* Cur enim non iteamus > quantfvis mim > vtris /«• me» modis, etiam /firitus imêrjioreos fojfe fœnâ C9f- fefalis igr.if affligi, p ffiritus homtnUm y etiém if fi frofe&b incorporel, & nunc fotmertmt inclufU corpors» libus memhris, d^ tune poterunt corporum /ùorum vin» eiUit- infolubiliter allij^^ri ^ Aàhétrehunt trgo, ft nullu' êis /ÙHt corpora y fptritus d^monumi immofpiritus i^^c- mones liect incorporel, corporibus igneit crucidndi^ Pê' dviuDei ^Ulu ti.c« xo.* ^4^ II. Entretien ^4^ II. Entretien nique jufqu'au cerveau. Aind, puifque l'ébranlement du cerveau eft feul la caufe occafionnelle de nos fencimens, Tébranlemenc des parties du feu peut au(n être la caufê de la douleur des Dé- mons. Jefus - Chrift le décide, ce me femble, afièz clairement par ces paro^ les: AllcK. maudits an feu éternel préparé pour le Diable: car il ne faut point <!on* ner de fens métaphorique à des paroles capables d'un fens naturel \ fi Ton n Y cft obligé par des iraifons fort preflàntes. A K I s T £• Je me rends, Théodore ^ & je voi bien que je ne fuis pas encore délivré de mes préjugez. J'avoUeque les Démons feront un jour précipitez dans TEnfer, où le ieu les tourmente-^ ta. Mais prefêntement qu'ils font dans Tair, car faint Paul les aj^pelle les puif* fànce del'air, fouffient-ils cette dou- leur fenfible que produit le feu? On dit qu'ils portent avec^ux leur enfer: & cela fe conçoit bien, s'il n'y a que la triftclïè & le defefpoir qui les afflige. Mais comment le feu de l'Enfer les bru- le-t'il maintenant qu'ils n'y font point? J'aurois fur cela bien des difficultez à vous fairel Théodore. Vous perdriez le.
tems adùrément: car il ne fkut deman« der aux gens que ce qu'ils peuvent nous donner, & je n'aime point à devi* ner fur des madères obfcures» Je con^ çois clairement que le feu eftdans quel^ que lieu, ou qu'il a certains rapports avec: les corps qui l'environnent. Mais je Ile conçois pas de même que les ef. prits y puiflènt être; ni qu'il loit nécef. laite qu'ils y foientpouren êtrecoui^» mentez de la manière dont ils le font. Car ce n'eft pas le feu qui eft la caufe immédiate Se efficace de leurs douleurs. Penfez-vous, Arifte, que vôtre ame foie dans le Soleil où elle voit la icu xniere, dans les nues où elle voit la blancheur^ dans tous ces corps qui vous environnent, & où vous voïez une fi grande diverfitéde (Couleurs? S'iln'eft pas néceilaire que l'ame foit fur la fuc face des corps, où elle voit de la cou- leur; il n'eft pas néceflàire non plus qu'elle foit dans celui où elle foufFre de la douleur. Car la couleur & la dou- leur font également des modalitez ou Jes perceptions de l'ame. • Si l'idée de l'étendue qui vous re- prcfente cette fleur par le fentiment de couleur, vous frappoit d'un fentiment 34^ II. Enthetipn 34^ II. Enthetipn rfc douleiïr, feriei-vour réellement' dans cette fleur? Je ne penfe pas que cela fut nécelEiire^ Cependant prenez^ y garde, il eft néceffaire que Tame (bit réellement où Tes modifkations fe trou- vent; car les fiibftances font infépara^ bies de leurs modaritez* L*ame eft*né^ Cedàirement où eft la couleur y où eft la douleur. Mais, c'eft que ni vous ni moi ne voïons point direâement cette fleur que tient Theocime: Nous pourrions la Voir comme nous la voïons, quoiqa*el^ fc fût détrùîtq^' & Vous en verriez dix pour une, fi vous aviez devant les yeux ane lunette à diit facettes. Uame n'eft dohc pa$ réeMenrefit dans les corps qui' environnent lenôtre,mais dans les idées qui agiflènt dans nos efprits.EUe eft ceï» Vainement où eft la couleur, où k trocN Ve la douleur 5 puifqu^elle eft infépara- btedefes modaiitez: ou de fes percep- tions. Elle eft dans la fleur qu'elle voilf, cïle eft dani le feu qu'elle fent. Mais c'eftencbre'un coup dans la fleur qu'el- le voit direftement: c'eft dans le feu qui la tourmente immédiatement: c^eft dans l'idée qui la touche ou qui la BtÉp» pe: c'eft dans l'idée qui la pénétre qu'ei- 1^ eft véritablement y 6c non pas dans suK LA Mort. 545 suK LA Mort. 545 l/)bjet qui répond à cette idée. Le vrai lieu des intelligences c*eft le monde in- telligible, cooijne le vrai lieju des çorps^ c'eft le monde n;tate^ie].
