a. Parce que la Religion naturel- le l'y engage 6c toutes les idées du droit Moral, entant que Tordre né- celTaire êc immuable veut que tou- te perfonne, 6c les Rois principal- lement, chaflent 6c éloignent tout ce qui vient renverfer les bernes qui réparent le vice 6c la vertu, 6c con- vertir les actions les plus-abomina- bles en aétions de piété dés qu'on les fera pour l'amplihcation de la Re- ligion.
5. Parce que les droits delà con- fience, qui lont directement ceux deDieu-mème, l'y engagent, en- tant que l'ordre néceliaire 6c im- muable veut qu'on éloigne, autant que faire fe peut, toutes les circon- Itances qui mettent l'homme dans l'ol'ocafion prochaine 6c dans un pé- ril preique inévitable de trahir fà confiencc & Ton Dieu.
Après cela il n'eft pas befoin de prouver en particulier que touc Prince qui trouveroit les Chrétiens établis dans Tes Etats, foit par la né- gligence de Tes Ancêtres, foit par- ce qu'il auroit conquis leurs pais, auroit droit de les chaffer toutes les fois qu'il feroit réflexion fur leurs pernicieufes maximes.
La feule chofe qu'on m'opofera ce me femble, c'eft de dire, que l'Empereur Chinois manqueroit du prétexte queje lui donne, d'autant qu'il ae faudroit pas lui dire d'abord que Jefus-Chrit nous ait comman- dé d'ufer de contrainte. Mais ou- tre que j'ai prévenu cette objeétion en montrant que lui & fon Confeil tomberoient dans une négligence très -criminelle, s'ils ne quclHon- noient ces nouveaux venus fur lana- turc de leur do£trinc,par raport aux E Prin- E Prin- Princes 8c aux fujéts qui ne vou- droient pas donner dans leurs nou- veautez, laquelle queftion étant faite, il faudroit que nos Miffion- lîâires s'expliquaffent rondemçnt ou fuflent des fourbes 5 outre cela, dts-je 5 qui ne voit non feulement que c'eft avouer que le fens literal de la parabole eft une doétrine dont cnafionte, mais aufîi que c'eft trai- ter la publication de l'Evangile à la manière des intrigues d'un Machia«- Vel 5 ce qui fait horreur quand on y penfe, & qui feul feroit capable de faire détcfter leChrilHanifmecorn* rne une fourbe maudite. QiioijPon trouveroit à propos que l'on s'inli- ïiuât au Roiaume de la Chine fous les aparences d'une grande modéra- tion 5 6c en renards, afin d'agir en- fuite comme des Tigres & comme des Lions fur ces bonnes gens que l'on auroit trompez par ces belles aparences? Non cela ne fe peut pas, & rien ne feroit plus-capable de dé- crier crier la Morale de Jefus-Chrit que de fupofer qu'il auroit commandé à Tes diciples d'ufer de violence dés qu'ils le pourroient feurcment, mais qu'en atendant cela ilsfegar- daflent bien de le dire, que ce de- voit être un Miftere entre-eux à. faire éclorre feulement lors qu'ils feroient les plus-forts, 6c à cacher foigneufement fous une modéra- tion, 6c une patience la plus-Come- dienne qu'ils pourroient afin qu'on n'en foupçonnât rien, à peu prés comme un alTafîin, qui ne veut pas qu'on fe défie de lui, cache foigneu- fement fon p'oignard ou fon pillolet dans fa poche, êc ne le tire que quand il voit beau à faire fon coup. Pour moi fi cela eft, je nevoi pas qu'on puifie nier qu'il en va de la Religion Chrétienne comm.e d'un homme qui s'cleve en Tartuffe dans les hautes dignitez par le mépris des. injures, par les aulléritez, par la foumiffion, par la civilité la plus- 'tAKfr'-M \ y, Ch. (ioo) populaire, 6c qui tout d'un coup lève le mafque étant arrivé à fcs fins, & devient le fléau du genre humain par fes criiautez, &: par fa fierté ti- rannique. Si un Hiftorien a com- paré PEmpire Romain à un hom- me, qui nous empêchera de ferfoni- Jicr le Chriftianifine par une fembla- ble comparaifon. Son enfance 6c la première jeunefie ont été em- ploices à fe pouffer malgré les ob- îlacles de la fortune j il a fait le doux ôc le modefte, Phumble 6c le bon fujét, le charitable & l'ofi- cieux,^; s'ell tiré enfin par ce moien de la mifére, voire même s'ell éle- vé haut 5 mais après avoir ainfi ga- gné le deflbs il a quité Ton hipocri- fîe, 6c fait agir fa violence, rava- geant tout ce qui s'eft voulu opo- fer à lui; portant par fes Croifades la dèfolation au long £v au large, ôc enfin abîmant le nouveau monde par des criiautez qui font horreur, ^ cherchant d'en faire autant aujour- (loi) 5.Ch.
