il n'y a point de gens qui aient été mieux éclairez quxux fur le fens de l'Ecriture, Scfi Dieu leur avoit caché le lens d'un précepte aufli important jufques au point qu'ils eulîent raifonné comme croiant qu'un tel précepte feroit impie, il n'y a peribnnc qui hc dût être cho- qué 6c fcandalifé de cela. Je dis donc encore un coup qu'il eft contre tou- tes les aparences de la vérité 6c de la raifon que Jefus-Chrit ait com- mandé de forcer les juifs 6c les In- fidèles à fe faire batiler, 6c que ce- pendant les Apôtres ou n'aient pas compris cela, ou que l'aiant com- j5ris, ils n'aient pas averti leurs prin- cipaux. Diciples,. d'ctre refervez à condanner les violences, dcpeur ^u'en les condannant en général, ils ne prononçaifent une hérefie, 6c ne donnafient un cruel démenti à Jé- fus-Chrit, 6c ne fourniflcnt môme dL^s armes pour un jour avenir à ceux que les Chrétiens violenteroient, roient, roient, 6c qui pourroient s'écrier à l'énorme contradiction qu'ils ver- roient entre le i. Chrilli'anifme 6c le ûiivant. C'étoit le moins qu'on devoir atendre des Apôtres ôc de leurs premiers Diciples, les plus- feurs Dépofitaires de la Tradition i s^it n'étoit pas à propos ôc de la pru- dence d'exécuter l'ordre de Jcfus- Chrit en contraignant d'entrer aii commencement, du moins faloit-il avertir qu'un jour viendroit, où cela le pourroit pratiquer fort-Iain- tement, &: qu'ai nfi on eût à fe me» nager dans cette matière., êc à ne pas traiter généralement cette con- duite de marque de fauireté. Ce- pendant c'ell ce qu'ont fait les Pércs 6c de la manière la plus-forte, mê- me dans le 4. ficcle lors que les Ar- riens ic mirent à periccuter. Cela feul, dit S. Athanalè, ejl une ^reuvt TTJonifejh ejui/i n ont ni piété m crainte dt Dteté, ' C'eji le propre delà pieté (^dit-il) G 7 fiofà I Epjî.aifulsf» I Epjî.aifulsf» non de contraindre mais de ferjuader ù Piwitaîiondu Seigneur q^u i NE con- traignant PERSONNE laijjoitâla volonté d'un chacun de le furore: pour le Diable comme îl na rien de véritable il vient avec des haches (^ des coignées rom- pre les portes de ceux (jui le reçoivent, mais mire fauveur efi fi débonnaire cjuil en/èt^ gne bien â la vérité en difant, Ç\ q uelcun veut venir après moi, é^ celui qui voudra être mon Diciplc, mais ne CONTRAINT aucun en venant vers nous, heurtant plutôt é^ difant, ma fœur, mon époufe ouvre moi, d^ entre quand on lui ouvre c^ fe retire cjuortd on tarde (^ ejue ton ne lui veut ouvrir, parce que ce 7iejipa-s (Remarquez bien ces paroles Meneurs du confeil de con- lience de LouisX 1 V Roi tres-Chré- tien de France 6c de Navarre) avec LES EPEES, ET LES DARDS, NI AVEC SOLDATS ET MAIN ARMEE MAIS PAR PERSUASION ET CONSEIL. N'efl-ce pas une preu- ve ve évidente que les Apôtres n'a- voient rien dit de ce prétendu mi- flére de perfécution contenu dans la parabole, 6c que Jefus-Chrit a fouhaité non feulement qu'il de- meurât inconnu aux premiers fit- clés du Chriftianifme, mais auflî qu'il a trouvé bon qu'il y fut con- danné ôc flétri d'ignominie comme une impiété cruelle &c d'abolique, ce qui