90 Troisie'me fans penfer à aacre cbofè. Car c'eft là le ' principe* Donc Dieu peut faire de l'é« tendue fans faire autre chofe. Donc cec^ te étendue fubfiftera fans cette cho(è ii!i. connue qu'ils attribuent à la matière. Cette étendue fera donc une fubftance^ & non une modalité de fubftance. Et voilà ce queje croi devoir appeller corps ou matière pour bien des raifons r non feulement parce au^on ne peut penfer aux modalités des etrés,(ans penier aux êtres mêmes dont elles font des modali- tez,&quM n*y a point d'autre voïe pouf diftinguer les êtres de leurs modalités,, que de voir fî on peut penfer à ceux-là fans penfer à celles-ci; mais encore par- ce que par retendue toute feule, & par les propriétés que tout le monde lui at- tribue, on peut expliquer fuffifamment tous les efièts naturels, je veux dire qu'on ne remarque aucun tffat de la matière dont on ne pui(Iè découvrir la caufè naturelle dans Tidée de retendue, pourvu que cet efièc foit clairement connu.
Ariste. Ce que vous dites là me pa- xoîc convaincant Je comprens plus clai* rement que îamais, que pour connoicre les ouvrées de Dieu ^ il faut confulter attentivement les idées qu'il renferme dans Gi fageflfe, & faire taire nos fens,& fur tout nôtre imagination* Mais cette voie de;diécouv£tt la vérité eft (i rude & fi péniUe, qu'il i^'y a pre(que perfonne qui la fuive. Pour voir, que le (bleil eft tout éclatant de lumière ^ il ne faut qu'ouvrir leayeux. Pour juger fi le fon efl: dans Tair, il fuffit de faire du bruit; Rien n'eft plus commode. Mais Tef^ prit travaille furieuièment dans Tattenr tion qu'il donne aux idées qui ne fi:ap^ pent point les fens. On fe lafle bientôt: ie le içai par expérience. Que vous êtes heureux de pouvoir méditer fur les ma- tieres métaphyfiques! : Thjsodore. Je mis fait comme les au^ très, mon cher Aride. Jugez de moi par vous-même^ & vous me ferez honneur, vous ne vous tromperezqu'à mon avan** tage.Que voulez-vous \ Cette difficulté que nous trouvons tous à nous unir à la Raifon, ed une peine & une preuve du- péché y & la rébellion du corps en eft le principe. Nous fommes condamnez à gagner nôtre vie à la Tueur de nôtre front.Il faut maintenant que l'efprit tra- vaille pour fe nourrir de la vécitc. Cela eft commun à tous leshomtres. Mais Hij Hij 91 Troisie'me croïez moi, cette viande des e(prics eft Cl delicieufe, & donne à l'ame tant d'ar-« deur lorfqu'on en a goûté, que quoi-> qu*on fe laflè de la rechercher, on ne fe lalTe jamais de la defîrer & de recom- mencer Tes recherches: car c'eft pour elle que nous fommes faits. Mais fi je vous ai trop fatigué ^ donnez, moi cet inftrument, afin que je foulage vôtre attention, & que je rende fenfibles, au- tant que celafe peut, les véritez que je veux vous Ëiire comprendre.
A R T s T s. Que voulez-vous làire? je comprens clairement que le fon n^eft point répandu dans l'air, & qu'une cor- de ne peut le produire. Les raifons que vous venez de me dire me paroiffent convaincantes. Car enfin, le fon ni le pouvoir de le produire n^eft point ren- fermé dans l'idée de la matière, puifque toutes les modalitez des corps ne con- fident que dans des rapports de dtftance. Cela me fuffir. Néanmoins voici encore une preuve qui me firappe Se qui me convainc. C'eft que dans une fièvre que )'eus il y a quelque temps, j*entendois lans cefle le hurlement d'un animal qui fans doute ne hurloit plus, car il étoic mort. Je penfe auifi que dans le fonu Entretien. 95 Entretien. 95 meil il vous arrive comme à moi d*en« tendiMm concert, ou du moins le fon de la trompette ou du tambour y quoi- Îju'alors tout Toit dans un grand filcnce. 'emendois donc étant malade des cris Se des hurlemens. Car je me fouviens encore aujourd'hui qu'ils me faifoienc beaucoup de peine. Or ces Tons defa» gréables n'étoient point dans Tair^quoi-* que je les y entendiflë auffi-bien que ce- lui que (au cet inftrument. Donc, quoi- qu'on entende les fons comme répan- dus dans l'air, il ne s'enfuit pas qu'ils y foient. Ils ne fe trouvent eflèâivement que dans l'ame, car ce ne font que des ientimens qui la touchent, que des mo- dalitez qui lui appartiennent. ]e pouffe même les chofes plus loin. Car tout ce que TOUS m'avez dit jufqu'ici me porte à croire qu'il n'y a rien dans les objets de nos fens qui foit fèmblable aux (en- timens que nous en avons. Ces objets ont rapport avec leurs idées ^ mais il me femble qu'ilsn'ont nul rapport avec nos fcntimens. Les corps ne font que de l'é- tendue capable de mouvement & de di- verfès figures. Cela eft évident lorfque l'on conlutte l'idée qui les repréfente. Th£Odor£, Les corps, dites* voi»s^ n'ont rien de femblable aux fèntimen» que nous avons j ôc pour en connoîcre les proprietez, il ne faut pas confulcer les iens, mais l'idée claire de Tétenduë qui repréfènte leur nature. Retenez bien cetce importante vérité*.
