SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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xttTa Titv 7ra.potfji.ictv -TroKxa, •\,îuS'ovTcti àokTgi (2'^4 ' Quôd si aliquid poëlœ duunt, et m iiaturam divinam cadil ini'idia, t^erisirnile est hdc in re id niaximè accidere et inj'elices esse er>s onines qui alliora se quœrunt (2o5). Sed neqiie Di^'initas inwida esse po- test, muUaque, ut est in proverhio, jtienliuntur poëtœ.

(T) Sert'ius et Sidonius uipollina- ris ont ignoré les opinions d'Anaxago- ras. ] Le premier assure cju'il donnait le feu pour le principe de toutes cho- ses (ao6): c'est le confondre avec He- raclite. L'autre prétend que, comme Thaïes, il établit l'eau pour le prin- cipe de tous les corps, et qu'il joiîjnit à ce principe un entendement. C'est lui ôter la doctrine des hoinœoméries. Elle n'était pas inconnue à Sidonius Apollinaris • mais il la donne sans rai- son au philosophe Anaximander. Il lui donne aussi la cra.va-Tnf/jiiet, c'est- à-dire, que les semences de toutes choses étaient partout: doctrine qui appartenait an philosophe Anaxago- ras. Elle appartenait aussi à Démo- crite, comme Aristote l'a observé au chapitre IV du III*. livre de sa Physi- que: Sed rébus inutile ponit {rio-j) Principiuin, ditin crédit aquis subsislere niunduni. ffuju.i discip'uli versa est senlentia, dicens, Principiis propriis semperres quasque creariy Singula qui quosdam Juntes decievit hahere JElernum irriguas, ac rerum semine plenos. Hune etiam sequitur, qui gignere cuncta putabal Hune aérein, pariterque Deos sic aulumat ortos. Çuartus Anaxagoras Thalelica dogmata serval: Sed divinum animum sentit, qui Jecerit (204) Aristoteles, MeUpliys., lib. /, cap. II, (îo5) C'est ainsi que Bnssarjon traduit TTipiTTOt/Ç. Argyropylc traduit, qui htec super- fliia qujerunt. Foyez Foiisecs sur cet endroit WAri.-tolf, p<r.î. i3o.

(ïo(i),S.Tvius in Virfiil. Fclog. VI,vs. 3i.

(208) Sillon. ApoUia. Carm. XF, vs. 81, pag- i5i, iDî.

Le docle Savaron n'a pas remarqua ces bévues dans ses notes sur ce poème de Sidonius Apollinaris.

ANAXANDRIDE, roi de Lacédémone, fils de Léon, est le seul homme de son pays qui ait eu deux femmes à la fois {a). Ce ne fut pas tant sa faute, que celle des éphores, qui voulurent l'obliger à répudier sa femme, à cause qu'elle était stérile, et à se marier à une autre, qui lui donnât des enfans. Comme il aimait fort sa femme (^), il pro- testa qu'il nela répudierait point. Les éphores, le voyant ferme là- dessus, lui proposèrent d'épouser une autre femme, sans répudier la première, et lui firent en- tendre que, s'il ne prenait pas ce parti, il pourrait s'en trouver mal. Il accepta cette seconde proposition; mais il ne voulut pas loger les deux femmes sous un même toit: il voulut avoir deux logis. La nouvelle épouse accoucha bientôt de Cléomènes: cette bonne fortune d'Anaxan- dride se répandit jusqu'à sa pre- mière femme; elle devint grosse aussi. Les domestiques * de l'au- tre reine, fâchés de cela, répan- dirent cent médisances, et sou- tinrent que ce n'était qu'une feinte, et qu'on ne cherchait qu'à tromper le monde par la supposition d'un enfant. Cette médisance fit tant d'impression sur les éphores, que, lorsque le tenne d'accoucher approcha, {a) Pausan., lib. III, pag. 84- (h) Elle était Jille de la sœur d'Jnaxan- dride.

* Joly, d'après les Jugemens sur quelques ouvrages nouveaux, dit que celle expression de domestiques est une traduction impropre du grec ou du latin, et qu'il falhit dire les parens.

