SigPhi · Nicolas Malebranche

Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et sur la mort

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{»our lliomme, c'eft aflurément pour e morcire & pour le punir.. La plû- part des animaux ont leur vermine par* •tîculiere. Mais Thomme a fur eux cet •avantage ^ qu'il en a pour lui feul de plufieurs efpeces: tant il eft vrai que .Dieu a tout fait pour lui. C'eft pour dévorer fes bleds queJDieu a fait les fau- 'ticrclles. C'eft pour enf<*iencer fes ter^ res qu'il a donné comme des aifles à la graine des chardons. C'eft pour flctrir tous fes fruits qu'il a formé des infcâes Tome JI, H 90 Onzib^me . d'unç infiniié<i*efpcccs. En ce fcns, fi Dieu ii*a pas fait coûtes chofes pour rhomme, il rie s'en faut pas beau* coup. • Prenez garde, Arifte, la prefcience de Dieu eft infinie. II doit régler fur elle tous (es defleins. Avant que de donner à la matière cètff première impreffton de mouvement qui forme l'Univers pour tous les fiécles, il a connu clai- rement toutes les fuites de toutes les combinaifons poâibles du pby(îc avec le moral dans toutes fortes de fuppofi- tions. Il a prevû que l'homme dans tel- les & telles cîrcônftances pécheroit, 8c que fon péché fe communiqueroit à »» ifteher toutc fa poAerité en confequence * des ye^^l'^loix de l'union de famé & djj corps. L. x.ch Donc puifqu'il a voulu le permettre ce daircifit' foneft^ péché, il a dû faire ufkge de (k ment jfur: prefciencc, & combiner fi fagement le €b7^itre. phyfic avec le moral, que tous fesou>- vrages fiflènt entr'éux, & pour tous les tiédies^ le plus bel accord qui fbit poidL. ble. Et cet accord merveilleux confifte en partie dan^cet ordre de juftice ^ que Fbommes'étant révolté contre le Créa- teur,jce que Dieu prévoïoit devoir ar*- ■*iver, les créatures fe révoltent ^ pouc Entretien. 9.1 Entretien. 9.1 âinfi dire, contre lui, & le puniflènc de fa défotxïflànce. Voilà pourquoi il y a £a//o9i tant de difFerens animaux qui nous font ^ ^* la guerre. * XI. A K I s T B. Quoi \ avant que rhomme eût péché, Dieu avoic déjà préparé les inftrumens de fa vengeance? Car vous fçavez que rhomme n'a été créé qu après tout le refte. Cela me pa* roit bien dur.

