dore, qu'il leur furvient outre cela une forme uibftàlitielle* Entretien. yi Je prétend. Mais je ne voi rien de plus accidentel à U matière qae cette chi* inere. Quel changement cela peut-il faire au bled que 1 on broïe?
A R I s T £. C'eft cela feul qui fait que c'eft de la farine, Theodo&e. Quoi! fans cela du bled bien broïé ne feroic point réduic en Ëtrine î • A R I s T E. Mais peut-être que la farine & te bled ne font pas eflèntielle** ment dif&rens. Ce (ont pefit-être deux corps de même efpece. . T H £ G D o R sr£t la farine & la pâte ti'eft-ce qu'une même efpece? Prene* garde, de la pâte n*eft que de la farine Se de Teau bien mêlées enfemble. Veru* fez'vous qu*à force' de bien paitrir on sie puifTe pas faire de la pâte fans le fe« cours d'une forme fubftantielle } A R I s T E. Oiii: mais fans elle on. M peut faire du pain.
Théodore. C*eft donc une forme fubftantielle- qui change la pâte en pain. Nous y voilà. Mais quand cft-ce qu'elle fiir vient à la pâte?
A R i-s T E. Quand le pain eft cuit^ bien cuit.
i Théodore, Il eft Vjrai: car du paia uij 31 Dixie'më p&ceux,€e n'eft pas proprement du paii£ Cela n'a point encore d*aucre fbrnic fubftantieile que celle du bled, ou de la farine, ou de la pâte, car ces ttois corps font de même efpece. Mais fi la forme fubftantieile manquoit à venir, de la p&te bien cuite ne feroit-ce pas du pain? Or elle ne vient cette forme,que iorfl que la pâte eft cuite. Tâchons tloncdc nous en pàflèn Car enfin il eft bien dif- ficile de la tirer à propos de la puiftknce de la matière; on ne fçâit comment s'y prendre.
A R I s T E. Je voi bien, Théodore,* que vous voulez vous divertir ^ mais que ce ne Toit point à nies dépens: car je vous déclare que j'ai toujours regar- dé ces formes prétendues comme dei fiâ:ions de l'efprit humain. Dites-moi plutôt d'où vient que tant de gens ont donné dans cette opinion.
Théodore. C'eft que les fena y conduifent tout naturellement. Com*> me nous avons des fentimens efièntiel- lement difFerens a l'occafion des objets fenfibles, nous fommes portez à croire que ces objets diffèrent eUentiellement. £t cela eft vrai en un fens: car les con« figotiitions deft pattiei infenfible^ de la Vj' Entretien. 33 ci^e font eflenciellement différentes de celles de Teau. Mais cçmtne nous n^ voïons pas ces petites pàfties^ leur con* figuration, leur différence ^ nous jii- geons que les mafTes qu'elles compo- lent font des fubftances de différente ef- pece.Or l'expérience nous apprend que dans tous les corps il y a un fujet corn- mun^ifqu'ils fe font les uns des aiitres. Nous concluons donc qu'il faut qu'il y ait quelque chofe qui en fafle là diâFè- rence fpecifique i Se c'eft ce que nous attribuons à la forme fubftantielle. XII. A R I s T £• Je comprens bien ^ Théodore^ que ce grand principe que vous avez prouvé n au long dans nos entretiens * precedens eft bien nécef- *Emrih fcire, fçavoir qu'il ne faut point juger y^' ^^^ de la nature des corps par les fentimens qu'ils excitent en nous, mais feulement par ridée qui les repréfente, & fur la- quelle ils ont tous été formez. Nos icns font des faux témoins, qu'il ne faut écouter que fur les faits. Ils nous mar-* quent confufément le rapport que les corps qui nous environnent ont avec le nôtre, ôc cela fufEfamment bien pour la confèrvation de la vie; mais 41 n'y a rien d'éxaâ dans leurs dé^ 54 Dïxïe'me poficions. Suivons toujours ce prin«: cipc, Theodorb. Suivons-le, Arifte» 8c comprenons bien que coûtes les moda. Ijtez de récenduë ne font & ne peuvent être que des figures, configurations ^ inouvemens fenfibles ou infenfibles, en. un mot que des rapports de diftance. Uneétenduëindéfinie (ans mouvVknenc^ fans changement de rapport de diftance entre fes parties, ce n'eft donc qa*une grande maflè de matière informe. Que