ANAXANDRIDE ils donnèrent des gardes à la reine (c), pour être assurés du fait. Ce ne fut nullement une feinte: la dame accoucha d'un garçon, que l'on nomma Do- 57 riens *. Quelque temps après, elle accoucha de deux jumeaux, dont l'un fut ce brave roi Léo- nidas, qui périt si glorieuse- ment au passage des Thermo- pyles, et l'autre eut nom Cléom- Lrotus (d). Le fils de la seconde femme n'avait presque pas le sens commun: Dorieus, au con- traire, surpassait en toutes cho- ses les personnes de son âge; néanmoins on rejeta ses pré- tentions, qui étaient que l'on (A) Les Lacédémoniens commencé' renl à vaincre les Tégéates sous son rè- gne, c^est à-dire, environ la 60"^. olym- piade, ] Les historiens observent que les Te'géates ne furent vaincus par les Lacédémoniens qu'après que ceux-ci eurent transporté dans leur ville les os d'OresIe qui étaient enterrés à Tégée. Cette translation se fit en la 58*^. olym- piade: Priscorum aulem testantur nio- lem etiam Orestis suprema, cujusossa olympiade quinquagesimd et octavd Tegeœ inventa à Spartanis oracula monitis discimus implésse longitudi- nem cubitoruni septem (i). On sait d'ailleurs que Cléomènes, fils et suc- cesseur d'Anaxandride, fut exhorté à faire la guerre à Polycrate, tyran de Samos (2), qui mourut misérable- ment la seconde année de la 64^. olympiade (3j. Je ne remarque pas que (Jéomènes régnait depuis assez long-temps, lorsque les descendans eût moins d'égard au droit d'aï- de Pisistrate furent obligés de sortir nesse qu'au mérite. Cléomènes, nonobstant son indignité, suc- céda à la couronne (e): les lois du pays le voulaient ainsi, et on les observa. Anaxandride fut plus favorisé de la fortune que les rois ses prédécesseurs à l'égard d'Athènes: ce qui arriva environ la 67*. olympiade (4)- M. Moréri ne devait pas dire: qu'on ne sait pas bien le temps auquel anaxandride a vécu i ni que les Ephores l'obligè- rent de répudier sa première femme; ni que le fils aîné de cette première femme s'appelait Dorcee. 11 fallait le nommer Dorieiis, ou Doriée. Je des Tégéates; car les Lacédénio— ne dis rien de ses fautes d'omission, niens commencèrent à les vain- cre sous son règne ( f), c'est-à- dire, environ la 60^. olym- piade (A). Plutarque nous a laissé nu recueil des apophthègmes d'Anaxandride parmi ceux des Lacédémoniens. Le Supplément de Moréri est ici tout plein de bévues (B).

(<?) On pourrait traduire le grec c/'Héro- dote en ce sens.• qu' ils furent eux-mêmes les inspecteurs ou les gardes de la reine.

' Dorjeùs, dit Joly d'après les Jugemens, etc., est une faute. Ce mot n'a que trois syl- labes: Dorieus.

(d) Il jr en a qui disent que LéoniJas et Clêombrolus naquirent de deux grossesses.

(e) Ex Herodoti, lib. y, cap. XXXIX et sequcnt. Voyez aussi Pausanias, lib. III, (y") Pausan., il>id. Ilerod., libr. T cap.

ixrii.

quoiqu'elles ne soient pas petites. Je ne dois point passer sous silence qu'il est malaisé d'accorder Solin avec Hérodote à l'égard de la chronolo- gie. Solin met la translation des os a'Oreste à la 58*^. olympiade. Mais, selon Hérodote (5), les Lacédémo- niens avaient déjà remporté plu- sieurs avantages sur ceux de Tégée de- puis cette translation, lorsque Crésus rechercha leur amitié. Or, il la re- chercha avant que de faire la guerre à Cyrus; et son expédition contre Cyrus tombe sur la fin de la 56*. olym- piade (6): comment donc accor- derait-on la chronologie de Solin, avec celle d'iléiodote? Quoi qu'il en soit, M. Moréri ne devait pas dire qu'on ne sait pas le temps auquel (2) Plutarch. in Apophlb., pn^. 23Î, C. (i) Calvisius, ad ann. mundi 34^8, (4) Idem, ad ann. mundi 344o.

