moeurs mœurs confirmera les autres dans leur hérefie, & perfuadera même aux fidèles qu'ils fe trompent, il fera permis de le faire afialîiner, ou empoifonner, ou de divulguer con- tre fa réputation mille calomnies in- fâmes, 6c gagner de faux témoins pour les apuier. Car on aura beau dire que cela efl; injufte; laréponfe efl; toute prête, cela feroit injufte à la 'vérité en d'autres cas, mais sagijfant dt ï intérêt de ÎEglife il ri y a rien de^lm-iufie. On voit, fans que j'entre dans un dé- tail odieux, qu'il n'y auroit point de crime qui ne devint un aéle de Religion, les Juges condanne- roient à tort les hérétiques dans tous leurs procez • on voleroit impuné- ment les hérétiques, ÔC on leur manqucroit de parole dans les afai- rcs les plus-importantes, on leur enlcveroit leurs enfans, on leur fuf- citeroit de faux témoins, on débau- cheroit leurs filles afin qu'une gfo- felîe hontcufe les obligeât à cher- cher cher de l'apui dans la bonne Reli- gion, en un mot on leur feroit tou- tes les avanies imaginables, la vio- lence & la fourbe s'entre-luccede- roient contre eux, perfuadé que l'on feroit qu'on les laûeroit de vi- vre 6c qu'on les obligeroit à chan- ger de Religion, & moiennant ce motif que l'on auroit, on fe perfua- deroit de bien faire. Quoi de plus- horrible?
Ce ne feroit pas le feul parti qui auroit droit dans le fond qui feroit tout ce beau manège; chacun fe croiroit en droit de le faire, parce que chaque Religion fe croit feule la véritable, ou du moins la plus- véritable, & regarde les autres com- me ennemies deDieu,ou comme dé- feclueufes, &; prétend qu'en les con- verti liant on rend un grand fer vice à Dieu. Je n'entre pas pour le préfent dans la quelHon, Il elles ont toutes un droit égal, fupofé la perluallon de bonne foi d'agir pourTcxtirpation de de ce qu'elles croient faux, mais au moins eft-il vrai que Jefus-Chritau- I roit prévu que fon commandement porteroit tous les Chrétiens à ufer de violence contre ceux qui ne fc» roient pas de leur fecle, ce qui fe- roit une fource inépuifable de crii- mcs, 6c une iliade de miféres pour le bon parti. Or il n'y a nulle apa- rence que la feule prévifîon de tant de defordres, auxquels fon com- mandement formel donncroit lieu, 6c ferviroit d'une cxcufe tres-plaufî- blc, ne Peut feule détourné de Iç donner quand il n'en auroit pas été détourné d'ailleurs fufifanment par l'injuflice eflentielle & inaliénable qui fc trouve dans les perfecutions de Religion.
Quoi-quejene veiiille pasfpéci-» fier en détail les confufions abomi- nables qui naitroient de ce que les actions les plus- injuftcs devien- droient juftes par Temploi qu'on en feroit pour l'extirpation de l'er-* reur.
reur, fi faut-il que je dife qu'il en naîtroit entre-autres ce grand in- convénient, que les Rois 6c les fou- verains ne feroient jamais en fureté lors que leurs fujéts feroient d une diferente Religion. Les fujéts fe croiroicnt obligez en coniience de les dépofer, & de les chaifer honteu- fement s'ils ne vouloient pas abjurer leur Religion, ôc ils croiroient en C€la ne faire qu'une action tres-lé- gitinie, car enfin diroient-ils l'E- vangile veut que l'on contraigne d'entrer ^ il faut donc que nous con- traignions notre Roi à changer, que nous lui refufions obéïilance juf- ques à ce qu'il ait changé, 6c s'il s'o- piniàtre que no'os le dépoilons 6c que nous le confinions dans un Mo- naftére; peut-être que la vue de tant de maux temporels l'apliqucra à fe faire inftruire, 6c le dégagera de fes préjugez: en tout cas nous pro- curerons l'avantage de la Religion en chailani un Roi qui lui ell con- traire.