Theodoue. L'homme avant (on ^pécbé n'avoit point d'ennemis: Ton corps & tout c^ qui Tenvironnoit lui étoit fournis: il ne fouffroit point de douleur malgré lui. Il étoit jufte que ^ Dieu le protégeât par une Providence particulière, ou qu'il le commît à la garde de quelque Ange tutelaire pour empêcher les fuites fôcheufes des loix générales descommunications des mou« yemens. S'il avoit confervé fon inno- cence, Dieu auroit toujours eu pour lui les mêmes égards, car il ne manque jafiiais de rendre juftice à fes créatures. Mais quoi! ne voulez-vous pas que Dieu fafTe ufage de fa prefcience, & qu'il choifi(îè la plus fage combinaifon qui foit poffible entre le phyfic & le moral } Voudriez- vous qu'un Etre infr- €(1 OKZlfe^MË €(1 OKZlfe^MË niment fage tiVûc point fait portera^ conduite lecaraâere de fa fageflè j pa qu'il eût feit rhomme & Tcûc éprouvé, avant que de faire ces créatures qui nous incommodent; ou enfin qu'il eue changé de deflèin 8c reformé K>n.ou* . vrage après le péché d'Adam? Dieu, Arifte, ne fe repent & ne ft dément jamais. Le premier pas qu'il fait eft réglé par la prefcience de tout ce qui le doit fui vre. Que dis- je 1 Dieu ne (e dé^ termine à faire ce premier pas, qu'a* prés qu'il Ta compar4 non feulement avec tout ce qui le doit fui vre, mais en- core avec une infinité d'ai|tres premiè- res démarches dans une infinité d'autres fuppofitiôns y & d'autres. combinai(btTS de toutes efpeces du phy fie avec le mo- ral Se du naturel avec le furnatùrel. f * ^V"V. Encore un coup, Arifte, Dieu a prevû foH iu'u que l'homme dans telles & telles cir<* ^(Z^^kbê conftances fe revolteroit. Après avoir . diHs 'les tout comparé, il a crû devoir * permet- }l!ri^m ^^^ ^^ péché. Je dis permettre. Car il n'a cMtUn- pas mis l'homme dans la néceffité de le. *'^' ^1^' commettre. Donc il a dû par une fage fuiv. àt combinarfon du phyficavec le n>oral, re;/m(»»^ faire porter à fa conduite des marques w 1701. de (à prefcience. Mais ^ dites-ious, il i i ft donc préparé avant ie péché des intira:* mens de fa vengeance. Pourquoi non, puifqu'il l'a prévu ce péc^, Sc qu'il a voulu le punir? Si DieAlvoic rendu malheureux l'homme innocent, s'il s'é- toit fer vi de ces inftrumens avant le pé- ché, on auroit (ujet de k plaindre. Mais eft-il défendu à un père de tenir des ver- ges prêtes pour châtier fon enfant, prin* cipalement s'il prévoit qu'il ne man. quera pas de lui défobcïr } Ne doit*il pas mêmes lui montrer ces verges me- naçantes, pour le retenir dans le devoir^ Peut^on douter que les ours ôr les lions ne foient créez avant le péché? Et ne fiific-il pas de croire que ces cruelles bêtes 9 dont Dieu fe kvt maintenant λour nous punir, refpeâoient en Adam on innocence, & la Majefté divines Mais fi vous trouvez mauvais que Dieu avant le péché commis ait préparé des ihftruaiens pour le punir, confolez- vous. Car par (a pr'efcience il a auflt trouvé le remède au mal, avant au'il fût arrivé. Certainement avant la chute da Î premier homme, Dieu avoir déjà def- einde fandifier fon Eglife par Jefus- Chrift. Car S. Paul nous apprend qu'A- dam Se Eve étoient dans leur mariage 5>4 Onzie'me quia précédé le péché, la figure de wf). 5. J^^^s Chrift Se dt (on Eglife: Sa:nram€n'^ '^ tnm hoc méfamn tfl: Ego antem dico ht Km» 5 Chrifio & utkcckfiai le premier Adam étant la figure du fécond, forma fiitari jufques dans fon péché. Cefl:, Aride, que la prefcience de Dicuécant infinie, elle a réglé toutes chofes. Dieu a per* mis le péché. Pourquoi > C'eft qu'il a prévu que £bn ouvrage reparé de telle & telle manière vaudroit mieux que Iç mêm; ouvrage dans fa première çpn- (Iruâiion. Ha établi des loix générales qui dévoient faire geler & grêler les campagnes: il a crée des bêces cruelies, ' & une infinité d'animaux fort incom* modes. Pourquoi cela? Ceft qu'il a prévu le péché. Il a mis une infinité de capports merveilleux entre tous ces oiu vrages: il a figuré Jefus- Chrift S^ fon Eglife en mille manières. Ceft un efFçjt & une marque certaine de fa prefcience & de fa fagede. Ne trouvez donc point mauvais que Dieu ait fait ufage de (a prefcience, & qu'il ait d'abord combiné fagement le phyfic avec le moral, non £our le peu de tems que le premier omme devoir conferver fon innocen- ce 9 mais par rapport à lai & à tQ»s fçs Entretien. ^9^ . énfans tels qu'ils dévoient être jufques 'à la fin des hécies; Adam ne pouvoîc pas fe plaindre que les animaux fè man« geaflèqt les uns les autres, lui rendant a lui, ^iibime à leur Souverain, le ref- peâ: qui lui étoit dâ. H devoit plutôt apprendre par là, que ce n'écoit que *des brutes incapables de raifon, & que Dieu Tavoit diflingué entre toutes Tes créatures.

X 1 1. A it I s T £• Je comprens bien ce que vous me dites. Dieu a eo de bonnes raifons de créer de grands ani^p' maux capables de nous punir. Mai$ pourquoi tant de petits infères quin^ nous font ni bien ni mal, Se dont U mécanique eft peut-être plus merveiU leufe que celle des grands animaux > Mécanique cachée à nos yeux, 6t qui ne nous fait point connoître la fagedb du Créateur..

