Vous vous êtes accoutumée à regarder Ché- rubin comme un enfant; mais il ne l’eft plus au- jourd'hui. Ce n’eft plus cet efpiégle qui fàifoit rire les femmes par fes aimables folies, c’eft mainte- nant un grand Perfonnage. ( avec finefle. ) N’ètea» vous pas fâchée de ce changement?
La Comtesse avec fenfibilhe,.
Et pourquoi voudriez-vous, Moniteur, que je fu fie fâchée de le voir heureux?
Le Comte.
Et vous voyez avec plaifir fon refroidififement pour vous?
Digitized La Comtesse.
Vous me faites fans ceffe des queftions qui offen- sent ma déiicateffe. Vous, Monfieur, qui avec tant de tortsji mon égard! je ne vous parle cepen- dant de rien. J’étouffe dans mon cœur des repro- ches que vous avez trop mérités. Du moins, ne foyez pas injufte: fi je vous pardonne tout, faites- moi grâce de ce que vous n’avez rien à me repro- cher.
Le Comte.
J’en conviens, mon adorable Comteffe; mais, à travers mes erreurs, je n’ai jamais ceffé de vous e Aimer..
La COMTESSE malignement Ah! je fuis bien (Tire de celui-là: je l’ai. trop mérité, & voilà mon (eul tort envers vous.
Le Comte.
Vous en ôtes plus méritante & plus refpe&able.
La Comtes se.
Mais moins aimée.
Le Comte.
Âh! le reproche eft fanglant. Eft- on jalourv quand on n’aime pas?
La Comtesse.
Onl’eft par amour-propre St par orgueil. Voilà comme vous m’aimez.
Le Comte.
Vous ôtes injufte à votre tour, ma chère Corn- • * L * 4o LE MARIAGE INATTENDU tefle; mais brifons là deffus, & parlons de votre parente. Je cro; * qu’il ed convenable que vous alliez 311 devant d’elle pour la féliciter. fur l’hçu- reux événement qui la rejoint à fon époux. Elle fera fenlible à cette marque de votre attention.
La Comtesse.
Je n’aurois ofé vous en demander la permiffion » & je fuis enchantée que vous m’ayez prévenue. Ce n’eft pas le devoit qui me guidera auprès de ma parente, ruais le fang & l’amitié.
Le Comte.
Comme Chérubin eft du même fang, il faudra qu’il vous accompagne.
La Comtesse.
Vous ferez donc de la partie?
Le Comte.
Je ne puis aller à Madrid. Je ne pourrois garder l’incognito dans cette circonftance.
La Comtesse.
Mais vous pourriez venir avec nous jufqu’auprès de l’Efcurial, Vous auriez l’occaiion de voir votre’ Oncle.
Le COMTE d‘un ton embarrajfe.
Je le voudrois de tout mon cœur; mais j’ai donné parole à mes Gens d’Affaire pour après demain. Si pourtant la chofe eft poflible, je ne me priverai pa^ de ce plaifir. Je vais donner les ordres pour ce départ, tout de fuite après le mariage.
4 * DE CHERUBIN.
La Comtessl Je vais fai e préparer re qu’il me faut; ainfi que la parure que je deftine à Fanchette pour le jour de fes noces.
Le Comte.
Mais vous fouperez avec nous?
La Comtesse.
Non, je ne prendrai rien de ce foir. J’ai ma migraine, & je vais rentrer chez moi.
Le Comte.
Je vais vous donner la main jufqu’â votre ap- partement. (à part, en s*en allant.') Bon! les choies en font au point où je les voulois.
. ( Ils fartent. ) Fin du premier Acle.
4 » LE MARIAGE INATTENDU ACTE ï ï.
( Le Théâtre représente le même Sallon. La Seine tfl dans Tobfcurité de la nuit, & s'éclaire par degrés. ) » SCENE PREMIERE.
FANCHETTE feule, échevelée, & fon.habit en défordre.
To UT le monde repofe dans ce Château. Que le fommeil eft loin de ma paupière. Tour parole calme ici, mon cœur feul eft troublé par une terreur inexprimable. Ah! Chérubin, Chérubin! Soi» image me pourfuit par- tout. Hélas, je ne fui», point née pour lui. Le fort me deftine à être U compagne d’un Payfan, & non pas d’un homme de qualité. Ce n’eft plus ce Page, cet étourdi; c’eft un homme raifonnable, décent; il n’en eft que plus dangereux pour uneame fenfible. Aurai-je la force de l’oublier? Je le dois, il faut me réfî- gner à ma trifte deftinée » & remplir le dévoie qu’elle me preferir.
• DE CHERUBIm SCENE II.
FANCHETTE, BASILE, dans le fond.
• Basile à part.
Bon! la voilà feule, allons avertir Monfeî- gneur. Il aura le teins, avant que perfonne ne fo lève, de s’expliquer avec elle.
t (Il fort.)
. sssssat ■ -■ sa SCENE III.
FauCHETTE feule & s'ajfeyaitt.
C^UELLK cruelle pofition que la mienne! Je n’ofe confier mes peines à perfonne, pas même i Sufanne, ma couline, ma plus tendre amie. Une • douleur cachée devient plus aiguë & plus difficile à fupporter.
