i!
Entretien. ^4J Jl poavoit jotiir de tous ces biens ^ fans ie détourner du véritable. D'un autre côté il étoit uni à la Raifon Souve-- raine, & Ton attention, dont il étoic âbfolument le maître, étoit la caufe occafionnelle ou naturelle de Tes cook noKIànces. Jamais Tes fentimens ne troubloient malgré lui Ces idées. Car il étoit exempt de cette concupricence, qui follicite fans ctttè Tefprit de renon- cer à la Raifon pour fuivre les pallions. Il étoit donc bien pourvu pour refprit & pour le corps* Car il connoiflbir clairement le vrai bien, & pouvoir ne le point perdre. Il (èntoit les biens du corps y & il pou voit en joUir: tout cela en confeqaence des loix générales de Tunion de Icrprit d'un côté avec le corps, & de l'autre avec la Raifon vtnu yerfelle, fans que ces deux unions k Ruifidèntruneà Taiitre, parce que le. corps étoit fou mis à l'efprit. * ' Mais l'homme ^ tant pcché^ il (è trou* ve tout d'un coup fort mal poui^vÛ de ces deux fortes de biens. Car. l'Ordre^ qûieft la loi que Dieu fuit invîolablcr ment, ne permettant fâsjopx'én faveoq d'an rebelle il y ^it àtous momces der exceptions dans ies knx géiiéiUlcs defi 14^ DottZlE^MÈ^ 14^ DottZlE^MÈ^ communications^es niouvcmcfis; c'c(t une néceifité que l'adion des objets (q communique jufqu'à la partie priaci«» pale du cerveaa, éc que refprit mêmes en foie frappé, eaconfequence des loix de l'union de L'amc&du corps. Or VtÇm prie inquiété ma:lgré lui de U faim y de CI foif, de la^lauitude, de la douleur, 4e mille paflîons diâ^rentes y ne peut m aimer ni rechercher comme il fauc les vrais biens: & au lieu de jouât pai* fiblement de ceux du corps,.la montre indigence le cend làalheurcux. De forte^ que l'homme rebellt à Dieti ataa€ per-« du Vautorité qu'il avoir, fur fon cosps ^ il retrouve imiquemeffi parla perte de ce pouvoir,. dépourvu des biens donc fat Providence l'avoir pourvu. Voïons un peu. comment Dieu b va tirer de ce malheureux état, fanrsxien f^ire coa-* tve L'Ordce de ]% jnftice<, & (ans chatu ger les loix.géqéifalcs quUl a éts^lies^ Entretien. 147 Entretien. 147 tre de ce qai fe paflbic dans la partie principale de Ton cerveau, qaand mê« mes les Démons euflent pu croutfler i'oeconotnie de fbn corps par l'aâion des objets ou autrement, ils n auroient pu Tinquieter ^ ni le rendre malheu* reux. Mais l'homme aïant perdu pre£i que tout le pouvoir qu'il avoit fuc fon corps, car il lui en refte encore anum que cela eft néceflaire pour confervec le genre humain que Dieu n'a pas vou« lu détruire à caufedu Réparateur; il fe trouve nécedàirement a(Tbjetti à lana- cuire Angélique, qui peut maintenan t l'inquiéter & le tenter, en produifant dans fon corps des traces propres à ex-* dter dans £bn efprit des penfées fâcheu-^ £ès. Dieu voïant donc l'homme pécheur à la difcretion, pour ainfi dire, du De* ^on, & environné d'une infinité de créatures qui pouvoient lui donner Ix 9if0rc, dépourvu comme il étoicde tout fecours; il le foûmefi la conduite des j&nges, non feulement loi, mais en« ^;>re toute fa pofterité, Se principale- ment la nation dont le MefGe de voit siâUçe. Ainfi vous Votez que Dieu di« ftrjbsiç aax.hoœmes^ quoique pécheurs, ifSibiços teipporeU^ QQO par pnc Fx<H N ij 148 DOUZIE^ME N ij 148 DOUZIE^ME TÎdence aveugle, mais par Taâiioti d'u- ne nature intelligente. Pour les biens de refprit, ou cette grâce intérieure qui contrebalance les efibrts de la conçu* pifcence, & qui nous délivre de la cap« civitédu péché, vous fçavez que Dieu' nous les donne par le Souverain Prêtre des vrais biens Nôtre Seigneur Jefus* Ghrift.
