Ulj j€ Onzie'mb rcmfnent il en a davantage. Compté^ nez donc, (î voas le pouvez ^ le nom^ bre 8c le jeu merveilleux de tous les ren- forts de cette petite machine. Ceft. Taâion fbible de la lumière qui les dé* bande tous ces reflorts. Ceft la pre*- iènce feule des objets qui en détermine de qui en régie tous les mouvemen$« Jugez donc par l'ouvrage fi ézafbenienc formé y fi diligemment achevé de ces petits animaux, non de leur fagefie Sc de leur prévoïance, car ils n*en ont point 'y mais de la fagefiè Se de la pré^' voï mce de celui qui a aflèmblié tant de tefibrts, & qui les a ordonnez fi Hige^ ment par rapport à tant de divers od« ^ts & de. fins différentes. Afiuiément^ Arift;?,vous feriez plus (çavant que tout ce qu*il y a jamais eu de Philofophes, fi: vous fçiviez éxaâement les raifons de la conftruâion des parties de ce petit animal.
• A R I s T B, Je le croî /Théodore^ Cela nous pafie déjà. Mais s'il faut une fi grande adrefie &:une fi profi>ndein- tiîligence pour former une fimple môu* èhe, comment en produire une infinité toutes renfermées les unes dans les au- tre:» ^fc par confcqttcnc toutes plus pe- Entretien. 5^ Entretien. 5^ tkf s toujours dans la proportion fôus- inillecuple, puirqu'une feule en produit mille, Se que ce qui contient eft plus grand que ce qui eft contenu? Cela eflFraïe Timagination: mais que refprif reconnôlt de fagefTe dans; l'Auteur de tant de merveilles!
Théodore, Pourquoi cela, Ariftet Si les petites abeilles font organrfécs comme les plus grandes, qui en con*^ çoit une grande, en peut concevoir Une infinité de petites renfermées les unes dans les autres. Ce n'éft donc point la multitude 8c!a peri^efle de ces animaux cous femblablts qui doit augmenter vô- tre admiration pour la fageflè du Créa^^ ceur. Mais vôcre imagination effraïée admire en petit ce qu'on a coutume de ne voir qu'en grand.
A R I s TE. Je croïois, Théodore ^ que je ne pouvois trop admirer.
Théodore. OUI: mais il ne faut admirer que par raifon. Ne craignes^ point: il l'admiration vous plaît, vous trouverez bien dequoi vous fatis&i^ re dans la multitude & la petiteflè dé ces abeilles renfermées les unes dans les autres.
5? Onzie'me Théodore. Ceft qaVlle^ ne font pas couces fembUbles. . A & I s T E. Je me Timaginois bien àiaii. Car quelle apparence que les vec$ de ces mouches, & les ceufs de ces vers^ aïent autant d'organes que les mou* ches mêmes., comme vous le prêtent fdiez hier?
1 1. Théodore. Que vous imagLr tiiez mal, Arifte! Car tout au contraire les vers ont toutes les parties organtr ques des mouches; mais ils ont de plut celles qui font eflèntielles aux vers,c'eft à-dire y celles qui Tout ab(blument néf ceflàires^afin que les vers puiflent cber^ cher, dévorer Se préparer le fuc nourf rider de la mouche qu'ils portent en eux.& qu'ils confervent par le œoiea des organes & fous la forme de ver.
Aux s TE. Oh oh! a ce comptera les vers font plus admirables que les mouches: ils ont bien plus de parties (Organiques.
Theodojle. Oui, Arifte. Et les jçtofe des vers font encore plus admira-t blés que les vers mêmes ^ Se ainfi en lemontant. De Cotte que les mouches de cette année avoient beaucoup plot d'qrgjanes il y a mille ans^ qu'elles a'er) 6o Onzte'me 6o Onzte'me Ibrtie. Car on a remarqdé fou^ot que la rêce, par.exemple, du poùlec, lotf^ qu'il eft dans Tctaf, & qu'il parole comme fous la forme d'un ver ^ efl: beaucoup pins groflç que tout le refte du corps, & que les os ne prennent kur confiftance qu*aprés les autres par- ties. Je precens /eulemenc, que toutes les parties organiques des abeilles fbnc formées dans leurs vers, & fî bien pro- portionnées aux loix des mouvement, que par leur propre conftruâion, 8c l'efficace de fes loix, elles peuvent croi* lie 6c prendre la figure convenable à leur état, fans que Dieu, pour ainfi dire y y touche de nouveau par une Providence extraordinaire* Car c*eft eh cela que confifte la fagefTe incompté*- henfible de la Providence divine. Cdft ce qui la peut juftifier, quoiqu'il sVn-r gendre fouvent des animaux mon*- ftrueux ', car Dieu ne doit pas faire ua miraclepour les empêcher de fe former. Jlu tems de la Création, il a conftniit pour les fiécles fumrs les animaux & les plantes. Il a établi les loix des mouve-» mens néceflaires pour les faire croître* Maintenant il fe repofe, parce qu'il ne fait plus que fttivre ces ]oix..