44 LE MARIAGE INATTENDU SCENE IV.
FANCHETTE, CHERUBIN.
A Chérubin au fond.
J’ A I pafle la nuit dans le parc fans m’en apper- Cevoir. J’erre dans ce C àreau fans rencontrer perfonne; mais Fanchette eft toujours préfente à mes yeux. ( L ‘ appercevant. ) Dieux! ne me trom-* pai-je pas! C’elt elle-même.
Fanchette furprife & fc levant, Ciel! ceft lui!, Chérubin.
Ah! ma chère Fanchette, que faites-vous ici v li matin?
Fanchette baiffant les yeux.
Et vous-même, Monfeigneur, qu’y cherchez? vous?
Chérubin.
Le repos, qu’il m'eft impoffible de trouver. O mon aimable Fanchette! votre cœur ne devine-t-it pas tout ce que fouffre le mien!
Fanchette, d'une voix baffe.
Je fuis plus à plaindre que vous. Songez à m’ou- blier. Hélas, aurai-je la force de fuivre le confe.it DE CHERUBIN. ' $ tjue je vous donne? ( A part. ) Non, je le fens, cet effort eft au-deffus de moi.
Chérubin.
Peut-on détruire un amour fi pur? Cet amour formé dès notre, enfance, dont les années n’ont fait qu’accroître la violence, fans rien diminuer de fa pureté.
Fanchrtte.
La raifon le condamne. Quel eff votre efpoir î Chérubin.
Je n’en ai point, je n’en vois aucun dans l’avenir, & je Vous honore trop pour vous propofer aucun parti qui puiffe allarmer votre délicatelle.
Fànchettb.
Ah! je vous rends juftice: votre âme eft ttop noble pour donner accès à la moindre idée qui puiffe offenfer la vertu. La pureté de vos fenti- mens vous rend bien digne du fort heureux qui vous a favorifé.
FANCHETTE, CHERUBIN, B ASILE. Chérubin.
parlez-vous de bonheur! Il n’en eft plu» pour moi.
Je le crois. Les fentimens ne font pas fortune dans le fiècle où nous fommes, & fur-tout avec les femmes. Ah! pauvre Page, que tu es devenu ennuyeux! Les Belles ne fe le difputeront plus; mais il pourra réullir avecles prudes. Monfeigneur n’arrive guères. Allons le faire dépêcher.
( U fort. ) SCENE VI.
FANCHÊTTE, CHERUBIN. FancheTTK allarmé.
JF B fuis perdue: je viens d’entendre la voix de ce méchant Basile. Il a l’affreux talent de noircir les chofes les plus innocentes. Eloignez - vous, Monfeigneur.
Oui, je vais vous quitter, & pour jamais. Adieu, charmant & unique objet d’un amour qui me fuivxa jufqu’au tombeau.
Fanchette.
Adieu» cher Chérubin.
Chérubin.
Permettez-moi de m’informer de vous. Voue tecevrez de mes nouvelles. Ne me refufez pas cette feule & dernière grâce.
Fanchette.
Je ne vous refufeiai jamais rien de ce que mon devoir me permettra de vous accorder.
Chérubin.
Adieu. Je vais devancer mon fervice à la Cour. Je n’ai, dans ce moment, que la force qu’il trie faut pour m’éloigner de vous. ( Il lui baife la main & fort. ) SCENE VII.
FANCHETTE, LE COMTE, BASILE.
BASILE bas au Comte.
i^IoNSftGNEUR, l’Oifeau eil déniché; mais il nous refle la Femelle. Vous fuis-je néceffaireî L h Comte.
Sans doute, elle fe méfiera moins de mo|i '4$ LE MARIAGE INATTENDU ( A Fanchette. ) Une fille eft bien eveillée le jouf de fes noces.
Fanchette toute troublée.
Ah!...Monfeigneur, on fait de rudes réfle- xions ce jour-là.
Le Comte.
L’ancien Page fait les rendre plus fupportables.
Fanchette à part Je reconnois bien là toute la méchanceté de ce fcéiérat de Bafile. ( A Bafile. ) Homme dangereux, qu’avez-vous pu dire 7 Basile.
Moi, je n’ai rien entendu; je n’ai fait que voir en pafl’ant. J’avoue que j’ai été furpris de ce rendez- vous dans la nuit.
Fanchette en colère.
Dans la nuit, homme déteftable!
Le Comte.
Calmez -vous, Fanchette; je vais renvoyer Balile, puifqu’il vous déplaît.
Fanchette.
, Au contraire, Monfeigneur, c’eft moi qui vais lui céder la place.
Le Comte à paît.
Ce n’efl: pas ce que je veux. ( Haut. )§F.h bien, il reliera. Vous craignez, fans doute, avec moi, plus qu’avec Chérubin. ( ri part. ) Ce maudit rage, fou ou raifonnable, il eft décidé que, dan9 tous les tems, il me coupera l’herbe fous le pied.
Fanchette.
Digitîzed Fanchette.
Non, Monfeigneur. Je crains moins avec vous qu’avec lui.
Le COMTE regardant Bafile.
Cette réponfe naïve eft affez méchante. Qu’en penfez-vous, Bafile?