Affurément, Arîfte, cette conduite de Dieu eft admirable. L'homme par Ton péché devient Tefclave du Demon^ la plus méchante des créatures, & dé- pend du corps la plus vile des fubftan- ees. Dieu le foâmet aux Anges & par Juftice, & par bonté. Il nous protège par ce moïen contre les Démons, & il proportionne les biens & les maux tem*» Sïorels à nos œuvres bonnes ou mauvais bs. Mais prenez garde, il ne changé rien dans les loix générales des mouve^r' mens, ni mêmes dans celles de Tunion de refprit avec le corps & avec la Rai«* {on univerfelle. Car enfin dans la puid fance fouveraine que Dieu a donnée à Jefus^Chrift comme homme, généra^ lement fur toutes chofes ^ Se dans celle qu'ont les Anges fur ce qui regarde lét Hens 9c lc$ maux temporels, Dieu at Entretien. 149 Entretien. 149 Cjuitte que le moins qu'il eft poilîble la nmplicicé de Tes voies & la généralité de la Providence, parce qu'A ne corn- "^ xnunique fa puiflance aux créatures,^ que par récabiiflèment de quelques lois générales. Suivez - moi, je vous prie. XVI. Le pouvoir qu'ont les Anges ti*eft que fur les corps. Car s'ils agifTenc fur nos efprics, c'efl: à caufè de Tunion de rame & du corps. Or rien ne fe fait dans les corps que par le mouvement ^ & il y a contradiÀion que les Anees paiflèm le produire comme caufès véri- tables. Donc la puiflance des Anges fur. £*"**» les corps, & fur nous par confequent, ^?!'<!^^ ne vient que d'une loi générale que Dieu s*eft faite à lui-même, de remuer les corps à la volonté des Anges. Donc Dieu ne quitte point la généralité de Ùl Providence, lorfqu*il le fert du mi- liiftere des Anges pour gouverner le» nations, puîfque les Anges n'agi (Tent que par Ueffîcace & en confequence d'une loi générale.
Il faut dire la même chofe de Jefijs- Chrift comme homme, comme Chef ^e l'Eglife, comme Souverain Piètre des vrais biens. Sa puiflance eft infini, ment plus grande que celle des Anges» Niij V îyo Douzie'mb . Elle s'étend à tout, jufques fur les et fJeh, cb^prics & fur les cœurs. Mais c'cft par {bu ^" *^' interceflionque nôtre Médiateur excr- xe fon pouvoir ifemper vivtns ad inte^ feUandum pro nobis: c'efjt par des défies . toujours efficaces ^ parce qu'ils font toâ« /o4r,cfc. jours exaucez: Ego auttmfàeham cfuia '*• ^*' femperme ofidis. Ce n'eft point à la vé- 'rité par une interceilîon morale, fem- iblabie à celle d'un homme qui in,ter- cede pour un autre; mais par une in- •cerceuion puiflame & toujours imman^ quable, en vertu de ia loi générale que Dieu s'eft faite de ne rien refiifer à fon Fils, par une interceflîon fcmblable à celle des defirs pratiques que nous for- mons de remuer le bras, de marcher^ de*parler. Car tous les defirs des créa- tures font impuidàns en eux-mêmes: ils ne font efficaces que par la puiflàncè divine: ils n'agiffent point indépen^ 4lemment: ce ne font au fonds que des Îrieres. Mais comme Dieu eft immuab- le dans fa conduite, & qu'il fuit éxa- âement les loix qu'il a établies, nous avons la puiflance de remuer le bras, 8c le Chef de l'Eglife celle de la fandifici^ parce que Dieu a établi en nôtre faveur • les loix de l'union de l'ame & du corpa ^ Entretien. 15X &. qu'il a promis à fon Fils d'exaucer tous fes defirs, félon ces paroles de Je- fusjChrift lui-même: Bgo mttm fcitbam\^' ^^ ^uiafempermc audis...Rogab^ Patrcm &Jh^* t4s aliwn Paraclitum dahif Vûhis. • • Datatft Manbi mihi omms poteflas in célo &mnrra; & **• felôn celle que lui dit fon Père après fa.^ ^, Refurreftion, expliquée par S. Pierre 3,. * *'' & par S. Paul: Domiruis dixit ad me fi-, Ueb. jt Im meus es tu, ego ho die gentd te: PofiuU ^ * à me, & d^o tibi gentes hétreditattm tuam* ^f* ^ XVII. A R I s- T E.' Je fuis per- fuadé y Théodore, que les créatures n'ont point d'efficace propre, & que Dieu ne leur communique fa puiflance que par réubliffement de quelques loix Î générales. J'ai la puiflàace de remuée e bras; mais c'eft en confequence des loix générales de l'union de l'ame & du corps; &c que Dieu étant immuable ^ il efl; confiant dans (es décrets. Dieu a donné à l'Ange d^nduâeur du peuple Juif la puiflanee de le punie & de le récompenfer, parce qu'il a voulu que les volontez de cet Ange (u(Iènt fuivies de leurs ef&cs. J'en demeure d'accord* Mais c'eft Dieu lui-même qui ordon-w noit à ce Miniftre tout ce qu'il dévoie aire. Dieu a donné àJcfus-Chriftuue tyt Dotjzie'mi fouveraine puiflance. Mais il lui pref^ cric tout ce qu'il doit faire. Cen'eft pas Dieu qui obéît aux Anges: ce fotic les Anges qui obéïflènt à Dieu. Et }e(us* Chrift nous apprend qu'il ne nous a rien dit de lui-même, Se que Ton Père lui a marqué tout ce qu'il avoit à nous dire.