jour- (loi) 5.Ch.
jourd'huî au refte de la terre qu'il n'a pas encore enfanglanté, la Chi- ne, le Japon, la Tartane, &c. Nous ne faurions empêcher que les Infidè- les ne diient cela puis qu'ils peuvent le voir dans l'Hiftoire, & l'EgUfe Romaine qui a tenu le haut bout dans le Chriilianifme pendant iî long-tems ne peut pas empêcher que les feftes qui l'ont quitée ne lui mettent toute la charge de ces re- proches fur le dos, mais fi nous ne pouvons pas empêcher que la Reli- gion Chrétienne ne démeure cou* verte de cette infamie, au moins fauvons l'honneur de fon fondateur èc de fes loix, êc n'allons pas dire que tout cela s'elt fait à caufe qu'il nous à commandé la contrainte; Difons que les hommes n'étant pas trop acoutumez à vivre conféquem- ment à leurs principes, les Chré- tiens n'ont pas fuivi les leurs, 6c qu'ils ont été violcns, en préchant un Evangile qui ne leur commande que la débonnaireté: Nous fau- verons par-là le Chrillianifme au dépens de Tes feclateurs, mais fi nous difons que toutes les violences que le papifoe a exercées ont été les fui- tes légitimes 6c naturelles du préce- pte de jefus-Chrit Contrain-ies d'en» trer ^ alors ce fera tout le contraire ^ nous mettrons l'honneur des Chré- tiens à couvert au dépens de leur Réhgion 6c du fondateur adorable de leur Religion. Or quelle abomi- nation n'cft-ce pas que d'imputer à Jefus-Chrit toutes les criiautezdes Papes & des Princes, qui l'ont re- connu pour Chef del'Eghfe? Ce- pendant il n'y a pas lieu de l'éviter {\ l'on fuit le fens literal de la pa- rabole. Tout ce qu'ils auront fait en matière de violences 6c de bar- baries, ne fera que des actes de pié- té, 6c d'obéïffancc tîliale au fils de Dieu. C'ell; donc unenécefiité de dire que ce fens literal eft non feule- ment une fauiîc interprétation de l'Ecri- J'Eçriture, mais auffi une impiété exécrable.
Chapitre. VI.
Cin^Hifme Réfutation du fins îiteral far la raifin qnil ne peut être exécuté fans des crimes inévitables, ^i^ecenejî fofunt excufi aue d£ dire ^uen nef unit les hé" retiques que farce qu'ils ont contrevenu eux E dit s.
ON vient de voir combien le prétendu précepte de Jefus- Chrit rendroit odieuie juflement à toute la terre la divine Religion: formons i de ce qui a été dit au cha- pitre précèdent, une nouvelle preu- ve en cette manière.
Tout léns 1 itérai qui enferme un commandement univerfel dont l'exécution ne peut qu'être complr* quée de pluiieurs crimes eft faux.
Or tel feroît le fens Iiteral de ces paroles, Contram-les d'entrer y Donc il eft faux.
La majeure eil une propofition qui fe perfuade elle-même ainfi ce feroit une peine inutile que de la prouver. Arrêtons nous donc feule- ment fur la z. proportion; mais ar- rêtons nous y peu, puis que dans toutes les preuves déjà établies fe trouve Péclairciûement de celle-ci, qui, à proprement parler, n'eft qu'une branche de nôtre médium gé- néral. Je me mets peu en peine fi on m'acufera de multiplier mes preuves fans néceflité, j'aime mieux en ufer ainfi, que de lailTer trop en- velopées 6c conglomérées les diver- fes faces de mon argument géné- ral. Il aura fans doute plus de for- ce lors qu'on en confidcra fépare- ment les parties.