Enthetien- ^t A!iiST E. Que de fageflè dans U Providence générale du Créateur!
Theopore. Voulex. vous que nous remontions un peu à nôtre point de VÛ&, d'oi\ nous venons jetter les yeux fur les merveilles de la Provi-r dence } A R I s T fi. J'y fuis, ce me femble,; Théodore. )'admire & j'adore avec tout le refpeà: dont je fuis capable la fa. gefleinônie du Créateur dans lavarie^ çé 6c la juftede incompréhenfible des inouvemens divers qu'il a imprimez d'abord à cette petite portion de matie-» re dans laquelle il a formé tout d'un coup des abeilles pour tous les (iécles* Que dis -je, des abeilles! une infinité de Vers encorequ'on peut regarder comme des animaux de différente efpece: & il leur a fourni dans un C\ petit cfpace une nourriture infenfible par mille moïens qui nous pa(Iènt. Tout cela par rapport 9UX loix du mouvement': loix fi fim^ pies & fi naturelles, que quoique Dieq fkOh tout par elles dans le cours ordii* naire de fa Providence, il femble qu'il xie couche à rien, qu'il ne fe mêle de rien, en un mot qu'il fe repofe.
Arifte, que cence conduite eft ^viiie; & plus excellente que celle d'an Diea qui agiroit à tous momens par des vo- loDtcsb particttlieres^aulieu de fuivrç ces loix générales; ou qili,pou{^ Jfe xié«^ charger du foia dji goi^vfiçpe^ent dç Ton ouvrage y auroit donné des ame^ 4 toutes les mouches^ <m pJi^ôtî des^ in- telligences allez éclairées pour f ornxec leur corps, ou du mcMns pour les coti« 4luire félon leur3befoins,& régler imis leurs travaux. ^ ' Triste. Quelle cove^pu^Cot^X IILTheoporb. Courage ilonc 9 Arifte, jetiez les yeux plus loin. Qani rinftant que Dieu a donné cette pre* tniere tmpreilion de mouvement aux ' luirties de cette petite portion de m^» tiere dont il a fait des abeiUes^oa tcUo- tre infeAe qu'il vous plaira pour tous lesiiécles, penfèz vous qu'ilait prév4 jque tel de ces petits animaux qui devoir «éclore en teUe année^ devoit aufli à tel four, telle heure, telles circonftances ^ •faire tourner lesyeux à queiqu':un veiy Tobjet d'une pafltoticcimineUe: ou bke de venir knprudennneQt placer dans les narines,d:un cheval, & lui feire fiire im jsQuveiBent fajcal pour le meiUeac Prince du monde, qui par là (è reh* verfe & fè eue > mort funefte & qui a cine infinité de fuites fôcheufes. Oa Î)our ne point combiner le Phy fie avec e Moral, car cela renferme des difEcuU tex dont la refolution dépend de cer» tains principes que je ne vous ai point -expliquez^ penlez-vous que Dieu ait fnrévû que cet infeâe, par tel de fes •cnouvemens, a dû produire quelque thok de monftrueux ou de déréglé •^ns le monde purement matériel > A R I s T E. Qui en doute,que Diea ait prévu toutes les fuites de cette pre-* >iniere impreffion de mouvement, quia ^rmé en un inftant dans cette portion de matière toute refjpéce de tel infeâie. Il a mêmes prévu généralement toutes les fuites des mouvemens infinis, 8c tous difièrens, qu'il pouvoir donner 4l'abord à cette même portion. Il a pré- vu de plus toutes les fuites de toutes les combmaifons de cette portion de ma- •ciere avec toutes les autres, & leurs di* ^ers mouvemens (èlon toutes les fup«> I^ofitions poffibles de telles ou telles oix générales.
- TqEODORE, Admirez donc, Acifte p adorc;^ la profondeiii^ dç la dm inprt hbtrs fAi;piçfii ùiàint^ùmtmVoA feqoence des- îoi^ iMui^Hrs, 8c ^û ifj ait lien de mfFacul^tft qm'^cm honii. me fe trouve écrafë lor fqtt*onfe maifinl^ s'écrcyuTe for lur. CaF véas fçavezque c'eft dé Ilieirretrz end du liilrthetirettt moment de h m&X dont (fêf é»ct»6tre iétermié.
Ceft Dreu qui reg!e ce moments Nêcce mort dépend de lui. Dieu ièol peut nous donner le don de h perfeTerancre.