A BL I s T E. Je vop$ avoqc ^ Théodore^ que j'ai de la peine à comprendre ce que vpus me dites: Le vrai lieu dt^ intelli^ gpifÇ.esc*eftU mondt intelligible^ comme U v:raî lieu des corps c^eftle monde m/ueriel!
Théodore* J*ai tort, le vrai liei^ 4e$ corps n*eft point le monde matériel Je parlois félon les idées vulgaires. ' Arist£. Ce n'eft poinyc icela. Je i;omprens bien que le monde matériel, eft le vrai lieu des corps.
Théodore. Voqs le comprenejf tien?
A R I s T c. Oiii ce me fe^ble. Mai^ ce que je ne comprens pas trop bien^ f*eft que le vrai lieu des efprits foit Iç mc^nde intelligible. £ft-ce que les Dé« tnoiii ne font pas véritablement les uns dans l'Enfer y les autres dans Tair, c^ faint Paul (emble les placer \ Théodore. Les préjugez revien- nent toujours: ou bien c'eft que vous voulez me faire parler. Suppofons, je ypus prie, que Dieu n'ait point fait dç î:orps \ ou ^ ce que l'on cro| t çommu^ 350 IL Entretien nément y que les Anges aient été créez avant le monde, avant là matière. Dans cette fuppofition où étoieilt-iis ) Et où ferions - nous nous ^ mêmes, fi Dieu avoit anéanti tous les corps l Théodore. Quoi, nulle part en tous fens; quand mêmes nous aurions toutes les penfées, tous les fentimens que nous avons?
Théodore. Nous trouverions donc en nous> mêmes ce ciel & cette terre que nous voïons immédiatement, cette étendue immenfe que nous conce* vons, cette variété infinie d'idées que nous ne fcaurions épuifer. Nous trou* verions l'idée de la perfèâiion & de l'or- dre dans un efprit déréglé, des véritez néceflaires dans un être dépendant, des loi^ éternelles dans un efprit de quel- ques jours: En un mot, l'infini, l'éter- nel y le nécefTaire, le général ou com- mun à tous les efprits, l'immuable en- fin y tout cela dans un efprit fini, créé^ dépendant, particulier & fujetau chan* gement. Mais quoi! nôtre aroe eft aflu<> cément en notis-mçmes^ Se ce|>eQddnf flous ne la voïons pas, nous né la con- noifTons pas. Nous ne içaurions décoii* vrir les naodalitez dont nôtre fubftance eft capable; parce que nous n'avons «. point cette idée tumineufè dans laquel- le, & pat laquelle feule nous pouvons voir clairement ce que nous fommes, êc toutes les modalitez donc nôtre ame eft capable.
 R I s T E. Je croi bien que c*eft en Pieu que nous voïons toutes cbofes.
Théodore. Ceft donc en lui que nous fommes véritablement: * In ipfo * ^^i enim vivUnns & movunnr & fumus^ dit '^' * * (aint Paul. Car nous fommes afTuré^ rément où font nos perception^, nos propres modalitez, qui quoique diftin^i- guéës de nos idées, n'en font point fé- parées, du moins dans le tems que ces idées nous aflèftent. Quoi! pouvez- vous douter que la couleur, vôtre pro-^ pte modalité, ne (bit jointe avec vôtre idée, étant convaincu d'ailleurs que la couleur n'eft que la perception fenfi^ ble de ridée qui vous touche? Si vous doriez ce mur immédiatement^ en lui- inême, pourriez-vous douter que cette i>lancheur que vous voïez répandue fur -b^ f^J:façe n'y ikx pas aAuellementj^ i^l IL EnTR ETIBî^ La couleur efl: fans douce (ur Tobjet va immédiacemenj:: elle eft avec Tidée donc elle eft la percepcion. Mais les couleurs ne fonc que ides modificacions de Tame, & les fubftances font infé.* f>arables de leurs modificacions- Donc 'aipe mêmje eft fur Iqs idées qui la cou« chenc, dans les idées qui la pénécrent, dans le monde inceiligible comme dans le lieu propre des incelligences« T H £ o T I M B. On peut mimes dire que Dieu eft plus incime à Tame que l'ame ne Teft à elle,-même: Jmmior hh thno meo, dijt faini^ Aiiguftin. Car enfin Tame ne (e connoîc pointa elle n'eft à lelle-même que ténèbres & qu obfcu- xicé.