traire, 6c en lui en fubPntiTant un autre qui ia favori fera. Or cela fu- Bt pour rendre jufte les actions qui feroient fans cela tres-criminelles; dépofons 5 donc ou même faifons mourir nos Rois hérétiques, puis qu'encore que ce foit un parricide infernal quand on s'y porte poui* d'autres" confidérations, c'eil: une bonne œuvre dés qu'on s'y porte pour le bien delà Religion. Ainfî tour à tour les fouverains &: les fu- jcts fe perfecut croient de la bonne forte. Ceux-là contraindroient à vive force leurs fujéts de diferente Religion à la quiter, Se ceux-ci dés qu'ils le pourroient en feroient au- tant à leur Prince j les uns 6c les au- tres obéïllant aux ordres du fils do Dieu. N'auroit-on pas une belle obligation à Jefus-Chrit de s'être Incarné Se d'avoir été crucifié pour nous (î. dans ces ^. mots Cofitrûtn-ks d"^ entrer, il nous étoit venu enlever tous les foiblcs reilcs de la Religion natunatunaturelle qui s'étoient fauvez du naufrage du i. homme, s'il étoit venu confondre toutes les idées du vice êc de la vertu, 6c renverfer les bornes qui defunillent ces deux E- tals, en faifant que le meurtre, le vol, le brigandage, la tirannie, la reyolte, la calomnie, le parjure, 8c généralement tous les crimes cef-" faflent d'être de mauvaifes aélions dés qu'on les feroit contre les Hété- rodoxies, 6c dcvinflent des vertus d'oblisiation 6c tres-néccflaires à pratiquer. Ce Icroit avoir eu pour but de ruiner toutes les fociétez 6c de confiner l'homme dans les Ca- vernes afin d'éviter Ton femblable comme la plus - dangereufe béte qu'il peut rencontrer.
Ce qu'il y a d'abfurde dans plu- fleurs des Catoliques Romains, 6c notamment dans les François, c'eft que voulant d'une part que Jefus- Chrit nous ait commandé la con- trainte, ils ne veulent pas que cela regarde regarde les Rois, ni que PEglife ait droit de les dépofer. Cela ell du dernier pitoiable. Ils veulent bien que les Rois en conféquencc de ce paflage foient autorifez de Dieu pour ruiner leurs fujéts hé- rétiques 5 les emprifonner, les dra- gonner, les pendre ôc les brûler, 6c ils ne veulent pas que le mémepaf. fage donne droit aux peuples, dés que le Pape ou Paflemblée Eccle- fiaftique jugera que le tems en eft venu, de chafler un Roi qui ne fe voudra pas convertir, ôc d'établir en fa place un homme ortodoxe. Quel fens y a-t-il à cela? Jcfus-Chrit auroit commandé les violences par ■ tout ailleurs excepté dans les cas oii elles peuvent être les plus-avanta- gcufes à PEglife par la perte d'un Teul homme, car qui ne voit que la ruine d'un Prince hérétique & bi- got peut éviter plus de maux à l'au- tre Religion, que la ruine de cent mille païfans ou artifans? Ainfi fupofé pofé pofé qiie ces paroles Contrain^îes d'en- trer flgnifîent, pille, tue, empri- fonne, pends, rouëjuiques à ce que perfonne n'ofe rcfuier de figner, je ne voi pas de queldroit on fe moque de Suarez, de Becan 6c de plufieurs autres qui difent que dans ces paro- les, Pai mes hrehis^ efl contenu le pou- voir de traiter les Rois hérétiques tout de la même façon que les Ber- gers traitent les loups, qu'ils exter- minent omnimodoquofojjunt partout les moiens à eux pofTibles.