Four petit qu'il (oit, qui i e puiflè de un à l'autre avoir quelque rapport à nous; je vous léponb que If* principal .deflèin de Dieu dans la'formatiori de ces petits infeûes, n'a point été de nous faire*par eux quelque bien ou qaelqu^ f6 On'xie^mB mal.mais d'orner rUniv,ers par destm^ vrages dignes de Ta fageflè & de Tes aa« très accribucs.Le commun des hommes méprifeles infeâies: mais il fe trouve des gens qui les confidèrenc. Apparenw / ment les Anges mêmes les admirent. Mais quand toutes les intelligences les îîéglîgeroientjil fuffit que ces petits oa« vrages expriment les perfcûions divi- nes,& rendent l'Univers plus parfUt en lui-même, quoique moins commode ^our des pécheurs, afin que Dieu les * créât, fuppofé qu'il pût les confervcr fans multiplier fes voies. Car Dieu a fait afTûrément l'ouvrage le plus pariait par les voies les plus générales & les plus (impies. Il a prévâ que les loix des mouvemens fufEibient pour confervec dans le monde Tefpece de tel in(èâe qu'il vous plaira. Il a voulu tirer de fes loix tous les ufages poflibles pour ren- dre fon ouvrage plus achevé. Il a donc formé d'abord toute l'efpece de cet in- feâe par la divifion admirable d'une certaine portion de matière. Car il faut toujours avoir bien dans l'efprit, que c'eft par le mouvement que tout Ce £iic dans les corp^, & que dans la première déteonination des mouvemens ifétoic indiiflèrenc Entretien. 97 fiidilFerent à Dieu de mouvoir lés par- ties de la matière en un (èns ou en un autre, n*yaïant point de loix générales E^gt. des communications de mouvement ^vi9mh% avant que les corps iè fu(Iènt choquez.^ '^* . Ariste. Je conçois cela, Théodore. Un monde rempli d'une infinité d'anil maux petits & grands ^ eft plus be^u Se marque plus d'intelligence qu'un autre ' oi\iI n'y auroit point d infeâes. Or un tel monde ne coûte pas plus à Dieu, pour parler ainfi, qu'un autre, ou ne demande pas une Providence plus com-^ pofée & plus' particulière, 6c porte pac confequenr autant que tout alutre le ca« raâcre de l'immutabilité divine. Il ne Ëiut donc pas s'étonner que EHeu ait £dt un (1 grand nombre d'infeâes.

XIII. Théodore. Ce que njous. difons-là ^'Arifte, eft génér^Jîi & tiex" clud pas une infinité de raiîbns que Dieu a eues de faire le monde tel qu il eft.

A R I s T 1. Il faut que je vous di(è, Théodore, une penfée qui m'cft venue dans refprit, lorfque vous me parliez de la transformation apparente des in- feâ£s. Les vers rampent fur là terre. Ils y mènent une vie trifte & humilian^: Tome II. I 98 Onzi e'me te. Mais Us fe font un tombeau d'oll ils forcent glocieux. )e me fuis imaginé que par là Dieu vonlou figurer la vie ^ U mort Si la réfurreâion de Ton Fils^ Cc mêmes de tous les Chrédens.

. TutODOiLE. le fuis bien^aiC?; Arifte,que cette penfee tous fok venue dans Telprit. Car quoiqu'elle me pa« roiâè fort folide, je n'aurois pas ofl^ TOUS la propofer.

Thbôdo&i* Ceft qu^ellea je M fçai quoi de bas qui dépUit à Tima* Îination. Outre que œ mot feulement e ver ou d*infcâe joint à U grande idée que nous devons avoir du Sauveur, peut exciter la raillerie. Car je penfè Sue vous fçavez que le ridicule confifte ans la jonânon du petit au grand» A K I s 1^. Oui: mais ce qui paroïc ridicule à l'imagination eft fouvent fort saifonnable& fort jufte. Car c'eft fou- vent que nous méprifons ce que nou^ ne connoiflons pas« Theodoslb« Ileft vrai, Arifte» Le lys champêtre que nous négligeons eft plus magnifiquement paré que Sala* mon dans toute (à gloire. Jefus-Cirift «La point craint la raillerie, lorfqtt'ii ^', Entretiew. 9j^ avancé ce paradoxe, imagination eft contente aufli-bien que la raifonjorfl que l'on compare la magnUîcence dii Roi Salomon à la gloire de Jcfus^ Chrift reflufcicé^ Mais elle n*eft pat troy fati&faite, loifqu^on cherche dans la beauté des lys une figure du Sau ^eur^ Cependant la magnincence de Sato- mon n'étoit que Touvrage de la mala 4es hommes: mais c*eft Dieu qui a donné aux fleurs tous leurs ornemens.

AmsTE. VouscroïizdonCjTheo-k dore, que Dieu a figure J< fus -Chrift dans les plantes auili4>ien que dans Ie$> iofcâes } Théodore. Je croi, Arifte, que Dieu a tout rapporté à Jefus- Chrift en mille manières diâèrentes; & que non ft^u1ement les créatures expriment let perfedkions divines, mais qu'elles font ^ttffi autant que cela fe peut des emblée mes de Ton Fils bien- aimé. Le grain qu'on feme doit y pour ainfr dire, mou-« cir pour refTufcitec & donner Ton fruits ^ ]e trouve que c'eft une JBgure na^ tutelle de Jefus-Chrift y qui eft more pourre({u(citer glorieux 2 Niji gramm^"*'^'^^^ frumenti eéJtns in ttrréffn nmrtHwn fiu^ '^ rit, iffmnmmoii fimttm wortimm fnt^ lOO OnZ r B*M E rit, fnnltmh fiathm ^rt. ': Theotime. On peut fe fêrvîr de tout ce qu'on veut pour faire des corn- paraifons. Mais il ne s'enfuit pas delà, que Dieu ait voulu figurer Jefus-Chrift par toutes les chofes qui ont ^vecjiui certains rapports arbitraires.