'Kôtre mort dépend de Diett en pla*- fieurs manières* Elk dépend de Dieti^ parce qu'elle dépend de nous. Car il eft m nôtre ponyofr de Ibrtir d'une aatiCùA qui menace ruine, & c^eft Dieu qui iious a'donné ce pouvoir. Elle dépenJ de Dieu, parce qu'elle dépend des An^r ^es. Car Dieu a donné aux Anges le pouvoir & h commiflion de gouverner le riKmde, ouïe dehors, pour ainfidii^^ , de fon Cglife. Nôtre mort beureuie dé^ ..pend de Dieu, parce qu'elle dépend de Je(bs-Chr}ft. Car Dieu nous a donné en Jefus-Chrrft un Chef qui veille fut 'toCtts^ &: qui ne foulKira pas que la mort iious lui demandons comme il faut le don de la perfeverance. Mais penfèz- vous que notre more ne dépende pas au(C de Dieu, en ce fens qu'il a réglé ic produit cette première impreflion de snouvement, donc une des fuites eft ^ que celle maifôn doit s'écrouler dans tel cems & dans celles circonftances f Tout dépend de Dieu» parce que c'efl: lui qui a établi toutes les caufes, tanl^ libres que néceflaires > & (|ue fa pre*- fcience eft fi grande, qu'il le ferc auûi beureufêmenc des unes que des autres. Car Dieu n'a pas communiqué au ha- sard fa pui({ànce aux efprics: il ne T» fait qu'après avoir prévu toutes les fui^ tes de leurs mouvemens, auflî^bien que ceux de la matière. De plus tout déjen^ îie Dieu, parce que toutes les cau(es ne >euvenc agir que par Tefficace de U {HlilTance divine. Enfin tout dép€nd de pieu, parce qu'il peuc par des miracles interrompre le cours ordinaire de (à Providence, ôc qu'itne manque mêmf's jamais de le fàke, lorfqpe l'Ordre im^ inuajble. de (es perfedions Téxige,. je veuK<lire»lorfque ce qu'il doit à (on im^ mutabilicé eft de moindrexionâderaeio» ^e ce qu'il doit à Tes ^tres attribucshr.
é8 Onzie'me Mais nous vous expliquerons tout cdâ plus éxaâemenc dans la ^uite. CoofK. prenez donc, Arifte^ que nôtre falut éft déjà afTuré dans l'enchainennent des cauTes, tant libres que néceflàires ^ 8c que cous les efïècs de la Providence gé^ tiérale font tellement liez enfemblei; que le moindre mouvement de la ma- tière peut concourir en confequence des loix générales à une infinité d'évene* mens confiderables^ 6c que chaque évé- nement dépend d'une infinité de caufes Subordonnées. Admirez encore un coup la profondeur de la fagefle de Dieu^ ui certainement, avant que de faire on premier pas, a comparé les pre- miers mouvemens de la matière, non feulement avec toutes (es fuites natu- relles ou néceflàires, mais encore à bien plus forte raifbn avec toutes les fuites morales & furnaturelles dans toutes les fuppofitions poflibles.
A R I s T E. Aflîiréraent, Théodore* du point de vûë où vous m'avez placé, îe découvre une fagefTe qui n'a point de tiornes. Je comprens clairement fie di- ftinAement, que la Providence géné^ raie porte Iç caraâere d'une intelligen;i» ce infinie, Se qu'elle eft tout a^tremenij; ?
le ENtRETlÏN. ^9 incompréhenfible que ne s'imaginent ceux qui ne Tont jamais examinée* O frtfcncUur des tri fors de U frgtffi ^ & d$ iafiience de Dieu! j^e fis jugemensfint impénitrabUs, & fes voies wcofnprihenjif ttes! Une Providence fondée fur une Volonté abfoluë, eft bien moins dign6 de TEcre infiniment parfait; elle porte bien moins le caradere des attributs divins, que celle qui eft réglée par des ' tréfors inépuifables defageffe & de prC'^ . fiience.
VI. Théodore. Ceft ce que je voulois vous faire voir. Defcendons maintenant à quelque détail qui vous délafle Tcfprit, & qui vous rende fen- fible une partie des chofes que vous ve- nez de concevoir. Ne vous êtes- vous jamais diverti à nourrir dans une boëtf quelque chenille ou quelqu'autre in- ù&t quon croit communément fe transformer en papillon ou en mouche? A R I ST E- On oh, Théodore! vous allf z tout d'un coup du grand au petit. Vous revenez toujours aux infcftes.
Théodore. Ç'eft que je fuis bien-aife que nous admirions ce que tout le monde méprife.
e me foavicns d'avoir nourri des Wti à foïe. Je prends plajfir à leur voir faire leur coque, 6c s*y enterrer cois Tivans poin: reffùfcicer quelque cem» après.