On me dira que Dieu déclare ex- preflement que c'efl par lui que les Rois régnent, & que quireliile à leurs oi-donnances refiile à Dieu, mais cela n'y iiût rien. N'eft-il pas inconteilable que le meurtre, la ca- lomnie, le vol, le parjure font ex- preflement défendus de Dieu, fî donc nonobltant cette défence ils deviennent de bonnes aétions quand ils font emploiez au bien de la Religion, ne doit-on pas dire la même même même chofe de route autre aftion défendue (ans en excepter la dépo- fition d'un Roi. Et la vérité eft que ceux même qui témoignent tant d'éloignement d'expofer les Rois à la peine de dépofition, lors qu'ils ne font pas ortodoxes, fe démen- tent dans la pratique comme on le vit en France du tems de la lig;uc. Tant il eft vrai que c'eft une luitc naturelle 6c nécelîaire du fens lite- ral que je réfute, de n'épargner ni têtes couronnées ni rien qui lôit au monde quand il s'agit d'avancer la profpérité de la Religion.
Je prie tous mes Lecteurs de rc " fléchir un peu fur ces penfées, ôcjc m'aifeure qu'ils trouveront qu'un ordre qui fcroit naturellement en- chaîné (veu comme le monde eft fait; avec cette horrible fuite de pro- fanations, 6c avec cette extinction totale des principes géncniux de l'é- quité naturelle, qui font des loix éternelles 6c immuables, ne peut D pas pas être parti de la bouche de celui qui ell: la vérité eflaitielle Ôc iub- itantielle. Lefens doncliteral que je combats cil fauiHiTime.
Chapitre. V.
^^atriéme Réfutation du fens hteraî ^ par la raifon t^u il fournit un prétexte tres^ flaufibie (^ tres~raifonnahle aux Ififidc' les de ne laijjer entrer aucun Chrétien dam leur Van, ^ de les chafjer de tous les lieux ou ils ks trouvent.
T'Ai dit que je ne voulois pas tou- cher en détail les defordres qui naitroient du principe que je ré- fute 5 cependant je m'aperçois qu'il y en à quelques uns qu'il elt nécef- laire de déveloper afin de mieux faire comprendre les horreurs 6c , l'cnormité de la pcnfée qu'on im- pute fi faufiement au fils de Dieu j je ferois donc tort à ma caufefij'é- vitois le détail à cet égard, j'y en- trerai donc pour certains chefs qui roc me paroiflent confiderables. J'ar- gumente ainii ^ Tout fens literal de PEcriturc qui fourmt aux Infidèles un fujét lé- gitime 6c railbnnable de défendre l'entrée 6c le fejour de leurs Etats aux prédicateurs de l'Evangile eft faux.
Or le fens literal de ces paroles » Contrai»' les denînr fournit ce fujét aux Infidèles.
Donc il efl faux.
On ne peut pas nier la Majeure'^ car qiiel fens y auroit-il d'ordonner d'un côté à tous les hommes de fe convertir, 6c de leur donner de l'autre des motifs tres-raifonnables de ne le pas faire'? ne feroit-ce pas fe jouè'r cruélement de l'homme, 6c fruflrer la providence de fes fins » qui font de rendre les hommes inex- cufables, s'ils ne fe fervent pas des fecours que Dieu leur fournit? Prouvons feulement la Alineure Supofons pour cela que des Mif^ fionnaires du Pape fe préfentent au- jourd'hui pour la première fois au Roiaume de la Chine afin d'y prê- cher l'Evangile, & qu'ils foient af- fez fincéres pour répondre nette- ment aux queftions qu'on leur fe- ra. Je fupofe en même tems u^ principe qu'on me niera peut-être fi on ne l'examine pas atentive- ment, mais non pas fi on l'éxamme bien, c'ell que tout homme aiant éprouvé qu'il eftfuj et à l'erreur, 6c qu'il voit ou croit voir en vicilhf- fant la faulleté de plufieurs chofes qu'il avoit cru véritables, doit être toujours difpofc à écouter ceux qui lui ofrent des inftructions, en ma- tière même de Religion. Je n'en excepte pas les Chrétiens; & je fuis j perfuadé que s'il nous venoit une flote de la Terre Auftrale, où il y eût des gens qui hllént conoitrc qu'ils fouhaitoient de conférer a- vec nous fur la nature de Dieu 6v fur le culte que l'homme lui doit, aiant apris in) S' Ch.