paroîtroit abfurdefi l'on fu- pofoit qu'il eût éfeétivement com- mandé les perfécutions, car com- ment comprendre qu'il ait foufert qu'un point de Morale de cette conféquence ait été foudroie 6c ana- tématifé par la plus-fainte 6v la plus- pure partie du Chriftianifme pen- dant trcs-long-tems, ôc qu'on fe foit fervi de ces anatémcs pour ré- futer les ennemis de la vérité, en foutenant que Jcfus-Chrit avoit cn- fcigné à fes Diciples de ne contrain- dre perfonne. Non feulement on a dit cela avant que les Empereurs Chré- Chré- Chrétiens fe fuiTentrervis de la vio- lence, mais auili long-tems après. Nôtre ' vénérable Bede en parlant du Roi Ethclrede fous lequel le Pa- pe S. Grégoire envoia k moine Au- guftinôc quelques autres pour con- vertir nôtre Ile, dit expreflement que ce Roi s'étant converti à la foi Chrétienne, ne contraignit aucun Je /es fujets à l'imiîey, fe co?îtenîant de témoigner pim d'amttié à ceux qm fefaifoie?ît Chré' tiens car- i-l a'voit apris, dit-il, de fis Dooieurs ô* des Auteurs àe fin fia/ut ouô kfirvice de Je fis Ctrit doit- être 'volontai^ re (^ non contraint. Cette notion, (a- voir que Jefus-Chrit n'a ordonné quclaperfualion, l'niilruction, le fcrvice Yolontairc, 6c nullement la violence, ell ii fortement gravée dans nos efprits, qu'on la débite comme indubitable dés- qu'on ne fonge I Ut nullum tamen cogeret 2d Chriitianlimiun y fcd tantummodo credcntes arcliori dilcclione quafi concivcs Regni cacleltis amplcrteretur, didiccrat. cniuià: à Docloribusaudoàburquel'uxlalutisfervi- tium Chrifti voluntariuin non coadiitium dcbciC cliC. Bcd^I. i.c. 26, (i6r) S.Cu, (i6r) S.Cu, ' fonge plus-aciiuellemcnt à flatcr ou à ne pas irriter les Princes qui per- fécutent, ou qu'on ne prend pas pour fujct d'un livre dejuftiflerles perfécutions.. Tous les jours on im- prime en France des livres où cette notion fe trouve exprimée, ce qui fait un ridicule prodigieux pour ks Ecrivanis Papilles de cette nation y car quelquefois dans les mêmes li- vres où ils difent qu'il eft licite de contraindre, aiant actuellement en vue les dragonneries qui ont rava- gé les Protellajns^ illcuréchape de dire que TEvangiIe n'efl qu'une loi de douceur, ôc qui ne demande que des ofrandcs volontaires, c'eft qu'ils perdent de vue pour ce moment leur fin principale d'éxcufer 6c de flater, 6c qu'alors les notions du Gceur 6c de l'efprit fe produifont d'elles mêmes. Joint qu'ils nient qucleur Roi ie Toit fèrvi de violen- ce, en quoi ils fcmblcnt convenir de Lifauireté du iens litcral.
Je Je ne raporre pas les paflages des Pérès qui condannent en général les perfécutions 6c les violences que l'on exerce en matière de foi: ils font connus de tout le monde. Gro- tius ' en a cité quelques-uns, Scies François mêmes gagez pour faire les Apologies des pcrfécureurs ne .diffimuient pas ces autoritez des Pé- rès, comme on l'a pu voir dans le livre d un Avocat nommé Ferrand.
Chapitre IX.
Chapitre IX.
Huitième Réfutation du fens literaî, far la raifon <!^h î! rend'vaifîes les fUi'ntes des premiers Chrétiens contre ksperjècutions faienr.es.