ïX^N " Théodore. Si je ne fçavoîs; 4, ' ' Theotime, que le principal des dedèins de Dieu c'eft Jefus-Chrift & fon Eglife; que rien ne plaît à Dieu que par jefiis- éhrift 5 que c*cft en Jefus-Gbnft & par Jefus-Chrift que KUnivcrs fubfifte^par^ €e qu'il n'y a que lui qui le fanélifie, qui le tire de Ion é tat prophane, qui le rende divin, jeregarderois connme des comparaifons arbitraires & tout-à-iait baffes, ce que je prens peur des figures naturelles. Oiii, Theotime, )e croi que Dieu a eu tellement en vue Jems* Chrift dans ta formation de l'Univers^ que ce qu'il y a peut-être de plus admi- rable dans là Providence, c'eft le rap« *. f^^ qu'elle met fans cefle entre le na« turel & le furnaturel, entre ce qui fe {>a(re dans le monde & ce qui arrive à 'Eglife de Jefus-Chrift.

Ml El^T RETIENT. im iChrift par tes changémens des infe&ci^ cela faute aux yeux.Un ver edméprif^t^^ ''méprift: Ego antem fftmvermis, & non - homo y ofprohriHm hominum & abje^p flebk: le voilà chargé de nos itifirmicez ic ié nos langueurs: f^trè languorts ^y- -^ ffofiros ipfi ttilit. Un ver s'enferme dans fon tombeau & reflufcite quelque tems après {ans fe corrompre. Jefus.Chrift -meurt & reffufcite fans que fon corps ait été {ujet à la corruption. Netfmcor ^^^ ^ ro ejHsv'tait corruptionem. Le ver rcllùf- cité a un corps, pour ainfi dire» tout fpirituel. Une rampe point 9 il vole. Il ne fe nourrit plus dr pourriture: il ne lait que Tuccer des fleurs. Il n'a plds -rien de méprifahle: on ne peut pas être plus magnifiquement paré. De même Jefus • Chrift reflufciié efl comblé de gloire. Il s'élève dans les Cieux. Il ne. rampe point, pour ainfi dire, dans la Judée de bourgade en bourgade. Il n'eft . plus fujet à la lalTitude & aux autres : infirmitez de fa vie laborieufe. Il gou- verne toutes les nations, & il les peut ■ hii^tt comme un pot de terre, dit TEcri- ^ ture. La fbuveraine puiflànce lui a été ^' * ' donnée dans le Ciel & fui: la Terre.

Peat-oh dire que ce parallèle foîc arbit^ traire? A /rarement il e(l naturel Theoookb. Vous oublies^ » A^ift^ii des rapports trop }uftes pour Icre n4^ AnisTi. Qtit font-Us ^ Theopori. Ces vers avant leor transformation croiflênt toujours. Mais les mouches, les papillons, & gêné- jralement tout ce qui vole après avoir été ver,tout ce qui a été transformé d^ *' meure toujours dans le même état« A R I s T E. C^éft que fur la terre oo peut mériter fans ceUe, & que dansjle Ciel on demeure tel qu*on eft, Théodore. J'ai reniarqué qod <ies inftdles n'engendrent point qu'ils fie foient reflufdtez, & pour ainu di- re, glorifiez.

A R I s T E. Vous avez raifon. C*cft . que Jefus-Chri^ft n'a envoie le Saint Efprit à fon Eglîfe, il ne la rendue fé- conde, qu'après (à Refurre&ion % Ce '* qu'il eft entré en poflèflion de fa gloire. < cb.7% Noném trot SpiritHS datas, dit faint ^'' -^ * Jean ^ quidjefus nondum erat glorifica^ 7. ' dit vobis ut ego vadam. Si enim non stie^ • ro, ParacUtmnon vcniep ad vos. Si éUh Entretiïk. it>3 fêm éAïero j fninam ewn advfis. Je t»?