(5) Lib. 1, cap. LXVIIIetLXIX. (ti) Vide Calvisium nd an:i. mundi 22q9.

58 ANAXANDRIDE.

Anaxanelricie a règne, car ne lit-on pas dans He'rodote qu'il régna au temps de Crésus (7)?

(B) Le Supplément de Moréri est ici tout plein de béi'ues.'] Ajoutons aux trois fautes de More'n, que nous ve- nons d'indiquer, celles de son conti- nuateur. En premier lieu, il n'est pas vrai qu'Anaxandride fût fils d'Eury- crate II: il était son petit - fils (8), et fils de Léon. En deuxième lieu, il n'est pas vrai qu'Anaxandride prît la ville de Tégée, avant que les os d'Oreste en eussent été tirés. Ce ne fut qu'après cette translation, que la fortune cessa de favoriser les Té- géates: comment donc se pourrait- il faire que leur ville capitale eût été prise avant que les os d'Oreste en eus- sent été transportés? La prise de la ville capitale n'est-elle pas la ruine entière de cette sorte de petites répu- bliques? En troisième lieu, il n'est pas vrai que Glycas (9) entra dans Tégée à la suite du victorieux Anaxandridej il y alla comme l'on va en temps de paix aux villes de ses voisins. En qua- trième lieu, ce ne fut point lui qui trouva le tombeau d'Oreste, et qui en retira les os: il rapporta seulement, lorsqu'il fut de retour à Lacédémone, qu'il croyait que le sépulcre d'Oreste était chez un forgeron de Tégée. Ce forgeron lui avait conté, qu'en faisant un puits à la cour de sa maison, il avait trouvé un tombeau de sept coudées, et reconnu, en l'ouvrant, que celui pour lequel on l'avait fait avait été de cette taille. Lychas conclut que c'était le tombeau d'Oreste, parce que l'oracle avait dit qu'on le trouverait à Tégée, dans un lieu où deux vents étaient chassés avec impétuosité, et où se voyait l'image d'un combat, et plaie sur plaie. Il appliqua ces choses aTix soufflets, au marteau, et à l'en- clume du forgeron. Il ne fit que tirer cette conjecture, et la communiquer à ses supérieurs, qtii, sur cela, ban- nirent un criminel. Celui-ci se retira à Tégée, et prit à louage du forgeron l'endroit où le tombeau de sept cou- dées avait été découvert. Il en lira les (8j Pausan., lib. III, pag. 83.

(9) fl fallait dire Lycli.is, cninnw ni/para- vant. [ ijP.s Jugement sur qttfhjufi onvra^rs nouveaux (lisent à leur tour qu'il fallait éciiic L.chas.} OS d'Oreste, et les transporta y Lacé- démone. En cinquième lieu, il est faux que l'oracle eût dit que, pour faire translation, Hfalliiil éloigner les fents, le frappeur, et le frappé at^ec la peste et la ruine des hommes. Héro dote, cité dans le Supplément, ne dit point cela. En sixième lieu, il ne fal- lut pas éloigner toutes ces choses, afin de trouver le tombeau d'Oreste; car il n'était pas sous la forge, mais dans une cour, où l'on avait voulu faire im puits. En septième lieu, \a guerre ne cessa point dès que les os de ce prince eurent été inhumés à Lacédémone. Hé- rodote dit seulement que depuis cela les Lacédémoniens eurent l'avantage dans toutes les guerres qu'ils eurent avec les habitans de Tégée: 'A^à TOt/TOt/ TOU;tpOVOy OKltÇ (TritpÔlCtTO OtX^M- AûJV, TrOKKOl KO.TV'TripTlpOl Tcë TrOhifAO) iyivavTo o« Aa.KiS'a.tfji.ov toi. (^uo ex tem- pore Lacedœmonii quolies cum Tegea- tibus congressi sunt, superiores extité- re (jo). En huitième lieu, il n'est donc pas vrai que ceux-ci jurent en- tièrement soumis aux Lacédémoniens, tout aussitôt que les os d'Oreste eurent été inhumés à Lacédémone. Et neu- vièmement, enfin, Plutarque n'avait que faire d'être cité; car il ne dit rien de ce que porte l'article.