LA preuve contenue dans le Chapitre précédent ne me fem-» bit pas à beaucoup prés aufli forte que quelques-unes des i.utres, quoi que prife ad bowinem elle puitlcjct- ter dans quelque embarras ceux qui ne I Ubi ra;>ra.
ne nous parlent que de tradition, bc de voie de prcfcription. Qiioi qu'il enfoit elle a beaucoup de con- nexité avec celle-ci, 6c c'efk pour cela que je ferai moins long dans ce chapitre fur le principal de cette preuve que fur fes accellbires. Voi- ci mon coup Un fens literal qui rend vaines les plaintes des premiers Chrétiens con- tre leurs perfécuteurs eft faux Or tel efl: le fens literal de ces pa- roles, Co?itrain'ks d'entre Donc il eft faux Je prouve la Mineure en cette ma- nière. Je fupofc que les Chrétiens aient envoie des Députez à la Cour préfenter leurs Apologies, 6c fc plaindre de ce qu'on les exiloit, cm- prifonnoit, livroit aux bétes, fupli- cioit. Je fupofe que le fens literal en qucllion fut connu aux Chré- tiens 6c aux Païens, aiant été lu des uns 8c des autres dans l'Evangile de S. Luc, dont les Païens avoient conconconnoiliancc s'ils vouloient. Jéfu- pcfe encore qu'un Commifùire de l'Empereur foit entré en conféren- ce avec ces Députez Chrétiens 6c qu'aiant fçû le iiijet de leurs plain-- tes 5 il leur ait dit yAIejJieurs ckcjuoivous- plaignez,' "v ous: on vomîrajit comme vour nous traiteries fi vous éîïez, a noire- vlace:■ ainfi vous devez^ afrouvernotre p'udence ^ é^ votis plaindre du îems (^ non pas d^ nous. Le îems ne vous efl pas favorable ^ nom fin^wedes plus-forts: la prudence veift ^ue no'is ne mariqmonspas aux ocafions que la fortune nom donne de fouler aux piez. une fe^^ qm en veut non feukment à nos teW' pics ^ a nos dieux, mais aujfi à nos vies, C^ à nos confiences* Vôtre Dieu vous a wm" marjdJ exprejjément de contraindre à le futvre tout Vc7taiit\ que fer ic%,^vorts donc fi vous aviez, lafo/ce en main que faire mourir tous ceux qui ne pourraient pas Je rejoudre à trahir les Iwmiéres de leur coît- ficnce pour adorer vôtre Dieu crucifié ^ Il faudroit répondre à cela i\ l'on étoit tant Ibit peu fincérc, 6c Iclon les ientiientilentimcns que je réfute, llefi'vraiy Morifeigneur, aue fi nom étions ks plus» forts nom ne laîjjtrtom peifi'fwe au niondt qui m fe fit haîîfèr; fnaù tn cela paroi' iroît nôtre charité pour le prochain; nom vcions fJHon fi danne éternel/ewent fi fon ne fiiit notre Ré lis^ion i nom ferions dotjc bien cruels de nernploier pas la contrainte, Ivlais nous ne ferions pa-s cela cruellement comme font les Fatens envers nous: noui ferions perdre des procès, à ceux <jui ne vou' droient pas fi convertir, nous leur ferions des chicanes, nous les empêcherions d'avoir des affemblées de Religion, ^ fi -cela ne leur rendoitpas la vie afiez^ trtfie, nous envoie' rions des fildats chez, eux qui les ruiner oient, qui les batroienî, nous les empêcherions de s'enfuir. fi nous les atrapionsfuians nous les enverrions aux Gidéres, noui 'mettrions les femmes (^ les en fan s en fiqueftre, en un mot il ne leur re fier oit que l'un de ces z.par^ tis â prendre, ou de traîner leur vie dans la mifere d'un cachot, ou de fi faire bati~ fer: mais pour les tuer, ja a Dieu nepiaife; peut'étre que quelquefois les fildats outre* pafi pafi gaffant tordre leur donneroient tattî de coups qu'ils en mourroient, mais cdaferott rare,, ^ peu aprotrjé. On voit que bien loin d'empoifonner la rcponfe je la réduis aux termes les plus-hon- nêtes 6c les plus-modérez que nos Adverfaires puilTent fouhaiter, puis que je la drelie fur le plan de la per- fécution de France, le modèle fé- lon eux le plus-régulier 6v le plus- Chrétien qui s'étoit vu encore de là contrainte Evangélique. Il ne tien- droit qu'à moi de régler cette ré- ponfc fur l' Inquifition, fur les Croi- fades de S. Dominique, fur les Bû- chers de la Reine Marie, fur les Maflacres de Cabrieres 6c de Merin- dol, 6c des Valées de Piémont, fur les fuplices de François L 6c de Hen- ri H, 6c fur la S. Bartelemi, mais j'adoucis les chofcs autantqu'ilm'ell pofTible. Voions ce que ^epliqueroit le Miniftrede l'Empereur Païen.