le mouvement fè mette à cette maflè, & en meuve les parties en une infinité de façons, voilà donc une infinité de difïèrens corps. Car, prghez-y garde, il eft impoffible que toutes les parties de cette étendue changent également de rapport de diftance à l'égard de tou- tes les autres: car c'eft à caufe de cela qu'on ne peut concevoir que les parties (de retendue fe m^-uvent, qu'on y dé- couvre une ininité de figures, ou de corps difïèrens. Vôtre tête, par exem- pie, confervant avec vôtre cou & les autres parties de vôtre corps le même rapport de diftance, tout cela ne fait qu'un corps. Mais comme les parties de l'air qui vous çnvironnent, fe renducnt En T RE TIEN. 35 En T RE TIEN. 35 •3iverrcment fur vôtre vifage, & furie refte de vôtre machine, cet air ne fait point corps avec vous. Confidcrez cha- que partie des fibres de vôtre corps, & concevez que le rapport de diftance .qu'a telle ou telle partie déterminée à celle ou telle de (es voifines, ne change point,. ou tres-peu 5 & que le rapport de diftance qu'elle a avec quantité d'au* très de fes voifines change fans ceflè t vous conftruirez parla une infinité de petits canaux dans lesquels les humeurs circuleront. Telle où telle partie d'une fibre de vôtre main ne s'éloigne point d'une autfe partie voifîne de la même fibre, mais elle change fans celle dé fituation par rapport aux efprits; âil fàng, aux humeurs & à un nombre infini de petits corps qui la viennent toucher en paflànt, & qui s'échapent continuellement par les portes que laif. fie dans nôtre chair rentrélaflement de nos fibres. Voilà ce qui ùAt que telle partie ou telle fibre eft précifément ce qu'elle eft. Confîderez donc par l'efprit toutes les parties dont vos fibres font compofées. Cooi parez-les les unes avec les auires, & avec les humeurs fluides de vôpre corps^&vous verrez fans peincL 5^ Dixie'me 5^ Dixie'me ce que je veux vous Ëtire comprendrt. A K I s T £• Je vous fuis, Théodore. Aflurémenc rien n'eft plus clair, que toutes les modalitez poulblès de Técen* duc ne font que des rapports de diftan* ce, & que ce n'eft que par la variété da mouvement ôc du repos des parties de la matière, que fe produit cette variété de figures ou de corps difierens que nous admirons dans le monde. Quand on juge des objets par les fentimens 2u'on en a, on fe trouve à tous momens ms un étrange embarras: car on a fou^ vent des fentimens eflèntiellement dif* ferens des mêmes objets, &ides fènti- jnens femblables de fubftances bien dif* ferentes. Le rapport des fens eft toâ« jours obfcur & confus. Il faut juger de toutes chofes par les idées qui repréfèn* tent leur nature.Si je confulte mes fens, la neige, la grefle, la pluïe, les vapeurs, font des corps de différente e(pece,Mais en confultant l'idée claire & lumineufe de retendue, je conçois bien, ce me ièmble, qu'un peu de mouvement peut réduire la glace en eau,& mêmes en va- peur, fans changer la cqpfiguration des petites parties dont ces corp^ font corn- pofez. Je conçois mêmes qu'en cbao^, Entre tien. 37 Entre tien. 37 géant leur configuration, il n*y a rien qu'on n'en puiuè faire. Car puifque tous les corps ne difièrent eflèntielie. ment que par la.groflèur, la configura^ tion, le mouvement, & le repos des parties infenfiblfs dont leurs maflès ibnt compofées, il eft évident que pour ^dre de l'or, par exemple, avec du plomb, ou avec tout ce qu'il vous plai- ra, il n'y a qu'à divif er, ou plutôt qu'à {'oindre les petites parties du plomb 9 ic eur donner la grollèur & la Configura'^ tion efTentielle aux petites parties de l'or, & qui font que telle matière eft de 'l'^r* Cela fe conçoit fans peine. Mais je croi néanmorns que ceux qui cher-* chent la pierre philolTophale, réduiront plutôt leur or en cendres & en (iimée, qu'ils n'en feront de nouveau.