A R I s T E. Cela eft évident, & je ne Toublierai jamais.
XIII. Théodore. Jamais! Bien- donc ditesr-moi, je vous prie, ce que c'eft qu'une odkave & une quinte, ou plutôt enfeignez-moi ce qu'il faut faire pour entendre ces confonances.
A & I s T E. Cela eft bien facile. Tou« chez cette corde entière, & enfuite mettess là vôtre doigt, Si touchez Tune ou l'autre partie de la corde, & vous- entendrez roûave.
Théodore. Poturquoi là mon doigt, &c non pas ici ^ - ArisIe. Ceft qu'ici vous feriez une quinte, &c non une oftave. Regar* dcz y regardez. Voilà tous lestons mar'« quez...Vous riez.
Théodore. Me voilà bien fça- vant, Arifte. Je puis vous faire enten- <lre tous les tons que je voudrai. Mais fi nous avions. brifé nôtre inftrumenr, toute nôtre fcience feroic en morceaux.
Entretien. 95 A R I s T B, Point du tout, j'en re- ferois bien un autre. Ce n'eft qu^unc corde fut un ais. Tout le inonde en petit faire autant.
TfiEopoRB. Oui. Mais cela ne fuffit pas. Il faut marquer éxaâemenr les confonances fur cet ais* Comment le divifericz-vous donc pour, marquer où il faut mettre le doigt, afin d'en- tendre Toâave, la quinte, & les au* très confonances i A R I s T B. Je toucherois la corde en- tiere^&en glillànt le doigt je prendr<M5 le ton que je voudrois marquer. Car je fçai même aflèz la mufique pour aecor- der les inftrumens.
T H E o ix o R B. Vôtre méthode n'eft gueres éxaâe, puifque ce n'eft qu'en tâtonnant que vous trouvez ce que vous cherchez. Mais (i vous deveniez fourd» ou plutôt fi le petit nerf qui bande le, tambour de vôtre oreille,& qui l'accord de avec vôtre inftrumenr,venoit à fe re- lâcher, que deviendroit votre fcience^i Ne pourriez- vous plus marquer éxafte- ment les difiFerens tons? £ft-ce qu'on ne peut devenir fourd fans oublier la mi^ii- que^ Si cela eft, vôtre fcience n'eft point fondée fur des idées claires. La Raifon r* 9<$ Thoisie'me n'y a point de part, car la Raifon eft hnmuable & necedàire*.
A R I s T E. Ah, Théodore! j'avoîs déjà oublié ce que je viens de vous dire que je n'oublierois jamais. A quoi eft- ce que je penfe? )e vous ai faic là dç plaifantes réponfes, vous aviez fa jet d'en rire. C*ell que naturellement j'é- coute plus mes fens que ma Raifon. Je fuis (i accoutume à confulter mes oreil- les, que je ne penfois pas bien à ce que vous me demandiez. Voici une autre réponfe dont vous ferez plus content. Pour marquer Toâave fur cet infttu* ment, il faut divifer en deux parties égales Tefpace qui répond à la corde. Car fi IViant touchée entière, on tou^ che enfuiteTune ou Taucre de fes par. ties, on aura Toâave. Si on la touche entière, & enfuite les deux tiers, on aura la quinte. Et enfin fi on la touche entière, ^ enfiiite les trois quarts, on aura la quarte, & ces deux dernières confonances monteront à l'oâave.