Sans mentir Meilleurs, Cdiroit-il fans doute) vous êtes d'admirables gens j gens 5 vous contez pour une grande charité de ne faire pas mourir tout d'un coup, mais de rendre un hom- me miférable pour fort-long-tems foit qu'il fe refolve à pourrir dans un cachot, foit qu'il ait la foiblelle de faire femblant de croire ce que fa coniîence lui montre comme une impiété déteftable. Allez Allez MefTieurs,' outre que cette préten- due charité ne vous empécheroit pas de faire comme nous faifons, c'eft- à-dire d'inventer de cruels fuplices lors que vous jugeriez que le tems êc les lieux le demanderoient (car vôtre Maître ne vous commande qu'en général de contraindre, 6c c'ell à vous à choifirla manière de contrainte que vous croiez la meil- leure, celle des chicanes, &deslo- gemens de foldats quand vous la croiez plus-propre que les Mafla- cres 6c que les inventions les plus- ,cxquifcs des Bourreaux &; ceci quand vous le croiez plus-utiic que les les les amandes, les chicanes 2c Pinfo- lence de lafoldatefque) Outre cela dis-jc, je vous trouve drôles de vous glorifier d'une rufée Politique qui eft la vraie caufe pourquoi vous n'en voulez pas au fans de vos fu- jets j c'efl: que vous êtes bien ailes de n'en diminuer pas le nombre a- £n d'être toujours puiilans tem- porel ement, éc de vous vanter d'a- voir plus fait fans fupli-ces que les autres par les fuplices. Prenez le comme il vous plaira, nous ne fe- ront pas affez fots fi nous pouvons l'empêcher pour vous laifiêr venir à l'état oii vous feriez tant de defor- drcs j réfolvez-vous doncà foufrir j L'Em^pereur mon Maitrc doit ce fa- crifice au repos public defonficclc 6c de toute la pollerité, dont vous feriez le fléau.
Lavraifemblance ne foufre pas que jcfaife encore parler ces Députez, car après la rcponfe que je leur ai fuit faire, il n'y a pas apareace qu'on les les eût laiffcz long-tems en liberté, néanmoins pour mieux donner à entendre à mon Lecteur ce que je veux lui prouver 5 je fupofe encore cette duplique aux Députez.
Monfeigneur pardonnez-nous s'il vous plaît, fi nous vous difons que nôtre fainte do&rine vous a été dé- guifée par nos ennemis, ce n'eft que par accident 6c avec le plus- grand déplaifir du monde que nous en viendrions à la violence. Nous tâcherions d'abord par nos inftru- étions de perftiader nos véritez^nous nous fervirions des voies les plus- douces 6c les plus-carefTantes, mais fi nous avions le malheur de rencon- trer des cfprits malicieux 6c obfti- nez qui fe rcidillcnt contre les lu- mières de la vérité que nous ferions briller à leur efprit, alors malgré nous, mais par une charitable wor- dacité, nous leur ferions faire par force ce qu'ils n'auroient pas fait volontairement, &: nous aurions H racme même la charité de n'exiger pas d'eux qu'ils avoiiailent qli'ils li- gnent par force, ce feroit un mo- nument de honte pour eux 6c pour leurs enfans 6c pour nous auHi, nou les obligerions de figner qu'ils font tout cela volontairement. Au refte, Monfcigneurjil ne s'enfuit pas de ce que nous avons le droit de contrain- dre que vous l'aiez auJÛfi: nous par- lons pour la vérité &; à caufe de ce- la il nous eft permis de faire violen- ce aux gens, mais les fauifes Reli- gions ne poflédent pas ce privilège: ce qu'elles font eil une criiauté bar- bare, ce que nous faifons ell: tout divin, 6c une fainte charité.