apris in) S' Ch.
apris que nous avons fur cela des erreurs dànables, nous ne ferions pas mal de les écouter, non feule- ment parce que ce feroit le moien de les defabufer des erreurs où nous croirions qu'ils feroient, maisauffi parce que nous pourrions profite^ de leurs lumières, Sc que nous de- vons nous faire de Dieu une idée fi vaile 6c fi infinie, que nous pou- vons foupçonner qu'il augmentera nos connoifi'ances à l'infini, 6c par des désrez. 6c des manières dont la variété fera infinie. Comme donc nous fommes perfuadez que les peu- ples de la terre Auftralc feroient dans l'obligation d'écouter nos Mif^ fionnaires en vertu de la feule pro- pofition que les Miffionnaires leur feroient en général, qu'ils vien- nent pour les defabufer de leurs er- reurs fur la Religion, nous devons croire que nous Icrions dans la mê- me obligation à l'égard de la flotc dont je parle, car l'obligation des D ^ jpeu- D ^ jpeupeuples Auftraux ne pourroit pas être fondée fur ce que nos Mifiion- naires leur aporteroient la vérité, puis que je Tupofe qu'ils feroient dans l'obligation en vertu de l'ofre générale qui leur feroit faite, & a- vant qu'on leur eût fait conoître par aucune preuve, petite ou grande, la vérité de ce qu'on leur voudroit anoncer » ou avant qu'ils fufîent en- trez en aucun doute fur la vérité de leurs créances. J'entens un doute diftinct ôc particulier, 6c non pas un certain doute implicite, vague êc général qui femble inféparable de tout homme qui fait raifonncrfur ces maximes, j ai cru mille chofes fer- njement que je ne ciois j>lm, ^ ce cjue je crois encore je 'vois cjuim grand nombre de gens qui ^alefjt autant que moi ne les croient fizs; je me dé tamise â croire bien fouvent non p/is Jur des demon/irations qui me paroîjjent ne pouvoir être autrement, é^ qui pûroiffènt telles aux autres hommes, mais fur des ratfons probables qui ne leparoifroifmjjent pas ûuxaiîîres hommes. Si donc les peuples de la terre Auftrale fe- roient obligez d'écouter nos Mif- fionnaires, avant qu'aucun préjugé particulier les déterminât ou à dou- ter de leur ancienne Religion, ou à foupçonner qu'on leur vient ofrir la vérité, il eft évident que leur obligation feroit fondée fur un prin- cipe qui regarde univerfellement tous les hommes, (avoir qu'il faut profiter de toutes les ocalions que l'on trouve d'étendre nos connoii^ fances par l'examen des raifons qu'on peut prôpofer contre nous, ou pour l'opinion des autres.