T H E o Ti M B. Et moi, Théodore; ^ai aâraellement dans une boëte avec du fable un infede qui me divertit, 6c donc je fçai un peui^'hiftoire. On Tap^ pelle en Lacîn Farmica^leo II Ce tranC forme en une de ces efpeces de mouches ^ui ont le ventre fort long, &c <pi*oar appelle, ce me fèmble y DemùifdUs.
Treodo&b. Je fçai ce que c'èft-, Theotime. Mais vous vous trompez de croire qull fe transforme en I^moi» ibile.
Théo D OR B. EtmK>i, TheoitiaM;; j|e vis Tautre )our une uupe qui fe tranC^ ferma en merle. Comment voulez- vooi ^'un -animal {e transforme en un acu tre? Il eil au(E difficile que ceUr (àJoSSèy que d'un peu de chair pourrie il Çt fo&* me des infeâ:es», T H B a T I ikf I. ]ç vous enten$^ Théodore. Le VormcaMo ne le tran^ ibcme pointr II fe dépoiiiile feulement Entretiew. tt dFe (eis iiabits & dt fes armesr H quitte lés cornes avec lefqueHes il &it [on trois, & fe faific des fourmis qui y corn. benr^ EneCecjeks ai remarquées ces* cornes dans le tombeau qu'iU fe for,c jizM le fable. Se donc ils forcent ^ nop plus en qualité de Foméka4eo, mais en: .Qualité de D emoif elles ^ (bus une fornoe plus, magnifique.
Théodore^ Vous y voiïà. Le Tarmica-Uo & la Demoifille ne (ont poinr proprement deux animaux de difit rente efpece. Le premier contient te fécond^ ou tomes les parties organiques dont il eftcompofé;mais remarque^qulla^de plus tout ce quM lui faut pour attraper & prose, pour fe nourrir lui-même, Sc pounr préparer à l'autre une nourriture convenable. Or cachons maintenant de nous imaginer les relïbrts nécefTaire^ aux mouvemens que fait ce petit ani- mal. Il ne va qu'à reculons en ligne fpirale, & toujours en s>'enfonçant dans> le fable: de forte que jettanc en dehors> à chaqtte petit mouvement qu^il fait. Je fable qui! prend avec fès cornes, il fait un trou qui fe termine eh pointe^ au fond duquel il (è cache, toâjours> les cornes encc'oiivertes ^ Se prêtes àfir 7i Onzie'me 7i Onzie'me Ciifîr des (bufmis, ic autres anîAfttt qui ne peuvent Is retenir fur le pen- cnant de fa (bflè. Lorfque la ptoïe lui échape, & fait aflèz d eflx)rcs pour loi faire craindre de ta perdre, il l'accable 2t l'étourdit à force de lui jetter du fii. ble, & tend encore par ce moïen le penchant du trou plus roide. Il fe (aific donc de fa proïe, il la tire fous le jîable^ il lui fuce le fang, & la prenant entre fes cornes, il la jette le plus loin qu'il peut de fon trou. Enfin au milieu du lable le plus tnenu & le plus mouvant, il le conftruit un tombeau parfaitement rond: il le tapifle en dedans fort pro- prement pour y mourir, ou plutôt pour y répofer plus à Taife: & enfin après quelques femaines, on le voit fortir tout glorieux, ôc fous la forme de De- inoi(elle, après avoir laitfé plufieurs etl- velopes, & les dèpoUilles de Formica^ Uo. Or combien faut fl de parties orga- nises pour tous ces mouvemens. Com- bien de canaux pour conduire ce fang dont le Formira-leo fe nourrit & (à De- moifelle? Il eftdonc clair que cet ani« mal s'étant dépoUillè de toutes ces par- ties dans fon tombeau, il a beaucoup moins d'organes, lorfqu'il parok fous la Entret! eh. yj la Entret! eh. yj la forme de mouche, que lor(qu'on.le voit fous celle de Fort/^iicorUo • fi cc^n'cft peuc*êcre qu'on veuille foûcenir» que qcs organes peuvent fe conftruire & s*a. juftec enferople en confequence des loix du mouvement. Cs^r que Dieu ait or« donné à quelque intelligence de pour* voir au befoin de ces infeâes, d*tn en-- tret?nir l'efpece, & d'en former t( û* jours de nouvelles, cVftretklce humai* ne la Providence divine, & lui faire Eorcer le caraAere d'une intelligence ornée. AmsTÇ. A durement, Théodore, îl y a une plus grande diverficé d'orga- nes dans le Fojrmica-ho que dans la mou* çhe,& par la même raiion dars le ver à (bïe que dans le pa|/illon. Car ces vers quittentaufli de riches dépouilles, puif- qu'ils lailTent une efpece de tête, un- grand nombre de pieds, & tous les au- tres organes néceuaircs peur chercher, dévorer, digérer, & diftritSuer la nout* ricure propre à la forme de ver & à celle. du papillon, je conçois de même qu'il y a plus d'art dans les oeufs des vers, ue dans les vers mêmes. Car fuppo^ e que les parties organiques des vers j(bientdans Tcpuf comme VQU3 dites, Tomi IL G i i il eft clair que Tccuf entier contient plus ' d'arc ique le ver feut, & ainfi à Tinfini. Theodors. Je voudrois bien Ve Bcm» quc VOUS eufficz Jû ie Livre de Me *-^''* Malfigbi du ver à (où, & ce qu'il a écrie fur la formation du poulet dans Ttsciif. Vous verriez peut être que tout ce que je vous dis n'eft pas fans fbfide-' iiiênt oui, Arifte, Tteuf cft Touvrâge d'une intelligence infinie. Les hommes ne trouvent sien dans un oeuf de ver à foïe; &-dans un €cuf de poulet ils n^y voïenjc que du blanc & du jaune, à peut* être les cordons, encore les pren- nent - ils pour le germe du poulet.