m'étonne plus que Dieu ak fait un fi . grand nombre d'infeâes, Theodorb. Si Dieu (è plate, Tbeocime dans (on ouvrage ^ c*eft qu*U y voit par tout hn Fils bien-aiiné. Car nous-mêmes nous ne fommes agréa- bles àDieu,qu*aucant que nous femmes 4es expreflions de Jefus-Chrift. La tMr ciere, par les modalicez donc elle eft capable ^ ne peut pas exprimer éxaâô^ ment les difpoGcions intérieures de Ta- me fainte de Jeftis/a charité^ fon humH licé^fa patience.Mais elle peut fort biea imiter les divers états où (on corps adoi- xable s*eft trouvé. Et je penfe que Tat^ rangement de la matière » qui figure Jefu&-Chrift & (on Eglife, honore da- vantage Tamour du Père pour le Fils^ Î|ue tout autre arrangement n*honore a fagede & fes autres attributsi Ariste. Peut-être mêmes que c*eft .^ans les difpofitions de la matière pro« près à figurer Jefus-Chrift, qu*il y a te plus d'art ^ d'intelligence. Car qu'un animal vivant fe fdfle un tombeau& s'y renferme pour en reflufciter glorieux ^ peut-on concevoir une mécanique plus fdmirable. que celle par laquelle ce^ I m] 104 On2ie'mb I m] 104 On2ie'mb 0ioavfmfns*là s'exécutent. . Thsotimb. J'entre rout- affale dans vos (èntimens. Et je croi de plus ^ Théodore, que Dieu a figuré n^mes f^ar les difpofitions des corps celle de 'ame fainte de Jeras,& principalement Texcés de fon amour pour fon Eglifè» Mil* s-^^*^ ^**"^ ^^^^ ^^^^ apprend que cet- te paflîon violente deTamour qui fait qu'on quitte avec joie Ton père & fa ^ere pour fa femme ^ eft une figure de r^xcés de Tamour de Jéfus-Chrift pour ibnépoufe. Or quoique les animaux '^ à parler en rigueur, foient incapa|)les d'amour, ils expriment par leurs mon- ^emens cette grande paflion, & con- fervent leur efpece à peu prés comme les hommes. Us figurant donc naturel- lement cet amour violent de Jefus- Chrift 9 qui Ta porté à répandre fon fang pour fon Eglife. En effet, pour exprimer fortement & vivement la fo- lie de la Croix. TanéantifTement du Fils de Dieu, Texcés de fa charité pour les hommes, il falloir ^ pour «ain(î dire ^ line paflîon aveugle & folle, une pa(l fion qui ne garde nulle mefure.

ENTRETliEN. laj Sans les rapports merveilleux qu'il a mis entre Tes ouvrages, & ne regardons point comme des créatures inutiles cel** les qcri peut-être ne nous font ni bien pi mal. Elles rendent l'ouvrage de Dieu plus parfait. Elles expriment 1^ perfcàions divines. Elles ngurent Je- ius-Chrift. Voilà ce qui fait leur ex- cellence & leur beauté.

Théodore. Admirons, Arifte. Mais puifque Dieu n'aime fes créatu- res qu'à proportion du rapport qu'el- les ont avec les perfeâions „ qu'autant qu'elles font des exprefEons de Ton Fils^ ibïons parfaits comme nôtre Peré ce- lefte eft parfait, & formons4ious fur le modèle qu'il nous a donné en Ton Fils. Ce n'eft pas aflez à des Chrétiens de figurer JefusChrift comme les ani- maux & les êttes matériels, ni mêmes comme Salomon par les dehors d'une gloire éclatante. Il faut imiter fes ver-. tus, celles qu'il a pratiquées dans fa vie humiliante & pénible, celles qui nous conviennent tant que nous ram- pons fur la terre: fçachant bien qu'â- ne nouvelle vie nous eft refervée dans le Ci^l, d'où nous attendons nôtre transformation glorieufe. Noflra con* lOtf 0N2IE*MÉ TiiUf-verfatio in ce^h efi, dit faioxPiol, witlt ï-^o^'Wmw Sdvâtortm fxpfQamus Dommmit ÇLAKITATtS S\}A.

XII. ENTRETIEN.

JD/ la Prûvidenct divine dans les hlx de Funian de Came & du corps, & q$t$ Dieu nous unit far elles d tousfes owvrar f€S. Des otx de C union de Pefprit aves la Raijbn. Cejt far ces deux fortes de loix ijue fi forment les focieteT^ Com^ ment Dieu par les j4nges dijhriiué aux hommes les biens temporels, & par Je* /iiS'Chrifi la grâce intérieure ^ toutes fortes de tiens. De U généralité de le Providence.

