Théodore; Oui fans cloute, il Àous les a révélez à cet égard. Uapro^ mis aux juftes une vie éternellejil a me- nacé les nïéchans d*un feu éternel. Dieu Aous a donc révélé nôtre immortalité, Ariste. Je fçai bien que la foi nous Fenfeigne, & je lé croi auflubieh que TOUS. Mais vous venez de dire qu'eà qualité de Philofopfae je ne dois point craindre le néant.
Théodore. Hé bien! Un Phîlo.i fophe doit-il craindre ce qui eft natu- rellement impôflible, & mêmes ce qui eft inconcevable, tel qû'eft rànéantif- fement des fubftances?^ Un bon Phi-i lofophe doit-il craindre fans raifon? quelles font donc lés vôtres, je vous prie?
Théodore.' Vous auriez de la Kine à en trouver d'autres, puifque méantiflement des fubftances non plus que leur création pa(Tè nôtre inteU îigênce, fc-ne peut être l*efïct que d*dne puidà ncé in finie. Maî^ quoiqu'il eh'fôit^-^ les Philofophes font bien malheureux, • Stiis doivent ' craiÀdre: tous les ifaaùx iiae Dieu leur peut &k^, Avtz-soia^ TmeJf, Bb 192 I. Entretien 192 I. Entretien ne TOUS les propofe que pour avoir là plaifir de vous entendre. J'eftimeda^ vancage mon palefrenier que mes che^ vaux. Cependant je ne l'ai que pour les panfer. Si mes chevaux éioient morts, je ne voudrois plus de lui. Parconfeir quent il feroit anéanti, fuppofé qu« ce fut ma volonté qui lui donnât Têtr?^ Pourquoi donc ne voulez-vous pas que Dieu anéantilTe Les âmes dont les. corps font détruits, quelque eftime qu'il ait de la nobleflè de leur nature.
Théodore. Je n'avois pas befoin de la précaution que vous prenez. J^rfir connois afTez par l'embarras où je me trouve, quand vous me propofez vos propres difficultez, que Tinftance que vous me faites fort plutôt de vôtre me- moice ou de vôtre imagination, que du fonds de vôtre raifon. Car vous fçaveai bien, quoique peut-être vous n'y pen- fiez pas affèz, que e'eft dégrader l'Etrç infiniment parfait, que d'en juger pac ibi-même.
, L'homme, Aride, humanifè toute$ les cau(ès, mêmes la Divinité. Il lui atoibuë des defTdns humains, une con- duite humaine, & quelquefois jufqu'à &$ propres paiÉons: témoin laclultere Sur LA MoRt. 195 Sur LA MoRt. 195 de Jupiter, la colère de Junon, les lar- cins de Mercure. C'eft qu'il n'y a nulle peine à juger par ce qu'on fent, & qu'il faut de l'attention & dti travail pour juger des caûfes, dar une méditation fécieufe fur les idées qa'ofi en petit avoir. Voilà pourquoi on fait cet hon- neur à Ton chien de lui attribuer de ht/ connoilïànce & de la reconnoiflànce mêmes, 8c quantité d'inctinatioms dC de dedèins femblables à ce qu'on feht en foi-même. On juge que les infeâes tnêmes, contime les roarmis ^ o'iit defà ]>révoïance & de la fageffe, & que les abeilles ont une politiqde merveilleufe. £n un mot, on attribue à toutes les caufês y de quelque nature qu'elles foient, des proprietez qui approchent fort des nôtres. C'eft un principe d'crV teur des plus dangereux. Il ne faut pas mêmes juger des autres hommes, pac ce qu'on fent en foi.même. Tel qui con- damne la conduite dé fon Prince, èc qui eft fart furpris de celle defohami élevé en dîgnite, ne fe trompe que parce qu il juge de leurs aftiotis par des motifs qu'il lent en lui, & dont k s au- tres font peu touchez, t^out juger des eiTcts que peuvent produite les caufes Bbii) ^94 I-Entkïtién matérielle», il fuffit d'en bien examiner les proprietez naturelles: car ces rortes> ide cames agiflfenc toujours félon leur nature. Mais quoique Thomme agiflè anlfi fêion (a nature, fouvent il la dé^ ment pour agir (èlon fa qualité. Car il {e glorifie beaucoup plus de fa qualité particulière y que de i excellence d'une nature commune à tant d'autres qu'il . irange (bus lui. L'homme a tant de dif« 6rens motife de Tes aftions, & il cotim £iltefi négligemment ùl loi, l'Ordre immuable, que bien loin de pouvoir juger des autres par fot^même, on ne peut pas mêmes s'adârer que demain on tiendra la même conduite qu'on tient aujourd'hui* Mai^ il n'en eft pas de tûèmc de Dieu. U ne fe dément jamais., ^a conduite porte toujours le caraâere de (es attributs. Comme il fe complaîe en eux, il ne veut rien que par l'amour qu'il leur porte. Car l'amour en Dieu n'eft point comme en nous y un mou^ vemenc qui lui vienne d'ailleurs, & qui le porte ailleurs. Dieu en eft le principer Dieu en eft la fin: Dieu trouve fa Loi écrite dans fa fubftance. En un mot, il fuit toujours la Raifon, parce qu'elle loi eft confubftantielle. Or cette même ïtaifbn nous apprend que le plusnoble ne doit pas ecre fubôtclotiné au moktf noblev II eft donc clair que Dieu n-a pasr fait lame uniquemem pour être \ù forme du corp» > ou pour lui donner le mow^ ▼ement & la vie j quand mâooies nous fuppoferions que la vie du corps dépen* dit néeeffairenfienc de l'aâien <ie famé qui lui eft unie. Cependant » fi nous examinions ce qtie è'eft que la vie d|i corps ^ peuuêtre verrions ^néus hie» ^ue Tame n'en eft point te principe^ Aristb. Mais Théodore, que dices^ ^ous de Tame des bétes i On ne peut pas douter qu'elles ne fbient plus no-* aies que leur corps, que de la matière la plus vile des fubftances. Cependant elles ne font faites que pour ifformir leur corps, 6c eUes s'imeantiflènt à k fliort.