Mais pour ne pas incidenter, laillons-là ces réflexions: il n'ell: pas néceffaire de montrer que les Chi- nois feroient obligez d'écouter les l^ifîionnaires du Pape en quellion. Reprélentons-nous un peu leur première converlarion: Q^ie l'Em- pereur de la Chine au milieu de fon Conicil fallb venir ces bons pères, &; qu'il leur demande d'abord d'où vient qu'ils ont entrepris ce long voiage. Ils répondront, fans dou- te, que c'eft pour anoncer la véri- table Religion que Dieu lui-même a révélée par fon fils unique, 6clà deflus ils diront cent belles chofes fur la pureté de la Morale de Jefus- Çhrit, fur la félicité qu'd promet à fes fidèles, 6c fur le tort qu'on %it à la divinité dans les Religions Païen- nes. 11 pourroit bien arriver que ce Prince leur répondroit comme fit nôtre Ethelredc aux Moines que S. Grégoire le Grand envoia dans ce païs-ci, que ce qu'ils venoient de dire étoit beau pourvu qu'il fût vrai, Se que de bon cœur il y a- quiéceroit s'il ne trouvoit plus de certitude dans ce qu'il tenoit de fes Ancêtres, qu'il confentoit que tous ceux qui le trouveroient véritable en fiffcnt ouverte profellion. Mais fupofons que le Confeil de la Chine s'âvife de faire cette quelHon aux Mif- (8i) f.Cîtl Mif- (8i) f.Cîtl Miflionnaires; ^ueis ordres avez^-^vota poitr ceux cjui après avoir oui cent fois vos fermons ne voudront pas vo:iS croire, 5C que ces Moines dans la fincérite que nous leur avons fupofée d'abord ré- pondent, nous avons reçu comman- dement de la part de nôtre Dieu qui s'eft fait homme, de contraindre à fe faire Chrétiens tous les opiniâ- tres, c'ell-à-dire tous ceux qui a- prés nos inftruclions refuferont de fe faire batifer, 8c en confequencc de cet ordre nôtre confience nous oblige, dés que nous en aurons le pouvoir, 6c qu'il n'y aura pas a craindre un plus - grand mal, de chalTer à coups de bâton dans les Eglifes Chrétiennes tous les Chi- nois Idolâtres, delesemprifonner, ' de les réduire à l'aumône, d'en pen- dre quelques-uns pour l'exemple, de leur enlever les enfans, de les a- bandonner à la merci du foldat, eux, leurs femmes, 6c leurs biens. Si V0U6 en doutez voila l'Evangile; D 5 voUa voila le commandement clair 6c net, Contrain-les d'entrer; c'eil-à-dire em- ploie toutes les violences les plus- propres à venir à bout de la refiilan- ce opiniâtrée des hommes.
On conçoit aifément que lafin- cérité, que je fupofe à ces Million- naires, effc une Chimère, mais je puis néanmoins faire cette fupoïi- tion afin de conduire plus - claire- ment mon Lecteur oii je Touhaite qu'il vienne. Que penfons nous à cette heure que l'on penferoit & que l'on diroit dans le Confeil? Ou ce feroient des ConfeiUers fans ef. prit, fans jugement, fans raifon^ des machines parlantes, ou ils con- feilleroient à l'Empereur de faire fortir inceilamment de fes Etats tous ces Millionnaires, comme des peftes publiques, 6c de faire dcfcn- fes exprclfes d'en lailler jamais en- trer aucun, car qui ne voit que c'eit introduire dans fon Roiaumelafe- mence perpétuelle du carnage 6c de la la la defolation des villes 8c du plat païs, que de lailler prêcher ces gens- là. Au commencement ils ne feront que prêcher, qu'niilruire ^ que fla- ter, que promettre un paradis, que menacer d'un Enfer, ils perfuade- ront beaucoup de monde 6c il arri- vera qu'ils auront dans toutes les villes èc dans tous les ports plufieurs feclateurs, & alors ou par les fe- cours étrangers, ou même par les feules forces de ceux qui les fuivent, ils commenceront leurs violences contre tous ceux qui voudront per- ieverer dans leur ancienne Reli- gion. Ceux-ci n'auront garde d'en- durer qu'on les vexe dans les lieux où ils pourront fc défendre, ainli on en viendra aux mains de tous co- tez, & on fe t liera comme des mou- ches, & tout autant de Chrétiens qui mouront dans le combat voila tout autant de martirs, au dire des Millionnaires, atendu qu'ils auront perdu la vie en exécutant l'ordre D 6 prcprécis 6c formel de Jefus-Chrit Con- train- les d'entrer. Où eft l'ame alTez Papale ou Monachale pour ne pas friflbnner d'horreur à la vue de ces afreufes défolations? A:ais ce n'eft pas le tout: il faut que l'Empereur lui-même faute tôt ou tard, s'il n'a pas des forces ballantes contre fes fujéts Chrétiens.