Jefus-Chrift intercède » mais c'eft pour ceux que Ton Tere a prédeftinez. Il di& pofe de tout dans la maifon de Ton Père» mais il ne difpofe de rien de fbn chef^ Aiafî Dieu Quitte la généralité de (a providence. Car quoiqu'il exécute les volontez de Jefus- Chrift & des Anges ^Tout ^^ confequence des loix générales, il teU eH forme en eux toutes leurs voiontez ^ & fcn^^^ cela par des infpirations particulières,.
Um^ tans II n'y A poiht pour cela de loi généralç» ^nf^k Théodore. En ctes-vous bien M. A. certain, Arifte? Afliirément, fi* Dira ^ime^m"*' ordounc en particulier à l'ame fàinic tUns u du Sauveur, & aux Anges, de former fr^olff^r. ^oùs les defiisqa'ils ont par rapport à ttai^n & iiO\xi\ Dieu quitte en cela la généralité fn^Tû de fa Ptovidence. Mais, je vous prie, i^€tm pen(ëz-vous que l'Ange conduâeur du finUL peuple Juif avoit befoin de beaucoup roi dts de lumière pour le gouverner, & que ^itttjf!• v'^ Salomoti aie dû être uni d'une; Entretien, 155 taianiere particulière à la Sagefle écer« nelle pour réiiflîr daùtis la conftru&iôn de Ton grand ouvrage?
Théodore. Pourquoi celat L*efprit le plus ftupide Se le moins éclairé peur réiiflîr auffi-bien que le plus fage des hommes, lorfqu'on lui marque tout ce qu'il doit faire, & la manière dont il le doit faire, principal lement fi tout ce qu^il y a à feire ne confifte qu*à former certains defirs dans telles & telles circonftances. Or 3 félon ^ous, ni PAnge conduâeurdupeuple, ni Jefus-Chrift mêmes n*a rien defiré «que fon Père ne lui ait ordonné en détail. Je ne voi donc pas qu'il ait eu l3é(bin pour fon ouvrage d'une fageflè ettraordinaire. Mais de plus, dites* ihoi y je vous prie, en quoi confifte cette fouveraine puidànce que Jefus-Chrift a re<;ûë.
Théodore. Mais, Arîfte, (î Jefus-Chrift ne peut rien defirer que par un ordre exprés de fon Père: fi fes defirs ne font point en fon pouvoir, comment fera*t-il capable de recevoic 154 Douzïe'me quelque véritable pouvoir. Vous avet le pouvoir <]e remuer vôtre bras; mais c'eft qu'il dépend de vous de vouloir co ne vouloir pas le remuer. Cédez d'être le maître de vos volonrez, par cela feul vous perdrez cous vos pouvoirs. Eft-çe que cela n'eft pas évident 1 Prenez donc garde, je vous prie, de ne point ofïèn* ler la fagcilè du Sauveur, & de tie.lç point priver de fa puiflànce. Ne loi ote% pas la gloire qu'il doit recirer de la parc qu'il a ^ans la conftruâiori du Tempte éternel. S'il n'y a point d'autre parc que de former des defirs impuiflans conu mandez par des ordres parciculiers yC&$, ouvrage ne doic pas, ce me (èmble -, inî faire beaucoup d'honneur..:., XVIII. Aristb. Non, Théodore!, Mais auflî Dieu en retire davancage, Théodore. Si cela eft, vous avez raifon. Car Dieu doic recirer bien Îlus de gloire de la magnificence dm >mple éternel, que le iàge Salomon qui le conftruit. Mais voïons un peu* Comparons enfemble les deux princi* pales manières de la Providence divine, poui> reconnoître celle qui eft la plus digne des attributs divins. Selon la pr&* ^iere ^ Dieu forme d'abord un celdef- Entretien. 155- Entretien. 