XIV. Théodore, Cette réponfe sn'inftruit. Je la comprens diftinâre-* ment. Je voibien par làqueToûave, cm plutôt la caufe naturelle qui la pro- duit^ eft comme a. à i. la quinte comme 3- Entretien; 5F7 3. à I. la quarte comme 4. à j. Ces rap- porcs des nombres font clairs. Et puif. que vous me dites qu'une corde divifée & couchée ffj^n la grandeur qu'expri- ment ces nombres, rend ces confonan- ces,quand je deviendrois fourd Je pour* rois les marquer fur le monocorde. Vol- làceqnec'eft quederaifonner fur des. idées claires, on inftruic folidement les gens. Mais pourquoi une quinte & une quarre valen^elles une oâave? ^ A%J8Tt. Oeft que lefbn eft au Ton comme la corde à la corde. AinH, puifl que Vo{kâvc fe (air entendre lorsqu'on touche une corde, & enHiite fa moitié y Toâave eft comme 1. à i. ou ce qui eft la même cho(è, comme 4. à 1. Or le rapport de 4. à 1. eft compofé du rap« porc de 4. à ). qui eft la quarte ^ & de }. a 1. qui eft la quinte. Car vous Tçavez bien que le rapport d'un nombre à un autre eft compofé de tous les rapports qui font entre tous les nombres que ces deux nombres renferment. Le rapport de 3. à 6* par exemple, qui eft celui de i. à 2» eft compofé des rapports de;, a4.de 4.à5. & de c. à 6. Par là vous voïez que le diton & la tierce mineure valent une quinte. Car la raifon ou le rapport de 4« Tome /, I 98 Troisie^me à 6. qui eft égal à celui de 2. à j eft com*^ pofé de ceux de 4. à 5. qui fait le dicon ^ & de 5. à 6. qui eft la tierce mineure.
Théodore. Je cqpçois clair6< ment tout ceci, en fuppofant que le fon foit au fon comme la corde à la corde. Mais je ne comprens pas bien ce Î principe. Penfez- vous qu'il (oit appuïé ur des idées claires } A Rj ST E. Oui je le croi. Car la cor- de ou les divers tremblemens ^ font la cau(è de divers fons. Or la caufe entiè- re eft à fa moitié comme 1. à i. & les e£. fèts répondent ^xaâement à leurs eau- (es. Donc Teffec de la caufe entière eft double de l'effet de fa moitié. Donc le fon de la corde entière eft au fon de fa moitié comme 2. à i.
Théodore. Concevez- vous dî- ftinâement ce que vous me dites ^ Pour moi j*y trouve de l'obfcurité, & autant que je le puis je ne me rends qu*à l'évi- dence qui accompagne les idées claires, A R I s T E. Que trouvez-vous à re- dire dans mon railonnement?
Entretien. çjr I..PreneZ'Y garde. Vous croïcz connoixce ce que vousjie faites que fen. xit^Sc vous prenez pour principe un pré* jugé dont vous aviez reconnu la faudè^ lé auparavant* Mais pouc &ire (èntir la faulfeté de vâtrc preuve, fouffirez que )e faHb fur vptis une petits expérience; Donnez wcn vôtre main:]e ne vous fe* rai pas grand ro'aK Prefentemerit que ie vous frotte le creux de la main avec le bout de ma manche, ne &ntez.vous rien?
Théodore. Et maintenant.
A n I s T X. Ah Théodore! vous me faites mal- Vous me fronez trop rude- ment- Je iêns une douleur qui m'in-*. commode. ':''■• T H E D n o TC E, Vous vous trompez, Arifte. Laiilcz.moi faire. Vous fentez un plaifir -deux ou trois fois plus grand que celui que vous lêntiez tout-à-l'heu* rc. Je m'eii vas vous le prou /er par vô- tre même raifonnement^ Prenez gardr«- LefrMtmnv^ut j^fals dans voire main efi^ U caufi de a qUt vous y fentez* Or la c4^ entière efia famoitié $omme i. ài, 0* lej^ lor) Troiste'mé lor) Troiste'mé tffets répandent éxa£iement à raHion dtleurî caufts. Donc P effet Je la caufe entière oy dt FaÔion entière de la caufe efi double de Cejfet de fa moitié. Donc en firoccant une fois plus fort ou plus vice, ce mouvemeoc. redoublé doit produire une fois plus de plaidr. Donc je ne vous ai point fait de douleur, (i ce n^eft que vous prétendiez que la douleur foit au plaiGc comme i; A n I s T E. Me voilà bien puni d'à» voir raifonné fur un principe obrcur. Vous m'avez £ût du mal ^ & pour toute excufe vous me prouvez que vous m*a-^ vez fait un double plaihr. Cela n'efl: point agréable.