Les plus grands Perfécureurs m'avoiieront que le commande- ment de contraindre n'a pas été commis au caprice de chaque par- ticulier, ainfi je ne leur veux pas re- procher les defordrcs éfroiables qui naïnaîtroient de leur principe par les émotions populaires, 6cpar le zélé inconfideré d'un petit Curé ou Juge de vilagequi feroit Tonner le tociln fur les iectaires de fon rellbrt, tou- tes les fois que la fantaifie lui en prendroit. On me répondroit aifé- ment que ce n'eft pas ainfi qu'ils prennent la chofe; qu'il prétendent que Jefus-Chrit n'aireile fon com- mandement qu'à ceux qui dans cha- que pais ont le droit du glaive, ôc l'autorité Politique, aufquels il veut que les gens d'Eglife aient leur re- cours quand il faut contraindre d'en- trer les Hérétiques. Voions donc cvec cette explication qui méthoi*s de ligne de compte les violences tu- multiieufes des particuliers fcdi- tieux 5c emportez, finous trouve- rons dans lîi manière légitime, félon nos Adverfaires, d' exécuter le com- mandement de Jefus-Chrit, une grande complication de crimes. Je poulferai même ma complaifancc E j pour E j pour pour eux jufqu'a ne pas me fervir de ces exécutions fanguinaires que l'Hiftoire nous marque; je m'ar- rêterai à celle qu'ils croient la plus- réguliere 6c la plus-moderée de tou- tes, favoir à ce qui vient de fe faire ^n France.
Combien de crimes, bon Dieu! n« s'efl; il pas commis durant le •cours de cette perfécution? Com- bien d'AiTets duConfeilfansfincé- rité 5 & fans bonne foi? Combien d'Arrêts de Parlement contre les régies? Combien de témoins fubor- nez? Combiende chicanes? Qu'on 'ne dife pas que ce font les fautes per- ibnnelles des Exécuteurs de la pa- rabole, car ce fc-nt des fuites natu- relles 6c inévitables du ièns literal -qu'ion lui donne. En efét ce fens enfermant comme on le prétend, la conn'ainte, c'eft aux Pnncesde cha- que pais à choifir félon leur zélé & leur prudence l'efpece de contrain- te qui leur fembk la meilleure. On a choifi a choifi % cboifi d^bord en France, celle des procès contre les Miniftres 6c ks Temples, 6c des traverfes des particuliers dans les afaires civiles^ Voila donc un choix fondé fur l'or- dre de jefus-Chrit: il s'enfuit donc que les voies qu'on imagine pour contraindre dans ce genre-là font des dépendances de ce choix, 6c iî ces dépendances font tellement né- •ceiTaircs que fans elles il n'y auroit pas de contrainte, il eft clair qu'el- les font une fuite naturelle ôclégi- •ti^me d-e l'ordre de Jefus-Chrit, 6c non iin défaut perfonnel de celui qui obéît à cet ordre. Or il eft bien certain que la contrainte eût été fort peu de chofe, 11 on eût aporté dans îes-procés l'équité & la bonne foi. Il faloit néanmoins de la contrainte a- fin d'obéir à l'ordre de Jefus-Chrit ^ il a donc falu mêler la chicane & la mauvaife foi dans les procédures ^ -afin que le dommage temporel qu'elles caufcioient auxProtcftans» E 6 les les contraignit de fe faire Catoliques.
Voila donc bien des crimes à la fuite de cette contrainte qu'on a choifîe en exécution des comman- dcmens de Dieu, car croit-on que cela n^excite pas mille palTions ôc dans Pâme de ceux qui foufrent, 6c dans Pâme de ceux qui font foufrir? Cela n'aigrit-il pas les efprits, cela îi'allume-t-il point la haine dans le cœur les uns contre les autres, cela n'engage-t-il pas à m.édire cruelle- ment les uns des autres, 6c à fe fai- re encore mutuellement plus-me- chant qu'on n'eft. Supofé que le pa- pifme fût la bonne Religion, cela n'engâgeroit-il piis les Hérétiques, qui foufrent, à blasphémer contre elle dans Pâme, à la détcller, & par- là ne font-ils pas jettcz dans Poca- £on prochaine de pécher, 6c de s'ob- ilincr dans leur hércfie? Qii'on y fonge un peu froidement, jem'af- fcure qu'on conviendra que rien n'eft n'eft plus-propre à banir du cœur cette tranquilité Evangélique, ce calme des paillons humaines 6c dé- réglées qui eft {1 conforme à P^sfprit de la piété, 6c qui fait tant germer les vertus Chrétiennes.