Car comme je l'ai déjà dit, ilfe- roit abfurde que Jefus-Chrit eut commandé la contrainte à l'égard d'un pauvre petit Bourgeois, arti- {an & païfan, dont la converfion B'ell: que peu importante, par ra- port à l'amplitude de l'Eglife, 6c qu'il ne l'eût pas commandé à l'é- gard des Rois, dont l'exemple 6c l'autorité eft fi utile pour fomenter une Religion. Ainfi fupofé le fens literal que je réfute, la première chofe que devroient faire les Mif- fionnaires dés qu'ils auroient con- verti une partie des Chinois capa- ble de fe faJLre craindre, c'eft de faire faire faire favoir à l'Empereur que s'il ne fe taifoit pas Chrétien, ils ne lui o- béïroient plus, qu'ils lui feroient du pis qu'ils pourroient ^ qu'ils fe- roient venir des Croi fades de l'Oc- cident pour lui oter fa couronne, qu'ils fe feroient un autre Roi fidèle enfant de l'Eglife, & qu'aiant grofîi leur nombre parles voies de la con- trainte, ils Pobligeroient enfin à fe faire moine, ou le tiendroient toute fa vie entre 4 murailles, ou à embralîer leur Religion. Et s'il arrivoit que fe mettant en Campa- gne pour repoulfer la force par la force, il vamquit fes fujéts Chré- tiens, 6c les obligeât à lui faire fer- ment de fidélité, 6c à lui promettre de ne plus violenter perfonne ^ il ne pourroit faire aucun fonds fur ce Traité, ni fur ce ferment, parce qu'il comprendroit bien que puis que la loi du Chriftianifme légiti- meroit le vol, le meurtre, la ré- volte, quand cela feroit utile à la Religion, elle auroriferoît auÏÏî Pin- fidélité dans les fermens, de forte qu'il auroit iujét • de craindre que dés qu'il auroit retiré Tes troupes. Tes fujéts Chrétiens ne recomman- yaflent leurs fureurs au mépris de leurs fermens, qu'ils fubordonne- roient toujours, comme à une con- dition fous-entendue, à l'amplifi- cation de l'Es^life. 11 ne feroit donc jamais en repos ni pour lui, ni pour fes fujéts » tandis qu'il auroit dans fes Etats de tels perturbateurs du repos public, que rien n'eit capable de lier, ëc qui fe croiroient tout permis ôc nécefiaire pourvu qu'il fer vit à leur Religion.
Par coniequem. toutes fortes de raifons voudroient qu'il fît fortir de fbn Roiaume5aprcs une audiance de deux heures, tous les Miffionnaires Chrétiens, ôc ainfi avec raifon 6c julliceil démeureroit éternellement dans fa fauiîe Religion. Confe- quence horrible, 6v qui naiflant trèstrès-naturellement du fens litcral, montre qu'il eil faux, impie &z abo- minable.
Je dis qu'avec raifon Scjufliceil chafTeroit ces Milîîonnaires, car i, la raifon 6c la juflice veulent qu'un Prince qui voit venir des Etrangers dans fon Etat pour y anoncer une nouvelle Religion, s'informe ce que c'efl: qu'une telle Religion, 6c fi elle acorde la fidélité que les fujéts doivent à leur Prince avec celle qu'ils doivent à Dieu, 6vparconfe- quent cet Empereur de la Chine doit dés la i. converfation s'infor- mer de ces MifTionnaires de quelle nature eft leur doctrine parraport au bien public 8c aux loix fonda- mentales, qui font le bonheur des iujéts & des fouverains. Je ne fais pas dificulté de dire qu'un Roi qui ne s'informeroit pas de celapéche- roit contre les loix éternelles qui veulent qu'il veille au repos public du peuple que Dieu lui a foumis.