Théodore. Vous en êtes quitte à bon marché, car (i nous euflîons été au« prés du feu, jeufTe peut-être fait bien pis, Théodore. Apparemment j'euds Eris un charbon ardent, &. je Teulfe d a^ ord approché un peu de vôtre main, 5c fi vous m'euffiez difque cela vous fai^ foit plaifir, je Ty aurois appliqué, afin de vous en donner davantage, & puis je vous aurois prouvé par vôtre raiibn- tiéhient que vous ai^riez tort de vous plaindre* Entretien. ioi Théodore. Cotximenc voulez. vous que je fade? Quand je vous donne des preuve? nnécaphyfiques vo|p les oubliez incontinent. Il faut biçn que je les rende iènfibles, afin que vous les compreniez fans peine, & que vous vous en (buve* niez toujours. Pourquoi avez'^vous ou* blié fi^ôt qu'il ne£iut raifonner que fur désodées claires y qu'une corde ébran- lée ne peuii^au plus qu'agiter l'air qui l'environne, & qu'elle ne peut produire les divers fons que vous entendez } . A R I s t E« C'eft que dés que je tou^ che la corde j'entens le Ton.
Théodore. Je le vbi bien« Mais vous ne concevez pas clairement que les vi^ brations d'une corde puillent répandre ou produire le fon. Vous en êtes demeu- ré d'accord. Car le fon n'cft point ren- fermé dans l'idée delà matière, encore moins le pouvoir d'agir dans l'ame Se de le lui faire eritendre.De ce que les trem- blemens d*une corde ou de l'air font fuivis d'un fon & de tel fon, jugez en que les chofes étant comme elles font, cdaeft néce flaire afin qu'on l'entejad^^ iiij 102 Troisie'me Mais ne vous imaginez pas qu'il y ait un rapport néceflaire entre ces chofes» Apparemment je n'entens pas les me*- ' mes fons que vous, quoique j'entende peut-être les mêmes tons ou les mêmes confbnancu. Car fi le tambour de mon oreîUe eft plus petit ou moins épais que le vôtre d'une certaine quantité, qui faflè qu'il s'accorde plus racilement en prenant un autre ton qu'en prenant le même, ce qui eft fort vfai-femblable, aflrarément, tout le refte étant égal ^ j'entens un Ton plus haut qut.vous, lorf^ qu'on touche cette corde. Enfin je ne voi nul rapport de grandeur entre les confonances. Il n'eft point cbir que la diflfèrence des fons qui lès compoCènt foit du plus au moins,comme les cordes qui les rendent. Cela me paroît évident. A R I s T £. Cela me paroît tel. Mais Îmifque les tremblemens d'une corde ne ont point la caufe du Ton, d'où vient ^ que j'entens le Ion lorfqu'on touche U corde?
Theodorb. Il n'eft pas tems, Arifte,de réfoudre cette quîftion. LorC que nous aurons traité* de l'efficace des caufes, ou des loix de l'union de l'ame 6c du corps ^ elle fe réfoudra fans peinte Entretien. 103 Je ne penfe préfencemeoc qu'à vous ku re remarquer la difFerencequ'il y a en. tre connoicre clairement 6c fencir con* fufëmenc. Je ne penfe qu'à vous bien convaincre de cette importante véri- té, que pour connoitre les ouvrages de Dieu il ne faut pas s'arrêter aux (enti* mens qu'on en a, mais aux idées qui les repréfentent. Car je ne puis trop vous le repeter: il ne (àut pas confulter fes kn$, (es propres modalitez, qui ne font que ténébres^mais la Raifon qui nous éclair re par fes divines idées y p^r des idées immuables, néceflàires, étemelles.
'Akiste. j'en demeure d'accord. J'en • fuis pleinement convaincu. Padons ou. cre y car je me laflè de vous entendre in- ceflàmment redire les mêmes chofès. XVI. "^H E 0 D o R E. Nous paflè- rons à ce quil vous plaira. Mais,croïez« moi, il ne fufÈt pas de voir un principe, il faut le bien voir.. Car entre voir & voir il y a des différences infinies; & te principe que je vous inculque eft (i nér ce flaire & d'un (i^rand ufage^qu'il faut l'avoir toujours prefent à Tefprit, & ne pas l'oublier comnie vous faites. Mais voïons fi vous en êtes bien convaincu, & fi vous fçavcz bien vous en fervii:.
uij I04 TkoTSI£*ME Dices.moi pourquoi deux cordes étant en unifTon %n ne peut en toucher une fans ébranler l'autre.