Il y a beaucoup de chofes à dire là-deffus, Mon- feigneur Le Comte à Fanchette.
Vous n’etes pas auifi heureufe que votre cou- fine: elle adoroit Figaro. Le pauvre Nicolas, je crois, ne fera pas aullï fortuné.
F anchettk.
Si l’amour vient avec le tems, comme vous le prétendez, Monfeigneur, il le fera un jour.
Basile à part.
Il le fera, j’en fuis fiir.
Infpirons lui de la confiance. ( Haut, avec bonté, <2 fanchette. ) Allons, ouvrez- moi votre cœur. Je veux au moins obtenir votre amitié.
Fanchette.
Monfeigneur, vous l’avez déjà, & mon ref- peéh...Le Comie a part.
Ce refpeéf m’aflfomme.
Basile.
11 n’aime pas à en impofer en amour t c’eftbien différent avec ceux qui le fervent.
D <5o LE MARIAGE INATTENDU Le Comte. k Que dites-vous, Bafile?
Basile.
Je regarde, Monfeigneur, le lever du Soleil: 3es rayons m’oifufquent les yeux. Je me plaignois, mais il m’en impofe. ( Le Théâtre achève d'ètie éclairé. ). ' Le Comte à part.
Ce maudit Figaro a donné la manie à tous mes Gens de faire de Fefprit.
Fanchette.
Monfeigneur, je vais me retirer.
Le Comte.
Quoi! fans me dire un mot fur la fituation de votre cœur? Si vous avez abfolument de la répu- gnance pour Nicolas, je romprai ce mariage.
Fanchette.
Quels que foient mes fentimens, je dois obéir .â mon père. Puifqu’il faut que je fois établie, j’aime autant ce garçon qu’un autre.
Le Comte.
C’eft fort bien, Fanchette; vous ferez une femme raifonnable. Je veux abfolument obtenir votre confiance. Allez auprès de Madame la Com- teffe; on vous prépare des ajuftemens que vous ornerez plus qu’ils ne vous embelliront.
( Fanchette fort. ) 1 DE CHERUBIN.
5 * SCENE VIII.
.LE COMTE, BASILE.
Basile.
♦ Le Comte.
J’ai mes raifons. Falloit-il la dégoûter du ma- riage, en faifant mention du droit que je veux exercer avec elle? Voilà comme j’ai manqué Su- fanne. 11 faut déterminer tout le monde a partir; & quand nous n’aurons qu’Antonio, le Juge, Nicolas & la jeune Perfonne, nous réulTuons fans obftacle.
Basile.
C’eft reculer pour mieux fauter. ( "Regardant au fond. ) Mais voici Sufanne & fon mari. Tenez- vous fur vos gardes, Monfeigneur.
Le Comte.
Et vous fur-tout.
Il# & D a I yx LE MARIAGE INATTENDU SCENE IX.
Les mêmes, SUSANNE, FIGARO.
Il y a du complot, Figaro.
FIGARO de même. • Je m’en doute. Les voilà de bonne heure en- femble! Ils ne s’aiment guètes cependant \ mais l’utilité les rapproche.
Le Comte.
Tout le monde eft déjà fur pied!
Figaro.
Vous y êtes bien, Monfeigneur.
Le Comte.
Je vais à la chaffe; mais je ferai de retour pour la noce. Je veux mettre la Comteffe dans fa voiture.
SUSANNE.
Si Madame la Comteffe vouloit me prendre avec elle?
Le Comte.
N’en doutez pas. Vous lui ferez grand plaifir d’être de la partie; mais ce qui me fait de la peine, c’elt que je n’ai pas de courier à vous donner. Figaro.
Son Excellence me prend a&uellement pour un zéro en chiffre. Je ne fuis pas encore fi lourd que je ne puiffe courir la porte. Je vais endoffer la verte d’un portillon, prendre des bottes, un fouet, & me voilà bidet., Le Co m t e.
Vous avez un peu grofii.
• F I G A R O.
Je n’en fuis pas moins lefte, Monfeigneur.
Basile.
C’eft jufteu Figaro.
Qui te parle, à toi, Pédant? Tu fens l’applica- tion, c’eft fort heureux!
Basile.
Quoi, Monfieur Figaro T toujours des e'pi- grammes?
Figaro.
Je badine, notre ancien Maître à chanter. Ce font des gemillelfes que je vous dis: vous pouvez, ine les rendre.
0*3 SCENE X.
LE* COMTE, BASILE, SUS ANNE, FIGARO, LA COMTESSE.
i La Comtesse.
-E H bien, Sufanne, il faut faire la toilette de Fanchette. Elle ne veut plus qu’on retarde; elle eft déterminée à époufer Nicolas, pour ne point fâcher fon père.
Figaro.
C’eff un exemple d’o'oéifiance extraordinaire.
S U S A N N E.
Madame la Comtefle ne fait pas que nous par- tons avec elle.
La Comtesse.
Tout de bon, ma chère Sufanne?
Le Comte.
Elle & Figaro fe font offerts pour vous accom- pagner.
La Comtesse.
Vous me faites grand plailir. ( Par réflexion. ) Mais cette pauvre F'anchecte va relier feule. Si nous la prenions aullî.