Théodore. Il eft vrai, Arifte. Car qui fçait quelle eft la groflèur Se la configuration des petites parties de ce métail fi reclierche? Mais que cela foie Connu: qui fçait comment font confia gurées les petites parties du plomb oa du vif argent WMais donnons encore à ces operateurs qui travaillent aveuglé, inent au hazard, que trois parties de vif argent joiiites enlcmble de tçUe maniQ* 38 DlXlE^ME 38 DlXlE^ME te, SàSènt au jufte une de ces petites parties dont l'or eft cotnpofé; je les dé- fie de les joindre fi éxaâement ces trois parties, qu'elles n'en fa (lent plus Qa'u« ne femblable à celles de l'or. Amiré-* ment la matière fubtile, qui fe fait pla« ce par tout, les empêchera bien de les joindre éxaâement. Peut-être fixeront* ils le mercure, mais fi mal ^ fi impar- faitement, qu'il ne pourra fentii le fea fans s'élever en vapeur. Qu'ils le fixenc néanmoins d'une manière qu'il fouffre bien les épreuves: que fera-ce? Un me* tail nouveau: plus beau que l'or, je le veux; mais peut-être fort mépri(é. Les parties du vif argent feront jointes 4.à 4. 5 à 5. (> à CMais par malheur il fai^ loit qu'elles ne le fu fient que trois à trois. Elles feront jointes d'un fens, au lieu de l'être d'un autre. Elles laifiëront entr'elles certains vuides, qui lui ôte« ront de fon poids, Se qui lui donneront une couleur dont on fera mécontent. Les corps, Arifte yCe changent facile* ment en d'autres, quand il n'eft pas néceflàire que leurs parles infenfibles changent de configuration* Les vapeurs fc oun^nt facilement en pluïe: c'eft l^u'il fumtpQor cela /qu'elles duninuca^ leur inouveméA,& jui'elles k joignent knparfàicemenc pluircurs chfemble. Et par une *rai(bn femblable, il ne fauc qu'un vent froid pour durcir la pluïe en grefle. Mais pour changer l'eau, par exemple, en tout ce qui s'en fait dans les plantes, outre le mouvement, fans lequel rien ne fe fait, il faut des moa^ les faits exprés pour figer enfemble de telle & telle manière cette matière & coulante.
Theotime. Hé bien, Théodore, à quoi vous arrêtez- vous } Vous vouliez parler de la Providence,^ vous vous en« gagez dans des queftions de Phy fique.