Si j'ai choqué la vrai-femblancc en fupofimt que ces Députez au- roientétéadmis àla duplique, je la choquerois beaucoup plus fi je fu- pofois que le Minière de l'Empereur tripliqueroit à cela autrement que par cent coups d'étriviere qu'il fe- roit donner par fes Ellaiîers aux Dé- putez, putez, fans préjudice de l'Amphi- téâtre où il les enverroit périr au premier jour. Néanmoins fupofons qu'il feroit aflez flegmatique pour ne fe mettre pas en colère d'oùirtant d'abfurditez 5 fupofons le dis -je, pour mieux conduire le Lefteuroii nous le voulons faire aler. Il n'y a point de doute qu'il leur diroit en ce cas-là.
Mes bonnes gens vos maximes n'ont que ce défaut qu'elles font mal apliquées, il n'y a que la Reli- gion de mon Maître qui puifle par- ler ainfi parce qu'elle cil la vérita- ble: Je vous promets de fa part qu'il ne maltraitera que les opiniâ- tres d'entre vous; faitez-vous in- ftruire 6c convertiifez-vous; vous éprouverez les éfets de fa clémen- ce; mais autrement vôtre opiniâ- treté armera juftement fonbras 6c avecjuflicc, au lieu que fi vous u- fiez de violence contre la Religion établie depuis (i long- tcms vous H z tomtomberiez dans une injuflice éfroiable.
Un homme ennemi de toute per-, fécution Se qui auroit quelque habi- tude avec Pefprit de railbnnement, pouiToit ajouter ce qui fuit ens'a- dreiîant à ces Députez.
Au refbe ce que vous dites me pa- roît rare, que ce n'eil que par ac- cident que vous feriez de la peine, car puis que vôtre Maître vous or- donne de contraindre les gens de vive force à entrer dans fon parti, il faut que votre but foit non feule- ment de faire Chrétiens ceux que vous avez perfuadez mais aufTi ceux qui demeureront convaincus que vôtre Religion eft faufle, mais fi vôtre fin direéle i'c porte à ceux là.il faut qu'elle enferme naturellement &: direétement les moiens qui vous y conduifcnt, favoir la force 6c la violence, 6c ainfi ce n'eflplus par accident que vous vexez le monde, mais par une fuite très - nécelîaire£c re êc trcs-naturelle de vôtre projet.
On peut chicaner peut-être fur cette raifon, mais au fond je la crois folide 6c j'en tire cette nouvelle preuve contre le fens literal de la pa- rabole.
Si quelque chofe pouvoit excu- fer les violences enfermées dans l'ordre de faire Chrétiens tous les hommes ce feroit de dire qu'elles n'y font enfermées que par acci- dent.
Or il eft faux qu'elles n'y fe- roicnt enfermées que par accident.
Donc rien ne les peut excufer L.a Majeure n'eft pas aflez éviden- te pour des efprits que les paflions 6c une malhcureufe éducation dans des principes de Religion, qui ne font à proprement parler que la na- ture corrompue adroitement ca- chée fous la profeflion de fervir Dieu, ont miférablement gâtez 6c couverts d'épaiflcs ténèbres, tâ- chons donc de Péclaircir.