Theodovlb. Ctpand on juge de» {>ëtes parce qu'on fent en foi-mêm^y €>n a raifon de croire que leurs âmes font plus nobles que leur corpS' (^and on (uppoTe qu'un chien connoit & aime fbn maître; qu'il eft capable de plaific te de douleur, & de tons ces mouvez ttiens dé l'ame qui accompagnent no» paflîons:• aflurément on en peut con^ &b iii), ^9^ I. Entretien dure que fbn ame eft plus noble qcre •fon corps. Mais, Arifte, c'cft Thuma^ nifer. C'eft faire de vôtre chien un petit -homme à grandes oreilles & à quatre I lattes, & qui ne diflère de nous que par a figure extérieure ^ & la conformation de les membres. Il ne parle pas, mais il n'en penfe pas moms peut-être y oo ^plutôt il parle avec tant d'efprit, que «lans le fecours de la voix, il exprime -toutes (es penfées aux animaux de foti ePpece. Il en eft comme des muets » qui s'entendent bienentt*eux, quoique lés autres ne comprennent rien dans leur langage^ Que les animaux ne diffèrent de nou> Nque par la figure extérieure, & qu?
quant à Tame ils nous foient égaux, fj confens. Or leur ame s'anéantit. Donc» Théodore. Je dis plus, Arifte, s'ils font tels que vous le petifez, leur ame eft plus noble que la nôtre* . Ariste. Pour cela, c'efttrop. C'cft bien aflez qu'ils nous foient égaux. Ne voïez-vous pas qu'ils nous fontfoûmis> - T H E G D G R E. Il eft vTaî j mais c'eft peut-être par raifon & par prudence. Ccft parce qu'ils le veulenç bien. C'cft SUR LA Mort. 297 SUR LA Mort. 297 du contraire malgré nous que nous dé-^^ pendons de nôtre corps^ Les animaux qui fe peuvent pa0èr de nous^ comme prefqùe tous les oifèaux; ou qui font plus forts que nous, comme les lions &, les ours, ils ne font pas trop obéïfl fâns^ Mais je veux qu'ils nous foienc aflujectis malgré eux; certainement cet efclavage n'eft pas & honteux que le tiôcre 'y que celui de dépendre d'un corps qui nous maltraite & qui nous inquiète fans ceflè.