A a I s T E. Je veux bien que les «fprics bienheureux fbiencen Dieu. Les Anges fe promènent pour ainû dire ♦ Sëka Jans Timmenficp Divine, intra Detim ♦ cftmtrjtr Mais les Démons feroient-ils dans la fubftance lumineufe de la Dii- vinité? Ils Ton; dans rjEnfèr, chaflèz du Ciel & précipitez dans les cénébres* T H E o D o IV 9« Il eft vrai. Ils font dat^ TEnfer comme les efprics peuvent iêtrç dans les cprps^ Mais Dieu ^ft pat ouc, 9c ils font en Pieu bien plus r.eelr .SUR LA McfRT. 555 (ement que dans le feu préparé pour les punir. Ils font dans la fubftânce lumU neufe de la Divinité: mais cette fub'^ flance n-efl: point lumincufe à leuc égard, elle n*eft que brûlante & qu*a£ fligeante peureux. Ou fi elle efl: encore lumineufe à leur égard y les véritez qu'ils découvrent nàalgré eux dans cette lunûere les blelTent & leur font hor-« reur. Ils portent avec eux leur Enfer: parce que toutes les créatures font in*^ Réparables du Créateur, ôc que le fou- verain bien des Juftes devient à Ieu£ égard le (buvrain mal, & le fera éter^ Bellement. Ils font plongez dans le feu en ce fens, qu'à l'occafion de cet éle^ ment ils (ont brûlez- ou terriblement tourmentez par l'efficace des Icjées divi- nes. Car ennn les efprits ne font unis ou aflujettis aux corps qu*indireâ:e- ment,• que par Tentcemife des idées de CCS mêmes corps en confcquence de« vôlontez du tout-Puiffant, duquel kvl ils dépendent immédiatement. Je vous. prie de vous fouvenir du principe dont je croi vous avoir autrefois "^ bien con«> ^Entff^ :. A R I s T E.^ Je fais tous ities efïorti pbur me fixer dans Tefprit les idées Tom I/r G g . 3Î4 II. Entretien abftraices de vôtre MecaphyHque, mais elles m'échapenc coûjoucs. Vous m'a- «1 Etitre. vez "f dit autrefois ce que vousjne dites ^''*''*' aujourd'hui: mais je n'ai bonne mé- moire que pour les méchantes chofes. Cependant je ferai fi bien. • • Oui le monde intelligible eft le vrai lieu des intelligences. Mais le monde matériel eft afTurément le vrai lieu des corps.
Théodore. Cela fe peut dire en ce (èns que tel corps eft une partie du monde: ou bien en ce fens que tel corps eft environné de tous les autres qui conw pofent rUnivers.
Ariste. Quoi ce bureau n'eft-il pas dans cette chambre? * Théodore. Ce bureau eft dans cette chambre: non qu'il foit dans la fubftance qui compofe cette chambre, . mais parce qu*il en eft environné. Ne voïez-vous pas que les corps ne peu- vent pas être les uns dans les autres?
Ariste. Je fçai bien qu'ils font . impénétrables.
Théodore. Comment voulez- vous donc que le monde matériel fbit le vrai lieu des corps? Ce monde n'eft que Taftèmblage de tous les corps, donc aucun n'eft dans aucun autre.
sùîC £a Mo Rt. 3jf Arïste. JeTavouc. Mais quel eft donc le vrai lieu de ce bureau?
Théodore. Ceft le lieu oà il •ft véricablémenc. Ceft la fubftance qui le pénétre, Se dans laquelle il eft aâuellemenCé Ce bureau faic partie de l'UniverSé Voïons donc où eft TUni- vers ^ & nous fçaurons le vrai lieu de ce bureau.
même.
Théodore. Il eft vrai. Car TU- nîvers n'eft pas fcparé dç lui - même* £ft-ce ain(i que voiis Tencendez?
Theotime. Ne fçavez-vous pas, Arifte, que Dieu eft par tout» & qu'ainfi c*eft en Dieu qu'eft l*Univers.