A R 1 s T E. Quoi le geVftie du poulet! N'eft.ce pas ce qu'on y trouve d'abord qu'on l'ouvre, qui eil blan^, qui a quelque dureté y ôc qu'on ne mange pas volontiers?
Théodore. Non, Arifte, c'eft un des cordons qui fert à tenfr le jaune tellement fufpendu dans le blanc, que de.quelque manière qu'on tourne Se, retourne l'œuf^le côté du jaune le moins pefant, & où eft le petit poulet, foie toujours en haut vers le ventre chaud de la poule ^ car cela étoit nécefTaire ENTRETlEtï. 7J )oiir le faire éclore. Il y a deux de ces cordons qui font attachez d un côté à la pointe de l'œuf, & de lautrciau jaune, un à chaque bout.
T H £ G D G fL E. En Cela il n*y a pas beaucoup d'intelligence. Mais vous comprenez toujours par là, qu'il faut plus d'art & d'adrefle pour former Tcruf jjc tout ce qu'il renferme, que le poukc feul 5 puifquc l'oe^uf contient le poulet y & qu'il a de plus fa cônftruâiofi par« ticu'ieré.
VII. Or, je vous prie, concevez maintenant, fi vous le pouvez, quelle 0)it être aâuellement la conftruâion des organes des ceufs ou des vers qui feront papillons dans dix mille ans eu confeqùerice des kxix du nifoqvement. Admirez la variété des organes de tous les vers où de tous les aXs qui font renfermez les ups dans les autres pour tout ce tems-là. Tâchez de vousimagi-p* fier quelle pouvoir être la nourriture dont les vers ou les papillonsd aujour* d'hui fe nourritToiencil y a fix mille ans. Il y a une grande difierence entre la fi^rme de Dciiioifelle fie celle de For^ Gij /^ Gij /^ m'CtMo: mais peut-être qu'il n'y en à pas moins encre le Fomica^lep, & l'craf oui le contient; ainfi de fuite. Le verà. loïe fe nourrit de feiiillesdemeurier: mais le petit ver enfermé dans l'œuf ne fe hourrit pas de rien • il a auprès de lai tout ce qui lui eft néceflàire* Il éd. vrai qu^il ne mange pas toujours. Mais il fe conferve faris manger, & il y a fix mille ans quM fe conferve. On trouve étrange quç certaine animaux padenc l'hyver fans nourriture. Quelle mer. veille donc que les vers à loïe mena* gent fi éxaÛement la leur, au'ellç ne leur manque précifémçnt que lorfqu'ils font afTeas forts pour rompre leur pri« fcn, & que les meuriers ont poufli de# fetiilles tendres pour leur en touniir de Que la Providence êft admirable; d'avoir enferme, par exemple, dans les œufs dont A:lofent les poulets tout ce qu'il leur &ut pour les fiiire croître, Sc mêmef pour les nourrir les premiers joui's qu'ils font édos! Car comme ils nefçavent point encore manger &. qu'ils laKTent retomber ce qu'ils bec- quettent, le jaune de l'œuf dont \\ ^if a pas la moitié de conftiaié /u -: ' pas la mouic ae conmaie ^ <\va 78 Okzib^me placent cous dans les lieux oA rien ne .leur manque y non par une intelligence* paniculiere qui les condulfè, mais par la dirpofition des reflbrcs dont leur ma* chine eft compofée, & en confequence des loix générales des communications des mottvemens* Théodore. Il eft vrai. Mais fl eft bon de comprendre clairement que la Providence de Dieu eft abfolo* ment incompréhenfible.