A K I s T E. Cette queftion me paroît bien difficile: car j'en ai lu dans certains Auteurs beaucoup dVxplicationsqui ne me fàtisfont gueres. J'appréhende que ma réponfe ne m'attire encore quelque petite raillerie, ou*que vous ne faffiez quelque expérience à mes dépens, Théodore. Non, non, Arifte, ne craignez rien. Mais n'oubliez pas le principe des idées c'aires^ Je ne devrois pas vous en avenir fi fouvent. Mais j'ai * peur que h/ympathie, ou quel qu'autre chimère ne vous empêche de le fuivre.
A K I s T E. Voïons un peu. Lorfque je touche cette corde, elle ébranle l'air par Tes vibrations. Or cet air agité peut communiquer quelque mouvement aux autres cordes qu'il rencontre.
Théodore. Fort bien. Mais les didbnantes, aufli^bien que celles qui rendent le même fon, feront ébranlées. A R I s T E. C'eft g quoi je penfois. Un peu de fympathie viendroit afièz bien ici, mais vous n'en voulez poiif t.
Théodore. Je reçois volontiers ce mot pour ce qu'il vauc.Il y a fym« Entretien, loy pathie encre les cordes de même Ton* Cela eft cercain,puirqu'clles agifTenc les ' unes fur les autres, carc'eftce que ce mot fignifie. Mais d'où vient cecce fym-i pachie? C'efl; ce qui faicla difficulté.
A R I s T £. Ce n'eft point à caufe de ' leur longueur ou de leur gro fleur. Car il y a fympachie entre des cordes inéga- les, & il* n'y a point de fympathie en- tre des cordes égales, (1 elles ne ren- dent le même Ton. Il faut donc que tout , dépende du fon^ Mais à propos, le Ton n'eft point une modalité de la corde, fie elle ne peutie produire. D*où viendra donc cette fympathie? Me voici bien embarrafle.
Théodore. Vous vous embar- railèz de peu de chofè. Il y a fympathie entre les cordes de même fon. Voilà le fait que vous voulez expliquer. Voïcz donc ce qui fait que deux cordes ren» dentPun même fon, Ôc vous aurez tout ce qui eft néceflaire pour découvrir ce que vous cherchez.
A R I s T E. Si deux cordes font éga- les en longueur & en groflèur, ce lera régalité de leur tenfion qui fera qu'elles rendront le même fon: & (i elles font inégales feulement en longueur/i Tune /^ io6 TrOisie'me eft, par exemple, double de Tautre ^ il faadra qu'elle foie tendue par une for- ce quadruple.
The CD GRE. Que fait donc dans des cordes égales une cenfion plus ou ' moins grande?
A a I s T £• Elle les rend capables d'un Ton plus ou moins aigu.
Théodore. Oiii, mais ce n'eft pas là ce qu'il nous faut. Nous n'avons que faire de la différence des fons: nul ion ne peut ébranler cette corde. Car le fon eft plutôt l'ef&t que la caufe du mouvement. Dites^moi donc comment la cenfion Êdt-elle que le fbn devient plus aigu i A R I s T s. Ceft apparemment parce qu'elle £ait que la corde a des tremble* mens plus prompts.
Théodore* Bon » voilà tout ce- qu'il nous feut. Car le tremblement, 8ç non le fon de ma corde', pourra^ire trembler la vôtre. Deux cordes égales - en longueur 6c en grofleur, & égale* ment tendues rendent un même fon, par cette raifon qu'ils ont des tremble- mens également prompts: & fi l'une monte plus haut que l'autre, c'eft une marque qu'elle eft plus tenduë^Sc qu'el- Entretien. 107 Entretien. 107 }e fait plus promptemenc chacune de Ces vibrations. Oc une corde n'en ébranle une autre que par le moïen de fes vi- brations. Car un corps n'en meut un au«e que par le moïen de Ton mouve- çient. Cela étant, dites-moi mainte-< nant pourquoi les cordes de même Ton (e comnfbniquent leur tremblement: 6c pourquoi les diflbnantes ne le font 5>oint, du moins d'une manière qui foie ènfible.