A R I s T E. Oui. Mais Dieu n'eft paÉ étendu comme les corps. .Théodore. Non fans doute. S*il étoit écendu comme les corps, TUni- vers ne feroit point en lui, car les éten- dues font impénétrables. Il eft impoC- (tble que deux pieds cubes d'étendue n'en faffent qu'un. Mais Dieu eft telle- ment écendu dans l'Univers qu'il èft tout entier par tout. Car il a tout ce qu'il y a de réalité& de perfeftion dans tes creatures/ans aucune imperfeâion, Ggij 35^ II. Entrbti 1 K £ins aucune limitation. MamaintîVff pas mon bras. EUe eft réelle,. mais elle fenfèrme pour ainfi dire le néant de mon bras & de tout le refte de l'Unie vers. Mais en Dieu il n'y a point de néant. Toutes les réalitez s'y trouvent, mais éminemment y infiniment, divi-* nement, ièn^ exclufion, fans limita-^ tion. Il eft tout entier par tout. Cela ne £e conçoit pas.. Mais vous étonnez-vous- que les attributs de Tinfinr foient in-r compréhenfibies à* un eiprit fini 2 Conl^ cevez-vous bien qu'en Dieu il n'y ait n> afleni futur, & que tous les t«ms qui e fuccedent les uns aux autres (oient préfens dans ion éternité \ Comprenez^ vous bien comment retendue intelligi^ ble qui certainement n'occupe auc.un UuTt^ efpace, * comme il eft aifé de le prou^^ trttonm ver, en découvre à l'efprit une infinité^ fe àeM. Ej^^u mot y concevcz-vous qu'un être Apn,art. parfaitement fimple renferme en lui- ^^J^ même une infinité de perfèélions? Ce n'eft point proprement dans l'immen- £cé divine que font les^ bienheureufes^ intelligences, c'eft dans la Raifbn di- vine. L'immenfité divine eft le lieuiles* corps;.comme l'éternité celui qui^or- seipond aux tems ^ ou- qui les renferme i stfR LA Mort. 557 tous. Mais la lumière intelligible ^ le monde archétype, ks idées divines ^ Toilà ^ n je ne me trompe, le vrai lieu de nos efprits. Car £)ieu ne touche ôc ne pénétra l*efprit, du moins préiènte. prient y que par fès divines idées. Ce Sue je viens de vous dire peut, ce me rmble, vous perfiiader de ce paradoxe*^ Vous y penferez à loidr. Mais rappro-* chons-nous un peu de nôtre principal* fiijet. Appréhendez - vous encore que Vamç perde avec le corps fa fenfîbilité,. te que la mort anéantifle à notre égard coûte la nature } La regarde z-vqps en« core comme un grand malheur ^oup VOUSî^ A R I s-T E. Je ne^puisr pas m'êmpê- cher de regarder la féperation de Tame Se du corps comme un mal: Mais je fuis perfuadé qpe ce ne (èra pas un d grand mal..
T H E QT I KB. Je voi bien, Arifte^ que la peur que vous avez de la mort eft fondée fur ce que vous croïez qu'elle tous féparerade votre corps.^Mais vous TOUS trompez peut-être. Théodore vous a^ pa(fé cela y mais je ne croi pas vous le devoir accorder, & je voi bien par les- chofes qu'il vîencde vous dire ^ & aiifr quelles vous ne faites pas afiez de réfle- xion, qu'il eft tout à tait de mon fenci* nienr.
A a I s T E. QugA mon ame à la mort ne fera pas féparée de mon corps!
Theotime. Non apparemment^ ni à la mort, ni jamais.
A R I s t E. Je ne crains donc plus la mort: mais j'appréhende fort que Theotime ne raifonne mai. Que vou* lez- vous dire > ' Theotime. Ce bras que je den$^ & que je ferre entre mes mains, à qui cft-ce^ Theotime. Quoi c'eft làefFcfti- ▼ement vôtre bras? Je n'en crois rien.
A R I s T e. Vous en croirez ce qu'il vous plaira. Mais laiflëz-moi je vous prie, vous me faites mal.
Theotime. Je lâcherai prife quand je je fçaurai que ce bras vous appartient.
Théodore. Lâchez prife,' Theotime.
Theotime. Je vous fais, Arifte, prefent d'un bras, à condition que vous îecftz plus attentif à ce que nous vous SUR LA MOEIT. 359 difons, ôc que par la connoi (Tance de c!e quife pafle en vous-même, vous tâcherez de vous élevée à ce qui eft au defTus de vous.
A R I s T £. Je vous rends grâces du prefent que vous me faites.
T H E o T 1 M E. Je ne vous ai donné qu'un méchant bras ^ méchant puifque vous dites qu'il vous fait mal. Je veux encore vous faire prefent de deux autres bien plus réels que celui-là, & qui fe- ront en un fens bien plus à vous. Un jour ce bras-ci ne fera plus, mais les deux autres font incorruptibles.
A K I s T £. Les PJiilofophes ont d'é- tranges manières! Hé bien.
T H E o T I M E. Suppofons, Arifte, qu'on vous eût coupé ce bras-ci & cet autre-là, ( cette fuppofition ne vous fera point de mal } &^ue ces deux bras fuflent pourris ou brûlez ^ il eft certain par l'expérience de ceux à qui cet acci- dent eft arrivé, que vous fentiriez de la douleur dans deux bras > & une douleur bien plus vive que celle dont vous vç- nez de vous plaindre. Or ce ne feroient pas les deux bras ou pourris, ou brûlez qui vous feroient encore mal. Cela n'a pas befoin de preuve. Vôtre ame eft $6o II. Entretien $6o II. Entretien donc unk à deax aucres bras. Et tiss* deux bras fonc véritablement à vous^ s^il eft permis de contclure qu'an bras eft à nous de ce que nous Tentons quHl Aous fait mab Ariste. Aiflurément^ Theotime, tin homme à' qui on a coupé deux bras £i'en a plus, T H E G T I M E* AfluÉrément, Arifte, un homme à qui on a coupédeux bras, en poflède encore dcuiL autres. Et ces deux bras que tous avez, & que voici, tic (èroient point vos deui^bras^oune Vous feroient ni bien ni mal^ fi vous n'aviez les deux autres dont je parle^ ces deux bras aufquels vous ne penfez fo\nt\ iSc qui cependant font les feuls qui peuvent VOUS' faire mal. Or noua ne perdrons à la mort que ces deux bras-ci: caries deux autres' font incorruptibles. La mort ne corrompra que oe corps qiû tie peut jamais nous faire ni bienni maU Vous avez done tort de eraihdre la mort par cette méchante raifon qu'elle vous féparera die vôtre corps j s'il eft 'vrai qiie vôtre corps ^.o'eft celui qui vous fait mal.