• Basile.
Il faudroit donc vous charger en meme tems du Mari & d'Antonio î 5 * DE CHERUBIN.
Le Comte.
Vous fçavez, ma chère Comteffe, qu’il n’y a ici qu’une voiture & qu’un attelage de berline.
S U S A N N E.
Mais, Monfeigneur; venez auffi avec nous. Figaro.
Eff-ce que Monfeigneur ne vient pas?
Basile regardant le Comte. • Monfeigneur fait bien qu’il a des affaires avec fes Fermiers.
Le Comte.
J’ai des chofes effentielles à régler a\^c eux. Sans cela j’aurois été du nombre volontiers. Je vais partir pour la chaffe. Comteffç, je vous laiffe le foin de difpofer tout pour la fête où j’allifferai. à mon retour.
La Comtesse.
Je fuis d’avis qu’on la faffe dans le parc.
Le Comte.
C’eft fort bien vu. Les Filles du village le pré- féreront. Elles aiment mieux danfer fur la ver- dure que fous des lambris dorés. Adieu, je vous laiffe. ( A Baftle. ) Suivez-moi.
( Ils foi tenu ), D 4 i $6 LE MARIAGE INATTENDU SCENE XI.
S US ANNE, FIG A RO, LA COMTESSE.
Figaro à part.
J E ne Tais; mais je foupçonne un ilratagême entre le Comte 5c Baille, plus terrible que celui qu’on a employé à mon mariage, ils lé lançoient des regards l’un à l’autre te Baille s’empreiioit de préveniQe Comte.
S U S A N N E.
Quelle habitude as-tu de parler toujours tout feul?
F l G A R O.
C’eft une vieille coutume dont j’abufe quelquefois. »| La Comtesse.
Qu’avez-vous donc, Monfieur Figaro?
Figaro.
Rien, Madame. Je dis'que tout ceci va au mieux.
La Comtesse.
Je vois que vous avez des foupçons fur Monfieur le Comte.
Figaro.
Depuis quelques jours, je le vois, encore plus fouvent qu’à l’ordinaire, avec Baille; & tout franc.. *.
57 DE CHERUBIN.
S U S A N N E.
Il eft vrai qu’il eft affreux qu’un Seigneur tel que lui. foit perpétuellement avec cet homme. Figaro.
Mes foupçons peuvent n’être pas fonde's, & la tranquillité où Madame la Comteffe me paroît être, doit bien la diifiper.
La Comtesse.
Je ne fuis pas aufti tranquille que vous le penfez, Monsieur Figaro. J’ai tout à craindre de la part de mon mari.
Figaro.
Voulez-vous fuivre mes confeils. Feignons de partir tout de fuite après la cérémonie. Si vous voulez ne point revenir fur nos pas, vous m’at- tendrez à la première porte; & fous prétexte d’avoir oublié quelque chofe, je viendrai ici à la découverte.
La Comtesse.
C’eft bien conçu, & par cette conduite, je me mets à l’abri de, la plainte & des reproches.
S U S A N N E.
Moi, je crois que Monfieur le Comte a changé de principes, &. que c’ert prendre une faulie allarme.
Figaro.
C’eft ce qu’il faudra voir..
La Comtesse.
Figaro, veillez fur-tout en attendant notre dé- part; &c moi, je vais préparer la fête. ( A Jli Ca- me'rijh. ) Venez avec moi. Sufaune.
SUSANNE, FIGARO.
S U S A N N E.
-A. DI EU, mon Figaro. Ce jour me rappelle notre maiiage. Celui-ci ne fera pas auifi gai, ni auili couru: n’eft-ce pas, mon ami?
Figaro.
Non, ma chère Sufanne. Tout ici va clopin, dopant. Le #Iari eft un imbécile la prétendue va dire Oui comme fi elle prononçoit des vœux. Parle-moi de notre amour: nous mettions tout en danfe; on fe fouloit, on fe tuoit pour courir à notre mariage. A celui-ci on s’en retournera dans fon trille ménage, fans y rapporter le plaifir de la noce.
SUSANNE.
Tâchons au moins, par notre gaieté, de rap- peller cet heureux jour à ceux qui s’y font trouvés.
Figaro.
Tu crois cela fort aife?
SUSANNE..
Oui, fi tu m’aimes encore.
Figaro.
Que veux-tu dire?
SUSANNE.
Je m’entens. Adieu, Figaro.
( Elle fort. ) DE CHERUBIN.
$5>.
SCENE XIII.
FIGARO fcul.
Elle eft toujours efpiègle. C’eftun défaut qu’il faut bien lui pafier, puifqu’il plaît généralement à tout le monde. Cela ne lailTe pas d’être quelquefois incommode dans le ménage; mais nous, pauvres maris, nous devons porter les charges & lailler le plaifir aux autres.
SCENE XIV.
9 CHÉRUBIN, FIGARO. Figaro.
Eh bien, Monfeigneur, vous^tes des nôtres. Vous allez accompagner Madame la ComtefiTe, 2c mo e vous fervirai de Courrier.
CHÉ RUBIN.
J’en ferais bien aife fi i’on partoit tout de fuite; mais ce qui me met au défefpoir, c’eft d’ètre forcé de relier à cette cérémonie.