AR I s T B. Ah, Théodore! qot Dieu eft admirable dans Ces cta* vres! que de profondeurs dans Tes def» feins! que de rapports, que de coqi« binaifons de rapports il a fallu compa^ rer, pour donner à la matière cette pte^ ^iere impreilîon qui a formé l'Univers avec touces Tes parties y non pour un moment, mais pour cous les flécles! (^ue de fageflè dans la fubordinacion lies caufes ^ dans rencbaînement dts ioS Douzïe'me" ioS Douzïe'me" effets ^ dans l^union de cous les corps tlonc le monde eft compofé, dans les combinaifons infinies, non (eulemenc du Phy fie avec le Phyfic, mais du Phy- fie avec le Moral ^ & de Tun & de Taurre avec le furnacurel!

Théodore. Si le feul arrange^ ' liienc de la matière, Ci les effets nécef- iaires de certaines loix du mouvement très- (impies & très-générales nous pa« coiffent quelque chofe de fi merveil- leux,que devons-nous penfer des diver- ses focietez qui s*ctabliflènt & fe con- fervent en confequence des loix de l'u- nion deVame & du corps^que jugerons- nous du peuple Juif & de fa Religion, & enfin de TEglife de Jefus-Chrift?Que penfcrions-nous, mon cher Arifte, de la Celefte Jerufilem, fi nous avions une idée claire de la nature des matériaux dont ifêra conftruite cette fainte Cité, & que nous puffions juget de Tordre 8c du concert de toutes les parties qui la compoferont? Car enfin, fi avec la plus îvile des créatures, avec la matière '^ Dieu a fait un monde fi magnifique^ 'quel ouvrage (era-ce que le Temple du vrai Salomon, qui ne fera conftruit ijû*af ec des intelligences } C'eft le choq Entretien. io^ Entretien. io^ 3es corps oui détermine TefScace des loix nacurelles, & cette caufe occafion^ nelle, toute aveugle & fimple qu'elle eft,clleprodûit,par la fageflè de la Pro- vidence du Créateur, une infinité d'ou« vrages admirables. Quelle fera donc, Arift?, la beauté de la Maifon de Dieu, puifque c*eft une nature intelligente cclairéede lafageflè éternelle, & fub- £ftant dans cette mêmeragefle, puiH. que c*eftJefus-Cbrift, comme je vous ^rai bien^tôt, qui détermine l'efficace des loix furnaturelles par Icfquelles Dieu exécute ce grand ouvrage? Que ce Temple du vrai Salomon lera ma^- gnifique! Ne feroit-il point d'autant plus parfait que cet Univers, qu^ les es- prits font plus nobles que les corps, Sc que la caufe occafionnelle de l'Ordre dela^grace eft plus excellente que celle qui détermine l'efficace des loix natu- relles? Afïufément Dieu eft toujours femblable à lui-même. Sa faseflè n'eft point épuifée par les merveilles qu'il a faites. Il tirera fans douce de la nature fpirituelle des beaut^z qui fuipadèront infiniment tout ce. qu'il a fait de la nia*- ciere. Qu'en penfè?; - vous ^ mon chçi! Arifté?

iio Douzie'mje A R I s T E. Je penfe, Théodore ^ que vous vous plaifez à roê précipiter d'abîmes en abîmes.

Théodore. Oiii d'abîmes pro« fonds en d'autres encore plus proibnds» Eft'ce que vous ne voulez confiderer que les beautez de ce monde vidble ^ que la Providence générale duCréatcuc dans la diviiîon de la matière, dans la formation & l'arrange ment des corps? Cette terre que nous habitons n'eft faho que pour les focietez qui s'y forment^ Si les hommes font capables de fairo des focietez enfemble, c'eft pour fcnrit Dieu dans une même Religion. Tout ie rapporte naturellement à l'EgHfe de Jefus^Chrift, au Temple fpirituel que Dieu doit habiter éternellement. Ainfi il ne faut pas nous arrêter dans ce pre^ mier abîme de la Providence de Diea {or la divifion de la matière & l'arran** gement des corps: il en faut fortir pour entrer dans un lècond, & delà dans un troifiéme, jufqu'à c? que nous foïons arrivez où tout fe termine, de où Dieti rapport? toutes chofes. Car il ne fuffit -pas de croire & de dire que la Provi« dence de Dieu eft incompréhendble 2 il faut le fçavoir, il faut le comprcruli;ef Entretien. m Et pour bien s*affurer qu'elle tft incom- préhenfible en toutes manières, il faut tâcher de la pr^dre en tout fens, & de lafuivre par tout.

A R I s T E. Mais nous ne finirons jamais la matière de la Providence, (i aous la fuivons jufques dans le Ciel.

Théodore. Oui, Ci nous la fui*^ vous lufques-là. Mais nous la perdrons bien-toc de vue. Nous ferons bien obli-» gezy Aride, de palTer fort légèrement forice qui devroit noqs ariêter leplus^ (bit pour la magnificence de l'ouvrage, foit pour la fageflè delaxonduitc. Car la Providence de Dieu fur fon £gli(e eft un abîme, où Tefprit éclairé mêmes par la foi ne découvre prefque lieb* Mais entrons en matière.