XVII. Ariste, J'en voi cl.airemenc laraifon. Voici deux cordes de même fon. Voilà la votre, voici la mienne» Quand je lâche ma corde, çUe pouflè r.air vers vous, Se cet air pouffé ébranle quelque peu votre corde. La mienne &it encore en fort peu de tems quantité de femblables vibrations, dont chacune ^branle rair,& poutTe vôtre corde com*- xpe a fait la première fecouiTe. Voilà ce qui la fait trembler. Car plufieurs peti- tes fecoafjfes donnée^ à propos peuvent produire un ébranlement fenfiblc. Mais Iprfque ces petites fecouflesNiennent à contrei-tems, elles fe nuifent les unes aux autres. Ain(i, lorfque deux cordes &nt difTonantes, ou ne peuvent faire leurs vibrations eu tem^ égal ou multi«< iio Troisie'me iio Troisie'me de nâtre ame qui ne peuvent nous éclai- rer. Mais les idées que la Raifon nous découvre font lumineufes: Tévidence les accompagne. Il fufSc de hs confide- cer avec attenrion pour en découvrir les rapports, & s'inftruire folidemept de la vérité. N*eft.ce pas là^ Théodore, ce 3[ue vous voulez que je iqe mette bien ans Tefprit? Théodore. OUi, Arifte: & fi vous le faites, vous voïagerez fans crainte dans le païs des intelîiaences. Vous en éviterez prudemment les lieux in0ceflî-r ^es ou trop dangereux, & vousn'ap^.
Eréhenderez plus ces phantâmes caref* itîs qui engagent inienfiblement dans Terreur les nouveaux voïageurs de ces contrées. Mais ne vous imaginez pas de bien (Ravoir ce que je viens de vous di«i> re, & ce que vous avez répété vous.^ même* Vous ne le fçaurcz exactement que lorfque vous y aurez médité fou-r vent. Car on n'apprend jamais bien ce qu'on entend dire aux hommes, fi la vérité intérieure ne nous le répète dans le filence de toutes les créatures* Adieu donc, Arifte. Je vous laiflë Ccvi avec la Raifon. Confiilcez^là (èrieufement » 6c oubliez tout le refte.
Entretien. m IV. -ENTRETIENT.
En général de la nature & des propriete^^ desfens. De Ufagejfe des loix de Funion de rame & du eorps. Cette union changée en dépendance par le péché du prenùet homme.
ARisTB. D'où venez- vous, Théo- dore? J'écois dans l'impatience ds né point vous rencontrer.
I. T H £ o D o R E. Quoi douc! Eft-cc que la Raifbn ne vous (ufiSt pas; & que vous ne pouvez paflèr agréablement le tems avec elle ^ fi Théodore n'eft de la partie? La raifon faffit pour une éter* nité aux bienheureufes intelligences •, & quoique je ne vous aïe laifTé avec elle que quelques heures, l'impatience vous prend de ne me point voir. A quoi pen- lezrvous? Prétendez-fous que je foufi. rre que vous aïez pour moi un attache- ment aveugle & déréglé? Aimez la Rai« fon, confultez^la, fuivez-la. Car je vous déclare que je renonce à l'amitié de ceux qui la négligent, & qui refufent de h ibômpttre à Tes loi^.
?
le HZ Qjcjatrie'mS A it ( ^ c. Doucement, Théodore.' Ecouctz un peu. ' IL Théodore. Il ne pei^ y avoir d'amitié durable & (încere, fi elle n'eft appuïée fur la Raifon > fur un bien im- rouable ^ fur un bien que tous puiflent poflèder fans le divifer* Car les amitiez fondées fur les biens qui fe partagent, & qui fe diflipent par Tufage, ont tou- jours de fâcheu(ès fuites, & ne durent ue peu de tems: (àuttes & dangereu- sè amitiez?
Ariste. D'accord. Tout cela eft vrai, rien n^eft pks certain. Ah, Théodore!
Théodore. Que voulez-vous direi III. Ariste. Qu'il y a de difiè- rence entre voir & voir j entre fçavoic ce que nous difent les hommes, dans le tems qu'ils nous Me difent, & fija- voir ce que nous dit la Raifon, dans le tems qu'elle nous répond! Qu'il y a de différence entre connoître & fentir ^ entre les idées qufrnous éclairent, & les fentimens confus qui nous agitent Se qui nous troublent! Qu; ce principe eft fécond, qu'il répand de lumières! Que d'erreun, que de préjugez il dif- fipe î J'ai médité, Théodore, fur ce principej'cnaifttivi les confequences.