SoiÇ SoiÇ Soit donc conclu qu'en bonne jufti- ce il doit queftivonner les Million- naires fur le point que j'ai touché, de la manière dont ils fe comporte- roient envers ceux qu'ils croiroicnc opi niâtres. Or comme il aprendroit d'abord des chofes horribles, con- traires a l'équité naturelle, 6c per- nicieufes àfeslujéts, dangereulésà Ton trône, qu'il aprendroit, dis-je, cela avant que d'être venu à ce dé- gré de connoiirance du Chriflianif- me qui oblige l'homme à l' embraie fer, il cfb clair que de deux obliga- tions oii on fe. le peut repréfenter fuccefîivement, l'une de travailler au repos de fes fujéts, l'autre de pro- feffer le Chrillianirme, celle-là pré- cède l'autre 6c ainfî il chafle tres-ju- flement les Chrétiens de fon Etat êc n'en veut plus ouïr parler, après quoi la 2. obligation ne viendraja- mais, puis qu'il implique contra- di<Stion qu'un Prince foit obligé de fe faire Chraien avant que d'être bien bien bien inftruit de la vérité du Chri- ftianifme, ou qu'il foit bien inftruit du Chriftianifme félon le train des chofes humaines. fans* avoit plu- fieurs conférences avec des Chré- tiens. Qu'on fe fouvienne de la maxime d'un Auteur' * moderne que pour n être pas fchifmatique il ne furit pas de s'être féparez d'une fauife Eglife, mais qu'il faut de plus avoir eu une certitude légitime de la faufleté de cette Eglife. Ainfî afin qu'un Roi de la Chine abandonne juftement fa Religion f il ne fufit pas qu'il embralîe la Chrétienne qui eft bonne, il faut de plus qu'il connoifl'c par de bonnes 5c folides inftruclions qu'elle eft bonne, au- trement il ne feroit qu'un coup té- méraire 6c étourdi, dont Dieu ne lui tiendroit aucun conte. 11 eft donc certain que le Chriftianifme n'oblige que ceux qui en connoif. fent clairement la divinité, ou qui ont I SiccU, prêt. Réf. c»n vaincu.
ont été en état de s'en faire in- ftruire. Ceux donc qui n'ont pas été en cet état à caufe qu'un devoir inuirpenfable les a obligez de chafler ceux qui auroientpù les inftruire, démeurent légitimement hors du Chriflianifme, d'oià paroit déplus en plus Pénormité du fcns literal par les confequences funeltes qui en nai lient.
Mais je dis en 2. lieu que cet Em- pereur ne pourra être blâmé paru- ne perfonne raifonnable de ce qu'il jugera par cette première converfa- tion que la Religion de ces Miffion- naires eft ridicule 6c diabolique; ri- dicule en ce qu'il verra qu'elle ciï fondée par un Auteur qui dit d'un côté, qu'il faut être humble, dé- bonnaire, patient, fans aigreur, pardonnant les injures, 5c de l'au- tre qu'il Faut roiier de coups de bâ- ton, empriionner, exiler, pendre, foiter, abandonner au pillage du fol- dac tous ceux qui ne voudront pas le le fuivre. Il verra qu'elle ell diabo- lique puis qu'outre Ton opofition diamétrale aux lumières de la droi- te raifon, il verra qu'elle autorife tous les crimes dés qu'ils feront en- trepris pour fon avantage, & qu'el- le ne laiiïeplus d'autre régie duju- fl:e 6c de l'injufte, que fon protit, ou fa perte, qu'elle ne tend qu'à rendre l'univers un téâtre afreux de carnage & de violence.
Enfin je dis que fi cet Empereur croit une divinité, comme il ell feur que tous les Païens en ont conna une, il doit par un principe de con- ficnce, loi éternelle & antérieure à toutes les Kéligions de droit pofitif, chafier les Chrétiens de fon Etat. En voici la preuve. Il aprendroit par ces Mifilonnaires quec'eft une des loix fondamentales du Chriftia- nifme, 6c un des ordres les plus-ex- prcz ëc les plus-clairs du fils de Dieu de contraindre les hommes par les tourmcns 6c les violences à la profc filon fc filon ferHon de l'Evangile: Orc'eflune choie, humainement parlant, tres- inféparable d'une mfini te de crimes contre la première 6c la plus-indiC penfable de toutes les loix, plus- noirs par confequent 6c plus ofcn- fans la divinité que tout ce que l'on pourroit faire contre le Chriilianif- me mal connu- Donc tout Prince efl: obligé, en confîence, d'empêcher qu'une telle chofe ne s'mtroduife dans Ion Roiaume, 6c l'on ne con- çoit pas que Dieu puille le cenfurer de ce qu'il a chafle des Chrétiens lors qu'il les a clairement connus des eau Tes moralement nécelTaires de cette longue fuite de crimes, car tout homme qui craint Dieu doit emploier toute fon autorité à préve- nir le crime j 6c quels crimes y a-t-il qu'il faille prévenir davantage, que les hiprocrifies de Religion, que les aéles que l'on fait contre les in- flinéls 6c les lumières de la confîen- ce? Or voila ce que produifent infail.