155- tàn îndéperdemment des voies de Te-i scecuter. Il en choific rArchiceâe. Il le remplit de fagefle & d'intelligence. Outre cela il lui marque en détail cou& les defirs qu'il doit former, & toutes les circonftances de ces defirs. £t enfin il exécute lui-même fort éxaâemenc cous les defirs qu'il a ordonnez que Ton formât. Voilà l'idée que vous avez de la conduite de Dieu, puifque vous vou^ lez qu'il forme par des volontez par- ticulières tous les defirs de l'ame fsdntfi de Jefiis-Chrifl. Et voici l'idée que j'en ai. le croi que Dieu, par fa prefcience, ^y^ innnie, aianc prévu toutes les luîtes de Nomb. toutes les loix poffibles qu'il pouvoic *o"*»*» 4ttablir, a uni fon Verbe à telle nature faumaine, & dans telles circonftances, ique l'ouvrage qui fuivra de cette union, lui doit faire plus d'honneur, que tout autre ouvrage qui feroit produit par toute autre voie. Dieu encore un coup aïant prévu qu'agifTant dans l'humaniti fainte de nôtre Médiateur par des voies tres-fimples & tres-généralcs, je veux dire, par les plus dignes des attributs divins, elle devoit faire un tel ufage de ia puiflànce, ou former avec une liberté parfaite une telle fuite de defirs, cas 15^ DOUZIE^ME 15^ DOUZIE^ME Diea laifle agir librement les cau(ès li- bres, que ces defirs étant exaucez, 8c méritant de Tccre à caufe de fon facrU fice, TEglife future qui en devoit être formée feroit plus ample 8c plus par- ité, que (i Dieu avoit choifî toute autre nature dans toute autre circon- ftance.
Comparez donc, je vous prie, Pidée que vous avez de la Providence avec la mienne. Laquelle des deux marque plus de fagefle & de prefcience? La miemie porte le cara Aère de la qualité la fJus impénétrable de la Divinité, qui eu de prévoir les adbes libres de la créature dans toutes fortes de circonftances. Sc^ Ion la mienne, Dieu fe fcrt auflî beiu reufement des caufes libres que des catt< fes néceflâires pour l'exécution de (es deflêins. Selon la mienne. Dieu ne for- me point aveuglément fes fages deC feins. Avant que de les former, je parle humainement, il compare tous les cui- vrages poflibles avec tous les moïens poflibles de les exécuter. Selon la mien« ne, Dieu doit retirer une gloire infinie de la fac;e(Te de fa conduite: mais fa gloire n'ôte rien à celle des caufes libres^- aufqaelles il communique fa pmflance Entretien. 157 Entretien. 157 fans les priver de leur liberté. Dieu leur donne parc à la gloire de Ton ouvrage 8c du leur, eh les laiflanc agir librement (èlon leur nature y 6c par ce moïen il augmente la fîenne. Car il eft infini, ment plus difficile d'exécuter furement les deflèins par des caufes libres, que par des caufes nécefTaires, ou néced fitées, ou invinciblement déterminées par des ordres exprés & des exprefEoni invincibles.
A R I s T E. Je conviens, Théodore,' qu'il y a plus de fagedè, & que Dieu cire plus de gloire, & mêmes Thuma* Hité fainte de nôtre Médiateur, félon cette idée de la Providence, que félon aucune autre.
Théodore. Vous pourriez ajoû* ter que félon cette idée, on comprend £>rt bien comment Jefus.ChriJx n'a point reçu inutilement une puiflance Ibuveraine fur toutes les nations, 6c Jiourquoi il falloit unir fon humanité àinte avec la fageflè éternelle, afin qu'il exécutât heureufèment fbn ouvra- ge. Mais il fufEt que vous conveniez, ou'une de ces deux Providences eft plus iage que l'autre: car il fâudrpit être impie pour, attribuer à Dieu ccUç.