- A n I s T E. Mais l'ame des bête$ eft encore plus que la nôtre efclave de leur corps. Ne voïez-vous pas qu'elles fui* vent fans honte de fans pudeur tous les. Sitouvenbens de la concupiscence. • T H EO D 0 R E. Je vois bien qu'elles n'ont point de honte, 6c 'ftn conclus qu'il n'y a point en elles de concupid cence, point de révolte de la part da corps ^ point de mouvemens involon** taires. L'homme fe couvre, parce qu'il a de la honte de la rébellion d'un corps, qui ne devroit fe mouvoir que dépen- flamment de (es volontez. Il n*a point de honte, par exemple, de remuer le bras ou de courir lorfque ces mouve* nens (ont volontaires. Mais Ci la peuc 298 I. Entretien 298 I. Entretien l'^a (ait (uïr devant rcnnemi, il en parois loue eonfbs. La honte de.l'homme eft une marque certaine qu'il n'eft point tel qu'il devroit &tre, & la liberté avec laquelle tous les animaux s'accouplent, cft une marque bien feure qu'en eux le plus noble n'obéît point au moins no^ oie, ou que Tame que vous leur don^ fiez n'eft point comme la nôtre dépouil-» lée de fa dignité Se deXes droits. L'ufâgef du mariage eft légitime^ On ne doit i>oint avoir de honte d'une adion qut a Raitbn ne condamne point. Gepen^ dant, quel efl: le mari qui voulût devant le monde faire ce que moî-mâme j'au« rois honte de vous dire? C'eft que dans ces rencontres la révolte du corps eft & Ênfible qu'on en devient toue honteux. Les Philofophes Cyniques qui fe glo- f ifioient de leur impudence, n^étoienlr pas feulement en horrem: aux perfon* nés fages, ils étoient encore un fujeÇ de raillerie aux plus débauchez: parce que la honte naturelle que ces extra va*' gans Philofophes regardorenc comme une foibleflfè, & qu'ils vouloient vain« cre, plus forte que la plus forte des pafl fions, les rendoit alors impuidàns. On i^e voit rien dans les bêtes de pareil4r SUR LA Mort. 299 SUR LA Mort. 299 A R X s T 1. Je comprens, Théodore, ce-Gue. vous me voulez dire» Voilà ce me (emble uue bonne preuve du péché originel, & que l'asie des bêtes n'eft point une fubftance diftinguée du corps Se plus noble (pie lui. % T H £ a i> a R £• OSi, Arifte, la bonté de Thomme eft une preuve natu- relle de la noblefTe de fa nature & de fa dégradation* Dieu par ce fentimenc qu il excita dan» les premiers hommes d'abord après leur péché, & qullproi- dttic encore en nous malgré nous,. mar- que aux efprits attentifs à là conduite, la vérité fondamentale de nôtre Reli« gion, la néceiStédlm réparateur. Non feulement la Circoncifion & les facrifi- ces de la Loi fe rapportent là y mais la sature même. Tout y eft monftrueux; tout y eft rempli de contradidions fans ce dénouement. Mais revenons à nôtre fujet.
Si vous donnez aux bétes une ame plus noble que leur corps^ donnez leur aufli une fin plus noble que celle de joiiir des corps. Si vous les fuppofez capables de connoître & d aimer j qu'elles foient donc capables de connoître la vérité 8c d'aimer Tordre. Si vous voulez quelles 300 I. EîJTRETIEN 300 I. EîJTRETIEN foienc fênfibles au plaifir & à la don^ leur, ou qu'elles puiflènt être heurtufes & malheureufes y foâcenez auffi qu'eU les font capables de merke & de démé- rite. Mais fi vous croïez qu'à la mort tout tneuip en elles ^ croïez aufli que leur vie ne confifte que dans le jeu de leurs organes, & dans le mouvemem des efprits & dufang. Raifonnez con« fequemment, je vous prie: Se raifon- nez fur des idées claires; & ne jugez point des bêces par le fentimcnc que vous avez de ce qui (e pafTe en vous.
A R I s^t s. Mais le moïen de s'en empêcher. Si je pique ce chien à la patte, ri la retire aum.têt ^ Se n'y man« que jamais.
Theotime. Et moi j'en conclus qu'il n'a point d'ame, 6c par confequent qu'il ne {ent point de douleur. Car je vous jpric, d'oiV vient que quand on vous laigne vous ne recirez pas le bras?
A R I s T E. Ceft que je veux tenir ferme, & que je croi que la faignée me fera utile.
T H B o T 1 M E. Fort bien; mais fi fon vous piquoit fans vous en avertir^ vous retireriez promtenaent le bras, C'eft donc machinalement ^ pourainfi dire, que le bras piqué fe retire, & par ordre de la volonté qu'il demeure fer« me. Âinfi de ce que vôtre chien ne manque jamais à retirer fa patte lorf* qu'on le pique; il en faudroit conclure que cela fe fait par la conftruâion ad-* mirable de fes organes, £c fans le (è« cours d'une ame qui ne £çaic pas mê- mes ce qu'il faut faire pour recirer le bras. Qu'il y ait une ame ou non dans le corps du chien; c'eft upe néceflité que fa patte fe retire: fi celui qui a hit cp corps y amis les reflorts néceflàires à fa confervation. Et une ame fans ces lefforts, ou lorfque ces redbrts font gâtez, ne peut retirer fon bras ^ quand ipêmes on le couperoit.
A R I s T £• Mais ce chien fenc de la douleur.
Theotime. Non fans doute, s^il n'a point d'ame. Car la douleur ne peut être une modification de la matière.
a des poumons / & que Tair en fott avec violence par le mouvement àm diaphragme:.. Voyons un peu ce que £*e(t que ce cri, & ce qui le caufe.
Th£oi> o r £. Cela iroic loin. Ke quittons point nôtre (ujeç.