F I G A R O.
Au défefpoir! c’ell une exprelïion bien forte. Allons, Monfeigneur, point de méjancoiie aïnou* bigitized by Google 6o LE MARIAGE INATTENDU reufe. Que vous reviendra-t-il de vous défoler? - Où je ne vois pas de remède, je ne veux pas qu’on ait du mal. Fanchette ell une Payfanne: la voilà bientôt mariée à un fot, j’en conviens, vous vous défolez, quand vous avez tout lieu d'efpérer.
Chérubin.
Ah, Figaro, qu’elle eft belle, Qu’elle eft fédui- fante avec fes nouveaux habits! F^ut-il qu’elle de- vienne la femme d’un Payfan? Eft-elle faite pour » un lourdaut de cette efpèce?
Figaro.
Monfeigneur, ne touchons pas à l’efpèce, elle fournit de bons maris, plus que celle des Gens de Cour.
Chérubin.
Je ne reviendrai de long-tems dans cette Terre.
Figaro.
Tant mieux pour Moniteur le Comte; il profi- tera de votre abfence.
^Chérubin.
Tu crois qu’il a des deffeins fur Fanchette & qu’elle y répondra.
Figaro.
Je n’aflure pas le dermçr; mais fon Excellence ne négligera rien pour ré'ufiir, après que tout le monde fera parti, & le droit du Seigneur fera la première attaque.
Chérubin.
Ce droit ne lui appartient plus.
Figaro.
Je le fais; mais, dans vos arrangemens, vous avez mis tant de générolité, que fqn Excellence en profitera fans réferve.
Chérubin.
Si je le croyois, Monfieur Figaro, je^ne partirois pas; je déclarerois hautement mes droits, pour les abolir folemnellement.
Figaro.
Point d’éclat, Monfeigneur. Feignons de partir. Madame la Comtefle fe doute des intentions de fon mari; nous n’irons pas loin; & s’il y a du complot » vous vous ferez connoître, & préviendrez les mau- vais deffeins de votre rival.
Chérubin.
C’eft bien avifé. Le Comte aura tort s’il pouffe les chofes à cette extrémité. Sa conduite dirigera la mienne.
Figaro.
Voilà cet imbécile d’Antonio. Qu’eft-ce qu’il cherche?
SCENE XV.
FIGARO, CHERUBIN, ANTONIO.
Antonio.
OUDRIEZ - vous, notre neveu, annoncer Monfieur le Juge? Il eft parrain de notre biaufils, & il vient voir Madame laComtelfe.
\ 63 LE MARIAGE INATTENDU Figaro.
Mais voyez donc ce Butord. Il me prend pour un Laquais. Eft-ce qu’il n’y a perfonne dans l’an- tichambre.
Antonio.
Tacidienne, non, fans cela je ne vous en aurions pas prié. * Figaro.
Grand merci de la préférence, notre oncle.
SCENE XVI.
FIGARO, CHERUBIN, ANTONIO, NICOLAS, BRID’ÔISON,erc robe.
FIGARO à Chérubin.
IVF0NSF.IGNEUR, il manque un attelage de chaife pour partir enfemble. Il n’y a qu’à les brider tous les trois, ce fera la polie aux ânes.
BkID’oiSON reculant, & béga’iant » ainfi que dans • tout le cours de fon rôle., Une belle réception qu’on me fait là. C’elî tou- jours la...la...meme chofe. On n’eli pas plus poli qu’il ne faut dans cette maifon.
Figaro.
Pourvu qu’on le foit affez, Monfieur le Juge pour vous rendre ce qui vous ell dû.
Il n’eft pas mauvais avec Ton compliment! Il penfe que j’en fuis la...la dupe.
Chérubin.
Vous avez mal entendu, Monfieur le Juge. Figaro a une manière de s’exprimer Bsid’oison.
J’entends, tout-à-fait plai faute, n’eft- ce pas?
Chérubin.
Oui, Monfieur Brid’oifon. Je vais vous annoncer moi-même Madame la Comtefie.
( Il fort. ) 3 SCENE XVII.
FIGARO, ANTONIO, NICOLAS.
B R I D’ O I S O N.
'ELUI-CI eft honnête, cela s’entend. Antonio. • Au diantre la politeffe des Grands Seigheurs, qui engeol.ent toutes les filles.
Nicolas.
Oh dame, quand je ferons mariés, je n’enten- dons pas qu’ils viennent fe frotter dans notre mé- nage.
B R I D’ O I S O N.
Ecoute, mon garçon, tu dois être honnête avec les Grands, fi tu veux parvenir.
« 64 LE MARIAGE INATTENDU Antonio.
Parguienne, le voilà tout venu. N’a-t-il pas Tes deux yeux poulies dans la tête, avec deux bons bras? C’en ell allez pour travailler.
Brid’oison.
C’eft jufte.
F I G A R O à pan.
Ces tiois imbe r ci!es m’amuferoient, fi j’avois le loilir de les entendre. On ne peut pas dire d’eux cependant que ce foient trois têtes dans un bonnet: car ces trois-là n’en valent pas une; mais ne tardons plus. Alloiïs préparer le déguifement qui me fera paroître ici ians être connu.