Je dis que des perfécutions enfer- mées directement ÔC abfolumcnt dans le deiîein de convertir les infi- dèles feroient tout à fait inexcufa- bles, 6c je le prouve parce que l'or- dre que Dieu a établi entre les opé- rations des efprits, eft qu'ils con- noiiTent avant que d'aimer, 6c que les lumières de l'entendement pré- cédent les aftes de la volonté. Cet ordre paroît être une loi nécefiaire êc immiiablc, car nous ne connoifl fons pas plus-clairement que 2. 6c 2. font 4. que nous connoijGTons que pour agir raifonnablcm.ent il faut douter d'une chofc qui paroît dou- teufe, nier une choie qui paroît é- videnment faufTe, afirmer celles qui paroifîent évidenment vraies, aimer celles qui paroilTent bonnes, haïr celles qui paroilTent mauvaifes. Cela efl tellement dans l'ordre que nous con\enons tous qu'un homme agit témérairement 6c commet mê- me un crime lors qu'il jure qu'une telle telle telle chofe s'efl faite, qui s'ell faite réellement, mais qu'il croit qui ne s'eft point faite, 6c nous ne dou- tons pas que ce ne fût un très-grand defordre d'aimer lavertufîonétoit perfuadé qu'elle fût mauvaife ôc dé- fendue par une autorité légitime. Cela étant un homme ne peut-être dans l'ordre lors qu'il embraflc l'E- vangile s'il n'eil préalablement con- vaincu de fa vérité, ainfi tout defl fèin & tout projet de faire embraf- fer l'Evangile à un homme qum'eft pas perfuadé de fa vérité fort des ré- gies ôc de la route de l'ordre éternel ôc néceflaire qui fait toute la droi- ture Se toute la juftice d'une action. Or tout deilein qui enfermeroit di- reétement ôc de plein vol les violen- ces à exercer fur ceux qui ne vou- droient pas fe convertir -a l'Evan- gile de bon gré, tendroit directe- ment & de plein vol à faire embraf- fer l'Evangile à ceux même qui ne le croient pas véritable, donciSi tel defTein fortiroit des régies 6c de la route de Pordre, tc ieroit par €onféquent vicieux. Il eft clair qu'on ne peut pas avoir intention direftement de violenter un hom- me fans avoir un delTein direci: de lui faire fair-e une chofe lors même qu'il y aura de la répugnance; il cft donc clair comme je l'ai dit que tout homme qui deflineroit les violen- ces aux (ignatures du iimbole des Apôtres comme un moicn direct de parvenir à fes fins, auroit deflein direélemer t de faire figncr ce fîm- bole à ceux même qui le croi- roient faux. Puis donc quecedefl fein feroit évidemment contre l'or- dre, il faut que jamais les violences dire6tement enfermées dans ledel- fçin de convertir ne foient légiti- mes, d'oii il s'enfuit que le feui moien de les excufer, eft de di- re qu'elles n'entrent qu'indireéte- ment dans le projet des converfions. Voila donc la Majiure clairement prouprouvée ce me fcmble. Venons à la Mineure.
Je demande à mes adverfaires fi le deiTein de faire un volage enfer- me par foi ou par accident un vaii^ feau. Ils me répondront fans doute 6c ils auront raifon que c'eft une chofe purement accidentelle à un voiage qu'un vaiilcau. Mais fi au lieu de me tenir à la notion vague de voiage, je décens à ce cas parti- culier qu'un homme ait deflein de faire un voiage de France en Angle- terre, ne fera-t-il pas vrai alors par raport à ce deflein qu'un vaifleau n'efl: plus une chofe accidentelle, mais un moien naturellement né- ceflaire? Apliquons ceci au defleia de Chrtliiamjer le genre humain.