Théodore. Je vous remercie ^ Theotime: peut-être m'altois-je égarer. Néanmoins il me fembte que tout ce que nous venons de dire n'eft pas fore éloigné de nôtre fujet. Il falloir qu'A-* rifte comprît bien, que c'eft par le mou** Temem que les corps changent de figu-^ re dans leurs ma (lès, & de configura-^ tion dans leurs parties infènfibles. Il fal-* loit, pour ainfi dire, lui faire fentir ceu te vérité ^ & je penfe que ce que lious venons de dire y peut fervir. Venons donc k la Proviaence, >;. ^Ulé Ç'eft afluiément par le folcil 40 Djxie'me^ que Dieu anime l^otAequetiou&hav bicons. C'eft par lai qu'il élevé les va-- peurs. C'eft par le mouvement des va« 1>eurs qu'il produit les vents. Ceft par a contrariété des vents qu'il amafle les vapeuft,& qu'il les refout en pluïes; 8c c'eft par les pluïes qu'il rend fécondes nos terres. Que celafbit, ou ne foit pas^ Arifte^ tout-à-fait, comme je vous le iliSyil n'importe. Vous croïez du moins, Far exemple, que la pluïe fait croître herbe: car s'il ne pleut tout fe feche. Vous croïez que telle herbe a la force cle purger, celle-ci de nourrir, celleJà d'empoifonner: que le feu amollit ta çi« re, qu'il durcit la boiie, qu'il brûle le bois, qu'il en réduit une parcie en cen- dre, & enfin en verre. En un mot vous ne doutez pas que tous les corps onc certaines qualitez ou vertus, & que là Providence ordinaire de Dieu confifte dans l'application de ces vertus, par lefquelles il produit cette variété que nous admirons dans fon ouvrage. Oc ces vertus, aufli-bien que leur applica*- tion,^e confident que dans l'efficace du mouvement, puifque c'eft par le mou-' vemefit que tout fe fait. Car il efl évi, icnt que le fèu ne brûle que par le mou* - vcmcni vcmcni tîmént de Tes parties: qu'il n'a la vg^ca de durcir la boue, que parce que les parties qu'il répand de tous cotez ve- nant à rencontrer l'eau qui eft dans la terre^elles la chaflènt parle mouvement qu'elles lui communiquent, & ainfi des autres eflets. Le feu n'a donc ni force ni \çttn que par le mouvement de Tes par- ties; & l'application de cette force fur tel fujet ne vient que du mouvementqui a tranfporté ce fujet auprès du feu. Dé : A R I s T E. Ce que vous dites du feu; je l'étens à toutes les caufes & à tous les effets naturels. Continuez.
XIV. Theod ORF. Vous com- prenez donc bien, que la Providence ordinaire fe réduit principalement à deux chofès: aux loix des communi- cations des mouvemens, puifq^ tout fe fait dans les corps par le mouve- ment j & à la fage combinaifôn que Dieu a mife dans l'ordre defes créatures au tems de leur création, afin que fon euvrage pût fe conferver par les loix naturâles qu'il avoit refolu de fuivre. A l'égard des loix naturelles du mou^- vement, Dieu a choifi les plus fimples. Ua voulu, de vçut encore maintenant Tom IL P 41. DlXIE^ME qu^tout corps mû (e meuve ^ on tend^ à fe mouvoir en ligne droite ^ & qu'à là rencontre des autres corps, il-ne s'éloi- gne de la ligne droite que le moins qu'il eft poflible. Que tout corps Ce tranfpor^ te du côté vers lequel il eft poufTé: & s'il eft pouiré en même tems par deux mou« vemens contraires, que le plus grand mouvement l'emporte fur le plus foi- ble: mais û ces deux mouvemens ne font pas direâement contraires, qu'il fe meuve félon une ligne qui foit la ^agonale d'un parallélogramme, donc les cotez aient réciproquement mê« me proportion que ces mouvemens. En un mot Dieu a choifi les loix les plus (impies dépendemment de cet unique principe, que le plus fort doit vaincre le plus foible ^ ôc avec cette condii|y>n, qu'il y auroit toujours dans le monde une égale quantité de mou* Tement de même part, je veux dire que le centre de gravité des corps avant ÔC après leur choc demeure toujours le même, foit que ce centre foit en re-« pos ou en mouvement. J'ajoute cette condition, parce que l'expérience nous l'apprend: outre que Dieu étant im- muable daû$ fa nature, plus on donne.
ENTRETtÉN. 43 tf umfbrmité à Ton aftion, plus oh faiit porter à fa conduite le caraâere de fes attributs.