& f'étois dans rimpacience de vous voir, pour vous remercier de me l'a- voir appris. Souftrez que )e vous dife ce que les Fidèles de Samarie difoienc à la Samaritaine, après qu'ils eurenc àufli-bien qu'ellè^coucè nôtre Maiftre commun: f^m poH propnr tuam loqueUm creMmus, ÀicÀtnx»Ti:s à cette femme: Ipfi enim andivimus & famus. Oiii, maintenant je fuis convaincu y non par la force de vos difçours, mais par les rèponfès évidentes de la vérité intè« rieure« Je comprens ce que vous m'a- vez dit: mais quei j'ai compris bien d'autres chofes, dont vous ne m'aviez point parlé! Je les ai clairement corn- prifes; & ce qui m'en refte de plus profondément gravé dans la mémoire, c'eft que j'ai vécu toute ma vie dans l'illudon \ toujours feduit par le témoi- gnage de mes fens,- toujours corrompu ar leurs attraits. Que les biens fenfi- les font mèprifables! Que les corps me paroifTent impuiflans! Non, ce fbleii, quelque éclatant qu'il paroidè à mes yeux, il ne poflède ni ne répand point cette lumière qui m'éclaire. Tou- tes ces couleurs qui me réjoui (Tent par leur variété & par leur vivacité ^ toutes Tomci. K i 114 Q^uathie'me i 114 Q^uathie'me ces beaatez qui me charment, lorfqiic je tourne les yeux fur tout ce qui m'en- vironne, m'appartiennent à moi. Tout cela ne vient point des corps, n'eft point dans les corps. Car rien de cela n'eft renfermé dans l'idée de la matière. Et )e fuis perfuadé qu'il ne faut point jugeç des ouvrages de Dieu' paf les divers fentimens qu'on en a, mais par les idées immuables, nécefliâires, éternel- les qui les repréfentent y par l'archet ypc fur lequel ils ont tous été formez.
Théodore Que je fèns de plaific à vous entendre! Je voi bien que vous avez confulté la Raifondanslefilence des créatures ^ car vous en êtes enjcore tout éclairé, tout animé, tout pénétré. Ah que nous ferons bons amis, fi la Raifon eft toujours nôtre bien com- mun, & le lien de nôtre focieté! Nous joiiirons l'uln & l'autre des mêmes plai- firs, nous podèderons les mêmes ri- chedès. Car la vérité fe donne toute entière à tous, & toute entière à cha- cun de nous^ Tous les efprits s'en nour- léflènt y fans rien diminuer de fon abon- dance. Que l'ai 4e joie encore un coup de vous voir tout pénétré des vérités que vous m^ dites!
IV. A R I s T E Je fuis auflî tout pé- nétré de reconnoi (Tance de 1 obligation que \c vous ai» C'étoit là le fujet de mon impatience. Oili, vous m^aves enfeigné cet arbre du Paradis terreftre, qui donne aux efprits U vie.& l'immor.. talité. Vous m'avez montré la,manne celefte ^ dont je dois me nourrir dans le defert de la vie prefente. Vous m'avez conduit infenfiblement au Maître iii- térieur qui feul éclaire toutes les inteL ligences. Un quart d'heure d'attention férieulè aux idées claires & lumineufes qu'il prefente àrefprita m'a plus ap<. pris de véritez^ m'a délivré de plus de préjugez, que tout ce que' j'a vois lu dans les Livres des Philofophes, que tout ce que j. a vois oiii dire à mes Maî« très, & à vous-même, Théodore. Car quelque juftes que foient vos expreC (ions, quand vous me parlez & que je confulte la Raifon, ilfe fait en. même tems un bruit confus de deux réponfes dif&rentes, l'une fenfible, & l'autre intelligible. * Et le moindre inconvé- nient qui en arrive, c'eft que la ré- nonfe qui me frappe l'oreille partage la capacité de mon efprit, & en dimi- , HUff la vivacité & la pénétration. Car Kij 'lié QjJATRIE^lE il vous faac du tcms pour prononcer vos paroles; mais toutes les répon- fes de la Raifon font éternelles & im- muables. Elles ont toujours été dites^ ou plutôt elles fe difent toujours fans aucune fucceflion de tems; & quoi- qu'il nous faille quelques momens pour les entendre, il ne lui en faut point pour les faire, parce qu'efitûivement elles ne font point faites. Elles font éternel- les, immuables, néceflàires. Souffrez que j'aie le plaifir de vous déclarer une partie de ce que je croi avoir appris de nôtre Maître commun, chez qui vous avez eu la charité de m'introduire.