158 Douzïe'me qui parole la moins digne de fes attri^ buts.
XIX. A R I $ T E. Je me rends; Théodore. Mais expUquez-moi, je vous prie, d'où vient que Jefus-Chrift dit Kii-même, qu'il exécute fidèlement leS: JîM %\ volontez de fon Père, Qha pUcita fimf^ *^' iifaciofemper^ dit-il: & dans unauirie' j9aH 11: endroit: Ego ex me ipfo nonfum locHtns, A9* $ o- jfid (jui mifit me Fater^ ipfe rnlhi manda^Hm dédit quid dicam & (jmd loqtMr. Et ftiê qms nuÊfidatum ejus vita jtterfM efi. Qgfi I tf'^ê ego loqmr ^ peut dixit mihi Poier/fit^ hcju^r. Comment accorder cesi padàget,! 6f. quantité d'autres femblables» a^jiec q^ fentiment, que Dieu ne forme pôinc> par des volontez particulières tous fes dedrs de la volonté humaine de Jefôs- Chcift \ Cela m'embarraflfe on peu. . T H E o n o R B. Je vous avoQe y Arifte y que je ne comprens pas feule* ment comment ces paflages peuvent vous embar rafler. Quoi donc l eft.ce que vous ne fçavez pas que le Verbe cUvin, dans lequel fubfifte rhumanité fainte du Sauveuv ^ eft la loi vivante da Père Eternel » & qu'il y a mêmes con*# t!radiâ:ion que U volonté humaine de Jcftts-Chcift &'écaite jamais dç cent Entretien. 1J9 Entretien. 1J9 loi } Dites-moi, je vous prie, lorfque vous donnez l'aumône, n'êtes, vous pas certain que vous faites la volonté de Dieu: & G vous étiez bien aduré que vous n'avez jamais £ait que de bonnes ceuvres, ne pourriez* vous pas dire fans crainte, ^«<e placitafmt ei ^facioferfiper? . A R I s T E. Il eft vrai. Mais il y au- foit toujours bien de la difiference.
Théodore. Fort grande a({uré« ment. Car comment Tçavons-nous que cous faifons la volonté de Dieu en don- nant l'aumône > C'eft peut-être que nous avons lu dans la Loi écrite, que Dieu nous ordonne de fe^iourir les mu ièrables ^ ou que rentrant en nous-mê- mes pour confulter la Lpi divine, nous avons trouvé dans ce Code éternel, ainii que l'appelle faint Auguftin, que telle eft la volonté de l'Etre infiniment pajtfait. Sçachez donc, Arifte, que le Verbe divin eft la loi de Dieu même, Se h règle inviolable de fés Volontez ^ 2ue c'eft-Ià que iè trouvent tous les lommandemens divins, fn F'erhù unu ffmto Patris ijtommmândatwn,, dit ûûnt Auguftink^ Scacfaez que tous les esprits, fes uns plus, les autres moins, ont la ;rté de Confulter cettQ Loi^ Scacbc^i^ ï^o DouzrB*ME ï^o DouzrB*ME » Canfejf, que leur atcencion eft lacaufeoccaCofW Mlndl^' iicUe qui leur en explique cous les Com" '^/pf- mandemens en confequence des loîx 'efifi^s. générales de leur union avec la Raifon« S^omo' Sçachez qu'on ne peut rien faire qui ne w» *«^ foie agréaole à Dieu, lorfqu'on ob(ër«* ffM»^4. y^ éxaâemenc ce que Ton y crouv» fris^qiMd écrit. Sçachez fuf tout que Thuoianicé îawTpi- fainte du Sauveur eft unie plus étroite- tritf ' ment à cette Loi, que la plus éclairée Auguft. jg3 intelligences; & que c*eft par elle 140. De que Dieu a voulu nous en expliquer les Evaag. ^'^fi^^ïri'^cz. Mais prenez garde qu'il ne H. 6. l'a pas privée de ia liberté, ou du pon-i; ieft^ ' ^^^^ ^^ difpofer de cette attention, qui foiubam eft la caufe occafionneile de nos con-i h %'vti ^^ifl^^ccs. Car a({urément l'ame Gunce desRéfi. de Jefus, quoique fous la direâion da %^K' ^^^^> * ^ pouvoir de penfcr à ce qui poHfek/k hii plaît pour exécuter l'ouvrage pour m[T& ^9"^^ Dieu l'a choiGe, puifque Dica iai.'iet. par. fa qualité de Scrutateur deà cœurs faikrite ^ ^^ ^^ heureufcment des baufes li» touchant htcs, que des caufes néceflàires pooc iw^«i. Texecucion de fes deflèins.. • . X X. Ne penfez pas néatuï^oins;•, Arifte, que Dieu ne quitte jamais la Î;éDéraUte de fa conduite. à l'égard dé 'humanité de Jefus-Chrift^ &.qa'il ne forow Entretien. 161 forme les defîrs de cette ame fainte qu'en confeqaence des loix générales de l'union qu'elle a avec le Verbe. Lorf- que Dieu prévoit que nôtre Médiateur^ entre une infinité de bonnes œuvres qu'il découvre dans le Verbe en confe-a. quence de Ton attention, doit faire le choix dont les fuites font les meilleures qui puiflènt erre: alors Dieu qui ne quitte jamais fans raifon la (implicite de (es voies, ne le détermine point par des volontez particulières à faire ce qu*il prévoit qu'il fera fu£Bfamment par rùfage de la liberté en confequen- ce des loix générales. Mais lorfque l'a- me (àinte du Sauveur, à caufe des corn» paraifons infinies & infiniment infinies des combinaifons de tous les eflets, qui font ou qui feront des fuites de (es de- firs,.pourroit bien choifîr