Ou vous avez ce deflein en géné- ral, ou vous vous propofez en par- ticulier certains moiens. Si vous n'a- vez que ce deflein en général, tou- tes voies particulières vous feront accidentelles, mais fl vous décen*. H < dez dcz au deflein particulier d'obtenir de gré ou de force que tout le mon- de reçoive le batême, il eft clair que vous enfermez proprement 6c directement la violence dans votre deflein, puis qu'au cas que vous trouviez delà réfiftance, vous êtes réfolu de la vaincre par la force. Je veux que la violence ne foit là que conditionnellement, c'eft à dire que vous fouhaitiez de venir a bout de votre deflein de gré à gré, tant y a que fl ce fouhait n'a point de lieu vous avez deflein d'en venir aux violences. Je conclus ma- nifeflement de là que ces violences n'entrent pas dans vôtre defl^ein par accident, mais par votre propre choix, 5c par une dcfliination qu'on apellcroit dans l'école fecundariam. Car comme ceux qui craignent la mer feroient bien aifcs de ne fe fer- vir jamais de vaifleau dans leurs voiages, mais néanmoins s'ils fe ré- folvent de paflbr de France en Anglegleterre ik veulent direéïement ôc proprement fe fervir d'un vaifleau', ainfî tout homme qui fcroit bien ai- fe de convertir les gens par la feule Prédication, fouhaiteroit de n'em- ploier pas la violence, mais s'il fe réfolvoit à convertir les humains lors même que la Prédication n'y fuiiroit pas, & que la violence feroic néceflaire, il voudroit proprement ôc directement laperfécution. En un mot lors qu'il ne tient qu'à nous de pourfuivre ou de lailTer un cer- tain delîein le cas avenant que nous rencontrions certains obftacles, il eft clair que fi nous le pourfuivons en ce cas-là, nous témoignons que nous avons voulu très-proprement cette pourfuite, Ôc que les moicns indifpenfablement nécelTaires à cela , font voulus, 6c confentis par nous très-proprement. Ils ne font donc pas là par accident, au fens que ce mot fe prend lors qu'il peut excufer les' fuites d'une afaire, ou les fautes d^unc pcrfonne. H 6 11 Il n'eft nécellaire ni de prouver que Jefus-Chrit feroit dans le cas puis qu'il ne tiendroit qu'à lui de ne forcer perfonne, ni de prouver par cent raifons ôc par cent exem- ples que tout homme qui voudroit aller à Ton but par un certain moien préférablement à tous les autres, mais qui eft fermement réfolu d'y aller par un autre moien s'il fe voit exclus de celui là, veut tres-propre- nient & par fa faute (s'il agit libre- ment 6c que faute y ait) cet autre nioien,d'oii il s'enfuit que les violen- ces feroicnt dans le deflein de la con- verfion des hommes à l'EvanoLile proprement 6v parladeftinationde jefus-Chrit, en forte qu'il formeroit ainfi fon projet, jcveuxt^ueltsbojvwes foienî t)erjuade^ de la njérite de l' Ei'a'/îgile d^ e« fiTJjanî frofejjion, maisfi je ne pua pas les perfuadery jenelatjjepas d'entendre c^Hîls le profejjefit. Or je dis & je fou- tiens que ce dcflcin choqueroit les loix éternelles de l'ordre qui eil la loi loi loi îndifpcnfable de Dieu lui-même, ôc par coniequent qu'il eftimpoffi- ble que Jefus-Chric l'ait formé. Toutes les chicanes imaginables fur la phrafe être far accident, n'empê- cheront pas que la mineure de mon dernier (îllogifme ne foit démontrée autant que ces matières le foufren t. Quoi qu'il en foit ce que je pré- tens dans ce chapitre me paroît clai- rement prouvcjfavoir que des Chré- tiens qui auroient dû convenir qu'à la place des païens ils auroient fait à peu prés lesmêm.esperfécutions, n'étoient capables que -de leur pré- fenter des Requêtes ridicules.
Chapitre. X.
« Neuvième d^ dernière Réfutation du fem literal y par U raifon cju tl txpofcroit les 'vrais Chréîiem à une oprejjivn conti" nuelle fans au on peut rien alle^^iur pour en arrêter le cours c^ue le fond même des dogmes contefie:^ entre les perfecutez, C^ les perfccuteurs y ce cjui nefi ^u une che^ H 7 tive tive pétition de principe cjuinem- fécheroit pas que le monde ne devint un Coupe gorge.