I. Vous fçavez, Arifte, que l'home xne eft un compofé de deux fubftances, efprit l^ corps, dont les moda^tez font ceciprbques en confequence des loix générales, qui font caufes de l'union de ces deux natures; & vous n'ignoiez pas que ces loix ne lont que l*s volontés confiantes & toâjouis efficaces du Créateur. Jettons un peu la vue fur la figeffe de ces loix.

Pans rinftant qu'on allume un flam^ Ë ni Dox^zie'me beau, ou que le foleïl. fe levé, il répan J. la lumière de tous côcez, ou plâiôc il preflTè de cous côcez la nl^ciere qui l'en^ \ironne. Les furfàces des corps étant (K verfemenc difpofées^elles réfléchifTenc diverfement la lunnere, ou plûcôc elles modifient diverfement la preflion que caufe te (bleil. ( Imaginez cela comme il vous plaira, il n'importe maintenant* Il eft vrai.femblable que ces modifica* rions de preflion ne confident que dans 4;es vibrations > ou des fécondes que reç- oit la matière fubtile par celle qui la i(ê en gliflTant inœflàmment fur la fur* £ice des corps entr'elle & ces mêmes corps. ) Toutes ces vibrations ou modû fications de preflion alternativement plus & moins promtes, s'étendent, oa Gt communiquent en rond de tous co- tez, 8c en un inftant,à caufe que tout eft^ plein. AifïCi dés qu'on a les yeux ou- verts, tous les raïons de lumière réflé- chis de la furface des corps, & qui en« trent psr la prunelle, fe rompent dans les humeurs de l'œil pour fe réunir fur le nerf optique. ( C'eft une chofc admi'* rable que la mécanique de Tœil confît derée par rapport àl'aftion de la lu- mière: mais ce n'eft pas à cela que nous • devons Entretien. 113 âe^otis nous arrêter. Si vous voulez écu- ^itt cette matière, vous pouvez con. fultet la Dioptrique de Mr Defcartes. ) Le nerf optique ie prouve donc ébranlé en plufieurs différentes manières par les diverfès vibrations de preffion delà ma- tière qui pailê librement jufques à lui $ £c l'ébranlement de ce nerf fe commu- nique jufques à cette partie du cerveia à laquelle Tame eft étroitement unie. D'oi\ il arrive en confequênce des loix de l'union de Tame 6c du corps., 1 1. 1. Que nous fommes avertis de la prefence des objets. Car encore que les corps foient inviiibles par eux-mê- xnes, le fentiment de couleur que nous avons en nous, & mêmes malgré nous à leur occafion, nou^perHiade que nous les voïons eux-mêmes, à caufe que l'o- pération de Dieu en nous n*a rien de lènfible. Et comme les couleurs nous touchent légèrement, au lieu de les re- garder comme des fentimens qui nous appartiennent, nous les attribuons aux ODJets. Ainfi nous jugeons que les ob- jets éxiftent, 8c qu'ils font blancs 8c Sïoits ^ rouges & bleus » tels en un mot que nous les voïons. .!• Quoique les difièrences de la lu* Tome II.. K miere réfléchie des objets ne confîftefit •que dan^des vibrations de pre(Eon plus ou moins promtes ^ cependant les ien^ timens de couleur qpi répondent à ces vibrations ou modifications de la liu miere, ont des différences eflèntielles, afin que par ce moïen nous difcernions plus facilemem les objets les uns des autres.