Mais le mal que je viens de dire n'eft rien en comparaifon de ce qui s'efl fait enfin dans lemêmeRoiau- me, quand on a contraint par le lo- gement des gens de guerre les pro- teftans à promettre qu'ils renoncé- roient à leur Religion, car d'un cô- té combien d'infolences ces foldats n'ont ils pas commifes, 6c de l'autre combien d'hipocrifies 6c de profa- nations les proteftans qui ont figné n'ont - ils point fliites? Combien d'intempérances parles foldats com- bien de rapines, combien de blafl phêmes, combien d'injures contre leur prochain? Ne faut-il pas met- tre fur le conte de la perfécution tous les deréglemens qu'ils ont commis? Je fcrois fort-curieux de E 7 lavoir favoir comment un Confeflcur fe gouverne lors qu'un dragon fe con- feile qu'il a bâtu Ton bote hugue- not. Si le Confefleur ne prend pas cela pour un péché, il faut qu'il tombe dans l'inconvénient que j'ay - relevé ci-deffus, é^utme aBhn ^ni je- roit un crime cejje Je l'être lors ejuelle efl 'CQmmi(k contre un homme /r une f^ujje Ré- Ugion c^ue l'on "ueui aiirer à la bonne; In- convénient qui ouvre la porte au plus-éfroiable calx)s qui ait jamais •été imagine. Si le Confeireur prend cela pour un péché, comme il le 4oit faire, il s'enfuit que la dernière perfécution a engagé néceiîai re- nient êc inévitablement les foldats a commettre une infinité de péchez^ puis qu'il a falu nécelîairement qu'ils aient maltraité leurs hôtes ou en leurs biens, oucnleursperioru •nés, autrement il n'y eût pas eu de contrainte. 3 6v on n'eût pas fuiviles ordres du fils de Dieu. Soit que le Dragon fe confeffe ou ne fe confcfiê pas pas du tort qu'il a fait à fon pro- chain, Paclion ne laifle pas d'être tres-réellement contraire à la dé- fenfe qui nous eft faite dans l'Evan- gile de ne point maltraiter nôtre prochain?
On demandera peut-être ici fi en qualité d'Exécuteurs des ordres du Prince les foldats ne peuvent pas innocemment bâtre leur hôte, com- me innocemment ils le pourroient pendre s'ils étoient revêtus de la charge d'Exécuteurs de la haute jufticc. Je répons à cela z. chofes; la première qu'en tout cas leurs in- folences ôc leurs mauvais traitemens ne laifTeront pas d'être des péchez pour le conte de celui qui leur com- mande d'agir ainfi, de forte que le ' nombre des crimes fera toujours le même, la 2. qu'il ell aufïï infailli^ blc que les chofes humaines le peu- vent être, que tous les mauvais trai- temens que l'on commandera aux foldats deviendront des pêches pour eux, eux, eux, parce qu'ils les exécuteront avecplaifir, & qu'ils en feront mê- me plus qu'on ne leur ordonnera. Chacun voit qu'un Bourreau qui pend un homme innocemment lors qu'il ne fait qu'obéir aux ordres de la Juftice, fait un péché manifefte contre la chanté envers le prochain lors qu'il eil bien aife de faire (a fon- ction, lors qu'il fe plait à faire fou- frir Ton patient, & qu'il cherclie des adrefles pour agraver fa foufran- ce, ainfi l'on ne peut nier que des Dragons ne ie rendent fort-crimi- nels, exécutant avec joie, &C avec mille pallions balles Se blâmables les ordres qu'ils reçoivent de vexer un homme, d'où il s'enfuit que tous leurs defordres font des péchez 6c pour eux 6c pour celui qui les leur commande ou les leur permet, 11 bien que ces defordres étant nécef- faires pour contraindre d'entrer les hérétiques, il fe trouvera félon nos gens que Jefus-Chrit aura commandé dé une contrainte à laquelle une inffnité de.crimes auront été néceC- faires. Qui ne frémiroit d'ouïr ce- la?