Il ii'cft pas néce flaire, Arifte,d*en- crec davantage dans le détail de ces ^ ioix naturelles que Dieu fuit dans le cours ordinaire de* fa Providence. * EUtf Qu'elles foient telles qu'il vous plai-^/Î^J*/ ra, cela importe fort peu maintenant* ^ans u u Vous fçavez^ certainement que Dicu^'/jj^f*^ feul meut les corps; qu'il fait tout en '« ^^rM eux par le mouvement; qu il ne leur ^ ^^nt communique le mouvement derun«»»7oo* à l'autre que fdon certaines Ioix tel- ^^Jl*J^ les qu'elles puiffènt être: que l'ap- plication de lès Ioix vient de la ren« contre des corps. Vous fçavez que le choc des corps eft, à caufe de leur impénétrabilité, la caufe occafionnel- lé ou naturelle qui détermine TefEca^ ce des Ioix générales. Vous fçavez que Dieu agit toujours d'une maniéré (im- pie & uniforme: qu'un corps mû va toujours tout droit, mais que l'impé- nétrabilité oblige le moteur au chan- gement: que cependant il ne change que le moins qu'il eft poffible, foit par- ce qu'il fuit toujours les mêmes ioix £>h parce que les Ioix qu'il fuit font les^ 44 Dixie'me 44 Dixie'me plus (impies qu'il y air. Cela fufEc pour ce qui regarde les loix générales des communications des mouvemens. Ve- nons à la formation de l'Univers, & à la fage combinaifon que Dieu a mi(e entre toutes fes parties au tems de là création pour tous les {iécles,& par rap- port à ces loix générales,car c'eft en cela que confifte le merveilleux de la Provi- dence divine. Suivez-moi^ jevousprie. X V. Je penfe, Arifte, à une maflè de matière fans mouvement* Ne voilà qu'un bloc. J'en veux faire une ftatuë* Un peu de mouvement me la former» bien^tôc. Car qu'on remue le fuperflu qui par le repos faifoit corps avec elle, la voilà faite. Je veux que cette ftatuë n'ait pas feulement la figure d'un hom-* me,mais qu'elle en ait aufli les organes. Se toutes les parties que nous ne voïons {>as. Encore un peu de mouvement me es formera. Car que la matière qui en- vironne celle dont je veux, par exem- ple, faire le coeur, fe meuve, le refte de- meurant comme immobile, elle ne fe- ra plus corps avec le coeur. Voilà donc le cœur formé. Je puis de même ache- ver en idée les autres organes, tels que j£ tes conçois. Cela eft évident. Enfio.
Eî^T RETi EN. 45 Eî^T RETi EN. 45 )â veux que ma ftatuc n'ait pas kix\e^ mène les organes du corps humain,niais de plus que la maflè donc elle eft faire fe change eh chair & en os ^ en efpric Se en fang, en cerveau & le refte. Encore tin peu de mouvement me donnera fa* tisfaâion. Car fuppofé que la chair foie comporée de fibres de telle ou telle con- figuration, & entretaflees entr'elles de telle ou telle manière, fi la matière qui remplit les entreladèmens des fibres que je conçois, vient à fe mouvoir, ou à n'avoir plus le même rapport de diJ ftance- à celle dont ces fibres doivent être compofées, voilà de la chair: Bc je conçois de même qu'avec un peu de mouvement, le fang, les efprits, les vaKièaux & tout le refte du corps hù^ main fè peut former. Mais cequi oaflè infiniment la capacité de nôtre efprit y c'eft de fçavoir quelles font les parties qu'il faut remuer, quelles font cellea qu'il faut ôter,& celles qu'il faut laKTer* Suppofons maintenant que Je veuille TCtfàte dans cette machine femblable la nôtre* une fort petite portion de matière, & lui donner telle figure, tels organes, telle configuration dans fes panies qu'il me plaira ^ tout cela s'excr i 4^ Dixîie'mb i 4^ Dixîie'mb cutera toujours par le moïen du motij vemenc, & ne pourra jamais s'execcu ter que parjui. Car il efl évident qu'u^ ne partie de matière qui fait corps avec une autre; n'en peut être (èparée que Êar le 'mouvement. AitiCi je conçois ins peine, que dans un corps humait^' Dieu en peut former un autre de mé^ me efpece mille ou dix mille fois plus petit, & dan^ celui-ci un autre. Se ainfi de fuite dans la même proportion de mille, ou dix mille à un; & cela tout d'un coup en donnant une infinité de divers mouvemens, que lui feul con-^ noît, aux parties infinies d'une certaine maflè de matière.