A R I s T E. Je ne compreiis pas trop' ce que vous me voulez dire.
Theotime. Convenez - vous qu'un homme à qui on a coupé un bras ne laide pas, mêmes long-cems après, de femir de la douleur dans Ton bras? A R I s T E. J'en conviens. J'ai vu trop de gens qui m*ont aflfuré de ce Ëtic pour en douter.
Theotime. Quel çft doncle bras qui fait mal à un manchot y car ce n'eft pas le bras qui n'eft plus > A R 1 s T E. Il fent de la douleur, parce qu'il fe fait dans Ton cerveau le xnême ébranlement que s'il avoit fon bras. Car fi le nerf qui répond au pouce...Theotime. Ce n'eft pas là ce que je vous demande. Répondez: Quel t(k le bras qui lui fait mal?
A R I s T E. Mais ce n'eft point le bras qui- lui fait mal. C'eft Dieu en confe- quence des loix de l'union de l'ame & du corps. Le cerveau du manchot étant ébranlé, comme ûfon doigt étoitblelTé, il eft néceflaite qu'il fente de la douleur 4ans le doigt.
Theotime. Tout cela eft vrai: jnais dans quel doigt la fent - il cette (douleur: ou quel eft le doigt qui la luJ feitfenti|:î TomcJJ. H fi 5*^4 IL Entretien A & I s T E^ I^a douleur n'cft point 4ans le doigt, elle n*cft que dans Taoïj?^ Comnienc voulezrvous donc que nous lafentions dans le doigt 3 Et ce n^e$ point adG npcre doigc qui nous la fait fentir: c'eft Teâîcace des volontés divi- nés qui agic en nous en conlèquence de ies loix. Voilà, Tbeotiqfie ^ coojt ce qu^ l'ai à vous dire^ T H E o T I M E. Vous lie rjéponde? pas, Arifte: C'eft peut-être que je vous înterrage mal. La douleur qu*tui man- chot rou0Te dans (on doigt eft certaine-- ment une perception. Je vous demande^ de quoi eft cette perception: n'eftrcç pas d'un doigt?
Theotime. Hé bien dites-moi idonc ce que c'eft que ce doigt apperçâ. Prenez garde: Ce doigt n'eft pas ricn^ Car le manchot auroit une perception de rien, & par confequent il ne fenti^ jroit ou n'appercevroit point. Cepen- dant il (ènt op apperçoit un doigt qu'il diftingue de toute autre cbofe: Et ce n'eft pas le ddgt coupé, car il n'e(|k plos yil eft pounî il y a long-tems^On ne peut pas dire non |du$ quece doigf: f ^per^û foit Tel^icace du deçrcj: oii de la volonté de Diea: car ce manchoc fi'appeijçoit point cette efficace, il n'ap« perçoit qu'un doigt. Je vous demande <donc encore un coup ce que c'eft que ce doigt apperigû, ce doigt qui afflige le manchot & qui le rend malheureux^ ce doigt en un mot qui eft l'objet iaw médiat & efficace de fa perception 66^ fagréable.
T H £ o T X M £• Je le veux bien, maie à condition que vous vous rendrez ex-« trémement attentif à tout ce que je vais vous dire.