(10) Herod., lib. I, cap. LXVIIt.

ANAXANDRIDE, poëte co- mique, natif de Camire (A), dans l'île de Rhodes, florissait environ la loi*. olympiade (B). Il fut le premier, selon Suidas, qui amena sur la scène les aven- tures d'amour, et les disgrâces qui arrivent aux filles quand elles se laissent ôterleur virginité {a). Je croirais sans peine qu'on at- tendit jusqu'à la i oo*. olympiade à introduire des rôles aussi dif- ficiles à soutenir et à ménager, que le sont ceux de semblables filles sur le théâtre; mais je ne saurais croire qu'on ait différé (a) n/>^TOç ïpejDTet; KcÙTrstp^îvaiv <fâo/)otc i'iTnyoLyiv. Primits amores, et stiipra virgi- nuin, inlroduxil in sccnarn. Suidas.

ANAXANDRIDE. jusqu'à ce temps-là à mêler l'a- mour dans les comédies. Anaxan- dride était un homme de belle taille, et de bonne mine: il avait grand soin de ses cheveux, et il s'habillait magnifiquement; ^9 il eti avait composé soixante- cinq {f). Les Athéniens le con- damnèrent à mourir de faim > parce qu'il avait censuré leur gouvernement (D). Le poëte co- mique Alexandride n'est peutil portait une robe de pourpre à être qu'une faute de copiste (E) franges d'or (/»). Cet équipage ne on pourrait donc peut-être sub sentait nullement son poëte. Il affectait tellement la pompe, qu'un jour qu'il devait lire un poëme dans Athènes, il se ren- dit à cheval au lieu de l'assignastituer notre Anaxandride par- tout oii l'on rencontre celui-là.

(/) Idem.

(A) Natif de Camire (i).] Suidas le tion, et récita une partie de sa dit comme Chamceleon; mais 11 fait ■' à cheval. Ces manières entendre que ce u'était point le senpiece rendent vraisemblable ce qu'on ajoute de lui: c'est qu'il se dépi- tait extrêmement lorsque ses pièces ne remportaient pas la victoire (c). Il ne faisait pas comme les autres personnes de son métier: il ne retouchait point, il ne corrigeait point ses comédies, afin de les faire entrer en lice une autre fois sous une meilleure forme; il les envoyait habiller, chez les Francœurs de ce temps-là, le poivre et la can- nelle {d). Cette humeur bourrue timent de tous les auteurs. Il y avait partage: les uns voulaient qu'Anaxan- dride fût Colophonien, et les autres qu'il fût Rhodien.

(B) Il flnrissait environ la loi". olympiade.^ L'auteur anonyme des olympiades s'accorde en cela avec Suidas ^ et comme ce dernier re- marque qu'Anasandride assista au.t jeux de Philippe roi de Macédoine, il nous donne un fait qui établit cet âge d'Anaxandride. On sait d'ailleurs que ce poète maltraita Platon (2), et que quelques-unes de ses comédies ont été citées par Aristote (3). 11 faut donc qu'il ait vécu au temps que Suidas a marqué.

(C) Ployez dans les remarques la réet mutine contre les spectateurs flexion d'Alhénée sur le nombre de fit périr plusieurs belles comédies £f* comédies. ] Ayant cité un vers du quil avait faites. Il faut pour- tant que son dépit ait assez sou- vent cédé à la tendresse pater- nelle puisqu'il ne vainquit que dix fois (e), et que l'on trouve citées plus de vingt de ses co- médies (voyez dans les remar- ques la réflexion d'Athénée (C): {b) Cliaraœleon Heracleotes, lib. VI. de Coraœdiâ, afud Allien., libr. IX, pag-. ijl^.

(c) OTê yoLp f^>i vmm KetfAëxvcDV ïJ'oe- Kiv iii Tov KiCoLvairov x«T5tTê^{7v. Victus conscindendas datât, ut ex lis tfturis ini'o- /liera ^fièrent. Cliam. Heracleoles, liùr. /'/, de Gomœdiâ, apud klltea., lib. IX, pag^.

(rf) Voyez la I". Epîlre de Boileau.

(0) Suidas.