VIII.Theotimb. Il faut, Théodore, que je vous di(è une expérience que j'^i faite, un jour en été je pris gros comme une noix de viande que j'en- fermai dans une bouteille, ic je la cou- yris d*un morceau de crêpe. Je remar- quai que diverfes mouches venoient pondre leurs oeufs ou leurs vers fur ce crêpe: Se que dés qu'ils étoient éclos ils rongeoient le crêpe,& fe laiflbient tom- ber fur la viande, qu'ils dévorèrent en 'peu de tems. Mais comme cela fentoic trop mauvais, )e jcttai tout. * Théodore. Voila comme les mouches viennent de pourriture. Elles font leurs a\x& ou leurs vers fur U Entretien. 75 viande^&s'envolenp incontinent. Ce$ vers mapgent, ^ ceicc chair fe pourri^ ilprés que ces vers ont bien mangé, ils s'enferment dans leurs coques, & en forcent mouches: Se le 'commun des hommes croit; fur cela que les infeâes viennent de pourriture.
T H E o T I M E. Ce que vous dites» eft feuTi Car j'ai renfermé plufieurs fois <le la chair où les mouches n'avoienc point été, dans une bouteille kxDàé^ iiermetiquement, & je n'y ai jamais trouvé de vers.
A K I s T B. Mais comment donc fe peut-il faire qu*on en trouve de fort gros dans toutes fortes de fruits?
Théodore* On les trouve gros, mais ils font entrez petits dans le fruit. Cherchez bien, vous découvrirez fuç la peau, ou quelque petit trou, ou fa cicatrice. Mais ne nous arrêtons point, je vous prie, aux preuves qu'on donne qu'il y a. des animaux qui viennent de pourriture. Car elles font fi foiblçs ce^ preuves, qu^elles ne méritent point de réponfe. On trouve des fouris dans un raifleau nouvellement, conftruit, ou dans un lieu, où il n'y en avoir poinr, Donc il f^ut que cet animal fè fou eniiij 8o Onïie'mê gendre de quelque pourriture. Coîtt'* me s*il écoic défendu à ces animaux de chercher la nuit leurs befoins, Se de paifer fur les planches & furies coT'* des dans les barques ^ & delà dans iéa grands baftimens, ou. qu'orupûi con- ftruire les. vaiflcaux ailleurs que fur le rivage. Je ne puis pas comprendre com- ment un fi grand nombre de perfon- nes dé bon (ens ont pu donner dans une erreur fi gro(ïï<.-re & fi palpable fur de femblables raifons. Carqu^y a-t'il de plus incompréhenfible, qu'un anu mal fè forme naturellement d'un peu de viande pourrie? Il e(l infiniment plus facile de concevoir qu'un morceau de fer roHillé fe change en une montre parfaitement bonne: car il y a infini- ment plus de reHbrts Se plus délicats dans la fouris que dans la pendule la plus compofée.
. A R 1 s T E. Apurement on ne com- prend pas qu'une machine compofée d'une infinité d'organes difl&rens, par- faitement bien accordez ehfemble, & ordonnez à diverfes fins, ne foit que TtiFet de cette.loi fi fimple& fi natu- relle, que tout corps doit fe mouvoir du c&;è qu'il eft le. moins poutTé: cas Enthetien. 8i Enthetien. 8i cecce loi eft bien plus propre à détruire C( cce machine, qu'à ta former. Mais on ne comprend pas non plus que les animaux de même efpece, qui fe fuc-» cèdent les uns aux autres, aïenc tous été renfermez dans le premier.
T H £ o D G B. E. Si on ne comprenil pas que cela foit, on comprend du moins que cela n*e pas impofliblejpuis que la matière eft divifible à l'innni: mais on ne comprendra jamais que les loix du mouvement puiflènt conftniire des corps compofez d'une infipiié d'or« ganes* Oti aaflez de peine à concevoir que ces loix puillènc peu à peu les faire croître. Ce que Ton conçoit bien, c*t ft qu'elles peuvent les détruire en mille manières. On ne comprend pas com- ment Tunion des deux fexes peut être cau(è de la fécondité: mais on com- prend bien que-cela n*cft pas impoflî- ble y dans la fuppofition que les corps foient déjà fbrnnez. Mais que cette union foit la caufe de rorganiiation des parties de l'animal, & de tel animal, c'eft aflurément ce qu'on ne compren^ jra jamais.
A R I ST E^ -J'ai pourtant oîii dire yx Mr. Deicartes avoit commencé un Si Onzie'me Traité de la Formation du Fœtus, dans lequel il precend expliquer comment un animal fe peut fbrmter du mêUngo de la femence des deux fexes.