A R I s T E. Non, Theoxime, vous ne me perfuaderez jamais ce paradoxe 9 que les l^tes n'ont point d'ame ^ & qu'elles ne Tentent point de douleur^ lorfqu'on les maltraite.
Theotime. Je vous perfuaderai idonc que la cbaflè vous eft défendue; car le gibier eft une nation paifible ôc innocente^ qu:'il ne vous eft pas permis 4e guerroïer & de maflacrer.
A R I s T E. Raifons Metaphyfîques! T H E o T I M E. Il eft vrai, mais dc- OKMiftracives pour ceux qtîi les exami^ nent avec une attention (erieufe.
T M E o p o R E. Il y a, Theotime, de certains préjugez contre lefquels la raifon d*abord ne fait que blanchir. Tel eft celui de Tame des bêces; mais, Arifte, la Metaphy (îque a plus de coup & de fblidité que vous ne penfez: & u die ne renverfepas nos préjugez, c'eft que faute d'attention nous ne foounes pa^ kapj^T^ de fhs raifoos^ A R I s T I. Je ne croi pas, Theoj. 4ore, que les animaux aïenc comm^ nous une ame raifonnaj^le. Mais j'ai toujours crû qu'ils avoient une ame ^nfitive^ propre àconferver leur corps, & faite pour lui, ^ qui parconfequen^ s'anéantifibit à la mort, jetant inutile qu'elle fubfîft^t plus long-tems.
T H E,o p 0 fi E. Maiscette atne fên*^ £cive eÀ une fubftance diftinguée du corps: car tout fentiment, plaifir, doUi# leur ^ & le refte, ne peut être une moi> 4ificaiion de la matière* Or naturelle* ment les fàbftanp es ne peuvent s^anéaiv tir. Donc.
Ariste. Oui ^ mais Dieu les anéantit à la mort, comme n'étant plus bpnnea à rien i s'il n^anéantit pas la fubftance matérielle, par exemple, d'un cheval mort, c'eft qu'elle eft bonne à quelque cbofe, comme peut-être à rendre la vie à un arbre languifianc, cm du moins à nourrir les chiens & les loups ^ Se tant d'autres animaux.
• T H E G D o n B. Mais Tame fenfitive dTun cheval ne pourroit^elle pas encore Être bonne à animer un poulain oupeut^ Être quelqoe afnon?
Théodore, Je ne croi pas non plus que Theotime, qu'il y aie d ame fenfi* tive dan€ les animaux. Je penfe qu'ils ne Tentent ni plaiHr ni douleur: car fous un Dieu jufte, ce qui eft abfolument in^ capable de merice Se de démérite, le doit être également de bonheur & de malheur. Je ne juge pas des bêtes par le fentiment de ce qui fe palIè en moi» mais par des idées plus claires. Je croi donc que leur ame n'e(|b point une fub«- ftance diftinguée de l£ur corps, Se plus noble que lui; mais qu'elle ne confifte que dans le mouvement des efprits &. du fang y Se dans la difpofîtion de leurs organes. Leur ame n'eft que leur vie, Ainfi leur ame périt à leur mort. Voi- là mon fentiment Se celui de Theotime» & â )e croïois queTame des bçtes fût: une fubftance diftinguée du corps Se plus noble que lui, jen'aurois garde de tomber d'accord qu'elle s'anéantit à leur mort: car l'anéanti flcm eut des fiibftanices eft naturellement impofli- ble. Mais quoiqu'il en iQit.de tioore ibntim^nt, ne jugez pas, fc^vous-prie v» de l'anéantiflèment de vôtre ame pai:^^ «dui de l'àme ^es bêtes. Car £ le jch(?« ÈiiK LA M OR t. 3oy ÈiiK LA M OR t. 3oy t$A mort. Dieu anéantit fon amCyCdiïi- tnc n'étant plus bonne à rien, il côn* fervera la vôtre affurément comme l>onne à bien des chofes. Nôtre amé, Arifte, eft en épreuve dans nôtre corps. Comme Dieu eft jafte efTentiellement Se pat fa nature, &qu^ici-bas les plus gens de bien font les plus miferables*, n on les prive de l^avangoût des biens futurs que leur donne la fermeté de leur cfperance, il faut qu'il y stit une autre vie où Dieu fatisfaflè à ce que fa juftice demande de lui. Ce n'eft pas feulement Il foi qui nous révèle cette vérité; la Metaphyfîque nous le démontre. Cat encore un coup la conduite de Dieu porte néceffairement le caradere de fes Attributs, & fa Loi inviolable eft l'Or* dre immuable qui eft entf'eux. Con- fultez-les donc ces divins attributs, pour juger par eux autant que cela fe feut de la providence Divine. Voïez fi Tanéanti dément des plus nobles de fes créatures s^accforde afvec l'idée que vous avez de fa fageffe & de fofï immu- tabilité, au(fi.bien que de fa )uftice& de fa bonté. Penfez-y férieufemenf. Et •fi vous vous élevez au deftus de vous- ^éme pour comparer les dénnirdhes Tome IL C & 30^ I. Ektaetieh 30^ I. Ektaetieh de l'Etre infiniment parfait avec les per-^ £e£bions qu'il renferme: vous comprend drez peut, être qu'il foûtient parfaite* xcent le caraâere de la divinité dans tout ce que la Religion nous apprend; de fa conduite. Ce n*eft que par cette voie qu'on peut acquérir quelque in-^ telligence des véritez de la foi..