A B. I s T E. Ce que vous me dites-Ià du corps humain 9 il eft facile dei'ap« pliquer à tous les corps organifez des animaux 8c des plantes.
XVI. Théodore. Bien donc« Atifte. Concevez maintenant une ma& fe indéfinie de matière auffi grande que rUnivers^ Se que Dieu en veut faire uti bel ouvrage, mais un ouvrage quIRfulv» fifte, & dont toutes lés beai^ez (è çon^s fervent ou fe perpétuent dans leurs ef« peces. Comment s*y prendra-t'il? Rc-* muëra-t'il d'abord les parties de la ma.-.
Entretien, 47 Entretien, 47 tiere au hazard, pour en former le motvr de peu à peu en fuivanc certaines loix } ou bien s'il le formera tout d'un coup? prenez garde ^ TEcre infiniment parfait conhoit toutes les fuites de tous les snouvemens qu*il peut como^uniquer à la matière, quelques loix des commu* nications des mouvemens que vous fup> pofiez.
' A R I s T s. Il me paroît clair que Dieu ne remuera point inutilement la matière: 8c puifque la première inS« preflion qu il peut communiquer à tou« tes fès parties, fuffii pourproduire tou-* tes fortes d'ouvrages, aflurément il ne s'avifera pas de les former peu à peu par quantité de mouvemens inutiles» Theotime. Mais que deviendront les. loix générales des communications des mouvemens, fi Dieu ne s'en fert point l ' Arist£^ Cela m'embarraffe un peu.
Théodore. De quoi vous embar* .ra(Ièz-vous? Ces loix n'obligent enco« re à rien, ou plutôt elles ne iont point. Car c'eft le choc des corps qui eft là caufe occafionnelle des loix des com- munications des mouvemens. Or fan3 caufe occafionnelle il ne peut y avoir de loi générale. Donc avant que Dieu cul )|.t Dixième )|.t Dixième xnû la matière, & par confequeiit aVântf que les corps pûdènt fe choquer^ Dieu ne devoir & ne pouvoir point fuivre les loix générales des communications d^s mouvemens. De plus Dieu nt fuit dés loix générales que pour rendre fa con* duite uniforme, & lui faire porter le caraâere de fon immutabilité. Ainfi le premier pas de cette conduite, les pre^ miers mouvemens ne peuvent & ne doivent pas être déterminez par ces lois. Enfin il (audroit une infinité de loix générales, ce qui feroit qu'elles ne ieroient gueres générales, afin de pou« voir en les fui vant éxaâement, formiet les corps organif<fï des animaux & des g|antes. Ainfi la première impreflion de mouvement, que Dieu a mife d'abord dans la matière, ne devant, Se vm pou* Tant pas mêmes être aâuellement re^ Î\éé lelon certaines loix générales, elle evoit rêcre uniquement par rapport à la beauté de Touvrage que Dieu vou- loir former, & qu'il devoit conferver dans la fuite du tems en confequence des loix générales. Or cette premieref impreflion de mouvement fagemenc diftribuée fuffifoit pour former tout d'un coup Içs animaux & les plantes » qui Entretien. 4j qui Entretien. 4j i^fonc les ouvrages les plus excellens que Dieu ait f&ic de la ml^tiere, & tout le refte de TUnivers. Cela eft évident; puifque cous les corps ne diflFerenc eii^. tr'eux que par la figure de leurs ma0ès ^ êc par la configuration de leurs parties; & que le mouvement feul peut faicf coût cela y comme yous en êtes démette lé d*accord. Donc, Ârifte, vous aves £U raifon de dire que Dieu a Ëiic tout d'un coup de chaque malTe de matière ce qu^ilen a voulu former. Car quoi* que Dieu ait formé les parties de TUni* vers les unes après les autres, ainfi que TEcriture femble nous l'appr vendre, il ne s'enfuit pas qu'il ait emploie queU que tems, & fuivi quelques loix gêné* raies pour les conduire peu à peu à leur perfiîétion. Dixit^ &fa&afHnu C'cft que la.premiere imprefjion demou?eu ment a TufE pour les produire eif un inftanr.