• Théodore. L'ébauche de ce Philofophe peut nous aider à compreni» dre comment les loix du mouvement fuffifent pour faire croître peu à peu.les parties de Panimal. Mais que ces loi% puiflfcnt les former, & les lier toutes enfemble ^ c'eft ce que perfonne n^ prouvera jannais. Apparemment Mr« Defcartes l'a bien reconnu lui-même: car il n'a pas poulTé fort avant Tes coti'* jeâures ingenieufes. - A R I s T E, Son entrcprife étoit un peu téméraire.
Theodorb. Fort téméraire, s'il àvoit defTein de rendre raifon de lacon* ftraâion des animaux tels que Dieu les a faits: car ils ont une infinité de ref« forts qu'il devoit connoître, avant que de chercher les cau(ês de leur forrna- tion. Mais apparemment il ne penfoit pas à cela. Car on ne feroit pas fage, fi on vouloir expliquer éxaâement com« ment un Horlpgeur fiit une montre^ fans fçtvoir auparavant de quelles par* lies cet ouvrage eft compofé.
\.
EîiTRETlÇN. 83 A ti 1 S T £. Ce Philofophe auroit péuc-êcrejnieux fait d'expjiqaer par les lôix des mouvemens la génération dçs {^lances, que celle des animaiix, IX. THE.0DOR?. Nullement. L^entrefrife eut été également iropofli- bl^. Si les graines ne concenoient en petit ce que nous voïons en grand dans les plantes, les loix générs^lesnepour* jtoient jamais les rendre fécondes, A R I s T s. Des plantes dans des graines, un pomier dans un pépin! On a toujours quelque peine à croire que fcela ibit, quoiqu'on fçachebien que la matière eft divifible à Tinfini.
Thbotime. J*ai fait une expé- rience qui a beaucoup contribué à me le perfuader. Ce n*eft pas néanmoins que je croie que le pomier, par exemple, qui eft dans le germe du pepin,ait à pea prés les mêmes proportion? de gran- deur & des autres qu^Iitez entre (es branches, fes feiiilles & fes fruits, que les grands arbres; & aflurément Théo- dore ne le prétend pas non 'plus. Je pretens (èulement que toutes les parties organiques du pomier font formées, & il bien proportionnées aux loix du mou- yemenc, que par leur propre conftruh 84 Onzie'mé €bion & l'efficace de ces ioix ellei$ peu* vent croître»fans le fecours il'une Pro- vidence particulière.
AaisTE.Je comprens bien vô- tre fencimènc: dices-nous votre expe« lience. T H E G T I M E. J*ai pris, Arifte, -,^*/K.une vingtaine des plus grolïès fèves. mie "itjj'en ai ouvert deux ou trois, & j'ai re- J^j[*' marqué qu'elles écoient compolées en Orew. dedans de deux ' parties qui fe fëparent ^^^.aifément, & que j'ai appris qu'on ap- fi^bù pcllè leurs lohes: que le germe litoic attaché à Tua de à Tautre de ces lobes: que d'un côcé il fe terminoit en pointe vers le dehors, & que de l'autre il fc cachoit entre les lobes. Voilà ce que j*ai vu d'abord. 3*ai femé les autres fé* vcs pour les faire germer, & voir com- ment elles croiflTent* Deux jours après l'ai commencé à les ouvrir. J'ar conti- nué pendant environ quinice jours, & j*ai remarqué diftindfcement: que ta ra- cine' étoit contenue dans cette partie <ia germe qui eft en dehors & (e ter* mine en pointe: quela plante étoit ren- fermée dans l'autre partie du gern^e qui paflè entre les deux lobes: que la raci- ste éçoit ellç-même une plante qui avoiç \ Entretien. 8j \ Entretien. 8j les racines dans la fubftance des deux lobes de la fève dont elle tiroic (a nour« riture: que lorfqu'elle avoic poufTé eu terre comme les plantes dans l'air, elle fournifToit abondamment à la plante le iuc nécelTaire: que dans la plûparc<les graine s la plante en croilTant pafToit en« cre les lobes,qui après avoir {ervi à l'ac^ croiflfement de la racine/e çhangeoient en feuilles, & mettoient la plante à couvert des mjurcs de l'air. Ainfi )e ire fuis perfuadè que le germe de la (e** ve contenoit la racine de la plante, 6c la plante mênie, 8c que les lobes de la fève ètoient le fond où cette petite, plante ètoit déjà femèe, & avoit déjà les racines». Prenez, Arifte, de ces groP lès fèves vertes, dont on mange au commencement de Tété. Ouvrcz-Ies délicatement. Con(iderez-les «attenti-. vement. Vous verrez fans microfco* pe une partie de ce que je viens de vous dire. Vous découvrirez mêmes les pre- mières feuilles de la plante dans cette petite partie du germe qui fe replie çti*« tre les deux lobes.