( Il fort. ) SCENE XVIII.
ANTONIO, NICOLAS, BRID’OISON. ♦ Brid’OISON, aveela tournure de fon rôle, regardant aller Figaro, J E n’aime pas Monfieur Figaro. C’eft un fort mau- vais plaifant.
Antonio.
Je ne l’aimons pas non plus; mais ce qu’on ne peut chafler, il faut bien le fouffrir.
Brir’oison.
C’eft bien dit & la politefife le veut. C’eft ce que DE CHERUBIN. c 5 que je voulois dire à ce garçon. ( à Nicolas.') Or ça, mon filleul, il faut que tu te iaifies conduire par moi. Je veux faire de toi un homme d'efprit, quoique Moniteur Figaro prérende que je ne fuis qu’une bête. C’eft bientôt dit; mais il faut le prouver. Une bête & moi ce font deux, & j’ai bien plus coûté à ma mère que ça. ( Il rit niaifement, ainfi que Nicolas & Antonio. ) Nicolas.
1 Ali, qu’il eft bon, mon parrain!
Antonio.
Vous êtes ben drôle, Monfieurle Juge, quand vous vous y mettez.
Hé, hé, pas mal, pas mal. Allons voir fi Ma- dame la Comteffe eft vifible: car on n?us fait un peu att'endre.
Nicolas.
Votse robe va vous faire tomber, mon parrain, Voulez-vous que je la retroufle?
•Pas de ça, mon garçon, je n’aurois plus Pair d’un Juge.
Antonio.
Tatidienne, eft-ce que votre fcience eft dans votre robe, Monfieur Brid’oifon?
B R I D’ O I S 0 N.
Pjs tout-à-fait.
Antonio.
Mais un petit tantinet. C’eft tout de même que E 66 LE MARIAGE INATTENDU le Bailli, mon ancien camarade. Il n’en favoit pas plus que moi; mais depuis qu’il a endolïe ce brim- borion de manteau noir, il eft devenu fifavant, que nous tous n’ofons lui parler qu’avec refpeêt.
SCENE XIX.
ANTONIO, NICOLAS, BRID’OISON, LA FLEUR.
La Fleur à Brid’oifon.
M A DAME la Comteffe fait dire àAlonfieur le Juge qu’il peut entrer chez elle.
Brid’oison.
h jeune homme a tenu (a parole, il eft hon- nête. (à Nicolas. ) Songe à bien »e prêfenter, & n’aye pas l’air d’un nigaud. Qu’il paroifle que je fuis ton parrain.
Nicolas.
Ah, lailTez-moi faire, j’allons bien vous imiter.
Brid’oison.
Fort bien!
DE CHERUBIN. 6; Antonio.
Allons* dépêchons-nous. Partez devant» Mon-, fieur le Juge, je vous devons le pas.
Nicolas.
Je vous le devons aufli notre biau père.
( Brid’OISON pajfe le premier, ANTONIO le fuit dans ce moment la porte du fond s'ouvre, ce qut fait reculer le Juge, il va tomber fur Antonio. ) SCENE XXI.
La Fleur à Brid*oifon.
Y O i L A Madame la Comteffe qui vient.
£ a 68 LE MARIAGE INATTENDU SCENE XXII.
Les mêmes, CHERUBIN, LA COMTESSE, FIGARO, SUSA N NE, donnant la main à FANCHETTE, PAYSANS ET PAYSANNES.
ANTONIOà Brid'oifon.
H EüREUREMENT pour vous, Monfieur le Juge, que je me fuis trouvé derrière; fan§ cela vous alliez tomber comme un benêt.
BrïD’ OISON piqué.
Benêt vous-même! Voyez donc ce Payfan!
FIGARO prenant la tête d' Antonio pour le poujjer fur Brid'oifon.
Embrafiez votre ami. Vous vous êtes dit vos vérités. J’aime beaucoup cette franchife. Les gens d'efprit font plus dillimulés entr’eux, mais ils n’en penfentpas moins.
BRID’ OISON bégayant.
Savez-vous, mon ami, que je vous Vous m’entendez.
Figaro.
Parfaitement \ mais le diable m’emporte fi je vous comprends.
Chérubin à pan.
DE CHERUBIN. 6 9 FlGARO bas à Chérubin.
Du courage, morbleu, du courage; point de foibleffe humaine. Songez que la vie eft remplie de mifère. Il faut tout fupporter avec philofophie.
FANCHETTE regardant Chérubin & foupirant.
Quel jour affreux pour moi! Ah, s’il pouvoit lire au fond de mon cœur...La Comtesse, Tu pleures, ma chère enfant?
Antonio.
Madame la Comteffe eft bien bonne de faire, attention aux larmes de cette mijaurée! A-t-on. jamais vu rire la mariée le jour de fes noces 2 C’eft bien différent le lendemain. Tatigoi, comme elle eft éveillée!
Brid'oison.
Et le mari bien fot. * Figaro.
Affez fouvent; mais notre homme n’eft pas H bete dans cette occafion.
La Comtes s«.
Ma chère Fanchetre, quelle eft la caufe de ton chagrin? Ouvre-moi ton cœur, mon enfant. ^ Fanchette.
Quelle obftination!