A n I s TB. J'avoue que pour découî- vrir ce que les caufes font capables de Êûre, il en faut confultec les idées r mais apparemment je ne m'y prens pas< bien. Car de ridée que j'ai de Dieu Se Je Ùl bonté, j'en conclurois qu'après* la mort Dieu anéantit les âmes des mé- dians f. ou du moins qu'il ne punit des* allions paflageres que par des peines- temporelles. Cela me paroit bien plus* conforme à l'idée que j-ai de fk juftic^*. Cependant ces confequences font £a uf^ fes & contraires à cette parole terrible de Jefus-Chrift même ^ ^llez, maucHw muftH étemel..
T H E o D o R- E. Ces confequences fi)nt Êiufles; mais vous les tirez bien plus du fentiment intérieur que vous^ avez de voue bonté, que de la vue clai-^ rede la bonté divine, & d'une médita^ don férieafê des attributs de la Divini«> tS^ Car, je vous ptiô, trouvez- vous mauvais que Dieu foit la fin de Thonn-ir me. Se que nouspUiflions éternelle, ment du fouverain bien?- Cependant y eft-il jufte que Dieu pour des aâiions pafïàgeres nous donne une récompenie éternelle >?
A K isTB. Il y a bien de la distance: Théodore. Marques^la moi y je vous prie; mais ne la cirez point dr vôtre fonds. TiteaUa de l^dée de la DiK Vinité, de l'idée de la caufe dont vous^ examinez^^ fa conduite»^ A R I SX B. Gomme Tinfinité eft Tat* tribut eflèntiel de la Divinité, afin que Dieu agiflè en Dieu, il ne doit poini^» ce meiemble, y avoir de bornes dails fbs bienfaits. Il eft de (a grandeur de donner une récompenfè éternelle à des a£bions( padàgeres.'
Tit E o i> OR' E. Afin que Dieu agiflà en Dieu,. il ne doit point aufli y avoir de bornes dans fk vengeance. Il doilf^ punir éternellement les damnesl.'
iufte. B eft bon aux bons, & infiniment Don: car la réconopenfe qu'il leur don-r âe eftinfinimenpaudeflos de leurs mc^ Coiy 5o8 I. Entretien fîtes & de leurs efperances. Elle eft di-** ^ned'un Dku infiniment boa Dieu eft jnêmes bon aux méchans qui peuvent encore devenir bons. La mifericorde qu'il leur a Ëiit en leur envoïanc Ton Jils afin de les rendre bons, eft au defl fus de cous Tes ouvrages. Mais il eft )ufte, & s'il eft permis de le dire, in- finiment méchant aux méchans.. Diea, Arifte, ne (è dément point: s'il ré- compenfê en Pieu, il punit en Dieu.
Ariste. Une peine éternelle pour des plaifirs d'un moment! ovi eft la bonté } Theoi>ore. Une réeompenfe éter- nelle pour des travaux paflagers! Voi- là où parok la bonté. Elle s'exerce dans k Ciel Se fur la terre, & fa juftice dans ks enfers. Dieu agit toujours félon ce qu'il eft. Mais non pas toujours feloa tout ce qu'il eft.. Chacune de fes dé-* marches porte le caraâere de l'attribue qui lui convient, & que fa fagefte lui prefcrit. Etc'eftàcette même (àgefli à nous en inftruire. Elle leËiit d'abojrd par la foi, autant que cela eft néceftàt- jre, & elle le fait encore plus clairement par Tintelligence; mais uniquement à ceux qui par kur foûo^iiCon à lafoiâc SUR LA Mort. J09 {)at le travail de leur attention meri* tent d'en être éclaircis.