fail.
failliblement les maximes du fens literal. EtabUlfez des peines contre tous ceux qui pratiqueront certains avftes de Religion, & qui refu fe- ront d'en pratiquer d'^autres, ex- pofez-lcs à la violence des gens de guerre, batez-les, enfoncez-les dans des cachots piians, privez-les des honneurs, 6v des charges, envoiez- les aux mines, ou aux Galcres, pen- dez ceux qui feront plus les enten- du«:, comblez de biens 6c -d'honneurs ceux qui abandonneront leur cul- te, vous pouvez être alîurez qu'u- ne infinité de gens renonceront, quant à i'extencur, à la Religion qu'ils croient bonne, 6c profeile- ront celle qu'ils croient mauvaifc. Actes d'hipocrifle, 6c de fclonnic contre la divine Majellé au prem.ier chef, puis* qu'elle n'eft jamais plus- directement ofenlce que lors qu'on fait ce que la confience, je dis la con- (îence la plus-erronce di6te claire- ment lui être defagrcable. De for- te te qu'un Prince qui veut empêcher, entant qu'en lui cfl, que Tes fujéts ne deviennent mcchans & ne commet- tent le crime le plus-defagrcable à Dieu qui fe puille c: mmettre ôc le plus-certainement crime, doit chal^ fer foigneufement les Chrétiens perfecuteurs. Et qu'on nemedife pas que c'eil une erreur défait en lui, car abfolument, univerl'elle- ment, 6c dans les. idées éternelles de Dieu, régie primitive, originale 6c infaillible cie la droiture, c'ell un péché tres-criant que de faire fem- blant d'être Chrétien, lors que la confience nous montre que la Reli- gion Chinoife, que nous abjurons extérieurement, eft la meilleure de toutes, amfi cet Empereur ne fc pourroit empêcher d'éloigcr ces Millionnaires fans expofer fes fujéts à la tentation prcfque infurmonta- ble de commettre le plus-grand de tous les crimes, ôcfans s'y expofer lui-même, car comme perfonne ne peut peut peut s'dflurer qu'une Religion nou- velle qu'on lui pré iente luiparoîtra véritable, êc qu'un Roi expofé à l'alternative ou de fe voir détrôné ou de faire femblant d'être dune Religion qu'il croit faulTe, doit craindre très - raifonnablement de iucomber à la tentation -, l'amour qu'il a pour la droiture 6c pour la divinité qui reluit dans fa conlien- ce, quoi qu'il fe trompe, l'enga- gent ncceflaircment à prévenir ces dangers parl'cxpulhon de ceux qui les aportent avec-eux par tout où ils viennent avec leur maxime pré- tendue Evangelique Conîr,n?i-lesd'en^ trer.
Je ne penfe pas déformais qu'il y ait quelque chofe à defirer à la preu- ve de la 2. propofitionde monfillo- gifme, car qui ne voit qu'un Prince chafîc de fcs Etats les Miffionnaircs Chrétiens avec raifon.ôc julbce, lors qu'il les chalfe.
I. Parce que fa qualité de Roi l'y l'y engage, entant que Pordre né- cefTairc &: immuable veut qu'il éloi- gne de Tes Etats tout ce qui v apor- te le defordre, la confufion, les guerres civiles, les fcditions, Scies révoltes.