Je penfe que vous êtes aujourd'hui bien convaincu, que l'idée de l'éten* xluc, ou l'étendue intelligible, n'eft point une modification de l'ame. Se xju'elle ne fe trouve qu'en Dieu: parce que cette étendue eft infinie, & que nôtre efprit eft fini; qu'elle eft jmmua« ble, néceflaire, éternelle, commune à toutes les intelligences; qualitez afTtu rément qui ne peuvent convenir aux modification^ d'une créature. Or cette étendue eft c fficace: elle peut agir dans l'efprit. Elle peut l'éclairer, le t /ucher^ le modifierjrn mille manières. Cai cette Hhij écenduë qui éft Tarchecype de la ma- tière, n*eft qae la fubftance de Dieu en- tant qae repréfencarive des corps • & il ti*y a rien en Dieu d'impuifTant. La fuoftance divine renferme dans fa (im- plicite, d'une manière qui nous paiTe» toutes les perfeâions des créatures, mais fans limitation & (ans impuiflan^ ce. Telle eft la propriété de l'être infini, incompréhenfible à tout efprit fini. Et ces perfeâions, entant que relatives aux créatures, font les archétypes des mêmes créatures: Se elles font les idées des efprits, lorfqu'elles agi (lent en eux, & qu'elles les éclairent. En un mot, je croî que vous demeurez d'accord de ce que Théodore vous a prouvé fi fouvent, que retendue intelligible n'eft qu'en Dieu, & que cette étendue agit fans cède dans les efprits. Cela fuppofé: Voici mon fentiment en peu de paroles. Lorfqu*on penfe à 1 étendue les yeux fermez & le cerveau fans images, alors cette étendue intelligible affc&c Tame d'une pure perception. Elle paroît telle qu'elle eft, immenfé, nécelîaire, éter^ nelle. On ne re^iarque point de diffé- rence dans fes parties intelligibles, parce qu'^Uç toijicbe par tout également \ Sun LA Mort. 3 tf j refpric. Et comme cette étendue le tou- che légèrement, on la regarde ordinai* rement comme n'aïant point de réalité; car raturellement on juge de la réalité des cbofes par l'impremon qu'elles font en nous. Il naît de 1^ deux erreurs tout oppofées; Tune que l'idée de l'étendue n'eft rien; 8c l'autre que la matière e(i éternelle fir infinie, parce que telle efi fbn idée. Cela foit dit en paflànt, car il ne faut pas prefentement nous arrêter à combatre ces erreurs.
Mais lorfqu'on ouvre les yeux au mi- lieu d'une campagne, alors cette même étendue intelligible devient fenfible, en confequence des loix de l'union dç Tame & du corps. Je veux dire que l'i. dée de l'étendue touche l'ame plus vive- ment qu'elle ne iâifoit^ &'de plus elle la touche différemment félon (es diver- fès parties intelligibles^ ici d'une cou* leur, & là d'une autre. Car les difiè« rentes couleurs ne font que diverfes per- ceptions de l'ame imprimées en elle par l'idée de Tétenduë. Et comme ces per- ceptions fenfibks font^plus fortes que les perceptions pures, l'ame regarde l'étendue qui les caufe comme un être réel^ & dont les parties font de diâTe* Hhii) ^66 ÎI. Entretien rente natare, parce que les parties intef« ligibles font en nous des impreilîons de couleur toutes dif&remes. Ceft^là ce qu'on appelle voir les corps: car on ne voit point les corps en eux mêmes. Ils iie font vifibles que par les couleurs diflPèrentes dont retendue intelligible afièâe nôtre atne en conièquence des lotx naturelles.
Enfin, lorfqu'on nous touche la main,, jpar exemple, qu'on nous brâle ^ qu'on nous pique, qu'on nous chatouille ^ ftlors cette même étendue intelligible devient pour ainfi dire,ou douloureufe,, fHï agréable. Elle frappe encore Tanae l»en plus vivement que par les couleurs qui ne font que des perceptions aflèz: indiiSërentes, & qui nous font plâtôt idonnées potnr nous faire difcerner les objets 3 que pour nous y unir étroite- ment. Et c'eâ; en partie pour cela qu*oi> tegarde la main comme étant à foi. Car ef&âivement fî Tidée que vous avez de cd mur vous frappoit d'un fèntiment de douleur, au lieu qu'elle ne vous tou- che que du fèntiment de blancheur,, vous regarderiez ce mur comme faifant partie de vous-même: parce que vous ne pouvez pas douter que la douleur ne iVîL LA MôKt. 3^7 tous appartienne, comme vous le pou^ Vez maintenant de la blancheur. Cat fi'aïant point maintenant d'idée claire^ ni de vôtre ame ni de fcs modifications^ vous n'en jvtget que par fentiment. Or tous fêntez bien que la douleur vous appartient, parce qu^elIe vous rend malheureut;- & vous ne fentez nulle* fiâent que la conteur vous appartienne^ arce qu'eHe ne vous Êiit ni oien ni mal^ ^n eflf^t ce n'eft que par Tidée claire qu'on a du corps que les Philosophes ont enfin découvert que les couleurs n'appartiennent point aux objets, 8c rr ce ne ibnt qac des modifications Tame.