Que fera-ce fi l'on joint à tous les péchez des foldats les fourberies qui mtervcnoient de la part des gens d'Eglife, 6c de la part des perfécu- tez. Les gens d'Eglife venoient promettre qu'on fe contenteroit d'une profeiîion de foi vague, 8c rccévoient en efét plufieurs perfon- nes à l'abjuration moiennant cela. Ils faifoient auffi cent menfonges, faifant à croire à ceux qui tenoient bon ou en prifon, ou dans les Cloî- tres, que tels 6c tels avoientfigné, afin que par ces fupercheries ils é- branlafibnt la conilance d'un hom- me qu'ils croient qui fe conduiroit par l'exemple de quelques autres. Cette mauvaife foi a été générale par tout le Koiaume, avec celle de promettre des penfions, des biens des Charges, qu'on ne vouloit pas acoracoracorder, du inoins fi grandes qu^on difoit, ou pour fi long-çems qu'on difoit. Mais les malheureux perfè^ tez font tombez encore dans une fourberie plus- criminelle, puis qu'ils ont fait ièmblant de renoncer à leur R-cligionquoi-que dans leur ame ils en fu fient plus perfuaxlez. que jamais. Que de gémillemena de confiences fprtent tous lesjours de-là y que de remors, que d'amer- tumes de vie foit pour tâcher de fc fauver dans les païs étrangers au ha^- 2-ard d'y être pauvres, foit en voiaat que fi on fc fauve on laifie fes cnfans dans l'abi me. Mais par raport à l'E- glife Romaine, combien de profa- nations de fes f^creracns les plus- augulles fe commet-il? Qu'il eil é^ ûihant de voir qu'un homme ne veut pas communier à l'article de la mort, & qu'il faut fcvir fur fou cadavre, afin de faire peur aux au- tres? Cela n'eft-il pas beau que le corps du fils de Dieu fcit jette à la tète tète tête de gens qui n'en veulent point, & qu'une action qui eftlamort de Pâme pour celui qui n'eft pas légi- timement préparé par foi& par a- mour 5 foit commandée fous de grofl les peines à des gens qu'on fait qui n'ont aucune foi pour cela, mais beaucoup d'obllination intérieure pour ce qu'on apelle leurs hére- Cies. Il eft manifefhe que ce n'eit plus le zélé qui porte à ces procédu- res, mais la pure vanité de n'en a- voir pas le démenti, 6c de n'avoir pas pris tant de peine pour le triom- phe du papifme 6c fe voir en fuite trompé par de faulîes fignatures.
Je ne comprens pas comment les perfonnes d'efprit qui ont été com- plices avec fa Majefté- très - Chré- tienne du dellein d'mondcr tout fon Roiaume des foldats pour faire ab- jurer les Huguenots, ont pu fou- tenir l'idée de cette afreufe multi- plicité de crimes cnchainez queue à queue les uns aux autres à la fuite de de de cette exécution. Ils font trop ha- biles pour n'y avoir pas fongé, mais comment donc ont-ils fait pour fè charger de toutes les brutalitcz que commettroient les Dragons, de tou- tes les menteriesdontfeferviroient les Millionnaires, de toutes les hi- pocrifies de ceux qui fucombe- roient à la tentation, de toutes les communions, facriléges, 6c profa- nations de facremens qu'ils com.- mettroient, de tous les foupirs, 6c gémiflcmcns des confiences tendres, de tous les déchiremens d'entrailles de ceux qui fe verroient féparez de leurs biens & de leurs enfans, 6c en un mot de toutes lespaffionsde haine, de rellentiment, de vanité, d'infulte, qui s'élev croient rcfpecli- vement dans lesperfécutez 6c dans les pcrfécuteurs? Dire après cela que Jefus-Chrit eft l'Auteur d'un pareil dcflein, 6c d'une contrainte fi bien liée avec ce gros atirail de aùmes, c'cft en vérité blalphèmer le le plus-criminellement du monde.
Mais prévenons ici quelques ob- jections. On me pourra dire i. que l'on n'a pas dû prévoir toutes ces fuites, & que Jefus - Chrit, qui a préveu les defordres que Ton Evan- gile a Caufez dans le monde, n'a pas lai lie de charger fes Apôtres de le prêcher à toutes nations. 2. Qiicla grande utilité qui en efb arrivée à la vraie Eglife reélifie tous ces defor- dres. ^. Qu'un Roi étant le maître dans fon Roiaume & l'Exécuteur de fes loix peut punir comme bon lui femble ceux qui enfraignent les ordres qu'il publie, qu'on ait à fe conforme! à fa Religion.