XVII. Theotimb. Cela étant ainfi, je comprens bien que c'eft perdre fon tems, que de vouloir expUquer par les principes Carteliens, ou par d'autres fembUbles, THiftoire que TEcriture nous fait de la Création.
Théodore. AÛuiément on fe trotppe, fion pceccnd prouver que Dieu « fbnné le inoncle en fuivant ceitaines loiK générales des commimicacions des mouvemens. Mais on ne perd pas £on aems de redieicher ce qni doit ardvcr à la nariereen conleqoence des Lois «les «noHVemetis. Et voici pourquoi, Ceft <}tt'encore que Dieu attfornoe tout d'im coup chaaoe partie de TUniv^», il'a dû avoir égard aux loix de la nature, Cju'il vouloir fuivre conftamment, pour «lire porter à fa -conduite le caraâere de (es attributs. Car certainement ûm ouvrage n'auroit pas pu iè confèrvec dans ùl beauté^ s'il ne Ta voit propor« tionné aux loix du mouvement. Un ibleil quarré n'auroit pas pu durer long- tems: un iôldl (ans lumière feroit biea> k&t devenu tout brillant. Vous aves \û^ Tfaeotime, laPhyfiquedeAi' Oefcar^ f c*s ySc vous, Arifte, vous la lirez quel* Sue jour y car elle le mérite bien. Aihfi li'eft pas nécellàire que je m'explique Il faudroit makitenantéxaminerxiueU le a dû êcre cette première improfioti de mouvement par laquelle Dieu a fer« mé tout d'un coup l'Univers pour un (BeruRQ nombre de fiéclcs rcar c^eft là^ EKTtLEsTiEN. fl ITftjftfi idire, le poinc de vue donc je IX vous £sike regarder & admirer la eflè infinie de la Providence fur Tartemenc de la matière. Mais j'ap. ende qae v6cre iniaginarioa, peut-, e déjà teciguée par les;çhol<?s irop nérales donc nous venons*.de parler» vous iaifiàc poioïc aflèz 4'accentioo ar Goncempler un fi vafte fiijec, Caci^ ifte 9 que ce premier pas de la con«> ire de Dieu, que cette pcemicre im^ JRotk de mouveme&c que Dieu va rt y renfisrme de CageiTe! que de jrap:^ R8 « que de combinaifoos 4e, raf ^ rcs! Certainement Dieu avanc cette ;miere imiMreflîon en a connu claire- tit coûtes les fuites, & toutes les nbinaifons de ces fuites; non feule* int toutes les combinaifpns phyfi. es., mais toutes les combkiailbns di) yiîcaviscle moral^ & toutes les coodr laifons du naturel avec le furnacureU a comparé enfembletoqces ces fuites ec toutes les fuites de toutes les coa^ laifons poflibles daas toutes fortes df ppofitions. Il 2L, disr je, tout compati nsle deâbîn de faire Vouvragele plu$ cellent par les voies les plus fages fi^ > plus divjaes^ U u'â ùen néglige de Eij 5* Dix r é'mï Eij 5* Dix r é'mï ce qui pottvoic faiife. porter à (on a^otf le caraâere de Tes attributs; & le voilà qui fans hèfîcer fe détermine à faire ce premier pas. • Tâchez, Ariftc, de voic^ oâ ce premier pas conduit. Prenez' Sarde qu'un grain de marie re pooAè' 'abond à droit, au lieu de Têtre à gatt«, che, pôuflë aveeun degré Sic i^orceplas ou moths grand, pouvoir tout changer dans le phy fie ^ delà dans le moral, quo dis-)e! dans même le fûrnaturel. Pen* fez donc à li fageflè infinie de cduiqai à fi bien comparé & réglé touMs cfao* iês, que dés le premier pas qu'il fait i il ordonne tout à fa fin, & va ma)e« ftueufement, invariablement, toujours divinement, fans jamais fe démentir » fanis jamais fe repentir, jufqu'à ce qu'il prenne pofleffion^ de ce Temple fpiri* fuel qu'il conftruit par Jefus-Chrift, 6C auquel il rapporte toutes les démarches de la conduite.