n eft donc clair que Tame n'eft unie ^médiatement ni à (on corps ni à ce œoiidè matériel, mais è l'idée de (on corps & au monde intelligible, en un mot à Dieu, à la fubfbnce intelligible de la Rai(bn univer(èlle, qui feule peut éclairer les intelligences ^ 6c agir dans nos efprits en mille manières diâeren^ tes. C'ieft un bras intelligible oa idéal qui £ut mal non (eulemenc à un man^ chotf, mais qui vous fiiifoit mal à vous^ même, lor(qne îfc vous ferrois incivil kment le bras* La matière n'eft pas Hhiii> 3^8 II. Ent retien vifible par elle-même: elle ne peut agir dans les efprics, fe repréfènter à eux^ les coucher de différences perceptions, les rendre heureux ou malheureux.Dieu fèul en con(èquence des loix nacurelles agit dans nôtre ame par Tidée de reten- due qu'il renferme, &c par là il nous unit non feulement à nôtre corps, mais encore par nôtre corps, à tous ceux qui nous environnent. C'eft par cette idée qu'il nous découvre les beauccz inteU ligibles de (on ouvrage, & celles qui frappent nos Cens: &c c'cft par elle qu'il nous fait joiiir de ce que vous appeliez, les douceurs de la vie. Car c'eft dans cette idée que fe trouvent & ces beacu tez & ces douceurs, comme dans leur caufe; & c'eft uniquement dans lame qu'elles font contenues ^ comme dans leur fujet. Ce qui fait par exemple la beauté de la campagne, c'eft la diver- i£té des couleurs qu'on voit diverfement diftribuées^ fur les plantes & (ur les fleurs y & ces couleurs comme vous fça* vez ne font que dans l'a me. Les dou« ceurs de la vie ne font auilî que des fen* timens femblables produits en nous par l'efficace des idées divines. Mais Dieu ne nous découvre pas feulement par SUR LA Mort. 3^9 SUR LA Mort. 3^9 l'idée de Técenduë le monde qu'il a créé, il nous repcéfente encore une in-r finicé de mondes qu'il n'a pas faits. Car l'étendue intelligible eft Tarcheiype d'une infinité de mondes poilîbles. En- fin cette idée eft le fonds inépui fable des véritez géométriques: car c'eft dans cette idée qu'elles fe trouvent. C eft par J'impreflion que cette idée fait fur TeÇ* Î)rit des Géomettres en confequence de eur attention, qu'ils acquièrent fans cefle de nouvelles connoiflànces. Or il eft certain que la mort ne féparera pas Tame d'elle-même. D'ailleurs l'idée de l'étendue ou l'étendue intelligible eft immuable» néceftàire, toujours efftca«i ce, ou capable d'agir dans les efprits» Donc la mort qui féparel'ame du corps^* de ce corps i|ifen(ible, de ce monde par lui-même invifible, n'eft nullement à craindre. C'eft la mort des impies qui eft terrible: cette mon qui les fépare de Dieu: cette mort qui fépare l'efprir, autant qu'il le peut être, de fes idées^ qui le prive de la vraïe lumière ^ & le plonge pour Técernité dans ces ténèbres extérieures, * dont Jefus-Chrift parle fi » MAtib^ fouvent dans l'Evangile. J;.\**^ Theodoke. Hé bien ^ Ârifte ^15: s».
370 ÏI. ËNtRETIEN' Irouvez-vous encore qu'à la tnorc notai Êiflîons une greffe perte ï A a I s T £. Quand je fais accencion* aux principes donc vous m'aves^ parlé autrefois, 6c que tous venez Tun & l'autre de me repréfenter, il me femble qu'à la mort nous ne perdons rien* Car ce corps ne pouvant agir en nous, n'eft rien par rapporta nous. Ou bien il femi^ bie que nôtre perte foit a(fez femblable à celle d'un prifonnier qu'on met en li^ berté, & qui ne perd (jue Tes chaînes ÔC Aptifon. Mais il naît dans mon efprie des penfées bien difierences des vôtres^^ tout naturellement & fans c fibre de ma Îart. Je vous prie, Theotime, fi vou» tiez dans une prifon commode ^ & que vos chaînes douces & légères ne TOUS fiffent pas grand mal; Si vous y trouviez toutes tes cho(és néceffaires à la vie, & tous les diverti (Temens poflî- bles; Que vous foiïïez-là avec vos meil- leurs anris y Philofophes comme vous ^ avec Théodore, par exemple; & qu'on Tous vint dire brufquement: Sortez: d'ici, la porte eft ouverte pour vous y mais Théodore demeûrez-là. Je fuppo- fe que vous foïez dans une terre étran- 2;ere où tout vous eft inconniï^ la lan^ JUR tA MOKT. 37t psc 5 les mœurs, le païs. Là Theotirae^ de bonne foi, for tiriez- vous volontiers^ & fans le mdndre chagrin > T H E o T I M E. Je voi bien, Arifte, que vos penfëes ne vous coûtent gue- res, du moins celle-d. Mais prenez-y garde, vous fuppofez feux. Si je fors le premier de cette prifon, certainement Théodore me fuivra bien-tôt ^ & j*ef- >ere que nôtre amitié qui n'eft ici que Ibn imparfaite y fera un jour bien plu» étroite, & qu^elte ne finira jamais. J'ac* cepterois donc fans chagrin la grâce qu'on me feroit. Mais je ne crains point de le dire devant Théodore ^ je ne Tai- me que très • imparfaitement. Corn-* ment Taimerois- je autant qu'il mérite d'être aimé, lui que je ne connois pas, & que j<e n^'ai jamais vu? Car ce que je Tois de Théodore n*eft qu'un certai» arrangement de matière qu'on appelle un vifage: mais ce n'eft pas là Ttieo-* dore. )e croi bien que ce Théodore que je ne vois point, a beaucoup d'amour pour la vérité, beaucoup de raifon, Maucoup de Religion. Dans cette pen- fée je l'aime & je l'honore infiniment». Mais je tremble r l'amitié me féduic peut-être. Je ne vois pas clairement 37^ II- Entretien 37^ II- Entretien qu'elle foit bien fondée. Je ne puis dou- ter qu'elle fqit réciproque. Je ne me connois pas moLmême, comment fon* derois* je le cœur de mon cher ami? Mais non: Théodore a prefëncement toutes les qualitez qui font les amitiez folides & raifonnables: mais demain les aura* t'il, lesaura^t'il éternellement^ Certai- nemenr. Aride, il n'y a point ici-bas d'a^ miriez folides, d'amitiez fermes 8c im- muables. Tout y eft fujet à la mmabi- licé; & Tunion des deux efprits dépend de Tincondance d'un feul.