ON a déjà vu en deux endroits, favoir dans le Chapitre précé- dent ôc dans le y. le préjudice que feroit à la véritable Religion Por- dre d'ufer de contrainte fur ceux qui ne voudroient pas fe convertir, éc il eft certain que cela feul confi- déré en gros 6c en général forme un préjugé fort-plaufible de faulfeté, car quelle aparence que Dieu ait voulu ordonner à fon Eglife une conduite qui la rend ridicule lors qu'elle fe plaint de Popreflion qu'el- le-foufre, & qui donne un prétexte raifonnable de la chafler. Si S. Au- guftin fe fût bien fouvcnu d'une cx- célentc maxime qu'il a débitée dans fon Traité de genefi ad liîeran?, i 1 ne fe fut pas embaralle comme il a fait à foutenir la caufe des perfécutcurs, car il dit dans cette maxime qu'il cil cil eft honteux, pernicieux, Ôc extrê- mement à fuir qu'un Chrétien fc mélc de parler des chofes félon fes principes en préfence des infidèles avec tant d'impertinence, que les Païens ne fe puiifent tenir de rire- Comment n'a-t-il pas vu qu'il s''ex- pofoit à la riféc des Païens lors qu'il foutenoit que Dieu autorifc dans fa parole les pcrfécutions de Religion; en éfet il n'y a rien de plus-infenfé que de blâmer en autrui les mêmes actions que l'on canonife lors que l'on les fait foi-même, ôc rien n'cft plus-abfurde que de trouver mau- vais, qu'un Prince qui croit que la Religion païenne ell véritable 6C que Dieu lui commande de main- tenir le repos public ne tolère point une fecte qui ravageroit le monde par fes violences Ci elle avoit zûcz de forces. Mais ce qui n'eft qu'un préjugé lors qu'on le regarde en gros, devient une preuve folide lors qu'on prend la peme de le déveloper per un peu éxademcnt. C'eft ce que nous avons tâché de faire dans les 2. Chapitres aléguez, 6c que nous ferons encore dans celui ci le moins mal que nous pourrons. Voi- ci nôtre dernière preuve Un fens literal qui jetteroit tou- tes les parties du Chriftianifriie dans une guerre continuelle, fans four- nir autre remède à ce grand mal que ce qui en fera prononcé à la fin du monde, ne peut pas être véritable.
Or tel eft le fens literal de ces pa- roles, Conîram-lcs d'entrer Donc il n'eft pas véritable.
La I. proportion me femble af- fez claire d'elle même, car encore que Dieu n'ait pas parlé dans fon E- criture d'une manière qui ait été parfaitement propre à empêcher les divifîons des Chrétiens» il faut pour- tant croire que il d'un côté il a per- mis que fon Eglife fe partageât, il n'a point pu vouloir de l'autre qu'elle fût ians aucune régie ni fans aucuns aucuns aucuns principes communs qui con- tin fient les parties defunics dans leur devoir, & qui montraflent qu'il ne fe faut pas déchirer comme des bêtes. Les obfcuritez de l'Ecriture ne tombent gueres que fur les dog- mes de fpéculation: ceux de Morale aiant été plus nécefiaires pour la confervation des fociétez, ÔC pour empêcher que le vice n'éteignit en- tièrement ce qui refte de vertu, font demeurez plus-intelligibles à tout le inonde. Mais qu'ils foicnt afiez clairs ou non pour empêcher qu'on ne les détourne à de faux fens, & à des abus, au moins clKil certain que l'intention du S. Efprit a dû être fainte, julle & innocente, ÔC fort- éloignée de fervir d'excufe tres- plauiible aux defordres de l'Uni- vers. Or c'cll ce qu'on ne ppurroit pas dire s'il étoit vrai que Jefus- Chrit eût donné ordre à fcs Secta*- teurs de perfécutcr.
Je paficrai fous filcncc les defordrcs qui arriveroient dans le monde par l'avantage que les Infidèles prendroient fur les Chrétiens en volant que ceux-ci autorifent les violences: je ne dirai pas qu'ils fe ferviroient de toutes les raifons des Chrétiens pour tourmenter tous ceux qui n'auroient pas les mêmes fentimens qu'eux, je ne regarderai point cela j je ne confidércrai que ce qui fe paiTeroit de {cdcc à feéle du Chriftianifme. Il eft certain que fi Jefus-Chrit a entendu le fens de per- fécution 6c de contrainte de figncr un Formulaire lors qu'il a dit Cofu- trairt'les d'entrer, la partie ortodoxe du Chriftianifme peut violenter au- tant qu'elle le juge convenable la partie qui erre, cela eft fans dihcul- té. Mais comme chaque partie fe croit ortodoxe il eft clair que fi Je- fus-Chrit avoit commandé la perlé- cution, chaque fecbe fe croiroit obli- gée de lui obéir en perfécutant à ou- trance toutes les autres jufques à ce qu'cl-