Chérubin à part.
Que ne puis-je renoncer à tout ce que je fuis! — L’état où je me trouve eft trop violent, il faut en fortir. ( A la Comtejfe. ) Souffrez, ma coufine, que je vous devance auprès de notre parente.
La Comtesse.
Nous allons partir. dans l’inffant. Il faut figner le contrat.
Chérubin.
Veuillez m’en difpenfer. Je fuis obligé de vous quitter pour un objet que j’avois oublié. Je vais voir li tout ell prêt.
( Il fort. ) SCÈ’NE XXIII.
ANTONIO, NICOLAS, B RI D’OISON. LA FLEUR, LA COMTESSE, FIGARO. SUS ANNE, FANCHETTE, PAYSANS ET PAYSANNES.
- ' La Comtesse.
C HÉ RUBIN eff tout changé depuis quelque tems. 11 d fans doute quelque chagrin fecret,dont j’ignore la caufe.
Je la devinons bien.
B R I D’ O I S O N.
Si vous le favez ne nous faites pas languir. Je m’inrérefle à lui, c’ell un joli garçon; il lait ce qu’on doit aux gers; il connoît la politefle.
Figaro.
Que voulez-vous fa voir: Lé- Grands font comme ' les jolies femmes: ils font rêveurs par ton.
S U S A N N E.
Tu es infupportable, tu plailàntes toujours. Figaro.
Ne faut-il pas que je garde mon caractère? Sans cela vous feriez tous trilles comme des Char- treux. — - Mais je vois Monieigneur avec le No- taire.
SCENE XXIV.
A VEZ-Vous vu Chérubin, Moniteur le Comte? Le Comte.
Il e(l déjà?t cheval, & m’a chargé de vous faire fes excufes. Il va vous faire préparer des chevaux à la polie.
;* LE MARIAGE INATTENDU ■ Figaro.
Chacun doit être à fa place. C’étoit à moi à courir à franc étrier.
B R 1 D’ O I S O N.
C’eft mon avis.
BASILE aie de la coulijfe.
SCENE XXV.
ANTONIO, NICOLAS, BRID’OISON. LA FLEUR, LA COMTESSE, FIGARO, SUSANNE, FANCHETTE, LE COMTE, LE NOTAIRE, BASILE, PAYSANS ET PAYSANNES.
Basile.
* E s T affreux, c’eft abominable. Il m’a très- bien reconnu, & mon habit eft allez noir pour qu’on le voye de loin.
Figaro à part. _ Voici Un tour de Page admirable. Ce n’étoit point à fon coftume qu’il en vouloit, mais bien à fes épaules. ( Haut. ) Qu’eft-ce, notre ancien Maître à chanter? Qu’y a-t-il de neuf?
Basile.
9 L’ancien Page, qui prétend m’avoir pris pour un Poftillon, J’étois dan? un coin de l’écurie, &, DE CHERUBIN. 7$ fous le prétexte que fon cheval n’étoit pas har- nache...Figaro.
Il t’a bridé à fa place.
Brid’oison.
Comme il y va! Brider un homme!
Il m’a donné cent coups de fouets: j’avois beau crier que j’étois Bafile l’Organifte, il redoubloit de plus belle. ' Figaro. * Il t’a reconnu, à la fin î Basile.
Oui, quand fon fouet s’eft cafle.
Figaro.
% Celui-là n’efl: pas de fa faute.
Brid’oison.
J’en fuis perfuadé; il eft trop honnête pour cela. Basile.
Il eft venu enfuite me faire un million d’excufes.
Brid’oison.
J’en étois bien sûr.
Figaro, à part.
Comme le hafard punit quelquefois un coquin! Ah! fi je puis un jour le tenir fous ma main, comme il en aura!
S U S A N N E.
Te voilà dans ton centre, mon ami.
74 LE MARIAGE INATTENDU Figaro.
Si je m’y étois trouvé, l’erreur n’auroit pas fini fi-tôt, je t’en allure.
S TJ S A N N E.
Oh! je m’en rapporte à ton zèle.
Figaro.
C’ell que je ne vois rien de plus doux que de payer ce qu’on doit à un vilain: mais je m’acquit- terai un jour.
Le Comte, à part.
Je ne plains pas Balile, mais je vois le motif de Chérubin. ( haut. ) Terminons, lignons le contrat,. Comtefle.
Le Notaire.
Le voilà.
{Le Comti, la ComteJJe & Biid’oifon fîgnent.')
Le Notaire.
Où donc ell le père?
Antonio.
Parguienne, eft-ce que vous ne me voyez pas? 1 •Le Notaire.
Signez donc.
Antonio.
Eft-de que vous ignorez que je ne favons ni lire, ni écrire?
Figaro.
Ce n’eft pas un grand tort pour un faifeur de.
" DE CHERUBIN. 7* falades: mais pour un faifeur de Comédies, c’ell un grand malheur.
Le Comte.
Un Auteur qui ne fait ni lire, ni écrire î Oît avez-vous trouvé cela?
Figaro.
Il faut vous dire d’abord que cet Auteur eft une femme. Elle m’a fait l’honneur de me jouer deux ou trois fois. On ne peut pas dire que ce qu’elle fait foit abfolument mauvais, & l’on doit lui favoir gré de fes foibles productions, puifque c’ell avec un efprit naturel qu’elle compofe.