Je répons à la première dificulté qu'encore que les hommes n'aient pas une connoiflance certaine de l'avenir, ils le conjeclurcnt néan- moins à l'égard de certaines chofes avec afîez d'évidence pour devoir régler fur cela leurs deil'cins 6v leurs projets, de manière que quand des conconconjectures très-probables Se tout à fait aparentes leur aprenent qu'ils feront caufe de beaucoup de cri- mes 5 en donnant de certains ordres > ils font tres-criminels s'ils les don- nent. Or je foutiens que les perfé- cuteurs de' France font dans le cas: ilfaudroit ignorer les chofes les plus- manifeftcs pour ne favoir point que des gens de guerre logez chez des Hérétiques avec ordre de les inquié- ter, 6c de les ruiner jufques à ce qu'ils promettent de changer de Religion, commettront centinfo- lences, 6c cent violences, Referont fucomber un très -grand nombre de gens, c'eft-à-dire qu'ils en fe- ront des hipocritt^s 6c des profana- teurs des Mifteres. Aiant v u la cho- fe tres-apparente, 6c moriilement inévitable, ils n'ont pu faire ce qu'ils ont fait fans fe rendre tres-criminels, ôc fi Jefus-Chrit leur avoit com- mandé de le faire, il les auroït en- gagez à faire des crimes: il faut donc donc donc qu'ils foient dans une erreur tres-dânable de croire qu'il leur ait ordonné de contraindre les héréti- ques à refaire Catholiques On ne peut nier quePunedes qualitezqui rendent le Diable plus -odieux à Dieu eft celle de tentateur: il faut donc qu'il pèche grièvement lors qu'il nous tente, encore qu'il ne voie que par conjeélure le fuccés de fa tentation. AinQ tout homme qui peut voir par conje<5lure qu'il ex- ■ torquera des feintes abjurations, en tentant les gens par la crainte de la mifére, 6c d'une foldatefque inib- lente, en a ailei pour être un Ten- tateur tres-criminel. L'envoi des Apôtres pour la prédication de l'E- vangile n'a rien de femblablc, car ils ne dévoient que prêcher, qu'in- ftruire, que perfuader; ôc c'eft la chofe du monde la plus-innocente: fî elle a irrité le monde, 6c l'a porté à cent excès, c'efl uniquement la faute du monde, l'Evangile n'en a etc a etc a été caufe que par accident: il laif. foit àun chacun qui ne voudroit pas l'embrafler, fes biens, fa maifon, fes honneurs & fa famille j 6c ainfi il ne tentoit pas, à Phipocrifie; il n'éxigeoit ponit de fes fectateurs qu'ils mentiflent, qu'ils batiffcnt les opiniâtres; il vouloit feulenaent qu'ils inftruilîfTcnt. On ne peut donc pas lui imputer ni les fautes des Convertifîeurs, ni l'emporte- ment des Païens: mais ici c'cil tout le contraire, on ordonne aux con- vcrtiffeurs de maltraiter les gens, de difliper leurs biens, de leur ôter leurs enfans, de les mettre en pri- fon, 6cc. Ainfi les violences, des Convertifleurs font directement commandées, 6c la tentation de fi- gner par hipocrifie eft direétemcnt mife devant les piez, La 2. difficulté n'a pas bcfoin de réponfc après ce qui a été dit ci- defliis, car chacun voit que fi l'on juge d'une aftion par l'utilité qui en en revient à PEglife, nous n avons plus de barrière qui fcpare le vice d'avec la vertu, & que la calomnie, le meurtre, Padultere, 6c en gé- néral tout ce qui fe peut concevoir de plus-atroce, deviendra une action pieufe dés qu'elle fera exploitée contre les Hétérodoxes. Vrai- ment voila de gens qui s'y enten- tendent j on a fait difparoître en peu de tems tous les Hérétiques de France, donc tous les crimes des Dragons, 6c toutes les Profanations des Sàcrcmens font devenues de- bonnes œuvres, fcelera ipfa nefafjue hâc mercede placent ^ a-t-on dit autrefois pour flatei Néron. Combien y a- t-il de François qui en difent au- jour-d'hui autant, puis que tout ce grand atirail de crimes a procuré à nôtre Invincible Monarque la gloi- re 6c le contentement de ne voir qu'une Religion dans fes Etats, il cil juile, beau ^: infiniment agréa- ble qu'ils aient été commis, Jcelera F,ppr.