Il eft vrai que l'amicié des Philofb^ phes Chrétiens n'eft pas fondée fur U conformité des paiSoiis volages, fut l'amour des biens pallagers. Elle ne dé« pend pas de la fermentation des hu* meurs & du (àng: fon fondement eft inébranlable. Ceft la vérité qui unie leurs efprits; 8c la vérité eft immuable. Ceft le vrai bien qui unit leurs cœurs; & ce bien n'excite point de jaloufîes: c'eft un bien commun dont tout le monde peut joiiir fans rien diminuer de fon abondance* Voilà ce me femble, ce qui m'unit aujourd'hui avec Théo- dore. Mais peut- être que demain je romprai avec lui -, non par b mutabilité L- SUR LA Mort. 373 de ce qui nous lie depuis iong-cems Ci étroitement, mats par l'inconftance na- turelle à l'homme, par foiblefTe, dé- fiance, aveuglement. Car dans cette agréable prifon d'où vous ne voulez pas que je forte, je n'entrevois qu'un foible raïon de lumière. Je ne puis difcerner, fi le Théodore que j'aime, eft devant moi, que par les réponfes qu'il me fait; iSc peut-être qu'un htux Théodore con- trefait fa voix. Ah Théodore! que je vous embra (ferai avec joïe, lorfque je vous verrai en plein jour, lorfque je verrai clairement que c'cft vous; lorC que je fçaurai certainement que nôtre amitié eft réciproque, & que rien ne Eourra jamais ni la rompre ni l'afFoi- lir l A quoi penièz-vous, Arifte de fup- pofer que dans ce cachot ténébreux, oi\ nous fommes renfermez, mus avons ton-- tes Us chofes nicejfaires a la vie & tous les Svertijfemens fojfibles? Ma vie, la vie d'un efprit, car mon corps n'eft pas taoi, c'eft la lumière qui m*éclaire, & qui me réjouit: c'eft là poflèffion, c'eft la joui({ànce paiHble de celui qui feul ppiit remplir la vafte capacité de ce coeur qu'il a formé. Rien ne peyt de- 574 II- Entretietc 574 II- Entretietc Olterer cette foifardeme que Dieuniec en nous pour la félicité, que "^ le torrent dt volupté Kfx*i[ nous a promis^ Tous ces xlivertitlèmens ée la vie pre/ente sw . nous plaifent & ne nous occupent, que l^ittce q\f ils nous ctompent: car tout ce qui nous environne n'eft que de la ma* tiere inefficace | & tout ce qu'on y prouve de douceurs & d'agtémens vient uniquement de la Tource féconde di$ cous les plaifirs: ^phd te eftfons vite. Heureux celui qui m convaincu de cei^ te Philoic^faie. Il facrifie fans ce0e en l'honneur du vrai bien les plaisirs de la vie prefente; & ferme dans l'attente ides promeflès confirmées par le ièr^ ment du Père ^ & fcellées par le fang du Fils y il regarde le moment de la mort comme le commencement de la ^ie. Il fixait bien, Arifte, que ce qu'il iquicte n'eft rien, & il croi fermement qu'avec Dieu il aura tout.
Ar I s T E. Oui, Theotime j Tout ce que l'en quitte n'eft rien: du moins li'efl;*ce rien par rapporta nous. On ne quitte que de £iux Wen3, dpnt toute la * Imhriêbumut àb ubertate dotftus tu€ f é* torrtvtfi Vûluntdtis tud potdbis 99s: fuoniam apud te eji fons