entre plu- fieurs bonnes œuvres, car il n'en peut laire que de bonnes, celles qui paroid iènt les -meilleures, & dont les fuites néanmoins ne feroient pas (i avanta« geufes à fon ouvrage: alors f\ Dieu re-- tire plus de gloire de la beauté de l'ou- vrage que de la (împHcité Jes voies, il la quitte cetre (implicite, & il agit d'u» ne manière particulière ic extrao^îdi* jCi Douzie'mi jCi Douzie'mi naire dans rhamaiiité du Sauveur, atffï qu'elle veuille précifément ce qui l'ho- norera le plus. Mais quoiqu'il agiflè en elle de cecce manière, je croi qu'il ne la détermine jamais par des impreffions invincibles de fencimenc, quoique toft. jours in&iliibles, afin qu'elle ait auffi le plus de parc qu'il eft poflible àla gloire de Ton ouvrage. Car cette conduite qui fait honneur à la liberté & à la puid fance de Jefus-Chrift, eft encore plus glorieufe a Dieu que toute autre, puid qu'elle exprime la qualité de Scruta^ ceur des coeurs, & témoigne hautement qu'il fçait Te fervir auffi heureurement des caufes libres que des caufes néceC* faires poiir l'exécution de Tes de({eins« A R 1 s T E. Je comprens, Théodore, {parfaitement vôtre penfée. Vous vou* ez que Dieu ne quitte jamais fans de grandes raifbns la fimplicité 8c la géné« ralité de fes voies, afin que fa Provi. dence ne re(têmble point à celle des intelligences bornées. Vous voulez que Ùl preTcience foit le fondement de I4 prédeftination mêmes de Jefus-Chrift i & que s'il a uni fon Verbe à telle na^ tûre 8c dans telles circonftances, c'eft ^a'il à prévu que l'ouvrage qui devoi$ Entretien. iffj Entretien. iffj foivré de cette prcdellinâtion, laquelle eft la caufè & le foodement de celle de tous les Elus y en confequence des loix générales qui font rOrdre de la Grace^ que cet ouvrage, dis-}e, feroit le plus beau qui fe puiflè produire par les voies les plus divines. Vous voulez quel'ou* vrage & les voies jointes enfemble; cout cela foit plus digne de Dieu, que tout autre ouvrage produit par toute, autre voie.
- XXL Théodore. Oîii, Arifte, ele veux, par ce principe, que Die« ne peut agir que pour lui^ que par Ta* snour qu'il k porte à lui-même, que par fà volonté, qui n*eft |)oint comme tn nous une impreflion qui lui vienne d'ailleurs, & qui le porte ailleurs ^ en nnmot que pour Ta gloire, -que pout exprimer les perfèâions divines quil aime invinciblement, qu'il Ce glorifie de polTeder, & dans lelfqueUes il le corn- plait par la nécefÏÏté de Ton Etre. Il veut que ion ouvrage porte par fa beauté âc par (à magnificence le caraâere de fon excellence & de fa grandeur, & que k$ voies ne démentent point fa fagefle in- finie 6c fbn immutabilité. S'il y a des défauts dans fon ouvrage^ des monftces O i) 184 Douzie'me O i) 184 Douzie'me parmi les corps, & une infinité de pé- cheurs Se de damnez: c'eft qu'il ne peut y avoir de défauts dans fa conduite } c'eft qu'il ne doit pas former (es deC feins indépendemment des voies. U a £iit pour la beauté de TUnivers & pour le (àlut des hommes, tout ce qu'il peut faire, non abfolument, mais agiuànc comme il doit agir, agifTant pour fa gloire félon tout ce qu'il eft. U aime toutes chofc s à proportion qu'elles (ont aimables. Il veut la beauté de fon oiu irrage, Se que tous les hommes (oient iauvez: il veut la converfion de tous les pécheurs: noais il aime davantage (afagefle, iffaime invinciblement, il la fuit in violablement. L'ordre immua- ble de fes divines perfcâions, >coilà (a loi Si la règle de fa conduite: loi qui ne lui défend pas de nous aimer,& de von^ ioir que toutes fes créatures foient jtt. ftes, fainces, hcureufes & parfaites: Biais loi qui ne lui permet pas de quiti- ter à tous momens pour des pécheurs la généralité de (es voïes. Sa Providei». ce porte afTz de marques de (a bonté pour les hommes. Souffrons^ réioiiifl lons-nous quelle exprime auffi tous iç$ autres attributs» Entretien. i^f Theotime. Hé bJcn, Arifte, que penfez-vous de la Providence divine l Théodore. Il faudroit, Arifte ^ des difcours infinis pour vous faire con- fiderer toutes les bcautez de cette Pro- vidence adorable » & pour en faire re« marquer les principaux traits dans ce que nous voïons arriver tous les jour?» Mais je vous ai, ce nae femble, Tnffi** iàmment expliqué le principe. Suivez* le de prés, & vous comprendrez afTa- cément que toutes ces contradiâions qui font pitoyablement triompher les ennemis de la Providence ^ font autant de preuves qui démontrent ce que )e viens de vous dire.