5i R I s T E. Je veux bien que Dieu n'ait point de bonté pour les damnes^ ^ mais jenecomprens pas qu'il leur ren- de jaftice. Car il n'y a nul rapport entre le tems & l'éternité; & par confequent entre les péchez qu'ils auront commis*^ & la peine qu'ils en foufftiront^ Théodore. Dieu rend cette juftice aux damnez qu'il punit les plus coupables de plus dures peines. Et il Ce rend cette juftice à lui-même d'agir en Dieu, lorfqu'il punit éternellement ceux qui font indignes de le pofleder éternellement. Vous trouvez bon que la récompenfe éternelle porte le cara-^ ôere delà Divinité: approuvez donc en Dieu fes rigueurs éternelles. Uof- fènfe croit à proportion de la majefté of&nféer II eft jufte de condamner aux galères perpétuelles un fujet infolent qui auroit outragé Ton Prince. Com« parez & jugez flDieu fans démentir ce qu'il eft 5 doit fe contenter d'une ven- geance paflàgcre. Quoiqu'il en foit, il eft; le maître; il n'a pas fait, ni dû faire fes créatures pour les anéantir •■ leur ibrtdoit être éternel» Il les a Élites pouc JIO LEwTltETlËN lui, & il faut une durée infinie à un e£^ ftfit fini, pour poflèder Tinfini Se pour' en joiiir. Ou eft donc l'in juftiee de me« nacer les hommes d'une peine étemeU le, puifqu'on leur promet en même fems un bonheur non (èuiement éter« Dei quant àla durée^ mais in£[ni quant à Ton objet. Dieu donne à fès Saintis la qualité de Tes enfans^il leur fait parr de fa gloire Se de fes plaifirs y ii en fait des Dieux. De quelle peine ne font point dignes ceux qui méprifènt ces* E tome (lès pour courir après de faux iens:' promeflès (ignées par le (àng du' Fils unique, & confirmées par an fer<^ menr foiemnel. * Car Dm ndiant poimf *H#jr, €. jgjpi^ grand (jue lui, il en s juré par lui* même. Il a ajouté le ferment à fa parole^ éêfin ifue notre efperanct appUiee fur deux chofes fi fermes & fiinébranUUes, m chan*' celât point. Quand on ne Ëiit pas cet lionnenr à des hommes trompeurs & impuidans de les croire à leur parole: quand on ne fè fie pas à4eurrpromefles^ & qu'on doute de la vérité de leur fer- ment:, ils en font extrêmement cho-^ quez; Jugezrdonc de la haine que Dieu^ porte aux Infidèles. Confiderez (à puiil- &nce, prenez^ garde qu'il doit agir fe«r svK LA Mort. 5rr svK LA Mort. 5rr Ton ce qu'il eft, 8c vous verrez aSkzr clairement que récernicé des peines e(b un arrêt qui doit émaner de la Loi in^ violable du Souverain Juge, de Tordre hntnuable de fès attributs: en un mot,, de la Raifbn qui lui eft confubftantielle*. A R I ST B. Que les hommes font (lu- pides & infenfez! Ah! Théodore, cette alternative inévitable de deux éternités fi diflerentes qui m'attendent à la mort^ âne fait trembler. B faut que je vous IV Toue franchement y j'ai fouvent tâché- de calmer mon inquiétude fur lave- siir, en mettant tout d'un côté & rien' dei'auore. Confblation imaginaire. L'é-^ cjuihbre des biens 8c des maux futurs eft parfait^, du moins quant à leur dd-- ipee. J/en fuis afièz convaincu depuis- que je philofophe avec vous autres, 8^ que je travaille férieufement à m'in- ftruire de la vérité. Et c'eft pour cela principalement que je crains la mort ^ & que )'ai tant difputé avec Theodme, pour juftifier ma crainte & condamner là confiance. Mais je vous prie, Theo-^ dore y de me prouver cette propofition que vous avez avancée, que le vrai Chrétien ne doit point en cette qualité appréhender la mort» Conune Dieu 512 I. ENtRETlElsr m*a fait la grâce d ecte Chrétien ^ eé que vous me direz pourra peut-êtie me confoler & me railârer.
THfiODoiis.r Cela eft évidefnt par l'Ecriture. // rlj aplfts aucun fHjtf de con^ cfr. 8?' dam>jation dans ceux tjHt font à' JefiH" Chrifi. C'eft faint Paul qui vous ïe dit: Dieu les traitera comme fes aoiis^com- me fes enfans.
A R I s T E. Je fçai bien que les vrais Chrétiens n'ont rien à craindre, Ci vous entendez les juftes. Mais Je fuis bien éloigné de croire que j^enfoisda nom- bre.
T H E G o D R E. Mais, Arifte, Vous croïez en Jefus - Ghrift. Vous adorez Dieu par Jefus-Chrift. Vous croie» fer- mement que nous ne pouvons avoir d'accès auprès de Dieu, de rapport & de focieté avec lui que par jefiis- •Chrift.