V. Dés que vous m'eûtes quitté, Théodore, je rentrai en* moi. même pour confulter la Raifon, & je recon^ nus tout d'une autre manière que lorf- que vous me parliez, & que jetne ren- dois à vos preuves, que les idées des créatures (ont éiernelles, que Dieu a formé les corps fur celle de l'étendue, que cette idée doit doncrepréfenter leur nature, Se qu'ainfi )e devois la confide- rer attentivement pour découvrir leurs proprietez. Je compris clairement, que de confulter mes fens, & chercher la vérité dans mes propres modalitez^ .j .j ENTRETIEN. ^ 117 c*^toi( préférer les ténèbres à la lu- mière;^ & renoncer à la Rai(bn. D'a- bord mes fens s'oppoferent à mes con- cluions, comme s'ils euflTent été jaloux contre les idées» de fe voir exclus par elles d'une prérogative qu'ils pouè- dent depuis long-tems dans inon efprit. Kfais je trouvai tant de faulTètez&: de contradiâions dans Toppolîtion qu'ils avoient formée, que je les condamnai comme des trompeurs & des faux té- moins. En iffct, je ne voïois nulle évidence dans leur témoignage» & je remarquois au contraire une clarté mer- veilleufe dans les idées qu'ils tâchoienc d'obfcurcir. itinfi, quoiqu'ils me par- laient encore avec confiance, avec hauteur, avec la dernière importunité, je les obligeai au fîlence, & je rappel- ai les idées qui me quittoient, à canfe qu'elles ne peuvfpt foufirir ce bruit confus 8c ce tumulte des fens révoltez. Il faut, Théodore, que je vous avoiie que les preuves fenfibles que vous ve- niez de m« donner contre l'autqricé des fens 3 m'ont été d'un merveilleux ufage. Car c'eft par elles que je fiiifois taimps importuns. Je les convainquois de ranf- jcié par leur propre témoignage. Ils fe 1 Il8 QUATRIE^ME 1 Il8 QUATRIE^ME coupoient à tous momens. Car outre qu^ils ne difoienc rien qui ne fût in* compréhenfible, 6c couc-à^fait incroïa^ ble, ils me faifoienc les mêmes rap^r porcs, de chofes toutes diflferentes, 6c des rapports tout oppofez des mêmes chofes félon l'intérêt qu'ils y prenoient. Je les fis donc taire, bien réfolu de ne plus juger des ouvrages de Dieu fur leur témoignage, mais uir les idées qui re« {>réfentent ces ouvrages, & fur lelqueU es ils ont été formez.
C*eft en fuivant ce principe que }'ai compris que la lumière n'étoit ni dans le foLeil y ni dans Tait où nous la voions, ni les couleurs fur la furfâce des corps: que le foleil pouvoir peut-être remuet les parties fubtiles de Tair, & celles-ci faire la même imprefEon de mouve* ment far le nerf optique, & de là juf. qu'à la partie du cq|^eau où Tame re- nde; 6c que ces petits corps agitez en rencontrant de folides, pouvoient ré- fléchir différemment félon la diverfîté des fucfaces qui les faifoient rejaillir. Voilà leur lumière, & la variété de leurs ccwkurs prétendue}^ ▼L J'ai compris de même, que U cbaleur que je iens n^étoit nuliemenc Entretien. lîf dans te feu, ni le firoid dans la glace^ que dis- je! ni la douleur même dans ' mon propre corps, oi\ j'en ai fenti fou- vent de n vives & de fi cruelles; ni U douceur dans le fucre, ni Tamercume dans Taloes, ni l'acidité dans le verjus^ ni Taigreur dans le vinaigre, ni dans \fi yin^ cette douceur & cette force qui trompe & qui abrutie tant d'ivrognes* Tout cela par la même raifon que te fon n'eft point dans Tatr, & quil y a une difi^rence infinie entre les trem^ blen^ehs des cordes, 8c te bruit qu'elles rendent; entre les proportions de ces tremblemens^ ôc la variété des cotui fonances.
Je ferois trop * long, Théodore, R^^^^ j*entrois dans le détail des preuves qui de u Re* m'ont convaincu que les corps n'ont /^'^^^^/t point d'autres qualitez que celles qui*. ^ cb* réfultent de leurs figures, ft d'autre /J^'^^^J. a£tion que leurs mouveniens divers» Mais je ne puis vous celer une difiu culte que je n'ai pâ vaincre, quelque efibrt d'eforit que j'aïe fait pour m'en délivrer.. Je fuis fans peine l'aâion du foleil ^ par exemple, pat tous les efpa^^ ces qu'il y a entre lui & mai. Car fup- pofé que tout foit plein > je conçois 110 Q^aATRlE^ME