#* ^66 Treizie-mï XIII. ENTRETIEN ff ^£'tl ne faut point criticfutr la manière ordinaire de parler de la Provtâmce. Quelles font les principales loix gintm ra[es par lepjHeUes Dieu gouverne h monde, De la Providence de Dieu dam finfaillibiliti cfiiil conferve afin Eg^e.
I. A R I s T E. Ah, Théodore! qiie JljL l'idée que vous m'avez donnée de la Providence me paroic belle 8c nc^ ble, mais de plus quelle eft féconde 8c lumineufe, qu'elle eft propre à faire taire les libertins & les impies! Jamais principe n'eut plus de fui ces avantagea- Tes à la Religion & à la Morale. Qu'il répand de lumieres,qu*il diflipe de difE- cultez cet admirable principe! Tous ces efïèts qui fe contredifent dans l'Ordre de la Nature & dans celui de la Grâce ^ ne marquent nulle contradiâion dans la caufe qui les produit: ce (ont au con« traire autant de preuves évidentes de l'uniformité de la conduite. Toil^ ces pnaux qui nous affligent, tous (es dç*-.
Entretiew. 1^7 Entretiew. 1^7 Ibrdres qui nous choquent, tout cela s'accorde aifément avec la fageflè, la bonté, la juftice de celui qui règle tout. e voulois qu'on arrachât les méchans qui vivent parmi les bons: mais j'attens -en patience la confommation des fié* -clés, le jour de la moi(Ibn, ce grand jour deftiné à rendre à chacun félon (es œuvres. Il faut que Touvrage de Dieu s'exécute par des voies qui portent le càraâere de fes attributs. J'admire pre- fentement le cours majeftueux de la Providence générale.
T H E o D o R £• Je vbi bien, Arifte, que vous avez fiiivi de prés & avec plaifir le principe que je vous ai expofé ces jours-ci, car vous en paroiflez en* core tout émû. Mais l'avez- vous bien faifi, vous en êtes-vous bien rendu le «laître a C'eft de quoi je doute encore, car il eft bien difficile que depuis fi peu ile tems vous Taiez aflëz médité pour ifous en mettre en pleine poflèfuon. Jaites-nous part, je vous prie, de queU ques-unes de vos réflexions,afin de me délivrer de mon doute, & que je fois en repos. Car plus les principes font utiles^ pltis ils font fi^conds, plus eft-il dange«- reux de ne les prendre pas tou&à*faît bien» i^H Treizie'mb i^H Treizie'mb II. A R I s T B. Je le croi ainfi, The* dore. Mais ce que vous nous avez^ic eft (î clair, vôcre manière d'expliqiier la Providence s'accorde C\ parfaitement avec l'idée de l'Etre infiniment parfiât^ & avec tout ce que nous voïons arti* ver, que je fçai oien qu'elle eft véri- table. Que je fens de joïe de me voir délivré du préjugé dans lequel je voi que donne le commun du monde, 8c mêmes bien des Philofopbes! Dés qu'il arrive quelque malbeur à un méchant homme, ou connu pour tel, chacun juge audî-tôc des deflèins de Dieu, & décide hardiment que Dieu l'a voultt punir. Mais s'il arrive, ce qui n'arrive que trop, qu'un fourbe, qu'un fcelerat réuflidè dans fes entreprifes, ou qu'un homme de bien fuccombe à la calom^ oie de fes ennemis; eft-ce que Dieu veut fmnir celui-ci, & récompenfer celui- à? Nullement. C'eft, difent lès uns, que Dieu veut éprouver la vertu de cet homme de bien; & les autres, que c'eft un malheur qu'il a feulement permis, & qu'il n'a pas eu deflein de caufer. Je trouve que ces peuples qui font gloire de haïr 8c de méprifer les pauvres ^ fur ce principe, que Dieu luv- Entretien. iS^ Entretien. iS^ tnêmc haïc& méprife ts miferables, puifqu'il les laiiTe dans leurs miferes^ raifonnenc plus confequemmert. De quoi s'avife.c'on de juger des dedèins ' de Dieu? Ne devroiuon pas ccmpren* dre qu*on n'y coffnoîc rien, puifqu'on ù contredit à tous momens?