A R I s T E. Oui fans doute: car du fini à l'infini la diftance eft infinie, le rapport eft nul. Tout culte fans Jefus- Ghrift eft profane. Dieu ne peut y met- tre fa complaifance (ans démentir fon infinité, fon attribut eflcntiel.J'en fuis convaincu.
vôtre b SUR LA Mort. 31J y^cc^ foi vous prononcez donc le mê- me jugement que Dieu, porte de la Di-* vinité & de vous-même. Vous jugez que Dieu eft infini; & que vous n'ê- tes rien par rapport à lui. Ainfi vous voilà déjà d'accord a\e^c Diei^ par l'eC prit, voïoas û vous l'êtes par le cqsiir; N aimez^yous ça^ Dieu plus que toutes chofesî Ariste. Oui, ce me (èmble; mais }e^ ne l'aime pas autant que je voudrois j>ien, autant que je fçai qu'il mérite <I'eire aimé> Je le prie louvent par l&t fus-Chrift qu'il me.remplilTe de ion amour, & qu'il me fa (Te naarcber dans iès voies. Doccmtfacere. voluntatem tuam, pf, 1 421 ^uia Deus meus es tai Per Dominum nO" *°' ftmmjcfiim Chrifiam Filiwn tuH?n /Je liii fais {puyent cette prière par fon Fils lie & le çcBur paxiage. Qii heureux efi cft- ^"*'-?.* Ij^ qni a. porté dis fa jmnfjfé le joug dn * ' Seignewr / Doçe me facere volunutem ^ gtda Dens meus es tu > Per Dominum m* jlrnm Je/km Chriftum Filiwn tUHm! , Theobore. Courage, Arifte^ puifque par vôtre 'foi en Jefus-Chrii vous jugez de la Divinité conuDcDieu J^T^ ï^V 9 ^ que votts aimez Dieucoxa* 3f4 I. Enthetiem 3f4 I. Enthetiem me Dieu s'aime, en le préferantàtoat par h charité; vous adorez Dieu en cfprit &'en vérité: car l^efprû n'adore que par Tes jugcitnens & Tes mouve^ f adorent en ef^'it & en vérité. Ne crai« fneT^ûonc point qu'il vous condamni^ ans de fi bonnes difpofitions. Car en^ core un coup, celui qui penfe Se qui aime, comme Dieu penfe & comme il aime, ce que font les vrais Chrétiens par leur foi & par leur charité: car leur ignorance 8c leur concupifcence ne fon( {»oint volontaires (Celui, dis-j^, qui a 'efprit & le ccpur ainfi tourné, ne peu( ^tre condamné (ans que Dieu manque, lion feulement à Tes promefles; mais encore à ce qu'il fe doit èi lui-même^ AiLfSTB. Je le croi ainfi; Theor dore, je fuis convaincu qu'il n'y a que la Religion Chrétienne qui porte le ca* raâere des attributs divins, & qui conr Vieilhe à l'homme; qui puiflè!e déli- vrer de fcs miferes & le conduire à (a ^n. Je fuis certain que DiéU traitera les ^vrais^Cbrêtiens comme fes amis. 5 ceux qd fibnt animez de la charité de refpric ç Jéfo^-Çhrift/Miis yopi Cwpoit^ ^e je poflfede ce don précieux de U charité.
T H E o D o K E. J*ai rai{bn.de le fup- pofer. l'en luge ainfi par le mouvemeiv que je vois qu'elle vous infpire. J'en uge par les fréquentes prières que vous avez faites au Père, pour Tobtenir au nom de (on Fils faien-aimé, 6c qu'il eft écrit 5 J^e ^uicontjue imjoquera U Seignçur ftrafmvi. J'en juge encore par certains conrmierces dangereux que vous avess gen^eufenient rompus* Mais je vous prie, d*oft viennent ces cfaangemens t A R I s T E- Ceft que Dieu m^a fait la grâce de m'apfnrocner des Sacremens^ & que je n'ai pas ciu devoir m'y préfèn» ter lans renoncer entièrement à ces 00- cafions de péché.