Térée d'Anaxandride (4), pièce qu'on n'e^tima^t pas beaucoup, il prend oc- casion de rapporter ce c[iie j'ai cité de Cliamœléou, après quoi il demande, avec quelque sorte d'étonnement, d'où est venu que le Térée et d'autres semblables pièces du même auteur, qui n'avaient pas remporté l'honneur du triomphe, se sont conservées. Il aurait pu trouver la solution de cette difliculté dans les paroles mêmes de Chamaeléon. Elles insinuent claire- mt?nt qu'Anaxandride ne lit éclater contre ses pièces le dépit qu'il conce- (i) Cham. Heracleot., lib. fl, de Comœdià, apud Alheo., fif. IX, pag. 374- (2^ Diog. Laërt. in Platone, ^iV. ///, num. »ti, edil. i6p2.

(3) Aristot. Rhetor., lib. III, cap. XII.

ANAXANDRIDE.

vait du jugement des spectateurs, que pièce de ce nom: Athe'ne'e la cite au lorsqu'il fut vieux. Il avait donc laisse' chapitre XVIII du VI*. livre (ii).

vivre plusieurs de ses come'dies vain- Meursius est entièrement de l'avis de eues, pendant que les cheveux gris ne Casaubon. Il veutque les deux ou trois l'avaient pas encore jeté dans l'hu- pièces de théâtre, qui sont données à meur chagrine. Iloxxà 'îxovtcl no/m^âç Alexandride dans les éditions d'A- Tœv J/jot(U«Ta)v ««fstviÇê, <S'utricrj>,a,hoiiv thénée, soient d'Anaxandride. Il veut Tfjfc êatTcLiç S'tà. tÀ yifctç (5). Spectato- que l'on donne à ce dernier V Hélène nbus iratus ob senilem morositatem (12) et le Pisandre {i3), qui paraiselegantes muUas fabulas è ntedio sus- sent dans Suidas, sous le nom d'Atulit. lexandride. Voyez la page 87 de son (D) Les athéniens le condamnèrent traité de l'île de Rhodes. Vossius emà la mort, parce qu'il auait censuré brasse le même sentiment (i4J« Sur leur gowernemenl. ] Il s'était servi ce pied-là, qui est assez vraisemblac'e ce vers dans l'une de ses comé- ble, on aurait les citations d'une trendies: taine de pièces d'Anaxandride. Son Thésée, cité par DiogèneLaè'rce (i5), a été inconnu à Meursius. On eti dans une semblable confusion à l'égard d'un Anaxandride de Delphes. Le sco- liaste d'Euripide l'a cité (i6), 'Ava^av- ,,,...,. «rpi'cTMc 0 AêÀAoc, touchant la peine qui 11 n avait fait que changer un mot {^^ imposée à Apollon de servir àlages Admetus, pour avoir tue le ser- pent Python. Plutarque le cite (17), La ville le voulait ainsi; elle qui ne tient nul compte des lois.

à ces paroles d'Euripide La nature, qui n'écoute point les lois, le voulait ainsi.

Voyez Eustratius sur le chapitreX*. du VI*. et du VIP. livre de la Morale 'A>is|«tvJ)t/(A)c '0 Aêxcfos, touchant les sommes d'argent que Lysandre mit en dépôt au temple de Delphes. Il cite ailleurs (18) un Anaxandride touchant ,.. ^,,,,-, • 1 Iss temps où la prêtresse de Delphes d Aristote. On prétend qu Ovide a rendait les oracles. Au commenceparle de ce supplice d Anaxandride, j^^nt, elle ne les rendait qu'une fois quand il a dit dans son poème contre!'.,„. lo„g-temps après, elle les rendit iDis, V. 533, y^g fg-j jp jqqJs. Il gst très-problable, Vique pariim stabili qui carminé lœsit qu'en ces deux endroits, Plutarque a Aikenas, gij^ jg même auteur, et que cet au- Invuus pereas déficiente ubo. ^^^^^ ^,^^j ^^j^^ différent de celui du (E) Le poète cnmique Alexandride scoiiaste d'Euripide. La question est n'est peut-être qu'une faute de co- de savoir si son nom est Alexandride, piste, etc. ] C'est le sentiment de Ca- ou Anaxandride. Vossius ne sait qu'en saubon (7). Il se fonde sur ce que Sui- penser (19). 11 faut, sans doute, ai- das ne fait aucune mention d'Alexan- tribuer à ce même Anaxandride l'ou- dride, et sur ce que la même pièce vrage dont il est parlé dans le recueil (8) qui est attribuée à Alexandride de proverbes publié par André Schot dans le XI*. livre d'Athénée (9), est sur le manuscrit du Vatican. L'ou- cilée sous le nom d'Anaxandride dans vrage, dont ce recueil fait mention, le XIV*. livre (10). Casaubon ajoute a pour sujet les sacrilèges commis au une troisième raison. Pollux, au cha- temple de Delphes rrtêfiTâv Ci/^.>ifl6VTa)v pitre VI du livre IX, cite \'An- h Aï\«|>chc £tv*6M//iTa)v, de Analhe- «:7îi$e d'Alexandride: or, il est cer- niatis quœ sacrllegio Delphisfuêre sub' lain qu'Anaxandride avait fait une (6) Euripid., vs. 29S, inter incerla, in edit. Bacnesii.