Théodore. Eft-ce là, Arifte; comment vous prenez^mes principes? Eft*ce là l'ufage que vous en faites > j€ trouve que ceux que vous condam"<. nez ont plus de raifon que vous.
A & I s T E. Comment, Théodore! Je penfe que vous raillez, ou que vous Youlez vous divertir à me contredire.
Théodore. Nullement.
A R I s T E. Quoi donc! cft-ce que tous approuvez l'impertinence de ces Hiftoriens pafllonnez ^ qui après avoir xaconté la mort d*un Prince, jugent des deflcins de Dieu fur lui félon leur paf- fion Se les intérêts de leur nation } Il j&ut bien que les Ecrivains Efpagnols; OU les François aient tort^ ou peut, être les uns & ie$i(autres, lorfqu'ils décri-^ vent la mort de Philippes 1 1. Ne faut- il pas que les Rois meurent aufli bien j^ue nous } > Théodore» Ces Hiftoriens ont Tome Jf. P 170 Theizie'me tore: mais vous n'avez pas raifbn. Il ne f|iac pas juger que Dieu a deflTein de fai- re du mal à un Prince ennemi que nous haïffons. Cela eft vrai. Mais on peut, & on doic croire qu'il a deflêin de peu ' nir les méchans, fi^de récompenfec les bons. Ceux qui jugent de Dieu fur ridée qu'ils ont de la juftice éxaâe de l'Etre infiniihent parrait, en jugenc bien; & ceux qui lui attribuent des deflèins qui favorifent leurs inclina- tions déréglées y en jugent tres.mal. ' III. A K I s T E. Il eft vrai: mais c'eft une des fuites des loix naturelles, quç tel foit accablé fous les ruines de (a maifon ^ & le plus homme de bien n'en auroit pas échapé.
Theodoue. Qui en doute } Mais avez- vous déjà oublié que c*eft Dieu qui a établi ces loix naturelles* La fauiïè idée d'une nature imaginaire VOQS occupe encore quelque peu Tefl ijïit^ &VOUS empêche de bien prendre é principe que je vous ai expliqué. Prenez donc garde. Puifi^ue c'eft Diea qui a établi les loix naturelles, il a d4 combiner le Phyfic avec le Moral ^ de manière que les fuites decesloixfbienc fes meiilettres qui puiflènt étre^ je veux i i i\ze les plus dienes de fa juftice & de (à bonté, auflL-bien que de ùs autres attributs. Ainfi on a raifon de dire ^ que la mort terrible d'un brutal & d'un im- pie eft un efièt de la vengeance divine. Car quoique cette mort ne foit H:om«- munément qu'une fufte des loix natu^ telles que Dieu a établies, il ne les ^ établies que pour de (èmblables effets* Mai? s'il arrive quelque malheur à un homme de bien dans le tems qu'il va fair^e une bonne o^vre, on ne doit pa; dite que Dieu l'a voulu punir, parca que Dieu n'a pas établi des loix géné« raies en vue de femblables effets. Ou doit dire y ou que Dieu Ta permis ce malheur ^ à caule que c'eft une fuite na^ turellie de ces loix qu'il a établies pouc cie meilleurs effets; ou qu'il a eu dellèin par là; d'éprouver cet homme 4e bien^ fiCjde lui faire mériter^ fa rétom.penfe« Car entre les moti& que Dieu a eus de combiner de telle 6c telle manière le ^tyfic avec le Moral ^ il Êiu^'aiTuré-, ment mettre en.coinpte les- grands bKt\^ que Dieu fi prévu que par le fçcours de £^. grâce nous: tirerions dé (nps ta^Qt^ prefentes* Ainfi les hommes ont raifon d'attti^ pij iji Theizïb'me