Théodore. Je juge donc encore plus furement de votre juftification ^ par les Sacremens que vous a ve^s reçus^ & que Jefus-Chrift a établis pour ré- pandre dans nos coeurs la grâce fanâL- fiante: car vous n'êtes pas homme à '^ous en approcher fans un defir aâuel & (incere de vous convertir à Dieu, fans un amour giâuel de Dieu fur toutes *cho(ès« Il eft vrai que cet amour aâuel li'cft pas la ch^jç^é; il ne juftifie pa$» 31^ I. Entiie'fiek r.Tfdité C^r Dieu ne juge pas d'une ame * fur att t ^u *^^ ^"* P^"^ ^ ^"^ "^ forme pas une ^ ' Jliabitudc -, c'cft fur fa difpofition permar ipcn^e, fur fes habitudes qu'il en jugtt. ^ais cet amour aAuel devient habituel & nous juftifie p^r l'efficace du Sacre^ pient. Ainfi j'^î.raiforide fuppofer qu^ vous poCedez aâaellement ce que ni vous ni moi ne pouvons nous affurer pofitivemenc par quelque ^utre vqïç * que nous le pp^èdons. Car quoique nous aïons fentipi^nt intérieur dç toi|C ce qui fe paflè aâuellemeni^n nous^ pous ne fentons nos habitudes que lorf- qu'elles font af£tuellepient excitées; 8c nous ne pouvons jamais juger par ce fentinjenç adjtuel » fî npcre (charité eft ou n'el( pas dominante. Mais lorfqu; flous joignons le Sacrçment avep I'a« mour a^uel, duquel amour nous avotié ibnpqa^nt intérieur y nous ppuvons fans craiqte croire qpe nous recevons la cha- rité habituelle, quqique dans le tems 4e Tab^lupon nous ne foïons point ayprjûs 4e «notre r^nouvellempnt inté- rieur, & que leç impreffions que le$ objets fenfiblesopt laiifées d^ns nptrç invagination demeurent les rnême$ qpr'aupar^yaftt. Car lies Çaprejfiieqç uf SUR LA Monr. 317 SUR LA Monr. 317 gBêriflènt& ne fortifient direâetnent que rincérieur de l'ame. Ils nous lai£a kùt nôtre corruption, nôtre concupifi. cence^ & toutes nos mauvaifes habi^ tudes, ^entant qu'elles conâftent dans les traces du cerveau. Mais ils nous donnent la force de combattre & de vaincre partagracedeJefus-Chrift, à laquelle nous avons droit par la charité.» Car Jefus-Chrift n'abandonoe point les.^ )ufl:es y lui qui prévient les plus grands 9 pécheurs.
A R I s T £. Eft-îl poifible que la cha^ f ité, TEfprit Sainx habhe dans un cœuf aufli corrompu qae le mien, non feule-' Hient par la concupifcence de la nature^ xnais par une féconde concupifcence bien f\ns criminelle que la première i Cependant il me femble que j'ai éprois* vé quelque chofe de ce que vous vene^ de dire de Tcfficace du Sacrement. Dés que j'eus re^û du Prêtre Tabfolutionde mes péchez, je fèntis en moi une joïé que je ne puis vous exprimer j plus dou*« ce infiniment & plus folide que celle d'un malade qui recouvre fa fanté, oa d'un marchand qui arrive au port après la (empcte. Il me fembla qu'on m'a vois déchargé d'un poids qui m'accabloil» Ddii) $ï? I. Entretiew Je jouis quelque tems d'une paix pra^ fonde dans le tonds de nE>on ccsur, donc toutes les puidànces étoient, ce me femble, d'accord de ne |das aimer que le vrai bien. Mais j'éprouvai bien-côc ce que vous ajoutez de la çoncupiTcen- ce èc des mauvaifès habitudes. Et îe irois bien que du moins pat cet endroic *étois tout à fait le même qu'auparap» ^rant» . Th E OD ORS» Cela eft& doit être ainG pour bien des ratfons qai entrent dans les'defleins de Dieu y & que vous éécourrirez (ans peine lorfque vous y pen ferez: car il eft tems de finir nôtre entretien. Mais ^ Arifte, ne craignear donc plus tant la mort, puirquVlle vous délivrera de ce corps de péché qui vous inittlte & qui vous inquiète Êuis ceiTe» Je ne dis pas que vous viviez dans une fecurité qui vous jette dans la négli- gence. Craignez les jugemens de Dieu: Veillez, priez fans cedè. «Mais confo- lez- vous» Réjoiiifllez - vous: Confiez- TOUS fur la qualité que pope le Seigneur Mdtth. Jisus de Sauveur des pécheurs» Focabis '^ ^^ nomen ejm J s s if m, dit TAnge à Saint Jo(èphr^ Iffe tnim falvam faeiet popHlum SUR. LA MOILV. ilf IL ENTRETIEN.
TH B o T 1 1^ E. Hé-bien ^ Ariite^ êces-voos maintenant guéri de U peur que vous aviez de la mort ï Eftcs^ vous au defliis de cette horreur fenfibla {[u'elle fait^ la nature, & vous paroit^ elle encore comme un monftre qu'on ne peut regarder fans terreur } A R I s T E. Cen'étoitpas, Tbeotimf^ cetiee horreur dont vous parlez qui in'eflFraïoit le plus, c'écoit la craintoe des jugemens de Diau: Ec cette crainte pe venoit pas tant du fouvenir des dé^ ibrdres de ma vie paflee, que des m6^ * chantes difpoficioiis que féprouvois aâuellement en moi^ & qui font de^ faites funeftes de mes paillons. }e nt pouvois croire que la grâce habitât dan^ un cœur ap{fi corrompu ^ auffi tyrans piCé que te mien: Et cela me jetioit dani) une efpece de defefpoir^ Mai», Thea- dore, vous m'avez bien ralTâré, lorfque TOUS mavez fait comprendre que lea Saçrçmensde la nouyelleallianQelaiiHr