(7) Casaub. m Allien., i,6. FI, cap. XVIII, (8) Intitulée MêXlXûJTOf.

(12) Suidas, in 'ACikTifOÇ. (i3) Idem, in ' ApiOTntyÎTHÇ.

(i4) Vossius, de Poët. ^raicis, pag. 49- (i5) niog. Laërt., lib. III, num. 26.

(16) In Alcestid. inilio.

(18) Plut., in Quœst. Romanis, pag. 293. (kj) VossIds, lie Hislor. grœcis, pag. 5oa.

ANCHISE. 6, et avait été compose par un discrétion, il serait foudroyé de làta, homme qui s'appelait Aaaxandride II avait conté une histoire qui a donné lieu au proverbe grec,'Ax/iov xies, naù fxîa-ov i^tiç, prenez le haut, et i'ous aurez le milieu. ConsuHez Vossius, à la page 820 de ses historiens grecs.

ANCHISE, prince troyen, issu de Dardanus, et fils de Ca- pys {a), plut si fort à Vénus, qu'elle s'apparut à lui sous la forme d'une belle nymphe, pour lui déclarer son amour. Elle lui dit que son destin la contraignait à venir s'offrir en mariage: elle l'assura qu'il la trouverait bien fille {b), et le conjura de la pré- senter à sa parenté, afin qu'on dressât bientôt le contrat. An- cliise répondit en fort galant homme que, puisqu'elle n'était point une déesse, rien n'était capable de l'empêcher de jouir d'elle sur-le-champ;c). Il fut pris au mot; on se mit au lit, etc. Sur le soir, Anchise s'endormit; et à son réveil, il s'aperçut qu'il avait couché avec une déesse. Il eut peur de ne vivre pas long- temps après un tel coup (A); mais Vénus le rassura, et lui dit qu'elle aurait un fils de lui, qui se nommerait Énée; qu'elle fe- rait nourrir cet enfant par les nymphes des bois, jusqu'à l'âge de cinq ans; et qu'alors, elle le lui remettrait entre les mains. Elle l'avertit qu'il prît bien garde de ne se vanter jamais d'avoir eu la jouissance de Vénus, et que, s'il lui arrivait de manquer de (a) Homerus, lUiados, lib. XX, w. 239.

Çuo minus lihi in amnre misreas statim nttnc. Humérus in H^nino Yeneris.

Jupiter [d). On prétend qu'Au- chise n'eut pas la force de se taire sur cette bonne fortune (B), et qu'un jour, en buvant avec ses amis, ce secret lui échappa. La menace de Vénus eut son effet: il fut frappé d'un coup de fou- dre; mais il n'en mourut pas (C). Les uns disent qu'il en perdit seulement la vue (D), les autres prétendent que la plaie ne se put jamais fermer (E). Il vécut, dit- on, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, et fut enterré sur le mont Ida (F), oii son tombeau fut honoré par les bergers. Cette opinion est fort différente de celle de Virgile: car, selon ce poète, la nuit que Troie fut prise, Enée chargea son père sur ses épaules (G), et le mit en lieu de sûreté; et ce bon vieil- lard ne mourut que quand les Troyens, qui se joignirent à Énée, furent parvenus en Sicile, après une infinité de fatigues. Cette tendresse d'Énée pour son père, et le soin qu'il prit de sauver les dieux Pénates, sont le fondement du caractère qui le distingue des autres héros. Ce caractère consiste dans la piété ie). Il y en a qui disent qu' An- chise vécut jusqu'à ce que son fils fut arrivé en Italie, cette terre de promission, que les des- tinées lui avaient ordonné d'aller chercher au travers de mille pé- rils (/). Caton, Denys d'Halicarnasse, et Strabon, embras- sent ce sentiment {g). Au reste, {d) Idem, ibid.