AmsTfi. Vraiment, Théodore^ vous avez raifbn de finir nôtre entre* tien 2 car nous nous perdrions bien-t&t dans un fivaftefuiér. ^ Eîf iriCETrtE'lr..55 louons fur cet Océan ^ nous y péri- féns.
Théodore. Non: nous n'y J méritons point, pourvu qy nous ne orrions pas du vaiflèau qui nous doit porter. Demeurans dans l'EgUTe, toû* {'ours foûinis à fon autorité y fi notiS leurtons légèrement contre les éciieils, nous n'y kions pas naufrage. L'hôm* me eft fait pour adorer Dieu dans la iàgeflè de fà conduite: tâchons de nous perdre heureufement dans fes profond deors* Jamais refprit humain tï*e{lt mieux dupofé, que lorfqu'il adore paç un filence for<:é les perfedions divines. Mais ce filence de Tame ne peut (bccer der qu'à la contemplation de ce qj^ flous pafie^ Courage donc, AriAe,con« templez, admirez la Providence gêné* raie du Créateur. Je vous ai placé au point de vue d'où vous devez décou- yrir une fagelTe incomprébenfibte.
XI BNTRETIEN- 'Contimutttên du mSmt fiftt. Dt UPro* '*- vldenct génèrdt dans Fammgtment de$ ^ anrps, & dam Us ctmdnrmifins infinU ment infinie r du Phyfic avec te Aîerd > ' Aê naturel avec kjfkmatarei.
THEODORE. Ayez. vous » Atifte^ fait qudqaesefibrts d^fpnt pouf comparer la première impreffion dit mouvement que Diea a communiqué ^ la matière*, la première de fes dé* ibylrches dan^TCTiiiVers. avec kef îen% S" énérales de fà Providence ordimahrè ^ t avec tes divers ouvrages qtit devoîenc feconferver 8c fe dévdoper par Ve& tace de ces loix? Car c'eft dé cène pre- mière impreffion de mouvement d'ôd il faut jstter les yeux fur la conduite de Dieu. Ceft le point de vue de la Providence générale:' car Dieu ne Ce repent & ne fe détnent jamais. Ave:&* vous donc regardé delà le bel ordre des créatures, & la conduite fimple tc oniformlf du Créateur ï Entîietifn. 5f Êii la vue trop courte* J'ai découvert eb du pdhïs ^ mais cela Ci confofé^ ^ment, que je ne fçai que vous dire.Yous *in'avez pkcé trop haut. On découvre de fort loin ^ mais on ne fçaic ce qu'oa voit. Vous m'avez, pour ainfi dire, guindé au defTus des nues, & la tête, xne tourne quand je regarde (bus moi« A R 2 s T E. Ah! je vous prie, Theo-^ dore^ un peu plus de détail...T H 1 ô D o R E. Defcendons^Theo* l^me, paifqu'Arifte te fbuhàite. Mais n'oublions pas tous trois n6trf point de TÛc, car il y faudra monter bien -tôt, (dés que nôtre imadnàtion fera un peu ra(Iurée, 8c fortifiée par un détail plus fenfîble & plus à nôtre portée. ' I.' Soùvenez-vous, Ariftc, de nos Bbeilles d'hier. Ceft un ouvrage admi^ sable que ce petit animah Conibieit d'drganes difFerens, que d'ordre, que de liaifons, que de rapports dans toutes fe^ parties! ne vous imaginez pas qu'il en ait moins que les éiephans: appar: Ulj j€ Onzie'mb