Ariste. Je crpi bien tout cela. Mais que cette graine contienne la plante ique nous yerrons dans vingt ans^ c'eft 8^ Onzie'me ce qui eil difficile à s*imiginer, & ce que votre expérience ne prouve poitic« T H E o T I ME. Il eft vrai. Mais nous voïons déjà que la plante eft dans la graine. Nous voïons fans le fecours du Hiicrofcope, qu'en hyver mêmes la tulipe eft dans Ton oignon. Nous ne pouvons pas voir aftueilemenc dans U graine toutes les parties de la plante» Hé bien, Arifte, il But tâcher de les imaginer. Nous ne pouvons point ima^» giner, comment les plantes qui vien-i dront dans cent ans font dans la graine« U, £iut tâcher de le concevoir. Du moins cela fè peut-il concevoir. Mais on ne voit point que les plantes fe for- ment uniquement en confequence des loix générales des communications da mouvement. On ne peut imaginer comment cela fe peut faire. On peut encore moins le concevoir. Quelles rai^ fons peut-on donc avoir de le foutenir, & de nier ce que Théodore vient de lïûus dire } * A R I s T ï. Je (crois fort poné à croire, que Dieu conferve les animaux êc les plante» par des volontez particu^ lieres, Ci Théodore ne m'avoit poinc fiiit remarquer ^ que d*ôter à la Provi* Entretien. 87 jence fa généralité ^ fa {implicite, c'é- coit la rendre humaine, 6c lui faire por- ter le caraâere d'une intellieence bor- née, & d'une caufe particulière. Ain- 6. il en faut revenir là 3 & croire que Dieu par la première impreflion da paouvement qu'il a communiqué à la matière» Ta fi fagement divifée, qu'il a formé tout d'un coup des animaux 6c des plantes pour tous les (iécles. Cela cft pofllble, pi^ifque la matière cft di« vifible à l'infini. Et cela s'eft fait ainfi, pdirque cette conduite eft plus digne ^e TEtre infiniment parfait, que toute autre.
• Theotime, Ajoutez à cela, Arifte, que l'Ecriture nous apprend que mantenant Dieu fe repofe, & que d'abord il n'a pas fait fi^lement les plantes de la prenniere année de la créaf- cion, mais encore la femence pour tou- tes les autres: Germinet terra, hcrbar» g*», u virentem & facitntem ftmtni & ligntim pomifirHm faciens fruÊlmn, juxta genus flUtm, CUJUS SEMEN IN SEMETIPSO fit ç^ j, ^^ frper tcrram. Ces dernières paroles, hu )u!ffem€n in femetiji/b fit, \oinics à celles- ci: £r rcijuiev'it aiejfèptkna ah omni opt-^ te qmdpatrarat, marquent, ce me fcmr g 88 Onzie'me ble, que Dieu, pour conferver (es créai tures, n'agit plfds comme il a fait dans le tems qu'il Us a formées. Or il n'a- git qu'en deux manières, ou par des v'o- lontez particulières, ou par des volon- tez ou des loix générales. Donc il ne fait plus maintenant quefuivre Ces \o\t^ fi ce n'eft qu'il y ait de grandes raifons ui Tobligent à interrompre le cours de a Providenceiraifons que je ne croipas que vous puiffiez trouver dans les be* foins des animaux ou des plantes. X. A R I s T E. Non fans doute. Car 3uand il y en auroit la moitié moins, n'y en auroit que trop. Car, je vous prie, Théodore » à quoi bon tant de Î liantes inutiles à nôtre ufage^tant d'in^^ edes qui nous incommodent } Ces petits animaux font l'ouvrage d'une fa- gefle infinie: je le veux. Mais c'eft cela même qui fait la difficulté* Car pour- quoi former tant d'ouvrages excellens pour nourrit: les hirondelles, & devo* rer nos bourgeons > Eft^ce, Théodore, que le monde neferoit pas auffi parfait qu'il eft, fi les chenilles & ks hanne^ tons ne venoient point dépouiller le| arbres de leurs fruits & de leurs feiiiU T?i£0D0I^I.
T H X o D o R s. Si vous jugez. Aride, des ouvrages de Diea unique- mène par rapport à vous y vous biafphe-i merez bien-iôt contre la Providence j vous porterez bien-tôt d'étranges Juge- mens de la fageflè du Créateur.
Î^as potu l'homme que Dieu a tout aiti Thïodors. Oîii, Aride, pour cet homme fous les pied$ duquel Dieu a tout allujetti, fans en nen excepter: pour cet homme dont parle làint Paul dans le fécond Chapitre de l'Epitre aux Hébreux. Dieu a tout fait pour fon Fils, tout pour fon Eglife, & fon Egli* fe pour lui. Mais s'il a &it les puces