(e) Virgile lui donne souvent l'épilhèle de Pius jEneas.

{f) f^oyez, enlre autres passages, lel". li-'re de /'Enéide, fcrs 2o5 et 2.58.

6i ANCHISE.

l'amour cle VériTls pour Anchise idées des païens, étaient jaloux Je ne fut point une passion passa- ^^"J^ supériorité, et donnaient bon _' „„ il • v. ordre que i lioramen oubliât point son gère: le premier accouchement i^fepio^rité.IIsle devaient donc exclure ne la guérit pas; elle donna un de la jouissance des déesses, et lui second fils à Anchise, comme faire comprendre que ce morceau n'e' le remarque Apollodore dans le IIP. livre de sa Bibliothèque.

(A) // eut peur de ne t'itère pas long- temps, après at'oir couché auec f^é- nus.'\ C'était une tradition, en ce temps- là, que les mortels qui couchaient avec des déesses n'étaient pas de longue ■vie. C'est pourquoi Anchise, ayant connu son aventure, supplia Venus d'avoir compassion de lui: tait pas pour lui. Ils devaient lui faire peur d'un châtiment exemplaire, tel qu'est celui d'une mort précoce, en cas qu'il goûtât d'un plaisir de cette nature, qu'ils se voulaient réserver. Ils devaient non-seulement faire peur aux hommes qui auraient l'audace de tenter une déesse, mais aussi à tout mortel qui succomberait aux décla- rations d'amour que lui feraient les déesses; et lors même qu'il serait per- suadé que ce n'étaient que des fem- AM<t<r47r^èçf>ivoc'j.owva^o/xsit(»i7.iô;to'o mes. Ne voyons-nous pas que les lois ' ' ' ° ' humainescondamnentau dernier supplice les valets qui couchent ou avec la femme ou avec la fille de leurs maî- tres? Ils ont beau dire pour leur ex- cuse qu'ils ont longtemps résisté à la sollicitation, et qu'on leur a fait tant d'avances, et même tant de menaces, qu'enfin ils n'ont pu se garantir de ce piège, la justice ne laisse pas de les livrer au bouri'eau, en supposant même que leur excuse est un fait cer- tain et indubitable. Les gazettes nous ont appris, depuis peu de jours (3), que l'on a pendu à Paris un laquais pour un tel cas. Et comme l'iulé- rêt public demande, en quelques rencontres, que la rigueur des lois aille au delà de la justice, parce que l'iniquité exercée contre un particu- lier (4) est moins un mal, politique- Nolifiv à.KK ihîetip iTrù où fiioôxXfJiios l^erhm te per Jo^em oro ^gidiferum, JNe me yivenleni debiletn inter hoinines sinas Habilare, verùin miserere, quoniam non longœvus yir est quisquis cum deabus concumbit immortalibus.