. ). Ainfi par les différences (enfibles des couleurs, qui terminent éxaâemenc les parties intelligibles que nous trou- vons dans ridée de TePpace ou de l'éten- iluë y nous découvrons d'un coup d'cril une infinité d'objets diâerens,leur gran« 4leur, leur figure, leur (ituation, leur mouvement, ou leur repos: tout cela ibrt éxaâement pur rapport à la con« fervation de la vie; mais d'ailleurs fort confufément & fort imparfaitement. Car il faut toujours fe fouvenir, que les ièns ne nous font pas donnez pour nous découvrir la vérité, ou les rapports éxaâs que les objets ont entr'eux » mais pour confèrver nôtre corps, & tout ce qui peut lui être utile. Comme tout ce ique nous voïoos, par exemple, n'eft Êas toujours ou bon ou mauvais pour i (ànté } 8c que fouvent deux objets JliflTerens peuvent réfléchir la lumière de la même façon ( car combien y a-t'il de corps également blancs ou noirs ) les fentimens de couleur ne nous touchent ou ne nous ébranlent gueres. Ils nous fervent plutôt à diftinguer les objets y qu'à nous y unir, ou à nous en feparer« C'eft à ces objets qu'on les rapporte ces ^ntimens, 6c non aux yeux, qui reçoi- ■ vent Timpreffion de la lumière. Car on rapporte toujours par une efpece de ju« Î rement naturel & qui n*eft point libre, es fentimens à ce qu'il eft plus à propos pour le bien du cocps de les rapporter. On rapporte la douleur de la piqûre^ ^ non à l'épine, mais au doigt piqué. Oa rapporte la chaleur, l'odeur, la faveur^ €c auxx>rganes Se aux objets. Pour la couleur, on ne la rapporte qu'aux ob^ }Cts. Il eft ctair que tout cela doit être ainfi pour le -bien du corps ^ & iln'eft pas nécelTaire que je vous l'explique. III. Voilà, Arifte, ce qui paroit dé Îlus fimple & de plus général dans les mtations des couleurs. Voïons un pca comment tout cela' s'exécute. Car il me femble qu'il faut une fagelTe infinie pour reglecrce détail des couleurs de celle manière > que les objets proche Kij Il6 DOUZIE^ME ou éloignez foienc vus à peu prés (elotf leur grandeur. Quand je dis éloignez, je ne precens pas qu'ils le foienc exceffi^ i^emenc: car lorlque des corps font (i petits, ou (i éloignez j qu'ils ne peuvent plus nous faire ni bien ni mal, ils nous ichapent.

A K I ST E, A0urément, Théodore, il faut une fagelTe infinie pour faire à^ chaque clin d'oeil cette diftribution de couleurs fur Tidée que j'ai de TefpacQ de manière qu'il s'en forme, pour ainfi dire, dans mon ame un monde noo. veau, & un monde qui fe rapporte aflèz u(le à celui darfs lequel nous fommes. Mais je doute que Dieu foit fi éxaA dans les fentimens qu'il nous donne: car je fçai^ bien que le foleil nf dimi- nue pas à proportion qu'il s'éloigne de lliorifon; & cependam il me paroii plus petit.

' T H £ o D G K E. Mais du moins vous êtes bien certain que Dieu efl: toujours éxaâ à vous faire voir le foleil d'autant plus petit y qu'il s'éloigne davantage de rhorifon. Cçcte éxaâitude, Ari(te^ £gnifiè quelque chofe.

Entretien. ii^ Theodor,b. Ceft que Dieu, en con- fèquence de ces loix, nous donne tout d'un coup les fentimens de couleur que nous nous donnerions à nous-mêmes, fi nous fçavions divinement rOprique9 6c que nous connuflions éxaâemenc tous les rapports qu'ont entf'elles les figures des corps qui fe projettent au fond de nos yeux. Car Dieu ne fe dé« termine à agir dans nôtre ame de telle ou telle manière, que par les change*- mens qui arrivent dans nôtre corps. Il agit en elle, comme s'il ne fçavoit rien de ce qui fe (ait au dehors que par la conhoi0ànce qu'il a de ce qui ie palIë dans nos organes. Voilà le principe, fiiivons*le.

Plus un corps eft éloigné, plus l'i* tnage qui s'en trace au fond de l'œil eft petite. Or quand le foleil Ce levé ou & couche, il paroît plus éloigné de nous qu'à midi: non feulement parce qu'on reniarque bien des terres entre nous & rhorifon oi\ il eft alors,mais encore par- ce que le Ciel paroît comme un fphe- «J^^S roïde applati. Donc l'image da foleil ^ Mr.

2ui fe levé devroit être plus petite au ^'^*'V )nd de nos yeux, que celle du (bleil icy é.Or elle eft égale^ou prefque égale* ii8 Douzi'emE Donc il faut que le foleil paroiflè plus grand, lorfqu'il eft proche de rhoruon^ ^ue lorfqu il eft fore élevé.

rience qui démontre ce que vous dires ^.

que la raifon pour laquelle le foleil par roit changer de grandeur, vient de ce €tU A S^'^^ paroit changer notablement de di^ /<»'«» ftance. J'ai pris un morceau de verte ^ Vdl^efir que')*ai couvert de fumée, de telle sna«i u flam- nîere que regardant au travers, je ne AêiM' Toiois plus que le loleiL Et j ai remar- ^< que que cette grandeur apparente di(r paroillbit toutes les fois que je le regar* dois au travers de ce verre; parce que la fiunée faifant éclipfèr tous les autres objets qui (ont entre nous & rhorifon^ je ne voïois plus (ènfiblement de diftanxc au delà de laquelle je pudè placet.

le foleil.

ce verre obfcnrci par la fumée ne laiâo entrer dans l'œil que peu de raïons \ ■: Thsotime. Non Arifte. Caii j'aî toujours vu le foleil d'une égale