F,ppr.
ipfa?iefafqm hâc mer ce de placent. îl y a long-tems que l'on a dit dans la Communion Romaine qu'en con- traignant les pères à être hipocrites on gagnoit du moins les enfans, inaudite & détefbable maxime î J£t fi cela eft pourquoi n'envoie-t-on pas des Corlaires enlever en pleine paix tous les enfans qu'ils pourront en Angleterre, en Turquie, en Grèce, en Suéde &en Hollande? pourquoi a-t-on blâmé ceux qui ont voulu contraindre les Juifs à faire batifer leurs enfans? pourquoi ne feroi;t-on pas aflafliner des Mi- niflres qui empêchent par leurs prédications que l'Eglife ne gagne des Païfans ignora ns? Oh dira-t-on nous n'y allons pas ainfi, nous n'en v^oulons point au fang, nous nous contentons de la priibn Se des a- mandes, & nous dcteflonslcs pcr- fècuteurs à roues & à gibets: pau- vres gens vous êtes dansimcgran- ,de illufion, 6c je vous montrerai en un un autre lieu que dés qu'on auto- rife la contrainte quelle qu'elle foit, il n'y a pas de point fixe pour s'ar- rêter, & que les mêmes raifons qui prouvent qu'on peut mettre un homme en prifon pour fait d'hére- fie, prouvent encore mieux qu'on peut le pendre.
Reftc la 5. objeûion qui oit un lieu commun fort rebâtu par tous les flateurs François, gens de qui on peut dire fans aigreur, quePei^ prit d'une balTe fiaterie 6c indigne de Chrétiens, indigne même de ces infâmes délateurs qui vivoicnt fous les 10 ouiz. premiers Empereurs, les a tellement infatuez qu'ils n'ont aucun égard à ce qu'ils donnent fu- jét à toute l'Europe de les tourner en ridicules. Ils bercent tous les jours leur Prince de ces éloges qu'il n'a converti fes fujéts que par fa charité, 6c par la jullice toute ma- nifeile de fes Edits: fi l'on veut favoir le fens de cela, c'eil que fi on a emploie quelque rigueur ce n'a €té que contre ceux qui avoient contrevenu aux Arrêts de Ta Majc- ilé 5 6c nommément à la décla-ation que l'on a faite dans chaque ville avant que de. donner des bil lets aux foldats 5 que le Roi ne vouloit plus qu'une Religion enfonRoiaume» 6c qu'il feroit fentir à ceux qui ne fe conformeroient pas à fa volonté les éfets de fa puill'ance. Il a pu les condanner, dn*a-t-on, à l'exil, à la perte âa biens » de la liberté, de la faculté d'exercer aucune charge ou métier, en cas qu'ils perfillaf. fent dans leur hérefie: ils y ont per- fîfté, n'eil il pas bien jurte que les gens de guerre leur falîent Ibufrir les peines encourues par leur defo- bcillance. Cette objection mérite d'autant plus d'être rc^^utée, qu'il y a d'honnêtes gens ennemis de la perfécution, à ce qu'ils croient, 6c grands partifans des immunitez de la confience, qui difent que les fouverains verains vcrains ne peuvent pas à la vérité châtier ceux d'entre leurs fujéts qui ont une telle foi, mais qu'ils peu- vent fous certaines peines leur dé- fendre d'en faire profeffion publi- que, &: s'ils le font, les châtier a- prés cela non pas comme imbus de telles ou de telles opinions 9 niais comme infracteurs des loix. C'eft venir pitoïablement s'échouer après un long circuit inutile au mêmec- cueil 5 où les autres vont directe- ment.
Car s'il ne faloit pour être perfé- cuteur que punir les fectateurs d'u- ne Religion avant que d'avoir pu- blié des loix contre elle, il n'y au- roit rien de plus-facile que de com- mettre les violences les plus-cruel- les fans être en fiiçon du monde • perfécutcur, il ne faudroit qu'avoir la patience de faire publier un édit enjoignant à toutes perfonnes de venir, par exemple, dans une cer- taine Eglife afiîilcr^ui fçrvice divin,