Il semble d'abord que cette pensée des anciens ne pouvait avoir aucun fon- dement; car cette union intime d'un homme mortel avec les natures im- mortelles, ce mélange, cette confu- sion de principes, devait passer pour un germe d'immortalité, et non pas pour une cause de courte vie. Aussi voyons-nous que la cabale la plus raffinée a enseigné que les habitans des ^.^"^P^^l^^f,' que l'uhlité publique élémens réparent le malheur de leur destinée, qui les assujettit à rentrer dans le néant 5 qu'ils le réparent, dis- je, par l'alliance qu'ils peuvent con- tracter afec l'homme Ainsi une nymphe ou une sylphide déifient im- m.orlelle et capable de la béatitude h laquelle nous aspirons quand elle est assez heureuse pour se marier à un sage; et un gnome ou un sylphe cesse d'estre mortel du moment qu'il épouse une de nos filles (2). Mais si nous examinons la chose par toutes ses faces, nous trouverons une raison spécieuse de la crainte qu'eut Anchise, et de la maxi- me qu'il allégua. Les dieux, selon les (i) Homer., in Hymno Veneris, vs. i88 {.f) foyenUCuMle deGub»lis,pag. 54, qui en résulte n'est un bien, je ne crois pas que des juges, animés d'un zèle sévère pour la conservation de la pureté dans les familles, s'arrêtassent à l'apologie d'un laquais, fondée sur ce que la fille ou la femme du logis, déguisée en servante, le serait venu trouver, etc. 11 est utile que des la • quais n'aient nulle grâce à espérer, non pas même dans l'ignorance du fait; car cela est propre à les tenir mieux en garde, et à ne leur faire en- visager qu'avec horreur le prétendu avantage d'être aimés. Cela peut leur servir de précaution contre les pro- messes, contre les menaces, contre (3) On /crit ceci au mois de juillet 1698.

(4) Fojei Tnc.l, Ann., /. XXF, c. XLIK ANCHISE. 63 les ruses du déguisement. S'ils se pro- eo concuhuisse dicitur: procreavit jE~ mettaient Timpunité, en cas d'une neam, eique prœcepu ne id apud hoseduction travestie, ils l'espéreraient mines enuniuutt. Quod Anchises inen cas d'une simple séduction; et, s'ils ter sodales per uiniim estelociUus. Ob espéraient,d'e'chapper, en alléguant ve'- id a Joue fulmine est ictus (8).

ritablement qu'on les avait sollicités, (C) Jupiter le foudroya; mais il n'en mourut pas. ] Vénus ayant su qu'Anchise s'était vanté des faveurs qu'il avait obtenues d'elle, en fit ses plaintes à Jupiter, et obtint qu'il se- rait foudroyé; mais comme elle ne ils auraient bientôt l'audace de solli' citer, pour peu qu'ils vissent des dis positions à réussir. Il faut donc les te- nir en crainte le plus qu'il est possi- ble ^ car qui ne compte point sur leur résistance, n'a pas toutes les ressour- voulait point le perdre, et qu'elle ces nécessaires. Or, comme on se fi- n'espéra pas qu'il pût réchapper d'un gurait, dans le paganisme, que les hommes du plus haut rang sont plus au-dessous des dieux qu'un laquais n'est au-dessous d'un grand seigneur, il ne faut pas s'étonner que l'on ait pensé que la jurisprudence céleste ex- posait Anchise à un châtiment, quoi- qu'il n'eût joui de Vénus qu'en la pre- nant pour une femme.

coup de foudre, elle eut soin de dé- tourner le coup: Ciim inter œquales exultaret Anchises gloriatus traditur de concubitu Veneris, quod ciim Jovi T-^enus questa esset emeruit ut in An- chise m fulmina mitterentur. Sed Ve- nus eum cTim fulmine passe uidissel in- terimi, miserata juuenem in aliaiii partem delorsil. Anchises tamen uf' (B) On prétend qu'il n'eut pas la flatus if^ne cœlestisemperdebilis triait force de se taire sur sa bonne fortu- (9), Voilà encore un original dont il «e.] La menace avait été pourtant bien terrible: 'Ev (^iKortiTt fjiiyyivxKÙç'i^i.vûù KuQipiiti, >iipa.u]im (5j. Si vert» rem declaraverU, et te jaclaveris atnenti aniino In amore inixlum esse cuin bene coronald Cylhered, Jupiter le iralus feriet ardentifutmine.

se fait des copies dans tous les siècles. On se met en colère contre un galant indiscret: on est bien aise de lui faire sentir sa faute; mais on ne pousse pas les choses trop loin: on donne lieu au retour.

(D) Il en perdit seulement la vue. ] C'est de Servius quel'on apprend qu'u- ne exhalaison foudroyante aveugla Anchise, parce qu'il s'était vanté des faveurs que Vénus lui avait accor- dées: Quod cîini jactaret Anchises