Brid’oison.
Comment peut-elle faire, n’ayajtt pas les moyens de dépofer fes idées fur le papier?
Figaro.
Elle vous apprendroit encore beaucoup de cho- fes que vous ignorez, Moniteur le Juge. Elle fait comme les grands Seigneurs, elle fe ferr de Se- crétaires.
Le Comte.
N’a-t-elle pas aufli un Teinturier?
Figaro.
Non, & c’eft en quoi elle diffère des grands Seigneurs. Elle demande fouventdes avis, & finît toujours par s’en tenir à fes idées. C’eit ce dont on peut fe convaincre en lilant fes ouvrages.
L E C O M T E.
Laiflons-là cette converfation, Moniteur Figaro, quoiqu’elle vous intérefie infiniment. Les Auteuis 76 LE MARIAGE INATTENDU perdent fouvent de vue les chofes eflentielles, er* s’occupant de celles qui font inutiles. ( Au Notaire.)
Je vais ligner pour Antonio.
( Il figne, ainfi que Nicolas & Fanchette. Six jeunes filles apportent un bouquet & une guirlande. Fan- chette Je met à genoux; deux jeunes filles chantent un duo du tems, tandis quon place la couronne fur la tête de la Mariée; la Comtejfe & le Comte la relèvent, la prennent chacun par une main, fartent avec elle t tout le monde les fuit. ) Fin du fécond A3e.
DE CHERUBIN.
77 ACTE lïï.
( Le Théâtre change & repréfente l'intérieur d’un parc. avec deux cabinets fur les côtés. On entend les tambours, la mufique. La noce airive, Bafile efl à la tête avec fa guittarre; Nicolas & Antonio tiennent Fanchette fous les bras; Brid’oifon les fuit, de même qu'une multitude de gens de village.')
SCENE PREMIERE.
BASILE, NICOLAS, FANCHETTE, ANTONIO. BRID’OISON, PAYSANS F. T PAYSANNES.
{ Nicolas & Fanchette danfent un menuet, l’un en Payfan, & l’autre en Demoifelle. ) Brid’ oison à Fanchette.
T E dois danfer le menuet auflî, & vous deviez, Mademoifelle, m’en faire la politeffe.
Fanchette.
Monfieur, je ne demande pas mieux.; j: L...•.
7 8 LE MARIAGE INATTENDU Brid’ oison.
A la bonne heure. ( II lui prend la main, la fim - phonie joue le commencement de l'air de Rofe& Colas: Ah, comme il y viendra. Il s'approche des Mufi- ciens & leur dit: Mais, Meilleurs, ce n’eft point cela. Voudriez-vous bien avoir la complaifance de noter l'air que je veux vous chanter; vousle jouerez enfuite. ) ( Il chante l'air le plus baroque & le plus ancien. La Jimphonie l'exécute, pendant que Fanchette & lui danjcnt le Menuet; il va s'ajfeoir enfuite avec elle à la porte d'un des cabinets, où font deux fauteuils 6- aes bougies allumées. Antonio s'impatiente de toutes ces cérémonies, & fort. ) SCENE IL • BASILE, NICOLAS, FANCHETTE, BRID’ OISON, FIGARO, déguifé en Marchand de chanfons, & tenant uneguittare, PAYSANS ET PAYSANNES.
Brid’ oison à Bafile.
P OüRQUOi ce cabinet eft-il éclairé, Monfieur l'Organifte î Basile.
Vous connoiffez, Monfieur le Juge, les droits de Monfeigneur. 11 faut qu’il interroge la Fiancée.
DE CHERUBIN. 79 FlGARO à paît, & s'étant àpproché d'eux pour les écouter.
Le fripon î Je ne me fuis pas trompé. Un vieux renard, tomme moi, voit les chofes de loin. On ne fe doute pas de notre retour; j’ai pris le devant, & j’ai laiffé tout mon monde pas bien loin d’ici. Pour éviter des préparatifs, le Duc vouloit fur- prendre le Comte Almaviva; mais fon Excellence fera bien plus furprife <le leur préfence. ( regardant Bafile qui fait de grands gefles, en parlant tout bas à Brid’oifon. ) Comme il fe démène! Il tâche de convertir le Juge, & ce benêt approuvera tout. ( Il s' appioche de plus près. ) BRID' OISON à Bafile.
C’eft jufte &, comme on dit, à tout Seigneur, rout honneur. Si la mariée ne fe conformoit pas aux Loix, le mariage ne feroit point confommé & on pourroit le faire caffer.
Basile.
Je fuis perfuadé que Monfeigneur a de bonnes intentions, & que les avis qu’il donnera à la mariée la feront profpérer dans fon ménage. C’eff à vous, Moniteur le Juge, à lui montrer fon devoir.
B R I D’O I S O N.
Oui, cela me regarde. • • Figaro à part.
Le fcélérat! S’il s’éloignoit un peu d’ici, à la faveur de mon coffume, je pourrois lui rincer les c'paules.
* 8o LE MARIAGE INATTENDU Brid’ OISON fe levant.
Venez ici » Fanchette.